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La revision du procès Dreyfus

Je regrette d'être obligé de commencer cette brochure par un mot personnel : mais, comme il y a des gens qui, jugeant les autres d'après eux-mêmes, n'admettent pas que des hommes puissent se passionner pour une <•; use simplement parce qu'elle représente celle de la justice, il faut bien répondre par dos faits à des assertions comme celle qu'avec son impudence habituelle lançait M. Henri Eiochefort le 10 janvier 1897 :

Il y a seulement trois semaines que Guyot gardait à l'égard du prisonnier de l'île du Diable la plus insouciante neutralité. »

Je vais citer deux articles, l'un du -jr; décembre 1894, paru le jour même do la condamnation de Dreyfus, l'autre du 20novembre 1896 à propos de l'interpellation de M. Ga?telin, pour prouver que, depuis lejcur même de la condamnation de Dreyfus, i';i\;ii- toujour? eu !'■ sentiment qu'elle cachait une injustice.

Le doute était né chez moi quand je lus dans le Figaro du 28 novembre 1894 une interview du général Mercier, ministre delà guerre, dans laquelle il disait :

c< J'ai soumis au président du conseil et à mes collègues les rapports écrasants qui m'ont été faits, je ne puis en dire davantage, car l'enquête n'est pas finie. Tout ce que je puis affirmer, c'est que la culpabilité de cet officier (Dreyfus1 est absolument certaine et qu'il a des complices civils. »

onelle idée se faisait donc de la justice ce ministre de la guerre qui, avant la clôture de l'instruction, venait proclamer la culpabilité d'un officier'? 11 jetait dans la balance son autorité. Il donnait ordre aux rapporteurs de conclure à la culpabilité et ordre au conseil de guerre de condamne]'.

Il fut porté aux nues par la Libre Parole, journal de M. Odelin, qui avait la signature des jésuites pour l'administration du collège de la rue des Postes et en même temps était président du conseil d'administration de la Libre Parole. La connexité n'était même pas dissimulée. M. Odelin avait été un des plus ardents défenseurs du boulangisme en 1889. C'était tout naturel. Pour célébrer le patriotisme du ministre <|e la guerre qui poursuivait sous l'accusation de trahison le premier officier juif qui fût entré à l'état-nïajôf, on le retrouvait avec MM. Drumont et Henri Rochefort, On sentait qu'autour de l'affaire Dreyfus il y avait d'autres intérêts que ceux de la justice et de la vérité, et le jour même du jugement, le 26 décembre 1894. je publiais, datis le sirr/e. l'article suivant :

A I 1R ES I ME R ETS

Le président du conseil de guerre a dit : « Il y a en jeu, dans ce procès, d'autres intérêts que ceux de l'accusation et de la défense. »

Dans tous les procès, il y a d'autres intérêts en jeu que

REVISION I>i PROCÈS .' !

«•eux ùii L'accusation et -le la défense. C'est une étrange manière de comprendre la justice que de >e figurer qu'en

st qu'un duel entre l'accusation et la défense.

Mais c'est précisément pour ce motif que les juges ne

doivent prendre parti ni pour l'accusation ni pour la

ose, mais voir entre elles et au-dessus d'elles la justice

et ni rinfluencer par aucune autre considération.

Dans l'affaire Dreyfus, la situation des juges est d'autant plus grave que ['Intransigeant, la Libre Parole et les gens qui suivent ces journaux, lui ont donné un caractère tout particulier. Ils en ont fait l'affaire personnelle du ministre de la guerre. Il- l'ont mis en première ligne et si, à la suite lébats, les juges du conseil de guerre acquittaient le capitaine Dreyfu-. ce aérait le ministre de la guerre qu'ils paraîtraient condamner.

Le conseil de guerre a usé de son droit en ordonnant le huis clos : le commissaire du gouvernement l'a excédé en nt â M' Demanpe : «Vous n'avez pas le droit de dépos 'le- conclusions.

Le président n'a pas montré dans cet incident le calme et jang- froid qui inspirent confiance dans le juge : et nous comprenons 1' trouble d'un homme qui ala responsabilité d'un pareil jugement, rendu à huis clos, devant rester entouré de mystère, autour duquel s'agitenl tant de passions.

11 nous suffit de la citation suivante de l'Intransigeant pour montrer l'étrange caractère que prend ce procès :

« C'est bien de sa place au banc ministériel, ainsi que l'avait prévu notre rédacteur en chef, qu'on veut expulser le ministre de la guerre, coupable aux yeux de la majorité d'avoir fait son devoir de soldat.

On annonce, en effet, qu'une interpellation visant le rai Mercier sera discutée à la Chambre, à L'issue du procès Dreyfus, quelle que soit la dérision du conseil de guen

La place du général Boulanger était vide. Rochcfort appelle le général Mercier à prendre sa succession vacante, quoique la manière dont elle a été ouverte n'ait rien d'en- .•iit : et il lui donne pour piédestal une affaire d'espionnage Le président <\u conseil de guerre avait bien raison de dire qu' « il y avait, dans Le procès, d'autres intérêts en jeux que ceux de L'accusation et de la défense ».

'i INTRODUCTION

11 aurait pu ajouter : « que ceux de la patrie et de la justice. »

Depuis, les faits ont montré que je ne me trompais pas en donnant à cet article le titre : Autres intérêts.

Une conversation que j'eus quelque jours après avec un haut personnage qui me fit part, avec la plus grande franchise, des doutes qu'il éprouvait au sujet de cette affaire, augmenta ma perplexité.

Il considérait que c'était la déposition de M. Bertillon qui avait fait condamner Dreyfus. Quand M, Bertillon m'eut exposé les motifs sur lesquels il avait établi sa conviction, je fus de plus en plus sceptique.

M. Castelin annonçant une interpellation sur l'affaire Dreyfus, le Matin publia, le 11 novembre 1896, le fac-similé du bordereau du capitaine Dreyfus sous ces titres : // faut en finir! — Praire décisive !

Tout le monde fut stupéfait de l'insignifiance de ce document, non daté, non signé. Des officiers d'artillerie ne se gênaient pas pour dire qu'il ne pouvait venir de l'un d'eux.

M. Castelin, ancien boulangiste, développa son interpellation. Voici comment je l'appréciai dans le Siècle du 20 novembre 1896.

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