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jilus m'intéresser que lui au salut du prochain? Le monde a-t-il plus besoin de moi, et y suis-je plus -saire? Gonnois-je mieux ce qui convient et ce qui ne convient pas? Ai-je plus de zèle pour l'entretien de la société et de la charité ? Ai-je des talens plus relevés, et dont il y ait plus de fruit à espérer? Ame vaine, apprends à te détromper et à te confondre. Au lieu de ces maximes que m'inspire, jusque dans la religion, un esprit mondain, mon Sauveur est venu m'enseigner une route toute contraire, et à laquelle je dois m'en tenir: c'est d'aimer à être inconnu, à être oublié, à être délaissé, et délaissé même, nonseulement du reste des hommes, mais de la communauté où je vis, n'y étant chargé d'aucun autre emploi que de l'observation de ma règle, et n'y entrant dans aucune affaire, bien loin de m'embarrasser et de m'intriguer dans les affaires du siècle.
Telle doit être ma disposition, sans préjudice néanmoins de l'obéissance que je dois à mes supérieurs. S'ils veulent se servir de moi, soit au dedans, soit au dehors, il faut leur obéir, et m'acquitter, le plus parfaitement que je pourrai, des ministères où ils me destineront. Mais quand j'agirai de la sorte, et quand surtout je ne me produirai au dehors que lorsque mes supérieurs me l'ordonneront, et qu'autant qu'ils me l'ordonneront, j'y paroitrai beaucoup moins ; et y paroissant moins, Dieu n'en sera que plus glorifié, le monde que plus édifié, les bienséances de mon état que mieux gardées, et toutes mes fonctions que plus fidèlement et plus saintement exercées. Je n'ai donc qu'à attendre en paix les ordres de la Providence ; et tant qu'elle me permettra de rester dans l'obscurité, je dois m'en réjouir, chérir ma retraite, et dire comme
le prophète royal : J'ai choisi d'être abject et le dernier dans la maison de mon Dieu (1).
SECOND POINT
Quelles étoient les occupations de Jésus-Christ dans sa vie cachée? Si nous en jugeons par les apparences, ce n'étoient que des occupations basses en elles-mêmes, communes et serviles. Il travailloit avec Joseph, il partageoit avec Marie les soins nécessaires pour le bon ordre de cette sainte famille, il exécutoit ponctuellement ce que l'un et l'autre lui prescrivoient, sans rien omettre ni rien négliger des moindres offices. Qu'étoit-ce là pour le Messie, pour l'Envoyé de Dieu, pour le Fils unique de Dieu ? Or, Dieu cependant tiroit autant de gloire de ces actions, que de tout ce que ce Sauveur des hommes devoit faire dans la suite de plus grand. Dieu les agréoit ; et le voyant adonné à de tels exercices, il disoit déjà de lui, quoique avec moins de solennité et moins d'éclat qu'au jour de son baptême : Voilà mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances (2) Pourquoi cela ? parce qu'en toutes ces actions, Jésus-Christ se conformoit au bon plaisir de son Père: parce que toutes ces actions étoient animées d'un esprit intérieur, et relevées par des vues toutes divines. De là vient qu'elles étoient si méritoires devant Dieu et si agréables à ses yeux.
Il y avoit en ce temps-là des princes sur la terre et des empereurs. Il y avoit de fameux conquérans, qui remplissoient le monde de leur nom et du bruit de leurs actions héroïques. On parloit de leurs desseins, de leurs entreprises, de leurs faits mémorables. On les publioit partout, et on les exaltoit : mais dans
(i) Ps. 83. — (2) Matth. 3.
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l'estime de Dieu ce n'était rien; et n'en étant ni le principe, ni la fin, il n'y avoit nul égard. Au contraire, on ne parioit point de Jésus-Christ, on ne le connoissoit point, on ne savoit ni son nom, ni sa naissance, ni sa demeure, ni comment il vivoit ni a quoi il s'employoit. Il était dans un coin de la Judée comme s'il n'y eût point été; mais Dieu tenoit ses regards sans cesse attachés sur lui, il n'en retiroit pas un moment les yeux. C'était un objet digne de 1 attention de tout le Ciel, et il ne faisoit pas une action qui ne fût d'un prix infini.
Quel soutien et quel sujet de confiance pour une personne religieuse, qui, dans son état, n'est employée qu'à des exercices dont le monde ne tient nul compte! Souvent même sont-ce les dernières fonctions d'une maison, et les plus humiliantes. Mais ce qui la console, et ce qui est en effet bien consolant pour elle, c'est la parole de l'Apôtre qu'elle s'applique à elle-même : Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus- Christ en Dieu (1). Car dès que c'est une vie cachée en Dieu, c'est une vie selon le gré de Dieu, par conséquent une vie toute sainte; et puisque c'est une vie cachée avec Jésus-Christ, c'est donc une vie toute conforme à la vie de Jésus-Christ, à son esprit et k ses sentimens. Or, quelle vie est plus à souhailcf pour moi, que celle qui m'unit de la sorte à mon Dieu, et qui me donne des rapports si étroits avec mon Sauveur et mon modèle? C'est là proprement la vie intérieure, et dans une telle vie, y a-t-il rien de si vil en apparence et de si méprisable, que je ne doive estimer au-dessus de tout? Ce seroit bien dégénérer de ma profession, si je réglois autrement l'estime que je fais des choses, (1) Coloss. 3.
que par la sainteté qui y est attachée, et par la vo lonté de Dieu que j'y accomplis. Avec l'un et l'autre tout est d'une valeur inestimable, tout est grand.
De quel repos étoit accompagnée la retraite de Jésus-Christ, et quelle paix n'y goûtoit-il pas? Inconm au monde, il nétoit point exposé à ses discours ni sujet à ses contradictions. Dans l'étroite enceinte d'une maison pauvre où il se tenoit renfermé, et où il se bornoit à son travail, il n'avoit point de part à tous les mouvemens qui agitoient le reste des hommes Il jouissoit tranquillement du silence et du calme de sa solitude, et s'il s'entretenoit, c'étoit, dans le secret de son âme, avec son Père, dont il recevoit les plus sensibles et les plus douces communications.
De tous les biens que nous pouvons désirer sur la terre, il est constant qu'un des plus précieux c'est la paix : mais il n'est pas moins certain que de tous les moyens pour acquérir cette paix, ou intérieure ou extérieure, un de; plus assurés, c'est une vie retirée et cachée. Le monde est comme une mer orageuse • au heu que la retraite est comme un port et un asile" où l'on est à couvert de tous les orages. Voilà par où les gens du monde estiment eux-mêmes la profession religieuse ; et voilà ce qui leur fait dire en tant de rencontres, qu'un bon religieux, une bonne religieuse sont mille fois plus contens dans leur cellule, qu'on ne l'est dans le tumulte et les embarras du siècle.
Les plus mondains le disent, et en cela ils disent encore plus vrai que peut-être ils ne le pensent. Mais ils Je diroient bien autrement, s'ils avoient en effet connu par quelque épreuve les douceurs solides que
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Le une âme accoutumée à vivre seule, et qui sait orner a cette vie particulière. Elle a ses occupations, qui lui ont été marquées par l'obéissance, ou qu'elle s'est tracées elle-même. Ce ne sont point des fonctions d'éclat, et c'est par là justement qu'elles lui plaisent davantage. Elle s'en acquitte avec fidélité, mais du reste sans vouloir s'ingérer en aucune autre chose. Ainsi elle est peu troublée de tout ce qui se passe dans le monde, et de mille événemens qui sont pour tant d'autres une source d'inquiétudes et de chagrins. Souvent même n'en est-elle pas instruite, ni ne veutelle pas s'en instruire. Et comment s'inquiéteroit-elle de tout ce qui arrive au dehors, puisqu'à peine elle sait une partie de ce qui se fait auprès d'elle et dans l'intérieur de la communauté ? Dès que les choses ne la regardent point, et qu'il ne s'agit ni de la charité, ni du bien commun de la maison, elle ne s'informe de rien, ni ne s'entremet en rien : car la retraite religieuse va jusque-là.
Ah ! que de religieux auroient mené dans leur état et y mèneroient une vie paisible, s'ils avoient pris de bonne heure cet esprit de retraite, et s'ils savoient se renfermer dans eux-mêmes ! Mais il semble que nous nous soyons à charge à nous-mêmes et que nous ne puissions demeurer avec nous-mêmes. On veut se mêler de tout. Pour cela il faut se trouver partout. Si l'on est arrêté, c'est une peine ; et si l'on peut suivre son impétuosité naturelle, et aller où elle nous emporte, c'est encore le principe d'un plus grand mal. Car il n'est pas possible que la diversité des objets, que les différens intérêts où l'on entre, n'excitent bien des a el bien des pas in;is iîo:>| !a pnix du cœur est altérée. La clôture et la cellule s'aduuci&^LiiL a mesure
qu'on les garde : mais c'est en les quittant trop souvent et trop longtemps, qu'on se les rend insuppoi tables. Il y faut néanmoins revenir, et voilà ce qui cause les dégoûts et les ennuis : N'est-ce pas peut-être ce qui m'en a causé une infinité à moi-même? Pourquoi sur la terre chercher si loin mon bonheur et hors de moi, ; lorsqu'avec Dieu et avec sa grâce, ie puis le trouver? dans moi et au milieu de moi 9
CONCLUSION
Soyez éternellement béni, Seigneur, de la miséricorde que vous m'avez faite, en me retirant dans votre sainte maison. Ce n'est pas seulemeut pour la vie future et pour mon salut, un lieu de sûreté, mais c'est pour tout le cours de cette vie présente, une demeure de paix. Il est vrai, Seigneur, qu'il y faut avoir un certain attrait et un certain goût et ce goût de la retraite n'est pas une des moindres grâces que puisse recevoir de vous une âme religieuse. Vous me l'accorderez, cette grâce, puisque je vous la demande, et que vous savez combien elle m'est nécessaire.
Détachez mon cœur de tous les vains amusements qui peuvent le distraire et le dissiper, et qui ne l'ont en effet que trop dissipé et que trop distrait jusqu'à cette heure. Faites-le rentrer au dedans de lui-même, et inspirez-lui cet esprit intérieur, qui seul est capable de le tenir dans le recueillement et dans le calme. Tout autre chose où je voudrois établir mon repos en ce monde, peut me manquer ; mais ma retraite ne me manquera point, et ce sera toujours ma ressource et mon refuge.
Vous surtout, mon Dieu, vous ne me manquerez ^oint dans la vie la plus obscure et la plus cachée.