DE L'OBÉISSANCE DE JÉSUS-CHRIST, ETC
Jence de ce persécuteur, qui cherchoit à le perdre. Tellement que, malgré toutes les mesures de ce roi barbare et impie, il échappa, par son obéissance, à cet horrible massacre, où Hérode, parmi tant d'innocens, prétendoit l'envelopper.
Si je comprenois tous les avantages de l'obéissance religieuse, bien loin de regarder la sujétion où elle me réduit, comme un joug pesant, et de m'en plaindre, je m'y soumettrois avec joie, et je ne voudrois rien faire qu'elle n'eût réglé et ordonné. C'est cette obéissance religieuse qui relève toutes nos actions, même les plus indifférentes. Quoi que je fasse, dès que je le fais par obéissance, fût-ce la chose la plus basse en elle-même et la plus servile, mon obéissance la consacre, et lui donne un caractère particulier de sainteté. C'est cette même obéissance religieuse qui attire sur nous les grâce? de Dieu. Du moment que j'agis par l'ordre du Seigneur, ce que je fais est proprement son œuvre ; et par là il se trouve engagé à m'accorder son secours et à récompenser ma fidélité. De là vient que les entreprises où nous sommes employés par l'obéissance, sont communément celles que Dieu bénit davantage, et qui réussissent le mieux, soit par l'édification et le bien du prochain, soit pour notre propre avancement et notre propre consolation.
C'est encore cette obéissance religieuse qui nous préserve de plus dangereux ennemi qne nous ayons à craindre dans la voie du salut et de la perfection, qui est notre volonté propre. Comme c'est une volonté aveugle et portée par sa pente naturelle au relâchement, il lui faut un guide qui la conduise et un frein qui la retienne. Or l'obéissance lui sert de l'un et de l'autre, en la tenant étroitement liée à la volonté
divine. Sous la conduite et la direction de cette volonté de Dieu, toujours droite et toujours sainte, je suis en sûreté, parce que je ne puis m'égarer, tant que je marche dans le chemin où Dieu m'appelle, et qu'il m'a lui-même marqué. Aussi n'y a-t-il point de vertu moins suspecte ni plus solide, que cellf qui est fondée sur l'obéissance : mais toute vertu qui s'en écarte, n'est plus qu'une vertu apparente et qu'une illusion.
Sont-ce là les avantages dont je suis touché, et que je me propose dans l'obéissance que je rends à mes supérieurs, ou que je reconnois devoir leur rendre? S'ils disposent de moi d'une manière conforme à mes vues et à mes désirs, et si dans les règlemens qu'ils font, et les ministères où ils m'emploient, je trouve de quoi flatter ma vanité et de quoi contenter mon amourpropre, voilà par où l'obéissance me plaît. Mais qu'elle n'ait point d'autre bien pour moi que de m'éprouver et de me perfectionner selon Dieu et selon mon état ; que je n'aie point d'autre fruit à en retirer que d'acquérir devant Dion de nouveaux mérites, et de me procurer de sa part une plus grande abondance de grâces toutes spirituelles ; que je n'y voie qu'une occasion favorable et un moyen très- efficace de rompre ma volonté, de l'assujettir et de me mettre en garde contre ses erreurs et ses égaremens, c'est à quoi je suis peu sensible, et ce qui ne fait guère d'impression sur mon cœur. Qu'est-ce néanmoins que toute mon obéissance, si ce n'est pas là ce qui l'anime? Que me sert-il d'en avoir fait le vœu, l'ai-je dû faire par d'autres motifs que ceux-là? Quand j'y chercherai de pareils avantages^ je les y trouverai; mais dès que j'y chercherai tout autre chose, par un juste châtiment