‹ La revanche de ClodionChapitre 13 sur 64 · A VENDRE EN TOTALITÉ · texte numérisé non relu

A VENDRE EN TOTALITÉ

PAR liOTff

Grandes facilités de paiement.

La maisonnette en question avait dû faire partie de la même propriété, car on apercevait encore une porte de communication condamnée, et qui pouvait permettre, au besoin, de passer de la maison dans le terrain, et réciproquement.

Il est vrai que la grosse serrure rouilléc, la poussière et. les toiles d'araignée semblaient indiquer que, depuis longtemps, cette porte était hors d'usage, et que personne n'aurait pu dire ce qu'en était devenue la clef.

C'est là, à l'abri de tous les regards, et sans voisinage incommode, que vivait l'abbé Clodion, devenu directeur d'un

couvent de religieuses cloîtrées de la rue d'Enfer, et jouissant du droit de dire la messe, le dimanche, et de confesser dans la chapelle, ouverte au puhlic, de cet établissement particulier.

L'abbé Clodion jouissait, dans le quartier, non pas de la sympathie générale, que la dureté de son visage et la sécheresse de ses allures éloignaient, mais, du moins, de l'estime universelle.

On ne parlait que de l'austérité de sa vie.

Il n'avait avec lui ni mère, ni sœur, ni nièce, si laide que ce soit, ni gouvernante, si vieille fùt-elle. Il faisait lui-même son ménage, et quant à ses repas, toujours fort simples, ils venaient de la gargotte voisine.

Un petit garçon les apportait chaque jour, déposait les plats sur la table de la première pièce en entrant, au rezde-chaussée, et ge retirait aussitôt.

L'abbé Clodion, du reste, voyait fort peu de monde, quelques ecclésiastiques, des hommes graves, jamais de femmes. Ses pénitentes ne le rencontraient qu'à la chapelle, où il leur donnait audience et recevait la confidence de leurs péchés.

Il sortait, chaque jour, pour se rendre dans un petit nombre de maisons, dont les habitants jouissaient d'une réputation bien établie. Il lui arrivait même, parfois, d'y accepter un dîner; mais cela ne se présentait pas plus d'une ou deux fois par mois.

Au moment où nous pénétrons chez l'abbé Clodion, huit heures du soir venaient de sonner. — L'obscurité était complète, et l'abbé, retiré dans son cabinet de travail, au premier étage, après avoir allumé sa lampe, fermé soigneusement les volets, et tiré d'épais rideaux qui interceptaient toute lumière pouvant filtrer au dehors, à travers les fenêtres, — se promenait de long en large, les bras derrière le dos, le front penché, les sourcils contractés, comme un homme aljsorbé par de profondes réflexions.

Les années avaient passé sur sa physionomie ingrate, sans y laisser de trace visible. Étant de ceux qui n'ont jamais été jeunes, il était de ceux qui ne vieillissent guère.

La petite pièce où il se trouvait affectait une simplicité vraiment monacale. — Un prie-Dieu d'ébône, don de quelque pieuse pénitente, en faisait tout l'ornement, toute la richesse. Le reste de l'ameublement se composait d'une table de bois blanc, — où l'on distinguait, dans un affreux pêlemêle, des papiers de diverses sortes, des images de saints, comme on en donne aux enfants, et un bréviaire entr'ouvert, — de quelques chaises de paille, et enfin d'une bibliothèque de bois blanc également, portant sur ses rayons à moitié vides un petit nombre de livres religieux en désordre.

Pas de tapis sur le parquet. Sur la cheminée, point de glace, mais un immense crucifix d'ébène, ainsi que le prie- Dieu, où se détachait le corps d'ivoire jauni de Jésus sur un fond de velours rouge.

Cependant les deux fenêtres se faisant vis-à-vis, l'une donnant sur le carrefour, l'autre sur la cour humide dont nous avons parlé, étaient garnies d'épais rideaux de laine de couleur verte, mangée par le temps et le soleil, et ces tenture? tranchaient sur la nudité générale de la pièce.

Tout à coup l'abbé tressailit, s'arrêta.

Un bruit singulier venait de se faire entendre. On eût dit le crépitement de la grêle sur les vitres de la fenêtre du fond, qui était privée de volets.

Il parut écouter avec un mélange de surprise et d'inquiétude.

Le bruit se renouvela.

Il n'y avait pas à s'y tromper. Décidément, ce n'étaient pas des grêlons, car le ciel était pur et le temps magnifique, mais- le pétillement d'une poignée de sable fin lancée avec force.

L'abbé Clodion eut un geste presque de colère, et, ouvrant précipitamment sa porte, descendit au rez-de-chaussée sans emporter sa lumière.

Arrivé au bas de l'escalier, dans le corridor qui traversait toute la maison, il tourna à droite, et tira vivement le verrou de la porte donnant sur la cour.

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