‹ La révision du procès Dreyfus: faits et documents juridiquesChapitre 7 sur 22 · ANALYSE DE LACTE · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LACTE

Voilà une preuve ajoutée aux preuves précédentes.

En voici une autre :

En ce qui concerne la note sur une modification aux formations de l'artillerie, il doit s'agir de la suppression des pontonniers et des modifications en résultant. Un officier ne pouvait l'ignorer quelques semaines avant qu'elle ne devienne officielle.

Donc, Dreyfus est coupable.

Pour ce qui est de la note sur Madagascar, M. d'Ormescheville donne des détails étonnants sur les précautions prises au ministère de la guerre pour assurer les secrets :

Au mois de février dernier, le caporal Bernollin,' alors secrétaire de M. le colonel deSancy, chef du 2^ bureau de rétat-major de l'armée, fit une copie d'un travail d'environ vingt-deux pages sur Madagascar, dans Tan tich ambre contiguë au cabinet de cet officier supérieur. L'exécution de cette copie dura environ cinq jours, et pendant ce laps de temps, minute et copie furent laissées dans un carton placé sur la table-bureau du caporal précité à la fin de ses séances de travail. Eq outre, quand, pendant les heures de bureau, ce gradé s'absentait momentanément, le travail qu'il faisait restait ouvert et pouvait par suite être lu.

Voilà un rapport bien gardé î Le capitaine Dreyfus étant venu quatre ou cinq fois dans cette antichambre, il y a pas de doute : il Ta lu.

Le capitaine Dreyfus dit qu'il ne connaissait pas la modification aux formations de l'artillerie. Donc, il est l'auteur du bordereau.

Quant au projet de manuel de tir de Tartillerie de campagne du 14 mars 1894, le capitaine Dreyfus a reconnu au cours de son premier interrogatoire s'en être entretenu à plusieurs reprises avec un officier supérieur du 2^ bureau de rétat-major de l'armée.

Donc, il est l'auteur du bordereau.

Les motifs sont contradictoires, mais la conclusion est la même :

(( En résumé, conclut avec l'assurance de l'incons- «ience M. d'Ormescheville, les éléments moraux et les éléments matériels démontrent la culpabilité de Dreyfus. ))

d'accusation DREYFUS 55

M. d'Ormesche ville ajoute :

Les notes successives obtenues par le capitaine Dreyfus depuis son entrée au service sont généralement bonnes, quelquefois même excellentes, à Texception de celles qui lui ont été données par M. le colonel Fabre, chef du 4« bureau de rétat-majorde Tarmée.

La « cote d'amour! » de l' état-major qui ne voulait pas d'un juif.

Et alors la conclusion :

En résumé, les éléments de l'accusation portée contre le capitaine Dreyfus sont de deux sortes : éléments moraux et éléments matériels. Nous avons examiné les premiers; les seconds consistent dans la lettre missive incriminée, dont l'examens par la majorité des experts aussi bien que par nous et par les témoins qui l'ont vue, a présenté, sauf des dissemblances volontaires, une similitude complète avec récriture authentique du capitaine Dreyfus.

En dehors de ce qui précède, nous pouvons dire que le capitaine Dreyfus possède, avec des connaissances très étendues, une mémoire remarquable, qu'il parle plusieurs langues, notamment l'allemand, qu'il sait à fond, et l'italien dont il prétend n'avoir plus que de vagues notions ; qu'il est de plus doué d'un caractère très souple, voire môme obséquieux qui convient beaucoup dans les relations d'espionnage avec les agents étrangers.

Le capitaine Dreyfus était donc tout indiqué pour la misérable et honteuse mission qu'il avait provoquée ou acceptée, et à laquelle, fort heureusement peut-être pour la France, la découverte de ses menées a mis fin .

En conséquence, nous sommes d'avis...

Voilà les preuves.

Trois experts en écriture sur cinq, plus M. d'Ormescheville, ont opiné pour la similitude d'écriture, « sauf des dissemblances » dites '< volontaires » et voilà le capitaine Dreyfus convaicu du crime de trahison !

Il a des « connaissances très étendues, parle plusieurs langues », a un caractère très souple, voire même obséquieux ». Il « était tout indiqué ». Le rap-

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port n'ajoute pas mais sous-entend : « De plus, il est le premier officier juif entré à rétat-major... » En conséquence...

Telle est l'analyse fidèle de l'acte d'accusation qui semble être dû à la collaboration de Joseph Prudhomme et de Galino soufflés par Loyola.

Ce document montre de quelles féroces aberrations est capable un homme dépourvu de méthode et l'esprit rempli de préventions. Il appartient désormais à l'histoire et sera catalogué parmi les hontes de la justice humaine. Dès l'audience, il avait, du reste, été apprécié comme tel parle commissaire du gouvernement, le commandant Brisset, qui, rejetant dédaigneusement toutes les prétendues preuves morales, disait : « Les éléments moraux ont disparu : mais il reste cela, cela qui a été écrit par Dreyfus, je l'affirme avec les experts. » C'était trop généraliser. Il aurait dû dire avec M. Bertillon.

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