‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 64 sur 76 · DE LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT, ETC · texte numérisé non relu

DE LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT, ETC

quoi ne l'élève-t-il point ? On le vit dans les apôtres. Le premier effet de la descente du Saint-Esprit sur eux, fut de purifier leurs cœurs; de sorte qu'il n'y resta plu> la moindre attache qui ne vînt immédiatement (' vieu, et qui ne les portât directement et uniquement à Dieu; car ils comprirent dès lors ce qu'a dit depuis un grand saint: Qu'un cœur aime d'autant moins Dieu, qu'il aime quelque chose avec Dieu, s'il ne l'aime pas pour Dieu (1).

De là s'ensuivit le second effet de la présence de ce même Esprit d'amour dont les apôtres furent remplis. Plus un cœur est pur et libre de tout attachement aux, objets visibles, plus le divin amour le touche intérieurement, l'excite, l'embrase. Dès qu'un feu n'a plus- ^'obstacle qui l'arrête, quel incendie ne cause-t-il pas? i.t comment aussi les apôtres sortirent-ils du cénacle ? comme des hommes transportés; jusque là qu'on les croyoit pris de vin, tant ils parurent animés et hors d'eux-mêmes. Voilà ce qu'ont éprouvé tant de saints. Tout ce que l'amour profane a de plus vif et de plus pénétrant, n'est point comparable aux mouvemens affectueux qui les ravissoient. Ils en tomboient en de. saintes défaillances, et ils en perdoient jusqu'à l'usage de leurs sens. Si vous rencontrez mon bien-aimé, disoit cette fidèle épouse des Cantiques, faites-lui connoître l'état où je suis et la langueur où me réduit mon amour (2).

C'est ainsi qu'ils étoient disposés. Or n'ai-je pas comme eux un cœur capable d'aimer Dieu ? D'où vient donc que ce cœur qu'il n'a fait que pour lui, est néanmoins toujours à son égard si froid et si peu sensible ? De tout ce qui a rapport à Dieu, rien ne l'affectionne,

(1) Aug. — (2) Cant. 5*.

rien ne l'émeut; ni oraisons, ni offices divins, ni sacremens, ni entretiens spirituels, ni lectures de piété. On a beau me dire que dans l'amour de Dieu la sensibilité n'est point nécessaire : cela est vrai ; mais il n'est pas moins vrai que si mon cœur étoit bien vide des choses humaines, et bien solidement à Dieu, je me trouverois en de tout autres dispositions, et j'aurois de tout autres sentimens. Ah ! j'ai tant de vivacité, et quelquefois je me laisse si aisément attendrir sur de vains sujets ! n'y aura-t-il que Dieu pour qui je serai tout de glace? ne lui suis-je pas assez redevable? ne m'at-il pas fait assez de grâces, et ne m'en fait-il pas assez chaque jour ? n'a-t-il pas pour moi des caractères assez touchans ? Ces titres qu'il porte de père, de créateur, de conservateur, de rédempteur, mille autres, sont-ils trop peu engageans pour m'attirer? Toutes ces idées ne me sont-elles pas assez présentes, et que vois-je autour de moi qui ne m'annonce incessamment les miséricordes infinies de mon Dieu? Elles sont incompréhensibles : mais, Seigneur, plus elles sont au-dessus de tout ce que j'en puis penser, plus l'indifférence de mon cœur me devient par là même inconcevable, et plus je dois me la reprocher devant vous et m'en confondre.

TROISIÈME POINT

Mais encore qu'est-ce qu'aimer Dieu, et tout mon amour doit-il se borner à des affections et à des sentimens? Afin de m'instruire là-dessus, il me suffît de considérer ce que Dieu fait pour nous dans ce mystère. Il nous aime, et pour nous témoigner son amour, il ne se contente pas de nous avoir donné son Fils, il fait encore descendre sur nous son Esprit. Il nous le donne, et en nous le donnant, il se donne lui-même à

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