Le Capital. Chap. XXVI» p. 3i
Théorib du Matérialisme de l'Histoire
Qu'est-ce que le matérialisme ?
Une doctrine philosophique faisant tout dériver : actes, pensées, événements, phénomènes, etc., du mouvement de la matière. C'est, cette cause donnée, sinon un fatalisme, au moins un déterminisme qui pose une inévitable conséquence d'effets nécessaires.
Le matérialisme de Thistoire sera do»c la théoiie de la nécessité des événements historiques, tous, passés ou futurs, et quelles que soient leurs différen* ces, déterminés par certains facteurs qui sont les forces productives matérielles et les conditions où elles s'exercent. « Le mode de production de la vie matérielle, — dit Marx, — détermine le processus social, politique et spirituel » (i). Vidée de Thomme môme dans le domaine psychologique n'y sert de rieti.
Ainsi, la cause toute matérielle déterminée, on peut encore dire que le matérialisme de l'histoire est la soumission de l'humanité à la nécessité de
l'EvOLUTION.
Suivons-en les phases :
L'homme, dès son apparition dans le monde, se trouve en butte aux besoins matériels « C'est donc la nécessité de les satisfaire qui détermine sa première activité productrice et ce qui résulte de ce travail forcé : une croissance en bien-être et en intelligence. « Production matérielle, production intellectuelle, c'est tout un » {2) en ce sens que
I. Avant-propos de h^Critique de F Economie politique^ K. Marx.
• a . * Manifeste oommaniste^ p. 216.
Lagarde 3o
les idées des hommes, leurs aperçus cohcpets, aiatant que leurs notions abstraites et en un mot leur conscience, se modifient avec leurs conditions d'existence, avec leurs relations sociales, leur vie sociale » (i). Puis, la manière d'exercer cette activité productrice change, des modifications slntroduisent, non pas par la volonté de l'homme qui ne détermine rien, mais parce que l'évolution porte en elle dans ses phases premières les éléments générateurs des pliases subséquentes. « Arrivées à un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société se trouvent en contradiction avec les conditions de production existantes ou, pour employer le ternie juridique, avec les conditions de propriété au milieu desquelles elles s'étaient mues jusque-là. Des formes d'évolution des foi'ces productives qu'elles étaient, ces conditions se changent en entraves. C'est alors que le monde entre dans l'ère d'un révolution sociale... Une forme sociale n'est jamais détruite avant que toutes les forces productives qu'elle peut comprendre ne .soient arrivées à leur développement et des relations de production nouvelles ne les remplacent pas tant que leurs conditions matérielles d'existence ne sont pas écloses dans le sein même de l'ancienne société » (a).
C'est ainsi que l'on explique l'emploi primitif de la force brutale entraînant la division première de l'humanité en maîtres et serviteurs ou esclaves (3), puis, ordres successifs : la différenciation en castes