‹ La revanche de ProudhonChapitre 83 sur 140 · I. A para en · texte numérisé non relu

I. A para en

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développé sous la même rubrique dans rarticle correspondant de la deuxième partie, des trois conditions mutuellistes :

lo D'union pour le travail ;

2° D'indépendance vis-à-vis du capital ;

v3o De propriété des produits.

1^ D'union pour le travail puisqu'elle groupe « en mie action commune toutes les associations ouvrières de production, en vue de Tobtentiondes travaux » (art. i«^) ;

20 D'indépendance vis-à-vis du capital, puisqu'elle exige des sociétés postulantes « d'être exclusivement composées d'ouvriers » (art. 5), pour que les cotisations destinées à la couverture de ses frais d'entretien soient prélevées sur le gain des coopératives adhérentes, gain ohienu par le seul travail;

3® De propriété des produits, puisque n'étant composée que de délégués élus par les coopératives adhérentes, ces dernières affirment, par le seul fait de l'élection que ces membres étant libres cessent d'être des salariés el sont copropriétaires des produits.

Eh bien ! malgré toutes ces similitudes avec les devis proudhonicns, la Chambre Consultative et les coopératives qui la forment, ne peuvent arriver à franchir les limites de la relativité pratique, à ne pas nier dans leurs réalisations Tirréalisable absolu théorique : c'est-à-dire dans le cas qui nous occupe : la suppression des intermédiaires. En effet, l'union est faite — première condition théorique — pour le travail mais non par le travail. Bien qu'historiquement et logiquement, le travail produisant tout de rien soit antérieur au produit, la main-d'œuvre s'exerçant à

vide ne peut rien produire sans une matière d'application qui le réalise. Or tous ou presque tous les champs d'exercice de notre activité sont devenus des capitaux, c'est-à-dire des propriétés,fruils d'efforts répartis sur toute une génération, qui ne se prêteront pas en pure perte. Comment dès lors le travail qui n'est que velléité, .aspiration sans réalité, tant qu'il ne peut s'exercer sur les choses, trouvera-t-il une garantie qui ne peut exister qu'en dehors de lui dans la matière fournie à sa force de transformation? Par le seul prêt* Le travail ne peut donc, étant quelque chose d'impalpable, d'irréel, s'élever par luimême et fait nécessairement appel à l'intermédiaire.

Le capital se refusant et pourtant l'intervention du capital étant nécessaire, il s'agit — deuxième condition théorique — de se rendre indépendants du capital • Comment? En créant une banque spécialement destinée à créditer les ouvriers. C'est, dans la pratique, la Banque Coopérative. Or, nous l'avons vu et nous y revenons sans y plus insister, cette banque a ime garantie métallique dont les services sont payés par des retenues effectuées sur toutes les opérations faites avec les associations ouvrières, qui, en payant le prêt du capital d' autrui, reconnaissent du même coup et leur dépendance et la nécessité du maintien des intermédiaires.

Ënfm, lapropriété des produits — troisième condition mutuelliste des coopératives — est encore loin d'être pleinement réalisée. Puisque les associations empruntent — et elles empruntent toutes — il faut qu'elles paient le service rendu, le prêt ; il n'y a donc pas propriété intégrale du produit puisqu'une partie du prix marchand revient à la Banque crédi-

trice et capitaliste. La différence entra le prix marr chand et ce que touche Touvrier est Justement le fond de subsistance, destiné à assurer l'existence de rintermédiaire au lieu de le supprimer comme Texige la théorie.

a<> Mentionnons aussi que la suppression des intermédiaires ne peut s'accomplir pratiquement pour les coopératives de consommation actuellement existantes et dont le prototype est le Syndicat de consommation juxtaposé au syndicat de production dans le même acte de constitution de la Banque du Peuple. Actuellement les associations de consommation, pour emprunter à bas prix, s'adressent aux coopératives de production qui, elles, sustentent l'intermédiaire par une part prélevée dans le prix marchand du produit que paiera tout comme les autres acheteurs la société de consommation, assumant ainsi par le seul fait de l'achat sa part d'entretien de la catégorie des intermédiaires.

Ainsi, le principe a beau s'aflîrmer et le plus éncrgiquement possible dans Tabsolu, il ne tend pas à autre chose qu'à se nier dans le relatif — l'intermédiaire subsistera ; reconnu nécessaire à toutes les sortes de spéculations, sa suppression est impossible, même pour les essais de réalisation à tendance mutuelliste comme les coopératives de crédit, de production, consommation, etc., à plus forte raison dans la Mutualité qui n'est que la manifestation du principe coopératif élevé à sa deuxième puissance.

B. — Mutualité.

La Mutualité, c'était, nous Tavons vu dans la stricte théorie mutuelliste, une coopérative de coopératives, assurant à toutes l'échange des produits de Fune contre les produits de l'autre, faisant une continuelle compensation entre la production et la consommation, réalisant ainsi Tidéal théorique de l'absence de numéraire dans la circulation, absence suivie de suppression complète du jour où tous les producteurs seraient coopératistes. La mutualité, c'est le principe de réciprocité de l'échange entre associations ouvrières, sans intermédiaire.

Cela s'est-il réalisé dans la pratique ? Voilà l'éternelle objection.

Non ! les quelques coopératives qui vivotent actuellement aujour le jour nont pas une consommation ou une production assez puissantes poui* se suffire entre elles et former un bloc indépendant dans la masse sociale. L'assurance de la réciprocité de l'échange ne s'est pas réalisée et les quelques velléités d'essai qu'on veut en faire échouent — nous retrouvons encore ici ces misères — devant de mesquines questions d'étiquette. Les coopératives de consommation, débouché tout prêt pour les coopératives de production, font appel au concours de ces dernières avec trop d'hésitation; pourquoi? parce que les associations de production ont une tendance à devenir « capitalistes ». Voilà le grand mot lâché, les douze lettres accouplées qui coupent les voies à certaines intelligences. Au reste, répondra la critique, si la mutualité telle que la concevait Proudhon s'était

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réalisée, si dans une production et une consommation pleines et actives, des coopératives prospères paryenaient maintenant à réaliser l'échange des produits contre les produits sans l'intervention du métal, ce dernier chassé de la circulation n'en conserverait pas moins sa virtualité. En efTet^ la Mutualité n'est qu'une association de coopératives, et ces dernières, nous l'avons vu, se sont formées grâce au capital métallique dont le service est payé par un prélèvement fait sur la production ou la consommation. Que l'échange soit fait entre individus, entre coopératives et individus ou entre coopératives, la part prélevée par le capitaliste, par l'intermédiaire, subsiste toujours. En apparence, la mutualité semble supprimer l'intermédiarité, dans le fond elle la conserve et la sustente parce qu'elle ne peut faire autrement dans le domaine de la pratique. Tout ce que la Mutualité a pu donner comme résultat positif se réduit à un essai de coopératives :

D'assurance contre la maladie (i) ;

— contre les accidents ;

— contre les décès ;

et parfois de pensions de retraite à leurs membres à partir d'un âge fixé (2).

Gomment est formé le fonds de garantie de ces assurances ? Pour les sociétés libres : par les cotisations des membres honoraires et participants (3), par des libéralités de philanthropes ; pour les sociétés

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