‹ La revanche de ProudhonChapitre 32 sur 140 · I. Le Peuple de i85o, article : Résistance à la Révolution · texte numérisé non relu

I. Le Peuple de i85o, article : Résistance à la Révolution

Vous avez mis quinze colonnes de la République à me défiler ce chapelet. Je vous le demande, qu*est-oe que tout cela prouve? Quel argument pour vos lecteurs que cette kyrielle d'épilhèles injurieuses, à Tusage des papelards de la démocratie sociale ? Et que vous importe à vous, grand théomancien, grand théomime, pour ne pas dire théomane, dont je n'avais rien dit, que Louis Blanc et les autres qui ont si bien travaillé après Février avaient été par moi confessés d'office, attendu qu'ils refusent déparier.

... Oui, oui, oui, faut-il que je vous le corne aux oreilles 1 je nie tout à la fois collectivement, identiquement et synthétiquement et l'exploitation de l'homme par l'homme et le gouvernement de rhomme par Thommeet ce que vous avez grand tort d'oublier, cher Théopompe, l'adoration de l'homme par l'homme. En le niant, je ne fais, je vous le jure, ni antinomie, ni antithèse, je ne songe nullement à démolir votre Doctrine ; je ne sais pas même si vous en avez une doctrine.

... Quelle est donc cette proisade dont vous êtes maintenant le Pierre l'Ermite en faveur de la religion, du gouvernement, delà propriété Qu'attaquez-vou^.^ Que défendez-vous? A qui, à quoi en avez- vous ? Que signifie ce torrent de divagations pédantesques où tout ce que Ton découvre de plus clair, c'est que l'idée du siècle, l'idée immortelle, sous l'invocation de laquelle j'ai placé très humblement ma brochure, cette idée... c'est la vôtre. Ne pourriez-vous dire à vos lecteurs simplement jet sans m'appelermalthusien/Erostrate, propriétaire: u Citoyens I Celui qui a résolu le problème du prolétariat. Celui qui seul a le droit de lever la main au ciel et de dire : Mon idée est immortelle, cet homme-là, ce n'est pas Proudhon, c'est Pierre Leroux, c'est MOL

Ecoutez-moi, cher Théoglosse. Je vous fais grâce pour aujourd'hui de toutes les folies et absurdités que vous avez à pleine bouche répandues dans vos trois diatribes ; je vous ferais

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trop souffrir en les relevant. Mais je vous en préviens, je n'aime pas cette façon jésuitique d'égorgiller un homme en l'embrassant. Je préfère mille fois la haine avouée, cordiale de Louis Blanc k votre fausse bonhomie. Vous pouvez qualifier mes idées, c'est votre droit ; mais je vous défends de qualifier mes intentions : sinon je vous qualifierai vous-même ; je vous marquerai si avant et si bnMant qu^il en sera fait mémoire dans les générations futures. Ce sera pour vous un moyen d'arriver à la postérité plus sûr que la Triade, le Girculus (i) et la Doctrine. »

Avez-vous remarqué ce va-et-vient, ce tournoiement incessant du chat autour de la souris qu'il hypnotise et qui va pour échapper à la mort, buter contre tous les obstacles jusqu'au moment od la griffe déchirante vient d'une saccade mettre un terme à ce duel disproportionné ; ainsi Proudhon jouait avec ses adversaires — il n'est pas possible après avoir bafoué, annihilé le contradicteur par cette raillerie implacable, lancée à jet continu, de le mieux assommer par un dédain plus écrasant.

Proudhon théoricien, dialecticien, littérateur, polémiste, est incomparable. Son argumentation qui trouve toujours le mot est étonnante d'exactitude, ses comparaisons surprenantes par leur familiarité et leur à-propos accrochent avec bonheur l'idée qui se présente, ses défenses nerveuses jetées à bras raccourci et hérissées d'épithèles introuvables, aiguës comme des pieux, pénètrent l'adversaire jusqu'au sang et l'épuisent. Mais ce qui est le plus à priser chez lui, c est cette noblesse de pensée qui surélève le style, découvre sans cesse des horizons nouveaux

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