‹ La revanche de ProudhonChapitre 28 sur 140 · Mélanges (3« vol.) 6« Réponse à BasUat, p. Sag · texte numérisé non relu

Mélanges (3« vol.) 6« Réponse à BasUat, p. Sag

ment à éviter cette stagnation. Comme « la circulation a pour condition le crédR réciproque d consistant « adonner instrament pour instrument, matière première pour matière première, service pour service, produit pour produit, échange pour échange, garantie pour garantie » (a) et que par suite de TÂssociation établissant réchange direct, Tor se trouve supprimé, non seulement comme agent de circulation, mais encore comme garantie, en un mol comme monnaie, le prêt d'argent devient inutile et V intérêt qui rémunérerait les détenteurs du numéraire démonétisé d'un service chèrement rendu, devient un anachronisme. Le crédit, débarrassé des péages actuellement prélevés par le capitaliste, réduit les prix sinon à la stricte valeur de la marchandise, du moins à sa plus proche approximation; soiis l'influence du bon marché, la demande s'établit, l'offre suit et la circulation se remet en marche. Dès lors, pourquoi ce principe d'Association si fécond ne s'éta^lirait-il pas encore dans le domaine de la production et de la consommation ? Pourquoi des sociétés dérivées du même mouvement associationniste ne surajouteraient-elles pas de nouvelles approximations ^\x but poursuivi : détermination de la valeur stricte des marchandises directement offertes à l'échange, puisque par la combinaison et la coopération d'efforts, on produit plus et à moindres frais, ce qui accentue le bon marché. L'universalilé des souscripteurs du nouveau billet, sorte de lettre

1 . Mélanges (i^vol.). Représentant du Peuple, article du i4inaii84B.

a. Mélanges (a» vol.). Article du 19 février. Le Peuple, p. 4t.

de change généralisée, ne serait plus, comme la pre* mière hypothèse, un bloc dlndividus isolés mais bien un groupement d'associations échangeant entre elles et sans escompte leurs produits.

« L'association des chemisiers s'est engagée vis-àvis de celle des chapeliers à livrer à celle-ci en compte courant toutes les marchandises confectionnées dont elle pourrait avoir besoin, avec remise sur le prix de fabrique de lo o/o.

De son côté, l'association des chapeliers s'est engagée vis-à-vis des chemisiers à fournir à ces derniers tous les objets de coiffure dont ils auront besoin... » (i) avec même remise. Voilà une opération de crédit mutuel. Que le principe s'étende à la nation entière et l'on aura, autour d'une Association générale de souscripteurs s'engageant à recevoir en paiement un billet, représentation intégrale des produits, tout un système de sociétés productives ou de consommation évoluant comme des satellites autour d'un astre planétaire.

Une circulation s' opérant sur un champ si vaste exige un organe centralisateur, une Banque où les nouveaux billets charges de la confiance publique viendraient dans un flux et reflux incessant vivifier et suractiver le travail national. Clef de voûte du système, véritable synthèse des conditions nécessaires à un ordre de choses établi sur la Justice : Association, Immutabilité de la Valeur, Echange direct. Suppression du Numéraire et de Tlntérêt, etc., la Banque va pleinement réaliser l'équilibre social.

En échange, nous le savons déjà, tous produits et services seront dorénavant égaux. Et le contrat entre patron et ouvrier, ce louage de travail exigé par la

consommatioii pour la production n'est-il pas encore un échange ? A la matière première gardée en toute propriété par l'employeur, l'employé donne une forme, fruit de sa spécialité. Ce travail de transformation que Ton peut appeler A exige une eonlFevaleur de stricte égalité. Le patron pourra-t-il donner moins que A en paiement, détruisant ainsi l'équation par un refus de reconnaître l'égalité des services. La prime qu'il veut retenir n'a plus de raison d'être, puisque l'intérôt — sa retenue ne serait qu'un mode d'intérêt — est supprimé. Il devra donc donner un salaire égal. Gomment le déterminer ? Paf l'éventualité d'une consommation par l'ouvrier de son propre produit qu'il devra pouvoir racheter avec la stricte paie à lui fournie par l'employeur. Le travail transformateur en contre-opposilion avec la transformation de Tobjet constituent les deux faces d'une même identité qui ne pouvant s'opposer qu'à elle-même nous ramène à l'équation fondamentale : A=- A.

Mais surgit la question de la matière première qui avant d'avoir été livrée au travailleur pouvait avoir une valeur supérieure à zéro, ce qui suppose un achat préalable du patron, achat qui doit se retrouver dans la marchandise et par cette nouvelle hausse de prix déterminer à la fois :

1» Une impossibililé de rachat par l'ouvrier de son propre produit ;

2° Et des retenues du patron sur le salaire de ses employés par la nécessité où sont ces derniers par manque de capital et de matière première de travailler aux gages d 'autrui.

C'est la Banque qui va sauver le principe d'éga-

lité dans rechange déjà compromis. Puisque pat* rémission de ses billets, elle a rendu le capital gratuit et fait du travail une valeur identique à l'objet ouvré, la distinction entre capitalistes et non capitalistes cesse; l'ouvrier qui n'obtenait auparavant jamais d'avances faute de garantie, empruntera désormais sans intérêt, garantissant par son produit ultérieur le remboursement de la matière première à lui directement ou indirectement confiée ; il ne sera plus à la merci de son patron qui n'essaiera plus de lui refuser la contre-valeur exacte de son travail, ou plutôt il n'y aura plus ni patrons ni salariés mais rien que des artisans libres qui, ne pouvant s'élever que parla force de leur travail (d'après le principe d'égalité de l'échange, produisant plus, ils acquerront plus, produisant moins, ils acquerront moins, la récompense, reprenant son sens étymologique, étant la stricte compensation de la peine) surafBrmeront leur personnalité, tout en transformant le monde en une vaste association de sociétés ouvrières où, à la rémunération du travail individuel s'ajoutera encore le bénéfice de l'effort collectif et où la réciprocité de réchange assurera la réciprocité des efforts, réalisation de l'équilibre, d'une souveraine justice.

Et voilà dans ses grandes lignes résumée la théorie socialiste deProudhon.

Qu'y a-t-il de plus moral qu'un pareil système où tout dépend de la libre initiative de l'individu ? Pour arriver à l'égalité — égalité des moyens — est*-il nécessaire, comme dans le communisme, d'imposer l'omnipotence de l'Etat et de supprimer du même coup la Liberté dans son principe ? Est-il besoin, comme chez les Saints-Simoniens de faire du Travail

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une religion, dusysloiiic un dogme dont le représentant, pape d'un nouveau genre, exigerait de la foi des fidèles Tobéissance la plus absolue à ses commandements et verser à nouveau dans le despotisme ? Ou faut-il, comme les phalansté riens, tomber en contradiction avec le principe posé et sous prétexte d'obéir à la justice consacrer l'inégalité en établissant trois barèmes spéciaux au Travail, au Capital et au Talent ?

Non ce n'est pas extérieurement à l'individu mais en lui que se trouve le germe de l'organisation idéale et juste ; c'est dans son initiative provoquée par la nécessité qu'il trouve le moyen d'améliorer son sort, celui de l'humanité est de marcher droit dans la voie du progrès. Il se sent trop faible ; il ligue ses efforts à ceux de ses semblables en n'aliénant rien de sa liberté; alors croissant en bien-être, en dignité, il arrive à la conscience de lui-même, de sa destinée ; au milieu des contradictions il trouve l'harmonie, réalisant de son moi une conception de plus en plus haute et l'adirmant dans sa personne et dans ce qui en est le prolongement : sa famille et ses œuvres.

Comme nous sommes montés haut, et comme nous sommes loin des théories socialistes contemporaines ; des communistes prêchant l'abolition du foyer familial, la communauté des femmes et des enfants, le retour à une époque édénique, un recul millénaire vers la brute ; des saints-simoniens dont la religion impudiqu ement exercée par des prêtresses éhontées vint ignominieusement rouler aux gémonies de Belleville ; àQ Y attrayante papillonne àe Fourier où les fleurs phanéroganes se livrent à tous les baisers ! L'austère Proudhon se détournait avec dégoût

de ces théories honteuses et affligeantes. Il tonna contre elles, laissant tomber comme d'mi Sinaï le nouveau Décalogue, la nouvelle orgailisation, le MUTUELLISME. Les objections, les critiques plurent sur le nouveau système; mais toutes d'ordre exclusivement pratique (i), on en contestait par exemple les possibilités d'application, mais pas une voix ne s'éleva au nom de la morale et de la dignité humaine trop bien défendues par l'auteur dans la satisfaction de leurs principes.

D'autres doctrines épanouies aujourd'hui sous l'influence de théoriciens nouveaux venus mais' qui commençaient à germer à cette époque, trouvaient en Proudhon une intransigeante antipathie; citons comme exemple V internationalisme .

Après avoir constaté dans son premier mémoire l'immanence du principe d'association dans l'humanité, d'où découle une égale justice pour et envers

tous, il se demande si les préférences de l'amour et de l'amitié sont injustes. « Je suppose, dit-il (2), que je sois simultanément appelé par deux hommes, exposés à ♦ périr ; m'est-il permis, m'est-il même commandé de courir d'abord à celui qui me touche de plus près par le sang, l'amitié, la reconnaissance ou l'estime, au risque de laisser périr Tau- Ire ? Oui, Et pourquoi ? Parce qu'au sein de l'universalité sQciale, il existe pour chacun de nous autant de sociétés particulières qu'il y a d'individus et qu'en vertu même du principe de sociabilité^ nous devons

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