‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 49 sur 76 · DE LA VIE CACHEE DE JESUS-CHRIST JUSQU'AU TEMPS DE SA PRÉDICATION · texte numérisé non relu

DE LA VIE CACHEE DE JESUS-CHRIST JUSQU'AU TEMPS DE SA PRÉDICATION

El Jescendit cum Mis, et venit Nazareth, et erat subditus illis.

S'étant mis en chemin avec Marie et Joseph, il alla à Nazareth, et il leur était soumis. Luc. chap. 2

Voici sans doute un des plus grands mystères de la vie de Jésus-Christ ; et quelque obscur que ce mystère puisse être, je ne dois pas moins l'admirer, que ceux qui ont le plus éclaté aux yeux des hommes. C'est la retraite où vécut ce divin Maître, jusqu'au temps de sa prédication. Cet Homme-Dieu qui étoit rempli de tous les trésors de la sagesse et de la science, qui possédoit dans un suprême degré tous les dons de la nature et de la grâce, qui pouvoit briller dans le monde, et s'att'rer l'estime et la vénération de tous les peuples ; cet Homme-Dieu qui, jusqu'à l'âge de trente ans, eût pu opérer tant d'oeuvres merveilleuses pour la gloire de son Père, s'il eût pris soin de se faire connoitre; qui eût pu convertir tous les pécheurs, tous les idolâtres, et répandre l'Évangile par toute la terre ; cet Homme- Dieu qui n'étoit même envoyé que pour cela, et qui

pour cela seul étoit descendu du Ciel, s'est réduit à une vie cachée, et de trente-trois ans qu'il avoit à demeurer parmi nous, en a passé trente dans le silence et la solitude, et n'en a réservé que trois pour se produire en public et pour annoncer le royaume de Dieu.

Qu'a-l-il fait durant ces trente ans d'une vie particulière et retirée ? // étoit soumis à Marie et à Joseph (1) : voilà ce qu'on nous en dit. Nous ne savons rien de tout Je reste, et il a voulu l'ensevelir dans les ténèbres, en sorte qu'il n'y eût que Dieu qui en fût témoin. Conduite qui semble d'abord bien surprenante, mais dont le secret néanmoins n'est pas difficile à découvrir. Il a prétendu par là réprimer en nous ce désir de paroître, qui nous est si naturel, et qui cause tant de désordres dans les maisons religieuse?. Il n'est pas possible qu'un religieux soit solidement à Dieu, si c'est un homme tout extérieur ; et rien n'étoit plus capable de modérer cet empressement de se montrer et de s'y distinguer, que l'exemple d'un Dieu solitaire et volontairement ignoré du monde.

Car cet exemple m'ôte tous les prétextes que je pourrois avoir, et que l'amour-propre sait si adroitement nous suggérer, en nous persuadant qu'il y va de la gloire de Dieu, et que le salut du prochain y est engagé, que c'est une nécessité en telles et telles conjonctures, que la bienséance le veut ainsi, que cela sert à entretenir la charité, qu'il faut de la société dans la vie, qu'une si grande retraite nous rend inutiles et nous empêche de faire valoir les talens que nous avons reçus. Spécieuses raisons, mais dont je voudrais en vain m'autoriser. Suis-je plus en état que Jésus-Christ de contribuer à la gloire de Dieu ? Dois-je

(1) Luc. 2.

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