Ce sera le sujet de la troisième partie
2. Ouvrage cité. Œuvres complètes. Tome I, chap. V» par.a» p- 184.
remplir les obligations qu'elles nous imposent^ selon Vordre de proximité où elles se sont formées autour de nous. D'après cela, nous devons préférer à tous autres nos père, mère, enfants, amis, alliés, etc. » Ajoutons pour suivre la gradation logique, nos pays, nos compalriotes, les gens de notre langue, de notre race, de noire continent, de notre couleur, etc. Secourir de deux inconnus celui qui nous paraîtra le moins étranger même — qu'on y fasse bien attention — sans en attendre la moindre récompense ou au moins une certitude de réciprocité est une impulsion si naturelle, si conforme à notre immanente sociabilité — on ne peut la réfréner sans se faire violence — que Ton se demande quel sophisme arrive à faire vivre une théorie si ignorante de notre psychologie. Car il n'y a pas de théorie si mal établie qui ne soit toujours présentée au gros public avec des apprêts, qui la rendent séduisante au premier coup d'oeil. Eh bien ! finissons-en, enlevons le farda riixternationalisme. Plus de frontières, plus de guerres, clame-t-il et réternelle fraternité régnera entre tous les hommes, une seule patrie subsistera : l'Hu- MANiTÉ. Ah ! internationalistes, c'est l'humanité qui vous fait nier la patrie ! Disposez-vous de l'omnipotence nécessaire pour décréter le croisement des races dans le monde et cela fait, pouvez- vous niveler les massifs les plus abrupts, combler ou déplacer les mers les plus vastes pour enrayer l'esprit particulariste prêt à se reformer dans les populations à moins d'en décréter le déplacement périodique ? Pouvezvous établir une température moyenne pour toutes leô contrées ? par des bouleversements géologiques donner au sol une composition identique ; provo-
quer partout les mêmes cultures, détruire l^influence des races, des traditions, du milieu, sur nos êtres, faire en un mot des individus uniformes dans une nature uniforme et décréter d'erreur l'antique Genèse ??? Si vous le pouvez, alors l'immense troupeau vous suivra ; mais si vous êtes impuissants à réaliser un tel programme, taisez- vous, internationalistes, vous n'êtes que des illuminés !
A^oilà comment eût parlé Proudhon, s'il eût vécu de nos jours. Recueillons précieusement sa sentence : « Il existe pour chacun de nous autant de sociétés
particulières qu'il y a d'individus, et en vertu même du principe de sociabilité nous devons remplir les obligations qu'elles nous imposent selon Vordre de proximité où elles se sont formées autour de nous. » Oui, nous nous liguerons, Français contre étrangers. Européens contre Asiatiques, blancscontre jaunes et ainsi de suite dans une progression d'alliances, toujours déterminée par une proportionnelle diminution d'accointances chez l'adversaire commun, extension doniV Humanité venant en dernière ligne né formerait que le terme final et plutôt théorique, ligue d'hommes contre tout ce qui menace l'homme parce qu'il s'en diiférencie (asservissement des animaux inférieurs, destruction des bêtes féroces, etc.), mais alors Thumanité pour I'Humanité cessant tout à coup par cette dilTérencirition caractéristique qui n'est qu'instinct de défense et non pas vertu, cesserait par là-même d'être l'humanité.
A ces internationalistes, doux humanitaires qui, sans souci de la contradiction, prônent la violence comme le bon moyen d'arriver à la réalisation de leur idéal, Proudhon était encore opposé par son
hostilité marquée pour les procédés subversifs, même légaux. Sous TEmpirc, le droit de coalition et de grève ayant été accordé aux ouvriers et aux patrons, il le combattit comme un abus du droit, traitant la loi du 24 mai 1864 d' « antijuridique, antiéconomique, contraire à toute société et à tout ordre » (r). Il n'acceptaitpas, lui, Thomme de science, qu'on pût recourir à la contrainte, à la force pour trancher d un coup les nœuds gardiens de Téconomie sociale. C'était une injustice à laquelle il fallait résister malgré les erreurs de la foule.
Puis, combattant l'excès contraire : Filluminisme qui prêche l'amour à tout prix du prochain, il écrivait, ce qui démontre chez ce doctrinaire d'une équité positive et intransigeante une grande sévérité dogmatique et une extraordinaire résistance aux entraînements de l'opinion : « L'ordre s'établit dans la société sur les calculs d'une justice inexorable, nullement sur les sentiments paradisiaques de fraternité, de dévouement et d'amour que tant d'honorables socialistes s'efforcent aujourd'hui d'exciter dans le peuple. C'est en vain qu'à Texemple de Jésus- Christ ils prêchent la nécessité et donnent l'exemple du sacrifice ; l'égoïsme est plus fort et la loi de sévérité, la fatalité économique, est seule capable de le dompter. » Oui, braves gens, âmes généreuses, entrez dans la société et déposez toute illusion. Lasciateogni speranza. Dites adieu à l'espérance. C'est dans l'Enfer que vous venez d'entrer. C'est par des chemins hérissés de vertus difficiles, que Proudhon passe, pour porter aux damnés de la nécessité ter-