‹ La revanche de ProudhonChapitre 39 sur 140 · I. Code de Commerce» article iio · texte numérisé non relu

I. Code de Commerce» article iio

Les deux premiers types sont des promesses de paiements différés que le détenteur peut passer à ses propres créanciers par une sorte de transmission de dette. Le troisième est un paiement effectif et immédiat. Ce n'est donc qu'avec du papier que les échanges mondiaux se règlent aujourd'hui, le métal ne servant qu'à de futiles transactions faites sur place. Toute une énorme masse d'effets aux jours de liquidation internationale vient se concentrer dans les clearings-houscSy dans les chambres de compensation où des commissaires délégués déterminent par des virements effectués d'après la valeur représentée par les billets, quels pays, la balance faite entre leurs dettes et leurs créances, éprouvent un déficit ou un solde avantageux.

Toutes ces modifications ne sont, d'après Proudhon, que les symptômes avant-coureurs d'un état de choses dont la transition se prépare. Le papier tend à devenir monnaie de droit, la seule monnaie. Remarquons en effet une contradiction prêle à se résoudre. Le métal avait été pris, marchandise commode, comme équivalent fixe des autres marchandises, et cette équivalence réalisait l'équation fondamentale, A égalait A. Mais du jour où, dans le commerce, le papier devint nécessaire, ce dernier ne suivit pas le processus logique antérieurement décrit, il ne représentait plus le métal, comme ce dernier avait représenté le produit ; il n'en était que le signe, une émanation virtuelle, non une représentation positive, équivalentaire. Et, croyons-nous pouvoir ajouter comme une idée dérivée de la thèse proudhoniennc, l'extension du papier, autre cause d'inharmonie, tout en faisant nominalement baisser le taux

de rintérêt par un fallacieux accroissement de l'offre sollicitant la demande, augmentait de toute la quantité chiffrée sur ses coupures la valeur du stock métallique (i). L'argent, à la fois monnaie sans en réaliser la fonction active, et marchandise (2) sujette à demande continue et croissante ce qui, chose contradictoire, la fait se cacher de plus en plus, ne peut plus être un agent de circulation ; la prime attachée à son utilité de valeur constituée enflant démesurément, il ne peut plus y avoir équilibre, elle ne peut plus être un équivalent ; l'égalité est rompue, A n'égale plus A.

Et que faut-il faire pour réaliser à nouveau Féquation primitive ? Résoudre la contradiction actuelle, en dégageant le papier encore à l'étal de chrysalide de sa dure écorce métallique qui Tenserre et Tarréte dans son développement, puis poser la contradiction nouvelle, donner exclusivement à la marchandise, valeur intrinsèque, un seul signe, le papier qui n'en ait aucune. Le métal toujours demandé, sujet à la hausse, à l'accaparement, poussant ses détenteurs à de brutales exigences envers le non détenteur, devra déchoir de son privilège de valeur constituée, de monnaie, ou a contrario tous les produits seront appelés à jouir du même privilège, ce qui est tout

I . Nous n'avons trouvé nulle part celte idée explicitement exposée. Nous essaierons d'en faire la théorie puis de la formuler dans la loi suivante :

La valeur du métal croit au delà de sa valeur légale de toute la somme représentée par la circulation fiduciaire, théorie et formule que nous exposerons dans la Critique du Mutuellisme (3« partie) où elles seront plus à leur place. Voyez infra p. 34o.

un (i). LJargent, dans un cas comme dans Taulre, réduit à son seul rôle de marchandise, le papier monnayé prendra sa place et, comme sa valeur intrinsèque est nulle, les produits s'échangeront à nouveau contre des produits, A égalera A.

Par quel dégagement de transition, le papier va-t-il devenir le signe parfait représentant des valeurs en marchandises? Par le développement logique de ses conditions de réalisation déjà apparues dans l'évolution, par la généralisation du principe qui a présidé à rétablissement de la lettre de change, du billet de banque, etc.

On sait que la lettre de change, d'après la définition du Code de commerce, suppose change, provision et acceptation, c'est-à-dire valeur créée et livrée par le tireur, existence chez le tiré des fonds destinés à l'acquitter et promesse d'acquittement, conditions essentielles^ plus date d'émission, d'échéance, désignation des lieux, des personnes, de Tobjet, conditions secondaires. Quant au billet de banque, c'est une monnaie dans toute l'acception du mot, gagée sur l'encaisse de la société d'émission, immédiatement échangeable contre n'importe quelle marchandise, au prix marqué sur sa coupure. Il s'agit de synthétiser les caractères essentiels de ces deux modes de circulation en un nouveau qui contrairement au billet de banque et conformément à la lettre de change soit gagé^ non plus par le métal, mais exclusivement par des marchandises et en sens inverse soit immédiatement échangeable contre n'importe quelle

I. Cest la question du tarif, vue plus haut, toutes marchandises étant tarifées comme Fargent.

marchandise an prix marqué sur sa coupure^ conformément au billet de banque et contrairement à la lettre de change. Laissons parler Proudhon lui-même.

« C'est la lettre de change dépouillée des qualités circonstancielles de lieu, de date, de personne, d'échéance et d'objet, et réduite à ses qualités essentielles qui sont le change, l'acceptation et la provision. C'est pour m'exprimer plus clairement encore la lettre de change . paj^able à vue et à perpétuité » (i) ; et nouvelle définition (2) « c'est le billet de banque affranchi de la condition du rembourse^ ment en espèces ». Mais le nouveau billet, quoique suffisamment gagé par la marchandise, a besoin encore d'une garantie nécessaire au cas de perte ou d'avilissement du gage. Où la trouverons-nous ? Dans la généralisation d*une pratique courante : l'endos de la lettre de change.

On sait que cet effet de commerce lancé dans la circulation offre une chance de remboursement proportionnelle au nombre des endosseurs si bien que celui qui réunit le plus de signatures possède théoriquement la garantie la plus solide. Eh bien ! le futur papier fiduciaire n'a qu'à réunir, par une convention ayant pour but son acceptation réciproque, un certain nombre d'adhérents, mille, cent mille, un million et toute la nation, s'il se peut, pour arriver à atteindre cet idéal théorique dans sa plus étroite approximation. Dès lors, gagé par des réalités, supprimant tout intermédiaire entre les marchandises, favorisant le parfait échange des produits

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