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DE L'ACTE D'ACCUSATION

La Libre Parole^ journal de M. Drumont. qui avait et a peut-être encore pour président de son conseil d'administration M. Odelin, qui a la signature des Jésuites pour leur collège de la rue des Postes, déclare qu'elle se garde bien de se « plaindre de la publication » de l'acte d'accusation, mais elle se garde bien d'en reproduire autre chose que l'extrait concernant M. Gobert et les ridicules histoires féminines du capitrine Dreyfus.

h' Inlransigeanû prétend que je viens de a jouer un bien mauvais tour à mes amis » en publiant l'acte d'accusation contre le capitaine Dreyfus. Mais, si le tour est si mauvais, pourquoi V Intransiçieant^ dont le directeur avait reçu la visite de M. Pauffin de Saint-Morel, ne le reproduit-il pas ?

La Patrie^ de M. Millevoye, l'homme des papiers Norton, le Jour^ dont les injures ne comptent pas, tous les journaux engagés dans ces obscures manœuvres qui ont pour but évident d'empêcher la justice de fonctionner avec régularité et sincérité, se gardent

(1) Le Siècle du 9 janvier. J'y ai ajouté, § XII, le démenti du Strassburger Post paru le 10 janvier.

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bien de le reproduire ou de Tanalyser impartialement.

Le Temp5 l'a publié vendredi soir textuellement en même temps qu'il publiait Téloquente lettre de M. Trarieux.

Je comprends que les hommes impartiaux le reproduisent : j^ comprends que les hommes qui, depuis dix ans, essaient de ressusciter les haines de race et de religion ; qui font de la démagogie, comme les prédicateurs de la Ligue du xvie siècle, et qui tâchent d'entraîner les foules vers un retour au césarisme, qu'ils avaient incarné dans Boulanger, continuent d'entasser mensonges invraisemblables sur mensonges invraisemblables, pièces fausses sur pièces fausses, calomnies sur calomnies, injures sur injures, et à se garder de publier un document probant, comme l'acte d'accusation.

Sa publication les gênerait singulièrement pour la campagne qu'ils font pour réclamer le huis clos du conseil de guerre qui se réunira lundi prochain ; et tous ceux qui ont lu le bordereau, publié le 10 novembre 1896 par le Matin^ l'acte d'accusation, publié hier par le Siècle^ se demandent : — pourquoi donc le conseil de guerre de 1894 a-t-il déclaré le huis clos, avant même la lecture de l'acte d'accusation, sans vouloir recevoir les conclusions de Me Démange ?

En quoi la publication du bordereau a-t-elle compromis la sécurité nationale ? ceux qui l'ont communiqué au Matin dans l'espoir d'apporter une preuve décisive de la culpabilité de Dreyfus n'ont pas cru qu'il eût la moindre importance : et ils ont eu raison.

En quoi la publicité de l'acte d'accusation pouvaitelle exiger le huis clos? des réflexions sur les experts en écriture qui prouvent que l'accusation n'admettait pour bonnes que les expertises qui étaient conformes a sa manière de voir, ce qui est une singulière manière de rechercher la justice et la vérité ; des racontars grotesques sur quelques aventures galantes que le capitaine Dreyfus aurait eues ; une insinuation qu'il pouvait bien être joueur parce qu'il avait avoué qu'il avait été invité un jour à dîner au Cercle de la presse.

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Et quelles sont les autres charges? Le rapporteur ne peut indiquer comment le bordereau, cette pièce non signée, non datée,est tombée en la possession du ministre de la guerre. Par conséquent, Tacte d'accusation n'est pas compromettant à ce point de vue : mais on se demande si, dans ce cas, il ne manque pas un élément indispensable à la preuve et on s'étonne que des poursuites aient été engagées sur une pièce à origine mystérieuse qui aurait pu être fabriquée n'importe où. Il y a à la base de l'accusation un premier élément de preuves qui fait défaut.

Ensuite, que dit M. du Paty de Clam, officier de police délégué? il déclare que l'examen du bordereau, dont Torigne est inconnue, « permet d'établir que c'était un officier qui était l'auteur et de la lettre missive incriminée et de l'envoi des documents qui l'accompagnaient, de plus, que cet officier devait appaii;enir à l'artillerie, trois des notes ou documents envoyés concernant cette arme ».

Cette conclusion ne s'impose pas. Parce que « trois des notes ou documents envoyés concernent l'artillerie », il n'en résulte pas forcément que l'auteur du bordereau dût appartenir à rartillerie.

Or, depuis, on a appris que ces documents étaient complètement insignifiants pour un officier d'artillerie ; que le Mamcel de tir avait été distribué dès mars 1894; que de simples sous-lieutenants de réserve l'avaient reçu pendant la durée des écoles à feu ; que le frein hydraulique était si bien connu que la description en avait été publiét.

Ni M. du Paty de Clam, ni M. d'Ormescheville n'ont pris soin d'examiner le bordereau à ce point de vue. — Il y est question d'artillerie : donc ce bordereau a été rédigé par un artilleur.

Ce raisonnement est simpliste, mais montre un défaut de méthode qui le rend peu probant. Il ra'arrive tous les jours de parler de denrées coloniales : MM. du Paty de Clam et d'Ormescheville en concluraient que je suis épicier : ils se tromperaient.

Ces deux rapporteurs avaient leur conviction faite sur ce simple indice : cette pièce parle d'artillerie, donc elle émane d'un artilleur.

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Ils ont cherché et trouvé immédiatement le capitaine Dreyfus, attaché à l'état-major : et ces hommes de guerre n'ont plus eu de foi que dans les experts en écriture.

Ils s'adressent à M. Gobert, expert de la Banque de France. Mais M. Gobert répond : « La lettre missive incriminée pourrait être d'une personne autre que la personne soupçonnée. » Le rapport conclut : « La manière d'agir de M. Gobert ayant inspiré une certaine méfiance... «et aussitôt on s'adresse à M. Bertillon, qui n'était pas expert en écriture, mais le chef du service anthropométrique à la préfecture de police. Les pièces sont remises le 13 octobre au soir : aussitôt, M. Bertillon répond : « Si Ton écarte l'hypothèse d'un document forgé avec le plus grand soin, il appert manifestement que c'est la même personne qui a écrit la lettre et les pièces communiquées. » Et le rapport ajoute : « En exécution de l'ordre de M. le ministre de la guerre en date du 14 octobre 1894, M. le commandant du Paty de Clam procéda à l'arrestation du capitaine Dreyfus. »

Ainsi, le capitaine Dreyfus a été arrêté parce que l'expert en écritures près la Banque de France, après un examen de plusieurs jours, avait conclu que les écritures n'étaient pas de la même main et que M. Bertillon, qui n'était pas expert en écritures, avait conclu après un examen instantané, en faisant toutefois ses réserves, à Tidentité des écritures î

M. Bertillon est appelé dans le rapport : chef du service d'identification. Il identifie, il ne peut pas faire autrement.

Voilà donc sur quelles charges M. du Paty de Clam conclut à la culpabilité de Dreyfus et le fait arrêter. Il n'y a pas un homme sincère qui ne qualifie un tel acte de légèreté ou de passion haineuse.

Il est vrai que le rapport raconte que M. du Paty de Clam fit auparavant une expérience. Il aurait dicté au

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capitaine Dreyfus le bordereau; à la quatrième ligne, celui-ci se serait mis à trembler. « Or, la température était bonne dans les bureaux du ministère ». Ce fait acheva de convaincre M. du Paty de Clam qui procéda aussitôt à l'arrestation.

Le fait fût-il vrai qu'il ne paraîtrait pas avoir une grande valeur; mais, d'après nos renseignements, il est taux.

Les plus graves accusations reposent sur les allégations que, (( pendant les deux années qu'il a passées comme stagiaire àl'état-major de l'armée, le capitaine Dreyfus s'est fait remarquer par une attitude des plus indiscrètes. » Il a « fait souvent son service à des heures en dehors des heures prévues par le règlement, soit en demandant l'autorisation à ses chefs, soit en ne la demandant pas ». Il s'était surtout « attaché à l'étude des dossiers de la mobilisation, à ce point qu'en quittant ce bureau i! possédait tout le mystère de la concentration sur le réseau de l'Est en temps de guerre ».

Evidemment, c'est là un crime pour un officier d'état-major. D'après cette théorie un officier d'étatmajor ne doit pas avoir une « curiosité indiscrète » ; il doit se borner au « service courant » ; il ne doit pas essayer surtout de pénétrer « le mystère de la concentration » î

Les simples civils croyaient que les officiers d'étatmajor devaient être aussi complètement renseignés que possible sur toute notre organisation militaire et le parti qu'on peut en tirer en temps de guerre. Ce n'est pas l'opinion de M. d'Ormescheville.

Voilà toute la première partie de l'accusation.

Dans la seconde partie, M. d'Ormescheville parle des experts en écriture. D'abord, il cite sa propre autorité. Il ne peut se prononcer toutefois sur la signature. Car, « en ce qui concerne la signature, elle manque,

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Sarce qu'elle devait manquer ! » M. le colonel Fabre, [. le lieutenant-colonel d'Aboville, font aussi fonction d'experts, quoique non professionnels.

Puis revient un long passage sur M. Gobert qui, expert près de la Banque de France, ne mérite que soupçon, puisqu'il a conclu dans un sens autre que celui que voulait M. du Paty de Clam. « M. Gobert a demandé le nom de la personne incriminée. A quels mobiles a-t-il obéi?... » demande M. d'Ormescheville. Mais, alors, comment M. d'Ormescheville apprécie-t-il les considérations auxquelles vient de se livrer M. Bertillon dans des articles de la Reçue scientifique où il pose en principe : « nécessité pour l'expert de connaître exactement tous les faits qui ont pu motiver ou accompagner la confection de l'écrit soumis à son examen ».

Parmi ces faits, se trouve probablement le nom. M. Bertillon et les autres experts connaissaient à coup sûr le nom du capitaine Dreyfus, quand ils ont déposé devant le conseil de guerre. Les trois experts qui ont déposé dans l'instruction du commandant Havary n'ignorent ni le nom d'Esterhazy, ni celui de Dreyfus^ ni l'opinion exprimée par M. Pauffin de Saint-Morel, venant de la part de ses chefs, auprès de M. Henri Rochefort.

Un autre expert, M. Pelletier, s'est prononcé dans le même sens que M. Gobert. Mais l'autorité de M. Pelletier est écartée par M. d'Ormescheville parce qu'il n'est pas revenu chercher auprès de M. Bertillon « certaines pelures dont la photographie n'était pas terminée ». L'homme infaillible pour le rapporteur est M. Bertillon parce qu'il a dit avec une superbe assurance : « La preuve est faite, péremptoire. »

Un jour, M. Bertillon vint me trouver, me déclarant qu'il considérait Dreyfus comme coupable, mais qu'il tenait à m'expliquer pourquoi. Je lui répondis :

— Ne me dites pas de secrets, parce que je ne veux pas m' engager à conserver des secrets qui me gêne-

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raient. Si vous voulez me parler simplement de la méthode que vous avez suivie, je vous écoute.

— Oui, je ne vous parlerai que de cela.

— Bien.

— Vous savez, me dit-il, qu'il y a deux sortes d'écriture ; l'écriture senestrogyre et l'écriture deœtrogyre .

— Je vous avoue que ma science ne va pas jusquelà. Veuillez m'expliquer leurs différences.

— Eh bien l'écriture (c dextrogyre » est celle dont les ouvertures, les lettres sont dirigées à droite, l'écriture <( senestrogyre », c'est le contraire.

Il me donna quelques exemples, et j'eus la satisfaction d'apprendre que, dans ma signature, mon G était dextrogyre.

— Eh bien l lui dis-je, l'écriture de Dreyfus ?

— Etait dextrogyre.

— Et le bordereau ?

— Très souvent senestrogyre.

— Alors ?

— Comme Dreyfus était un homme très intelligent, j'ai conclu qu'il avait changé son écriture dextrog3rre en écriture senestrogyre pour la dissimuler.

— Alors, ce n'est pas sur une identité d'écritures, mais sur des dissemblances d'écritures que vous avez conclu ?

— Oui, parce que j'ai reconnu qu'il y avait des contractions dans les lettres senestrogyres qui indiquaient qu'au lieu d'être spontanées elles étaient voulues !

— Et c'est là votre preuve ! C'est là-dessus que vous avez établi une certitude?

M. Bertillon me répondit alors :

— Ah ! pardon, ce n'est pas moi qui ai fait l'instruction. Moi je n'ai été qu'un expert. J'avais même conseillé d'acquérir d'autres preuves. Ainsi, je proposai de mettre une composition dans l'encrier et de saisir une autre pièce. Ce n'eût pas encore été une preuve; mais cela eût confirmé ma présomption. J'indiquai encore (Quatre ou cinq autres moyens. On ne les a pas employés.

Après cette conversation avec M. Bertillon, je sentis augmenter tous les doutes quej'avais déjà.

Le rapport de M. d'Ormescheville montre que M. du Paty de Clam était trop pressé pour attendre un délai

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quelconque. Il avait sous la main le gibier convoité. Il ne voulait pas le lâcher.

Je voudrais bien savoir, si on avait présenté alors à M. Bertillon des autographes du commandant Esterhazy et le bordereau, ce qu'il aurait dit î

Je voudrais bien savoir s'il trouve que l'écriture du commandant Esterhazy diffère de celle du bordereau, « malgré l'effroyable similitude » reconnue par le commandant lui-même.

La preuve faite par M. Bertillon, M. d'Ormescheville passe aux interrogatoires de Dreyfus. Il commence ainsi :

Ses réponses comportent bon nombre de contradictions, pour ne pas dire plus. Parmi elles, il y en a qui sont particulièrement intéressantes à relever ici, notamment celle qu'il fit au moment de son arrestation, le 15 octobre dernier, lorsqu'on le fouilla et qu'il dit: « Prenez mes clés, ouvrez tout chez moi, vous ne trouverez rien. » La perquisition qui a été pratiquée à son domicile, a amené, ou à peu de choses près, le résultat indiqué par lui.

Mais la réponse ne comporte pas de « contradiction » puisque « la perquisition a amené le résultat indiqué par lui. » Que prouvait ce résultat négatif? qu'il n'y avait rien. Oui, il n'y avait rien, mais pourquoi?

C'est que tout ce qui aurait pu être en quelque façon compromettant avait été caché ou détruit de tout temps.

Ce Dreyfus est un accusé récalcitrant. M. d'Ormescheville continue avec une sévérité indignée :

Tout l'interrogatoire subi devant M. l'officier de police judiciaire est émaillé de dénégations persistantes et aussi de protestations du capitaine Dreyfus contre le crime qui lui est reproché.

Il n'avoue pas, comprenez-vous cela ? « Il émaille son interrogatoire de dénégations persistantes ! » quel mauvais caractère î II va même « jusqu'aux protestations ». Cet homme ne met pas de bonne volonté à se

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laisser accuser du crime de trahison. C'est là, n'est-ce pas ? une raison décisive pour qu'il soit coupable.

Il existe enûn, dit avec une indignation concentrée M. d'Ormescheville, dans le premierinterrogatoire, des réponses absolument incohérentes, telles que celles-ci : « Les experts se trompent, la lettre missive incriminée est l'œuvre d'un faussaire, on a cherché à imiter mon écriture. L'ensemble de la lettre ne ressemble pas à mon écriture ; on n'a même pas cherché à l'imiter. »

La découverte des lettres du commandant Esterhazy et leur comparaison avec celle du bordereau prouvent que ces réponses, données dans le trouble d'un premier interrogatoire, n'étaient point « si incohérentes ».

M. d'Ormescheville poursuit avec un mécontentement croissant :

Si on compare les réponses que nous a faites le capitaine Dreyfus avec les dépositions de quelques témoins entendus, il en résulte cette pénible impression, c'est qu'il voile souvent la vérité et que toutes les fois qu'il se sent serré de près, il s'en tire sans trop de difficulté, grâce à la souplesse de son esprit.

Cet accusé qui « se sentant serré de près, s'en tire sans trop de difficulté, grâce à la souplesse de son esprit )> est insupportable ; et il ne peut être que coupable, puisqu'il a manqué à tous les égards qu'il devait à un officier chargé de l'instruction, en ne lui faisant pas de réponses de complaisance.

Alors la conviction de M. Besson d'Ormescheville est faite à son tour : et à la dernière phrase que nous venons de citer, il ajoute immédiatement :

En somme, il résulte de la déposition de plusieurs témoins que le capitaine Dreyfus a attiré sur lui la juste suspicion de ses camarades.

Cette « juste suspicion » repose sur la curiosité déjà reprochée au capitaine Dreyfus .

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11 semble ^que ce système de furetage, de conversations indiscrètes voulues, d'investigations en dehors de ce dont il était chargé, que pratiquait le capitaine Dreyfus, était surtout basé sur la nécessité de se procurer le plus de renseignements divers possible, oraux ou écrits, avant de terminer son stage à Tétat-major de l'armé. Cette attitude est louche et, à nombre de points de vue, présente une grande analogie avec celle des personnes qui pratiquent l'espionnage. Aussi, en dehors de la similitude remarquable de l'écriture du capitaine Dreyfus avec celle du document incriminé, cette attitude a été un facteur sérieux à son passif lors qu'il s'est agi de le mettre en état d'arrestation et d'instruire contre lui.

Voilà « le facteur sérieux » avec « la similitude d'écriture », quoique dissemblable, qui a motivé la mise en accusation du capitaine Dreyfus.

Puis viennent les détails sur la conduite privée du capitaine Dreyfus qui « est loin d'être exemplaire », dit sévèrement M. d'Ormesche ville. « Il a eu des maîtresses avant son mariage ». Est-ce que M. d'Ormescheville exige que les officiers français fassent vœu de chasteté ?

Si, m'adressant à tous les officiers de l'armée française, en transposant le sermon de Massillon sur le petit nombre des élus, je leur posais la question sur le petit nombre des chastes : Y en a-t-il cent ? Y en at-il dix ? Et ne séparant pas votre sort de celui des autres : Y en a-t-il un seul? Vous lèveriez-vous, Monsieur d'Ormescheville, pour répondre : (c Ma vie de garnison a été à l'abri de toute tentation ? »

Alors, pourquoi tant de sévérité ? « Le capitaine Dreyfus a arrêté la femme Y... dans la rue... » Une autre année, il a arrêté la femme Z... au concours hippique. Chose grave î « C'est une femme galante, quoiquef déjà âgée, le commandant Gendron nous l'a déclaré î » Et il y a une de ces femmes qui lui écrit : « A la vie ! à la mort ! » et il a rompu avec la femme Z... « parce qu'il s'était aperçu qu'elle en voulait plus à sa bourse qu'à son cœur !... »

Voilà évidemment qui prouve que le capitaine Dreyfus est coupable de trahison.

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Autre antécédent :

Le capitaine Dreyfus a déclaré qu' « il n'avait jamais eu le goût du jeu » cependant il a reconnu « être allé une fois au Cercle de la presse, comme invité, pour y dîner » . Ghosegrave. « Il a affirmé n'y avoir pas joué 1» Circonstance aggravante. Relativement à d'autres cercles dont M. d'Ormescheville fait l'énumération, il se borne à dire : « Les témoins que nous aurions pu trouver auraient été très suspects ; nous nous sommes par suite abstenus d'en entendre. » Est-ce bien sûr ? n'estce point plutôt parce qu'on en a cherché et qu'on n'a pas pu en trouver? Qu'importe? Voilà Dreyfus convaincu d'être un joueur !

Le rapport donne des détails biographiques sur Dreyfus. Son père a opté pour la nationalité française à Carpentras (Vaucluse). Dreyfus a suivi le curriculum d'un officier d'artillerie. Enfin, « le 21 avril 1890, il est admis à l'école de guerre avec le numéro 67, d'où il en est sorti en 1892 avec le numéro 9 et la mention ce très bien ». De 1893 à 1894, il est stagiaire à l'étatmajor de l'armée. )^

Mais voyez le mauvais caractère de Dreyfus et savourez le morceau.

Lors des examens de sortie de l'école de guerre, le capitaine Dreyfus a prétendu qu'il devait à la cote, dite d'amour, d'un général examinateur d'avoir eu un numéro de sortie inférieur à celui qu'il espérait obtenir ; il a cherché alors à créer un incident en réclamant contre cette cote, et partant contre le général qui la lui avait donnée. Il prétendit que cette cote, qui était 5, lui avait été donnée de parti pris et en raison cie la religion à laquelle il appartient ; il attribua même au général examinateur en question des propos qu'il aurait tenus à ce sujet. L'incident qu'il créa n'eut pas la suite qu'il espérait ; mais, depuis cette époque, il n'a cessé de se plaindre, se disant victime d'une injustice qu'il traite même à Tcccasion d'infamie. Il est à remarquer (jue la cote, dont s'est plaint le capitaine Dreyfus, était secrète; on s'étonne à bon droit qu'il ait pu la connaître, si ce n'est

Ï>ar une indiscrétion qu'il a commise ou provoquée. Gomme 'indiscrétion est le propre de son caractère, nous n'avons pas lieu de nous étonner qu'il ait pu connaître cette cote secrète.

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En rédigeant cette partie de son rapport, est-ce que M. d'Ormescheville ne donnait pas aussi au capitaine Dreyfus <( sa cote d'amour » ? Hélas î celle qu'un général de l'école de Drumont lui avait donnée était bien S eu de chose à côté de celle que devaient lui donner IM. du Paty de Clam, d'Ormescheville et les membres du conseil de guerre. Ils ont prouvé qu'il n'avait pas tort quand « il se plaignait que cette cote lui avait été donnée de parti pris et en raison de la religion à laquelle il appartient. » Et tous les faits qui se sont déroulés depuis et se déroulent en ce moment donnent une effroyable importance à (c cette cote d'amour î »

Gomme (( l'indiscrétion est le propre de son caractère )), il l'a connue : il s'est plaint d'une injustice commise : et cela prouve qu'il a écrit le bordereau 1

Le rapport continue.

En ce qui concerne les voyages du capitaine Dreyfus, il résulte de ses déclarations à l'interrogatoire qu'il pouvait se rendre en Alsace en cachette, à peu près quand il le voulait, et que les autorités allemandes fermaient les yeux sur sa présence. Cette faculté de voyager clandestinement devient une charge contre lui.

Si Dreyfus a dit cela, qu'est-ce que cela prouvait ? qu'il n'avait aucun intérêt à dissimuler ses voyages en Alsace .

Mais il paraît que cela n'est pas vrai. Voici ce que je lis dans une dépêche de VAgence Havas^ du 10 janvier 1898:

La Strassburger Post peut communiquer, d'après des renseignements de source sûre, que cette assertion ne repose sur aucun fondement :

« En réalité, Dreyfus a demandé un permis de séjour en juin et juillet 1892 et les deux fois sa demande a été rejetée. Au mois de décembre 1893 il a été accordé à Dreyfus un permis de cinq jours, son père étant tombé gravement malade. »

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Je continue :

En ce qui concerne les insinuations du capitaine Dreyfus sur les faits d'amorçage qui se pratiqueraient selon lui au ministère de la guerre, elles nous semblent avoir eu pour objet de lui ménager un moyen de défense s'il était arrêté un jour porteur de documents secrets ou confidentiels. C'est sans doute cette préoccupation qui Ta amené à ne pas déguiser davantage son écriture dans ce document incriminé. Par contre, les quelques altérations volontaires qu'il y a introduites ont eu pour objet de lui permettre de l'arguer de faux pour le cas le plus improbable où le document, après être parvenu à destination, ferait retour au ministère par suite de circonstances non prévues par lui.

M. d'Ormescheville accuse le capitaine Dreyfus d'avoir parlé de faits d'amorçage. « Il ne dit pas cependant que le capitaine Dreyfus reconnaisse en avoir commis. Mais les faits d'amorçage, c'est Ta-b-c. de toute police. Qu'y a-t-il donc d'étonnant que Dreyfus en ait parlé? ».

Voyez la conséquence qu'en tire Thomme perspicace qu'est le rapporteur : « C'est sans doute cette préoccupation qui l'a amené à ne pas déguiser davantage son écriture... Cependant, il y a introduit quelques altérations volontaires. » Voilà la thèse de Bertillon qui apparaît ! Et voilà ce qui s'appelle une preuve î

Le commandant Besson d'Ormescheville examine le bordereau en trois paragraphes.

Le capitaine Dreyfus pouvait avoir des renseignements sur le frein hydraulique, dit M. d'Ormescheville. Soit. Il paraît que c'était d'autant plus facile que la description du frein hydraulique avait déjà été publiée.

Note sur les troupes de couverture :

M. d'Ormescheville dit :

Le fait ayant eu un caractère confidentiel, mais non absolument secret, et les officiers employés à Tétat-maj or de l'armée ayant, par suite, pu s'en entretenir entre eux en sa présence.

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