‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 45 sur 76 · DE L'OBÉISSANCE DE JÉSUS-CHRIST DANS SA FUITE EX EGYPTE · texte numérisé non relu

DE L'OBÉISSANCE DE JÉSUS-CHRIST DANS SA FUITE EX EGYPTE

Ilumiliavit semetipsum factus obediens.

Il s'est abaissé lui-mime, et s'est fait obéissant. Philip, chap. 2.

PREMIER POINT

Quoique l'ordre que reçut Joseph de la part du Ciel et par le ministère d'an ange, de s'enfuir en Egypte avec Jésus el Marie, ne s'adressât pas immédiatement à Jésus-Christ, il le regardoit néanmoins et ne regardoit même que lui. Et parce que cet Enfant-Dieu avoit une pleine connoissance de tout ce qui se passoit, on peut considérer cette fuite si prompte et si peu préparée, comme l'effet de son obéissance.

Ce fut dans son principe une obéissance toute sainte, puisqu'elle n'étoit fondée que sur une conformité parfaite de sa volonté avec la volonté de son Père, à qui seul il vouloit plaire, et en qui il se confioit uniquement. Il l'envisageoit non-seulement dans cet ange envoyé d'en haut, niais dans Joseph à qui l'ange avoit parlé, et qui devoit être lui-même en cette occasion l'agent et le ministre de Dieu. Ce divm Enfant se laissa donc conduire, et n'eut point d'autre sentiment

que celui d'une soumission filiale et d'un plein abandonnement de ses intérêts entre les mains de la Providence et de ceux qu'elle avoit chargés du soin de sa personne. Or telle est l'obéissance religieuse. Rien de plus saint que les principes sur quoi elle est établie : car c'est sur l'acte de foi le plus héroïque, sur l'acte de confiance le plus excellent, et sur l'acte de charité le plus parfait.

Acte de foi le plus héroïque, puisque pour obéir en religieux, je dois croire que l'autorité de Dieu réside dans mes supérieurs, et quelle leur a été communiquée par Jésus-Christ ; non point à la vérité par Jésus-Christ en personne, mais par Jésus-Christ représenté dans son vicaire et dans toutes les puissances de l'Eglise légitimement ordonnées. De sorte que cette communication d'autorité me doit être aussi certaine, que si elle s'étoit faite par une apparition visible de Jésus- Christ même, et qu'il s'en fut expliqué de vive voix. Je dois croire de plus, que m'étant soumis volontairement et de gré à cette juridiction divine et humaine tout ensemble, c'est Dieu qui me gouverne par mes supérieurs, et que je suis obligé de leur rendre obéissance, non pas en tant que ce sont des hommes comme moi, mais en tant qu'ils me tiennent la place de Dieu, qui me déclare par leur bouche ses volontés. Et parce que cette vérité subsiste indépendamment des imperfections de ces supérieurs et de leurs foiblesses, indépendamment des contradictions de mon esprit et des répugnances de mon cœur, de là vient qu'avec tout cela le même acte de foi doit toujours subsister, et que malgré tout ce que je découvre de défauts dans un supérieur, je dois toujours également le respecter, ou plutôt reconnoître et respecter Dieu dans lui.

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