‹ La révision de la Vulgate et la Commission bénédictine [microforme]Chapitre 2 sur 8 · SAS · texte numérisé non relu

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vants universitaires, allemands ceux-là, mais protestants aussi, étaient sur le point d’entreprendre un travail analogue pour l’Ancien Testament. Si nous ne voulions pas être devancés par des hérétiques ou des indifférents, poussés par le pur amour de la science, il était donc grandement temps de nous mettre à l’oeuvre. Nous étions même déjà en retard.

Mais en supposant qu’on fût décidé à faire quelque chose pour rendre plus parfaite notre version officielle, une double voie se présentait. On pouvait mettre de côté la Vulgate et faire une nouvelle version sur les textes originaux, ou au moins corriger la version de saint Jérôme sur ces mêmes textes. Et certes il ne manque pas dans l’Eglise d'hommes versés dans les langues anciennes et la connaissance des Ecritures, et capables par conséquent de faire ce travail. C’est ce qui paraît à première vue le plus simple et le plus naturel. Et pourtant l’Eglise s'est arrêtée à une autre détermination. On se bornera pour le moment du moins à rétablir le texte de saint Jérôme dans son état primitif, et à l'épurer des altérations intentionnelles ou accidentelles qui s’y sont glissées pendant sa longue vie de quinze siècles, à nous le donner tel qu’il était quand l’évêque Licinius en faisait prendre une copie sous les yeux de saint Jérôme lui-même. C’est là le programme que Pie X a tracé à la Commission dans sa lettre au président, Dom Gasquet.

Il y a d'excellentes raisons qui motivent cette conduite. D'abord, il est certain que l’Eglise, qui est essentiellement “onservatrice et traditionnelle, ne se sépare pas sans regret et sans peine de son passé: elle ne le fait qu’à bon escient et attend souvent longtemps avant d'adopter une réforme dont elle avait d’ores et déjà reconnu la nécessité. Elle n’est donc pas pressée de renoncer à sa vieille Vulgate, qui a été le témoin et la compagne de ses luttes contre les hérésies, qui a inspiré sa liturgie, qui a modelé la pensée de ses théologiens, qui a été l’objet des méditations et des commentaires de ses

docteurs, qui a nourri la piété de ses fidèles, qui a été, en un mot, intimement mêlée à toute sa vie. Elle se doit à elle-même de la traiter avec honneur.

Mais c’est la prudence plus encore que le respect du passé qui a dicté sa conduite. Malgré les progrès incontestables de la critique textuelle de nos Saints Livres, nous sommes encore très loin d’être fixés sur la valeur relative des différentes formes sous lesquelles leur texte est parvenu jusqu’à nous. En corrigeant notre Vulgate, nous courrions risque de rejeter d'excellentes leçons pour en adopter de moins bonnes, de l’adultérer au lieu de la rendre meilleure. Minimisée pendant longtemps par les savants non catholiques, exagérée d'autre part par certains théologiens qui ont mal saisi la portée du décret du concile de Trente, sa valeur critique réelle et son importance pour la restitution du texte primitif ne sont plus mises en doute par personne. Un travail définitif n’est donc pas encore possible,et l’Eglise, qui a le temps devant elle, a pensé qu’il fallait d’abord commencer par étudier à fond cet élément important que constitue la Ÿulgate latine.

En attendant, les savants ont toujours la ressource de recourir directement au texte hébreu on au texte grec, de consulter les éditions critiques privées, et de faire dans chaque vas les corrections qu'ils croient nécessaires. 11 y a même d’excellentes traductions en langue vulgaire faites sur le texte original qui sont accessibles à tous. L'Eglise ne défend pas de s’en servir, pourvu que ce soit avec prudence. Elle ne peut qu’encourager tout ce qu’on fait pour mieux connaître la parole de Dieu et qui tourne nécessairement à sa gloire. Pour elle, certaine d’avoir un texte conforme dans son ensemble au texte original, elle ne sent pas le besoin de modifier maintenant son texte officiel. Elle va d’abord reviser à loisir le texte de saint Jérôme, et consacrer à ce travail plusieurs dizaines d'années. Elle pourra reprendre ensuite le travail de saint Jérôme. et avec les matériaux accumulés par la cri-

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tique, et le secours d’une méthode plus sévère et plus éprouvée, elle le portera au point de perfection qu’on attend de son amour pour le dépôt sacré dont elle la gardienne.

Quand saint Jérôme jugeait si sévèrement, dans la préface qu'il a mise en tête de son édition des évangiles, la maladresse ou l’incurie des copistes, et surtout l’audace des correcteurs, il ne songeait pas que son oeuvre, à peine sortie de ses mains, allait forcément se trouver dans les mêmes conditions que celle de ses devanciers, et que les mêmes causes produiraient les mêmes effets, c'est-à-dire que sa version, à force d’être copiée et recopiée, serait rapidement défigurée par toutes sortes d’altérations et qu’on en viendrait à se demander à quels exemplaires ajouter foi (*).

C'était le sort inévitable de tous les livres avant l’inven. tion de l’imprimerie, surtout lorsqu'ils avaient une circulation un peu considérable. Car pour multiplier les exemplaires on n’avait pas d’autre ressource que d’en faire des copies à la main. Or, l’expérience a démontré qu’il échappe toujours des fautes même au copiste le plus diligent. Avec la précieuse machine à écrire et le papier carbone ou la presse à copier on obtient une reproduction exacte et absolument fidèle d’une lettre qu’on veut conserver, mais quand on est obligé de lu transerire à la main, on est stupéfait du nombre de fautes qu’on peut y faire. Sans doute les anciens éditeurs avaient à leurs service des copistes de profession avec des correcteurs

(*) Si enim latinis exemplaribus fides est adhibenda, respondeant quibus: tot sunt paene quot codices. Si autem veritas est quaerenda de pluribus, cur non ad graecam originem revertentes ea quae vel a vitiosis interpretibus male edita vel a praesumptoribus imperitis emendata perversius vel a librariis dormitantibus aut addita sunt aut mutata corrigimus ? Hieron., Epist. ad Damasum, Wordsworth, Nov. Test,, Oxonii, 1889. p. 2, P. L., 29,658.

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d'office qui revisaient chaque exemplaire sur l'original ou sur le manuscrit de l’auteur. On n’apportait pas moins de soin au Moyen-Age dans les cloîtres. Mais même avec ces précautions il est impossible qu’il ne se soit pas glissé des fautes nombreuses dans les copies, alors qu’on trouve d’ineffables coquilles dans les livres imprimés avec le plus grand soin. On le savait si bien que beaucoup d’auteurs de l’antiquité terminent leurs ouvrages par une adjuration aux copistes de respecter leur texte et de n’y rien changer (*).

Si les copies avaient toujours été faites sur un même original, les variantes ne seraient pas considérables et il serait relativement facile de les découvrir et de les corriger. Mais il n'existait pas alors comme aujourd’hui une édition originale de plusieurs centaines d'exemplaires absolument identiques, soigneusement surveillée par l’auteur ou l’éditeur, et à laquelle on aurait pu se reporter sans cesse. Déjà une première édition mettait en circulation plusieurs exemplaires plus ou moins différents les uns des autres. Parmi les cinquante exemplaires de la Bible qu’Eusèbe de Césarée fit exécuter pour le compte de Constantin, il est bien probable qu’il n’y en avait pas deux qui fussent absolument semblables. Transcrites à lenr tour, ces copies fautives transmettaient une partie de leurs fautes auxquelles de nouvelles venaient sans cesse s'ajouter. Plus un ouvrage était recopié, plus le texte était exposé à s’altérer. Après trois onu quatre générations les manuscrits présentaient la plupart du temps des variantes nombreuses et importantes. Tous les ouvrages anciens, dont nous possédons plusieurs manuscrits, nous sont

(*) Quelques-uns pensent que c'est dans ce sens qu’il faut comprendre les paroles sévères de saint Jean à la fin de l’Apocalypse, 22, 18-19. I1 semble bien aussi qu'un certain nombre des accusations de falsification des textes qu'on se renvoyait mutuellement au milieu des polémiques auraient dû être dirigées contre les copistes.

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