‹ La révision de la Vulgate et la Commission bénédictine [microforme]Chapitre 6 sur 8 · ES · texte numérisé non relu

ES

drer des variantes. C’est ainsi, par exemple, que dans les manuscrits d’origine espagnole, à cause de la ressemblance de prononciation des lettres b et v, il est souvent impossible de déterminer avec certitude, s’il faut lire le futur ou le passé défini des verbes en are, vocabit ou vocavit, par exemple. Quand on trouve bita au lieu de vita, il est très facile de faire la correction. Mais ce n’est plus la même chose quand on a bibere pour vivere, ou vice-versa.

A côté des variantes accidentelles, que nous pouvons attribuer à l’ignorance ou à la négligence des copistes, il y en a d’autres plus difficiles à reconnaître et à juger, ce sont les variantes intentionnelles, Il y a toujours eu des lecteurs avertis de la Sainte Ecriture qui se sont préoccupés d’en améliorer le texte, soit en recourant aux textes originaux, soit en le comparant À d’autres manuscrits plus anciens ou réputés meilleurs. Tous les manuscrits portent des traces de l’activité des correcteurs. On distingue parfois deux ou trois corrections qui se sont étendues à tout un manuscrit. Ici les mots ont été grattés et remplacés par d’autres, là on a retouché une lettre, ailleurs on a ajouté un mot au-dessus de la ligne ou en marge. Ilest bien évident qu’on ne se bornait pas seulement à corriger les manuscrits déjà existants, mais c'était surtout lorsqu'on écrivait un nouveau manuscrit qu'on s’appliquait à rendre le texte plus pur.

Si ces corrections avaient toujours été faites avec méthode et d’après les règles d’une saine critique, nous n’aurions qu’à nous en applaudir, Mais très souvent elles n’ont pas eu d’autres résultats que d'augmenter le nombre des variantes et par suite la confusion, et de rendre plus difficile la tâche de la critique moderne. Les copistes nous auraient rendu plus de services en copiant servilement un manuscrit Zautif ancien qu’en essayant de le corriger.

Une des principales causes des altérations intentionnelles de la Vulgate a été le désir de l’harmoniser avec l’ancien-

ET

ne version latine. Saint Jérôme avait remarqué l’attachement qu’on avait pour l’ancien texte et il s'était appliqué à le conserver dans sa traduction partout où c'était possible sans trop s'éloigner du texte original (*). Les formules anciennes étaient trop chères pour qu’on ne fût pas tenté de lex adopter quand la nouvelle version s’écartait trop du texte traditionnel, ou avait un sens moins coulant et qui présentait des difficultés exégétiques. Ce qui est certain, c’est que de très bonne heure, un grand nombre de leçons de l’ancienne version latine étaient passées dans la version de saint Jérôme et rendaient une revision nécessaire.

Il est possible qu’un certain nombre de variantes proviennent de corrections individuelles, faites sur l’hébreu ou sur les Septante, ou même de retouches arbitraires, faites .fin d'harmoniser un passage difficile avec le contexte ou avec un passage parallèle ou familier, ou afin de rendre le sens plus clair, ou peut-être même simplement pour changer une expression tomhée en désuétude. Ces retouches isolées ont pu être insignifiantes, et je ne sais pas si on en trouverait des exempler dans nos éditions imprimées, Mais elles ont contribué pour autant à augmenter le nombre des variantes, et il suffit qu’elles soient possibles pour que le critique soit sur ses gardes afin de ne pas les prendre pour le véritable texte de seint Jérôme.

Les variantes les plus regrettables, dont quelques-unes malheureusement existent dans la Vulgate, dans certains li vres surtout, comme l’Ecclésiastique, sont les additions faites au texte afin de l'expliquer ou d’en préciser le sens. C’est ce qu'on appelle communément des gloses. On avait trop de respect pour le texte sacré pour y ajouter de son cru un mot d'explication. Placées d’abord en marge, ces gloses, qui ne sont pas parfois sans valeur,pénétraient ensuite dans le texte.

(*) Cf: Hieron., Pracf. in Job., P. L., 29, 63,

ER (re

Elles n’ont évidemment aucun droit, quelle qu'en soit Pantiquité, dy être maintenues, et quand on les a reconnues, il faut en expurger le texte qu’elles défigurent. Nous citerons comme exemples :

Eccli., 4, 23, Usque ad mortem certa pro justitia Et Deus erpugnabit pro te INIMICOS TUos.

I Cor., 16, 19. Salutant ros Aquila ct Prisca, cum domestica sua ecclesia, APUD QUOS ET HOSPITOR.

et l'addition FRIGIDAE dans l’évangile de saint Marc, 9, 40 : Quisquis enim potum dederit vobis calicem aquae FRIGIDAE, qu'on lit dans la bible de Robert Estienne de 1538 et l’édition sixtine de 1590,

Pour montrer jusqu'où peut aller l'audace des correcteurs, le mot est de saint Jérôme, nous allons examiner le traitement qu'ils ont fait subir à un verset de l’Ecclésiastique, 6,15. Il se lit actuellement comme suit : Amico fideli nulla est comparatio. Et non est digna ponderatio auri et ar. genti contra bonitatem fidei illius. Disons immédiatement que la leçon ancienne devait être : Amici fidelis nulla est comparatio et non est ponderatio contra bonitatem illius. Le sens est très clair: L’ami fidèle n'a pas de prix et un tel bien est inappréciable, mot à mot, il n’y a pas de poids, c’est-à-dire de prir, en comparaison du bienfait de cet ami fidèle (*). Seulement il faut savoir que comparatio signifie ici priæ et non Comparaison. Le correcteur qui avait compris comparaison a cru naturellement qu'il fallait corriger amici fidelis en amico fideli, Dans le second stique, ponderatio—poids, est un hébraïsne pour signifier prir. Les Hébreux ne comptaient

(*) C'est le sens du grec, qui du reste est précisé par le texte hébreu déconvert en 1896. Crampon ne semble pas l'avoir parfaitement saisi, 11 traduit ninsi :

Rien ne vaut un ami fidèle, Aucun poids ne saurait en marquer le prix.

pas, ils pesaient l'or et l'argent, et c'est pour cela que le prix d’une chose était le poids donné. Le glossateur a précisé le sens en ajoutant auri et argenti, et avec moins de bonheur diqua. Enfin il a encore ajouté fidei, afin qu’on ne se méprenne pas sur le sens de bonitatis, en lui attribuant le sens de bonté morale, miséricorde.

L'ami fidèle n'a pas de prix, Et il n'y a pas de fortune qui puisse payer un tel bien,

Cette prisée si simple à disparu sous le fatras de la paraphrase.

Recopié sans cesse, pendant plus de dix siècles, le texte de saint Jérôme a donc été soumis des milliers de fois à l’action dissolvante de ces diverses causes d’altérations, Nous possédons en effet plus de huit miiic manuserits de la Vulcate, dont un petit nombre seulerient, environ deux cents peut-être, sont antérieurs au dixième siècle. Il n'y a donc rien d'étonnant qu'il soit arrivé jusqu'à nous plus ou moins modifié et défiguré. Ce qui est étonnant, c'est qu’il soit encore reconnaissable, Et certes si toutes les variantes étaient réunies dans un seul manuscrit, il ne le serait guère, car on peut dire que chaque manuserit apporte son petit contingent de variantes nouvelles, Mais elles sont dispersées dans les milliers de manuscrits qui nous restent, et à ec’ 4 d'elles la maiorité des manuscrits, on an moins les meilleurs, nous donnent les bonnes leçons. Ta plupart de ces altérations ont été corrigées au cours des siècles, comme nous aurons bientôt occasion de le dire, et il y a tout lieu d'espérer qu'un petit nombre seulement restent encore dans l'édition dont nous nous SeTVOns.

Comment reconnaître et corriger ces altérations? Si on pouvait suivre le conseil charitable donné à Dom Gasquet, à

son arrivée à New York, il y a quelques mois, par le reporter d’un grand journal américain, ce serait la chose la plus facile du monde. Cet excellent homme s’étonnait qu’on eût recours à des procédés aussi compliqués que ceux qu’esquissait Dom Gasquet, au lieu de recourir tout simplement à l’'autographe de saint Jérôme. Hélas! il y a longtemps qu’il n’existe plus. Nos plus anciens manuscrits remontent à une époque où le texte avait déjà perdu sa pureté primitive. Et il n’y a pas d'autre moyen de le reconstituer que d’en rechercher les lambeaux épars an milieu de la multitude des variantes. Tâche immense et ingrate, qu’on a comparée à celle d’un échevean à démêler, et qui exige, ontre des connaissances aussi étendues que variées, un talent naturel d’observation affiné par une longue préparation technique spéciale.

La Commission à qui a été confié cet immense travail devra donc examiner tous les manuscrits et réunir d’abord toutes les variantes. Puis on procèdera an classement et à l'élimination. Tonte variante dont on peut indiquer l’origine, n’est évidemment pas le texte primitif et doit être rejetée. Après cette élimination successive, il ne devra plus rester que le texte primitif. Dans la pratique, les choses ne se passent pas toujours aussi simplement. Mais avant d’entrer dans le détail des travaux de la Commission, il serait injuste de ne pas faire connaître ce qu'on a fait dans ce sens avant elle. En passant en revue les principales revisions entreprises au cours des siècles, nous n’en ccmprendrons que mieux ce qui reste à faire et la tâche imposée à la Commission actuelle.

Il ne faudrait pas croire qu’on a attendu jusqu’au XXe siècle pour s’apercevoir que le texte de la V ulgate offrait des divergences assez notables soit avec l’hébreu, soit avec le grec, et variait même dans les manuscrits latins,

Hoi

et pour essayer de faire disparaître ces différences. Notre édition actuelle est elle-même le résultat d’un effort très sérieux de correction fait par l'ordre de Sixte-Quint et de Clément VIIT. Ceux qui l’ont préparée ont d’ailleurs été les premiers à reconnaître que la perfection n’a pas été atteinte, et la préface, due à la plume de Bellarmin, nous en avertit loyalement. Avant cette correction officielle, qu'on a malheureusement regardée trop longtemps comme définitive, les tentatives de restauration du texte primitif de saint Jérôme ont été nombreuses, bien que la plupart du temps imparfaites et isolées, et il n’y a presque pas d'époque ou de pays où l'historien n’en trouve quelqu'une à signaler.

Le problème de la pureté dn texte sacré s'est toujours imposé à la piété des fidèles instruits. A côté de ceux qui recherchaient les beaux manuscrits neufs, il y a toujours eu des érudits qui leur ont préféré les manuserits jaunis par le temps et par l’usige, quand ils espéraient y trouver un texte revisé et plus correct, Sans parler des grandes recensions méthodiques antérieures au IVe siècle, que la critique moderne commence à discerner dans les manuscrits, au moins pour ce qui concerne le Nouveau Testament ('%), la Vulgate elle-même est née du besoin d'un texte plus pur: elle est une recension encore plus qu'une version. On pent faire bon marché des principes de critique de saint Hilaire de Poitiers ou de saint Augustin, mais le soin qu'ils mettent à enregistrer les variantes des autres manuscrits qu'ils pouvaient avoir entre les mains ou les divergences de leur texte avec le grec n'en témoigne pas moins de leur bonne volonté et de leur empressement à recher-

(*) Le dernier en date des critiques du Nouveau Testament, Hermann

on Soden, croit avoir nettement reconnu et distingué les recensions

d'Hézichius et de Lucien. Cf, Die KSchriften des Neurn Testaments in

ihrer altesten crreichbaren Teztgestalt, Gottingen, 1913, qu'on ne lira pas

toutefois sans y joindre les remarques si justes du Père Lagrange : Une

nouvelle édition du Noureuu Testament, Revue Biblique, vetobre 1913, pp. 141-598.

ne

Sy

un

cher la véritable teneur du texte sacré. Et il en a été ainsi à toutes les époques, au moins dans l'Eglise latine. On a pu se plaindre du peu de sens critique des correcteurs, mais on ne leur a jamais reproché de manquer de zèle.

Adoptée par l'Eglise universelle et devenue le texte autorisé, la version de saint Jérôme a été entourée de la même vénération, et on en a surveillé la transmission avec le même soin. Parallèlement aux altérations dont nous avons parlé et qui devaient fatalement se produire, nous devons signaler des corrections incessantes qui en ont en partie contrebalancé l'effet. Tontefois comine nous l’avons laissé entendre, le texte primitif de saint Jérôme a eu peut-être presque autant à perire qu'à gagner à ces corrections. La transmission du texte de saint Jérôme s’est faite dans des conditions particulières qui en font un cas à part. Les anciens n’avaient pas le respect un peu superstitieux que nous professons pour la lettre du texte. Un ouvrage était considéré comme un bien public que chacun pouvait dans une certaine mesure traiter à sa guise. On ne croyait pas faire un crime en corrigeant l'orthographe, en remplaçant un mot hors d'usage ou en rajeunissant une expression vieillie. Y a-t-il si longtemps que les éditeurs traitaient encore ainsi le texte de saint François de Sales ou de Bossuet? On croyait donc faire une oeuvre excellente en corrigeant le texte de saint Jérôme d'après les principes du grammairien Donat, ou à l’aide d’un manuscrit de l’ancienne version latine, ou sur les textes originaux. Il y a là une re. marque importante à faire avant d'entreprendre une revue des principales corrections de la Vulgate au cours des siècles. Elles n’ont pas toujours été faites avec l'esprit que nous y apporterions aujourd'hui, c’est-à-dire avec la prévecupation de retrouver avant tout les ipsissima verba de saint Jérôme. Il est bien probable qu’un certain nombre de ces corrections ont été faites aux dépens du texte du saint Docteur, et on peut se demander s’il n’est pas déjà irrémédiablement modifié dans les

plus anciens témoins qui nous le font connaître et s’il est possible maintenant de le reconstituer avec une entière certitude.

L'histoire de la Vulgate et des diverses modifications qu'elle à pu subir au cours des siècles depuis saint Jérôme est loin d'être faite. Ce n'est guère que depuis une trentaine d'années que l'attention des savants s’est portée de ce côté. Cependant on en connaît les principales étapes, et nous allons nous efforcer d'en retracer la suite en ne nous arrêtant qu'aux plus importantes, afin de ne pas lasser la patience du lecteur par les détails d’une érudition superflne.

Nous sommes très peu renseignés sur l'état du texte de saint Jérôme pendant les premiers 150 ans de son histoire. Nous savons seulement qu'il se répandait peu À peu dans l'Eglise occidentale et qu’il supplantait lentement l'ancienne version latine. 11 ne nous reste aucun manuscrit de cette époque et ce n'est que par les citations des auteurs contemporains et par l'état du texte postérieur que nous pouvons nous en faire quelque idée. Au surplus, comme la circulation en était relativement restreinte et les manuscrits peu nombreux, il est probable que les altérations ont été alors peu considérables,

Le premier contact solide de la Vulgate avec l’histoire est dn milieu du VIe siècle. Vers 546, au milieu des horreurs de la Intte de Rélisaire contre les Goths pour la suprématie de l'Italie, un é-fque de Capoue, du nom de Victor, savait garder assez d'amour de la science et de calme pour faire exécuter et pour corriger lui-même nn manuscrit de Nouveau Testament. Cette précieuse relique existe encore et fait l'ornement de la bibliothèque de Fulda. Or le texte que Victor a fait copier est celui de la Vulgate, et, autant que nous pouvons en juger, il est excellent. Cependant comme il nous avertit

lui-même qu’il avait un manuscrit grec sous les yeux, il est bien permis de croire qu’il n’a pas toujours résisté à la tentation de s’en servir pour ses corrections.

Nous savons aussi que Cassiodore, vers 560 ou 570, possédait un exemplaire de la version de saint Jérôme et qu'il en fit faire une copie très soignée en neuf volumes, qu’il voulut, malgré son grand âge, reviser lui-même. Pendant qu’un de ses amis lui faisait la lecture de l’ancien manuscrit, lui-même suivait sur le nouveau et y faisait les corrections nécessaires. Cassiodore qui nous a donné ces détails a négligé de nous dire en quoi consistaient ses corrections, mais nous savons qu’il recommandait de ne pas corriger arbitrairement les idiomata de PEcriture et de s’en rapporter à l'autorité de deux ou trois manuscrits anciens et revisés. Cependant il couseillait dans les cas difficiles de recourir aux Pandectes grecques et même au texte hébreu, si on le pouvait (). Il a aussi composé un traité De Orthographia pour guider ses moines dans la transeription on la correction des manuscrits. A en juger par cet ouvrage, les corrections de Cassiodore tendaient surtout à ramener le texte à l'orthographe courante, mais s’il a été fidèle à ses principes en fait de critique, et nous n'avons pas de raisons d'en douter, il ne faudrait pas écarter entièrement l'hypothèse de corrections plus sérieuses. D'ailleurs aucun manuscrit certainement cassiodorien ne nous est parvenu. Toutefois un savant bénédictin anglais, dom Chapman, a récenument émis l'opinion que le célèbre codex Amiatinus est en

(*) Diximus idiomata legis divinae non esse tangenda... duorum vel trium priscorum emendatorumque codieum auctoritas requiratur.., Quod si tamen aliqua verba reperiuntur absurde posita, aut ex his codicibus quos beatus Hieronymus in editione Septuaginta interpretum emendavit, vel quos ipse ex Hebraeo transtulit, intrepide corrigenda sunt : nut, sicnt beatus Augustinos ait, recurratur ad Graecum Pandecten, qui omnem legem divinam dignoscitur continere collectam, vel quibus possibile fuerit, Hebrueam scripturam, vel ejus doctores requirere non detrectent. Cassiod., De inst, dir, Litt., 15. P. L., 70, 1128 s.

relation étroite avec Cassiodore, et le moins qu’on puisse dire de son hypothèse et des ingénieux aperçus sur lesquels i] l’étaie, c’est que tout cela est très vraisemblable (*).

Au siècle suivant, saiut Isidore de Séville (+636), un espagnol, et plus tard, saint Bède le Vénérable (+735), un anglais, nous attestent que la version de saint Jérôme était devenue d'un usage universel. Mais nous voyons apparaître en méme temps deux types de manuscrits qui la contiennent. Ce sont les manuscrits d'origine irlandaise et les manuscrits espagnols.

On sait l'admirable développement que prit la vie monastique en Irlande à la suite de la prédication de saint Patrice. L'ile se couvrit de monastères, qui, pendant plus de trois siècles, furent des foyers de vie intellectuelle en même temps que de perfection. Les moines irlandais se répandirent dans toute l'Europe, qui reçut d'eux le culte des lettres sacrées et profanes avec la foi ou l'amour de la vie parfaite. Une des principales occupations de cex pionniers de la vie monastique en Europe, partout où ils fondaient des monastères, était la transcription de Ja Sainte Ecriture,.et nous leur devons nn grand nombre de manuserits, véritables chef-d'oeuvre de calligraphie, qui témoignent de l'amour et du respect qu’ils avaient pour nos Saints Livres. Or le texte dont ils se servaient était le texte de saint Jérôme. Mais ce texte, qu’ils avaient vraisemblablement reçu de l'Italie, s’étsit peu à peu modifié et avait admis un certain nombre de lecons de l’ancicnne version restées comme invinciblement gravées dans la mémoire des moines. C’est cependant le meilleur que nous ayons et, fort heureusement, les manuscrits d'origine irlandaise sont relativement nombreux. Un des plus connus et des plus justement célèbres est l'Amiatinus, copié avant 715, sur

(*) Dom Chapman, Notes on the early history of the Vulgate Gusrels, Oxford, 1908.

SN

un texte italien, à Wearmouth ou Jarrow dans le Northumberland et offert par l’abbé Ceolfrid à l’église de Saint-Pierre. Ce manuscrit est maintenant à Florence.

Un phénomène analogue de transformation se produisait à la même époque en Espagne. Là aussi le texte de saint Jérôme se modifiait par l'apport de leçons de l’ancienne version latine. Mais les textes espagnols ont plus souffert que les textes irlandais et ils se font remarquer par le nombre et l'importance de leurs additions et interpolations. Le Toletanus est un des représentants les plus caractéristiques des manuscrits de ce groupe.

Pendant que les textes irlandais se répandaient à la suite des moines dans toute l'Europe, les textes espagnols débordaient aussi les frontières de l'Espagne et venaient se combiner avec eux. C’est surtout au point de rencontre, en France, que s'est fait ce mélange. Les manuscrits francais du VIIIe siècle présentent presque tous ce caractère composite quand ce ne sont pas de purs textes irlandais.

La confusion qui résultait nécessairement de la variété de tous ces textes, irlandais, espagnols on mélangés. n'était pas faite pour plaire à un prince aussi religieux et qui avait un aussi vif sentiment de l'unité que Charlemagne, et il s’appliqua de bonne heure à y porter remède. Un de ses capitulaires s'occupe des moyens d’obtenir un texte correct et uniforme dans tout l'empire.

Deux hommes se sont efforcés de réaliser les vues de Char-lemagne. Ce fut d’abord Théodulphe, évêque d'Orléans. Bien que son travail ait été consciencieux, sans doute parce qu’il était visigoth d’origine, il a donné :4 préférence aux manuscrits nationaux, et son texte est en somme un texte espagnol. Un des manuscrits de la recension de Théodulphe est à Ja Bibliothèque Nationale à Paris(lat. 9380). L'œuvre de Théodulphe, toute individuelle, n’a pas eu heureusement une grande influence sur la transmission du texte.

Tel ne fut pas le sort de la revision d'Aleuin, abbé de Saint-Martin de Tours, faite par l'ordre de Charlemagne. Alcuin était un anglais, et ce fut naturellement aux manuscrits saxons ou irlandais, c'est-à-dire aux meilleurs manuscrits, qu’il eut recours. Son travail était achevé a Noël de l’an S01, et il fit présenter à Charlemagne une copie du nouveau texte qui fut immédiatement imposé à tout le rveyaume. Une bible conservée à la bibliothèque Vallicellana à Rome, représente assez bien, dit-on, ce texte. Il jouit immédiatement d’une très grande autorité et se répandit partout avec une extrême rapidité. Les moines de Saint-Martin pouvaient à peine suffire 4 satisfaire aux demandes qui leur étaient adressées de toutes parts. Mais cette diffusion elle-même fut fatale à sa pureté. Cinquante ans suffirent pour défigurer et presque détruire l'ocuvre d'Alenin. Les bibles copiées par ses disciples vers 550 n’ont déjà presque plus rien des caractères alcuiniens. Les lecons qui avaient été rejetées sont rentrées de nouveau dans le texte et l'uniformité un instant obtenue sous

l'impulsion puissante de Charlemagne est complètement disparue.

Ce fut bien pis encore pendant les siècles suivants, du Xe au XIe sièele, < C'e t l'époque des textes copiés sans ensemble ct sans règle, mais en même temps des textes médiocres et de seconde main”, dit Samuel Berger (*). Cependant même à cette époque il se trouve encore quelques personnages qui s'efforcent de remédier à la corruption toujours croissante des textes. lels sont entre autres Lanfranc, évêque de Cantorbéry (+998), et saint Etienne Harding, troisième abbé de Citcaux (1109-1134), qui corrigea les manuscrits de son vrdre en consultant le texte h‘breu. Mais ces efforts d’autant plus louables qu'ils étaient isolés, restèrent sans ré-

(*) Histoire de la Vuilgate, Paris 1893, p. 329.

suitat appréciable et il faut attendre au XIIIe siècle pour voir un essai de correction fait avec suite et méthode.

Le développement des études théologiques au XIIIe sièele en donnant une impulsion nouvelle à la lecture et à l'étude de l’Ecriture, ne pouvait manquer de mettre en relief les divergences considérables qui existaient entre les manuscrits. Le besoin d’un texte uniforme se faisait sentir surtout à Paris où affluaient des milliers d'étudiants, attirés par le renom de sa célèbre université. Pour répondre à ce besoin, les éditeurs parisiens ne tardèrent pas à s’entendre pour reproduire un même type de texte, dont se servirent les professeurs,et qui devint en quelque sorte le texte officiel de l’université. Ce textc parisien acquit ainsi une grande célébrité qu’il ne méritait pas. Il ne fallut pas longtemps pour qu’on s’aperçût de son infériorité et les plaintes les plus vives et les plus justifiées se firent entendre. Roger Bacon s’en est fait l'écho en des termes d’où l’amertume n'est pas toujours absente. (C’est alors que des études spéciales furent entreprises par les docteurs de l’université et par les grands ordres religieux, les francisvains et les dominicains. Les résultats en furent consignés dans ce qu'on appelle des correctoires, c’est-à-dire des recueils de leçons fautives à corriger, qui circulaient parallèlement avec les manuscrits et pouvaient rendre les mêmes ser ,ices que nos listes d’erruta. Malheureusement, ces correctoires dont la valeur critique est faible, ne parvinrent pas à faire disparaître ni même à diminuer la variété et la confusion des textes.

La Vulgate continua donc d’être recopiée an hasard des manuscrits qu'on avait entre les mains pendant le XIVe et le XVe siècle. Au cours du quinzième siècle les événements qui allaient précipiter la formation du monde moderne se préparaient et devaient avoir leur contrecoup dans le domaine de la critique biblique. Un besoin indéfinissable de retour à l'antiquité, cette Renaissance dont on n’a pas encore fini de

EC

mesurer les effets, s'emparait des esprits. La connaissance du grec et de l’hébreu commençait à se répandre davantage, pendant que d'autre part les anciens manuscrits étaient plus appréciés. L'invention de l'imprimerie, qui devait modifier si profondément les conditions de la vie humaine, allait favoriser singulièrement la diffusion des textes bibliques et leur Comparaison, Enfin et surtout, la crise qui devait se dénouer par la douloureuse scission du protestantisme, en obligeant les défenseurs de nos dogmes à une étude plus approfondie de leurs preuves, allait les contraindre … ane critique plus sériense des sources et d'abord du texte sacré. Tout cela devait contribuer à mettre dans une lumière défavorable les imperfections des éditions courantes de la Vulgate. Aussi bien dès le début du XVIe siècle, tant chez les catholiques que chez les réformateurs, les corrections et les revisions de la Vulgate faites sur les textes originaux se multiplièrent-elles. On vit même apparaître un grand nombre de traductions entièrement nouvelles. Le résultat le plus clair de tous ces efforts divergents fut de mettre le trouble dans les esprits et de jeter un profond discrédi‘ sur la vieille Vulgate.

Réuni pour porte: remède aux grands manx dont souf. frait l'Eglise, le concile de Trente ne devait pas tarder à s'occuper de cet état de choses et à donner une direction aux fidèles. La quatrième session, qui eut lieu le 8 avril 1546, fut consacrée aux Saintes Ecritures. Les Pères y adoptèrent un décret, préparé par de longues discussions préliminaires, dans lequel ils déclaraient que le texte authentique de l'Eglise (latine) serait désormais, comme il l'avait d'ailleurs toujours été, l'édition connue de tons sous le nom de Vulgate. En conséquence, toutes les traductions latines nouvelles, toutes les soi-disant revisions d’après le grec et l’hébreu, étaient mises de côté, et le texte traditionnel, en d’autres termes la version de saint Jérôme, gardait ses droits acquis par un usage constant de dix ou onze siècles, Bien que l'intention des Pères,

scsi |véviééisis side

ssl |résrééises soie

en imposant la Vulgate comme texte officiel, ait été avant tout de mettre fin à la confusion qui venait de la variété des textes latins employés dans la prédication ou l’enseignement théologique, il n’y a pas le moindre doute qu’ils ont voulu en même temps lui donner une garantie de correction suffisante et de valeur intrinsèque td

Nous voiei maintenant arrivés à la dernière et à la plus importante des corrections du texte de saint Jérôme. En même temps qu’il déclarait la Vulgate le texte authentique de l’Eglise, le concile de Trente recommandait d'en faire une édition aussi correcte que possible, quam emendatissine imprimatur.. Aucune des éditions courantes ne pouvait prétendre à l'honneur de représenter fidèlement le texte traditionnel que le concile avait en vue. Un éditeur parisien, Robert Estienne, avait déjà, il est vrai, en 1528, fait une édition critique en coflationnant trois bons manuscrits. Après l'avoir réimprimée plusieurs fois il avait repris son oeuvre, en 1538,

(*) A s'en tenir à la lettre même du décret, expliquée par les actes et les opinions exprimées au cours de la discussion dans les sessions préparatoires, l'authenticité de la Vulonte dont il est ici question ne consisterait que dans son caractère officiel par comparaison avec les autres versions ou recensions privées, Les l'ères n'ont en effet jamais parlé d'autre chose, Cependant une pareille déclaration emportait nécessairement avec elle une approbation implicite et une garnntie de sa conformité au moins substantielle avec les textes originaux, 11 y avoit bien eu quelques théolo:giens qui auraient voulu aller plus loin et faire condamner les nutres versions et même les textes originaux. pour donner dans toute hypothèse la préférence au texte de la Vulgate, Mais une opinion aussi étrange n'avait évidemment avcune chance d'être acceptée. Il est déjà assez étonnant qu'elle se soit manifestée. Tonte étrange qu'elle soit, cette absurde conclusion n trouvé un écho dans les siècles suivants et elle a presque fe fortune. On la trouve exprimée par exemple dans Frévier, La Vulgate a: fthentique dans tout son terte, plus authentique que le teæte hébreu, que le terte grec qué nous restent, Rome, 1753. Les dispositions sévères prises par Sixte-Quint pour assurer l'uniformité absolue du t-xte officiel ont sans doute contribué à accentuer encore la portée exagérée que donnent nu décret ‘An concile de Trente certains théologiens hobitués à poursulvre Jeurs déductions sans tenir compte des circonstances et des faits.

— Ni —

en se servant cette fois de dix-sept manuscrits. Mais cette édition, quoique marquant un progrès, n’était pas jugée suffisante. Des recherches spéciales en vue d’une édition nouvelle furent immédiatement commencées, mais le conci'e se termina en 1563, avant que l'édition désirée fut prête ou même à la veille de l'être. Ce ne fut guère que 49 ans après le voeu émis par le concile, que, sous l'impulsion de Sixte-Quint, les travaux furent repris et poussés avec vigueur. Une commission de cardinaux et de consulteurs, sous la présidence du cardinal Carafa, fut instituée à cet effet. On fit venir des manuscrits latins: excellents des différentes bibliothèques de l'Italie et de l'étranger, et quand il était impossible d’avoir les manuscrits, on en fit prendre des collations. On eut la bonne fortune de consulter le meilleur de tous peut-être, l'Amiatinus, et de l'apprécier à sa valeur. Les meilleures éditions imprimées furent aussi mises à contribution. Enfin dans les cas douteux on eut recours au grec et à l’hébreu. Deux ans suffirent à parachever le travail qui fut présenté À Sixte-Quint au commencement de 159. La commission avait fait une oeuvre excellente (*), mais l'intervention personnelle de Sixte-Quint la rendit en partie inutile, Le Pontife revisa tout lui-même et prit sur lui de rejeter, malgré les représentations du cardinal Carafa, un grand nombre des corr2ctions proposées par la commission. Il semble que le texte de l'édition de Robert Estienne de 1538 n'a pas été étranger aux préférences de Sixte-Quint (**).

Le texte ainsi remanié fut publié par Nixte-Quint en 1590, avec une bulle qui l'imposait à toute l'Eglise avec défense d'y rien changer sons les peines les plus sévères. Mais l'oeuvre d'un homme, fut:il revêtu de l'autorité la

(*) Voir Hoepfl, Beitrage zur Geschichte der Sirto-Clementinischen Vulgata, Herder, 1913.

(*) Tel est du moins le sentiment de Wordsworth, pour ce qui regarde les Evangiles. Wordsworth, Nor. Tes., Oxonii, 1898, p. 722.

Lntn6h à bnééaenendid à ei test

stat Àitosaneesididicésterstebti

de

plus hante, ne saurait être durable quand elle est fondév sur l'arbitraire. Sixte-Quint mourut avant que sa bible se fut beaucoup répandne, et sa dépouille mortelle n’était pas encore rendue à sa dernière demeure que les cardinaux, dont il avait méprisé les sages avis, incapables de révoquer la bulle du pape, en empêchaient pratiquement l’exécution, en défendant la vente de la nouvelle bible. Grégoire XIV, le successeur de Sixte, s’empressa de faire reviser la bible sixtine, c'est-à-dire en somme de la débarrasser des malencontreuses corrections de Sixte-Quint. Le traveil fut rapidement terminé, mais l'impression du nouveau texte fut retardée jusqu'au pontificat suivant. (Clément VIII confia ce soin au Père Tolet, qui fit une dernière revision et surveilla l'imsression. La nouvelle bible parut avant la fin de l’année 1592. Le Père Hetzenauer y a relevé environ 4,900 variantes avec la bible sixtine. Pour ne pas paraître condamner trop ouvertement l'oeuvre de Sixte-Quint, qu’on n’avait pas hésit. * transformer totalement dans le secret, on laissa entendre ans la préface que tons ces changements avaient été prévus et voulus par Ini. Cette pieuse supercherie, louable sans doute dans l'intention, était parfaitement inutile pour ‘auvegarder l’antorité du Pontife, et la mémoire de Bellarmin aura éternellement à souffrir d’avoir sug. géré cet expédient à Clément VIIT.

L'édition clémentine de 1592, qui est celle dont nous noux servons encore, tout en n'étant pas parfaite, est cependant su. périeure à l'édition sixtine (*), et marque un progrès sur les éditions antérieures. 11 est facile de s'en rendre compte pour ce qui concerne les Evangiles, en consultant par exemple la liste des principales lecons des éditions imprimées qui ne sont

(*) On the whole we willingly admit that the Clementine text is critically an improvement upon the Sixtine. White H. J. nrt. Vulgate dans le Dictionary of the Bible de Hastings.

ES

pas supportées par les manuscrits hiéronymiens, telle que la donne Wordsworth à la fin de son édition des Evarsiles (*).

En imposant une édition ne varictur, Sixte-Quint et surtout Clément VIII n'avait u vue que de mettre un terme à la multiplicité des textes, et non pas d'empêcher les investigations critiques. Ce dernier résultat a été néanmoins la rançon de l’uniformité ainsi obtenue, A force de voir ce texte uniforme reproduit sans variantes(*), on en vint à oublier les réserves expresses faites dans la préface qui l'accompagne toujours et la légende d'une Vulgate absolument parfaite et intangible ue tarda pas à se créer. A tel point qu'un certain nombre des nôtres ont ern faire oeuvre critique, c'est-à-dire oeuvre de science et de vérité, en prenant le texte clémentin pour base de leurs éditions du texte grec du Nouveau Testament. C'est à peine si depuis Clément VIIT, c'est-à-dire depuis plus de trois cents ans, on peut citer deux ou trois savants qui se sont occupés de faire des recherches afin d'améliorer notre texte officiel Le Père Vercellone mérite particulièrement d'être mentionné (*). “ Par un paradoxe étrange les efforts qui ont été faits dans ces dernières années pour corriger la Vulgate, sont venus de savants en-dehors de la communion de l'Eglise Romaine. ” Ces paroles sont du Rév. H. J. White dans l’article cité plus haut. Il est done impossible de ne pas se réjouir de voir l'Eglise reprendre l'ocuvre interrompue et de ne pas souhaiter que la Commission bénédictine nous donne bientôt un travail digne des anciennes traditions en perfectionnant l'ocuvre des Cassiodore, des Alcuin et des Carafa.

(*) Wordsworth, Nor, Tes. Oxonii, 1898, p. 721.

() “C'est Ià un fait unique dans l'histoire du Nouveau Testament ”, dit le Père Durand. Le terte du Noureau Testament, Etudes, 5 mai 1911, pv. 325. Or pourrait en dire autant de l'Ancien.

(*) Variae lectiones Vulgatae latinae Bibliorum editionis, 2 vol. liomae 1860, 1864,

= dl

Regrettuble à bien des égards, l’absence complète de toute revision de notre texte officiel depuis Clément VIII a eu au moins cet avantage de nous permettre de faire maintenant cette revision sur des bases beaucoup plus solides et avec des garanties de succès qu'on n'avait jamais eues auparavant. Pendant cette longue période, il est vrai, on s’esttrop facilement contenté d’un texte qu'on avait an début reconnu imparfait. On a laissé perdre par ineurie de précieux manuscrits : nous le savons pour quelques-uns et nous avons bien le droit de le soupçonner pour plusieurs autres. On s’est habitué à faire peu de cas de la critique et même à la regarder avec défiance. Mais d’autre part, cette critique elle-même s’est élaborée et perfectionnée et elle a profité des progrès réalisés dans les sciences philologiques et historiques, dont la lumière rejaillit sur elle. Les documents ont été explorés et peu à peu recucillis dans les grandes bibliothèques où ils sont d’un accès facile à tous. Les plus importants ont été étudiés dans des monographies sptciales qui rendent les travaux d'ensemble plus faciles et plus sûrs. Le nombre de ceux qu’intéressent ces travaux et qui peuvent y apporter un utile concours s’est considérablement accru. En nn mot nous sommes dans des conditions beaucoup plus favorables que tous nos devanciers. Nous avons à notre disposition des ressources et des instruments de travail qni leur ont en grande partie manqué. Et même s'ils avaient eu ces moyens, ils n'auraient pu faire une oeuvre définitive, et il faudrait encore la recommencer après eux. Car ce n’est pour ainsi dire que dequis quelques années seulement que la critique est en pleine possession de sa méthode (°°).

(*) Les méthodes de lu critique biblique moderne que nous jugeons absolument indispensables, et qui sont somme toute très simples, n'ont pas été découvertes du premier coup, Elles ont été, comme toutes les lois scientifiques, péniblement dégagées par l'observation de la masse des faits. Elles se sont lentement élaborées au cours des recherches qui ont

— di —

Quoique la lumière reste encore à faire sur bien des points de l’histoire de la Vulgate, l'étude des documents est cependant assez avancée pour tenter avec toutes les chances de succès une grande oeuvre de reconstruction d'après les méthodes de la critique moderne. Le moment est donc venx, nous avons eu l’occasion de dire que nous sommes déjà un peu en retard, de reprendre les travaux de correction à la pierre d'attente laissée par Clément VIII et de faire un nouvel effort pour nous donrer cette édition emendatissima qu'avait demandée le concile de Trente. Au surplus, on ne se bornera pas à perfectionner l'oeuvre des anciens. Tout en rendant hommage à leur mérite, il faut bien reconnaître que leurs méthodes étaient imparfaites, et on ne se propose rien moins que de tout recommencer à neuf, comme si rien n'avait jamais été fait, et de tout refaire avec les ressources, les précisions et les exigences de la science et de l’érudition modernes,

été faites depuis le XVITe siècle sur le texte grec du Nouveau Testament, et nous devons en toute justice reconnaître que nous en sommes principalement, pour ne pas dire uniquement, redevables aux efforts des protestants, Au XVIle siècle, la critiqne textuelle biblique était tombée dans le discrédit et dans le plus complet abandon. Fidèles aux prescriptions de la bulle de Sixte-Quint, les catholiques s’en tenaient au texte de la Vulgate, et s'interdisaient toutes recherches critiques. Les protestants de leur côté accordaient une confiance aveugle, avec beaucoup moins de raison semble-t-il, au ferte reçu (texte de l'édition Elzévir de 1633). Ce texte, qui est essentiellement celui d'Erasme, a été “ établi en dehors de tout principe scientifique ”, et il n’a pas d’antre mérite que celui “d'avoir été réimprimé pendant trois cents ans sans modification ” (Cambriduc Biblical Essays, 1909, p. 513). Il a été répandu à profusion par les s0ciétés bibliques protestantes. (C'est au fond celui qui est à la base des innombrables éditions de l'Authorized Version (1611), qui est comme une espèce de vulgate protestante anglaise et dont on n'a revisé le texte qu'en 1881, Grâce à la propagande protestante, le terte reçu était parvenu à s'imposer À la vénération des catholiques. Et telle est la tyrannie d'une habitude ancienne, surtout quand elle touche à des choses saintes, qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des cheveux blanes pour se rappeler le temps où on n'osait pas, dans les séminaires, par exemple, préférer les éditions critiques à ce texte receptus, mais en réalité, comme on l'a dit, non reotpéendus.

jéd bite

Mbibbié hote reste ÉlSE tn | oise Gééééé

sbisiiel

aatr to br on | coms cac moa en

C’est à l’ordre bénédictin que le Saint-Siège a confié le redoutable honneur de mener à bonne fin cette colcssale entreprise. Pour une oeuvre de cette importance qui de: ra nécessairement durer plusieurs années et qui exigera le concours d’un grand nombre de travailleurs expérimentés, le Souverain Pontife, qui avait peut-être en mémoire le peu de succès des commissions du XVIe siècle, a jugé qu’il fallait renoncer au vierx procédé d’une commission de cardinaux et de consulteurs, la plupart du temps surchargés d’autres affaires. Il a cru, et personne ne songera à l’en blâmer, qu’il valait mieux s'adresser à des techniciens, à des hommes du métier, et leur laisser la plus grande liberté d’action. En la confiant à une grande famille religieuse, dont les membres sont habitués à agir de concert et où un confrère plus jeune, formé à la même école, est toujours prêt à recueillir la plume que la main défaillante d’un ainé laisse tomber, il était assuré que le travail ne chômerait pas et qu’il serait fait avec unité de méthode et esprit de suite, conditions indispensables de succès dans une oeuvre de cette nature.

Le premier qui donna l'éveil à ja critique fut l’anglican Walton, qui imprima dans le cinquième volume de sa polyglotte, en 1657, un certain nombre de variantes tirées d’un manuscrit très ancien, l'Aleæandrinus. Au commencement d'u siècle suivant, en 1707, John Mill publia au grand émoi du public protestant une édition accompagnée de trente mille variantes, tirées de quatre-vingts manuscrits. Il n'en fallait pas davantage pour ébranler la confiance dans le terte reçu et pour fuire naître des doutes sur sa valeur. Devant une telle accumulation de variantes, il fallait bien reconnaître que le texte était incertain sur bien des points, mais on ne voyait pas encore par quelle méthode on pourrait démêler les lecons anciennes et véritables des corruptions postérieures. Bentley proposa comme critère général l'accord des anciens manuscrits grecs avec la Vutgate latine. Mais il ne fut pas suivi, et ce sont en réalité trois Allemands, Rengel, Semier et Griesbach, qui ont fondé les méthodes, dont nous nous servons aujourd’hui, Jusque-là, on accordait en général lu préférence aux variantes qui avaient pour elles le plus grand nombre de manuscrits. Bengel suggéra le premier l'idée, déjà entrevue par Bentley, de classer len inanuscrits en famille et de juger de leur valeur par leur généalogie. Cependant personne n'osait encore s'affranchir du teæte reçu. Ce fut Lachman

UT

Aucun ordre religieux n’était plus désigné que celui de saint Benoît à la confiance du Saint-Siège. Célèbres de tous temps par leur amour de la science, maîtres incontestés et presque les seuls représentants des sciences paléographiques et critiques, il y a deux siècles, les fils d saint Benoît conservent toujours le secret en même temps que le goût de ces patientes et laborieuses études. Ils sont encore aujourd’hui d’inlassables fouilleurs de bibliothèques. Il n’y a pas de figure plus familière, dans les salles de travail des grandes bibliothèques, que celle d’un bénédictin absorbé dans la lecture de quelque précieux manuscrit. Au moyen de leurs monastères répandus dans toute l'Europe, ils peuvent employer tout un essaim de travailleurs et faire faire simultanément des recherches partout où il y a quelque chose à butiner. L’attention de nombreux confrères. parmi lesquels il y a tant de savants distingués, appliqués déjà à des travaux qui embrassent toute l’histoire de l’Eglise, est stimulée et tenue en éveil, et ils pourront à l’occasion apporter à l'oeuvre commune le concours de leurs lumières, ainsi que des observations et des déconvertes qu’ils peuvent faire au cours de leurs propres

qui, en 1931, eut le premier cette audace et donna une édition basée uniquement sur le témoignage des anciens manuscrits. C'était assurément une heureuse innovation, mais il restait encore un pas à faire. En effet. bien que les manuscrits anciens aient la présomption en leur faveur, il n'en est pas moins hors de doute qu’un texte plus ancien, une lecon plus ancienne peuvent se rencontrer dans un manuscrit relativement récent. I faut donc attacher moins d'importance à l'aspect extérieur et à l’ancienneté du manuscrit qu'au type de texte qu'il contient, ce qu'on ne peut faire d'une manière vraiment sérieuse sans une connaissance aussi complète que possible de l’histoire des textes. Ce pas décisif et final a été fait dans là seconde moitié du XIXe siècle. C'est cette méthode historico-critique qu'on appliquera à la Vuigate. Les grands noms de la critique à notre époque sont Tischendorf (1872), Tregeiles (1872), Westcott et Hort (1881), von Soden (1913), enfin Gregory dont l'édition n'est pas encore publiée. La part prise par les catholiques à ces recherches est trop modeste, c'est À peine si nous pouvons citer le nom de Hug, ainsi que ceux de Scholz et de Martin, dont le sens critique n'égalait pas l'érudition.

ut: ss

ee.

recherches. On ne pouvait donc remettre en de meilleures mains le soin de restaurer le texte de notre Vulgate.

Au mois de mai 1907, les supérieurs des différentes conyrégations bénédictines, réunis à Rome en chapitre général, reçurent du cardinal Rampolla une lettre dans laquelle on leur faisait part du désir du Saint-Siège. Sans se dissimuler aucunement les difficultés et les responsabilités de la mission qawon voulait leur confier, ils l'acceptèrent sans hésiter, et même, peut-on dire, avec enthousiasme. Une commission de religieux fut immédiatement formée, ayant à sa tête le président de la congrégation anglaise, le révérendissime abbé Gasquet, aujourd’hui le cardinal Gasquet (*). Le siège de la Commission fut fixé à Rome. Jusqu'à cette année, on avait pu se contenter de l'hospitalité du magnifique collège de Saint-Anseln o, sur le mont Aventin, où la Commission occupait une charmante petite pièce donnant sur un coin riant de la campagne romaine. Mais vu le nombre toujours crois-

(*”) Le cardinal Gasquet s'est surtout fait connaître par ses travaux sur les monastères anglais et sur la Réforme : Æenry VIII and the Enalish monasteries, 1888-1889, Edicard VI and the book of common prayer, 1890. T'he great pestilence, 1893. The last abbhat of Glastonbury, 1895. À *keteh of monastie constitutional history, 1896. The eve of Reformation, 1900. Mais ses recherches devaient l’amener nécessairement à étadier l'activité des moines anglais dans le domaine biblique, ce qu'il fit dans les publications suivantes : The old English Bible and other essays, 1397. English biblical criticism în the XIIL century, dans la Dublin Rericw, 1898, p. 1-21. Le docte hénédictin se préparait ainsi sans le savoir à continuer sur un théâtre beaucoup plus vaste les traditions de ses compatriotes. Sa nomination à la présidence de la Commission est un hommage discret aux services séculaires rendus par les moines saxons à la critique biblique. C'est reconnaître en même temps les qualités précieuses qui distinguent la critique textuelle anglaise: précision, méthode, esprit positif également éloigné de l’arhitraire et äu système. Depuis sa nomination, le cardinal Gasquet, a entièrement renoncé à ses études favorites pour se consacrer exclusivement aux devoirs de sa nouvelle fonction. Non seulement, il a organisé les travaux et dirigé les recherches, mais il a largement payé de sa personne, en s'imposant, comme le dernier des membres, le travail ingrat et fastidieux de la collation des manuscrits. Le Saint-Siège vient de reconnaître son mérite en l'élevant au cardinalat.

sant des documents de toutes sortes accumulés par les travailleurs, il a fallu chercher un local plus vaste, et la Commission a émigré récemment au palais San Callisto, près de Santa Maria in Trastevere.

La Commission à commencé immédiatement ses travaux. Ceux qui s’étonneraient que la révision ne soit pas encore terminée après sept ans, quand deux années suffirent aux correcteurs de Sixte-Quint et dix-neuf jours à la commission de Grégoire XIV, ne se rendent pas compte de la somme prodigieuse de travail que suppose l'édition critique, faite d’après les méthodes modernes, d'un texte de quinze cents pages. aussi souvent recopié que l'a été la Vulgate. Qu'on songe qu’il faudra comparer dans les moindres détails, ou au moins examiner, plus de huit mille manuscrits, dispersés sur tous les points de l'Europe. Au XVIe siècle, on avait pu se contenter de collationner les meilleurs, mais la science moderne est plus exigente. Elle ne permet de négliger aucune source d'information, aucun moyen de contrôle.

Nous savons d’ailleurs que la Commission est loin d’être restée inactive. Elle a publié deux rapports, l’un en 1909 et l’autre en 1911, où nous sommes parfaitement renseignés sur le progrès des travaux. On y a même joint la liste des souscripteurs qui ont contribué à défrayer les dépenses de la Commission, ce qui est une chose inouie à Rome, et montre

Ses collaborateurs ordinaires sont au nombre d’une quinzaine. Il y a parmi eux d'excellents ouvriers. Il suffira d'en indiquer quelques-uns parmi les plus connus : Dom Henri Quentin, l’auteur d'une étude remarquabdle sur Lex Martyrologes historiques au Moyen-Age : la Commission doit en grande partie à son esprit clair et lucide la méthode pratique adoptée pour recueillir et classer les variantes; Dom Donatien de Bruyne, bien connu des lecteurs de la Revue Bénédictine; Dom Henri Cottineau, travailleur infatigable, dont on ne sait ce qu'il faut le plus admirer ou de l'ordre parfait avec lequel il sait disposer et utiliser les collations qui lui sont adressées de tous les points de l'Europe, ou de la bonne grâce avec laquelle it en fait les honneurs.

ess si

Gsateh dans ehte ot Fisss 44h dr tb

tt —

bien l’influence d’un anglais à la présidence (‘'). Le cardinal Gasquet lui-même a donné des détails intéressants dans un article de le Catholic Encyclopedia (*).

La première chose dont on a dû s'occuper a été de faire l'inventaire de tous les documents à utiliser. Car il n’existe pas encore de catalogue complet des manuscrits de la Vulgate. Ce n’est pas là un mince travail puisqu'il ne s’agit pas seulement d'enregistrer tous les manuscrits connus, qui sont au nombre d'environ huit mille, et d'indiquer l'endroit où ils se trouvent, mais il fant que chacun soit minutieusement dé crit et même sommairement étudié afin qu'on puisse le classer et juger de sa valear. Or pour un bon nombre de ces manuscrits tout reste à faire. L’exploration méthodique de tous les dépôts de livres, entreprise pour la confection de ce catalogue, devait amener quelques découvertes. Cependant on n’en a pas fait, au moins à ma connaissance, de sensationnelles, ni même de bien considérables. Le catalogue, dont la rédaction a été confiée à Dom Quentin, sera publié plus tard (*).

Il n’était pas nécessaire d’attendre que le catalogue fut terminé pour commencer à recueillir les variantes des manuscrits déjà connus, qui sont du reste les plus importants.

(*) Les collaborateurs ne reçoivent aucune rétribution mais les frais entraînés par les recherches; voyages, impressions, photographies de documents, achats de livres, etc., sont nécessairement considérables. En 1911, la Commission avait recueilli plus de 15,000 piastres. L'année dernière, le cardinal Gasquet lui-même est venu en Amérique donner des conférences sur son oeuvre et faire un appel à la générosité des catholiques. Empêché par là fatigue et la maladie de venir à Montréal comme il] l'avait projeté, il s'est fait remplacer par son secrétaire et dévoué compagnon de voyage, Dom Philip Langdon. Dom Langdon a donné ici deux eonférences fort intéressantes, l'une au Grand Séminaire, le 14 novembre, et l’autre, le lendemain soir, à la Salle Mance, Les Chevaliers de Colomb, qui s'étaient chargés de le recevoir, lui ont fait un cadeau de 1000 piastres, et d'autres dons aussi généreux ont témoigné tout l'intérêt qu'on sait prendre à Montréal à cette grande oeuvre.

(*) Vuigate (Revision of), t. 15, pp. 515-520.

(*) Le voeu d’un infatigable catalogueur, Caspar René Gregory, sera alors comblé. Cf. C. R. Gregory, Teætkritik des Neuen Testaments, Leipzig, 1909, p. 1343.

Dans ces travaux de critique, il va sans dire que ce qui intéresse, ce sont uniquement les variantes, car là où tous les manuscrits sont d'accord, il n’y a rien à corriger et on a toutes les raisons de croire qu'on est en présence du texte primitif. Quelle mét'ode convenait-il d'adopter pour réuuir et grouper les variantes des manuscrits ? Après quelques tâätonnements inévitables au début, on résolut de faire l’opération en deux mouvements. On commencerait d'abord par extraire de chaque manuscrit toutes les variantes par rapport à un texte donné et le même pour tous, en les notant soigneusement sur une feuille à part : c'est ce qu’on appelle en faire la collation. Et puis, lorsque toutes les collations auraient été faites et réunies à Rome, on les reporterait sur un grand registre où vlles se classeraient d’elles-mêmes.

Pour faciliter le travail des collations et les faire faire sur un plan uniforme, on n’a pas reculé devant la dépense considérable de l'impression d’un exemplaire spécial de la bible clémentine. Le texte de cette bible est imprimé sans indication de chapitres ou de versets, sans majuscules et sans ponctuation, et il n’occupe qu'un tiers de la page, le reste étant laissé en blanc pour l'inscription des variantes. Pour faire la collation d’un manuscrit, on n’a qu’à corriger ce texte À la manière des épreuves d'imprimerie en notant en marge les variantes. Un exemple en dira plus long que toutes les explications.

Lev. 24, 1-2.

[XXIV] ‘ et locutus

est dominus ad moysen (est add. 24 manu) dicens * praecipe filiis er

israel ut gdfferant tibi o|

oleum de oliuis

purissimum ac lucidum issim

ad concinnandas d

lucernas iugiter ‘extra

Fragment d'une page de collation.-

HR ee

Cette disposition met les variantes en relief et permet de les saisir au premier coup d’oeil.

Il n’a pas fallu moins d’une année entière pour imprimer cette bible, qui a près de cinq mille pages et dont les épreuves durent être corrigées avec le plus grand soin. Aussitôt qu’elle a été prête elle a été distribuée aux collaborateurs, qui se sont mis à l’oeuvre. En 1911, 65 volumes de collations diverses étaient terminés et alignés sur les rayons de la bibliothèque de la Commission à Rome. Depuis lors le nombre doit en avoir été considérablement accru.

Mais hélas, on n’a pas tardé à s’apercevoir que les copistes modernes ne sont pas plus infaillibles que les anciens, et que les collations faites avec le plus grand soin, contenaient un trop grand nombre de nouvelles variantes propres uniquement à égarer le jugement des correcteurs. Comme le succès définitif dépend dans une large mesure de la précision apportée à relever les variantes, on décida d’avoir recours à un procédé coûteux mais qui a l’avantage d’être tout à la fois plus expéditif et d’une absolue précision, je veux dire la photographie. La Commission a fait fabriquer dans ce dessein un appareil spécial qui permet de photographier les plus grands manuscrits à leur grandeur naturelle. Afin de simplifier les manipulations, l’image est redressée par un prisme et reproduite directement sur le papier. Sans doute l’image reste blanche sur un fond noir, mais cela est sans inconvénients pour un manuscrit. Ces photographies sont ensuite montées page par page sur toile et reliées. Ici plus d'erreurs possibles, c’est la copie parfaite de l’original. Par un surcroît de précautions qui semblent bien superflues dans la plupart des cas, on compare encore les photographies avec le manuscrit lui-même et on note en marge les particularités que l’appareil est impuissant à enregistrer, différence dans la conleur de l’encre, grattages, et autres détails semblables (*}). Lors

{“} Le lecteur s'étonnera peut-être de ce luxe de soins donnés à des

EU Ve

de la publication du dernier rapport, la collection des manuscrits ainsi photographiés se composait de 66 volumes. La Commission se propose de faire photographier tous les mauuscrits antérieurs au Xe siècle et les manuscrits postérieurs les plus importants. La réunion de ces documents constitucra une collection absolument unique et extrêmement prévieuse.

La deuxième étape du travail consistera à grouper et à “lasser les variantes. On se servira pour cela d’un immense régistre à colonnes. On colle sur une page à gauche le texte type imprimé et on inscrit en regard les variantes de chaque manuserit dans la colonne qui Ini est réservée,“ Un essai a été fait cette année (1911) à Saint-Anselme sur un livre de l'Ancien Testament, l'Exode, pour grouper les variantes d’une trentaine de manuscrits dont la moitié a été reportée dans les colonnes. Cet essai à fourni à ceux qui s'occupent de cette partie du travail, le moyen de réunir en familles quelques-uns de ces manuserits ; il a servi aussi à montrer combien il sera nécessaire d'en consulter un plus grand nombre avant de pouvoir établir le texte avec certitude ” (#5).

On continue à faire faire la collation des manuscrits pho. tographiés, mais, pour ma part, je suis convaincu qu'on renoncera à ce procédé qui semble bien inutile et superflu, quand on peut utiliser directement les photographies pour le report dans les colonnes. En faisant ce travail de report À plusieurs, chacun dictant les variantes d’un ou deux manuscrits à un secrétaire commun, on pourrait le faire avec toute la précision et la rapidité désirables. On éliminerait ninai

‘détails qui sont après tout très secondaires, Mais en fait de critique textuelle, les plus légers indices peuvent être révélateurs et mettre sur la piste de découvertes importantes. D'ailleurs c'est À bon droit que les méthodes modernes imposent ces exigences, car la science comme la nature ne livre ses secrets qu'aux observateurs attentifs et minutieux.

(*) Second rapport de la Commission, 1911, p. 9.

a sad dt pitt scie an

Page 1