‹ La reveillon comedie en trois actesChapitre 57 sur 100 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GAILLARDIN.

Comment? Si vous aurez la force !..

• MÉTELLA

Je suis un peu souffrante...

GAILLARDIN.

Vous?

Moi.

MÉTELLA

GAILLARDIN, tout ea marchant très-lentement*

Mais vous n’avez pas l’air du tout...

MÉTELLA

Vous trouvez ?

Ob ! mais là, pas du tout !

MÉTELLA, so laissant tomber sur le canapé.

Il me semble pourtant.*., il y a du reste une façon bien simple de savoir si je me trompe, ou si je suis réellement... c’est un moyen que l’on m’a indiqué...

GAILLARDIN, accojidé par derrière sur le canapé.

Quel moyen?

MÉTELLA

Il suffit de compter en même temps les tic-tac d’une montre et les battements de mon cœur...

GAILLARDIN, ému.

Les battements de votre?..

MÉTELLA

Oui; si à chaque battement correspond un tic-tac, je serai sûre de me bien porter; si au contraire...

* CaiUardin, MtUlla.

LE REVEILLON

CAILLA R 1)1 N, tirant sa montré.

Alors il me sera bien facile de vous convaincre.

MÉTELLA

Vous voulez bien?

GAILLARDIN, il vient s’asseoir près d’elle.

Sans doute...

MÉTELLA, arec un long regard.

Que vous êtes bon! Y êtes-vous?

GAILLARDIN.

J’y sais 1 (l» montre à son oreiUe.) Un, deux, trois, quatre, cinq, six.

M ÉTELLA, la main sur son cœur; tous les deux comptent eu mime temps.

Une, deux, trois, quatre... cinq... sept...

GAILLARDIN.

Non, six... six. . . vous vous êtes trompée.

MÉTELLA

Oui, je me suis trompée.

GAILLARDIN.

Ça allait très- bien.

MÉTELLA

Recommençons...

GAILLARDIN, mime jeu.

Une, deux, trois, quatre... cinq...

MÉTELLA

Un, deux, trois, quatre... six... Ah ! Je me suis trompée encore... Si vous voulez, nous changerons... ce sera peutêtre plus commode...

GAILLARDIN, hésitant à comprendre.

Nous changerons?

MÉTELLA

Oui, je compterai les tic-tac, et vous compterez les battements... Voulez-vous?

ACTH DEUXIEME b 9

GAILLARDIN, ému.

Je veux bien...

MÉTELLA

Donnez-moi la montre. ...

GAILLARDIN.

La voici.

Il détache sa montre et la donne h MételU*

MÉT ELLA, regardant la montre. — A part.

C’est bien cela, (euo [.rend i« main de Gaillardin et la place elle même aur son cœur • ) Y êtes-vous?

GAILLARDIN, éperdu.

J’y suis! un, deux, trois, quinze, vingt-sept...

MF.TELLA.

Un, deux, trois, quatre!..

GAILLARDIN 9 allant toujours.

Cent quatre-vingt-dix-neuf mille , un milllion...

M ÉTÉ LL A, l'interrompant.

Ab ! Cette fois, c’est vous qui vous êtes trompé.

GAILLARDIN, arec feu

Recommençons 1 . . Recommençons !

MÉTELLA, se lovant et passant il gauche *.

Non, non... c’est inutile... Je ne suis décidément pas aussi souffrante que je le pensais... j’ai tout bonnement éprouvé un peu d’émotion en revoyant ce pays... et alors...

GAILLARDIN, qui s'est levé aussi.

Ab ! vous connaissiez ce pays?., (il chatche à rattraper sa montre.) Voulez-vous me rendre?..

U ÉT ELI. A, Jouant avec la montre, et la faisant tournor rapidement ou bout de

.. la chaîne.

Oui, je l’ai quitté, il y a quelques années... J 'étais fort

* Mnttolla, Gaillardin.

jeune... Tenez, s’il faisait jour, je vous montrerais là bas, un bois qui m’a laissé d’assez singuliers souvenirs...

GAILLARDIN, cherchant toujours à rattraper sa montre.

Pardon...

MÉTELLA, même jeu.

J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’y rencontrer un chasseur...

G AILLA RD IN.

Un chasseur!

MÉTELLA

Très-bon enfant... et toutes les fois que je le rencontrais, il s'amusait à faire sonner sa montre à mon oreille.

GAILLARDIN, à part.

Ah! diable!

MÉTELLA

Comme cela... Ding... Ding... Ding... C’est la vôtrequi me fait penser. ..

GAILLARDIN, à part.

Ah! je me disais aussi, j’ai vu cette figure-là quelque part.

MÉTELLA

Un beau jour, ce trop aimable chasseur s’avisa de me demander. .. quoi? pour cela, ma foi, je l’ai oublié. . . On ne peut pas se souvenir de tout. Jeanne, me disait-il... A celte époque je m’appelais Jeanne...

GAILLARDIN, à part.

Jeanne... la petite gardeuse de...

MÉTELLA

Jeanne, ma chère Jeanne, je vous donnerai cette montre que vous aimez tant...

GAILLARDIN.

Vous vous rappelez?...

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