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La revanche de Clodion

Aussitôt tous les yeux se tournèrent vers la petite porte qui allait donner passage au liéros de ce drame de Cour d'assises.

La curiosité et l'anxiété Mu public étaient visibles. On sentait qu'il s'agissait là d'une de ces affaires qui soulèvent les passions de Paris et le préoccupent pendant des semaines et des mois.

Tout, d'ailleurs, contribuait à exciter, à jusliûer l'intérêt prodigieux que la population entière de la grande ville prenait à ce procès depuis si longtemps attendu, — et la position élevée de l'accusé, et le mystère impénétrable qui entourait l'accomplissement du crime, et enfin la politique, — oui, la politique, — car le prévenu appartenait au parti républicain d'alors, et l'on devinait avec quelle joie le gouvernement impérial avait dû saisir cette occasion de frapper,

de dt'slionoror S63' adversaires, dans la personne de Tun de ceux qui lui faisaient la guerre la plus acharniie.

Aussi Paris s'Olail-il partagé en deux camps. Les coreligionnaires et les amis personnels de l'accusé aftirmaient avec force sa complète innocence et faisaient violemment ressortir toutes les invraisemblances de l'accusation. Les autres, les impérialistes, aflirmaient la culpabilité avec une joie brutale, et annonçaient, pour le jour du jugement public, des révélations écrasantes.

On savait, du reste, que le siège du ministère public était occupé par l'un des hommes les plus propres ù obtenir une condamnation, ambitieux sans scrupule, décidé à faire son chemin coûte que coûte, doué de cette faconde vide et bruyante qui ahurit les jurés, et de cette habileté grossière qui ne recule devant aucun moyen pour arriver à son but.

D'autre part, l'avocat assis au banc de la défense, M^ Steinbach, passait avec raison pour un homme éloquent, honnête et sérieux. On n'ignorait pas non plus qu'il appartenait également au parti républicain le plus avancé, qu'il était l'ami personnel de l'inculpé, et l'on prévoyait qu'il déploierait tous ses efforts pour le sauver.

On" s'attendait donc à une joute des plus palpitantes, des plus dramatiques, entre ces deux hommes, dont l'un allait mettre tout son amour propre, tout son venin et toute son ardeur d'avancement à venir et de fortune future à prouver que l'accusé était coupable, — dont l'autre allait employer tout son talent, toute son amitié et toute sa passion politique à prouver que le prévenu était innocent.

La porte s'ouvrit, et l'accusé parut entre deux gardes de Paris.

C'était un homme grand, mince, élancé, encore jeune, l'air distingué. D'abondants cheveux châtains et bouclés encadraient le front intelligent. Une moustache plus claire et tirant sur le blond recouvrait, sans la cacher, une bouche légèrement moqueuse, dont l'expression contrastait avec la gravité et la douceur du regard. Le menton, vigoureusement dessiné, annonçait la fermeté et le courage. Le nez, un peu gros, révélait la bonté.

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Il était strictement vêtu de noir, — ce qui faisait valoir encore l'élégance de sa taille, — et portait des gants sous lesquels on devinait une main aristocratique.

Ea apercevant la foule dont les mille prunelles se fixaient sur lui, il rougit d'abord, puis pâlit.

Quelques personnes l'ayant salué d'un geste de synjpatliie, il s'inclina. 11 reporta ensuite ses yeux clairs d'un gris bleu vers le tribunal, derrière lequel se pressaient, sur des fauteuils apportés exprès, un certain nombre de dames du grand monde bonapartiste désireuses de voir un joli garçon disputer sa tête au bourreau, et d'entendre condamner un de ces coquins dont les opinions factieuses menaçaient le trône qui dorait leur prostitution et faisait la fortune de leurs maris.

Son regard passa sur elles avec une expression de iierté dédaigneuse et de mépris hautain dont plus d'une se sentit atteinte au vif, — et vint enfin se fixer sur la figure froide, glabre, en lame de couteau, et le crâne poli du président, qui prit la parole :

— Vos nom et prénoms ?

— Georges Delmont.

— Votre âge?

— Trente ans.

— Où êtes-vous né?

— A Paris, le 9 mai 1836.

— Votre profession v

— Journaliste.

-^ Vous êtes accusé de meurtre avec préméditation et guet-apens sur la personne du nommé Hippolyte Riccardi, votre ami.

— Gela est faux !

— On va vous donner lecture de l'acte d'accusation. Georges Delmont s'assit.

Le greffier se leva, et commença, d'une voix monotone, la lecture de la pièce suivante, que nous abrégeons pou m'en donner que les points saillants.

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