‹ La revision du procès DreyfusChapitre 8 sur 22 · DE L'ACTE D'ACCUSÂT · texte numérisé non relu

DE L'ACTE D'ACCUSÂT

La Libre Parole, journal de M. Drumont. qui avail e1 a peut-être encore puni- présidenl de son conseil d'administration M. Odelin, qui a la signature des Jésuites pour leur collège de La rue des Postes, déclare qu'elle se garde bien de se <• plaindre de la publication » de l'acte d'accusation, mais elle se garde bien d'en reproduire autre chose que l'extrail concernanl M. Goberl el les ridicules histoires féminines' du capitrine Dreyfus.

\J Intransigeant prétend que je viens de « jouerun bien mauvais tour à mes amis » en publianl l'acte d'accusation contre le capitaine Dreyfus. Mais, si le tour esl si mauvais, pourquoi ['Intransigeant, dont Le directeur avait reçu La visite de M. Pauffin de Saint-Morel, ne le reproduit-il pas ?

La Patrie, de M. Millevoye, l'homme des papiers Norton, le Jour, donl les injure- ne comptenl pas, tous les journaux engagés dans ces obscures manœuvres qui onl pour 1ml évidenl d'empêcher La justice de fonctionner avec régularité e1 sincérité, se gardenl

I, /.-• Siècle 'lu 9 janvier. J'y ai ajouté, 5 XII, le démenti du Strassburger Post paru le l" janvier.

bien de le reproduire ou de l'analyser impartialement.

Le Temps Ta publié vendredi soir textuellement en même temps qu'il publiait l'éloquente lettre de M. Trarieux.

Je comprends que les hommes impartiaux le reproduisent : je comprends que les hommes qui, depuis dix ans, essaient de ressusciter les haines de race et de religion ; qui font de la démagogie, comme les prédicateurs de la Ligue du xvi° siècle, et qui tâchent d'entraîner les foules vers un retour au césarisme, qu'ils avaient incarné dans Boulanger, continuent d'entasser mensonges invraisemblables sur mensonges invraisemblables, pièces fausses sur pièces fausses, calomnies sur calomnies, injures sur injures, et à se garder de publier un document probant, comme î'acte d'accusation.

Sa publication les gênerait singulièrement pour la campagne qu'ils font pour réclamer le huis clos du conseil de guerre qui se réunira lundi prochain ; et tous ceux qui ont lu le bordereau, publié le 10 novembre 1896 par le Malin, Facto d'accusation, publié hier par le Siècle, se demandent : — pourquoi donc le conseil de guerre de 1894 a-t-il déclaré le huis clos, avant même la lecture de l'acte d'accusation, sans vouloir recevoir les conclusions de Me Démange ?

En quoi la publication du bordereau a-t-elle compromis la sécurité nationale ? ceux qui l'ont communiqué au Malin dans l'espoir d'apporter une preuve décisive de la culpabilité de Dreyfus n'ont pas cru qu'il eût la moindre importance : et ils ont eu raison.

En quoi la publicité de l'acte d'accusation pouvaitelle exiger le huis clos? des réflexions sur les experts an écriture qui prouvent que l'accusation n'admettait pour bonnes que les expertises qui étaient conformes à sa manière de voir, ce qui est une singulière manière de rechercher la justice et la vérité ; des racontars grotesques sur quelques aventures galantes que le capitaine Dreyfus aurait eues ; une insinuation qu'il pouvait bien être joueur parce qu'il avait avoué qu'il avait été invité un jour à dîner au Cercle de la presse.

i> Ad. rs \T[. >N DREYFUS

Et quelles sonl les autres charges*? Le rapporteur ne peu! Indiquer commenl 1»' bordereau, cette pièce non signée, non datée, est tombéeen la possession du ministre de la guerre. Par conséquent, l'acte d'accusation n'esl pas compromettant à ce poinl de vue : mais on se demande si, dans ce cas, il ne manque pas un élément indispensable à la preuve et on s'étonne que des poursuites aienl été engagées sur une pièce à origine mystérieuse qui aurait pu être fabriquée n'importe où. 11 y a à la base de l'accusation un premier élément de preuves qui l'ait défaut.

Ensuite, que «lit M. du Paty de Clam, officier de police délégué? il déclare que l'examen du bordereau, dont Torigne es1 inconnue, « permet d'établir que c'était un officier qui étail l'auteur et de la lettre missive incriminée et de l'envoi des documentsqui l'accompar gnaient, de plus, que cel officier devait appartenir à rartillerie, trois des notes ou documents envoyés concernant cette arme ».

Cette conclusion ne s'impose pas. Parce que e trois des notes ou documents envoyés concernent l'artillerie », il n'en résulte pas forcément que l'auteur du bordereau dûl appartenir à l'artillerie.

Or. depuis, on a appris que ces documents étaient complètement insignifiants pourun officier d'artillerie; que le Manuel de tir avait été distribué dès mars 1894; que de simules sous-lieutenants de réserve l'avaient reçu pendanl la durée des écoles à feu ; que le frein hydraulique étail si bien connu que la description en avait été publiée.

Ni M. du Paty de Clam, ni M. d'( >rmescheville n'ont pris soin d'examiner le bordereau à ce point de vue.— Il y est question d'artillerie : donc ce bordereau a été rédigé par un artilleur.

Ce raisonnement es1 simpliste, mais montre un défaul de méthode qui le rend peu probant. Il m'arrive tous les jours de parler de denrées coloniales : MM. du Paty de clam et d'< irmescheville en concluraient que je suis épicier : ils 3e tromperaient.

Cesdeus rapporteurs avaient leur conviction faite -m ce simple indice : cette pièce parle d'artillerie, donc elle émane d'un artilleur.

Ils ont cherché et trouvé immédiatement le capitaine Dreyfus, attaché à l'état-major : et ces hommes de guerre n'ont plus eu de foi que dans les experts en écriture,

Ils s'adressent à M. Gobert, expert de la Banque de France. Mais M. Gobert répond : « La lettre missive incriminée pourrait être d'une personne autre que la personne soupçonnée. » Le rapport conclut : « La manière d'agir de M. Gobert ayant inspiré une certaine méfiance... » et aussitôt on s'adresse à M. Bertillon, qui n'était pas expert en écriture, mais le chef du service anthropométrique à la préfecture de police. Les pièces sont remises le 13 octobre au soir : aussitôt, M. Bertillon répond : « Si l'on écarte l'hypothèse d'un document forgé avec le plus grand soin, il appert manifestement que c'est la même personne qui a écrit la lettre et les pièces communiquées. » Et le rapport ajoute : « En exécution de l'ordre de M. le minisire de la guerre en date du 14 octobre 1894, M. le commandant du Paty de Clam procéda à l'arrestation du capitaine Dreyfus. »

Ainsi, le capitaine Dreyfus a été arrêté parce que l'expert en écritures près la Banque de France, après un examen de plusieurs jours, aVait conclu que les écritures n'étaient pas de la même main et que M. Bertillon, qui n'était pas expert en écritures, avait conclu après un examen instantané, en faisant toutefois ses réserves, à l'identité des écritures !

M. Bertillon est appelé dans le rapport : chef du service d'identification. Il identifie, il ne peut pas faire autrement.

Voilà donc sur quelles charges M. du Paty de Clam conclut à la culpabilité de Dreyfus et le fait arrêter. Il n'y a pas un homme sincère qui ne qualifie un tel acte de légèreté ou de passion haineuse.

Il est vrai que le rapport raconte que M. du Paty de Clam fit auparavant une expérience. Il aurait dicté au

D ACCUSATION DREYFUS i->

capitaine Dreyfus le bordereau: à la quatrième Ligne, celui-ci se serait mis à trembler. «Or, la température était bonne dans les bureaux du ministère ». Ce fait acheva de convaincre M. du Paty de Clam qui procéda aussitôt à l'arrestation.

Le t'ait fût-il vrai <[u'il ne paraîtrait pas avoir une grande valeur ; mais, d'après qos renseignements, il est faux.

Les plus graves accusations reposenl sur les allégations que, <• pendant 1rs deux années qu'il a pas* comme stagiaire à l'état-major de l'armée, le capitaine 1 ireyfus s'est fail remarquer par une attitude des plus indiscrètes. •> 11 a c l'ait souvent sua service à des lieuresen dehors des heures prévues par le règlement, soil en demandant l'autorisation à- ses chefs, soitenne la demandant pas . Il s'étail surtout « attachée l'étude des dossiers de la mobilisation, à ce point qru'en quittant ce bureau il possédait tout le mystère de la concentration sur le réseau de L'Est en temps de guerre ».

Evidemment, c'est là un crime pour un officier d'état-major. D'après cette théorie un officier d'étatmajor ne doit pasavoir une « curiosité indiscrète » : il doil se borner au • service courant 9; il ne doit pas essayer surtoul de pénétrer « Le mystère de la concentration o !

Les simples civils croyaient que les officiers d'étatmajor dovaicnt être aussi complètement renseignés que possible sur toute notre organisation aiilitaire et leparti qu'on peut en tirer en temps de guerre. Ce n'est pas l'opinion de M. <1'< >rmesche ville.

Voilà toute La première partie de l'accusation.

Dans la seconde partie. M. d'Ormescheville parle des experts en écriture. D'abord, il cil'' sa propre autorité, il ne peut se prononcer toutefois sur la signature. Car,«ence qui concerne la signature, elle manque,

parce qu'elle devait manquer ! » M. le colonel Fabre, M. le lieutenant-colonel d'Aboville, font aussi fonction d'experts, quoique non professionnels.

Puis revient un long passage sur M. Gobert qui, expert près de la Banque de France, ne mérite que soupçon, puisqu'il a conclu dans un sens autre que celui que voulait M. du Paty de Glam. « M. Gobert a demandé le nom de la personne incriminée. A quels mobiles a-t-il obéi?... » demande M. d'Ormescheville. Mais, alors, comment M. d'Ormescheville apprécie-t-il les considérations auxquelles vient de se livrer M. Bertillon dans des articles de la Revue scientifique où il pose en principe : « nécessité pour l'expert de connaître exactement tous les faits qui ont pu motiver ou accompagner la confection de l'écrit soumis à son examen ».

Parmi ces faits, se trouve probablement le nom. M. Bertillon et les autres experts connaissaient à coup sûr le nom du capitaine Dreyfus, quand ils ont déposé devant le conseil de guerre. Les trois experts qui ont déposé dans l'instruction du commandant Ravary n'ignorent ni le nom d'Esterhazy, ni celui de Dreyfus, ni l'opinion exprimée par M. Pauffin de Saint-Morel, venant de la part de ses chefs, auprès de M. Henri Rochefort.

Un autre expert, M. Pelletier, s'est prononcé dans le même sens que M. Gobert. Mais l'autorité de M. Pelletier est écartée par M. d'Ormescheville parce qu'il n'est pas revenu chercher auprès de M. Bertillon « certaines pelures dont la photographie n'était pas terminée ». L'homme infaillible pour le rapporteur est M. Bertillon parce qu'il a dit avec une superbe assurance : « La preuve est faite, péremptoire. »

Un jour, M. Bertillon vint me trouver, me déclarant qu'il considérait Dreyfus comme coupable, mais qu'il tenait à m'expliquer pourquoi. Je lui répondis :

— Ne me dites pas de secrets, parce que je ne veux pas m' engager à conserver des secrets qui me gène-

raient, si vous voulez me parler simplement de la méthode que vous avez suivie, je vous écoute.

— Oui, je ne vous parlerai <[ue de cela.

— Bien.

Vous savez, me dit-il, qu'il y a deux sortes d'écriture : l'écriture senestrogyre et l'écriture ûextrogyre.

— Je vous avoue «pie ma science oe va pas jusquelà. Veuillez m'expliquer leurs différences.

— Eh bien l'écriture - dextrogyre » est celle dont les ouvertures, les lettres sont dirigées à droite, l'écriture 6 senestrogyre », c'est le contraire.

11 me donna quelques exemples, et j'eus la satisfactiou d'apprendre que. dans ma signature, mon <i était dextrogyre.

— Eh bien ! lui dis-je, l'écriture de Dreyfus ?

— Etait dextrogyre.

— Et le bordereau ?

Très souvent senestrogyre

— Alors ?

— Comme Dreyfus êtail un homme très intelligent, j'ai conclu qui! avail changé son écriture dextrogyre en écriture senestrogj re pour la dissimuler.

— Alors, ce o'esl pas sur une identité d'écritures, mais sur des dissemblances d'écritures que vous avez conclu :'

— < mi, parce que j'ai reconnu qu'il y avait des contractions dans les lettres senestrogyres qui indiquaient qu'au lieu d'être spontanées elles étaient voulues!

Ki c'esl Là votre preuve ! c'est là-dessus que vous avez établi une certitude1?

M. Bertillou me répondil alors :

— Ah ! pardon, ce h'esl pas moi qui ai l'ail l'instruction. Moi je n'ai été qu'un expert. J'avaismême conseillé d'acquérir d'autres preuves. Ainsi, je proposai de mettre une composition dans l'encrier et de saisir une autre pièce. Ce n'eut pas encore été une preuve ; mais cela eût confirmé ma présomption. J'indiquai encore quatre ou cinq autres moyens. On ne les a pas emplo

Après cette conversation avec m. Bertillon, je sentis augmenter tous les doutes que j'avais déjà.

Le rapport de M. d'< irmescheville montre que M. du Paty de Clam était troppressé peur attendre un délai

quelconque. Il avait sous la main le gibier convoité. Il ne voulait pas le lâcher.

Je voudrais Lien savoir, si on avait présenté alors à M. Bertillon des autographes du commandant Esterhazy et le bordereau, ce quïl aurait dit !

Je voudrais bien savoir s'il trouve que l'écriture du commandant Esterhazy diffère de celle du bordereau, « malgré l'effroyable similitude» reconnue par le commandant lui-même.

La preuve faite par M. Bertillon, M. d'Ormescheville passe aux interrogatoires de Dreyfus. Il commence ainsi :

Ses réponses comportent bon nombre de contradictions, pour ne pas dire plus. Parmi elles, il y en a qui sont particulièrement intéressantes à relever ici, notamment celle qu'il lit au moment de son arrestation, le 15 octobre dernier, lorsqu'on le fouilla et qu'il dit : « Prenez mes clés, ouvrez tout chez moi, vous ne trouverez rien. » La perquisition qui a été pratiquée à son domicile, a amené, ou à peu de choses près, le résultat indiqué par lui.

Mais la réponse ne comporte pas de « contradiction » puisque » la perquisition a amené le résultat indiqué par lui. » Que prouvait ce résultat négatif? qu'il n'y avait rien. Oui, il n'y avait rien, mais pourquoi?

C'est que tout ce qui aurait pu être en quelque façon compromettant avait été caché ou détruit de tout temps.

Ce Dreyfus est un accusé récalcitrant. M. d'Ormescheville continue avec une sévérité indignée :

Tout l'interrogatoire subi devant M. l'officier de police judiciaire est émaillé de dénégations persistantes et aussi de protestations du capitaine Dreyfus contre le crime qui lui est reproché.

11 n'avoue pas, comprenez-vous cela ? « Il émaille son interrogatoire de dénégations persistantes ! » quel mauvais caractère ! Il va même « jusqu'aux protestations ». Cet homme ne met pas de bonne volonté à se

laisser accuser du orinie de trahison C'est là, n'est-ce pas ? une raison décisive pour qu'il soit coupable.

îl existe enfin, dit avec une indignation concentrée M. d'Ormescheville, dans le premierinterrogatoire, des réponses absolument incohérentes, telles que celles-ci: « Les experts se trompent, la lettre missive incriminée est .l'oeuvre d'un faussaire, on a cherché à imiter mon écriture. L'ensemble de la lettre ne ressemble pas à mon écriture; on n'a même pas cherché à l'imiter, o

La découverte des Lettres ducommandanl Esterhazy et leur comparaison aveccelle dû bordereau prouvenl que ces réponses, données dans Le trouble d'un premier interrogatoire, n'étaient point « si incohéren-

M. d'Ormescheville poursuil avec un mécontentement croissant :

Si on compare les réponses que nous a faites le capitaine Dreyfus avec les dépositions 'le quelques témoins entendus, îlen résulte cette pénible impression, c'est qu'il voile souvent la vérité et que toutes les fois qu'il se sent s de près, il s'en tire sans trop de difficulté, grâce à La soui esprit.

t accusé qui « se sentant serré de près, s'en tire 5 tropde difficulté, grâce à La souplesse de son esprit » est insupportable ; et il ne peul être que coupable, puisqu'il a manqué à tous Les égards qu'il devail à an officier chargé de L'instruction, en ne lui faisant : le réponses de complaisance.

AJLorsla conviction de M. Bessond'i >rmescheville esl faite à son tour: et a la dernière phrase que nous vede citer, il ajoute immédiatement :

En somme, il résulte de la déposition de plusieurs témoins que le capitaine Dreyfus a attiré sur Lui la juste ;ion de ses camara

Cette - juste suspicion o repose sur la curiosité déjà reprochée au capitaine 1 Dreyfus.

11 semble que ce système de furetage, de conversations indiscrètes voulues, d'investigations en dehors de ce dont il était chargé, que pratiquait le capitaine Dreyfus, était surtout basé sur la nécessité de se procurer le plus de renseignements divers possible, oraux ou écrits, avant de terminer son stage à l'état-major de l'armé. Cette attitude est louche et. à nombre de points de vue, présente une grande analogie avec celle des personnes qui pratiquent l'espionnage. Aussi, en dehors de la similitude remarquable de l'écriture du capitaine Dreyfus avec celle du document incriminé, cette attitude a été un facteur sérieux à son passif lors qu'il s'est agi de le mettre en état d'arrestation et d'instruire contre lui.

Voilà « le facteur sérieux » avec « la similitude d'écriture ». quoique dissemblable, qui a motivé la mise en accusation du capitaine Dreyfus.

Puis viennent les détails sur la conduite privée du capitaine Dreyfus qui « est loin d'être exemplaire », dit sévèrement M. d'Ormescheville. « Il a eu des maîtresses avant son mariage ». Est-ce que M. d'Ormescheville exige que les officiers français fassent vœu de chasteté ?

Si. m'adressantà tous les officiers de l'armée française, en transposant le sermon de Massillon sur le petit nombre des élus, je leur posais la question sur le petit nombre des chastes : Y en a-t-il cent ? Y en at-il dix :' El ne séparant pas votre sort de celui des autres : Y en a-t-il un seul? Vous lèveriez-vous. Monsieur ,d*Ormescheville, pour répondre : « Ma. vie de garnison ia été à l'abri de toute tentation ? »

Alors, pourquoi tant de sévérité ? « Le capitaine Dreyfus a arrêté la femme Y... dans la rue... » Une autre année, il a arrêté la femme Z... au concours hippique. Chose grave ! « C'est une femme galante, quoique déjà âgée, le commandant G-endron nous l'a déclaré ! » Et il y a une de ces femmes qui lui écrit : « A la vie ! à la mort ! » et il a rompu avec la femme Z... « parce qu'il s'était aperçu qu'elle en voulait plus à sa bourse qu'à son cœur !... »

Voilà évidemment qui prouve que le capitaine Dreyfus est coupable de trahison.

Autre antécêdenl :

Le capitaine I >reyfus a déclaré qu3 « il n'avait jamais eu legoût du jeu » cependant il a reconnu e être allé une fois au Cercle de la presse, comme invité, pour y dîner » . Chose grave.* Qaafnrmé n'y avoir pas joué!» Circonstance aggravante. Relativement à d'autres cercles dont M. d'Ormescheville fait rénumération, il se borne à dire : « Les témoins que nous aurions pu trouver auraient été trèssuspects : nous nous sommes par suite abstenus d'en entendre, o Est-ce bien sur ? n'estce point plutôt parce qu'on en a cherché et qu'on n'a pas pu en trouver? Qu'importe? Voilà Dreyfus convaincu d'être un joueur !

Le rapport donne des détails biographiques sur Dreyfus. Son père a opté pour la nationalité française àGarpentras Vaucluse). Dreyfus a suivi le curriculuni d'un officier d'artillerie. Enfin, o le 21 avril 1890, il est admisà l'école de guerre avec le numéro 67, d'où il en est sorti en 1892 avec le numéro 9 et la mention (( très bien ». De 1893 à 1894, il est stagiaire à l'étatmajor de l'armée, r

Mais voyez le mauvais caractère de Dreyfus et savourez le morceau.

Lors des examen- de sortie de l'école de guerre, le capitaine I hreyfns a prétendu qu'il devait à la cote, dite d'amour, d'un général examinateur d*avoireuun numéro de sortie inférieur à celui qu'il espérait obtenir ; il a cherché alors à créer un incident en réclamant contre cettecote, et partant contre le général qui la lui avait donnée. Il prétendit que cette cote, qui était 5, lui avaitété donnée de parti pris et en raison de la religion à laquelle il appartient ; il attribua même au général examinateur en question des propos qu'il aurait tenus à ce sujet. L'incident qu'il créa n'eut pas la suite qu'il espérait ; mais, depuis cette époque, il n'a de se plaindre, se disant victime «l'une injustice qu'il traite même à l'cccasion d'infamie. B esta remarquer que la cote. dont s'est plaint le capitaine Dreyfus, était secrète: on s'étonne à bon droit qu'il ait pu la connaître, si ce n'est par une indiscrétion qu'il a commise ou provoquée. Gomme L'indiscrétion est le propre de son caractère, nous n'avons pas lieu de nous étonner qu'il ait pu connaître cettecote secrète.

En rédigeant cette partie de son rapport, est-ce que M. d'Ormescheville ne donnait pas aussi au capitaine Dreyfus « sa cote d'amour » ? Hélas ! celle qu'un général de l'école de Drumont lui avait donnée était bien peu de chose à côté de celle que devaient lui donner MM. du Paty de Clam, d'Ormescheville et les membres du conseil de guerre. Ils ont prouvé qu'il n'avait pas tort quand « il seplaignaitquecettecoteluiavaitété donnée de parti pris et en raison de la religion à laquelle il appartient. » Et tous les faits qui se sont déroulés depuis et se déroulent en ce moment donnent une effroyable importance à « cette cote d'amour ! »

Gomme « l'indiscrétion est le propre de son caractère », il l'a connue : il s'est plaint d'une injustice commise : et cela prouve qu'il a écrit le bordereau !

Le rapport continue.

En ce qui concerne les voyages du capitaine Dreyfus, il résulte de ses déclarations à l'interrogatoire qu'il pouvait se rendre en Alsace en cachette, à peu près quand il le voulait, et que les autorités allemandes fermaient les yeux sur sa présence. Cette faculté de voyager clandestinement devient une charge contre lui.

Si Dreyfus a dit cela, qu'est-ce que cela prouvait ? qu'il n'avait aucun intérêt à dissimuler ses voyages en Alsace.

Mais il paraît que cela n'est pas vrai. Voici ce que je lis dans une dépêche de Y Agence Jlavas, du 10 janvier 1898:

La Strassburger Post peut communiquer, d'après des renseignements de source sûre, que cette assertion ne repose sur aucun fondement :

« En réalité, Dreyfus a demandé un permis de séjour en juin et juillet 1892 et les deux fois sa demande a été rejetée. Au mois de décembre 1893 il a été accordé à Dreyfus un permis de cinq jours, son père étant tombé gravement malade. »

Je continue :

En ce qui concerne les insinuations du capitaine Dreyfus sur les faits «l'amorçage qui se pratiqueraient selon lui au ministère de la guerre, elles nous semblent avoir eu pour objet de lui ménager un moyen de défense -'il étail arrêté un jour porteur de documents secrets ou confidentiels. C'est sans doute cette préoccupation qui L'a amené à ne pas déguiser davantage son écriture dans ce document incriminé. Par contre, les quelques altérations volontaires qu'il y a introduites ont eu pour objet de lui permettre de l'arguer de faux pour le cas le plus improbable où le document, après être parvenu à destination, ferait retour au ministère par suite de circonstances non prévues par lui.

M. d'Ormescheville accuse le capitaine Dreyfus d'avoir parlé de faits d'amorçage. « 11 ne dit pas cependant que le capitaine Dreyfus reconnaisse en avoir eommis. Mais les faits d'amorçage, c'est l'a-b-c. de toute police. Qu'y a-t-il donc d'étonnant que Dreyfus en ail parlé '.' ■>.

Voyez la conséquence qu'en tire l'homme perspicace qu'est le rapporteur : « C'est sans doute cette préoccupation qui l'a amené à ne pas déguiser davantage son écriture... Cependant, il y a introduit quelques altérations volontaires. ■> Voilà la thèse de Bertillon qui apparaît ! Et voilà ce qui s'appelle une preuve !

Le commandant Besson d'( >rmescheville examine le bordereau en trois paragraphe».

Le capitaine Dreyfus pouvail avoirdes renseignements sur le frein hydraulique, «lit M.d'< frmescheville. Soit. Il paraît que c'était d'autanl plus facile que la description du freiu hydraulique avail déjà été publiée.

Note sur lès troupes de couverture :

M. d'( >nnesche\ Qle dit :

Le fait ayant eu an caractère confidentiel, mais oon absolument secret, et les officiers employés à L'état-major de l'armée ayant, par suite, pu s'en entretenir entre eux en sa présence.

Voilà une preuve ajoutée aux preuves précédentes. En voici une autre :

En ce qui concerne la note sur une modification aux formations de l'artillerie, il doit s'agir de la suppression des pontonniers et des modifications en résultant. Un officier ne pouvait l'ignorer quelques semaines avant qu'elle ne devienne officielle.

Donc, Dreyfus est coupable

Pour ce qui est de la note sur Madagascar, M. d'G)rmescheville donne des détails étonnants sur les précautions prises au ministère delà guerre pour assurer lçs secrets :

Au mois de février dernier, le caporal Bernollin. alors secrétaire de M. le colonel deSancy, chef du 2<" bureau de l'état-major de l'armée, fit une copie d'un travail d'environ vingt-deux pages sur Madagascar, dans l'antichambre contiguë au cabinet de cet officier supérieur. L'exécution de cette copie dura environ cinq jours, et pendant ce laps de temps, minute et copie furent laissées dans un carton placé sur la talile-bureau du caporal précité à la fin de ses séances de travail. En outre, quand, pendant les heures de bureau, ce gradé s'absentait momentanément, le travail qu'il faisait restait ouvert et pouvait par suite être lu.

Voilà un rapport bien gardé ! Le capitaine Dreyfus étant venu quatre ou cinq fois dans cette antichambre,, il y a pas de doute : il l'a lu.

Le capitaine Dreyfus dit qu'il ne connaissait pas la modification aux formations de l'artillerie. Donc, il est l'auteur du bordereau.

Quant au projet de manuel de tir de l'artillerie de campagne du 14 mars 1894, le capitaine Dreyfus a reconnu au cours de son premier interrogatoire s'en être entretenu à plusieurs reprises avec un officier supérieur du 2e bureau de l'état-major de l'armée.

Donc, il est Fauteur du bordereau.

Les motifs sont contradictoires, mais la conclusion est la même :

« En résumé, conclut avec l'assurance de l'inconscience M. d'Ormescheville, les éléments moraux et les éléments matériels démontrent la culpabilité de Dreyfus. »

I SA'l'ION DREYFUS 55

M. d'Ormesche ville ajoute :

Les notes successives obtenues par le capitaine Dreyfus ■depuis son entrée au service sont généralement lionnes, quelquefois même excellentes, à l'exception de celles qui lui ont été données par M. le colonel Faire, chef du 4« bureau de l'état-major de l'armée.

La « cote d'amour! » dé L'état-major qui ne voulait pas d'un juif.

El alors la conclusion :

En résumé, les éléments de l'accusation portée contre Le capitaine Dreyfus sont de deux suites : éléments moraux, et éléments matériels. Nous avons examiné les premiers; les seconds consistent dans la lettre missive incriminée, dont L'examens par la majorité des experts aussi bien que par nous et par les témoins qui l'ont vue. a présenté, sauf des dissemblances volontaires, une similitude complète avec l'écriture authentique du capitaine Dreyfus.

En dehors de ce qui précède, dous pouvons dire que le capitaine Dreyfus possède, avec des connaissances très étendues, une mémoire remarquable, qu'il parle plusieurs Langues, notamment L'allemand, qu'il sait à fond, et l'italien dont il prétend a'avoir plus que de vagues notions : qu'il est de plus doué d'un caractère très souple, voire même obséquieux qui convient beaucoup dans les relations d'espionnage avec les agents étrangers.

Le capitaine Dreyfus était donc tout indiqué pour la miible et honteuse mission qu'il avait provoquée ou acceptée, et à laquelle, fort heureusemenl peut-être pour la France, la découverte de ses menées a mis un.

En conséquence, dous sommes d'avis...

Voilà Les prouve-.

'Trois experts eu écriture sur cinq, plus M. d'Ormescheville, ont opiné pour La similitude d'écriture, « sauf des dissemblances 9 dites ï volontaires » et voilà le capitaine Dreyfus convaicu du crime de trahison!

Il a dos (connaissances très étendues, parle plusieurs Langues 9, a un caractère très souple, voire même obséquieux ». Ll a étail toui indiqué ... Le rap-

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