‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 31 sur 76 · SUR L OFFICE DIVIN · texte numérisé non relu

SUR L OFFICE DIVIN

nément et sans être tenu à aucune réparation, c'est la marque évidente d'une communauté qui se dérègle, et qui dégénère de son ancienne discipline. En combien de maisons religieuses, ce qui étoit dans son origine, et ce qui paroît encore perfection et austérité, devient-il l'occasion d'un véritable relâchement ! Se lever, comme le Roi prophète, au milieu de la nuit, pour louer en commun le Seigneur, rien de plus saint pour le petit nombre de ceux et de celles qui le pratiquent; mais rien en même temps de plus propre à favoriser la paresse du grand nombre, qui s'en exempte sous des prétextes de foi blesse et de besoins plus imaginaires que réels.

Par une règle toute contraire, assister exactement au chœur; ne s'en dispenser jamais que pour de solides raisons, et qu'après les avoir soumises au jugement et à la décision des supérieurs; ne point écouter de frivoles excuses que la nature suggère, et les rejeter comme des illusions; se faire une pénitence et une mortification de son assiduité, et l'offrir dans cette vue à Dieu, c'est la marque indubitable d'une âme fidèle à ses devoirs, et qui aime sa profession. Et de même enfin, maintenir cette régularité dans toute sa vigueur, ne point tolérer sur cela les licences et les abus, en empêcher la prescription par le soin qu'on a de les punir, c'est la marque sensible et certaine d'une communauté fervente, et qui conserve l'esprit de Dieu.

Cette assistance au chœur m'est plus avantageuse qu'elle ne me doit être pénible. Outre les grâces particulières qui y sont attachées, selon la parole de Jésus- Christ, qui nous a dit expressément, que là où plusieurs sont assemblés en son nom, il est au milieu

d'eux (i); en assistant au chœur, il me sera beaucoup plus facile d'éviter toutes les fautes, à quoi je suis sujet, et qui me sont si fréquente?, quand je récite en particulier mon office. L'émulation, l'exemple inspirent plus de retenue; et la présence des autres, au lieu d'être une matière de distraction, contribue infiniment à recueillir l'âme, et à la remplir des sentimens de piété les plus vifsetles plus ardens. Le? premiers chrétiens alloient tous les jours au temple, et s'y réunissoient pour célébrer ensemble les grandeurs de Dieu, et pour lui rendre unanimement des actions de grâces. Ce n'étoit pas en vain ; le Saint-Esprit descendoit sur ces troupes dévotes, et c'étoit alors qu'il leur communiquoit ses dons avec plus d'abondance.

QUATRIÈME POINT

Il y a une dernière obligation, qui est de chanter l'office divin. Car l'assistance au chœur qui m'est ordonnée, n'est point une simple comparution, ni une vaine représentation de ma personne. J'y vais pour y faire mon devoir, et c'est un de mes devoirs que de soutenir le chant qui a été établi, et qui fait une partie du culte de Dieu. J'y vais pour partager avec les autres le travail aussi bien que le mérite de ce pieux exercice. J'y vais pour former avec eux, par l'union de nos voix, cet harmonieux concert, où l'Eglise militante et l'Église triomphante joignent mutuellement et si saintement leurs célestes accords en l'honneur de la majesté divine.

Comme David ne séparoit point le chant de la psalmodie, je ne dois point non plus séparer l'un de l'autre, puisque l'obligation est égale pour l'un et pour l'autre.

(1) Matth. 18.

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neur, disoit à Dieu ce saint roi, nous solenniserons vos merveilles (1), et en chantant, et en psalmodiant. Voilà ;i quoi m'engage la q'ialité de religieux ou de

ieuse du chœur. Si j'en ai le titre, c'est pour en l'aire les fonctions, quelque fatigantes qu'elles me paroissent et qu'elles puissent être en effet. Quand donc je m'épargne au chœur, et que je me ménage; quand, par un excès de délicatesse, et pour ne pas intéresser une santé dont j'ai trop de soin, je n'y chante que foiblement, ou je n'y chante point du tout; quand ma présence n'y est d'aucun soulagement pour les autres et île nul secours, je n'observe pas ce que l'Église et la religion veulent de moi. Je prétends avoir peu de santé, et si cela est, on ne me refuse point dans le

in les dispenses nécessaires : mais du reste, qur-lque peu de santé que j'aie, à quoi puis-je mieux l'employer qu'à chanter les louanges de mon Dieu? L'user de la sorte, c'est accomplir à la lettre ce que saint Paul nous a si fortement recommandé, de faire de notre corps une hostie vivante, et de l'immoler au Seigneur.

(i) Ps. 20.

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