‹ La revanche de ProudhonChapitre 120 sur 140 · Le Capital, chap. VI, p. 7a · texte numérisé non relu

Le Capital, chap. VI, p. 7a

de travail suffisent à Fouvrier pour gagner son pain quotidien, le patron ne vendrait les produits fabriqués pendant ce temps de travail qu!à un prix coïncidant exactement avec les trois facteurs suivants :

a) Achat de matière première ;

b) Usure des outils ;

c) Paiement de la force de travail ou salaire : sans un seul centime d^excédant. Dès lors, il fera travailler ses ouvriers 13 heures au lieu de 6 et son gain sera exclusivement formé des six dernières heures de travail non payées (i).

Pourquoi le patron est-il maître du marché ? Pourquoi l'ouvrier est-il contraint d'obéir à ses exigen- CCS ?• Pourquoi l'économie actuelle fait-elle fond sur la division bien tranchée des hommes en possédants et non possédants ?

Parce que c'est le résultat d'un développement historique qu'il faut pour le moment laisser de côté *et dont le Matérialisme de F Histoire j que nous examinerons tout à l'heure, donne seul l'explication*

Pour le moment.» la théorie de la Plus- Value, qtti ne tient compte que du fait acquis, constate que du capital employé dans une entreprise quelconque^ l'homme aux écus fait deux parts :

Une première, destinée à l'achat des moyens et des instruments de production (matière première, machines, etc.), que Marx dénomme : capital cons^ tant.

Une seconde, toujours de plus en plus compressible, répartie entre les ouvriers employés, en paiement d'un certain temps de travail correspondant

T. Le Capital^ chap. VII, paragr. a, p. 81 à 83.

tout juste aux facultés d'entretien et dé reproductfon dfe la main-d'œuvre et dénommée : capital cartable.

GbHh. dernière est la seule qui assure un gain à

remployewv Q'est sur elle que se greffe la plus-

value (i).

Mais, dira-t-on, par ssike dé causes multiples : fixation légale de la journéi^ de travail, emploi de nouvelles machines intensifiant la pioduction, etc., la durée du temps de travail diminuant 4ft plus en plus, la plus-value doit la suivre dans cette pro|pression descendante, si bien qu'il arrivera un moment où le surtravail de l'ouvrier et le gain du patron égaleront zéro.

Non \ reprend Marx, il n*en peut être ainsi : Ta plus-value se maintient parce que l'abréviation du temps de travail est compensée par un accroissement de productivité qui, forçant au bon marché des prix, diminue de valeur la force de travail pouvaut ainsi s'entretenir et se reproduire à un taux de plus en plus bas. La plus-value au lieu d^être ^ absolue i> par la simple prolongation du temps, devient a relative » « dans la grandeur des deux parties dont se compose la journée r^ (!2).Et ce changement dans le mode, non dans le fond, ajoute-t-il, est confirmé par l'expérience. Il prend une statistique des fabriques anglaises de coton et constate que de i86i à 1868, même en maintenant l'égalité de production avec la période antérieure, le nombre desôuvriers employés diminua de 5o.5o5. Le taux des salaires ne peut donc que baisser, celui de la plus*

I . Le Capital^ chap. IX, p. 91 et 9a. s. Le Capital^ chàp. IQI, p. z36.

value augmenter et cela avec d'autant plus dlntensite, que par Texamen des faits, Marx est amené à découvrir de nouveaux symptômes d'accroissement dans la progression de ce phénomène contradictoire. La même statistique lui montre en Angleterre, le pays le plus avancé en industrie, dans le laps de temps sus-indiqué, une disparition de 338 fabriques, une décroissance de métiers à tisser de !20.663, tandis qu'inversement le nombre des broches augmente

de i.6i!2.54i.

Ainsi, l'apparition du machinisme entrsdne les conséquences suivantes :

a. — Un accroissement de production ;

b. — Une diminution dans l'emploi de la maind'œuvre d'où s'ensuit : la formation d'une véritable armée industrielle de réserve sans pain et sans abri aux époques de production normale (i) ;

c. — Une accumulation du capital entre un moins grand nombre de mains, c'est-à-dire. diminution et disparition des capitalistes moyens et petits ;

d. — Une augmentation de la main-d'œuvre disponible par suite de la chute de ces derniers dans les catégories inférieures d'où s'ensuit : un accroissement progressif du prolétariat {n).

Dès lors, puisque la prolétarisation des masses est l'inévitable résultat d'une économie contradictoire, le capitalisme actuel, augmentant en puissance tout en diminuant en nombre, se trouve de plus en plus maître du marché.

De la multitude d'ouvriers encaqués dans 9on

]. Le Capital. y chap. XXV, paragr. III, p. 379. a. Manifeste communiste^ p. 33.

usine et coopérant tons à la même fin productive, il s'approprie le résultat de la combinaison d'efforts, delà « socialisation du travail » (i). La marge de la plus-value s'étend, oppressive, déprimante pour le travailleur dont la condition « doit empirer à mesure que le capital s'accumule » (2) • Et il n'en peut être autrement, parce que la phase actuelle contient non seulement les conditions où le surtravail de l'un peut devenir « source de vie pour l'autre » (3) mais a déjà transformé ces hypothèses en réalités puisque le capitaliste qui ne peut venir au monde que quand « les moyens de production ont déjà été arrachés sans phrase au producteur >> (4) existe aujourd'hui, augmentant en puissance par l'effet d'une capitalisation progressive obtenue aux dépens de la masse des sala,ires.

L'humanité se trouve partagée en deux camps : les possédants et les non-possédants, les patrons et les salariés, les exploitants et les exploités. C'est de ce tissu de contradictions fatales, croissant avec l'écoulement des temps, que l'économie actuelle est faite et son expression théorique, c'est la Plus-Value.

Si cette dernière, à elle seule, explique et provoque le mouvement économique actuel, demandonsnous comment dans un état antérieur, elle a pu trouver ses propres conditions d'existence. En un mot, comment a-t-elle pu être engendrée ?

La théorie du Matérialisme de l'Histoire répond directement à cette question.

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