‹ La revanche de ProudhonChapitre 31 sur 140 · I. jNous le verrons au cours de cet ouvrage · texte numérisé non relu

I. jNous le verrons au cours de cet ouvrage

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auront du clinquant dans la forme, sauront faire adroitement soupirer dans de fades romans ou des poésies langoureuses im cœur qui meurt toujours sans jamais s'épuiser, pourront flatter, séduire Toeil au premier abord ; mais prouver à l'examen plus détaillé, de leurs œuvres fragiles l'aveu de leur propre faiblesse. Qu'y manque-t-il ? La pensée qui fait l'homme. Ah ! qu'ils nous semblent pâles ces fins potiers, occupés à dessiner sur un caolin fragile des fleurs, des idylles, de sensibles bergeries, alors que loin d'eux, les Titans, surgis des couches populaires et montés sur les hauts sommets, lancent sur le monde étourdi leurs Idées qui tombent comme des rochers dans des échos retentissants. Proudhon devait donc étonner par son penser et par son style. Il devait surprendre davantage par sa méthode de raisonnement empruntée de la dialectique hégélienne (i) qui posait la contradiction, l'antinomie, comme forme de ridée, et peu connue en France où l'on en était resté aux vieux procédés d'induction, de déduction, de syllogisme, ce qui embarrassait des adversaires peu familiers avec son maniement. Aussi, en peu de temps, Proudhon acquit-il la réputation d'un dialecticien de première force. Mais, même à ceux qui lui reconnaissaient cette supériorité, elle paraissait être de mauvais aloi. On le supposait usant de la dialectique comme d'un divertissement, pour le vain plaisir d'embarrasser ses adversaires, les tenir en haleine,

I. Sans avoir lu Hegel, il avait les notions du principe de contradiction, notions amplifiées depuis par des conversations avec Karl Grun. Karl Marx s'est vanté d'avoir hégélianisé Proudhon. Celui-ci n en a jamais rien dit.

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les faire « suer sang et eau » et les accabler ensuite, après les avoir déroutés par une succession d'idées hétéroclites. Bastiat, loyal adversaire, fait allusion à cette méthode, dans la polémique qu'il engagea avec Proudhon sur la légitimité de l'intérêt : « Je la tiens, écrivait-il, pour une conception sérieuse de votre esprit)), mais il mentionnait eu même temps ces bruits misérables auxquels il ne croyait nullement. « M, Proudhon, s'écriait-on, lire des coups de pistolet dans la rue pour faire mettre les gens aux fenêtres )). Et voilà dans une boutade, jugée la supériorité dialectique d'un homme, qui n'écrivait que pour la justice.

Mais qu'importent les appréciations du vulgaire quand sur ce dialecticien redoutable, sur ce styliste d'une vigueur inouïe, vient se poser la consécration de hautes autorités ?Saint-Beuve (i), le roi de la critique littéraire, disait de lui : « Fort de son honnêteté profonde et de sa probité inattaquable, il avait de ces manières de sentir et de dire qui faisaient trembler. »

Puisque Proudhon avait beaucoup senti, beaucoup pensé, conscient de sa valeur, il était naturellement destiné, semble-t-il, à gagner les voies littéraires. Eh bien! non; tout comme Jean- Jacques, cet autre penseur farouche qui écrivit fort tard et que les circonstances seules menèrent droit au Contrat Social, Proudhpn ne se croyait pas fait pour le métier d'écrivain. Il résista tant qu'il put aux sollicitations de ses amis. Il avait déjà composé ses deux ouvrages de linguistique, la Célébration du Dimanche,

I. A fait de Proudhon une biographie justificative très intéressante, mais malheureusement inachevée.

le premier Mémoire sur la propriété, qu'il écrivait encore de Paris où il faisait un stage d'études comme titulaire de la pension Suard à son ami Bergman : « Je suis fait pour l'atelier, d'où j'aurais dû ne jamais sortir et où je rentrerai aussitôt que je le pourrai. » Cette antipathie première, il la conserva toute sa vie, professant un profond mépris pour les hommes de lettres et surtout pour les faiseurs de romans mis sur le même pied que les artistes et les bohèmes, parce qu'il voyait dans l'exagération de leurs œuvres et l'importance donnée à ces messieurs, la mesure du degré d'abaissement des masses, La littérature sans autre objet qu'elle-même, n'étant ni philosophe, ni moraliste, ni économiste, ni historienne, etc., c'était pour lui la misère, le zéro de l'intellectuel. Faciles eflbrts pour raconter à des femmes, — les romanciers n'ont plus que des lectrices, et c'est à elles, qu'inconscients de leur déchéance ils s'adressent dans leurs préfaces — les diverses péripéties de l'étemel thème d'amour, trame simple où la « folle du logis » seule travaille, énervant les énergies, diminuant les individus. Aussi quand, mis face à face avec la nécessité, ce robuste génie fut forcé de s'armer d'une plume, c'est d'un geste nerveux qu'il la prit, relevant le défi et ployant les phrases, les figeant sous les contradictoires poussées d'une pensée impétueuse, se fit un genre où l'idée -bondissait sôus les mots. Etonnement ! Stupéfaction ! quel était ce nouvel athlète tombé dans l'arène et qu'allait-il entreprendre ? Porter un défi à la société ? Non. Répondre à ses provocations quotidiennes de gêne et de misère. Comme l'homme de Genève l'avait heurtée de front, dans sa première passe, dans

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la Civilisation, le Franc-Comtois allait la combattre dans la Propriété. Avec quelles armes atteindre ce polémiste étourdissant dont les rapides successions d'idées laissaient le trop lent contradicteur hors d'haleine, le prévenaient dans ses ripostes, le laissaient efflanqué, abattu, brisé sous des arguments imprévus et irrésistibles ? Comment se défendre de l'hydre qui vous hypnotise et vous mène malgré vous jusqu'au précipice où il vous abîme ? Risquer un abordage avec Proudhon était une témérité où l'on n'osait trop s'aventurer. Cet homme, disait Sainte-Beuve (i) « a du malin et du diabolique en même temps que du dialecticien subtil et délié, du logicien impitoyable. 11 vous prend, il vous emmène, on le suit ; il vous emmène plus loin, on le suit encore; on croit être arrivé : pas du tout ; il vous reprend et vous emporte et cette fois en rebroussant chemin; il vous enlève par delà et dans des régions où l'on ne distingue plus que par éclairs ce qu'il veut, où il va et où il vous conduit. En se sentant balancé de la sorte on ne cesse de se demander avec inquiétude : « Où veut-il en venir », jeu périlleux qui n'est pas fait pour rassurer les timides, pour contenir les imprudents, pour guider les faibles et qui devait prêter à bien des malentendus».

Et tout en analysant les impressions dégagées d'mie lecture de Proudhon, Sainte-Beuve semble vouloir donner la raison des inimitiés accumulées autour d'un homme sincère et loyal qu'on ne comprit pas à cause de sa complexité, de cette intelli-

I. Sainte-Beuve : Proudhon^ Michel-Levy, édit (1872), p. 2o5.

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gence aux vues simultanées et multiples comme un kaléidoscope encore introuvé.

Rassurer les timides ! sa méthode d'exposition et son style ne le pouvaient. Proudhon dans sa brutale franchise, ne mâche par les mots et comme Bourdaloue « frappe comme un sourd » en déposant tout respect humain. On pourrait regarder comme une maladresse, cette rudesee de Texpression ; on peut penser qu'avec des idées intégralement exprimées, mais sous une forme plus modérée, il pouvait arriver à de grandes réalisations ; mais comment ne pas tenir compte de ses souffrances, de ses lugubres souvenirs de jeunesse ? « Quand le lion a faim, clamait-il, il rugit ». Comment, à la sociétéqui le broyait dans son engrenage, pouvait-il pardonner de cruelles atteintes ? Et quand bien même, à présent que le voilà devenu fort, la société Veut choyée pour l'intéresser à sa défense, comment pouvait-il se laisser annihiler ? Il savait que d'autres souffraient, les humbles, les petits, ses frères, auxquels parfois on daignait faire la charité, tout en leur refusant le droit d'exhaler une plainte. A ceux dont on ferme la bouche, il voulut servir de porte-voix. C'était dès lors la misère qui parlait avec son accent terrible.

Contenir les imprudents ! comment était-ce possible avec ces sentences paradoxales qui, détachées de leur contexte, méchamment commentées par des adversaires de mauvaise foi,'mcnaient droit aux théories subversives, qui, tombées dans des cerveaux mal éclairés y produisaient des sombres remous, de ces poussées brutales engendrant les coups de force aveugle, ce contre quoi il luttait.

Guider les faibles ! comment imposer une direction

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à qui ne vous comprend pas, à ces mannequins que le moindre souffle retourne, toujours prêts à être de Tavis du dernier opinant et dont la masse respectable, si elle était consciente, suffirait à donner à la société un centre de gravité, une pondération qui lui manque.

Oui, par de pareils écrits, Sainte-Beuve l'a dit avec beaucoup de vérité, Fauteur devait prêter à bien des malentendus. A droite comme à gauche, tout le monde l'interpréta à sa façon, personne ne le comprit, ses adversaires comme ses amis. Sa vie mal exposée par des biographes est un malentendu ! Ses idées incomprises, un autre malentendu. Proudhon, c'est le malentendu incarne. Sa supériorité incontestable était tantôt, nous l'avons vu, regardée comme de mauvais aloi ; tantôt comme la manifestation d'un incommensurable orgueil. A cet homme parti de bas, on ne pardonnait pas l'humilité de son origine et la vanité froissée d'adversaires réduits au silence, prêtant généreusement leurs qualités aux autres, attribuait ces foudroyantes ripostes à sa vanité démesurée. Vaniteux, Thomme qui s'écriait : Périsse ma mémoire et que l'humanité soit libre ! Vaniteux, le théoricien sombre qui, réfutant les phalanstériens, refusait au talent le droit à l'inégalité, posant un inflexible ni veau sous lequel, lui,rhomme de génie, s'inclinait tout le premier. « On s'étonne, s'écriait-il, que je refuse au génie, à la science, au courage en un mot à toutes les supériorités que le monde admire l'hommage des dignités, les distinctions du pouvoir et de l'opulence. Ce n'est pas moi qui le refuse, c'est l'économie, c'est la justice — (notez, lecteurs, c'est toujours au nom de la justice) — c'est la liberté qui le défendent.

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Rendez aux hommes la liberté, éclairez leur intelligence afin qu'ils connaissent le sens de leurs contrats et vous verrez la plus parfaite égalité' présider à leurs échanges, sans aucune considération pour la supériorité des talents et des lumières.

Qu'Homère me chante ses vers, j'écoute ce génie sublime en comparaison duquel moi, simple pâtre, humble laboureur, je ne suis' rien. En efTet, si on compare œuvre à œuvre que sont mes fromages et mes fèves au prix d'une Iliade... » Mais<( je puis mepasser de l'Iliade et attendre, s'il le faut, l'Enéide. Homère ne peut se passer vingt-quatre heures de mes produits. Qu'il accepte donc le peu que j'ai à lui offrir et puis que sa poésie m'instruise, m'encourage, me console.

Pour que le chantre d'Achille obtienne la récompense qui lui est due, il faut donc qu'il commence par sejaire accepter. » Et plus loin : « De même que la création de tout instrument de production est le résultat d'une force collective, de même aussi le talent et la science dans un homme sont le produit de l'intelligence universelle et d'une science générale lentement accumulée par une multitude de maîtres et moyennant le secours d'une multitude d'industries inférieures... L'homme de talent a contribué à produire en lui-même un travail utile : il en est donc copossesseur ; il n'en est pas le propriétaire. Il y a tout à la fois en lui un travailleur libre et un capital social accumulé ; comme travailleur il est préposé à l'usage d'un instrument, à la direction d'une machine qui est sa propre capacité ; comme capital il ne s'appartient pas, il ne s'exploite pas pour lui-même^ mais pour les autres...

Peu de maîtres, peu d'années, peu de souvenirs traditionnels sont nécessaires pour former le cultivateur et l'artisan ; l'effort générateur, la durée de la gestation sociale sont en raison de la sublimité des capacités... Il avait (l'homme de talent) la faculté de devenir^ la société Ta fait être. Le vase, dira-t-il au potier : « Je suis ce que je suis et je ne te dois rien? » (i).

A part l'homme de Port-Royal, chez quel écrivain trouverons-nous une doctrine de plus sombre humilité ! Gomme on est loin des idées reçues, comme on réduit à presque rien ces mesquines enflures de supériorité, de talent, de génie, où notre pauvre àme s'illusionne sur une petitesse dont elle crée les degrés Oui, l'homme supérieur doit tout à la société dont il n'est qu'un produit, et bien loin de ce prévaloir d'un mérite impersonnel il doit trouver l'excuse légitime d'un travail d'utilité sociale à son parasitisme économique. Au lieu de se surenchérir, il n'a qu'à rentrer en lui-même. C'est par l'humilité que l'on touche au sublime. L'humble Proudhon atteignit à la sublimité. Et, si malgré ce, calomniateurs, vous persistiez encore à parler de son orgueil, vos accusations auraient une profondeur que vous ne leur soupçonnez mênie pas. Si, comme La Rochefoucauld qui réduisait tout à l'égoïsme, môme les plus nobles actions, vous ramenez tout pour le seul Proudhon à une question de vanité, des vanités, accentuerons-nous, il eut la plus belle de toutes, celle de n'en pas avoir !

I. Qu'est-ce que la propriété ? Voyez Ghap. III, paragraphe 7.

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Malgré cette austérité, ces couleurs sombres, cette inclination à poser des problèmes difficiles et brûlants, à les démontrer d'une façon algébrique par une dialectique aux vues élevées et profondes, l'œuvre proudhonienne n'est pas tout écrite sur lé môme ton rigide et sévère ; le tendre y est parfois rendu avec une délicatesse d'expression inaccoutumée chez un lutteur, mais non surprenante chez un sensible. N'oublions pas que Proudhon avait souffert : qui sait sentir sait être tendre. Il y a dans la Célébration DU Dimanche, une idylle qui, par la poésie douce et la suave mélancolie qui s'en dégagent, laissent le lecteur attristé de l'avoir si tôt achevée. Lisons, relisons encore ce chef-d'œuvre : la béate méditation qu'il provoque amenant en l'àme de ces échos mystérieux qui surprennent :

« La blonde Marie était aimée du jeune Maxime. Marie simple ouvrière et dans la naïveté d'un premier amour. Maxime, laborieux artisan, unissant la raison à la jeunesse. La nature semblait avoir prédestiné ces amants au bonheur en les douant tous deux de simplicité et de modestie. Assidus au travail tous les jours de la semaine, Maxime s'efforçait d'augmenter son épargne. Marie tressait en silence sa couronne de mariage. Ils ne se voyaient que le dimanche ; mais qu'il était beau, qu'il était solennel pour eux ce jour où il fut chanté dans le ciel « L'amour est plus fort que la mort ! qu'il répandait sur leur tendresse mutuelle de religion et d'innocence 1 Amants véritables ne furent jamais sacrilèges : pleins d'un amoureux respect, qu'aurait osé le jeune homme ? qu'aurait permis la jeune fille, belle de sa pudeur et de la joie du dimanche ? Seuls avec leur amour ils étaient sous la garde de Dieu. La Révolution de juillet vint brusquement détruire tant de iélicité. Maxime fut averti

de se pourvoir, plus d'ouvrage, plus de joie. Il résolut de s'éloigner pour un temps et de se diriger vers la capitale. La veille de son départ, un dimanche au soir, il saisit la main de Marie et, sans lui parler, la conduisit à l'église. — u Si je reviens fidèle, quelle vous retrouverai-je Marie ? — Faites ce que vous dites et comptez sur ma foi. — Me le promettez^vous devant Dieu ? » Elle le promit. Ils sortirent, la nuit était bel(e ; Maxime selon la coutume des amants qui se séparent, fit voir à Marie l'étoile polaire et lui apprit à en reconnaître la position. — « Vos yeux ne rencontreront plus les mions, lui dit-il ; tous les dimanches k pareille heure, je porterai mes regards de ce cdté-là. Faites-en de même, afin qu'au même instant, comme nos cœurs sont unis, nos pensées se confondent. C'est tout ce que je demande, jusqu'à ce que je vous revoie. » Il partit. Paris ne lui donna pas toujours de l'ouvrage ; ses jours de chômage lui devinrent funestes. Par les instigations de quelques amis, Maxime fut affilié à une société républicaine... Une invincible mélancolie s'empara de son âme et altéra son caractère, n Savez-vous, écrivait-il à Marie, pourquoi vous êtes si pauvre, lorsque tant d'effrontées vivent dans le luxe ? Pourquoi je ne puis vous épouser, lorsque tant d'hommes se précipitent dans le libertinage ?... Savez -vous pourquoi je travaille quelquefois le dimanche tandis que d*autres jouissent ou s'ennuient toute la semaine ?... Dieu a permis que les bons fussent les premiers à pâtir des vices des méchants, pour leur apprendre que c'est à eux d'émonder la société et de faire refleurir la vertu. Si le juste n'avait jamais à se plaindre, le pervers ne se corrigerait pas ; et la contagion s'étendant toujours, le monde, bientôt tout infecté, périrait... Priez Dieu pour moi, Marie, c'est tout ce que peut une faible femme. Mais il y a un million de jeunes hommes vertueux et forts, tout prêts à se lever et qui ont juré de sauver la nation... Nous vaincrons ou nous saurons mourir. » Maxime fut tué derrière une barricade dans

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es joiiraées de juià. Depuis ce temps, son amante a pris te deuil : orplieline dès son bas-âge et n'ayant plus de mère, elles'est attachée à la vieille mère de son fiancé. Ses journées se passent dans le travail et dans les soins d'un tendre dévouement. Tous les dimanches on la voit, dans Tobscure chapelle 011 elle promit à Maxime son cœur et sa foi, assister à l'oflice divin ; c'est là que son âme calme et résignée se fortifie et s*épure dans un ineffable amour. Et le soir, après la prière, le cœur plein des dernières paroles de Maxime, jusqu!à ce que je vous revoie, la triste Marie regarde en soupirant Tétoile polaire. »

Douces vibrations ! suave récit ou tintent funèbres dans un lointain éloignement des illusions évanouies sur un amour d'idéalité pure et irréalisable. Ah I Ppoudhon sensible, de cette sensibilité forte et sublime puisée dans les inoubliables impressions de cette nature où, tout jeune, tu prenais des habitudes contemplatives, il fallait sentir et penser comme toi pour élever une âme et entrer en communion d'idées! Mais lu parus juste à point à une époque où ce matérialisme destructeur d'énergies qu'on nomme lucre, intérêt personnel, hydre qui mord à pleines dents, hurla par toutes ses gueules devant la pureté de tes idées, devant ton désintéressement !

Du journalisme, de '^etle branche littéraire qu'il faisait plus que haïr, qui lui répugnait, les attaques lui vinrent furieusesgo, nflées du venin monstrueux delà calomnie.

Provoqué, Proudhon bondit sur sa plume, saute à pleins pieds dans la polémique et comme d'un scalpel crève ces purulentes boursouflures. Son tyle, tantôt aimablement railleur, tantôt sarcaslique est parfois féroce au trait final, harcèle l'adver-

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saire, le met hors de lui, le fait se débattre, écumer, s'enferrer de plus en plus dans ses propres défenses jusqu'à ce qu'enfin exténué, rendu, il vienne lourdement s'abattre sous un dernier coup de massue^ Il y a, dans sa polémique, un article qu'on peut donner comme type du genre. C'est une lettre à PJwre Leroux où, répondant à une longue diatribe de ce dernier qui l'accusait de lui voler ses idées, il lo raille, le bafoue, le jette à terre, le reprend pour Thumilier davantage, le roule

et l'écrase avec tant d^aisance infatigable, qu'à la

vue de cette lutte disproportionnée, on est tenté par pitié de crier au trop fort athlète : Assez ! Assez ! Lecleur ! Savourez ce morceau, il est assaisonné de sel gaulois :

A Pierre Leroux (i).

Mon cher Théosophe, Vos trois articles contiennent en substance que je suis un orgueilleux, un éclectique, un libéral, un sophiale, un voltairien, un fouriériste, un malthusien, un égoïste, ud athée, un Erostrate, un bourgeois, un propriétaire, ce qui ne vous empêche pas de m appeler votie ami et de me dire a Mw cher Proudhon » — que j'ai pillé sans en rien dire Kant, Hegel, Fenerbach, Fourier et vous-même; mais que si j'ai pris quelques-unes de vos idées, c'a été à mauvaise intention et uniquAçnent pour renverser votre Doctrine; qu'après avoir critU que Loigis Blanc, Considérant, Cafaet et autres dont vous vous souciez in petto comme de moi, j'ai eu l'audace extrême de m'attaquer à vous, le vainqueur de M. Cousin et de l'éclectisme, que je vous ai appelé théologastre, tandis que vous êtes bien et dûment le théologal du socialisme ; bref, je ne suis pas républicain.

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