‹ La revision de la Vulgate et la Commission benedictineChapitre 2 sur 10 · RARES · texte numérisé non relu

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susceptibles de modifications et d'améliorations, jusqu’à ce qu’elles aient été amenées au degré le plus parfait de conformité avec lui. Et c’est pour l'Eglise un devoir encore plus qu’un droit de veiller sur la fidélité des copies et l’exactitude des versions et de les corriger si elles s’altèrent, afin que les fidèles aient entre les mains la parole de Dieu dans sa forme la plus pure. |

Dieu aurait pu, par une providence spéciale, nous conserver les précieux parchemins ou les papyrus sur lesquels David a écrit ses psaumes incomparables, et saint Paul ses immortelles épitres, ou du moins en assurer la transcription la plus parfaite. Il aurait pu aussi inspirer les traducteurs et se porter garant de leur oeuvre. Mais il n’a pas fait ce miracle qui n’était pas nécessaire et qui n’aurait rien ajouté au prestige de nos Saints Livres. Les originaux en sont irrémédiablement perdus depuis longtemps et nous n’avons plus que des copies d’antiquité diverse, qui, différant plus ou moins entre elles, ne peuvent représenter parfaitement ces originaux. Les versions, même les plus anciennes, celles qui ont été d’un usage constant dans l'Eglise, comme la version grecque, la version latine, la version syriaque, ne sont pas l’oeuvre de traducteurs inspirés et leur autorité est proportionnée à leur fidélité.

Est-ce à dire pour cela que Dieu a abandonné. sa parole au hasard des événements et à l’incurie des hommes ? Assurément non. Il se devait à lui-même de veiller à sa conservaton et de la préserver de toute altération substantielle. De tout temps l’Eglise a été en possession d’un texte des Ecritures substantiellement conforme au texte original, et d’où elle a tiré ses dogmes et sa morale. Supposer le contraire serait faire à Dieu l’injure de penser que l'Eglise qu’il nous a donnée comme un organe de vérité a été maîtresse d’erreur. Les travaux critiques qu'on pourra entreprendre sur le texte sacré, les corrections qu’on pourra y faire, ne l’obligeront donc

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jamais à rien changer à sa discipline ou à sa croyance. Les changements de détail, que l’étude des anciens manuscrits pourra exiger dans le texte de nos exemplaires actuels, feront peut-être découvrir quelques légendes ou rendront plus facile l'interprétation de quelques passages obscurs, mais ils ne feront pas disparaître de l’Ecriture les faits merveilleux dont elle est remplie et qui ont été accomplis par Dieu en faveur de son peuple ou de ses servitéurs. Elle gardera ses obscurités, qui tiennent avant tout à la profondeur et à la sublimité de sa doctrine, et qui nous obligeront toujours à recourir à l’organe de l'Eglise pour en recevoir une explication certaine.

Ce n’en est pas moins un devoir de respect pour la Sainte Ecriture que de chercher à en retrouver la forme la plus authentique. Aussi bien, l'Eglise s’est toujours montrée pleine de sollicitude pour la pureté du texte inspiré, et à presque toutes les époques, sous l’inspiration et la direction de ses docteurs ou de ses pontifes, les plus belles intelligences, des génies comme Origène et saint Jérôme, ont consacré une partie de leur vie au travail ingrat de la correction des textes. C’est sous l’impulsion de la même pensée qu’elle fait entreprendre aujourd’hui d'immenses travaux sur sa Vulgate, non pas qu’elle ait des inquiétudes sur sa valeur essentielle, mais pour l’améliorer encore et la rendre de plus en plus conforme au texte primitif.

Tout le monde sait, en effet, que cette Vuligate n’est qu’une version latine, alors que les Saintes Ecritures ont été composées en hébreu et en grec. La plus grande partie de l'Ancien Testament a été écrite en hébreu, le reste, ainsi que tout le Nouveau Testament, à l’exception sans doute de VPévangile de saint Matthieu, a été composé en grec. On sait peut-être beaucoup moins quand et comment a été faite cette

version latine, et il est pourtant nécessaire d’en connaître l’origine, si on veut comprendre en quoi doit consister le travail de la Commission bénédictine et les résultats qu’on espère obtenir. C’est ce que nous allons nous efforcer d'exposer le plus clairement et le plus brièvement possible.

Rappelons d’abord que les parties hébraïques de la Bible furent traduites en grec longtemps avant l’ère chrétienne pour l’usage des Juifs répandus en grand nombre dans tout l’empire romain et qui ne parlaient plus que le grec. Cette traduction semble avoir été faite en Egypte, et elle était terminée avant l’an 100 avant notre ère. Cette version grecque, à laquelle furent adjoints les livres composés en grec, forme ce qu’on est convenu d'appeler la version ou la Bible des Septante. (*)

C’est de cette Bible grecque que se servirent les Apôtres et les auteurs du Nouveau Testament dans leurs citations de VEcriture, au moins la plupart du temps. Ce fut aussi celle qui fut en usage dans l'Eglise primitive, celle qu’on lisait dans les réunions liturgiques et qu’on y commentait, celle que lurent et expliquèrent les grands docteurs de l'Eglise orientale, celle qui est encore en usage dans l’Eglise grecque. Ce fut enfin cette bible grecque, à laquelle on avait ajouté le Nouveau Testament, qu’on traduisit en latin lorsque les églises latines commencèrent à se fonder en Afrique, en Italie, dans les deux Gaules, la cisalpine et la transalpine, version latine qui fut tout naturellement adoptée à Rome quand le centre de l'Eglise fut devenu latin, au cours du quatrième siècle.

(*) Il ne faut ajouter aucune foi à la légende d’après laquelle, à la demande de Ptolémée Philadelphe (285-247 a. C.), la Bible hébraïque toute entière aurait été traduite par 72 traducteurs juifs envoyés par le grand-prêtre Eléazar. Cette légende a cependant trouvé assez de crédit pour faire donner le nom de Septante à la version grecque de l’Ancien Testament, nom sous lequel on la désigne encore aujourd’hui.

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Les choses en étaient là, quand saint Jérôme devint le secrétaire du pape saint Damase, de 382 à 384. L'état dans lequel se trouvait le texte des Ecritures ne pouvait manquer d'attirer l’attention d’un pape aussi vigilant que Pétait saint Damase. La version qui était en usage à Rome et dans les églises où on parlait latin n’avait pas été faite par un seul traducteur, ni au même endroit, ni à la même époque. Il est même assez probable que quelques parties existaient en plusieurs traductions différentes. Les copies se multipliaient et, chacun se permettant de corriger les manuscrits, la confusion était complète. Il n’y avait pas deux exemplaires qui eussent un texte identique. ot exemplaria pene quot codices, écrivait saint Jérôme (*). Au milieu de cette forêt de textes divers il était presque impossible de se reconnaître et de dégager le texte véritable. Pour remédier à ce triste état de choses dont tout le monde souffrait, le pape saint Damase, qui avait pu apprécier le talent et la science scripturaire de son conseiller, le chargea de reviser la version latine et de la corriger sur les meilleurs manuscrits grecs qu’il pourrait trouver, et de n’épargner aucun travail et aucune peine pour doter l’Eglise latine d’une version parfaite. Saint Jérôme se mit aussitôt à l’oeuvre et corrigea les Evangiles en 383, et le reste du Nouveau Testament pendant les années 384 et 385. 11 paraît aussi avoir fait à la même époque une première revision des Psaumes d’après le grec des Septante. Il en fit une autre à Bethléem après 387, plus complète, d’après l’édition hexaplaire d'Origène (°). Cette recension se répandit d’abord

(*) Hier., Epist. ad Dam., P. L., 29, 525.

(5) Pour simplifier les recherches sur le texte de la Bible, Origène en avait fait une édition à six colonnes parallèles, dans lesouelles il avait inscrit en regard le texte hébreu et les principales versions grecques. C'est ce qu’on appela les Hexaples (hexapla biblia, bible sextuple, bible à six colonnes). Cet ouvrage, qui ne comptait pas moins de cinquante volumes, était trop considérable pour être multiplié. Origène fit une édition manuelle de la cinquième colonne, c'est-à-dire du texte des Septante,

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en Gaule et plus tard dans l'Eglise universelle. C’est celle qu’on trouve dans la Vuigate. Il est certain qu’il corrigea encore d’autres livres de la Bible et peut-être même eût-il le temps de pousser son oeuvre jusqu’au bout. Mais ces exemplaires revisés étaient déjà perdus du vivant même de saint Jérôme.

Cette première correction fut acceptée avec faveur et reconnaissance par tout le monde catholique latin. Mais elle ne satisfaisait qu’à demi le grand docteur, et en 390, dans le recueillement de sa chère solitude de Bethléem, il se remit à l’oeuvre pour donner à l’Eglise une nouvelle version des Saintes Ecritures. Cette fois, ce ne serait plus une simple revision d’après la version grecque, mais il recourrait luimême à l’original, à la vérité hébraïque, comme il l’appelait. Pour assurer le succès de sa louable entreprise, il n’épargna ni les recherches, ni les voyages, ni les dépenses, ni les travaux, et au bout de quinze ans d’incessants et pénibles labeurs sa version était achevée. Cette version, faite directement sur le texte hébreu, diffère assez notablement de l’ancienne version latine, faite sur la version grecque des Septante pour laquelle on professait la plus grande vénération. On conçoit qu’elle ait été d’abord regardée d’un assez mauvais oeil et qu’elle ait excité les défiances et un mécontentement presque universel. Saint Jérôme eut la douleur d’être récompensé de ses immenses travaux par les reproches et même les sarcasmes du grand Augustin, qui l’avait autrefois encouragé de ses éloges et sur le suffrage duquel il avait compté (*). Saint Augustin reconnut plus tard le mérite de la nouvelle version et rendit justice à son auteur. Mais saint Jérôme mourut sans l’avoir vu adoptée par toute l’Eglise. Il ne fallut pas

où un système de signes critiques indiquait soigneusement les divergences avec le texte hébreu. Cette édition hexaplaire était très estimée des anciens.

(‘) Aug., Epist., 56, 104, P. L., 22, 566, 832.

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moins de deux siècles à cette version pour supplanter totalement l’ancienne. Sa supériorité incontestable devait à la fin la faire triompher. Vers l’an 600, à l’époque de saint Isidore de Séville, c'était celle qu’on citait le plus communément. A partir de cette époque, on peut dire qu’elle a été à peu près la seule en usage dans l'Eglise. Et c’est précisément à cause de sa diffusion, de sa vulgarisation, si l’on veut. qu’elle a reçu le nom de Vulgate (vulgata editio, édition commune, la plus communément répandue). Le nom lui-même date du XIV siècle. Cette Vulgate a été déclarée le texte officiel de l’Eglise dans des circonstances sur lesquelles nous aurons à revenir, par le concile de Trente, le 8 avril 1546.

La Vulgate n’est donc pas autre chose que la version latine de saint Jérôme faite sur l’hébreu, pour les parties de l’Ancien Testament, qui ont été composées dans cette langue, à l’exception toutefois du Psautier, comme nous l’avons vu plus haut. Pour le reste de l’Ancien Testament et tout le Nouveau, c’est l’ancienne version latine corrigée sur le grec par le même saint Jérôme, par l’ordre du pape saint Damase. Il y a cependant un certain nombre de livres de l’ Ancien Testament qui n’ont jamais été revisés et qui ont passé tels quels de l’ancienne version latine dans notre Vulgate. La revision du Nouveau Testament a d’ailleurs été souvent assez superficielle. Cela paraît à première vue un mélange un peu sinwulier d'éléments disparates, mais la Vulgate est en somme, soit comme traduction, soit comme recension, l’oeuvre du solitaire de Bethléem, et le cachet du saint Docteur lui donne son originalité et son unité.

Ces détails étaient absolument nécessaires pour bien faire comprendre l’objet et la portée du travail de revision qui a été demandé à la Commission bénédictine.

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