I. Voir supra, p
moyenne. Pour obtenir ce résultat, il fallait évidemment que Tintermédiaire fût supprimé, que les producteurs, tous sociétaires, vendissent directement à la consommation, tout comme dans les coopératives à qui la nouvelle organisation empruntait les trois conditions fondamentales : a d^union pour le travail, b d'indépendance vis-à-vis du capital, c de propriété des produits.
Supposons la spéculation possible. Rien, sembie-til, n'empêchait Napoléon 111 désireux de faire du Palais de Tlndustrie le siège social d'une institution démocratique, de faire Tessai demandé par Proudhon et de livrer ce bâtiment à la Société d'Exposition perpétuelle. Mais n'est-ce pas là détruire la condition d'indépendance vis-à-vis du capital en demandant à l'Etat de lui en donner un sous forme d'immeuble ce qui dispense la Société de prouver qu'elle peut se créer et s'élever par son seul travail? On a déjà dit à propos du capital de garantie de la Banque Coopérative que les dons philanthropic[uemcnt faitsà cette association étaient tombés du ciel comme une manne bienfaisante, contribuant par leur seule garantie à donner une vie réelle à ce qui n'était auparavant que spéculation abstraite, à détruire pratiquement la théorie dans son fondement absolutiste. Ici, le deus ex machina n'est plus aussi philanthrope ; il remplit d'une manière détournée mais effective son rôle de capitaliste exigeant; il s'impose par l'emprunt et réclame un intérêt. En eflel, si les sociétaires producteurs n'empruntent pas directement par souscription publique, l'Etat qu'ils acceptent comme leur intermédiaire a déjà emprunté pour eux le capital nécessaire à la cohstruction du Palais de l'Industrie. De
ce capital ils en serviront Tîntérêl à TEtat lequel à son tour le reportera aux souscripteurs d'actions ou d'obligations, en admettant toutefois, pour mettre les choses au mieux, que l'Etat n'ait pas emprunté en pure perle (i), c'est-à-dire à plus gros intérêt que celui qui lui sera servi par le comptoir de vente. S'il en était ainsi, on ne pourrait voir là qu'une subvention déguisée, une inscription d'indigence au compte de la société, un aveu d'impuissance par un humiliant appel fait à la charité d' autrui et qui plus est, une injustice et un abus de confiance vis-à-vis des contribuables payant pour toutes les erreurs de leurs gouvernants. Tout le monde paierait pour le profit exclusif de quelques sociétaires; le mythe d'une économie générale ne serait point réalisé et cela d'autant plus sûrement que l'intermédiaire puissant, forçant à la contribution, serait l'Etat.
Si la Société, refusant à tout prix l'intervention d'intermédiaires se refuse à recourir à l'Etat, la voilà dans la même situation que toule entreprise créée en vue du travail. Ne pouvant s'élever par le seul travail qui suppose une matière d'application ou de réalisation, elle ne pourra sans garantie que rester à l'état de velléité, d'absolu théorique. Or, cette garantie ne peut s'obtenir en pratique que par le capital et le capital par l'intermédiaire, c'est donc nier la théorie. En effet, qu'a pu donner, dans l'économie actuelle, le genre d'exploitation dénommé : Comptoir de Vente (2) ? Sous une futile synonymie.
I. Proudhon demande que Tintérêt de 4 W^ soit garanti par VËtat, p. a6i.
a. Il en existe un en France très connu : I^ Comptoir de Vente des aciers déphosphorés de Longwy.
le contraire de ce que poursuit le Mutuellisme : d'abord l'arrêt dans la baisse des prix, puis la hausse, la concentration des capitaux et, ce premier pas fait, une marche progressive vers le monopole approche au début par la formation des Cartells comme en Allemagne, réalisé ensuite comme aux Etats-Unis et en Angleterre par les Trusts^ fusions de sociétés à productions similaires ou adjacentes, coalitions de capitalistes spéculant sur un capital déjà acquis pour faire des bénéfices, c'esl-à-dire trouver un excédent au delà du prix de revient de leurs produits, paiement de leur propre intermédiarité.
Quant aux prolétaires qui voudraient lever un comptoir de vente, comment se procureraient-ils les produits destinés à la vente puisqu'ils n'ont pas de capitaux. Par leur seul travail? Nous avons vu que c'était impossible. Par le travail d'autrui ? Il leur faudra alors avoir recours aux intermédiaires que le Mutuellisme ne peut décidément pas supprimer dans la sphère des réalisations pratiques. Pourquoi? Parce qu'il faut en toute entreprise commerciale une garantie, que cette garantie, véritable réserve stagnante, immobilisée, ne peut être constituée en produits destinés par essence au mouvement continuel et non à la stagnation, mais bien au contraire en métal. Or le métal étant l'intermédiaire forcé, nécessaire dans la circulation, le détenteur, vulgairement appelé capitaliste, ne peut que subsister, suscitant autour de lui par la marche même du progrès qui n'est que division du travail, différenciation de plus en plus accentuée des fonctions dans l'économie mondiale, une recrudescence d'intermédiarité, extension qui est un signe de prospérité économique tandis que sa diminution
serait un syraplôme et sa suppression un retour à rétat primitif, à Tamorphisme, un plongeon dans le néant d'où nous étions sortis.
A cette nécessité reconnue de Tintermédiaire, il faut un aliment d'existence, toute nécessité se paie et rintermédiarité ne fonctionne pas gratis. C'est par l'intérêt que l'homme aux écus sera payé de ses services. Nous nous heurtons ici à la grosse hypothèse mutuelliste de Tillégitimité de l'intérêt. Il faut donc examiner si sa suppression, comme le soutient la théorie est pratiquement possible.
Suppression de l'Intérêt
Supprimer l'intérêt, cela se conçoit avec la plus grande aisance, c'est enlever à l'intermédiaire sa subsistance, le réduire à la famine, le rayer des catégories économiques. Si la suppression de l'intérêt est possible, la disparition de l'intermédiarité malgré tout ce qui vient d'être dit, devient réalisable. La première condition suppose impérieusement la seconde. Il va sans dire que les produits ne s'échangeant plus que contre des produits, l'intermédiaire ne pourra subsister en prélevant sur les marchandises l'intérêt qu'il prélevait auparavant sur le numéraire, parce que l'intérêt sous forme de produits comme sous forme de métal est toujours illégitime, dit le Mutuellisme, pour trois raisons :
lo le capital 'c'est du travail et rien que
du travail ; 20 l'homme produit sa subsistance et parce que ^ ^^^ que sa subsistance;
30 dans la nature, il y a identité du produit net et du produit brut.
Avant d'entrer à fond dans la critique de cette assertion, enregistrons Taveu de Proudhon que Tintérêt avait été légitime dans un temps, (i) mais ne le serait plus dans un autre, c'est-à-dire, dès le moment où les théories mutuellistes deviendraient applicables — c'était dans l'esprit de l'auteur, la Révolution de février qui devait ouvrir cette nouvelle ère — . Mais, depuis cette assertion, la pratique n'a ni justifié ni légitimé la théorie et à Torée du xxe siècle tout comme en 1848 l'intérêt toujours exigé, partout demandé, semble devoir rester la seule condition du crédit. Il ne s'est pas encore fondé une seule institution prêtant comme la nature, gratuitement; c'est donc que toujours l'intérêt est légitime, quoi qu'en dise la théorie, qu'il faut reprendre, point par point.
Et d'abord, en ce qu'il s'agit de la suppression de l'intérêt, effet simultané de l'abrogation du numéraire, il a déjà été démonlré (2) qu'on ne pouvait se passer de métal, que la Banque du Peuple, si elle fonctionnait, resterait perpétuellement figée sur ses fondements transitoires avec une réserve métallique de garantie, que partant, cet inlermédiaire, toujours nécessaire, ferait payer son caraclère de nécessité par Tintérêt nécessairement exigé.
11 n'y a point de dislinctions à faire entre les divers modes d'intérêts prélevés ou sur argent ou sur produits, l'accusation d'illégitimité fondée sur la triple preuve :