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parvenus dans cet état, c’est-à-dire avec des variantes plus ou moins considérables.
Au reste, toutes les fautes qui peuvent se produire dans la transcription des manuscrits ont été soigneusement observées et étudiées. La comparaison minutieuse des différents manuscrits a révélé à quelles lois obéissent instinctivement les copistes et on en a déduit des règles assez sûres pour l’élimination des variantes et la restitution du texte primitif. La science spéciale qui a pris ainsi naissance s'appelle la critique textuelle. Nous lui devons des résultats merveilleux et personne n’en discute plus l'utilité ni ne conteste l’efficacité de ses méthodes.
Les divergences qui peuvent exister entre une copie et. l'original se laissent aisément ramener à deux espèces : ou bien elles proviennent de l’inadvertance du copiste, ou bien elles sont le fait d’un acte réfléchi de sa part. Elles sont accidentelles ou intentionnelles. Quand un copiste s’écarte du texte qu’il a sous les yeux, ce peut être par pure distraction et contre son intention, ce peut être aussi parce qu’il a cru. à tort ou à raison, devoir le corriger au lieu de Je transcrire purement et simplement. Et il serait difficile de dire laquelle de ces sources est responsable du plus grand nombre de variantes dans les manuscrits.
Nous retrouvons naturellement dans les manuscrits de la Vulgate ces deux espèces de variantes.
Mentionnons d’abord les variantes qui sont de purs accidents et dont on ne peut donner aucune explication. Il arrive à n’importe qui d'omettre un mot, de changer une lettre, d’être distrait et d'écrire un mot pour un autre. d’intervertir l’ordre des mots dans une phrase, et de rendre ainsi le sens de ce qu'il écrit inintelligible. T1 y a des copistes impeccables,
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il y en a d’autres qui ne peuvent transcrire trois lignes sans faire une demi-douzaine de fautes (°). 11 y a des manuscrits où les fautes de ce genre, nos fautes d'impression modernes, pullulent. Il est en général facile de les corriger, mais quand il suffit d’une lettre ou d’un mot pour changer le sens de toute une phrase, ces menues erreurs peuvent donner naissance à des variantes importantes.
Une source féconde de variantes dans les manuscrits est l’habitude qu’avaient les anciens de ne pas séparer les mots et de ne mettre aucun signe de ponctuation ("°). Ils écrivaient comme nous parlons. Dans la conversation, nous lions tous les mots comme s'ils n’en faisaient qu’un seul, et nous laissons à l’intelligence de l’auditeur, guidée par l'accent tonique et l'accent oratoire, le soin de dégager le sens. Cela ne se fait pas sans quelque difficulté. Les amateurs de calembours le
(*) Les savants les plus minutieux et les plus scrupuleux eux-mêmes ne sont pas à l'abri de ces faiblesses. En 1588, le bibliothécaire du chapitre de Tolède, Cristobal Palomarès, avait fait, à la demande du cardinal Carafa, un: collation du célèbre manuscrit conservé à la bibliothèque du chapitre oletanus, pour la commission romaine qui préparait l’édition sixti. Cette collation qu’on supposait avoir été faite avec un très grand soin est conservée à la bibliothèque du Vatican. J'ai eu occasion de la voir moi-même et de l’examiner. Elle est faite à l’encre rouge sur un exemplaire imprimé et, à en juger par l'extérieur, cette fine écriture qui note les moindres particularités orthographiques donne bien en effet l'impression d’un travail très consciencieux. On la regardait comme très précieuse et elle a été imprimée plusieurs fois. On la trouve dans la patrologie latine de Migne, t. 29, pp. 923-1152. Or la Commission bénédictine qui s'était d’abord contentée de cette collation, a cru plus prudent de recourir à l'original lui-même. On a fait photographier le manuscrit et on a bel et bien reconnu que la collation de Palomarès était fort imparfaite et qu'on ne pouvait pas s’y fier. Un critique du siècle dernier, Tischendorf, qui a passé sa vie à collationner et à éditer des manuscrits bibliques, a été si souvent pris en défaut qu’on n'ose plus accepter ses leçons sans les contrôler.
(*) L'absence de ponctuation dans les anciens manuscrits nous empêche de déterminer avec certitude s’il faut, au commencement de l'évangile de saint Jean, 1, 3, rapporter quod factum est à ce qui précède ou à ce qui suit, et lire: sine ipso factum est nihil quod factum est. In ipso vita erat...,ou: sine ipso factum est nihil. Quod factum est in épso vita erat...
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