‹ La révision du procès Dreyfus: faits et documents juridiquesChapitre 21 sur 22 · APPEL AUX RÉPUBLICAINS LIBÉRAUX · texte numérisé non relu

APPEL AUX RÉPUBLICAINS LIBÉRAUX

des républiques espagnoles. Plus d'un parmi vous aurait été condamné, au nom de « l'honneur de l'armée » et la France eût été livrée dans le silence à l'homme au cheval noir.

Si Boulanger est mort, le péril n'est pas conjuré. Vous voyez aujourd'hui s'agiter autour de la question Dreyfus les mêmes hommes.

Quand le chef de cabinet du chef de l'état-major est à la recherche d'un défenseur, à qui va-t-il s'adresser ? à l'homme du boulangisme, à M. Henri Rochefort. Quel est l'autre organe officiel de ceux qui veulent supprimer la question Dreyfus? C'est la Lîhre Parole^ qui avait pour président de son conseil d'administration M. Odelin, fidéi-commissaire des jésuites, et qui a pour rédacteur en chef M. Drumont, l'homme malfaisant qui a introduit en France la politique de haine qui s'appelle l'antisémitisme.

A ces deux là, ajoutez quelques journalistes, la plupart frappés de tares notoires ; et voilà les défenseurs de l'honneur de l'armée qui, si Tordre du jour de M. de Mun arrivait à la pratique, auraient seuls qualité pour parler en France, tandis que nous, nous serions réduits au silence !

Y en a-t-il un seul, parmi vous, républicains libéraux, qui puissiez comprendre la liberté de cette manière ? Et cependant voilà à quelles conséquences aboutirait l'ordre du jour du 13 janvier.

Vous ne pouvez pas vous engager dans une pareille voie : il faut que vous choisissiez. Aujourd'hui l'indifférence n'est permise à personne. Vous ne pouvez pas vous désintéresser de la question. Il fut commode à Ponce Pilate de se laver les mains du meurtre de Jésus ; mais des hommes politiques ne peuvent imiter cette indifférence.

Il y a un fait évident :

— Ou Dreyfus n'a été condamné que sur le bordereau et l'acte d'accusation ; et alors il a été condamné sans preuves.

— Ou Dreyfus a été condamné sur une pièce secrète non versée à la procédure; et alors sa condamnation est illégale !

Vous, républicains libéraux, quelle doit être votre première préoccupation, sinon l'administration d'une bonne justice, le respect de la loi l

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De quel droit, avec quelle autorité, pouvez-vona imposer le respect de la loi aux anarchistes, à tous le» partisans de la révolution sociale, s'ils peuvent vous répondre :

(( Par raison d'Etat, pour les convenances d'un certain nombre de chefs militaires, vous avez montré votre mépris de la loi : vous avez tenu pour bon un jugement illégal : vous avez employé toutes vos forces pour en maintenir les effets, alors que vous ne pouviez plus avoir de doute sur son caractère ; de quel droit exigeriez-vous donc de nous le respect delà loi ? »

Vous auriez tort de dédaigner une pareille riposte ; car les partis ne sont forts que par leur logique : ils périssent par leurs inconséquences.

C'est pourquoi, vous qui ne pouvez avoirde force que par 1(3 respect (le la justice, vous devez vous dégager de toute coin])licité av(3c la violation de la loi commise : vous ne devez pas vous laisser arracher une révision qui s'impose.

— Admettez- vous qu'il puisse y avoir en France des pouvoirs publics qui aient le droit de mépriser la loi ?

Quels sont donc ceux d'entre vous, législateurs, qui oseriez répondre : — Oui !

Et c'est cependant la réponse logique que vous devrez faire, si vous ne prenez vous-mêmes, si le gouvernement que vous soutenez ne prend pas l'initiative de la revision du procès Dreyfus.

YVEH GUYOT.

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