PURCHASED APRIL
TIKÉ A CENT EXEMPLAIRES
dont detix sur papier du Japon, deux sur papier de Chine et dix sur papier de llnllande.
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MM. JULES IIETZEL ET ETIENNE CIIAKAVAY
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LA RETELLIERE-LÉPEArX
(m farsî: ^^UA. §72r k: >^èi^M et sai ^i^. k* eiDfikTaitioimel et -iir*i«5:$éGr Li-cîr-Mirât La Reridlûfe'-Lêpeaux &t-2Σ r^fî^é ds* Jf^m***"^. *t .^H &t^ bi^ê à soQ fils *l»?isûsn Ltr s«:>cr. iSe ks p^sMiér. On sixait aus5i que ce •^iê?ïL5êî. açirés iv.>ïr kpi]i^l£m{» béâté. avait fait naprinkÊT ces Jffm^S'trsi ea 1^T3. maïs sans en e£fe*rtiiier ia zïii^ «it vente. Cefi«ndant le d^M4 légal fait a la hîbUoîhhjjae natk^ale permit de lire un oarra^e aaqaei cette mterdiction Tokmtaire dosknait on attrait de cmit-j'^ité. J>ii5 ainsi occasîicm de les parconrii et je compris qœ lliéritier de La Revelliere avait craint , non sans raison, sortoat à l'époque de l'ordre moral, de causer dn scandale et de fournir une pâture facile aux ennemis des institotions républicaines. Mes études m'ont forcé de lire plus attentivement ces Mémoires, et l'impression première non seulement s'est confirmée encore davantage, mais je fus surpris du ton de dénigrement qui régnait dans tout l'ouvrage de ce républicain et des jugements passionnés portés contre des honunes
que je n*étais pas habitué à considérer sous un tel aspect. Je résolus, pour mon édification personnelle, de contrôler les assertions de La Revelliere ; le travail nrintéressa et me permit de me faire une opinion. Je n*y songeais plus quand on annonça Tapparition prochaine de ces Mémoires (1). Il est bien possible que cette publicité fasse perdre à Touvrage une partie de l'intérêt que lui avait assuré cette demiinterdiction f qui laissait pleine carrière aux suppositions les plus saugrenues et qui prêtait à un témoignage plus de valeur et plus d'importance qu'il ne comportait. 11 sufiit, pour remettre les choses au point, d'avertir le lecteur, et c'est pourquoi j'ai repris et coordonné mes notes (*i).
Nous allons d'abord laisser la parole à La Revelliere- Lépeaux , qui va nous conter lui-même son origine.
Jo suis né, dit-il, lo 24 août 1753, à Montaigu, en Bas- Poitou, aujourd'hui département de la Vendée, alors sé-
(i) Mémoires de Larevelliere-Lépeaiix, membre du Directoire exécutif de la Hépuhlique française et de l'Institut national, publiés }Mr son fils sur le manuscrit autographe de Vauteur et suivis de pièces justificatives et de correspondances inédites. Pari», K. Pion, Nourrit et €»•, 1895, 3 vol. in-8% ornés d'un portrait on htMioj;ravure, d'après le tableau de Gérard. — Dans un avertisaeniont placé en tête du premier yolume, les éditeurs expliquent dans quelles conditions ils ont accepté de publier ces Mémoires et dégagent leur responsabilité des attaques dirigées par l'auteur contre Carnot.
(2) Peu lie temps après la publication de ce travail, M. le vicomte Kugène-Melchior de Vogué, député, membre de l'Académie francîiise, a consacré, dans la Revue des Deux Mondes du 1** février 1895, une remarquable étude aux Mémoires de La Revelliere- Lopeaux sous le titre de : Un Plaidoyer pour le Directoire. Le brillant écrivain arrive, par des procédés différents, i\ des résultats identiques. Son esprit intuitif lui a suggéré les conclusions que j'ai tirées de la critique des documents. C'est lî\ un point qu'on me permettra de noter, non sans satisfaction.
néchaussée de Fontenay-le-Comte et diocèse de Laçon. Mon père était d'une famille de bourgeois de campagne, tous fort honnêtes gens; mon bisaïeul était fabricant d'étoffes au Mai, près Cholet; mon aïeul, bachelier en théologie, abandonna l'état ecclésiastique avant d'être engagé dans les ordres et acheta une charge de notaire royal... Je reçus les prénoms de Louis-Marie (1).
Ainsi La Revelliere était d'une famille bourgeoise de Montaigu, ville dont son père fut maire pendant vingt-cinq ans. Il eut une enfance maladive. Il était — c'est lui-même qui le déclare — têtu, taquin et d'assez mauvaise humeur, et son penchant à la mélancolie allait souvent jusqu'à lui faire répandre des larmes. Il termina ses études à Angers, au collège de l'Oratoire, et y obtint des prix. Il se lia particulièrement avec deux camarades, Jean-Baptiste Leclerc et Urbain Pilastre, qu'il devait retrouver à l'Assemblée constituante et à la Convention. Il fit son droit, pour lequel il avait peu d'aptitude, puis vint à Paris, où il
(1) Quoique bourgeois, le père de Louis-Marie virait noblement et est qualifié de noble dans l'acte de baptême. (Cf. Dictionnaire des Parlementaires,) Comme il était d'usage dans les familles, le futur directeur emprunta à un hameau situé entre Montaigu et Treize-Septiers (Vendée), qui s'appelait L'Êpaud, le nom de L'Épeaux. Il signa le serment du Jeu de Paume : L. M. Delarevelliere Delépeatix. (Cf. A. Brette, Le Serment du Jeu de Paume, pi. 11.) L'Almanach royal de 1790 l'inscrit ainsi : De la Revelliere de VÊpeaux. Quand il devint administrateur du département de Maine-et-Loire, il supprima la particule et signa Louis-Marie Larevelliere Lépeaux. (Cf. dans ma collection révolutionnaire une lettre du 9 octobre 1791.) A la Convention et au Directoire il signa L.-M.Revelliere-Lépeaux. Je n'ai trouvé, dans aucune des nombreuses signatures qui m'ont passé sous les yeux, d'accent sur le mot La Revelliere, Je crois donc que la meilleure orthographe à adopter est La Revelliere-Lépeaux, Cette forme, en effet, tient compte à la fois de la particule, qui figure au mom du père dans l'acte de baptême, et de la signature définitive du futur directeur.
fut reçu avocat à l\Ago de vingt-deux ans (1775). Il entra chez un procureur, mais revint en Anjou, en septembre 1778. 11 so maria, le 14 février 1781, avec M"* de Chandoiseau et, après la mort de son beaupère, seretiraàla campagne au hameau des Sablons. C'est iii que le trouva la RtH'olution. Syndic municipal (in la commune do Faye, électeur, chargé delà rédaction du cahier de la connnune, La Hevelliere- Lépeaux fut élu, le iO mars 1789, troisième député du tiers état de la sénéchaussée d'Anjou. C'est ainsi que le futur directeur entra dans la vie politique. Il eut, dès l'ouverture des États généraux, une violente altercation dans l'église Saint-Louis à Versailles avec le marquis de Dreux-Brézé, à l'occasion des places affectées au tiers état. On trouvera dans ses Mémoires (1, 67) le piquant récit de cette anecdote, quifait penser d'une faron singulière à la fameuse apostrophe de Mirabeau, dont il ne parle pas (1). La Revelliere ne joua, en réalité, à la Constituante qu'un rôle assez effacé. Il fut un dos fondateurs du club des Jacobins, mais l'abandonna bientôt.
(1) M. lo vicomte de Vogué cite aussi cette anecdote et il ajoute : « Quelques jours plus tard, nouvelle révolte de notre héros contre le r6gl«unont qui impose l'habit noir à ceux de son ordre. Il prend aussitôt un habit de couleur et l'épée : nouvelle harangue foudroyante à un marquis de la Galissonnière, qui trouve mauvais cet accoutrement. — « Pourquoi, s'il vous plaît, vous mélez-vous do ma toilette? Me mêlé- je de la vôtre? Votre orgueil nobiliaire ne peut supporter l'idée que je n'aie pas le costume de M. Orgon dans le Tartufe?... » Et il revient par deux fois sur cette prétention injurieuse de vouloir le déguiser en Orgon. On conçoit qu'elle lui fût sensible, quand on regarde le portrait de La Revelliere par Gérard : « Sur un bloc de marbre qui commande un paysage, l'ancien directeur se roidit dans une pose pensive et majestueuse; cette longue face paterne et ces gros yeux vagues justifient terriblement la crainte qu'il éprouvait de ressembler à M. Orgon. »
La Revelliere, on le voit, était un modéré. Après la session il retint à Angers, où il fut nommé membre du conseil général du département de Maineet-Loire avec ses amis Leelerc et Pilastre- Il eut, en cette qualité, à lutter contre les premiers soulèvements de la Vendée. Appelé au poste de haut-juré, il se rendit à Orléans et y séjourna trois mois. 11 rentra à Angers, en août 1792, et fut, le 5 septembre suivant, élu député de Maine-et-Loire àla Convention, le 4* sur 11 .
La Revelliere se rapprocha davantage des Girondins que des Montagnards. Cependant, lors du procès de Louis XVI, il se prononça contre le roi, et mém.e<, si nous Ten croyons, il eut une grave discussion avec les principaux chefs de la Gironde, qui réclamaient rappel au peuple, notanmient Vergniaud, Gensonné, Guadet et Petion.
11 essaya de leur démontrer que ce serait pour eux une grande faute de voter l'absolution du roi- « Au contraire, dit- il ft. 1, p. i^Q , si vous votez pour la condanmation, seul parti que vous laissent à prendre de si malheureuses diconstanoes, vot adversairefs n'auront pas le plus léger prétexte pour faire soupçonner votre patriotisme et se populariser à vos dépens- Vous conserverez une force morale et une influence telles quavec du courage et de la j>ersévérance vous romprez les détestables projets de l'anarchie, et vous sauverez la France en lui donnant un gouA'emement qui assurera son repos et sa liberté-» Et La Revelliere ajoute les réflexions suivantes : v Mes prédictions eurent le sort de celles de Cassa ndre; je ne pus les persuader- Ils me répondirent vaguement que je m'exagérais les dangers- Leur perte fut néanmoins le résultat du parti qu'Us prirent et la
France fut abtmée avec eux dans un sanglant naufrage, dont, autrement, ils Tauraient infailliblement sauvée. »
Je ne sais au juste ce que veut dire La Revelliere, car si les quatre (îirondins, dont il cite les noms, votèrent pour l'appel au peuple, ils se prononcèrent pour la mort, et deux d^entre eux, Vergniaud et Gensonné, contre le sursis (1). N'était-ce pas suivre les conseils de La Revelliere, qui vota contre l'appel au peuple, pour la mort et contre le sursis, se séparant, sur ces divers points, de la moitié de ses collègues de Maine-et-Loire, et notamment de son ami Pilastre (2).
La question du sursis amena une intervention de La Revelliere que je citerai d'après le Moniteur, car elle n'est pas mentionnée dans les Mémoires, bien qu'elle en valût la peine. Le 18 janvier 1793 plusieurs membres, entre autres Thuriot et Tallien, réclamèrent qu'on statuât sans désemparer sur le sursis, invoquant des raisons d'humanité. Ce dernier mot provoqua cette réplique de La Revelliere :
J'ai voté contre l'appel au peuple, j'ai voté la mort de Louis, mais ce n'est pas sans horreur que j'entends invoquer l'humanité avec des cris de sang. Mon avis n'est pas d'éloigner une détermination définitive; mais il est
(1) Cf. E. Belhomme, Les Régicides.
(2) Les onze députés de Maine-et-Loire votèrent tous pour la culpabilité du roi. Tous aussi, sauf Dehoulières, se prononcèrent contre l'appel au peuple. Sur l'application de la peine, ils se divisèrent : cinq d'entre eux, Choudieu, Delaunay aîné, La Revelliere-Lépeaux, Leclerc et Perard, votèrent la mort ; les six autres, Dehoulières , Pilastre , Dandenac aîné, Delaunay jeune, Dandenac jeune et Lemaignan, la réclusion et le bannissement à la paix. Les premiers votèrent naturellement contre le sursis et les seconds pour, sauf Dehoulières, qui ne prit pas part à ce dernier et décisif scrutin.
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La Revelliere ne souffle pas mot de cet épisode, qui devait cependant flatter son amour-propre et qui aurait dû prendre place dans ses Mémoires,
I.e II mars 1793, il combattit avec succès la motion de Danton tendant à ce que la Convention choisit les ministres dans son sein et, le 3 avril, il réclama la mise en accusation de Marat. La Gironde, dit La Revelliere (1, !289), « était soutenue par les républicains purs et attaquée par les partis anarchistes et par une faction féroce. » La Revelliere, ennemi des Montagnards, fut naturellement un des protestataires contre les journées des 31 mai et 2 juin. Il réussit à échapper au mandat d'amener lancé contre lui par le Comité de sûreté générale et trouva un asile, près de Péronne, chez son ami Pincepré de Buire, ex-député de la Somme à la Constituante. Il y resta caché jusqu'au 9 thermidor. Aussi La Revelliere ne prit-il aucune part à la période héroïque de la Convention. Pendant sa proscription, le Comité de salut public, faisant face à la situation la plus critique, sauvait la France deTinvasion étrangère et de la guerre civile et méritait la reconnaissance de la postérité. Quand La Revelliere rentra à la Convention avec les Girondins survivants, le danger immédiat avait disparu. Ce n'est qu'en 1795 que l'ex-proscrit reprit un rôle actif. Avant de se séparer, la Convention voulut assurer la mise en activité de la Constitution. Un décret du 10 germinal an 111 (30 mars 1795) créa une commission de sept membres chargée
pareil coup de massue ! Le souvenir pétrit constamment dans un esprit de cette catégorie une statue personnelle qui grandit, embellit avec les années; les repoussoirs diminuent, s'inclinent devant elle. C'est l'effet inéluctable de la distance et du temps; on peut être de très bonne foi dans cette illusion d'optique. »
de préparer les lois organiques de la ConstitntioD, et le 14 (3 avril), Cambacérès, Merlin de Doaai, Sieyès, Mathieu, Thibaudeau, Lesage (d'Eure-et-Loir) et Creuzé-Latouche furent désignés pour la composer. Le 29 germinal (18 avril;, la Convention, sur le rapport de Cambacérès, décréta la formation d'une nouvelle commission, « chargée de préparer les lois nécessaires pour mettre en activité la Constitution, » et, le 4 floréal (23 avril , nomma Cambacérès, Merlin de Douai, Sieyès, Thibaudeau, La Revelhere-Lépeaux, Lesage {dlndre-et-Loire , Boissy d'Anglas, Creuzé- Latouche, J.-B. Louvet, Berlier et Daunou. Six des membres de Tancienne commission entraient dans la nouvelle. Le 11 floréal f30 avril), Cambacérès émit Topinion que les membres de cette conunission ne devaient pas faire partie d'un autre comité et donna sa démission, optant ainsi pour le Comité de salut public. Merlin de Douai et Sieyès, qui appartenaient aussi à ce dernier, suivirent l'exemple de Cambacérès, et, le 17 floréal (6 mai), tous trois furent remplacés par Lanjuinais, Durand-Maillane et Baudin des Ardennes.
Dès lors la commission s'occupa, non pas de mettre en actiAité la constitution de 1793, mais de préparera projet d'une constitution nouvelle. La Revelliere revendique la responsabilité de ce changement. Son récit manque d'ailleurs de précision; nulle date ne s'y trouve et j'ai dû recourir, pour l'exposé que je viens de faire, au Moniteur. La Revelliere déclare que le priaient Sieyès et le circonspect Cambacérès s'esquivèrent de la commission en optant pour le Comité de salut public, mais il oublie de dire que Merlin de Douai fit comme eux. Il cite complaisamment Baudin, Lesage, Creuzé-Latouche, Lanjuinais, Daunou et
Louvet, qui marchaient d'accord avec lui, mais il malmène ceux de ses collègues qui le contrecarraient : Berlier, « petit montagnard obscur, croyant faire de l'esprit et de l'éloquence lorsqu'il ne faisait que du pédantisme », Boissy d'Anglas, qu'il accuse de montrer « un esprit de parti bien décidé et une résolution qui ne l'était pas moins de ramener la royauté des Bourbons. » Il fait un sévère portrait de Sieyès, qui avait eu le grave tort de refuser d'examiner le projet de la commission. Ce fameux projet fut enfin déposé et, le 15 fructidor an lll (!*' septembre 1795), la Convention fit entrer au Comité de salut public trois des élaborateurs de la Constitution, La Revelliere, Daunou et Berlier, en même temps que Cambacérès (i). Le comité se trouva donc composé des seize membres suivants :
Douze anciens : Blad, Boissy d'Anglas, Jean de Bry, Gamon, Henry-Larivière, Lesage (d'Eure-et- Loir), Le Tourneur (de la Manche), Louvet de Couvrai, Marec, Merlin de Douai, Reubell et Sieyès.
Quatre nouveaux : Berlier, Cambacérès, Daunou et La Revelliere-Lépeaux.
La Revelliere se trouvait-il en mauvaise compagnie ? Qu'étaient ses collègues du Comité ? Voilà ce qu'il convient d'examiner.
Blad, député du Finistère, avait été employé dans l'administration de la marine ; il vota la mort de Louis XVI, fut un des protestataires contre le 31 mai et se fit remarquer par sa modération.
Boissy d'Anglas, député de l'Ardèche, membre de la Constituante, vota la détention de Louis XVI et
(1) Il faut noter que La Revelliere-Lépeaux avait été élu, le !•' thermidor an III (19 juillet 1795), président de la Convention.
s'illustra par sa courageuse conduite pendant Tinsurrection de prairial an III.
Jean de Bry, député de TAisne, avocat, vota la mort de Louis XVI, protesta contre le 31 mai, se cacha et ne rentra à la Convention qu'après le 9 thermidor; un des trois plénipotentiaires à Rastadt, il fut le seul qui échappa à l'assassinat dont Roberjot et Bonnier furent victimes.
Gamon, député de TArdèche, avocat, vota la mort de Louis XVI, protesta contre le 31 mai, se cacha et ne rentra à la Convention qu'après le 9 thermidor. Il devint membre du tribunal de cassation.
Henry-Larivière, député du Calvados, avocat, vota la détention de Louis XVI, fut proscrit après le 31 mai et ne rentra à la Convention qu'après le 9 thermidor. Il se fit remarquer par sa haine contre les membres de l'ancien Comité de salât public et notamment contre Camot.
Lesage, député d'Eure-et-Loir, avocat, vota la mort de Louis XVI, se cacha après le 31 mai et ne rentra à la Convention qu'après le 9 thermidor.
Le Tourneur, député de la Manche, capitaine du génie, vota la mort de Louis XVI, devint directeur en même temps que La Revelliere et, lorsqu'il sortit du gouvernement, fut nommé général de brigade et chargé de négocier la paix avec TAngleterre.
Louvet de Couvrai, député du Loiret, auteur du roman fameux intitulé : Aventures du chevalier de Faublas, vota la mort de Louis XVI, fut proscrit avec les Girondins, se cacha et ne rentra à la Convention qu'après le 9 thermidor, n devint, à l'Institut, le collègue de La lievelliere.
Marec, député du Finistère, ancien commis au
contrôle de la marine, vota la réclusion de Louis XVI et se distingua par son attitude courageuse dans Tinsurrectionde prairial.
Merlin de Douai, député du Nord, avocat, membre de r Assemblée constituante, un des plus grands jurisconsultes de son temps, devint le collègue de La Revelliere au Directoire et démissionna en môme temps que lui.
Reubeli, député du Haut-Rhin, avocat, membre de l'Assemblée constituante, vota la mort de Louis XVI par correspondance et devint le collègue de La Revelliere au Directoire.
Sieyès, député de laSarthe, ex-chanoine, vota la mort de Louis XVI. Il est trop connu pour qu'il soit besoin d'en dire davantage.
Berlier, député de la Côte-d'Or, avocat, vota la mort de Louis XVI. Homme prudent et avisé, jurisconsulte habile, il présida la Convention et devint, sous Napoléon, conseillerd'État et comte de TEmpire.
Cambacérès, député de l'Hérault, ancien magistrat, vota la mort de Louis XVI. Son nom dispense de plus amples explications.
Daunou, député du Pas-de-Calais, ex-oratorien, vota la déportation de Louis XVI. C'était un érudit resté justement célèbre.
Le Comité de salut public était en vérité bien composé. Il comptait des hommes d'une incontestable valeur et d'une illustration que la postérité a ratifiée: tels Boissy d'Anglas, Merlin de Douai, Sieyès, Cambacérès et Daunou. D'autres, comme Jean de Bry, Le Tourneur, Louvet, Reubell et Berlier ont laissé une réputation honorable. Les autres, Blad, Gamon, Henry-Larivière, Lesage et Marec, moins connus, présentaient dans leur temps ime certaine surface.
La Convention avait donc choisi, pour composer le Comité de salut public, que la Revelliere appelle le vrai cœur de VÉtaty des hommes de mérite et de courage.
n semble que La Revelliere n'aurait pas dû se trouver dépaysé dans ce milieu. Neuf de ses collègues appartenaient, comme lui, à la basoche ; onze avaient, comme lui, voté la mort de Louis XVI; six, Blad, Jean de Bry, Gamon, Henry-Larivière, Lesage et Louvet, proscrits, comme lui, avec les Girondins, s'étaient cachés et n'étaient rentrés à la Convention qu'après le 9 thermidor. Il y avait donc plutôt connexité d'opinions entre La Revelliere et ses collègues. Voyons cependant comme il en parle dans le chapitre intitulé :. Derniers temps du Comité de salut public, et dont la verve contraste étrangement avec le genre ennuyeux du reste des Mémoires :
Le Comité de salut public, le vrai cœur de l'État, le seul centre auquel on pût se rattacher, qui pouvait seul tout rallier et imprimer le mouvement à tout, était luimôme tombé dans une complète dissolution. Quoique déjà prévenu de cet état déplorable, lorsque je Teussous les yeux dans le Comité même, je crus descendre au tombeau et m'ensevelir sous les débris de la France. J'éprouvai les plus cruelles angoisses que puisse ressentir un ami sincère de la patrie, lorsqu'il la voit s'abîmer dans le gouffre.
Chacun des membres du Comité n'y était occupé que de ses propres affaires, de celles de ses amis et de ses partisans. Toute la part qu'il prenait à l'administration, c'était de placer celui-ci, de faire payer à celui-là une somme qu'il réclamait à tort ou à raison, etc. Chaque partie de l'administration était confiée particulièrement à l'un des membres. Il la dirigeait à sa guise. Seulement sa correspondance, pour avoir un caractère officiel, de-
vait ôtrc signée par deux autres membres. Mais, je Tai déjà dit, ce n'était pas d'administration qu'on s'occupait... Comme, au surplus, il n'y avait aucun ensemble dans le Comité, de leur côté les commissions administratives agissaient soûles, isolément, comme elles voulaient ou comme elles pouvaient. Je dis comme elles pouvaient, car se procurer deux signatures pour leur donner des ordres ou pour leur répondre, était chose fort difficile pour ceux des membres du Comité qui auraient pourtant voulu encore agir au milieu do ce chaos. Souvent, pour obtenir ces deux signatures, il fallait attendre plusieurs jours. Ces hommes, qui ne s'occupaient que de petites intrigues, étaient trop accablés d'affaires pour les donner, et lorsque nous les pressions, Daunou et moi, en observant qu'un nom est bientôt mis, on nous objectait qu'on ne voulait pas signer sans avoir lu, ce qui était juste. Mais prétexter qu'on n'a pas le temps!... On va voir tout à l'heure quel emploi on faisait de ce temps si précieux. Voici l'allure habituelle et journalière du Comité de salut public, lorsque j'y entrai. Elle fut la môme jusqu'à son terme, qui heureusement ne fut pas éloigné.
Cambacérès en était le président. Il y arrivait sur les dix heures du matin. Une fois là, il se promenait de long en large dans la salle d'assemblée. A chaque instant, il faisait appeler Pierre, chef du bureau du Comité, pour lui demander ou rien, ou plusieurs fois la même chose, afin de faire retentir le plus souvent possible à ses oreilles le son délicieux de ces mots : Citoyen présidentf qui flattaient singulièrement sa vanité. Quand on se rappellera toutes les puérilités qui ont couvert de ridicule cet homme de beaucoup d'esprit et de talent, on ne taxera pas d'exagération ce que je dis là. Son premier soin était de faire mettre un bon pot-au-feu et de faire placer sur la table d'excellent pain et d'excellent vin, trois choses qui ne se trouvaient guère ailleurs que là, dans Paris. « J'ai pour principe, nous disait-il, que
— iodes hommes livrés à la fois aux travaux de TAssemblée et à ceux du Comité doivent être pourvus de bons restaurants, sans quoi ils succomberaient sous le poids de leurs labeurs. » Cette sage prévoyance du citoyen président lui conciliait tous les esprits. On s'empressait de la mettre à profit. Les divers membres du Comité y paraissaient successivement de midi à deux heures. Ils entraient dans la salle d'assemblée : « Président, y a-t-il quelque chose de nouveau? — Mais non, » était la réponse la plus ordinaire. Là-dessus, les arrivants visitaient le pot-au-feu, prenaient un bouillon, tiraient le morceau de bœuf de la marmite pour s'en administrer une tranche, qu'ils mangeaient avec le bon pain blanc et qu'ils arrosaient d'excellent bourgogne; puis on remettait la pièce tremblante dans la marmite, jusqu'à ce que le passage des survenants eût réduit les derniers venus à vérifier le proverbe : Tarde venientibus ossa. Après s'être ainsi réconforté l'estomac, on descendait à son bureau particulier, pour s'y occuper pendant un instant d'affaires particulières et d'intérêts privés. Ainsi se terminait le travail du matin et du jour.
Cependant le soir, qui porte à la réflexion, réveillait l'inquiétude pour le lendemain. Sur les neuf ou dix heures, on se rassemblait dans la salle du Comité, où chacun tâchait d'abord de faire rendre les décisions convenables à lui et à ses amis. Quant aux affaires étrangères, si le citoyen président en mettait quelqu'une sur le tapis : « Ah ! président, s'écriait-on tout d'abord, les forces de l'homme sont bornées. Il n'est pas possible de soutenir son attention pendant si longtemps. Arrange cela; nous avons confiance en toi... » Et quoique Daunou et moi nous fissions à cet égard les plus grandes instances, il n'était pas possible d'engager de discussion sur les objets les plus importants. Néanmoins deux points essentiels captivaient l'attention, chaque soir, pendant quelques minutes, car il y allait de notre tête pour le lendemain. Ces deux points étaient les subsistances et
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Targcnt. « Ah rà! président, ne manquait-on pas de dire avec de grands signes d'inquiétude, les finances, où en sont-elles? — Mais... les assi^ats vont toujours en s'avilissant d'une manière etTrayante, répondait le citoyen président, et l'on ne suffira plus à imprimer dans la nuit ceux qui sont indispensables pour le service de demain. Si cela dure encore, ma foi, nous courons le risque d'être accrochés à la lanterne. » Alors une profonde terreur se peignait sur tous les visages : « Ah! mon Dieu, quel malheur, président! s'écriaient plusieurs voix suppliantes, va donc au cabinet d'Hourier- Éloi (c'était le membre du Comité de salut public chargé des finances), dis-lui que nous le conjurons de nous faire subsister encore au moins quinze ou dix- huit jours. Viendra alors le Directoire exécutif, qui fera comme il pourra. » — Pendant le demi-quart d'heure de l'absence de Cambacérès, on s'abandonnait aux plus tristes doléances. A son retour, il promettait qu'on ferait ce qu'on pourrait et l'on se rassurait un peu sur cette réponse. « Mais les subsistances! en aurons-nous pour demain? reprenait-on. — Hé! hé!... je n'en sais rien; mais je vais envoyer chercher notre collègue Roux, qui nous mettra au fait de cela. »
Roux (de la Marne) était un ex-procureur de bénédictins, gros, court, rond, frais et joufflu. Il avait de talents ce qu'il en fallait pour bien gérer les affaires d'une communauté et y assurer largement la bonne chère ; mais il n'était pas sûrement de force, à beaucoup près, à administrer les subsistances de la France à cette époque. Il avait néanmoins la plus haute idée de sa propre habileté. Il se donnait, très bon homme d'ailleurs, une grande importance et n'était embarrassé que du poids de sa gloire. C'était au surplus, je le répète, un bon et honnête garçon, auquel on ne saurait contester un mérite précieux pour le moment, celui de pouvoir parler pendant un temps indéfini. En effet, lorsque deux ou trois mille femmes des faubourgs, soutenues par un innombrable
ramassis de toutes sortes de mauvais sujets, poussées par des chefs de parti, venaient au Comité de salut public pour demander du pain, en menaçant d'étrangler tous les membres de la Convention (menaces qui se renouvelaient souvent), on les envoyait au représentant du peuple Roux, chargé des subsistances. Les bureaux et le cabinet de Roux étaient dans les combles des Tuileries. On y parvenait par un escalier très long, très raide et très étroit. Lorsque la tête de la colonne arrivait aux degrés les plus élevés. Roux sortait de son cabinet, paraissait sur le palier de son escalier, faisait faire halte, demandait du silence, et, soit qu'il en obtînt, soit qu'il n'en obtînt pas, du haut de cette tribune aux harangues, il en commençait une, dont la durée était de trois, quatre ou six heures, et plus s'il le fallait, suivant l'obstination des pétitionnaires à tenir pied. Les interruptions, les clameurs, les menaces, tout était impuissant pour arrêter ce torrent débordé d'une éloquence assaisonnée de tous les lieux communs qu'on ne cessait de répéter dans ce tempslà. A la fin, étourdies, excédées de fatigue, rassasiées de vaines paroles au lieu de pain, ces malheureuses femmes défilaient peu à peu, les hommes se dispersaient, et lorsque toute cette multitude était réduite à petit nombre, il congédiait le reste de ces bonnes citoyennes en leur recommandant de porter dans leurs familles la paix et l'espérance, et surtout de leur bien faire connaître les heureux et constants efforts de leurs représentants pour ramener l'abondance parmi les bons citoyens et déjouer les efforts de la malveillance. Un certain jour de germinal, il pérora devant une innombrable multitude depuis huit ou neuf heures du matin jusque vers cinq ou six heures du soir. C'est ainsi qu'il sauva plusieurs fois la Convention d'insurrections très sérieuses.
Tel était le représentant Roux. Invité, comme je l'ai rapporté, à passer au Comité de salut public, il y entrait tout essoufflé, et toujours très satisfait de lui-même et
de SCS opérations. « Eh bien! Roux, mon ami, B*écriait Cambacérès dès le premier abord, nos collègues sont inquiets de Tétat des subsistances. Où en sommes-nous, quant à celles de Paris, pour demain? — Toujours même abondance, citoyen prt'»sident, répondait I\oux, avec un air de jubilation et de triomphe qui ne préparait guère au surplus de la réponse : toujours les deux onces de pain par tête, au moins dans la plus grande partie des sections!... — Eh! que le diable t'emporte ! répliquait Cambacérès avec son accent gascon : tu nous feras couper le cou avec ton abondance ! » — Roux n'en retournait pas moins à son cabinet, aussi satisfait que s'il eût eu à sa disposition, dans Paris, tous les blés de l'Afrique et de la Sicile. De son côté, la bande du Comité tombait pour quelques moments dans une consternation profonde. Mais bientôt une pensée lumineuse faisait évanouir ce sombre nuage. Il était promptement dissipé par le colloque suivant : « Président, nous as-tu fait préparer quelque chose à la buvette? Après des journées aussi fatigantes, on a grand besoin de réparer ses forces. — Mais, oui. Il y a une bonne longe de veau, un grand turbot, une forte pièce de pâtisserie et quelque autre chose comme cela... » Alors, adieu soucis, adieu crainte du lendemain ! A l'abattement et à la terreur succédait la plus vive gaîté, et Ton sauvait joyeusement la patrie en s'empiffrant de mets succulents, en sablant le Champagne, et les bons mots assaisonnaient la bonne chère.
Le morceau est long, mais il eût été dommage d*en rien retrancher. Un pamphlétaire royaliste n'aurait pas inventé pire. Rien ne manque pour charger le tableau et pousser à l'impression du grotesque. Suivant La Revelliere, en efTet, tous ces membres du Comité ne pensaient qu'à leurs intérêts particuliers et à manger ; hors de là, rien ne les tou-
diait. Senls, La EeveDlere et Daimoii, égarés dans cette pétaadière, faisaient marcher les affaires publiques, et le joufflu Roux ne trouve relativement grâce, que parce que son éloquence intarissable et imperturbable esquiva bien des émeutes. Cambacérès, le deus ex machina, veillait complaisamment sur le pot-au-feu, et Sieyès, Boissy d'Anglas, Jean de Bry, Le Tourneur, Louvet, Merlin de Douai, Reubell et consorts se ruaient sur la longe de veau, ce qui prouverait au moins des goûts modestes. Quel beau spectacle et conmie il est vraisemblable, quand on considère la situation et le caractère de ces hommes ! Et cette peur de la populace, comme elle cadre bien avec Tattitude courageuse de Boissy d'Anglas et de Marec pendant Tinsurrection de prairial, avec le caractère professionnel de Le Tourneur ! En vérité on croirait que La Revelliere a voulu se moquer de nous, si on ne savait qu'il n'était guère accessible à la plaisanterie. Pourquoi englobe-t-il tous ses collègues, sauf un, dans une même réprobation? Oublie-t-U donc que Reubell et Merlin de Douai ont été se» associés au Directoire? Aucun de tous ces conventionnels, n'a, d'ailleurs, laissé une réputation de grotesque ou de ridicule.
Mais alors, dira-t-on, où La lievellifrre a-t-il pm»é les élém!«its de cette hÎBioue ? Je ue le hni^ au jui^te, mais c'est probablement dans k lait if^ la prét>aace d^une burette dauë leg bureaux du Comité de «dut pubEc Cette burette datait de J époque du gi-aud CoHÔié^ aloTB que Carju'M et bet coileguet^ U<i> aiUaieut fiXDS âéf*€imparer joui' et juuil, peuduut g ut La KevriBeflr^eatteudaxtdetteujipt^ juioilieuit- ûaut uut letruitt* Bftpe. Elk* rendit de i^-und*^ h^rvii^^ a oet iiumtuet dt fer., gui ii'avai«irt pa^ bvvy^ni iv ioibju d ulief vutxu-
ger dans leur famille ou au restaurant. La Revelliere, qui ignoraitces détails, se fit vraisemblablement un monstre de cette buvette. La phrase de Cambacérès, répétée par La Revelliere, prouve qu'il connaissait les hommes et l'influence deTestomac. Il avait droit, ce prévoyant président, à la reconnaissance de ses collègues et La Revelliere fait montre d'ingratitude quand il s'écrie avec une indignation prudhommesque dans la suite du chapitre: « Daunou et moi, et peut-être quelques autres de nos collègues, n'avons pas à nous reprocher d'avoir jamais pris part à ces repas sacrilèges, ni le ^atin, ni le soir. » Cette belle indignation ne viendrait-elle pas de ce que le chétif La Revelliere, ayant un mauvais estomac, enviait le bel appétit de ses collègues ? Quoi qu'il en soit, il a vu le Comité de salut public avec des yeux troublés et en a tracé le tableaule plus extraordinaire. Voyons à notre tour, à l'aide des documents, comment les choses se passaient réellement.
La première séance du Comité, le jour de l'entrée de La Revelliere, fut consacrée à l'organisation intérieure. Je cite ici le texte môme du procès-verbal (Archives nationales, A F II 23) :
Le Comité de salut public a procédé à son organisation intérieure ainsi qu'il suit :
Cambacérès a été élu président.
Gamon, Daunou et Berlier ont été nommés secrétaires.
La 1" division sera dirigée, savoir : le bureau central et Torganisation des armées par Merlin (de Douai) ; — les pians de campagne de terre, la surveillance de leur exécution et le mouvement des armées par Le Tourneur (de la Manche) ; — la correspondance avec les représentants délégués dans les départements de TOuest et les auto-
rites constituées de ces départements sera suivie par Revelliere-Lépeaux.
La 2* division, comprenant Torganisation des forces de mer, les pians de campagne maritimes et de colonies, sera dirigée par Daimou et Blad.
La 3" division sera dirigée par Revelliere-Lépeaux pour les poudres et les renseignements, et par Gamon pour les armes et les travaux publics.
La 4« division sera dirigée par Marec, pour les approvisionnements, par Berlier pour le commerce, par Henry- Larivière et Lesage (d'Eure-et-Loir), pour les transports intérieurs, et par ces représentants pour la surveillance des dépenses publiques, concurremment avec trois membres du comité des finances.
La 5« division sera dirigée pour les relations extérieures par Louvet, Boissy, Jean de Bry et Sieyès ; — les hôpitaux militaires par Reubell ; — la correspondance avec les représentants et les corps administratifs par Cambacérès, qui remplacera provisoirement Reubell.
Cambacérès, président, Henry-Larivière, Boissy, Le Tourneur, Daunou, Merlin de Douai, Marec.
n ne semble pas qu'il y ait là rien de répréhensible. La présidence échoit à un conventionnel qui avait, depuis le 9 thermidor, fait deux fois partie du comité et qui était un député renommé. Les secrétaires, Gamon, de TArdèche, Daunou, du Pas-de-Calais, et Berlier, de la Côte-d'Or, ne peuvent représenter de mauvais choix, et La Revelliere le reconnaît implicitement, puisqu'il fait à diverses reprises le plus grand éloge de Daunou. La répartition des services ne parait pas moins appropriée aux aptitudes de chacun, et La Revelliere, à qui on attribue la correspondance avec les représentants délégués dans les départements de rOuest et la direction de la 3® division pour les poudres et les renseignements, avait-il lieu de se
plaindre? On le voit, rien ne nous montre ces hommes ignorants, intrigants, plus préoccupés de manger que de travailler.
J'ai eu la curiosité de me rendre compte du travail du Comité de salut public pendant la seconde quinzaine de fructidor an III. J'ai constaté pour chacune de ces seize journées le nombre d'arrêtés suivants
15 fructidor: 40;— 16 : 28; — 17 : 39; — 18 : 46 — 19 : 40 ; — 20 : 23 ; — 21 : 28 ; — 22 : 20 ; — 23 26 ; — 24 : 16 ; — 25 : 37 ; — 26 : 27 ; — 27 : 28 ; — 28 : 28; — 29 : 37; —30 :.35.
498 arrêtés, en seize jours, c'est là un bilan respectable pour des paresseux! Et tous ces arrêtés portent plusieurs signatures, conmie cela était nécessaire pour leur validité. La Revelliere se plaint de la difficulté qu'il avait à recueillir les signatures indispensables. On pourrait croire, à la lecture de ce passage, qu'il signait tous les arrêtés. Or, du 16 au 30 fructidor, il ne signa que 69 arrêtés sur 458 1 On trouve même que, le 16 et le 27, aucun arrêté ne porte sa signature. Est-ce là un fait qui l'autorise à traiter si dédaigneusement ses collègues et à se plaindre de leur inexactitude à signer les arrêtés du Comité?
Ces renseignements, empruntés aux documents, ne confirment guère l'exactitude du récit reproduit plus haut. La Revelliere se prête d'ailleurs un rôle peu flatteur, car il ne sortit du Comité de salut public que pour entrer dans le Conseil des Anciens, qui le choisit pour président. Il dut à cette haute fonction et aussi à sa réputation d'intégrité, honmiage que nous lui rendons volontiers comme il le rendit à son ennemi Carnot, d'être placé en première ligne sur la liste des candidats au Directoire. Il fut élu le premier, et après lui vinrent Reubell, Sieyès, Le
Tourneur de la Manche et Barras. Sieyès ayant refusé, Camot le remplaça. Voilà donc La Revelliere un des chefs du gouvernement de la République. Il assure qu'il eut grand'peine à accepter un tel honneur et qu'il ne céda qu'aux sollicitations de ses amis. « La grandeur des fonctions à remplir, dit-il, me paraissait au-dessus de ma capacité et de mes forces. » Soit, mais cet accès de modestie passa vite et nous voyons par le portrait qu'il trace de ses collègues combien il se jugeait supérieur à eux.
Voici d'abord Reubell, qui avait l'habitude du grand monde, mais était souvent dur et impoli; au demeurant persifleur, chicanier, plutôt opiniâtre que ferme. La Revelliere cependant défend son collègue contre les accusations de prévarications et de spéculations malhonnêtes lancées contre lui. Il est vrai qu'ils marchaient de concert au Directoire.
Barras, homme faux, débauché, qui ne s'entourait au Luxembourg « que des chefs de l'anarchie la plus crapuleuse, des aristocrates les plus corrompus, de femmes perdues, d'hommes ruinés, de faiseurs d'affaires, d'agioteurs, de maîtresses et de mignons. » Qui croirait, à ce portrait, que La Revelliere s'associa à Barras pour le coup d'État du 18 fructidor? Que dira à son tour Barras de son collègue ? Nous le saurons bientôt.
Camot, qui abandonna le parti girondin pour se jeter dans le parti anarchiste, participa aux crimes du Comité de salut public ; homme au coup d'œil sec et rusé, à l'aspect faux et cruel, très irascible et vindicatif, dévoré d'amour-propre, de vanité et d'ambition, calomniant ceux qu'il hait, n'ayant pas d'élévation dans l'âme ni dans le génie. La Revelliere reconnaît cependant qu'il est actif et laborieux au
delà de toute expression, qu'il a une grande intelligence et beaucoup d'aptitude pour l'administration, dans toutes ses parties; qu'il a le coup d'œil prompt et conçoit bien un plan de campagne, il termine ainsi ce portrait, dont je ne donne que les traits principaux : « Lorsqu'il no s'agit pas d'affaires, il est dans la conversation très spirituel et très gai, mais toujours froid, caustique et jamais affectueux. » Caustique, Carnot l'avait été en effet à son égard, et La Revelliere ne pouvait lui pardonner les traits sanglants que son ancien collègue lui avait lancés dans sa réponse au rapport deBailleul sur le 18 fructidor. Mais entre eux il y a cette différence, c'est que Carnot écrivait sous le coup de la proscription, tandis que La Revelliere rédigeait son réquisitoire contre Carnot alors que celui-ci était de nouveau proscrit et quand les ardeurs de la lutte avaient disparu. D'ailleurs, chaque fois que le nom de Carnot paraît sous la plume de La Revelliere, on sent quel fiel et quelle haine remplissaient le cœur de l'ex-directeur.
Le Tourneur est traité d'honnête homme, assez bon homme, mais sans portée et de peu d'esprit. « Une assez grande nullité, une vanité qui ne Tétait pas moins, .de l'importance, voilà les principaux traits de son caractère. » Mais ce jugement méprisant vient de ce que Le Tourneur se rangeait toujours à l'opinion de Carnot, qui était pour lui, dit La Revelliere, y homme infaillible.
Après ses collègues, La Revelliere juge avec la même sévérité les ministres et le personnel des bureaux du Directoire. Ses portraits donnent l'illusion de la vérité par le ton imperturbable dont ils sont écrits. Mais il faut en rabattre ; cette constance à rabaisser les hommes les plus considérables ne cache-
t-elle pas une partialité et une vanité qu'il attribue charitablement aux autres?
Nous ne pouvons nous- étendre sur ce que La Revelliere dit de son rôle au Directoire. Il faut reconnaître que c'est là un témoignage intéressant, quoiqu'il doive être accepté avec réserve. Nous avons hâte d'arriver au 18 fructidor, qui est le principal acte politique de La Revelliere.
Le premier tirage au sort pour le renouvellement d'un membre du Directoire eut lieu le 30 floréal an V (20 mai 1797). C'est le nom de Le Tourneur, l'ami de Camot, qui sortit de l'urne. La Revelliere nous narre son désespoir de n'avoir pas été déchargé par le sort du fardeau pesant du pouvoir : « Certes, dit-il, si quelqu'un désirait sortir, j'ose dire que c'était moi seul (1). Lorsque je vis que mes vœux à cet égard étaient trompés, j'en éprouvai tant de chagrin que j'eus la faiblesse, j'en conviens, de verser des larmes en présence de mes collègues et des ministres, qui étaient tous présents. » Scène touchante et qui peut faire pendant à celle que nous rapportent les Mémoires sur Camot relativement à Reubell : « Chez Reubell, raconte Carnot, la soif du pouvoir est inextinguible. Lors du tirage au sort, sa vue était tellement troublée qu'en ouvrant le fatal billet, quoique ce billet fût pour rester, il lut que c'était pour sortir, et il lui échappa de dire, en faisant un mouvement : « Cesi moi ! » mot que j'entendis très bien et dont je lui ai fait ensuite quelques plaisanteries. Il est convenu du fait (2). »
n s'agissait de remplacer Le Tourneur. Le 5 prai-
(1) Les Mémoires sur Carnot disent cependant que Carnot souhaitait également sortir. (Nouv. éd., 11, 99.)
(2) Mémoires sur Camot, nouv. éd., II, 99.
rial (2-4 mai), le Conseil des Cinq-Cents procéda au scrutin pour la formation de la liste décuple des candidats. Le résultat donna les noms suivants : Barthélémy, Bougain ville, Vieillard, Redon, Tarbé , Germain Garnier, Borda, Démeunier, Cochon et Beurnonville. L'ex-conventionnel Cochon était le candidat de Carnot, qui, disent les Mémoires sur Camot, « le croyait propre à former un trait d'union entre lui et La Revelliere. » Mais c'est Barthélémy, ambassadeur de la République en Suisse, soutenu par les partis réactionnaires, qui l'emporta le 7 prairial (26 mai 1797). Cette élection détermina le désaccord du Directoire avec les Conseils et la division entre ses membres. Carnot, privé du concours de Le Tourneur, combattu par le triumvirat de La Revelliere, Reubell et Barras, réduit à s'appuyer sur Barthélémy, dont il avait voulu empêcher l'élection, eut une situation difficile. La majorité du Directoire résolut de faire un coup d'État contre les Conseils et contre Carnot et Barthélémy. La Revelliere en revendique la responsabilité : « Une autre cause, dit-il, a dû s'unir à celle-ci pour accroître l'emportement de Carnot contre moi. La journée du 18 fructidor, qui le frappa avec le nouveau parti qu'il avait embrassé, n'aurait jamais eu lieu sans moi... Je n'entends ici, au reste, ni louer, ni blâmer la chose en elle-même, ni la conduite que j'y ai tenue: je dis seulement un fait, et un fait connu de tous ceux qui, dans ce temps, ont suivi la marche des affaires. Sans un tiers d'un esprit conciliant et qui n'avait jamais appartenu à aucune faction, jamais en effet Reubell et Barras ne se fussent accordés, et j'eus souvent fort à faire pour les tenir unis. »
On pouvait espérer que La Revelliere nous ferait
— alun rédt détaillé du coup d'État par lequel il se flattait d'avoir déjoué les complots royalistes et sauvé la République. Amère déception, il ne consacre que seize lignes (II, 129) à narrer le fait. C'est maigre et hors de toute proportion avec le reste de l'ouvrage. En revanche il déverse de nouveau sa bile sur Carnot qui l'avait vertement traité dans sa réponse à Bailleul. n serait puéril de s'attarder à défendre la mémoire de l'illustre conventionnel, que la postérité a vengé d'avance de ces attaques posthumes. Il suffira de rappeler le jugement porté parle directeur Gohier {Mémoires, 1. 1, p. 10) : « Comment soupçonner qu'un Carnot, entre autres, ait jamais conçu le projet de renverser le gouvernement dont il était membre, lors même qu'il écoutait, avec trop de bonté peutêtre, les honmies qui n'étaient pas aussi attachés que lui au triomphe de la liberté? »
Mais si La Revelliere est sobre sur le fait, il n'en défend pas moins le Directoire des reproches de cruauté qui ont été lancés contre lui. w Qu'on observe, s'écria-tr-il, que cette révolution fut la première qui s'exécuta sans désordre et sans une goutte de sang répandue! » Puis il ajoute : « Enfin la liste de proscription, une fois close par le Corps législatif, le fut irrévocablement. La justice reprit toutes ses formes et qui que ce soit ne fut inquiété. » Il répète encore (p. 141) : « Iln'a pas été lancé un mandat d'arrêt après le 18 fructidor contre qui que ce soit. » On ne peut être plus affirmatif, et cependant rien n'est moins exact. Les proscriptions, les arrestations et les visites domiciliaires ne firent pas défaut. Le A vendémiaire an VI (25 septembre 1797) le ministre de la police écrivait au Directoire : « En exécution de votre arrêté du 28 fructidor dernier, j'ai ordonné, dans la maison
ci-devant occupée par Témigré Ferdinand de Rohan, ex-archevéque de Cambrai, rue du Regard, faubourg Saint-Germain, les recherches et les visites les plus étendues (i). » De plus, des commissions militaires fonctionnaient à Paris et dans les départements contre les émigrés et les royalistes et elles ne prononcèrent pas moins de 140 condamnations à mort (2). Il est donc bien osé de venir déclarer qu'aucun mandat d'arrêt n'a été lancé après Ze 18 fructidor contre qui que ce soit, La Revelliere se contredit d'ailleurs dans le passage suivant (II, 356) :
Non, qui que ce soit pendant l'existence du Directoire n*a été fusillé ni noyé par ses ordres. Ceux qui ont été fusillés, et non noyés, sous son gouvernement, ont été des émigrés, contrevenant à une loi qui leur était parfaitement connue, et jugés par les tribunaux voulus par cette même loi, et des Jacobins forcenés, pris en flagrant délit, qui avaient attaqué le camp de Grenelle, également jugés dans les formes et par les tribunaux alors compétents.
Il ne 8*agit point ici de discuter la légitimité de ces mesures. Les gouvernements ne sont généralement pas tendres envers leurs ennemis. Mais ce qui est extraordinaire, c'est de voir un directeur produire une affirmation démentie par les faits et par luimême. Il y a là une inconséquence bien capable d'inspirer des doutes sur la fidélité de la mémoire du narrateur, surtout quand on a le texte du Moniteur et les papiers du Directoire sous les yeux.
(1) Cf. i8 fructidor f documents publiés par Victor Pierre, p. 85.
(2) M. Victor Pierre a consacré un volume aux jugements rendus par les commissions militaires après le 18 fructidor contre des émigrés, nobles ou prêtres.
La Revelliere fut à son tour victime d'un coup d'État, n fut obligé de donner sa démission enmême temps que Merlin de Douai, le 30 prairial an VII (18 juin 1799), par suite d'une coalition de Sieyès et de son ancien complice Barras avec les Conseils, et il se retira dans sa petite maison d'Andilly, à quatre lieues de Paris, n vécut dans la retraite, venant assister régulièrement aux séances de l'Institut, dont il était membre depuis sa création (1). Sa santé était chancelante. En 1802 une affection de poitrine faillit l'emporter. Pour raison d'économie, La Revelliere vendit sa maison d'Andilly et s'installa près de Louveciennes, puis à Paris. En mai 1804 il refusa de prêter serment à l'Empereur, en sa qualité de membre de l'Institut, et il fut remplacé, le 20 juillet suivant, par Ennius-Quirinus Visconti (2). Il se retira alors près d'Orléans, à la Rousselière, et se consacra à l'éducation de ses enfants. 11 revint à Paris en mai 1809. Napoléon lui fit offrir une pension par Fouché, à condition qu'il la demanderait. La Revelliere, quoique pauvre, répondit à son collègue Guiter, chargé de lui faire cette proposition : « Je n'ai point servi le gouvernement impérial ; j'ai pris la résolu tionde ne le servir jamais; je n'ai ainsi aucun droit à ses faveurs et je n'en veux recevoir aucune. » 11 alla habiter en 1811 à Domont, près de Paris, et rentra dans la capitale en 1814. Comme il n'avait occupé
(1) La Revelliere-Lépeaux avait été élu membre de la 2* classe de l'Institut, section de morale, le 10 décembre 1795. — Cf. Mémoires ^ II, 448.
(2) Le 2 juin 1804, une lettre du ministre de l'Intérieur fit connaître à l'Institut qu'il avait reçu la démission de La Revelliere-Lépeaux, et celui-ci fut remplacé, le 20 juillet suivant, par le célèbre archéologue Ennius-Quirinus Visconti. (Cf. A. Potiquet, L'Institut de France, p. 123, et Mémoires^ II, 479.)
aucun emploi pendant les Cent-Jours, il ne fut pas compris dans la proscription dont la Restauration frappa les régicides. C'est ainsi que son opposition à l'empire, qui fut peut-être la plus belle action do sa vie, trouva sa récompense, tandis que Camot allait expiera Magdebourg la défense d'Anvers et sa participation à l'armement de la France pendant les Gent-Jours. Il occupa ses dernières années à la rédaction de ses Mémoires et mourut de son affection chronique de poitrine à Paris le 27 mars 1824, à l'âge de soixante-dix ans. Des cinq premiers membres du Directoire, Barras seul lui survécut (1).
Telle fut la carrière de La Revelliere-Lépeaux. Après l'avoir sommairement exposée, il convient de constater certaines particularités de ses Mémoires:
La Revelliere-Lépeaux montre une animosité constante contre les généraux, à commencer par Bonaparte, pour lequel il professe une véritable haine. Il attaque Brune, Championnet, et dit que ce dernier « voulait rétablir le despotisme militaire le plus intolérable et le brigandage le plus éhonté. » Il leur oppose les commissaires civils, entre autres Faipoult, auxquels il décerne un brevet de probité. Si on lit les Mémoires du général Thiébault, c'est bien une autre antienne.
Suchet est transformé en « militaire fort insolent, l'un des plus effrontés pillards. » Joubert, honnête homme à la vérité, « avait la tête un peu étroite, quoiqu'il ne manquât ni d'acquis ni d'esprit; il était susceptible et avait passablement de morgue mili-
(1) En effet Reubell mourut à Colmar le 23 noYembre 1807, Le Tourneur à Laeken (Belgique) le 4 octobre 1817, et Carnot à Magdebourg (Prusse) le 2 août 1823. Barras mourut à Chaillot, près de Paris, le 29 janvier 1829