‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 65 sur 76 · DE LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT, ETC · texte numérisé non relu

DE LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT, ETC

nous. Voilà le caractère de l'amour de mon Dieu pour une aussi vile créature que je le suis. Rien ne lui coûte dès qu'il s'agit de mes intérêts, et il n'a rien de si grand et de si divin, dont il ne me fasse part.

Faut-il bien des raisonnemens pour apprendre de quel retour je dois user envers lui, et comment je le dois aimer? Il ne m'a pas seulement aimé de cœur, mais en œuvres : ou plutôt parce qu'il m'a aimé véritablement et de cœur, son amour n'a point été oisif, mais il s'est fait connoltre par les effets les plus merveilleux et les plus éclatans. Si donc je l'aime, y a-t-il rien que je lui puisse refuser; rien, dès qu'il est question de le servir et de lui plaire, que je doive épargner? Car sans cela, sans cette pleine fidélité à suivre ses divines volontés et à pratiquer généralement et ponctuellement tout ce qu'il demande de moi, comme il le demande de moi, autant qu'il le demande de moi, en vain je dis que je l'aime : ce ne sont que des paroles, et rien de plus.

Aussi l'amour de Dieu est-il l'accomplissement de toute la loi. Accomplissement de toute la loi, parce qu'il n'y a pas un point dans la loi, ni si petit que l'amour de Dieu nous laisse négliger, ni si relevé dont l'amour de Dieu ne nous fasse soutenir la pratique. Que n'ai-je bien commencé à aimer Dieu ! Dès là toutes les difficultés qui m'arrêtent depuis longtemps, et tous les obstacles seroient tout-à-coup levés. Je m'étonne de ce que les saints ont entrepris pour Dieu, et de ce qu'ils ont soutenu jusques au dernier jour de leur vie. Mais il n'y a rien là qui me doive surprendre, quand je pense qu'ils aimoient Dieu. Je vois encore, dans le même ordre et sous la même règle que moi, de saintes âmes vivre dans une régularité, et agir en tout avec un

zèle et une persévérance que j'aurois peine à croire, si je n'en étois témoin. D'où leur vient cette ferveur sans relâche et cette fermeté inébranlable? de l'amour de Dieu. Au lieu de la surprise où je suis en leur voyant faire ce qu'ils font, je devrois bien plus m'étonner qu'ils aimassent Dieu et qu'ils ne fissent pas tout cela. De là même je dois voir si j'ai lieu de me flatter en quelque sorte d'avoir jusques à présent aimé Dieu. Peut-être lui ai-je assez de fois protesté que je l'aimois; mais à juger de mes paroles par mes œuvres, puis-je compter sur toutes mes protestations? Réflexion bien humiliante et bien terrible 1 Car je ne puis être aimé de Dieu, si je ne l'aime. Ah ! mon Dieu, que ce soit du moins aujourd'hui et pour jamais, que ce saint amour s'allume dans mon cœur !

CONCLUSION

Divin Esprit, charité essentielle et toujours subsistante, source intarissable de ce sacré feu qui brûle les anges bienheureux et tous les élus de Dieu, descendez, ouvrez mon âme, et venez vous-même l'embraser. Si elle se tient encore fermée, faites-lui une salutaire violence. Vous pénétrez partout, et il ne vous faut qu'un trait pour enflammer tout un cœur et le consumer. C'est donc par vous que je puis sortir de ma retraite, comme les apôtres sortirent du cénacle; avec le même amour, et par conséquent avec la même résolution, la même activité, la même force. Dans toute la suite de leurs années, rien désormais ne les put séparer de Ja charité de Jésus-Christ, et de la charité de Dieu. Qui m'en séparera moi-même ? Car c'est maintenant, à Esprit d'amour ! que je me livre tout entier à vous, pour m'attaçher à mon Dieu d'un lien indissoluble

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