‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 1 sur 23 · EMPRISONNÉS A PARIS · texte numérisé non relu

EMPRISONNÉS A PARIS

Abe, officier du roi d'Angleterre, qui avait conduit à l'étranger un des enfants de Massanes et beaucoup d'autres personnes, arrêté et mis à la Bastille par ordre du lo juillet 1687. — Dans ses séjours à Paris, ce guide habitait la rue Troussevache (O' 3i).

Agnès (M"^), «non payante» mise aux Nouvelles- Catholiques en 1686, y abjura évidemment, puisqu'elle est l'une des trois externes que l'établissement nourrissait «par charité» (Fr. 7o52 f° 24).

Alba (M"'= d'), mise aux Nouvelles-Catholiques en 1687, expulsée du royaume en 1688 (voir M"" Paul).

Alglave, voir La Melonnière.

Aliès (Zacharie), avocat au Parlement, né en 1646 à Saint- Antonin en Rouergue, avait épousé à Charenton en 1678 Marie Bizot, et en 1680 Madelaine-Françoise, fille de Bernardin Martin, apothicaire du prince de Condé, laquelle lui donna : Daniel (i683), Jean (1684) et Jacques (i685). A partir de 1679, ^^^ consistoires de Nîmes, Montpellier et Uzès, le chargèrent de les représenter à Paris, et lui fournirent chacun 3oo livres par an pour s'occuper de leurs affaires avec Ruvigny. Il demeurait rue des Boucheries- Saint- Germain à la Madelaine. Une lettre, dans laquelle il recommandait la soumission aux Cévennes et au Vivarais après la tentative de résistance passive organisée par Brousson, le fit mettre à la Bastille le 5 septembre i683. Il y fut interrogé le 24 et Sa Majesté ayant

2 Révocation de l'Edit de Nantes à Pans.

«témoigné être satisfaite»* de l'interrogatoire, on ne tarda sans doute guère à le relâcher {Arch. Bast., VIII 287. La lettre incriminée bien à tort se trouve à la page 241). Il semble n'avoir rien de commun avec Samuel D'Aliès, sieur de La Tour, ancien protestant devenu convertisseur.

Alizon. Le 26 juin 1687, Seignelay ordonnait à La Reynie d'arrêter et d'emprisonner Alizon, Martin et Restaurant, avocats de Nîmes, Guiran, conseiller au Parlement d'Orange, M"'^ Martin, M™^ Guiran et sa fille, M™^ de Saporta et sa nièce M"'^ Petit, venus à Paris pour s'y cacher ou dans le dessein de fuir à l'étranger (0'3i). Les dames furent mises dans des couvents. Martin et Guiran furent relâchés le 16 juillet, six jours après Restaurant, qui passa plus tard en Hollande. Guiran réussit aussi à sortir de France avec plusieurs de ses parentes (Fr. pr., V^ 4o5). Lors de la paix de Ryswick, sur la demande d'Henri de Mirmand, le roi d'Angleterre consentit à donner à Restaurant la place de conseiller au Parlement d'Orange laissée vacante par Guiran. Mais les difficultés suscitées par la cour de France empêchèrent le fugitif d'entrer en fonctions {Btdlet., VII, 198).

Allix. Le 18 août i685, le commissaire Delamare écrivait que deux nièces du ministre Allix se faisaient instruire (Fr. 7062 f° 354). Nous ignorons qu'elles étaient ces personnes.

Le 3o janvier 1686, le commissaire Galleran écrivait à La Reynie: «Continuant la perquisition des religionnaires, j'ai trouvé dans mon quartier la mère du ministre Allix et deux filles âgées. A force de parler, la mère et une des filles ont bien voulu croire mon conseil, et je viens présentement de leur faire faire leur réunion après trois heures d'attente et leur avoir laissé un homme [en garnison]. Il reste une grande fille, entêtée par-delà la raison, laquelle je viens de conduire au For-l'Evêque (Fr. 7o5i f° 36).

Nous retrouvons M"'^ Allix au For-l'Évêque le 19 février {Ibid., f° 3o5), puis aux Nouvelles-Catholiques, où elle ne donnait, le 17 juillet, « aucune espérance de conversion ». Elle fut en conséquence transférée, par ordre dudit jour, au château de Pont-de-l' Arche. Là, il paraît qu'elle plia ; car on la mit en liberté par ordre du 19 novembre. Elle avait lutté pour sa conscience durant dix longs mois de réclusion (O ' 3o).

' Lettre du 2y adressée à I.a Reynie (Archives des alT. étr. France ijûG, fo 2u2.

Note duc à l'obligeance de M. N. Wciss.)

Emprisonnés à Paris. 3

Tout semble indiquer qu'elle était sœur de l'ex-pasteur de Charenton né en 1641 ou 1642, et non la «fille de Philippe Allix, marchand à Rouen, et d'Anne du Vidal», comme le dit La France protestante (2"= édit., I, i53). Philippe Allix, fils de Charles, marchand à Rouen, était banquier à Paris; mais nous ignorons s'il eut une autre fille que Jeanne, qu'il perdit en i658. Dans tous les cas, on ne voit pas pourquoi une fille de Philippe aurait quitté sa famille pour aller habiter avec la mère du ministre.

Susanne Allix, âgée de soixante-douze ans, assistée à Londres avec sa fille en 1702, était apparemment la même personne que Susanne, fille de Charles Allix, teinturier, et de Jeanne Rousseau, baptisée à Charenton en i63i, et qui avait eu pour parrain Etienne Gobelin, et pour marraine la femme d'Henri Gobelin (Reg. de Char.).

Alvarès, voir II, 216.

Amian ou Amien (Isaac), désigné tantôt sous le titre de barbierperruquier, tantôt sous celui de chirurgien-barbier, tantôt sous celui de chirurgien du roi, est le type du petit bourgeois de Paris qui, après s'être laissé emprisonner et avoir abjuré des lèvres, ne perdit point courage et sut conduire sa famille presque patriarcale dans une nouvelle patrie, oîx elle eut du moins la liberté de servir Dieu. Le 6 avril i685, Claude écrivait à son fils, établi à La Haye: «M. Amian, notre bon et ancien ami, voudrait bien placer en Hollande une somme assez considérable.» Vers le miHeu de l'année, Isaac Claude trouva un placement convenable pour les 12000 livres qui constituaient tout l'avoir du chirurgien huguenot. Dès qu'il vit que la dragonnade allait commencer à Paris, celui-ci commença par envoyer trois de ses enfants en Hollande (Fr. 7o5i f° 248), et fit ses préparatifs pour les rejoindre. Un espion de La Haye écrivait le 28 mars 1686: «Guillard et un autre guide sont partis dans la journée, porteurs d'une lettre de [Théodore] Le Blanc, ci-devant pasteur à La Rochelle ; ils vont chercher Amian et quelques autres personnes. Ils n'entreront dans Paris que le soir et se rendront d'abord chez l'un des anciens» (Fr. 7o5o f*^ 264).

Durant les fêtes de Pâques, Amian, qui demeurait sur le quai des Grands-Augustins (Fr. 7o53 f" 218^', s'abstint de paraître à l'église de sa paroisse; aussi, dès le 16 avril, la police s'empara-t-elle de lui, ainsi que d'un poitevin, nommé René Fargeau ou Fergeau, qui demeurait avec lui et qu'on soupçonnait de faire passer des religionnaires à l'étranger. Celui-ci fut relâché le i5 mai (Fr. 7081 f*" 295). Conduit au For-I'Évèque (Fr. 7o5i f'" 256) et sommé de faire

4 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

revenir ses enfants, Amian signa le 6 mai une procuration autorisant le comte d'Avaux, ambassadeur en Hollande, à les réclamer et à les lui renvoyer. Le mois suivant, il écrivait sous les yeux de Desgrez une lettre destinée à provoquer leur retour (Fr yoSS f° 279). Sur ces entrefaites, sa femme, Anne Hotot, déjà mère de Marie-Anne (1671), Daniel (1673), Isaac (1677), Marguerite (1680), Marie (1681), Jean-Paul (1682) et d'un septième enfant non mentionné dans les extraits des Registres de Charenton, lui donna encore deux jumeaux: Théodore-François et Marie-Anne, baptisés de force le 22 juin par l'abbé Gosselin dans l'église Saint-André-des-Arts (Fr. 7o53 f° 481). Il sollicita à plusieurs reprises l'autorisation d'aller la soigner; mais vainement; car le 3o juin on avait avis qu'il songeait toujours à sortir du royaume (O ' 3o). Cependant il poursuivait ou feignait de poursuivre la négociation relative au retour des trois fugitifs: il priait Barberolle, marchand pelletier à Amsterdam, de s'efforcer de découvrir en quel endroit de la ville ils étaient cachés. Le roi prit cette affaire tellement à cœur, qu'il donna l'ordre à Louvois de s'en occuper. De son côté, à l'entrée de l'hiver (21 novembre), M"° Amian supplia La Reynie d'avoir pitié d'elle et de ses nombreux enfants, dont l'aîné n'avait que treize ans et demi; elle lui représenta que son mari n'ayant rien gagné depuis plus de quatre ans parce qu'on avait fermé sa boutique, elle était dénuée de tout moyen de subsistance; enfin elle demandait qu'on relâchât le malheureux. Toujours au For-l'Evêque au mois de février 1687, malgré les complaisances, peut-être plus apparentes que réelles, qu'il avait eues pour les persécuteurs, Amian persistait à présenter des placets où, prétendant avoir «justifié qu'il ne tenait pas à lui que ses enfants revinssent», il demandait qu'on lui rendît la liberté. Seignelay^ enfin convaincu et presque touché, écrivait le 27 à La Reynie: «Je vous prie de me mander ce que l'on peut faire de cet homme, qui a d'ailleurs une femme et cinq (?) enfants qui souffrent de sa détention ». Amian, relâché par ordre du 4 mars 1687, ne put s'enfuir aussitôt; mais le 9 septembre 1698 il était naturalisé anglais, avec sa femme et sept enfants ' : Charles, Isaac, Claude, Jean, Théodore, Benjamin et Marie (Agnew, III, 60).

Amonnet, voir Anciens, II, 22.

Amyot, célèbre médecin et commissaire royal dans plusieurs synodes de l'Orléanais, se montra protestant assez zélé pour

> Il en avaU eu au moins onze,

Emprisonnes à Paris. 5

mériter les dénonciations du clergé, ainsi qu'il résulte d'une lettre de la main adressée à l'intendant De Bouville le 24 mars 1682 :

Monsieur,

M. l'archevêque de Bourges ayant fait entendre au roi que le nommé Amyot, médecin de la R. P. R. demeurant à Gien, va tous les ans aux deux saisons à Bourbon-les-Bains pour y assister les malades, et que, sous ce prétexte, il voit particulièrement ceux de sa religion, qu'il dogmatise, les exhorte à la mort, et les empêche de se convertir, Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire que son intention est que vous avertissiez ledit Amyot qu'elle ne veut pas qu'il se mêle d'autre chose que sa profession, à quoi vous devez tenir la main, et que, s'il arrive qu'il exhorte ainsi les malades, vous ne manquiez pas de m'en avertir, et Elle lui fera défenses d'aller à l'avenir à Bourbon. Je profite de cette occasion pour vous assurer que je suis, etc.

A la Révocation, Amyot abjura pour la forme et ne tarda pas à être de nouveau dénoncé. Le 5 avril 1687, Seignelay écrivait à l'intendant De Creil : «On a dit au roi qu' Amyot, médecin de la ville d'Orléans, ne fait pas son devoir de catholique» (O' 3i). Dans sa cinq cent quatre-vingt-onzième lettre, datée de Bourbonne le 22 septembre 1687, M™° de Sévigné parle du docteur en ces termes :

Nous avons un médecin qui me plaît; c'est Amyot..., il traitait M"" de Louvois : c'est un homme raisonnablement ennemi de la saignée..,, il m'assure que tous mes petits maux viennent de la rate, et que les eaux de Bourbon y sont spécifiques... Cet homme parle de bon sens, il me conduira avec une attention extrême, et vous rendra compte de tout : comme il va s'établir à Paris, vous jugez bien qu'il n'a pas envie d'y porter les reproches de ce pays-ci.

Amyot ne tarda pas, en effet, à être choisi pour médecin du duc du Maine, faveur qui n'empêcha point les délations d'aller leur train, témoin le billet que Pontchartrain adressait au lieutenant de police D'Argenson le 7 août 1697 :

Le mémoire donné par le sieur Desgrez contre le sieur Amyot, médecin, ne contient que des faits vagues depuis 1689. Il en a été donné plusieurs contre lui qui ne se sont pas trouvés véritables. Au contraire, les intendants de Moulins, à qui il a été écrit plusieurs fois sur ce sujet, ont rendu de bons témoignages de sa conduite. Il y a apparence que quelque ennemi jaloux aura donné ce mémoire. Je l'envoie cependant à l'intendant; informez-vous de votre côté de quelle manière il se conforme (O * 41).

L'ennemi était, croyons-nous, le clergé, mieux renseigné que l'administration sur les sentiments intimes du prétendu nouveau

6 Révocation de l'Édit de Nantes a Paris.

converti, qui fut mis à la Bastille par ordre du 2 août 1699, comme coupable de l'évasion de sa fille passée en Angleterre. Il n'en sortit le 1°'' décembre, qu'après avoir «fait les fonctions de catholicité », donné une caution de 10,000 écus dont une partie lui avait été prêtée, et promis, en outre, de retourner à la Bastille le i" avril 1700 si, dans l'intervalle, sa fille n'était pas rentrée en France (Qi 43). La demoiselle ne revint pas, et M"'^ Amyot étant morte sans recevoir les sacrements, D'Argenson reçut, le 21 juillet 1700, l'ordre de faire le procès à sa mémoire (O* 44), afin que le mari, appréhendan.t la confiscation des biens, se déterminât «plus promptement à faire son devoir et à prendre ses mesures pour le retour de sa fille » (TT 464). — Amyot fit son devoir en s'évadant ; il rejoignit sa fille à Londres {Mercure historique, février 1701, p. 200).

Pierre Amyot, naturalisé anglais en 1697, était sans doute son parent.

Amyraut (M"°=). Moïse Amyraut, sieur de Champrobin en Anjou, né en i63i {Ballet., XI, 7), était fils du célèbre professeur de l'académie de Saumur, et avocat distingué du Parlement de Paris. Il demeurait au Parvis. A la Révocation, il remplit sans hésiter le devoir que lui imposaient à la fois sa piété et le respect de la mémoire de son père, l'un des plus grands docteurs du protestantisme ; il se réfugia en Hollande. Dès le 12 janvier 1686, le procureur-général l'inscrivait au nombre des fugitifs (Fr. 7081 f° 87). A la même date, sa femme, Marie Théard, et ses filles, avaient déjà signé la formule d'abjuration. Aux quatre enfants que La France protestante (2^ édit.^ I, 206) attribue à Amyraut: Moïse (1660-1670), Marie (i66i-i68o), Elisabeth, mariée en 1678 à François Hardy de Vicques, et Moïse (1682), un document de 1688 conservé aux Archives (TT 25i), ajoute deux filles sans en donner les noms: «On dit que la dame Amyraut loge à Paris, dans la paroisse Saint-Sulpice, rue des Marais, à une porte cochère [peutêtre chez les Massanes]; qu'elle a trois enfants, et que le plus âgé est une fille de dix-neuf ans». Les biens du père furent accordés à ces enfants par un brevet du 8 juillet 1686.

Inconsolable d'avoir laissé les siens à la merci des ennemis de sa foi, et en dépit des galères qui l'attendaient s'il se laissait arrêter, Amyraut revint en France pour emmener sa famille, ainsi que nous l'apprend une note de la main de La Reynie, datée du mois de décembre 1686: «M""= Amyraut est dans la rue Pavée [aujourd'hui rue Séguier], la deuxième après les Grands-Augustins. Son mari

Emprisonnés à Paris. 7

est ici; il a offert 1000 francs à Félix pour le passer avec ses quatre enfants [Elisabeth, IVIoïse et les deux filles non nommées]. Félix, occupé ailleurs, n'a pu accepter. Une des filles est mariée à M. Hardy ; ils songent aussi à partir » (Fr. 7o5o f° 242). La mort dans l'âme, Amyraut reprit seul le chemin de l'exil. Bien que ses enfants demandassent en 1688 la confirmation du brevet qui leur attribuait les biens du fugitif, leur conversion parut laissera désirer; car, par ordre du 10 janvier 1689, les deux filles demeurant avec leur mère furent enlevées et mises aux. Nouvelles-Catholiques. Elles y restèrent huit mois. Seignelay écrivait à La Reynie le 12 septembre: «Sur le compte que j'ai rendu au roi de ce que vous m'avez écrit au sujet des filles du nommé Amyraut, Sa Majesté m'a ordonné de vous faire savoir qu'elle trouve bon que ces filles soient remises à leur mère, et il faut qu'en le disant à M. de Bellavoine [secrétaire d'ambassade de Hollande?], vous le chargiez de le faire savoir audit Amyraut et de lier commerce de lettres avec lui pour avoir des nouvelles» (O' 33).

Moïse Amyraut, Marie Amyraut et ses deux enfants : Henri et Marie- Anne, furent naturalisés anglais en 1700. (Agnew, in-4°, I, 55). Moïse était-il le père, âgé de soixante-neuf ans, ou le fils, âgé de dix-huit ans? Quant à Marie, c'était évidemment l'une des demoiselles inutilement enfermées aux Nouvelles-Catholiques.

Ancelin (Jean), apothicaire du faubourg Saint-Germain, signait le 18 novembre i685 la déclaration d'abjuration. Le 11 janvier suivant, Marguerite Ancelin, âgée de soixante-dix ans et veuve de Jean Fornet, cordonnier du faubourg Saint-Antoine, signait à son tour. Le 14, le sieur Ancelin, autre apothicaire du même faubourg, se montrait moins pressé d'abjurer qu'on ne l'avait cru (Fr. 7061 f°= 68, 75, 847). Une demoiselle Ancelin fut mise à la Bastille le 29 octobre de la même année.

Androuet (M™^ Paul) enfermée dans un couvent 1686 (Fr. pr., 2-= édit., I 253).

Andry (Jean), condamné aux galères pour la R. et détenu à la tour Saint-Bernard, fut gracié le 25 février 1688 (Fr. 17422 f" 20) ; le 7 mars, l'abjuration valut la même faveur à Garin (f" 22); le 20 avril, la peine de Borel, condamné aux galères par le Parlement de Tourna}', fut aussi commuée (f° 3i).

D'Angennes (M"'^). De son premier mariage avec Elisabeth de Nettancourt, Jacques d'Angennes, marquis de Montlouet, baron

8 Révocation de l'Edit de Nantes à Pans.

de Montjay, seigneur de Lizy-sur-Ourcq ', mort en i658, n'avait eu qu'un fils, tué à la guerre, et plusieurs filles (quatre, d'après la notice généalogique conservée au cabinet des titres, et six, suivant le P. Anselme)'^, dont l'une, mariée au capitaine Mosnier, résidait à Lizy, dans le château paternel, quand le dernier sjmode provincial y fut tenu en i683. De sa seconde femme, Marie Causse, veuve de Du Candal, épousée en 1648 et morte en 1666 (Reg. de Char.), Montlouet eut encore un fils, François, né en i652, et trois filles, dont l'aînée épousa en 1664 -Jacques le Maçon, sieur de la Fontaine. Le marquis de Montlouet qui abjura est probablement François, dont nous voyons les soeurs exposées de bien bonne heure au prosélytisme de M. de Bissy, évêque de Meaux. L'exactitude du millésime de la lettre suivante nous paraît douteuse ; ce n'est que bien plus tard, en effet, que le roi lui-même se fit convertisseur :

A Saint-Germain-en-Laye le 3i juillet 1670.

Madame de Montlouet, apprenant que l'une des demoiselles vos filles a intention de se convertir à la foi catholique, apostolique et romaine, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous demeuriez dans votre maison de Lizy avec vos filles sans en partir sous aucun prétexte jusques à ce que je vous ait fait savoir mon intention. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait. Madame de Montlouet, en sa sainte garde {Corresp. adm., IV, 492).

Une demoiselle d'Angennes, mise aux Nouvelles-Catholiques par ordre du 20 février 1686, en sortit après avoir abjuré, en vertu d'un ordre du 26 mars (O' 3o et Fr. 7o53 f° 166). Le 29, comme elle n'était pas encore relâchée, le convertisseur Gerbais demandait qu'on la mît en liberté, affirmant qu'elle avait promis « de faire sa réunion, à condition de sortir immédiatement des Nouvelles-Catholiques». — Elle avait au moins deux sœurs qui allèrent aussi dans la maison dirigée par Fénelon ; en effet, le commissaire Gazon s'exprime ainsi dans une liste de vingt-quatre personnes du quartier Saint-Germain-des-Prés, sorties du royaume après le mois de février 1687 : «Les deux demoiselles de la Fontaine et trois demoiselles d'Angennes, leurs cousines, qui demeuraient rue des Marais^ depuis leur sortie des Nouvelles-Catholiques, se sont retirées dans le même temps et ont passé en Allemagne. Elles ont leur part de la

' «Si fameux dans l'histoire des perse- - Tallemant des Réaux, édit. Mon-

cutions de France», d'après F.rman et nicrqué, VI, 53i.

Réclam, IX, 7, non contirmiîs par Benoit, ■'' Les I^a Fontaine habitaient cette rue

qui n'en dit mot. depuis longtemps.

Emprisonnés à Paris. g

terre de Lizy-en-Brie, de six à sept mille livres de revenu. La dame de la Fontaine en a aussi une part» (Fr. yoSi P 12). De son côté, Toussaint Duplessis écrit que M"^ Mosnier se retira en Suisse à la Révocation ', et que deux de ses sœurs se réfugièrent dans le Brandebourg, tandis que la troisième passait dans les Etats du landgrave de Hesse-Cassel '^. Henriette, admise à la repentance à La Haye en 1687, figure, ainsi que sa sœur Marie- Charlotte (morte en 1709 sans avoir été mariée) et ses cousines Catherine et Charlotte de La Fontaine, sur la liste des réfugiés dressée à Berlin en 1700.

Un D'Angennes, passé à l'étranger, revint en France et s'offrit à Seignelay, comme espion, pour faire arrêter les fugitifs (Fr. 7o5o f° 260).

Anne. Deux demoiselles de ce nom furent transférées de la Conciergerie à l'Union Chrétienne, par ordre du 14 juillet 1700. — Anne, horloger de la rue de Seine, arrêté à Calais oîi il s'embarquait pour l'Angleterre, 25 juin i685 (Fr. 7052 f° 365).

Anty (M"= d'), mise aux Nouvelles-Catholiques, par ordre du I" septembre 1686, figure sur la liste du 17 octobre avec cette note : «M. Pellisson nous paie par ordre du roi 200 livres de pension» sur la caisse des conversions (Fr. 7o53 f" 25).

Aquin (Louis), marchand de soie, près la place du Chevalier- Du-Guet, fugitif arrêté à Lafère, le 22 octobre i685, avec sa femme et trois enfants (voir II, 118).

Arbauld (Susanne), fille de Georges, docteur en médecine, et d'Hélène Berger, épousa, en 1644, Louis Le Blanc, sieur de Beaulieu, ministre de Sedan, qui mourut en 1675; elle fut emprisonnée à Soissons comme opiniâtre en 1687. On la transféra ensuite aux Incurables de Paris, d'où Montausier la fit sortir le 26 mars 1689 pour être expulsée du royaume. Une rente de 800 livres qu'elle avait sur l'Hôtel-de-ville fut confisquée en faveur de Poulsignon (Fr. 705 1 f° 824).

Archer (veuve), à la Bastille pour la R. en 1686 (Fr. 7o5i f° Soi).

' Madelaine Mosnier épousa en 1693 Villars et Etoy, dans le Canton de Vaud Paul de Loriol, seigneur de Chamergy, (Fr. pr. VII, i3o).

s Bullet., I, 460.

lo Révocation de l' Édit de Nantes à Paris.

Arcieu (M"'=), mise dans un couvent le 23 février 1688, en sortit par ordre du 27, pour retourner chez M"^ Le Coigneux, qui travaillait aux conversions (O' 82).

Ardesoif (Louise), native d'Alençon, demeurant à Paris, arrêtée le 11 février 1692 dans une assemblée présidée par le ministre Malzac chez M"" de la Contaudière, fut mise à la Bastille et bientôt transférée aux Nouvelles-Catholiques. Le 12 août, Pontchartrain écrivait à la mère Garnier, supérieure de cette maison, que M. de Guise demandait qu'on renvoyât Louise à Alençon, près de son père fort âgé {Les premiers past. du Désert, I, 814 et 817).

Charles Ardesoif fut naturalisé anglais en 1688 avec Jeanne, sa femme^ Pierre, Jean et Jeanne, ses enfants. Pierre fut aussi naturalisé anglais en 1700. Rien n'établit qu'ils habitassent Paris. Cependant, Jacques, peintre, natif de cette ville, y abjurait le 3 décembre 1761.

Arenfeldt (Martin), soldat suédois et protestant de la compagnie de Champlatreu, fut arrêté à Luzarches (Seine-et-Oise) conduisant M'"° Des Loires, fugitive, et mis au Petit-Chàtelet le 7 avril 1686 (Fr. 7o5i f" 298 et 7062 f-" 288). On le transféra, le 19 août, au château de Saumur, où nous le retrouvons encore le 2 octobre, entretenu aux frais du roi sur le pied de quinze sols par jour (O' 3o).

Arnoux fils, sorti de la maison des Nouveaux-Catholiques en vertu d'un ordre du 3 août 1699 (O' 48).

Arthuis (La nommée D'), qu'on n'avait pu convertir, fut tirée de l'Hôpital-Général et expulsée du royaume par ordre du 16 mars 1688 (O' 82). Elle descendait d'une illustre famille du Berry. C'est elle sans doute qu'on retrouve en Angleterre, sous le nom d'Elisabeth d'Arthuis, d'Authon en Perche, parmi les assistés de 1702.

Attainville (Jean), Françoise Mahiou, sa femme, Pierre Guillard, Jacques Caillot, Charles Regnauldet, qui avait abjuré, Jacques Luya, Pierre Larriou, Catherine Maupin, qui avait sans doute fait abjuration à Saint-Eustache, Marie, Charlotte et Marguerite de La Planche, furent arrêtées le 8 décembre 1686, pour l'affaire de l'assemblée du faubourg Saint-Germain, c'est-à-dire pour une assemblée tenue à l'académie du sieur du Breuil, rue de

Emprisonnés à Paris. ii

Seine. Celui-ci fut aussi arrêté ; on mit les hommes au For-I'Evêque, les femmes, dans la prison de l'Abbaye, et on leur fit leur procès (Fr. 7o5i f°^ 12, 287, 248, 280, 285 et 286).

Aurais (D'). Le 16 février 1699, Pontchartrain envoyait aux commandants des places frontières l'ordre d'arrêter un jeune gentilhomme nommé D'Aubaïs, absenté de Paris le 9 du mois. On le retrouva le 14 à Paris avec la personne qui devait le conduire à l'étranger. — Il s'agissait du marquis d'Aubaïs, fils du nîmois Louis Baschi, qui s'était réfugié à Genève en i685 et y mourut en 1703. Ce fils, enlevé à l'âge d'un an, avait été élevé par des parents catholiques, puis, à la demande de Fléchier, envoyé à l'âge de huit ans chez les Jésuites de Paris, où il était encore en 1699. Un officier d'infanterie, gentilhomme de Gascogne, nommé Gouzon, entreprit de le rendre à son père et l'emmena dans le carrosse de Besançon. Quelques difficultés qu'ils rencontrèrent sans doute en chemin les firent revenir à Paris; ils furent arrêtés dans le jardin du Luxembourg. Le jeune homme fut remis aux Jésuites et resta catholique. Il devint grand collectionneur de livres et publia des Pièces fugitives pour servir à l'histoire de France, 1 748-1 759, 3 vol. in-4°.

AuBERT, lapidaire, voir II, 589.

AuBERT (Marie)^ veuve de Gaspard Hatton, Ibid.

AuBRY (Anne), femme de Germain, perruquier de Châlons, de la R. P. R., arrêtée à Paris en avril 1686; on avertit son mari que, s'il voulait la faire revenir, on la mettrait en liberté après qu'elle aurait fait abjuration (O' 3o).

AuFRÈRE, voir Anciens, II, 3o.

AuLNAY (comte d'), voir Thors (De), II, 401.

AussET (Le nommé), de la ville d'Alais, venu à Paris, avait eu la naïveté de demander à la Reynie l'autorisation de sortir du royaume. Seignelay répondit à cette demande par un ordre d'emprisonnement, daté du 10 juin 1688. Il fallait que Ausset abjurât comme tous ses coreligionnaires (O' 82). La même année une dame du même nom fut emprisonnée à Alais.

AussoN, guide, mis à la Bastille le 27 décembre i685, en sortit le 29 août x686, pour aller au château du Pont-de-l'Arche (0« 3o et Arch. Bast., VIIL 842).

12 Révocation de l'Edif de Nantes à Paris.

AuTEUiL (La dame d'), retenue par sa famille dans la terre de Germenonville (Germignonville?), près d'Orléans, fut reléguée à Paris, par ordre du i3 janvier 1686, chez sa tante la dame Jacquinot, pour s'y convertir (O' 3o). ,

Ayrolle (D'), gentilhomme fugitif du Languedoc et entré au service du prince d'Orange, fut pris sur mer avec Imbert et amené à la Bastille, oii Du Junca le reçut le 4 mai 1692. Comme il était atteint d'une fistule, on lui permit d'aller, accompagné d'un garde, se faire traiter chez un frère qu'il avait à Paris. En conséquence il sortit le 8 septembre de la Bastille, où il devait retourner après sa guérison {Arch. Bast., IX, 344). Nous ignorons si c'est lui qui fut naturalisé anglais en 1696 sous le nom de Jacques Teissonnière d'Ayrolle (Agnew, III, 56).

Bacalan(M"'= Paul- Judith de'), d'une illustre famille de Guyenne qui, après avoir pris une glorieuse part aux guerres de religion, est demeurée fidèle à la Réforme jusqu'à nos jours et dont un quartier de Bordeaux porte le nom (voir Bullet., 2^ série, IX 568), fut mise aux Nouvelles-Catholiques de Paris le 3 août 1686 (Fr. 7052 f° 24). Comme elle ne payait rien, elle fut transférée par Desgrez, officier de la Prévôté, à l'Annonciade de Saint- Denis, le 24 janvier 1687 (Fr, 7o53 f° 168).

Ce n'est pas elle sans doute, mais une de ses parentes, fille de Bacalan, sieur de Livron, «protecteur des religionnaires dans tout le Genevois », dont le Mercure enregistrait l'abjuration au mois de janvier 1686, en ajoutant que le roi l'avait gratifiée d'une pension de 6000 livres {Fr. pr., VII 5ii b. n.). Un de ses frères habitait la Hollande en 1688. Charles de Bacalan était, en 1729, directeur de l'hôpital français de Londres (Agnew, III, 73).

Bacalan de La Barthe, inhumé à Paris au Port-au-Plàtre, vers le milieu du XVII^ siècle {Bullet., 3"= sér., VI, 134).

Badois. Les guides, même quand ils n'avaient pas cessé de pratiquer le catholicisme, étaient traités avec une grande sévérité lorsqu'on pouvait les saisir. Jacques Badois du Chasteauvert, natif de Paris, portier des comédiens de Bruxelles et camarade des Lespine, était un catholique avéré. Arrêté et mis au Petit-Chàtelet le 12 novembre 1686 (Fr. 7o5i f" 285), il fut envoyé au château de

' Non mentionnée par M. Oaullieur, tantisme du 27 novembre 1880 et du 2G dans ses articles du Journal du proies- mars 1881.

Emprisonnés à Pans. i3

Saumur le 28 janvier 1687 (O^ 3i) et n'en sortit que par ordre du 1="^ octobre 1688 (O ' 32).

Baille. En prévision de la Révocation, un fabricant de papier, nommé Baille, s'était rendu en Espagne avec son frère et son associé Moïse Charas, pour y établir son industrie. Seignelay s'empressa de lui écrire que, s'il voulait revenir, le roi lui témoignerait une bienveillance particulière. En même temps il ouvrit à notre ambassadeur un crédit de 4000 livres, afin qu'il pût donner quelque argent au fugitif pour le faire passer en France, ainsi que son frère et Charas. Assez naïf pour croire à la sincérité des promesses du ministre et de l'ambassadeur. Baille revint au mois d'octobre i685 et fut aussitôt mis à la Bastille*, où il resta onze ans. Son «crime était d'avoir voulut établir des manufactures hors du royaume». Au mois d'octobre 1692, on permit à sa femme de pénétrer dans la forteresse et de lui parler «seulement pour ses affaires domestiques». Ce gouvernement sans scrupules se piquait pourtant d'une tardive humanité: Seignelay écrivait le i3 décembre de la même année: «Baille est chargé de famille et fait compassion; s'il peut donner caution de rester dans le royaume, Sa Majesté veut bien le faire mettre en liberté». Quelle caution le négociant ruiné par l'emprisonnement eût-il pu fournir? Cette compassion un peu singulière s'alliait du reste fort bien avec l'économie: « Baille coûte au roi 892 livres par an; si on a dessein de le garder, il sera mieux dans un château pour la moitié de ce qu'il coûte à la Bastille ». Par ordre du 2 janvier 1698, il fut transféré au château de Pont-de-l' Arche; puis au château d'Arqués le 4 juin, enfin au château de Caen le 22 novembre 1694. Ce ne fut qu'en 1696 que les fils du papetier qui servaient dans l'armée, obtinrent sa mise en liberté, en fournissant caution qu'il ne sortirait plus du royaume. Pontchartrain écrivait le 28 mars au commandant du château: «Vous pouvez lui donner 60 livres pour se rendre au lieu où il voudra». — Nous ignorons s'il était parent de l'orfèvre parisien Pierre Baille, qui en lôSy présentait au baptême à Charenton un fils du célèbre peintre Charles Michelin. Le nom de Baille était du reste assez répandu, ainsi que l'atteste la seconde édition de La France protestante.

Baillet. Le 22 décembre 1690, Pontchartrain ordonnait à la supérieure de l'Union Chrétienne de laisser sortir la femme Baillet quand elle voudrait. Celle-ci se trouvait déjà dans l'établissement

' Ravaisson, Arch. Bast.

14 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.

au mois de juillet et y payait sa pension (O ' 84). Nous ignorons si elle avait quelque chose de commun avec «Louis Baillet, chirurgien de Vendôme, réfugié avec sa femme et 3 enfants à Wezel, 1698, passé à Londres en 1702, âgé de soixante et un ans, et assisté 1702 — 1705, — et avec Marguerite Baillet de Chailleu, veuve, âgée de 80 ans, assistée à Londres, 1702.» {Fr.pr., 2," édit., I, 721).

Bailly, vigneron de Claye, mis à l'Hôpital-Général par ordre du 17 février 1700 (O' 44).

Bailly (François), maître chapelier, accusé d'avoir voulu sortir du royaume et établir une manufacture de chapeaux à Turin, fut mis à la Bastille le 9 novembre 1699 et en sortit le 4 février 1700 (Arsen. F. Bast. io5i8).

Balagny (Pierre), guichetier des prisons du Petit-Chàtelet, paraît avoir trempé dans l'évasion d'une demoiselle Bernon (voir ce nom), qui trouva moyen de sortir du Petit-Chàtelet le jour de la Saint-Martin de 1686. On le mit au Grand-Chàtelet le i3, bien qu'il prétendit avoir montré son innocence dans un interrogatoire (Fr. 7o5i f-^ 283 et 7o53 i° 416).

Bander (Joseph), anglais, expulsé du royaume par Calais, le 20 septembre 1689 (O' 33).

Baptiste (La nommée), transférée de la Bastille à la citadelle de Besançon, par ordre du 4 janvier 1690 (Ars. Ms. Bast., 10492).

Barat (Philippe), tanneur de Paris, fugitif arrêté non loin de la frontière de l'Est, et enfermé à Besançon, où il abjura le 23 avril 1686 {Bullct. du comité des travaux histor., 1890 n° i p. 126).

Barbet. Le 3i mars 1687, Seignelay ordonnait à La Reynie de faire faire le procès du nommé Barbet, arrêté à Paris et conduit au For-l'Evêque pour avoir fait passer des protestants à l'étranger (O' 21).

Barbin (Claude), arrêté et conduit chez les religieux de la Charité à Charenton, par ordre du 28 avril 1690 (0'34).

Bareire et sa femme Elisabeth Vergne, fugitifs arrêtés avec Anne Buart, * Anne Gendrat et Pierre Nadau, avaient été condamnés, les hommes, aux galères perpétuelles, les femmes, à la réclusion

' Une famille de ce nom a existû <lan3 l'Église de Marchenoir (Bullet., XII, 44).

Emprisonnes à Paris. r5

perpétuelle. En considération de leur conversion, dont la sincérité (?) fut attestée par le procureur-général Harlay et par MM. de la Tournelle, le roi les gracia tous le 4 juillet 1700, à l'exception de Pierre Nadau, de Lusignan, en Poitou, ferme dans sa foi, qui fut envoyé à la Tournelle en exécution de l'arrêt du Parlement (0'44). On le trouve sur la Triomphante et la Palme à Dunkerque. Libéré le 24 juillet 1716.

Baril, voir II, 578.

Baril (Louise-Madelaine), mise aux Nouvelles-Catholiques en 1692, était sans doute fille de l'apothicaire Pierre Baril, qui pour avoir guidé dans Paris plusieurs pasteurs du Désert, mourut à la Bastille, oii il fut emprisonné avec Malzac dans cette même année 1692 (voir Les premiers pasteurs du, Désert').

Barle (M"= de), voir II, 586.

Baron (Veuve), emprisonnée 1698.

Baron (sieur du Pont, M""= Etienne), voir I, 464.

Baron (Charles), mis à la Bastille en 1697 [Fr. pr., X, 436).

Barrau (M"^ ou M"^), arrêtée à Coutras et conduite aux Nouvelles-Catholiques de Paris, par ordre du 9 juin 1699.

Barrois (Claude), voir Festu.

Batelier (La demoiselle), voir II, 592.

Battet (Joseph), mis à la Bastille le 27 décembre i685, transféré à Pont-de-l' Arche, par ordre du 19 août 1686, puis au Vieux- Palais de Rouen, recouvra la liberté en vertu d'un ordre du i^-- octobre 1688 (Fr. 7o53 f-^ 874 et O' 82).

Baudemont (Claude), voir Festu.

Baudouin (Veuve), enfermée dans un couvent, 1700.

Baurain (Antoine), de Tully en Normandie, condamné aux galères par le Parlement de Paris le 16 avril i685, envoyé en Amérique.

Baurin. Venu à Paris avec sa femme, Marthe Lormier, pour chercher le moyen de sortir de France, Pierre Baurin, marchand

i6 Révocation de l'Êdit de Nantes à Paris.

de dentelles à Dieppe, s'aboucha avec un de ses confrères catholiques, nommé La Forêt, qui habitait Versailles. Celui-ci les cacha, leur fournit des moyens d'évasion et consentit à recevoir en dépôt pour 2000 écus de dentelles. Les fugitifs ayant été arrêtés à Péronne par l'exempt Auzillon, furent ramenés à Paris et enfermés, l'un, au Petit-Chàtelet, l'autre, au For-l'Évêque. Le 26 mai 1686, Seignelay écrivait à l'intendant de Rouen d'inviter leurs parents à les retirer près d'eux après qu'ils auraient fait abjuration. En effet, les prisonniers retournèrent bientôt à Dieppe. Quant à La Forêt, non seulement il nia d'avoir reçu le dépôt; mais lorsque Baurin alla le lui réclamer en personne, il le fit emprisonner à Versailles (O' 3o et Fr. 7o53 f° 84). Nous ignorons si Pierre appartenait à la même famille qu'Antoine Baurain mentionné ci-dessus, et que Jacques Baurin de Saint- Valéry, exhumé, traîné et jeté à la voirie la même année.

Bazanier (Anne), voir Lardeau, Anciens, II, 98.

Bazille (La nommée) fut mise au Petit-Châtelet, le 12 mars 1687, à la requête de MM. de l'Hôtel-Dieu, pour avoir apporté à Paris de la viande pendant le carême.

Beaufort (De). Louvois écrivait le 5 octobre 1690 : «Le roi ayant jugé à propos de faire transférer à la Bastille M. de Beaufort, gentilhomme du Dauphiné, qui est dans les prisons du For-l'Évêque, Sa Majesté trouvera bon que vous le laissiez promener sur la terrasse de fois à autre, en prenant néanmoins les précautions nécessaires pour qu'il ne parle à personne pendant ce temps-là». Transféré à la Bastille le 24 octobre 1690, le comte de Beaufort fut relâché le 22 novembre 1691, sur la parole de M. de Champigny, évêque de Valence, de M"'^ Chardon et de M. de La Châteaudière, en donnant caution et en s'engageant vis-à-vis du P. Bordes à travailler au plus tôt à sa conversion {Fr. pr., 2^ éd., II, i5 et Arch. de la Bast., IX, 233, 236, 241).

Beaulieu, voir De Vicques.

Beaulieu. Le guide Jean Coustil, dit Beaulieu, fut emprisonné au Petit-Châtelet, le 14 mars 1687 (Fr. 7o5i f° 289) et transféré au château d'Angers le 24 avril. Il fut remis en liberté, mais avec défense de venir à Paris, par ordre du i"^"" octobre 1688 (O' 3i et 82).

Beaumont (Rozel De), voir II, 181 et 36o. Beaupré, transféré de la Bastille au Chàtelet, par ordre du i3 octobre 1688 (O' 82).

Emprisonnés a Paris. 17

Beauvais (Susanne), expulsée du royaume en 1697.

Beck (M. et M""^), voir II, 448.

Belcastel. Le comte Pierre de Belcastel, gentilhomme du Périgord, venu à Paris «pour fuir sa conversion», fut arrêté par ordre du 3i janvier 1686 à l'hôtel de Hollande, sur le quai Malaquais, avec les comtes de Campagnac et de Panjas-Vivans (O' 3i). Quand il put sortir de prison, il alla se mettre au service du prince d'Orange, et leva, en 1708 et en 1704, avec le marquis de Miremont, des troupes destinées à secourir les Camisards, lesquelles ne purent entrer en France, par suite de la soumission de Cavalier. En 1710 on le retrouve en Espagne à la tête des troupes hollandaises.

Belhomme (Jacques), doyen des avocats de Baugé, âgé de 69 ans, et sa femme Jeanne Chalopin, veuve de Jacques Le Royer, âgée de 74 ans, furent emprisonnés à Baugé pour la religion, lui, le i3 mai i685, et elle, le 2 juin; ils appelèrent du jugement prononcé contre eux le 18 août et furent transférés à la conciergerie de Paris. Relâchés au moment de la Révocation et fatigués par la prison, ils obtinrent le 27 octobre l'autorisation de séjourner quinze jours à Paris (Fr. 7o53 f° 354).

Il y avait à Paris une autre famille du même nom, au sujet de laquelle le commissaire Delamare écrivait le 18 août i685 : «Depuis que la femme de Belhomme a été arrêtée, le mari, âgé de 80 ans, paraîtrait disposé à se convertir ; il faudrait le voir » (Fr. 7052 f° 354). Les convertisseurs ne pouvant venir à bout du vieillard, eurent recours au grand moyen : Belhomme fut mis à la Bastille le 14 février 1686, et en sortit après abjuration par ordre du 11 mars (O* 3o). C'était peut-être Pierre, ouvrier en soie, dont le fils, Pierre, peintre, avait épousé à Charenton, en 1668, Elisabeth Richard, veuve de Louis d'Olive, chirurgien militaire.

Bellanger. Seignelay écrivait à La Reynie le 14 août i685 : «Je vous envoie l'ordre du roi pour faire mettre à la Bastille la nommée Bellanger de la R. P. R., au sujet de laquelle vous m'avez envoyé un mémoire» (O' 29). On la relâcha le 22 septembre. — Anne Bellanger, parisienne fugitive, arrêtée non loin de la frontière de l'Est et enfermée à Besançon, y abjura le 16 avril 1686 {Bxillet. du comité des trav. Iiist., 1890, n° I, p. 126). — Jean-Baptiste Lafitte, apothicaire de la reine, et Anne Bellanger, sa femme, perdirent une fille en 1681 (Extr. des reg. de Char.). — Ces renseignements ne

i8 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

concernent sans doute qu'une seule et unique personne, sœur de Madelaine Bellanger, mariée en 1676 au fameux chimiste Nicolas Lémery.

Belleville (La nommée), arrêtée et conduite à la prison Saint- Eloi, le 23 novembre 1687 (Fr. 7o53 f° i3o).

Bellory (M. et M""^). Pierre Bellory, médecin et ancien de Bruniquel (Guyenne), et sa femme, Jeanne Boen ou Du Boen, venus à Paris pour s'évader, furent arrêtés par-delà Saint-Denis le 7 octobre i685 (Fr. 7o5i f°= 269, 280), avec le sieur de Saint- Jean de Védas, et mis au Petit- Chàtelet. Après avoir interrogé le mari, La Reynie écrivait : « C'est un homme fort et qui a déclaré nettement qu'il ne quittera jamais sa religion. L'enfermer ou le mettre en quelque abbaye hors de Paris» (Fr. 7o5i f° 241). Cependant Bellory était encore au Chàtelet au mois de décembre et y avait abjuré. En vertu d'un ordre du 23 janvier 1687, on le tira du For-l'Évêque pour le conduire à l'abbaye de Saint-Pierre, de Lagny (Seine-et- Marne) (0' 3i), où il était encore en 1688.

M'""= Bellory encore à la prison de l'Abbaye au mois de décembre 1686, fut transférée comme opiniâtre, avec quatre autres femmes, au château d'Angers, le 28 janvier 1687 (O' 3i). On l'expulsa sans doute du royaume, car nous trouvons, en 1705, parmi les réfugiés assistés en Irlande la veuve d'un médecin de Guyenne. — Marthe Maturin, fille du pasteur du Désert, épousa à Arnheim, le 21 juin 1691, un Bellory, membre de l'Eglise du Tabernacle français, de Londres.

Belot (Anne-Marguerite), mise au Grand-Chàtelet pour la R. le 26 septembre 1686 (Fr. 7o5i f"^ 275 et 288).

Bennes (Jeanne de), voir Louvigny.

Bennes (De). Seignelay écrivait à l'intendant De Creil le i5 août 1690: «Je donnerai ordre à Paris pour faire arrêter le nommé De Bennes, s'il y est encore » (O' 84). Est-ce le même que Paul de Bennes, mari d'Anne Babault, tous deux habitants de Gien, fugitifs avant 1687, dont tout le bien était resté entre les mains de leur fille Susanne, qualifiée de nouvelle convertie en 1690? (Fr. pr. 2*^ édit., I, 633).

Benoit (Une demoiselle), détenue à la Bastille, fut remise en liberté par ordre du 27 mars 1689 (O' 33). Nous ignorons si c'était

Emprisonnés à Parts. 19

une sœur du parisien Elie Benoit, auteur de l'Histoire de l'Édit de Nantes, on si elle appartenait à l'autre famille parisienne des peintres Etienne et Abraham Benoit.

Berchet (Marie Dufresne, veuve), sœur de la femme de Gervaise, ancien de Charenton, fut mise à la Bastille le 2 février

1686, et en sortit le 3 mars après avoir abjuré (O' 3o). Son mari était le peintre Charles Berchet, dont le fils, Pierre, fut célèbre, aussi comme peintre, en Angleterre.

Beringhen (M. et M""' Jean de), et deux de leurs fils, voir Anciens, II, 84.

Beringhen (M. et M"*^ Théodore de), voir II, 879.

Berlancourt (Etienne), transféré de la prison de l'Abbaye au Grand-Chàtelet, le 19 mars 1686. On lui fit son procès (Fr. yoSi f° 288).

Bernard, ci-devant procureur au Parlement, mis au Forl'Évèque le 8 mars 1686; comme il ne marquait aucune disposition à changer de religion (Fr. yoSi f° 286), on le transféra, le 28 janvier

1687, à l'abbaye de Saint-Denis (O' 87), et, le 21 mars 1688, au lieu de l'expulser du royaume, on lui permit d'aller passer trois mois chez l'évêque de Tournay (O' 82). Nous ignorons si c'est le même personnage qu'on tira du Châtelet le 81 août 1689, pour le mettre en liberté. — Les Bernard étaient nombreux à Paris; nous ne savons à quelle famille attribuer ces deux courageux huguenots.

Bernard (Antoine), condamné aux galères par le Parlement de Paris en 1689; mort à la peine le 12 novembre 1699 {Fr. pr., 2" édit., VI, 226).

Bernard (Nicolas, Guillaume et Elisabeth), dont le père n'existait plus, avaient été enfermés à la Charité de Saint- Jean en Grève. Peu après la Révocation, les administrateurs du couvent auquel ils étaient à charge, suppliaient le roi d'accorder de quoi leur faire apprendre un métier, ajoutant que la mère, devenue luthérienne et remariée à un Anglais, les appelait en Angleterre (Fr. 7o58 f° 420).

Bernard (Jeanne), Huvé et Bordier, suivantes de la duchesse de La Force, mises le 22 juillet 1689 aux Nouvelles-Cathohques, d'où Jeanne fut envoyée au château de Guise comme inconvertis-

20 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

sable, par ordre du i6 novembre. Le 3i décembre 1690, l'une des deux autres était au château de Pont-de-l' Arche. On les expulsa toutes trois du royaume, en vertu d'un ordre du 8 janvier 1691 (Ot 35).

Bernardon (M"""), emprisonnée 1694, voir II, 590.

Berne (M"'=), «non payante» mise aux Nouvelles-Catholiques en 1686, y abjura évidemment, puisqu'elle est l'une des trois externes que l'établissement nourrissait «par charité» (Fr. 7062 f" 24).

Bernier (Alexandre-Paul), arrêté avec le pasteur du Désert Cardel en 1689, et mis à la Bastille, déclara hautement qu'il avait signé une rétractation et faisait profession de la religion réformée. Il fut transféré dans la tour de Guise par ordre du 4 janvier 1691 (voir Les premiers past. du Désert, 1,192).

Bernier (Anne), âgée de quatorze ans, mise aux Nouvelles- Catholiques en 1699 {Fr. pr., 2*= édit.).

Bernon de Lisleau (M"*^). Au mois d'octobre i685, sept à huit cents fusiliers, bientôt renforcés de quatre compagnies de dragons, entreprirent militairement la conversion des protestants de La Rochelle, pour préparer les voies à la mission de Fénelon. Devant les abominables excès de ces monstres, tout plia; André Bernon, l'un des anciens, dit à l'intendant qui présidait à ces scènes sans nom: «Vous m'allez damner, Monseigneur, puisqu'il m'est impossible de croire ce qu'enseigne la religion qu'on veut que j'embrasse». A quoi Arnoul, que Fénelon porte aux nues, répondit: « Que m'importe, pourvu que tu obéisses ! »

Un membre de la même famille, pasteur à Saint- Just en Saintonge, ayant abjuré pour échapper au bannissement, se laissa prendre dans les filets du missionnaire, ainsi qu'on le voit par les lettres que celui-ci adressait à Seignelay :

«La Rochelle, 21 avril 1686. J'ai formé une liaison avec un ministre Bernon, qui est très-mal converti, mais qui est très bon homme; j'espère qu'il sera bientôt aussi zélé pour l'Eglise qu'il a été préoccupé contre elle, et par lui nous ramènerons une bonne partie des religionnaires qui sont ses parents ou ses amis, et qui ont en lui une entière confiance sur la religion. Il demande un grand secret; car, outre que son instruction n'est pas achevée, de plus

Emprisonnes à Paris. 21

il deviendrait absolument inutile à nos desseins sur le moindre soupçon qu'on aurait de son commerce avec moi... »

« Paris, le 28 février 1687. J'ai déjà pris la liberté de vous parler du ministre Bernon, dont la conversion sincère et éclairée fait de grands biens à La Rochelle. Le désir de se rendre utile à ceux qui ont besoin d'instruction, et qui ont une singulière confiance en lui, l'a empêché de recevoir la pension que le roi donne aux ministres convertis. Il a cru ce désintéressement nécessaire pour éviter les soupçons qui pouvaient l'empêcher d'être écouté avec fruit. 11 me paraît fort à souhaiter, Monsieur, qu'une conduite si édifiante ne le prive pas des libéralités du roi, et que la pension lui soit gardée pour la recevoir quand ces raisons de charité cesseront...»

«La Rochelle, le 14 juillet 1687. Ce que nous avons fait de meilleur, c'est la nombreuse famille des Bernon, avec leurs alliances qui sont très étendues. Le ministre de cette famille est enfin un très zélé catholique, la ferveur de sa piété égale la fermeté de sa foi; comme sa parenté a une entière confiance en lui, il les gagne tous... Cet homme fait ici plus de bien que nous-mêmes...; moins il cherche les grâces, plus il les mérite»'. — Il toucha sa pension de 600 livres à partir de l'année suivante (O' 82) .

Les succès du ministre apostat ne furent ni complets, puisque plusieurs Bernon s'enfuirent de La Rochelle, ni durables, puisque la famille, qui subsiste encore, est restée protestante.

Deux demoiselles ou dames Bernon, venues à Paris avec leur nièce pour chercher les moyens de passer à l'étranger, furent arrêtées par Desgrez, le 29 octobre 1686, dans le carrosse de Lille, en compagnie d'ijne demoiselle Dubois et du guide Plat (Fr. 7o5i f'^ 269). Le 7 novembre suivant, leur nièce Esther Bernon de Lisleau, âgée de vingt ans, fille de Gabriel et petite-fille de Benjamin, échevin de la ville, fut arrêtée à son tour, munie d'un certificat d'abjuration qui parut suspect à Desgrez (O' 3o). Quatre jours après, l'une des tantes réussit à s'évader du Grand-Chàtelet, dont le guichetier, Pierre Balagny, fut emprisonné jusqu'à ce qu'il eut prouvé son innocence. Esther entra le 28 aux Nouvelles-Catholiques. La liste des prisonnières de l'établissement dressée le 17 décembre, porte en marge ces mots écrits de la main de La Reynie : « Elle a été extrêmement maltraitée en province. C'est un esprit effarouché qui a besoin d'être adouci» (Fr. 7o5i i° 246). En janvier 1687,

' L'abbé Verlaque, Lettres inédites de Fénelon, p. 36, 5i et 37.

22 Révocation de l'Edif de Nantes à Paris.

la mère Garnier la mit dans la chambre de la marchale de Créquy, afin d'avoir une chambre libre pour M"'' Jacquinot (Fr. 7o53 f° 35). Marie Bernon, sœur aînée d'Esther, avait épousé Richard de Rozemont, qui, plus dévoué que son frère, ancien de Charenton, passa en Angleterre avec toute sa famille.

Berquet et MoNCHÉ, décrétés d'arrestation le 12 mai 1698 pour être allés au prêche de milord Portland, à l'ambassade anglaise (0< 42).

Berteau (Pierre), de Condé-en-Brie, condamné aux galères comme guide par le Parlement de Tournay, en février lôgS; n° 19889 sur la Valeur à Saint-Malo en 1698. Libéré en 1714.

Berthe (JV!"") fiancée à un gentilhomme nouveau réuni, aussi bien qu'elle, fut mise aux Nouvelles-Catholiques en février 1698, et retourna au mois de mars à la Bastille, parce qu'on n'en pouvait rien faire {Mercure hist., p. 216).

Elle était sans doute fille de Jean-Auguste Berthe, banquier à Paris, mort entre 1680 et 1686, dont la veuve, Susanne Marchand, abjura le 14 janvier 1686, à l'instigation de son gendre, Nicolas Trinquant, aussi banquier, dont le mariage, célébré le i3 octobre i685, fut l'un des derniers qui eurent lieu dans le temple de Charenton. Deux autres filles de Jean-Auguste Berthe avaient épousé, l'une, Conrart, ancien de Charenton qui eut le malheur d'abjurer, l'autre, Claude Grostête, sieur de La Mothe et ministre à Lizy, qui se réfugia en Angleterre.

Bertheau (M"''). Interrogée le 21 mai 1686 par le commissaire Delamare, Marie-Marthe Œillet, ouvrière en dentelles de la rue aux Ours, avoua que Dorothée Brififeau (lisez: Bertheau), dont le père était chapelier en Hollande, l'ayant priée de lui prêter son baptistère et son certificat de catholicité, elle était allée les prendre à Saint- Nicolas-des-Champs, et les lui avait remis (Fr. 7062 f'' 114). Partie avec ces pièces, M"'' Bertheau fut bientôt arrêtée, car elle fut mise dans un couvent par ordre du 26 (O' 3o).

Berthon (Jacob), fils d'un médecin de Châtellerault, avait étudié à Genève et était passé en Hollande dans l'espoir que son oncle, le ministre Oriliard, lui procurerait une place de pasteur. Cet espoir étant déçu, il se fit soldat, fut fait prisonnier et ramené à Paris où on l'emprisonna le i3 avril 1701, comme coupable i" de fuite dans les pays étrangers, 2° d'avoir porté les armes contre le

roi, 3° d'opiniâtreté dans la R. P. R. et 4° de n'avoir pas fait sa déclaration au magistrat depuis son retour. Delamare écrivait le 14 à D'Argenson : «Si Dieu lui faisait la grâce de se laisser persuader, cela diminuerait beaucoup toutes ses fautes». On le relâcha le 3o décembre 1702, à condition de se rendre dans sa famille à Châtellerault et de s'y faire instruire dans la R. C. et R. {Arch. Bast., X, 344).

Bertrand (David), messin, peintre ordinaire du roi et domicilié dans la rue Michel-le-Comte, avait épousé à Charenton en i658 Judith Meusnier, fille de Philippe, maître maçon, qui lui donna de 1662 à 1677 six garçons et six filles. Toute la famille abjura des lèvres à la Révocation ; mais deux des filles, Juliette et Marie, se réfugièrent à La Haye avec une sœur de M"= Bertrand. Soupçonnés d'avoir favorisé leur évasion, Bertrand et sa femme furent arrêtés le 24 octobre 1686, et enfermés, lui, au Petit-Châtelet, elle, au Forl'Évêque, où nous la voyons encore au mois de janvier 1687 (Fr. 7o5i f°= 285, 286). Le 28 décembre 1686, Seignelay autorisait La Reynie à leur rendre la liberté, « à charge de faire revenir leurs filles dans trois mois » (O' 3o). Mais La Reynie exigeait en outre qu'ils promissent de ne point sortir du royaume et fournissent une caution de loooo livres. Incapables de fournir cette somme, ils écrivirent supplique sur supplique pour établir qu'ils ne possédaient que leur maison de la rue Michel-le-Comte louée onze cents livres, qui par elle-même servait de caution, puis qu'ils ne pouvaient ni la vendre ni l'emporter. Philippe Meusnier, frère de M'"'= Bertrand, consentait du reste à les cautionner (Fr. 7o53 f° 875). — En 1697, nous trouvons la veuve de David réfugiée à Halle.

Le commissaire Dyeure écrivait le i5 janvier 1686 que Jacquette Cheravaux, femme d'André Bertrand, venait de signer.

Un Bertrand embastillé le 11 décembre i685, sort le 7 janvier 1686 {Arch. Bast, VIII, 842).

Besnard (Daniel), procureur au Parlement, transféré du Forl'Evêque à l'abbaye de Saint-Denis par ordre du 23 janvier 1687 (O' 3i), puis ramené au Châtelet, d'où il ne sortit que par ordre du 3i août 1689 (0< 33).

Besnard (Jacques) sort de la Bastille en 1689 (Arsenal, Ms. Bast., 10484).

Bessé-Bataillère (M'"'' de). Jean Le Maçon, seigneur de Bessé- Bataillère en Poitou, épousait à Charenton, en i683, Charlotte-

Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Madeleine Imbert, fille de feu Jacques Imbert, secrétaire des finances du duc d'Orléans {Rcg. de Cliar.). Au moment de la Révocation les époux cherchèrent un refuge à Paris, peut-être avec leur fils âgé d'un an. Ayant obtenu, vers le 20 octobre i685, la permission d'y prolonger leur séjour d'une quinzaine (Fr. yoSo P igS), ils se cachèrent pour ne point être contraints d'abjurer. Finalement découverts, ils furent mis à la Bastille le 23 février 1686, et, le 27, Seignelay signait l'ordre d'envoyer M™'' de Bessé aux Nouvelles- Catholiques (O' 3o). Mais cet ordre ne reçut point d'exécution, grâce aux billets suivants adressés à La Reynie par le gouverneur de la Bastille: «4 mars 1686. M. de Lamon presse fort M. de Bessé et sa femme et en espère beaucoup. Je m'y applique de mon mieux. » — « 7 mars 1686. Je vous supplie. Monsieur, que M. Auzillon n'exécute pas l'ordre qu'il a pour M'"'' de Bessé. M. l'abbé de Lamon l'a mise à la raison, aussi bien que son mari, qui en sait autant que M. Masclari*. Tous deux méritent la louange d'avoir très-fort combattu et d'avoir pris cette résolution. M™° de Bourneau, aussi éclairée que M™" de Bessé, est de la partie, et si M. Gerbais a le loisir, vous saurez bientôt l'exécution» (Fr. 7o53f°''45i et 468). M. et M™° de Bessé, ainsi que M™" de Bourneau, abjurèrent à la Bastille, et tous trois en sortirent par ordre du 11 mars. Les convertisseurs triomphèrent. Bien à tort, comme on le vit par la suite.

Sept ans plus tard, le 23 décembre 1693, il fallut envoyer «la demoiselle de Bessé» aux Nouvelles-Catholiques d'Auxerre (O' 97). C'était M"" de Bessé, et non sa fille, née seulement en 1690. Six années après, le 17 juin 1699, il fallut ordonner l'arrestation de M. de Bessé, sorti de Paris le 7 pour passer à l'étranger avec son fils âgé de quinze ans et sa fille âgée de neuf ans. Les fugitifs payèrent sans doute de quelques mois de prison cette tentative infructueuse. M'"'^ de Bessé, qu'on crut leur complice, fut aussi arrêtée: le 21 juin, Pontchartrain approuvait D'Argenson de l'avoir fait mettre aux Nouvelles-Cathohques de Paris (O' 48). L'année suivante, M. de Bessé s'enfuit avec son fils, tandis que sa femme restait prisonnière. Pontchartrain écrivait, le 20 octobre, à Dableiges, intendant du Poitou: «La dame de Bessé qui est dans la maison des Nouvelles- Catholiques de Paris, est toujours fort opiniâtre et y restera apparemment longtemps»; et le même jour à D'Argenson: «Pour la dame de Bessé, il n'y a qu'à la garder toujours aux Nouvelles-

' Fils aîné de l'ancien de Charenton, voir Anciens.

Emprisonnés a Paris. 25

Catholiques ;> (O' 44). Elle en sortit toutefois au début de l'année 1701, et alla passer quelque temps chez M'"'^ Chardon, nouvelle catholique devenue convertisseuse ; en août, elle fut confiée à De Noyon, lieutenant de la prévôté, chargé de la surveiller et de la reconduire au bout d'un mois aux Nouvelles-Catholiques (O 248). Celles-ci tenaient bien moins à la garder depuis que, par ordre du roi, elles avaient dû baisser le prix de sa pension, qu'elles avaient fixée à 3oo livres pour elle, 200 livres pour sa femme de chambre, et 5oo livres pour son entretien. Aussi fut-elle remise en liberté, mais sans changer de sentiment ni de conduite, ainsi qu'il résulte d'une lettre de Pontchartrain au lieutenant de police: «17 mai lyoS. Il y a encore à Paris une M""^ de Bessé fort opiniâtre, qui y vit dalis une extrême liberté sur la religion dont elle ne fait aucun acte. Mandez-moi, s'il vous plaît, si elle n'a pas été aux Nouvelles-Catholiques, et depuis quand et par quel motif elle en est sortie » (O 25o). Le même secrétaire d'Etat écrivait encore à l'intendant Pinon, le 7 juillet: «Nous avons à Paris une M™" de Bessé, qui est une protestante opiniâtre de Poitou, à laquelle on n'a pu encore faire entendre raison. Je vous prie de me mander en quoi consistent ses biens, si elle en jouit, et de quelle manière; car il me semble qu'elle eu avait été dépossédée à cause de sa mauvaise conduite dans la religion"». Deux mois plus tard, Seignelay l'envoyait à Beauvais et écrivait à M. de Mornay: «Sa Majesté m'ordonne de vous la recommander, et de vous dire d'essayer de la convertir. Si vous y réussissez, ce ne sera pas une petite affaire pour le bien de la religion.» — Pendant ce temps, le fils^ rentré en France, obtenait, moyennant abjuration, le don des biens de sa famille.

En 1706, nous trouvons encore une dame Bessé envoyée à Auxerre avec une dame Pellet, qui, comme la première, avait longtemps été aux Nouvelles-Catholiques sans vouloir écouter les instructions. « Le roi, ne souff"rant en aucun lieu de son royaume desreligionnaires qui fissent ouvertement connaître leur opiniâtreté », leur donna trois mois pour se convertir ou être enfermées à l'Hopital-Général. Il 3^ a tout lieu de penser que ces consciences réveillées par le remords ne retombèrent plus dans le mensonge, et que les malheureuses femmes furent jetées dans l'horible gouffre de putréfaction.

Besson, guide, qui avait mené à l'étranger M"^ Descoudrais, de Blois, fut arrêté le 22 mai 1686, conduisant Anne Bordier, voir II, 45i.

20 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

Bethy (M"''), «non payante», entrée dans la maison des Nouvelles-Catholiques le i6 août 1686 (Fr, yoSa f° 24), figure comme encore protestante sur une liste du 14 décembre, avec cette note : « Sa mère, qui est anglaise demeurant à Londres, la redemande » (Fr. 7o5i f" 248).

Bezard (M""'), voir Anciens, II, 44.

BiDACHE (Susanne Reignard, veuve du sieur), seigneur de La Boissière, s'était retirée à Paris avec Marie d'Arambure, veuve du sieur de La Contaudière, poitevine comme elle. Toutes deux furent arrêtées avec le ministre Malzac tenant une assemblée chez elles le II février 1692. Par ordre du même jour, signé avant l'arrestation, la veuve Bidache fut envoyée chez les filles de la Providence, d'Auxerre (O' 36 et Les Premiers pasteurs du Désert, I, 814).

BiET. Plusieurs familles de ce nom habitaient Paris au moment de la Révocation : Jean, marchand férandinier du quartier Saint- Denis, propriétaire de la moitié d'une maison de la rue de Seine, a Saint-Jacques, et d'un arpent de marais au Gros-Caillou, vis-à-vis l'entrée principale des Invalides, noté comme fugitif sur l'état du mois de mars 1687 (Fr. 7o5i f°^2o8, 809); Amaury, réfugié à Berlin, avec sa femme^ deux enfants^ son père et une servante, tapissier de S. S. E., en 1698 et 1700; Henri, chirurgien, qu'on trouve à Berlin, avec sa femme et deux enfants en 1698, ainsi que Jacob, tapissier de Paris, avec sa femme; enfin le plus célèbre de tous. «IVI. Jean Biet, de Paris, lit-on dans Erman et Reclam, V, ii5, présenta en 1686 à Frédéric-Guillaume le projet d'une grande manufacture de soie, et obtint la même année une avance de 5ooo écus pour l'établir». Il fit venir des ouvriers de Hollande, «et en 1689 la cour lui assigna près de l'ancienne porte de Leipzig, une place pour bâtir une manufacture et lui en fournit les matériaux. Cet établissement où l'on fabriquait toutes sortes de soieries depuis le brocard jusqu'aux étoffes les plus légères, passa, en 1690, entre les mains de Pierre Massonneau, réfugié de Lyon ». Nous ignorons à quelle famille appartenait une demoiselle Jean-Baptiste Biet, mise au Grand-Châtclet le 17 janvier 1686 et sortie le 28 (Fr. 7061 f° 295).

Bigot de la Honville (Antoinette). Seignelay ordonnait à La Reynie, le 11 janvier 1686, de mettre M"" Bigot aux Nouvelles- Catholiques (O' 3o), et le 14 mars, de mettre dans un couvent une demoiselle Bigot qui avait donné parole à M. Le Pelletier, inten-

Emprisonnes h Paris. 27

dant des finances, et qui abjura, en effet, le 18 (Fr. 7o53 f" 5oi). Est-ce la prisonnière des Nouvelles-Catholiques qui va ensuite dans un couvent, ou une de ses parentes ? La famille Bigot, alliée aux Du Candal, aux Louvigny, aux De Launay, aux JVIercier, était une des plus considérables de Paris. Bigot, sieur de Morogues, avait déjà abjuré le 22 novembre i685 (Fr. yoSi f' 358). Les sieurs Bigot recevaient, le 22 mars 1701, l'autorisation de vendre une maison située rue Vieille-du-Temple (O' 45).

BiNOT, condamné aux galères pour la R. avec Le Coq, Tartereau. Plat, Simon, etc., obtint des lettres de rappel le 26 février 1687 (Fr. 17421 i" 154).

BivELAT (M""=), mise aux Nouvelles-Catholiques y abjura le 3r janvier 1687 (Fr. 7052 f° 3o). Nous ignorons quel était son lien de parenté avec Elisabeth Bivelat, couturière nouvelle catholique qui n'avait pas de quoi vivre {Ibid., f" 6), et Marie Bivelat, fugitive assistée à Londres en 1710 [Fr.pr., i" édit., II, 589).

Il y eut au faubourg Saint-Antoine un Jean Bivelat, sculpteur en bois, dont le fils, baptisé en lôSg, eut pour parrain Pierre-Jean Bivelat, orfèvre et peintre en émail, et pour marraine la femme de Sébastien Bourdon (Reg. de Char.).

Blaize (David), soupçonné de recevoir et de répandre « de mauvais livres concernant la R. » fut mis le 24 septembre 1691 à la Bastille, d'où il sortit le i*"" octobre.

Blette, marchand rubannier et «protestant scandaleux», arrêté par ordre du 29 octobre i7o3, sortit de la Bastille le 16 janvier suivant (Ravaisson, XI, 90).

Bligny (Jean de), sieur de La Bittière, mousquetaire de la garde, ayant «proféré quelques blasphèmes contre le saint nom de Dieu, le saint-sacrement et les ministres de l'Eglise», fut condamné par sentence du lieutenant-criminel d'Orléans, le 12 mai 1681, à l'amende honorable et au bannissement perpétuel de la duché. Il obtint son rappel de ban le i3 mai 1682 et fut emprisonné à la Bastille lors de la Révocation. M. de Besmaus recevait, le 21 décembre i685, l'ordre de ne lui laisser voir personne et de le confiner dans sa chambre, et le 27 celui de lui laisser voir sa famille. Le 26 janvier 1686, Seignela}' ordonnait qu'on le mît en liberté. Cependant nous trouvons encore, à la date du i3 octobre 1688,

28 Révocation de l' Edit de Nantes à Pans.

l'ordre de le transférer de la Bastille au Châtelet (0'26, 29, 3o, 32 et Fr. yoSS f-^ 453).

Blisson, frère d'une malade de Paris, chez laquelle le ministre Cardel fut arrêté en 1689 avec tous les assistants, y compris Blisson {Premiers past. du Des., I, i83).

BocQUET (Marguerite), mise à la Bastille le 12 avril 1689 (Arsenal, ms. Bast. 10484).

BoiGNANT (Judith), de Vitry-le-François, jeune fille âgée de dix-neuf ans, que sa famille voulait faire passer en Angleterre à la fin de i683, fut arrêtée à Paris et mise au couvent de l'Union Chrétienne, où elle abjura au mois de mars 1684. Six mois plus tard, « dénuée de tout secours et abandonnée de ses parents », elle sollicitait une pension de Sa Majesté (Fr. 7o53 f" 420).

BoiLEAu, fils d'un avocat, et sa femme, Catherine Pujolas, s'étant enfuis de la ville d'Uzès, furent arrêtés à Paris en 1687 sur le soupçon qu'ils cherchaient à sortir du royaume. Seignelay écrivait le 28 février 1688, à l'intendant Bàville que la jeune personne était enceinte de sept mois et qu'on ne leur rendrait la liberté à tous deux que quand ils se seraient mariés à l'église catholique (0^32, 24 mars).

BoiSBOURDON (De), limousin, demeurant chez M""" de Caylus, faisait le commerce avec la Hollande et fut mis à la Bastille le 12 septembre 1697, comme soupçonné de favoriser les évasions. Il n'en sortit que le 25 octobre 1699 [Arch. Bast., X, 67).

BoiSBREuiL (Le sieur de), mis à la Bastille pour quatre mois, le 27 janvier 1689, parce qu'il faisait mal son service de catholique, continuait d'être mauvais catholique en 1699, et Pontchartrain ordonnait, le 24 juin, de l'avertir de changer de conduite s'il ne voulait retourner dans la prison d'Etat (O* 48).

BoisFRADiN (M"'^ de), voir II, 590.

BoisFRANCs (Des). Seignelay écrivait à La Reynie le 14 janvier 1687: «Le roi veut que le procès soit fait suivant les déclarations à la dame Boisfrancs et à la nommée Testard et ses enfants, que le sieur Auzillon a arrêtés à Saint-Denis» (O' 3i). Le 10 mars, Marie Testard, femme du sieur des Boisfrancs, prisonnière au Grand- Châtelet depuis quinze jours, se plaignait qu'on l'eût arrêtée comme si elle voulait sortir du royaume, tandis qu'elle n'allait en Hollande

Emprisonnés à Paris. 29

que pour poursuivre le nommé Rou, banqueroutier, débiteur de 1 5,000 livres envers sa famille. Elle alléguait en preuve que son mari et ses enfants étaient restés à Verneuil au Perche, et demandait, en attendant la liberté, qu'on la transférât en la prison de l'Abbaye, pour n'être plus affligée par les blasphèmes et déportements des autres prisonniers (Fr. 7o53 f° 401).

BoisjoLLY (Denis), mis au Grand-Châtelet pour la R., le 11 novembre 1686 (Fr. 7o5i f" 283).

BoiSRAGON (M"*^ Chevalleau de), de Saint Maixent, arrêtée le 24 avril 1686 avec M"'' de Saint-Laurent (voir les Sainte-Hermine) sur un vaisseau anglais qui allait les emporter, fut enfermée dans la citadelle de l'île de Rhé oîi on la «maltraita extrêmement» (Fr. 7o5i i°2j[6), puis chez les Filles de la Providence à La Rochelle; elle entra le 17 octobre dans la maison des Nouvelles-Catholiques de Paris, où elle «était condamnée à être recluse» (0'3o). — Dans l'espoir qu'elle parviendrait à faire relâcher sa fille et le dernier de ses fils, Louis, enfermé au Petit-Châtelet', Catherine de Marconnay, veuve de Jean Chevalleau, vint à Paris et se logea dans la rue de Harlay, à l'enseigne de /a Petite-Fontaine (O* 3i). Le commissaire Delamare portait plainte contre elle à La Reynie, le 7 juillet 1687 : «M""= de Boisragon qui loge dans le quartier depuis deux mois, ne donne aucun signe de catholicisme; elle se retire en fermant sa fenêtre lorsque passe le saint-sacrement, et va dîner et souper tous les jours avec son fils prisonnier à la Conciergerie». Toutefois, grâce aux sollicitations du marquis de Villette, Seignelay signa le 8 août l'ordre de rendre à cette mauvaise catholique son fils et sa fille. Le \2., elle sollicitait la prompte exécution de l'ordre relatif à la mise en liberté de son fils (Fr. 7o53 f° 872). Quant à M"'' de Boisragon, elle n'était pas plus convertie que sa mère; car M""" de Maintenon écrivait le 4 septembre à son cousin le marquis de Villette : « On prétend aussi que cette demoiselle de Boisragon n'écoute point et qu'elle ne sera de longtemps convertie, cela sera encore sur votre compte ». Louis fut peut-être emprisonné de nouveau; car il y avait en 1689, dans le château de Pierre-Encise à Lyon, un M. de Boisragon qui abjura pour recouvrer la liberté (M 6o3). La même année, « M. et M"'= de Boisragon, célèbres

' Seignelay e'crivait le 3o août 1686 au le procès de Louis Chevalleau et celui de procureur-général pour l'invitera presser Pierre Girard des Bergeries (O' 3oj.

3o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

confesseurs» se réfugièrent à Amsterdam*. Louis passa en Angleterre et servit comme son père sous le prince d'Orange; il mourut lieutenant-colonel en 1729^.

BoisROGER et Du Cerceau de Tilly. Deux soeurs hollandaises, mariées, l'une au sieur de Boisroger ou Boscroger, l'autre, à Paul Androuet Du Cerceau, sieur de Tilly, près Houdan ^, horloger de la cour du Palais, qui abjura le 20 octobre i685, furent arrêtées par ordre du 9 juin 1686 et envoyées dans des couvents: M""= de Boisroger, à Houdan, et M™'' de Tilly, chez les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Mantes, qui réclamaient sa pension au mois de janvier 1687. En conséquence M. de Ménars reçut l'ordre de rechercher si cette dame avait du bien, et, dans ce cas, de payer sa pension sur ces biens. Les deux sœurs furent amenées aux Nouvelles-Catholiques de Paris par ordre du 24 janvier. Sur la caution de l'avocat Sonnet ^ M"" de Boisroger obtint le 5 avril l'autorisation d'aller soigner son mari, malade à quarante lieues de Paris. Sur la même caution. M""-' de Tilly fut relâchée le 16 juin, dans l'espoir qu'elle «s'instruirait mieux» en liberté (O' 3o et 3i). Elle s'enfuit à l'étranger peu après {Fr. pr., 3= édit., I, 254).

En 1710, Nicolas Boisroger de Mantes-sur-Seine, recevait à Genève un viatique pour l'Angleterre {Fr. pr., 2." édit. II, 7o3).

BoiSROGUEs, voir II, Sgo.

BoissELEAu (M"'=), emprisonnée en 1686.

BoissELEAU (Catherine du Raynier de), arrêtée à Paris, par ordre du 27 février 1688, et conduite chez les Filles de la Visitation- Sainte-Marie à Tours (O' 32).

BoMMEL, voir Van Bommel.

BoNAMY (Etienne), mis au Petit-Chàtelet pour la R. le 24 juin 1686 (Fr. 7o5i f° 293).

BoNCOEUR (De), mis à la Bastille pour la R. le 2 mars 1686, fut conduit à Mons et expulsé du royaume comme inconvertissable, par ordre du 7 mars 1688. Ses meubles restés à Paris furent vendus par ordre du 14 avril (O' 32 et Fr. 7o5i f" 252).

* L'Impiété des communions forcées, ' Voir Dusqucrque aux N^CathoIiq.

1G89, in-iû, p. X 1. ■* Il mourut protestant en i6y6 et fut

2 Proceedings of the huguenot Society inhumé dans un jardin près des Gobeiins.

0/ London, 1887, P- 7- Voir La Bastide aux anciens.

Emprisonnés a Paris. 3i

Georges- Guillaume, duc de Zell, avait, en i683, pour correspondant en France un nommé de Boncœur, qui mourut, ou du moins cessa de lui écrire à la fin de cette même année (Joret, Pierre et Nicolas For mont, p. 6i).

BoNCOURT (De). Paul Didier^ seigneur de Boncourt, colonel de cavalerie, emprisonné à la Bastille en 1687, passa en Hollande dès qu'on lui eut rendu la liberté. Le roi Guillaume lui donna un régiment de cavalerie qui se distingua en Angleterre. Son fils, lieutenant, resté en France postulait dès 1686 les biens de son père, de sa mère et de ses deux frères (/>. prot., 2° édit., II, 804 et V, 404).

BoNDAROY (M"^ de), voir Dufaur.

Bonhomme. Le 18 février 1698, Bonhomme, «mauvais catholique dont la conduite avait paru suspecte », fut envoyé au château de Ham et sa pension payée à raison de vingt sols par jour. Nous ignorons s'il était parent du fameux fabricant de toiles et teinturier parisien, qui, dès 1681, avait transporté son industrie en Angleterre {Fr.pr., 2P édit., II, 8i3).

BoNNAiN, de Normandie, condamné aux galères par le Parlement de Paris, le 16 avril i685.

BoNNAiRE (Isaïe Sauvage, dit), guide, arrêté à Pierrepont (Aisne) avec des protestants de Paris qu'il conduisait à l'étranger. Le 19 août 1686, Seignelay ordonnait à l'intendant Bossuet de lui faire son procès et celui des fugitifs qui avaient abjuré; quant à ceux qui n'avaient point fait abjuration, ils devaient être relâchés aussitôt qu'ils l'auraient faite. Bonnaire fut écroué au Châtelet de Paris le 3o octobre 1686; il obtint des lettres de rémission en janvier 1687, ^'J moment où la chaîne allait partir (Fr. 17421 f° 129 et Reg. d'écrou du Palais de justice).

Bonne (Henri), emprisonné à Saint-Éloi en janvier 1686, pour avoir méprisé toutes les instructions, même celles des dragons. «J'ai donné 18 livres à sa femme, écrivait, le 12, le commissaire Labbé, pour l'indemniser des frais de garnison. Elle a trois petits enfants» (Fr. 7o5i f*^ 71).

BoNNEAu (Ésaïe), marchand de Thouars, arrêté comme ministre et condamné à mort par le Parlement de Paris le 14 juin 1689. Sa peine fut commuée en celle des galères par un jugement rendu à

32 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.

Poitiers. On le retrouve sur la Gloire; il mourut à l'hôpital en mai 1693.

BoNNEAU (Jean), voir II, 534.

BoNNEL, voir Chastelain.

Bonnet (Charlotte et Catherine), sœurs, furent arrêtées le 26 février 1687 et menées aux Nouvelles-Catholiques (Fr. 7o53 f" 168). Nous ignorons si elles étaient filles de Françoise Rolland, veuve de Jacques Bonnet, âgée de quarante-cinq ans, qui avait abjuré le 23 décembre i685 et habitait la rue Sainte-Marguerite au faubourg Saint-Antoine. Il est permis d'en douter; car les Nouvelles-Catholiques recherchaient les riches pensionnaires, tandis que cette veuve, extrêmement pauvre, fut mise à l'aumône ordinaire après son abjuration (Fr. 7o5i f° 177).

BoRDiER, voir Bernard.

BoRDiER (Anne). Jacques Bordier, collaborateur du célèbre peintre en émail Petitot et résident de Genève à Paris, était mort un an avant la Révocation, laissant, entre autres, une fille âgée de vingt-quatre ans. Durant six mois, Anne réussit à se cacher et à échapper aux convertisseurs; enfin comme elle se disposait à sortir du royaume, l'exempt Desgrez l'arrêta le 22 mai 1686, en compagnie d'un nommé Besson (Fr. 7062 f° i52). D'après son interrogatoire, elle n'aurait pas songé à sortir du royaume sans les solHcitations de ce guide, que lui envo^^ait son amie M"= Descoudrais, de Blois, qu'il avait fait passer. En outre, ce serait à l'insu de ses parents qu'elle aurait fait marché avec lui aux prix de trente pistoles. Montée en croupe derrière lui à partir de Villejuif, elle devait passer pour sa femme tout le long de la route (Fr. 7052 f" i52). On la mit le 26 au For-l'Évêque (Fr. 7062 f° 286), et elle abjura le 3 juin entre les mains de Guillaume de La Fontaine, prêtre de la communauté de Saint-Gervais. Son oncle Petitot, qui venait lui-même d'abjurer pour pouvoir sortir de prison, contresigna cette abjuration, dont l'acte fut déposé au greffe du procureur (Fr. 7o55 f" 445). Se prévalant de ce dépôt, Anne présentait, le 14 juin, une supphque pour être rendue à la liberté (Fr. 7o53 f" 411); mais, le 16, Desgrez dénonçait le scandale qu'elle avait causé «à tous les prisonniers »(?) le jour de la fête-Dieu, en courant se cacher au lieu de s'agenouiller sur le passage du saint-sacrement. Au reste, ajoutait-il, elle fait des railleries de sa conversion. Le 22 août, nouvelle supplique restée

Emprisonnés à Parts. 33

sans effet comme la précédente. Le 5 novembre, Anne se plaint qu'on ne veuille point recevoir Petitot pour sa caution (O' 3o). Dès qu'on l'eut relâchée, elle se réfugia à Genève, où elle mourut en 1753, sans avoir été mariée, dit La France protestante, 2^ édit., II, 887. D'après le même ouvrage, une sœur d'Anne, peut-être Marie, aurait aussi été enfermée au For-l'Evêque en 1686. L'aînée, Madelaine, qui avait épousé un fils de Petitot, resta en France avec son mari au moins jusqu'en lôgS. Le commissaire Gazon écrivait, le 16 juin 1688, que la veuve de Bordier, Madelaine Cuper, venait de se réfugier à Genève (Fr. 7o5i f" 12).

BoREL, voir Andry.

Bosc (Laurent), seigneur de Servières et de La Calmette, ancien de l'Église de Montpellier en 1675 {Bitllct., II, 92), et conseiller au Parlement de Toulouse en 1678, avait épousé Françoise de Marc de La Calmette, de Saint-Clément, qui lui donna une fille, mariée en i683 à Henri, fils du grand Du Quesne, et trois fils : Marc-Antoine, Laurent (1672) et Jean-Louis (1674). Bien qu'il eût abjuré à la Révocation, il était mal vu à la cour, parce que ses deux fils aînés étaient passés en Hollande. Le troisième, âgé de douze ans et en marche pour les rejoindre, fut arrêté à Valenciennes avec son cousin-germain Laurent Galdi'. Bientôt ramené à Paris, il fut enfermé au For-l'Évêque, puis dans le collège des Jésuites, où il était encore en 1689. Mais tandis que ses aînés revinrent s'établir en France, Jean-Louis s'enfuit en Hollande et servit comme capitaine d'infanterie dans l'armée du prince d'Orange (A. N., M 663 et Fr. pr. 2"^ édit.). — Des enfants Bosc furent enlevés à leurs parents en 1695.

BosREDON, mis à la Bastille par ordre du 11 septembre 1697, comme suspect de faire venir des passeports de Hollande et de favoriser les évasions, fut relâché avant la fin de l'année {Arcli. Bast., X, i53).

BouAY. Le serrurier Bouay et sa femme, qui conduisaient ordinairement dans Paris le pasteur du Désert Cardel, furent arrêtés avec lui vers le milieu de février 1689. Le mari se tira d'affaire

' Seignelay écrivait à La Reynie le 23 P. R., a abusé d'un passeport qui lui a

octobre i685 : a On prétend que le nommé été accordé pour aller en Hollande, et

Du Try, demeurant à Paris, rue des La- qu'il l'a donné à un nommé Galdi»

vandières, chez la dame Gaillard de la R. (O ' 20).

34 Révocation de lEdit de Nantes à Paris.

comme il put, peut-être par une seconde abjuration. M'"" Bouay, au contraire, déclara hautement qu'elle avait signé une rétractation, et tenait à honneur de professer la religion réformée. On la mit, le 14 mars, à la Bastille, où son mari eut, le 19 avril, la permission de lui parler, pour l'engager à se montrer moins rebelle à la volonté royale. Rien n'y fit; dès le 3i décembre 1690, Pontchartrain annonçait à La Reynie que M"" Bouay serait envoyée hors du royaume. Elle était pourtant encore à la Bastille le 3o janvier 1692 lorsque Pontchartrain écrivait au lieutenant de police: «Prenez la peine de vous informer dans quel pays elle veut se retirer, afin que quand le temps sera un peu plus doux, on l'envoie sur la frontière». Ce ne fut que le jeudi 5 avril, que Huot, garde de la Prévôté, alla la prendre à la Bastille, ainsi que l'anabaptiste hollandais Jacob Lieven, pour les mettre dans un carrosse qui les conduisit à Mons, d'où on les fit passer en Hollande {Les premiers pasteurs du Désert I, i83^ 191, 192 ; Areh. de la Bast., IX, 180).

Boucher. Une lettre que le commissaire Delamare écrivait le 27 juillet 1686, nous apprend que Boucher, garçon chirurgien fugitif, venait d'être arrêté à Lille, et que, en revenant à Paris, il apportait à Françoise Lemaistre une lettre de Valérie de La Baritaudière, arrêtée comme lui (Fr. 7052 ï" 182). — Il y avait à Paris un Boucher, joaillier, et un autre, marchand de vin, rue du Four. Nous ne savons à quelle famille appartenait le fugitif.

C'est probablement aussi lui qui, pour avoir envoyé ses enfants hors du royaume, fut arrêté par ordre du 2 août 1699, mis à la Bastille le 5, et à qui l'on permit le 10 septembre, de se promener dans la cour lorsque les autres «nouveaux catholiques» n'y seraient pas (O' 43). Il fut mis en liberté par ordre du i3 janvier 1700 {Arch. Bast., X, 218).

Boucheron (Emilie), âgée de quinze ans, abjure le 16 octobre i685, aux Nouvelles-Catholiques (Fr. 7062 f° 33i).

Boueiran (?) (Pierre) mis, le 26 mai 1686, au Grand-Châtelet, où il abjura (Fr. 7o5i f° 299).

BouGY (Le marquis de), seigneur de Calonges (Lot-et-Garonne) et colonel d'un régiment de cavalerie, ayant essayé de sortir du royaume par la Franche-Comté, eut le malheur d'être fait prisonnier en février 1686. La marquise, arrêtée à Paris, le 14 mars, fut enfermée au couvent du Calvaire, près du Luxembourg, et en sortit

Emprtsotmés à Paris. 35

par ordre du 23. A la fin d'avril, quand le marquis se vit sur le point d'être condamné aux galères (Mon. de Soiirches), le courage lui manqua: il fit «comme les autres» {Bnllet., II, 173); mais sans se croire lié par une abjuration forcée. En 1693, il passa en Hollande «sur la foi d'un passeport que le roi lui avait accordé pour aller prendre des eaux à Aix-la-Chapelle », et l'intendant Foucault {Mém.) saisit la terre de Bougy en Agenais. En 1702, le marquis présentait au baptême à La Haye une fille de Bazin de Limeville et de Marie Petitot {Bullct., IX, 3o9\

Bouille, voir Scellier.

BouiLLY (Alexandre de), sieur de Beauregard, arrêté par Desgrez et mis au Grand-Châtelet le 3i mars 1686, en sortit le 7 avril après abjuration (Fr. 7o5i f° 295 et 7o53, {° 275).

BouiLLY (Erouard de) voir Bouilly, ancien, II, 45.

BoujONNiER. La famille parisienne de ce nom se composait de la mère, Catherine Gilon, sœur d'Adam, lapidaire de la rue du Harlay, passé à Londres deux ou trois ans avant la Révocation, d'une fille et de trois fils, Jean, Pierre et Guillaume. Le dernier, retiré à Londres en 1682, y avait épousé une demoiselle Bongard, dieppoise, et en était revenu récemment avec elle. L'année du départ de Guillaume, Jean, domicilié place Dauphine, Pierre et sa sœur demeurant chez leur mère, s'étaient laissé séduire par les promesses et les menaces des jésuites, et avaient abjuré tous trois le même jour entre les mains du P. Robinet; mais Pierre, bientôt repentant, continua d'aller au prêche àCharenton. Sur une fausse dénonciation de complot contre la personne du roi, toute la famille fut arrêtée en vertu d'un ordre du 14 août i685, fit abjuration à la Bastille et fut relâchée le 22 septembre, à l'exception de Pierre qui avait refusé de trahir de nouveau sa foi. Le roi trouva bon de le garder jusqu'à ce que l'occasion se présentât de l'envoyer aux Iles d'Amérique. Un ordre du 20 novembre 1688 lui rendit pourtant la liberté {Arch. Bast, VIII, 346, 349). M'"^ Boujonnier abjura le i^"^ octobre i685 aux Nouvelles-Catholiques.

Bouquet (Jacques), mis au Grand-Châtelet le 20 mai 1686, y fit abjuration (Fr. 7o5i f° 299). — Un fils de Jean Birot, docteur en médecine, et de Louise Bouquet, épousait à Charenton, en 1668, une demoiselle Adniirault, fille d'un procureur.

36 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Bourbon-Malauze (Henriette ou Charlotte de), fille de Louis de Bourbon, marquis de Malauze^ et de Henriette de Durfort, était sœur d'Armand de Bourbon-Malauze, marquis de Miremont, sorti de France avant la Révocation*. Plus attachée à sa religion que son grand oncle le maréchal de Turenne, M""= de Malauze fut enfermée à Port-Royal, par ordre du 8 mai 1686^, et n'en sortit qu'au bout de deux ans, par ordre du 28 février 1688. Elle fut expulsée du royaume et pourvue, le 9 mars, d'un passeport à destination d'Angleterre (O' 3o et 82). Voir la France prot., 2" édit., II, 1086 et 1088 en désaccord avec Ph. Corbière, La famille de Bourbon-Malauze, p. 37 et 62.

Bourdon (M""). Jean-Sébastien Bourdon, dont l'œuvre est décrit dans les deux éditions de La France protestante, eut de sa première femme, Susanne Dugarnier, neuf enfants, entre autres, Charlotte (i65o) et Susanne (i655). Sa seconde femme, Marguerite Jumeau, de Tours, qu'il avait épousée en lôSg, lui en donna encore huit, notamment Marie-Anne (i663), Daniel (1666) et Marie-Madelaine (1670). L'illustre peintre et graveur mourut en 1671. «Presque tous ses enfants, dit la seconde édition de La France protestante, l'avaient précédé ou le suivirent de près dans la tombe. Seule, sa fille Marie-Anne paraît avoir survécu jusqu'à la Révocation, et elle est inscrite (B. N., Saint-Germain fr. 791,2), comme protestante réfugiée hors du royaume en 1687». — Nous voyons, au contraire, trois filles du célèbre peintre du roi s'enfuir le 14 ou le i5 octobre i685; une, sans doute Charlotte, avec sa tante Marguerite Ducloux, veuve de Louis Dugarnier, et deux, Susanne et Marie-Anne, avec Anne Girardot, femme de Jean Catillon^. Toutes trois furent arrêtées avant d'avoir franchi la frontière. Emprisonnée à Condé (Nord), Charlotte ne recouvra la liberté qu'au mois d'avril suivant et au prix d'une abjuration. Ses deux sœurs, enfermées à Vervins (Aisne) et ramenées au Grand-Chàtelet, avaient résisté moins longtemps, elles étaient sorties de prison le 3i décembre. Cependant l'une de celles-ci, Marie-Anne, partie vers le milieu de l'année 1686 avec M"'° Dugarnier, arriva au mois de juillet en Angleterre, où elle fut naturalisée en 1688. Dans son interrogatoire du 19 novembre 1686, le guide Lespine dénonçait M""^ Bourdon du faubourg Saint-

' Voir Les premiers past. du Désert, ordre de se mettre dans un couvent

II, 8q, rii etc. (I.emontey, extraits de Dangeau).

' Le 2 mai iû8b, IW"» de Bourbon-Ma- ^ Voir Du Vigneau, II, 3ii. lauze, qui est encore huguenote, eut

EnipHsounés à Paris. 87

Antoine, comme ayant chez elle la fille du ministre réfugié à Amsterdam (peut-être M"*" Yver ') et trois ou quatre enfants prêts à s'en aller (Fr. 7o53 f° 189). — C'était sans doute la femme du peintre, et, dans ce cas, les enfants prêts à s'en aller auraient été Charlotte, Susanne, Daniel et Marie-Madelaine. Une demoiselle Bourdon figure sur la liste des réfugiés à Berlin dressée en 1700 par Joseph Ancillon (Papiers Dieterici à la Biblioth. du prot.).

Bourgeois (M™"), dite Gaujard, parisienne native de Butte près Houdan, et âgée de soixante-onze ans lorsqu'elle fut arrêtée au commencement de 1702 à Pont-Sainte-Maxence, avec la passeuse Lesprit, se dirigeant vers la Hollande, où elle allait rejoindre sa fille. On la mit à l'Hôpital-Général pour quelques mois, dans l'intention de l'expulser du royaume ; mais elle resta prisonnière toute sa vie. «Elle a eu beaucoup de peine à se résoudre d'aller à la messe, écrivait D'Argenson, en 1705. Elle ne veut pas même se faire instruire, et il lui prend quelquefois des accès d'imbécillité qui la rendent comme bête ; ainsi je ne crois pas devoir encore proposer sa sortie. En 1707, il n'y a aucun changement ni pour sa conversion, ni pour le désordre de son esprit. En 1708, elle a été malade du scorbut depuis deux mois, et il lui reste un fonds d'imbécillité qui apparemment ne finira qu'avec sa vie» (Ravaisson, X, 363).

BouRNEAU (M"^ de), mise à la Bastille le 2 mars 1686, y fut aussitôt entourée des abbés convertisseurs Pavillon, Du Lignon, De Lavau et De Lamon (O • 3o). Le 4 mars, M. de Besmaus écrit qu'elle prend plaisir à raisonner avec le dernier (Fr. 7o53 f'' 45i). Le 7, il écrit encore : « M""^ de Bourneau, aussi éclairée que M""" de Bessé, est de la partie, et si M. Gerbais a le loisir vous saurez bientôt l'exécution de l'abjuration » {Ibid., {" 458). Elle fut mise en liberté par ordre du 11 (O ' 3o).

Bourneau (Esaïe), galérien, voir II, 562.

BouRSiN (Marie-Madelaine), femme Vaillant, voir Vaillant.

Bourbon (Benjamin), sieur de Lalande, et sa femme, appartenant sans doute à la famille parisienne, arrêtés comme fugitifs en octobre i685, furent enfermés dans les prisons de Saint-Quentin (Fr. 7053 f° 154).

' Jean Vver, pasteur de Saint-Jean- (Gagnebin, Pasteurs de Fr. réfug. en d'Angély, établi à Amsterdam, attendait HolL). deux de ses filles restées en France

38 Rcvoration de l'Édit de Nantes à Paris.

BoussAC. Le II mars 1686, Seignelay invitait M. de Besmaus à permettre au sieur de Boussac de voir sa femme détenue à la Bastille. Celle-ci n'était donc point, comme le dit La France protestante, 2" édit., III, 25, la femme du marquis de Boussac, colonel de dragons, mort à Metz en i683.

En vertu d'un ordre du 14 août 1698, le sieur de Bouzac fut mis au Petit-Châtelet avec le nommé Vandru (O ' 42). Était-ce ou non le même personnage ?

BouTiN, voir Voreaux.

BouxîN (Pierre-Jacob), marchand de dentelles de la rue des Mauvaises-Paroles, quartier Sainte-Opportune, dont la boutique au Palais avait pour enseigne A la Reine de France, fut naturalisé anglais en 1686, avec sa femme Madelaine Piger, et leurs enfants Pierre-Jacob, Marie et Madelaine. Avant sa fuite, il avait fait, en sa qualité de directeur des créanciers de la veuve Bonhomme, des avances de fonds qui ne lui avaient pas été remboursées (Fr. 7o5i f''^ 291 et 319). Leur troisième fille, conduite au mois de février 1686 chez Milois, marchand, par une tante nouvelle catholique partant pour la campagne et soupçonnée d'être aussi fugitive (Fr. 7o52 f° 157), fut mise aux Nouvelles-Catholiques, d'où elle s'enfuit en juillet 1701. Elle réussit à rejoindre ses parents. Neuf mois plus tard, le père, revenu d'Angleterre, se laissa prendre et fut enfermé au château de Vincennes; on lui déclara qu'il y resterait jusqu'à ce qu'il eût fait revenir tous les siens et notamment l'élève des Nouvelles-Catholiques (O 249). Il n'en sortit que le 4 février 1707, pour être conduit aux Nouveaux-Catholiques (Fr. 14061). Mentionnons encore Louis Bouxin, marchand de dentelles du quartier Sainte-Opportune, ayant aussi boutique au Palais, notable commerçant de la seconde catégorie, noté comme «homme faible et néanmoins entêté», qui, mandé par le procureur-général chez Seignelay, y signa le 14 décembre i685 (Fr. 7052 P 228).

BovET (La nommée), de Neuchàtel en Suisse, envoyée au château de Pont-de-l'Arche, en vertu d'un ordre du 4 juillet 1690.

BoYER, âgé de neuf ans, mis le 11 avril 1698 au séminaire de Notre-Dame-des- Vertus, et sa sœur, âgée de quinze ans, aux Nouvelles-Catholiques {Mercure hist., p. 53o).

Braconneau, voir II, 572.

Emprisonnes à Paris. 3g

Braconnier (La sœur de), enfermée dans un couvent par ordre du 6 juillet 1698, voir Les Premiers pasteurs du Désert, I, 847.

Braguelonne (De), mis à la Bastille pour la R., le 5 décembre 1687, n'en sortit que le 1'='' février 1688. En 1691, sa femme et lui étaient dénoncés comme tenant des assemblées dans leur maison (Arsenal, Ms. Bast. 10472 et O ' 35).

Braly (M"'=^ de). Le 22 février 1700, Pontchartrain envoyait à D'Argenson l'ordre de mettre aux Nouvelles-Catholiques les deux filles de la dame de Braly et celles de la demoiselle de Milsonneau, toutes mauvaises catholiques, sorties de la généralité d'Orléans et réfugiées à Paris. Les demoiselles de Braly furent envoyées le 3 mars aux Nouvelles-Catholiques de Blois (O* 44),

Brannay (M""^= de). Françoise Le Sueur, fille de Jean, sieur de Baron, et d'Adrienne de Valois, avait épousé à Charenton, en i665, Louis de Canaye, gentilhomme ordinaire de la chambre de M. le Prince, fils de Philippe, sieur des Barres et de Brannay*. {Reg. de Char.). M'""^ de Brannay habitait Caen. A la Révocation elle feignit d'abjurer avec son fils nommé Philippe, que la recommandation de l'intendant Foucault fit entrer dans les mousquetaires, et avec ses filles, Adrienne et Catherine, âgées d'une dizaine d'années (voir ancien M 664). Toutefois celles-ci furent enfermées en 1688 chez les Nouvelles-Cathohques de Caen, qui dictèrent à l'aînée la curieuse lettre qu'on a lue plus haut,- par laquelle ces enfants demandaient une pension de deux cents écus. L'une d'elles était «très-belle», au dire de Foucault. Afin de la soustraire à l'influence maternelle, il obtint en 1689, qu'on l'envoyât aux Nouvelles-Catholiques de Paris, où elle resta trois ans. Les billets suivants, adressés par Pontchartrain à la mère Garnier, attestent le peu de confiance que sa prétendue conversion inspirait au secrétaire d'État :

4 juillet 1691. La demoiselle de Brannay, qui est dans votre maison, a fait présenter un placet au roi par lequel elle demande d'être à présent renvoyée, étant parfaitement instruite en la R.; mais le roi est persuadé que ce dessein lui est suggéré par sa mère, mauvaise catholique. Ainsi Sa Majesté veut que

' La terre de Brannay, située près de parents qu'appartenait la maison des Sens, avait été achetée en i585 par Jacques Patriarches où Bcze avait célébré le culte Canaye, teinturier au faubourg Saint- avant qu'elle fût incendiée par Mont- Marcel, dont l'établissement était voisin morency. de celui des Gobelins. C'est à l'un de ses n Voir II, 255.

Révocation de l'Édif de Nantes à Pans.

vous fassiez en sorte par vos conseils et vos bons traitements de la retenir en votre maison, en l'assurant qu'on pensera à elle, et que^ quand il y aura lieu - de la pourvoir, on le fera (O ' 34).

4 février 1692. Je vous prie de voir un placet que M"" de Brannay a présenté, et de me mander si elle est en état d'être mise hors de votre maison et envoyée chez M'"" de Sainte-Hermine, comme elle le demande (O ' 35).

Le 2 janvier 1693, le roi écrivait à M""* Coulon pour l'inviter à prendre soin de l'instruction de Mlle de Brannay, et à la garder jusqu'à nouvel ordre (O' 87). Au mois de juin, la jeune fille « parfaitement instruite», fut rendue à sa mère. Deux ans plus tard, Foucault accusa celle-ci de l'avoir « pervertie », de sorte que, par ordre du i^'' juin i6g5, M™'^ de Brannay fut arrêtée et envoyée au château de Pont-de-l'Arche, d'oili elle ne sortit que le 29 avril i6g6. Quant à M"" de Brannay, que les agents de Foucault trouvèrent cachée entre deux matelas, on la remit aux Nouvelles-Catholiques de Caen. Elle y changea bientôt de sentiment; car le 17 février 1697 elle était décidée à se faire religieuse chez les Carmélites de cette ville, et obtint à ce titre une pension de 3oo livres (O' 41). «C'est, ajoutait Foucault,' une des meilleures et des plus édifiantes religieuses que j'aie vues. Son frère a quitté les mousquetaires et repris ses erreurs ».

Trois demoiselles de Brannay, des environs de Sens, dont la moins âgée avait soixante ans, étaient probablement tantes de la religieuse et du mousquetaire. A la fin de 1699 ou au commencement de 1700, on les mit aux Nouvelles-Catholiques de Paris comme «opiniâtres». Afin de recouvrer la liberté, elles firent bientôt ce qu'on exigeait d'elles (voir TT 248). Toutefois M"'= de Brannay et M"'= de Cannaye, jugées « mal converties », furent envoyées au château de Saumur en 1701 [Fr. prêt., X, 489) et entretenues à leur frais par ordre du 27 janvier (O' 45). M"<= de Brannay fut libérée en 1705. Ses deux sœurs retournèrent aux Nouvelles-Catholiques en 1702 (O' 46). On retrouve l'une d'elles au château de Pont-del'Arche en 1705.

Braour (Marie-Anne) reçoit une pension de 200 livres le 19 janvier 1701, et le roi ordonne qu'elle sorte du couvent de Sainte- Thérèse (O 248).

Brasselaye. Dans ses Mémoires, Foucault parle ainsi des protestants du Béarn: «Il y en a eu beaucoup qui à l'approche des

' Mbn., à la suite des Mcm. de Sourchcs, Paris. i838, in-S", II, 3-3.

Emprisonués a Paris. 41

o-ens de guerre ont abjuré sans les avoir vus. La distribution d'argent en a aussi beaucoup attiré à l'Église. La ville d'Orthez a été la dernière à se convertir, j'y ai envoyé des gens de guerre qui les ont réduits», sauf vingt familles aj-ant à leur tête un gentilhomme nommé Brasselaye. Venu à la cour pour se plaindre des violences de Foucault, ce gentilhomme sexagénaire fut mis à la Bastille avant la fin de juillet i685. Il abjura pour en sortir.

Breton. Il y avait à Paris lors de la Révocation au moins quatre familles protestantes de ce nom : celle de Jean Breton, né à Vassy, agent de l'électeur de Brandebourg, marié en 167 1 à Judith Bernier, fille de feu Isaac, peintre et valet de chambre du roi ' [Reg de Char.); celle de Michel Breton, marchand, dont la femme, Marguerite Brault, fut enfermée au Grand-Châtelet le 28 octobre 1686 (Fr. yoSi f° 275); celle de feu Élie Breton, dont la veuve, Catherine Trinquant, et les filles Rachel et Marthe-Madelaine, demeurant chez le barbier Trinquant, oi!i elles travaillaient à la perruque, abjurèrent à Saint-Gervais le 14 janvier 1686 au soir (Fr. 7o5i {° iio); celle de Daniel Breton, banquier, qu'on trouve réfugié à Berlin en 1698 avec sa femme, deux enfants et une servante (Ms Dieterici). — Isaac Breton abjura au Grand-Châtelet où il était entré le i5 mai 1686 {Ibid., f° 299). Une demoiselle Breton, fugitive, fut arrêtée à Luzarches avec la dame de Combes, dans le carrosse d'Amiens, le 18 octobre 1686 {Ibid., f° 269).

Briet et Lefranc, voir II, 58i.

Briquemault (Marc-Auguste de Beauvais), seigneur de Ruère et de Tauvernay, demeurant ordinairement audit Ruère et connu sous le nom de marquis de Briquemault, avait épousé à Charenton, le 10 août 1684, Claude, fille de François-Nompar de Caumont, marquis de Castelmoron, et de Marguerite de Viçose, âgée de vingtsix ans. Le mari et la femme furent emprisonnés pour la R. peu après la Révocation ^ La Bastille ne tarda pas à être fatale au marquis. Seignelay écrivait à M. de Besmaus le 14 janvier 1686;

On prétend que M. de Briquemault est devenu entièrement fol et ne parle que des visions de l'Apocalypse, faites-moi savoir ce qui en est.

• Voir Breton II, 4^0 et 442. d'après le même auteur, le marquis ne

^ Le 22 décembre i685, si nous en serait sorti de la Bastille que le 26 no-

croyons les annotations de M. Ravaisson vembre 1686, tandis que l'ordre est ins-

{Arch. Bast., VIII, 342); mais cette partie crit dans les registres du Secrétariat à la

de l'ouvrage laisse infiniment à désirer date du 26 janvier.

sous le rapport de l'exactitude. En effet,

42 Révocation de l'Êdit de Nantes à Paris.

L'abjuration d'un esprit dérangé n'était pas pour faire reculer les convertisseurs; aussi M. de Besmaus répondait-il le 24 à Seignelay :

M. de Briquemault vient de me promettre de faire son abjuration quand il plaira au roi, en présence de M. de Sainte-Martlie, supérieur de l'Oratoire, et de M. l'abbé de Lamon, lesquels ont opéré cette bonne action par l'application qu'ils y ont eue depuis sa détention.

Le marquis, tiré de la Bastille par ordre du 26, reçut le 3o une gratification de 200 livres, et abjura le 3i entre les mains du P. de Sainte-Marthe (O' 3o et Fr. 7o53 f-^ 453 et 7o55 f° 430).

La marquise était encore enfermée à Port-Royal au mois de février avec M"^ de Courtomer; le 22, Seignelay invitait l'évêque de Toulon à les aller voir et à profiter de leurs «bonnes dispositions» pour achever l'œuvre de leur conversion commencée par l'archevêque de Sens (O' 3o). Cependant la marquise s'enfuit à l'étranger, selon la France protestante, 2P édit., III, 898, tandis que le marquis se faisait donner en 1687 et partageait avec sa sœur Louise les biens confisqués sur leur tante Anne de Briquemault de Monteton, sortie du royaume.

Henri de Briquemault, baron de Saint-Loup, était passé en Brandebourg avec sa femme Marie de Meaux, avan't la Révocation ; il rendit aux réfugiés des services signalés (voir Fr. pr.).

Brisimant? (La demoiselle de), anglaise, logée rue Saint-Andrédes-Arts, arrêtée par ordre du 10 juillet 1687, pour avoir conduit en Angleterre M'"° de Massanes et deux de ses filles (O' 3i).

Brochet (Louis), de Falaise, logé chez un «mauvais nouveau catholique» et ne «rendant pas bon compte de sa conduite», parut suspect, fut arrêté au mois de novembre 1689 et envoyé hors de Paris le 29 du mois (O* 33).

Brochon (Jeanne), de Lausanne, arrêtée avec Jean Joyeux comme travaillant aux évasions, fut enfermée au For-l'Evêque le 18 février 1686 et abjura le 28; elle eût été relâchée sur-le-champ (Fr. 7053 ï" 397), sans les observations de La Reynie. On la transféra le 28 janvier 1687 au château d'Angers, d'où elle ne sortit qu'en vertu d'un ordre du 3o juillet (O ^ 3i).

Broyés (M™= de), mise aux Nouvelles-Catholiques par ordre du 28 avril 1700 (O' 33).

Emprisonnés a Paris. 43

Brulefer (Louis\ de Lizy-sur-Ourcq, arrêté à Paris avec Hélot, le lo septembre 1699, cherchant à passer à l'étranger avec sa nièce âgée de douze ans. Une lettre de cachet du même jour envoya la jeune fille aux Nouvelles-Catholiques (O' 48). Est-ce le même personnage qui était assisté à Londres en 1710?

Bruneau (!VI™^), présidente de Saumur, à la Bastille en 1686 (Fr. 7o5i f° Soi).

Brunel. Enfermé au Châtelet pour avoir vendu des livres calvinistes venus de Hollande, il devait être rendu à la liberté le

28 décembre i685 «en considération de sa conversion». Il fit sans doute quelque difficulté au dernier moment; car on l'envoya le

29 janvier à la Bastille, d'oij il ne sortit que par ordre du 2 mars 1686 (O 1 29 et 3o).

Brunie (Marie), nouvelle catholique de la paroisse Saint- Eustache, âgée de 14 ans, arrêtée le 11 mars 1700, comme elle allait à l'étranger, fut enfermée à la Salpétrière. «Elle a besoin d'une plus longue correction, écrivait D'Argenson, le 22 octobre 1702. Elle est impie (!), indocile et fort insolente» (IVIs. Clairambault 984 f 145) 1.

Brunier (M""" Charles) ^. Elisabeth Damain, nièce de l'ancien de Charenton Tassin, qui manqua de courage à la Révocation, avait épousé en 1668 Charles Brunier, écuyer (né en i635), fils du célèbre botaniste Abel Brunier, premier du nom, dont elle eut un fils nommé Charles (1669). Elle était veuve et sans appui lorsque la tempête fondit sur l'Église, mais résolue à demeurer à tout prix fidèle à sa foi. La dragonnade et l'enlèvement de son fils enfermé au Châtelet, n'ayant point ébranlé sa résolution, on la conduisit à la Bastille, où elle se trouvait déjà le 12 janvier 1686, lorsque le commissaire Dyeure mit le scellé sur les portes de son appartement (Fr. 7o5i f° 87). Cinq jours après, M. de Besmaus écrivait à La Reynie: «Je vous envoie. Monsieur, la réponse de M"'' Brunier, qui n'a pas eu grand empressement à la faire; elle a vu le P. Dubois, qui n'en est pas fort édifié; il y doit revenir» (Fr. 7o53 f° 448). Transférée au Petit-Chàtelet le 26 février, elle fut momentanément confiée le 2 mars, à son oncle Tassin et à son beau-frère Pierre Joly^, avocat, qui avait faibli comme Tassin (Fr. 7o5i f° 298).

* Note communiquée par M. N. Weiss. ' Joly avait e'pousé Anne Damain, sœur

' La seconde édition de La Fr. prot. d'Elisabeth. Une dame Jolly fut enfermée l'appelle, à tort, M°"= Bruguier d'Amiens. dans un couvent de Paris en 1G86.

44 Rcvocafion de l'Edif de Nantes à Paris.

Insensible à l'exemple et aux exhortations de ces hommes pusillanimes qui sacrifiaient leur conscience à leurs intérêts, elle retourna presque aussitôt dans sa prison, d'où Tassin essaya encore de la tirer définitivement, ainsi qu'il résulte du billet que Seignelay adressait à La Reynie le 3o juin 1686: «Le sieur Tassin ayant demandé que la demoiselle Brunier, sa nièce, qui est au Châtelet depuis le mois de février pour la R., soit mise en liberté pendant trois mois, espérant la pouvoir persuader, aux offres qu'il fait de la représenter dans ce temps si elle n'a fait sa réunion, ou de payer la somme de 5ooo livres en cas qu'il ne satisfasse pas à cette condition, Sa Majesté m'ordonne de savoir de vous si vous croyez que cela puisse convenir» (O' 3o). La réponse du lieutenant de police fut négative. Au lieu de relâcher la vaillante huguenote, on l'envoya, le 8 juillet, aux Nouvelles-Catholiques, d'où elle ne tarda pas à s'évader à l'aide d'une pauvre fille nommée Melon, qui servait ses compagnes de détention et paya cette bonne action d'un long séjour à la Bastille, puis à l'Hôpital-Général. Reprise par l'exempt Auzillon, M'"'' Brunier resta huit jours enfermée chez lui, après quoi elle retourna, par ordre du 18 novembre, à la Bastille, d'où on la transféra le 4 août 1687 à la citadelle d'Amiens. Nous l'y trouvons encore le 28 octobre suivant, nourrie à raison de quinze sols par jour et n'ayant personne pour la servir, parce qu'elle n'en pouvait faire la dépense (O' 3i). Elle fut expulsée de France en 1688 avec de courageuses compagnes (M'"'^^ Le Coq, de Perrin, Saint-Léger, Amonnet et les trois demoiselles Gigou de Vezançay), qui comme elle n'avaient point fléchi le genou devant l'idole (TT 285 et Lièvre III, 204).

Est-ce son fils qui, sous le nom de Brugnier fut, en 1701, transféré de la maison des Nouveaux- Catholiques à l'Hôpital-Général «à cause de son opiniâtreté»? (O 248).

Madelaine-Marguerite, fille du second Abel Brunier, obtint en 1700 la permission de disposer de deux maisons qu'elle avait à Paris, en faveur de Benjamin, son frère, et des enfants d'Abel, son aîné, afin qu'ils fussent élevés dans la R. C.

Bruno (M""). Parmi les non payantes enfermées aux Nouvelles- Catholiques se trouvent Madelaine et Marthe Bruno. Madelaine, entrée le 3 août 1686, est portée sur la liste du 14 décembre comme encore protestante et propre à mettre en métier. Marthe, âgée de douze ans, ne figure que sur celle du i'='' février 1687. Leur mère pauvre et leurs autres parents étaient notés comme «fort méchants

E»ipn'soiiiics à Paris. 45

catholiques» (Fr. 7o5i f° 248 et 7o52 f°^ 24 et 3i). Il est probable que Marie-Marthe Bruneau, qui demandait, le 16 mars 1701, d'être reçue comme maîtresse couturière, et à qui Pontchartrain accordait 100 livres le 5 mai, est la Marthe Bruno des Nouvelles-Catholiques

Brusse (M'"^ de) meurt folle aux Nouvelles-Catholiques. Voir Falaiseau, anciens, II, 53.

Buart (Anne), voir Bareire.

BuissET, Jean-Michel Crâner ou Cresnier, Jacques Dibon et Louis Desbois ou Dubois, domestiques d'Amonnet, ancien de Charenton, relégué à Mayenne, furent arrêtés comme complices de son évasion lorsqu'il eut pris la fuite (12. avril 1686). Les trois derniers enfermés au For-l'Evêque le 6 mai, y furent gardés jusqu'au mois de janvier 1687 et bien au delà, afin de servir de témoins dans le procès intenté au fugitif (Fr. 7o5i f° 288 et 7o55 f" i3). Mis au Grand-Chàtelet le 12 mai, puis au For-l'Évêque, Buisset 3^ abjura au mois de décembre entre les mains du prêtre Fontaine, et n'en retourna pas moins au Grand-Chàtelet, où on le garda dans le même dessein que ses camarades (Fr. 7o5i f° 261). Sa détention durait encore au mois de juin 1687, témoin le billet que Seignelay adressait le 28 à la Reynie : «Je vous envoie les placets des nommés Buisset et Potin prisonniers, l'un, pour l'affaire d'Amonnet^ l'autre^ pour avoir recelé chez lui une femme de la R. (O* 3i).

Cabanel, mis au For-l'Évêque, proteste, le dimanche 6 avril 1686, qu'il ne songeait pas à s'absenter lorsqu'on l'a arrêté, mais à se faire instruire, et que son récent voyage en Normandie n'avait pour but que l'établissement d'une fabrique de points de dentelles. Il remercie La Reynie de ce qu'il veut bien l'assister pour le faire recevoir marchand, et demande son élargissement (Fr. 7o53 f° 112).

Cadot (Anne), enfermée aux Nouvelles-Catholiques, est portée sur la liste du 14 décembre 1686 comme encore protest;ante et servant les autres détenues (Fr. 7o5i i" 248).

Cagny (De) et ses filles, voir Monginot.

Cahanel. Vers la fin d'octobre i685, Samson de Cahanel, natif de Saint-Lô et ancien de l'Église de cette ville, s'était retiré chez

46 Révocation de l'Édit de Nantes à Parts.

un curé de ses amis, à une lieue de la mer. On l'y arrêta au moment où il se préparait à s'embarquer. C'était peut-être, disent les papiers de La Reynie, « un des plus opiniâtres huguenots du royaume, mais parfait honnête homme et homme d'esprit» (Fr. yoSS f° 826). On lui offrit la liberté, s'il voulait abjurer. Il n'eut garde d'accepter et fut « traité avec beaucoup de rigueur» dans les prisons de Coutances. Il y fit une longue maladie, qui ne l'empêcha point d'être condamné comme fugitif à la détention perpétuelle et à cent livres d'amende. Le tribunal de l'amirauté agrava cette sentence; il porta l'amende à deux cents livres et y ajouta la confiscation des biens.

De leur côté, M"'° de Cahanel et deux de ses filles (elle en avait quatre et un fils) n'abjurèrent qu'après avoir supporté « une garnison de quarante personnes pendant six semaines, et une autre de quatre-vingt-dix-neuf cuirassiers qui firent un dégât extraordinaire de tout ce qu'ils trouvèrent dans la maison et sur les terres » {Ibid.). Le tribunal qui avait accordé les biens du mari à la femme, les lui retira bientôt après. Enfin M""^ de Cahanel obtint que le prisonnier fût transféré de la conciergerie de Rouen à la Bastille, dont le régime était moins inhumain. Seignelay écrivait le 22 septembre 1686 à M. de Ménars : « Je vous envoie l'ordre pour faire transférer à la Bastille le sieur de Cahanel, ainsi que vous l'avez proposé, et j'expédierai une ordonnance de 200 écus de gratification pour sa femme » (O ' 3o).

L'ancien de Saint-Lô était un personnage assez marquant, pour que Bossuet se donnât la peine de lui rendre au moins une visite dans l'appartement du gouverneur de la Bastille (i3 décembre); mais toute l'habileté de l'évêque de Meaux ne put ébranler la résolution de cet « homme éloquent et puissant par les Écritures», ainsi que l'appelle Théodore de Béringhen (Fr. 7o53 f° 819). Par ordre du 4 août 1687, M™ de Cahanel fut mise en possession des biens de son mari, que le même ordre envo3^ait au château de Loches (O ' 3i). Il n'en sortit que le 21 mars 1688, en même temps que MM. de Béringhen, de Cagny, etc., pour être expulsé du royaume comme inconvcrtissable. Il se retira en Angleterre. — Son fils figure dans la liste des persécutés dressée par Élie Benoit.

Caillot (Jacques), voir Attainville.

Cailloué, voir II, 587.

Caire. La femme du chirurgien Jean Caire, venue de Bretagne à Paris dans le dessein de s'évader du royaume, fut arrêtée le

Emprisonnés a Paris. 47

6 juillet 1686 et mise au Petit-Chàtelet, bien qu'elle eût abjuré. On lui fit son procès comme coupable d'avoir disposé de deux de ses enfants depuis son arrivée à Paris, c'est-à-dire de les avoir fait passer à l'étranger (Fr. 7o5i f°^ 286, aSy, 241, 285). C'est elle qui, sous le nom de Louise Cairette, fut envoyée à l'Hôpital-Général le 23 janvier 1687, et relâchée seulement le 2.5 mars 1689 {O ' 3i et 33).

Campagnac. Le marquis de Campagnac (de la famille d'Abzac, d'après La France protestante) fut mis à la Bastille en vertu d'un ordre du 12 janvier 1686. Le 23, Seignelay écrivait à La Reynie: « Vous trouverez ci-joints les deux ordres nécessaires pour faire sortir M. de Campagnac, et vous prendrez s. v. p. les mesures pour lui faire faire son abjuration». Le 27, M. de Besmaus, gouverneur de la Bastille, adressait ces lignes au lieutenant de police: «M. de Campagnac convient, Monsieur, de faire sa réunion comme il me l'a promis. On lui a'dit que l'ordre de sa liberté porte qu'il s'en ira à l'official. Il vous prie de lui donner un jour ou deux sur la caution de M. de Lostange et Quelin ou Dorât, et qu'il ne manquera pas de suivre fidèlement ce qu'il vous promettra. J'ose vous dire qu'il le fera assurément; mais il a la passion de voir M. de Seignelay auparavant» (Fr. 7o53 f° 453). Enfin le marquis sortit de la Bastille et fut remis à M. de Lostange par ordre du 3i .

Ce ne peut donc être lui, mais sans doute son fils, que concernait le billet suivant adressé par Louvois à La Reynie le même jour, 3i janvier : « Le roi ayant appris que les comtes de Champagnac, de Belcastel et de Pangars-Vivans, gentilshommes du Périgord, se sont retirés pour fuir leur conversion, et qu'ils sont à l'hôtel de Hollande, quai Malaquais, Sa Majesté m'a ordonné d'expédier les ordres ci-joints pour les faire arrêter». Ce comte de Campagnac n'est évidemment autre que Daniel du Lion, sieur de Campagnac, qui fut autorisé vers le 20 octobre i685 à séjourner une quinzaine à Paris, en même temps que Joseph-Geoffroi de Vivans, comte de Panjas, dont il semble avoir été le camarade.

Cahpion (Jean-Robert\ du Havre, condamné aux galères à Dunkerque, jugement confirmé en décembre 1689 par le Parlement de Paris. A Saint-Malo sur X Invincible en 1698; libéré la même année, grâce à son abjuration {Fr. prot., oF édit, VI, 248), ou plus exactement à la fin de janvier 1699 (Biillct., 2= sér., IV, 197).

Camusat (Noël), d'Orléans, condamné aux galères par le Parlement de Paris, le 4 décembre 1688.

Cappel, mis au For-l'Évêque pour la R. le i5 mai 1686 (Fr. 7o5i {" 281), appartenait sans doute à la famille des célèbres professeurs de Sedan et de Saumur.

Carbonnet, marchand forain, mis au Grand-Chàtelet le 6 juin i685 pour la religion, sous prétexte qu'il devait 5o,ooo livres à ses créanciers. Dès qu'il eut abjuré on parla de le faire relâcher (Fr. 7o5i P 261).

Cardel (Jean et Paul), voir Les Premiers pasteurs du Désert, et ci-dessus, II, 526 et 563.

Cardel (Marie), voir Cochet.

Caron (Les), voir II, 297.

Carré, nouveau catholique, avocat à Châtellerault et accusé d'y faire «la fonction de ministre», ayant tenu à Paris une «conduite suspecte», fut arrêté et mis à la Bastille par ordre du 11 avril 1689, puis envoyé au château de Ham le 14 juin et mis en liberté le 25 septembre, avec ordre de se retirer chez lui sans passer par Paris (O • 33).

Il y avait aussi à Paris une famille de ce nom, à laquelle appartenait sans doute Elisabeth Carré qui présentait, au mois de juillet 1703, un placet pour être mise en liberté (O 25o). Louis Carré, de Charenton, fut admis à la cène à La Haye en 1687, après avoir fait acte de repentance pour son abjuration. Abraham fut naturalisé anglais en 1687, Louis en 1688, Auguste, Marie, sa femme et leurs deux fils en 1691, Pierre, David et Thomas, en 1696; Pierre, sa femme et cinq enfants étaient assistés à Londres en 1 703 (Ms. de la B. du pr.).

Carrière (Pierre), l'aîné, guide, d'Aubussargues près d'Uzès, désigné par ses compagnons de chaîne sous le nom de La Rue, avait été arrêté comme guide par Desgrez le 4 septembre 1686, et condamné aux galères le 4 décembre par le Parlement de Paris. N° 8755, Sur la Guerrière à Saint-Malo en 1698; mis au château d'If Libéré en 1713 (Reg. d'écrou du Palais-de- Justice).

Castel, voir II, 586.

Catillon, voir Du Vigneau.

Catteau (M""^), fugitive, prisonnière à Tournay avec le guide Félix, en 1686.

Caumont de La Ciiaumerlière (M""" de), enfermée à Paris, fut envoyée dans un château fort, par ordre du 12 septembre 16B9 (O' 33).

Emprisonnés à Parts. 49

Caussard (Marie), parisienne fugitive, condamnée à la réclusion perpétuelle, fut rencontrée, en 1687, par Jeanne Faisses dans les prisons de Dijon, où elle fermait la bouche aux prêtres, missionnaires, capucins et jésuites, envoyés pour la réduire. Comme elle avait abjuré, on la garda avec quelques-unes de ses compagnes, quand les autres furent libérées en 1688 {Fr. pr., 2^ édit., VI, 366 et Bullei. 2<= sér., XII, 467, 469 et 471).

Caussin et sa fille, partis pour l'étranger sous la conduite du guide catholique Levier, furent arrêtés àLafère, le 22 octobre i685, avec les deux demoiselles Houdry, Louis Aquin, le marchand de soie Jacob et sa sœur (Fr. 7058 f" 154).

Cauvin. Seignelay écrivait à Harlay le 2 juin 1687: «Le nommé Hiérémie Cauvin, de la ville de Saumur, prisonnier dans la conciergerie du Palais, est condamné aux galères pour fait de religion', ayant présenté un placet au roi, par lequel il expose qu'il s'est converti et que sa conversion est sincère, prenez la peine de vous faire informer de ce qui en est». Et le i3 : «Sa Majesté a estimé que, puisque vous appréhendez que la compagnie de sa femme n'altère dans peu les bons sentiments dans lesquels paraît être présentement Hiérémie Cauvin, il fallait l'envoyer aux galères pour quelque temps ; pour cet effet, donnez, s. v. p., les ordres qu'il soit attaché à la première chaîne qui partira pour Marseille » (Fr. 17421 f"^ 191 et 195). Il mourut à la peine.

Cazin (Jacques), compagnon tailleur, mis au Grand- Châtelet pour la R., le 21 janvier 1681.

Cellier (Antoine et Etienne), petits-fîls du libraire, mis à la Pitié et à l'Hôpital-Général. Voir Abjurations.

Certon (La nommée), servante, emprisonnée à Paris, expulsée du Royaume en 1688.

César, voir Mestrezat.

Chabin (Marie), voir Le Maistre.

Chabrol, voir Lamotte (André).

1 Condamné le 12 août d'après la France prot., 2« édit. VI, 245.

5o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

Chaigneau, voir Guenon de Saint-Hilaire.

Chalandos, voir II, 6io.

Chaligny, voir Des Loires.

Chalons. a la Révocation, trois membres^ au moins, de cette famille, établie à Paris mais originaire, semble-t-il, de Chàlonssur-Marne, furent emprisonnés, et cinq passèrent à l'étranger. On lit dans un rapport de police daté du jour de Pâques i685 :

Un nommé Daniel Châlons, maître passementier au faubourg Saint-Marcel, proche la rue de Lourcine, qui a ci-devant fait abjuration à Saint-Paul et qui était passé en Angleterre avec sa femme et deux enfants, est de retour et a repris l'exercice de la R. P. R. Il a communié aujourd'hui à Charenton. Sa femme est catholique (nouvelle convertie?); il la tourmente beaucoup pour la pervertir; les deux enfants sont demeurés en Angleterre (Fr. 7o5o, f» 41).

Les parents rejoignirent plus tard leurs enfants, témoin ces lignes de la seconde édition de La France protestante, III, 1014 : «Daniel Châlons, de Châlons en Champagne, 72 ans, avec sa femme Judith, assisté à Londres, 1702».

Claude Chàlons, ouvrier en soie, demeurant à l'entrée du faubourg Saint-Denis^ âgé de quarante-cinq ans, sa femme et deux enfants, abjurèrent le 26 octobre i685 (Fr. 7o5j[ f" 172).

Abraham Châlons, passementier, âgé de quarante-deux ans, domicilié au faubourg Saint-Marcel, et un de ses enfants abjurèrent le 22 novembre entre les mains du curé de Saint-Eustache. Sa femme, Elisabeth Edme ou Hemes, et ses filles, Susanne et Marie, âgées l'une de dix-sept ans, l'autre de dix-huit, n'imitèrent son exemple que le 6 décembre. Comme «on les menaçait des gens de guerre, s'ils ne fréquentaient la messe les jours ouvrables aussi bien que les fêtes et dimanches » (Fr. 7o53 f" 892), le mari s'enfuit aussitôt et réussit à passer la frontière. Moins heuseuses Elisabeth, Susanne et Marie furent arrêtées à Dour près d'Amiens et enfermées dans les prisons de cette ville. Après les avoir fait abjurer une seconde fois on les relâcha presque immédiatement. Revenues à Paris, elles demandèrent le i5 décembre et obtinrent le 18, moyennant la promesse de faire revenir Abraham dans un mois, la levée des scellés mis dans leur appartement.

C'est probablement la mère ou une de ses filles que, le 26 octobre 1701, Pontchartrain invitait D'Argenson à faire sortir de l'Hôpital-Général, dans la pensée que le châtiment qu'elle avait reçu

Emprisonnés a Paris. 5i

l'aurait corrigée, c'est-à-dire ramenée à la pratique du catholicisme (Ot 45).

Chambon (M'i-^j fut mise aux Nouvelles-Catholiques avec M"'' de Pierre-Buffière, par ordre du 26 avril 1688, bien qu'elle déclarât avoir fait abjuration (O' 82).

Chamoireau (M"'=), demeurant à vingt-quatre lieues de Paris, amenée en août 1699 aux Nouvelles-Catholiques {Mercure historique d'août p. 196).

Chantemerlière (M'"'= de). Nous ne possédons à son égard d'autre document que deux lignes de Pontchartrain à M. de Ménars, intendant de la généralité de Paris : « 14 mai 1688. Le roi veut que M'"" de Chantemeriière reste aux Nouvelles- Catholiques, et il faut que la mère Garnier fasse de son mieux pour la convertir » (O» 32).

D'après La France prot. (2« édit., IV. 977), M""' de Cumont de La Chantemerlière en Poitou aurait été expulsée du royaume en 1694, après six années de séjour aux Nouvelles-Catholiques de Paris; et sa fille aurait abjuré en 1697 et reçu une pension de 3oo livres. D'après M. Lièvre, m, 2i5, Jeanne dé Cumont convertie de la première dragonnade reçut en 1689 les biens de sa sœur M'"^ de Choizy, fugitive, puis une pension sur l'économat, et acheva sa vie chez les bénédictines de Saint-Auzone à Poitiers.

Chanterais d'Ormois (Catherine Le Breton, femme de Nicolas), mise le i3 avril i685 au couvent des Feuillantines, transférée le 14 mai chez les Bénédictines de la rue des Postes, d'où elle fut tirée par ordre du 28 avril 1687 pour être conduite aux Ursulines de la rue Saint- Avoye, qui s'en débarrassèrent en la faisant envoyer le 27 décembre dans un autre couvent (O' 29 et 3i).

Chapelier, transféré de la Bastille au château de Pont-del' Arche, en vertu d'un ordre du 2 janvier 1698 (O» 87).

Chapusay (M"^). Le 25 septembre 1699 Pontchartrain écrivait à la sœur Ancelin : « On ne peut faire apprendre un métier à la nommée Chapusay sur les fonds destinés pour les nouveaux catholiques de Pans ; si cette fille est bien instruite, comme vous le dites, il faut la renvoyer dans son pays» (O' 48).

Cette personne était-elle parente de l'avocat Sidrac Chapuzet, sieur des Abirails, qui assistait aux synodes de Saintonge en 1678

52 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

et 1682 ou de Charles Chapuzet de Saint-Valentin réfugié à Altorf ? {Fr.pr., 2''édit., IV, 35).

Charas. Le 8 mars 1682, le célèbre chimiste Moïse Charas, qui depuis seize mois avait quitté Paris et la France pour cause de religion*, était naturalisé anglais, en même temps que sa seconde femme, Madeleine Hadancourt, et six enfants: Frédéric (1662), Charles-Samson'^ (i663), Madelaine (1669), François (1670), Susanne (1674) et Marie (1675) (Agnew, III, 36). Il en avait eu quatorze, neuf fils et cinq filles {La France protestante en a oublié deux, un de la première femme et un de la seconde). D'abord apothicaire de Charles IP, Moïse passa bientôt en Hollande, où il ne séjourna que peu de temps*. Au mois de juin i685, nous le trouvons en Espagne, avec son associé Baille, occupé d'établir une manufacture de papier. Tandis que sur les promesses de Seignelay et de M. de Feuquières, notre ambassadeur. Baille consentait à repasser les Pyrénées et alla droit à la Bastille, Charas, resté en Espagne, et dénoncé au Saint-Office par M. de Feuquières, fut jeté dans les prisons de l'Inquisition, d'oii il ne sortit qu'après avoir abjuré. Il revint alors à Paris et l'académie des sciences lui ouvrit ses portes en 1692. Il mourut en 1698 près d'un de ses fils, nouveau converti et apothicaire au faubourg Saint- Germain. Ce fils se nommait sans doute soit Alexandre (1672), soit Constantin (1673), et avait dû être enlevé à ses parents en vertu de la déclaration du 17 juin 1681, circonstance qui expliquerait à la fois sa conversion au moins apparente et la fuite de sa famille.

En 1699, François, frère de Moïse, laissa sa femme en Angleterre et revint en France, dans l'espoir de «se mettre en service auprès de quelque personne de qualité.» Il se rendit à Saint-Germain et confia son dessein à un aumônier et à un médecin du roi Jacques, qui le dénoncèrent à M. de Torcy comme suspect. On l'arrêta dans un quartier fort éloigné du sien, afin que son frère n'en pût être informé, et il fut mis à la Bastille le 21 novembre, par ordre du 18. Au bout de sept mois de détention, le désespoir le poussa au suicide. Il se donna deux coups de couteau au-dessous du cœur, et tenta de s'ouvrir les veines avec un morceau de verre, après avoir écrit avec un charbon sur la muraille de sa chambre :

' Claude écrivait le 2G octobre 1C80 à ' Aynew a omis Je trait d'union,

la marquise de Reynier: «M»» Charas qui ' De Schicklcr, Égl. du refuge, II, 3i3.

vous rendra cette lettre est une excellente ■* Claude écrivait le 16 juin 1684 à son

et fort bonne personne, bien digne de fils retiré à La Haye: Saluez M. et M'"«

votre amitié, ainsi que M. Charas, son Charas. mari. Agréez, s'il vous plait, que je vous les recommande». (Bibl. de I.eide).

Emprisonnés a Paris. 53

Je prends à témoin le grand Dieu devant qui je vais comparaître, que je meurs innocent. Je pardonne généralement à tout le monde; Dieu bénisse le roi de France et Guillaume, roi d'Angleterre. Seigneur Jésus, reçois mon esprit. Je meurs protestant. Priez mes parents de faire savoir à ma pauvre femme ma mort, et que je meurs priant pour elle. Bon Dieu, pardonne mes offenses {Arch. Bast., X, i86, 192).

Il guérit pourtant; mais resta faible d'esprit et de caractère, si bien qu'il abjura le 5 août 1708 à la Bastille, entre les mains de l'abbé Gilbert. Durant trois mortelles années, on éluda la promesse d'élargissement qui lui avait été faite. En vain, son frère demandait-il, le 21 octobre lyoS, qu'on transférât le malheureux aux Nouveaux- Catholiques (O 252). Il ne fut rendu à la liberté qu'au mois de mai

Charbonnier (Augustin), nouveau converti d'Alençon, soupçonné d'entretenir des correspondances avec les religionnaires fugitifs, fut arrêté à Paris le 22 juillet 1696, et transféré de la Bastille au château de Vincennes, par ordre du 29 juin 1699, dans l'espoir qu'il profiterait des instructions données par les convertisseurs (Ot 43).

Chardin. Plusieurs Chardin de Paris figurent dans les papiers de la police à l'époque de la Révocation. Le 22 mai i685, Seignelay ordonnait de remettre en liberté le nommé Chardin, et de lui rendre ses papiers.

Un Chardin, marchand, de la Vallée-de-Misère, est rangé dans la troisième catégorie des négociants qui doivent être mandés chez Seignelay le 14 décembre de la même année (Fr. 7052 {° 224). Le 4 décembre, La Reynie écrivait au procureur-général: «Quoi que j'aie pu faire, je n'ai pu savoir autre chose de M. Chardin, si ce n'est qu'il demeure rue Neuve-Saint-Merry, chez MM. Forne et Jouan, ou chez M. de Laet, avocat en la cour, rue Geoffroy-l'Asnier, proche le cimetière Saint- Jean (Fr. 17420 f" 176).

A la date du 24 juillet 1690, les Registres du Secrétariat contiennent l'ordre d'arrêter et de conduire à la Bastille le chevalier Chardin. Nous ne connaissons d'autre chevaher de ce nom que le célèbre voyageur parisien Jean Chardin, réfugié en Angleterre en 1681, naturalisé en i685, et envoyé bientôt après en Hollande comme plénipotentiaire de la Grande-Bretagne. Claude louait fort sa piété et celle de M"'^ D'Arqués, sa femme. Il leur naquit un fils au mois d'octobre 1691, et rien ne fait supposer que le père soit rentré en France (Agnew). La France protestante ne mentionne pas cet ordre

54 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

d'arrestation, non plus qu'une sœur du chevalier, Jeanne, qui épousa en 1662 Jean Girardot, fils d'André. Daniel, naturalisé anglais en 1687, était peut-être son fi-ère; mais Jean et Esther, aussi réfugiés en Angleterre et naturalisés en 1682, appartenaient à une autre famille, qu'il y a lieu de croire aussi parisienne.

Chardon (M"'=). Daniel Chardon, né en i635, était fils de Daniel, marchand à Tours, et de Renée Houssaye, parente de la femme de Matthieu Amonnet, négociant en dentelles et ancien de Charenton. Il épousa en 1669, dans le temple de ce lieu, Marie, fille de Jacques Caillard, avocat au Parlement, et de Marie Grostète, sœur d'un autre ancien de Charenton, qui lui donna un fils et trois filles. Quand la Révocation approcha, Daniel, avocat renommé, plus jaloux de conserver sa profession que sa religion, se hâta de signer la profession de foi sous l'influence du procureur-général Harlay, auquel Seignelay assurait, le 27 octobre i685, que la conversion du sieur Chardon serait tenue secrète. Le roi ne l'apprit, en effet, de la bouche de son ministre que le 10 novembre (Fr. 17420 f° 149 et i58). Toutefois l'abjuration officielle coûtait à ce protestant peu zélé, et il ne l'avait pas encore faite le 12 janvier 1686, puisqu'à cette date on lui accordait un délai qui, sans doute, n'était pas le premier (Fr. 7o5i f° 87). Plus tard, il répondait à une dame qui l'interrogeait sur les motifs de sa conversion : J'ai comparé le clocher de Charenton avec les tours de Notre-Dame, et j'ai trouvé les tours bien plus anciennnes et plus solides que le clocher de Charenton.

M™* Chardon n'abjura des lèvres qu'entre les mains des impitoyables Miramiones, auxquelles elle fut livrée le 28 mars 1686 (O' 3o). En 1688, les biens de Pierre, Jean, Louis et Anne Caillard, ses frères et sœurs fugitifs, furent partagés entre elle et ses frères Jacques, avocat, et Abraham, prêtre (O' 82). Quelques années plus tard, devenue veuve et remariée à un gentilhomme nouveau catholique de Tours (O* 35), elle se vit enlever, sur la dénonciation de sa propre fille, les deux enfants qui lui restaient après la mort d'une de ses filles. Ponchartrain écrivait, en effet, à La Reynie le 3o septembre 169 1 : «La demoiselle Chardon qui est aux Nouvelles-Catholiques, ayant donné avis au roi qu'un frère et une sœur qu'elle a, sont toutà-fait négligés pour la religion par leur mère, qui s'est remariée,.. Sa Majesté a trouvé bon d'ôter ces enfants d'entre les mains de leur mère et de faire mettre le garçon au collège des Jésuites et la fille aux Nouvelles-Catholiques» (O' 35). Il y eut donc aux Nouvelles-Catholiques deux demoiselles Chardon à la fois. C'est de

Emprisonnés à Parts. 55

Marie Gaillard sans doute que Desgrez parlait à La Reynie dans son billet du 5 avril 1686: « M""^ Chardon a fort demandé hier un passeport pour quatre dames de qualité ; elle sera la première à passer» (Fr. 7o53 f° 269).

Daniel avait entraîné dans sa chute son cousin Jean Chardon, marchand, dont il était l'oracle. Celui-ci, mandé chez Seignelay, le 14 décembre i685, comme notable négociant de la troisième catégorie, signa sans difficulté tout ce qu'on voulut (Fr. yoSo f°i47 et 7o52 f" 224). Selon toute apparence, Esther Amonnet, sa femme, était la sœur de l'ancien de Charenton. Il en eut une fille nommée Marthe, qui épousa, au mois de septembre i683, Jacques-Antoine de Saint-Simon, comte de Courtomer, seigneur de Sainte-Mère- Eglise (Manche), et très-probablement aussi un fils nommé Pierre, dont la fidélité sauva l'honneur de la famille. Pierre Chardon demeurait chez Matthieu Amonnet, sans doute pour y apprendre le commerce avec son cousin François, approchant comme lui de sa dix-huitième année *. Lorsque, le 21 octobre i685, on lui eut enlevé ses deux plus jeunes filles, Amonnet cacha son fils et son neveu, qu'on ne revit plus à partir du 14 janvier 1686. Nous les retrouvons tous deux sur l'état des fugitifs du quartier Saint-Germain l'Auxerrois, dressé le 16 février 1687 (Fr. 7o5i f° 89 et 820). La même année Pierre Chardon se fit naturaliser en Angleterre (Agnew, III, 42). C'est, semble-t-il, au sujet de Jean que le commissaire Galleran écrivait lei4Janvier 1688: «Le sieur Chardon, nouveau converti, est mort ces jours passés en bon chrétien après avoir reçu le saint-sacrement. Son fils est en Allemagne» (Fr. 7o5i f° 2i3).

Comme M""^^ Laurenceau, de Rouvray, la comtesse de Miossens, jyjmes Bertrand, Gatillon, Hersant, Girard des Bergeries, Quartier, de Mailloc^, et de Montaigu, M'"'= Jean Chardon et sa fille, M'"'= de Courtomer, devinrent convertisseuses ; c'est à elles que Théodore de Béringhen faisait allusion en écrivant à sa femme le 25 septembre 1687: «Dans le courant où vous êtes, on va plus loin que vous ne pensez. La dame chez qui l'on vous avait mise en séquestre [M"" de Courtomer], M"''^ de P[eray], de Saint-Hilaire, Chardon et tant

' Nous avons vu à l'Arsenal (Fonds appelée M"» de Mailloc (ou plutôt sa

Bastille) une lettre d'aflàires qu'il adressait belle-sœur, Marie Bruslart de Genlis,

de Londres à Amonnet le i3;23 janvier 1686. mariée à François, baron de Mailloc). H

- «Un gentilhomme d'auprès d'Orbec eut pour le moins aussi bien fait de

en Normandie, riche de S à 10,000 livres garder sa fille chez lui»; car la dame la

de rente, nommé Tonancourt, n'avait fit marier avec un nommé La Lande par

qu'une fille pour tout enfant; il était un laquais déguisé en prêtre (Tallemant

veuf, et la donna à élever à sa sœur, des Réaux. V, 23i).

56 Révocation de PÉdit de Nantes à Paris.

d'autres, en sont d'assez tristes exemples». En 1689, on recherchait comme faisant «mal son devoir», une femme «sortie des Nouvelles- Catholiques sur la parole de M""" Chardon» (O' 33); le 21 décembre 1690, on confiait à M™'= Chardon pour les instruire deux demoiselles Dolon de la Goupillière. Avec l'évèque de Valence et M. de la Châteaudière, nouveau converti^ M""* Chardon • servait de caution au comte de Beaufort, tiré de la Bastille le 22 novembre 1691, après avoir promis au P. Bordes de travailler au plus tôt à se convertir. Anne Chardon^ femme d'Etienne Faget, de Tours, laquelle obtint, vers le i5 octobre i685, l'autorisation de prolonger son séjour à Paris d'une quinzaine de jours, paraît avoir été la sœur de Daniel (Fr. 7o5o f° 196). Il ne serait pas impossible que Susanne Chardon, d'Alençon, enfermée dans les prisons de cette ville en 1689 et transférée dans celles de Séez en 1695, appartînt à la même famille. Non contente de raffermir dans leur foi les protestants ébranlés, elle convertit, entre autres, deux moines chargés de l'instruire: l'un, père pénitencier; l'autre, grand prédicateur des moines bénédictins de Séez; tous deux s'enfuirent en Hollande (Btdlet., VII, 428). Signalons encore une demoiselle Chardon, nouvelle convertie, qui obtint en 1698 une pension de 3ooo livres.

Charles (M"'= et M"'=). Michel Charles, prédicateur distingué, qu'il fut question d'appeler de Chàtellerault à Paris, avait épousé, selon La France prot., 2" édit., IV, 53, Jeanne Pioget, fille d'un conseiller au Parlement de Paris, et selon M. Lièvre, III, 280, Catherine Berthon. Peut-être fut-il marié deux fois. Quoi qu'il en soit, Catherine Berthon, sa femme, ayant été découverte dans les bois de Preuilly, où elle s'était cachée, se vit arracher tous ses enfants et subit tant d'autres cruautés, qu'elle en perdit l'esprit. Elle se jeta dans un puits, d'où on la retira pour la conduire aux Filles- Repenties de Poitiers, qui la traitèrent avec la dernière inhumanité, suivant le témoignage de l'auteur de l'Impiété des communions forcées, 1689, in-i6, p. xl. Foucault l'envoya ensuite à Paris ; le 6 décembre 1686, La Reynie reçut l'ordre de l'expédier à Montauban, où était né son mari, et de mettre sa fille aux Nouvelles- Catholiques (O* 3o). Celle-ci était portée sur la liste du 14 décembre comme ayant «encore besoin d'instruction» (Fr. 7o5i f° 248), et sur celle du i'"' février 1687 comme n'ayant pas encore communié

1 C'est à tort que la seconde édition de le nom de Chardon, mais celui de son La Fr. pr. (Il, i3) l'identifie avec Marie second mari. Gaillard, puisque celle-ci ne portait plus

(Fr. 7o52 f° 3o). Auzillon la mentionne dans le courant de l'année comme ayant été par deux fois aux Nouvelles-Catholiques (Fr. 7053 f° 166).

Cependant M'"'^ Charles, envoj^ée non à Montauban, mais au For-l'Évêque, y reçut quelque argent de La Reynie', et n'en sortit, par ordre du 24 avril 1688, que pour être remise, le 26, à M""= Catillon- sous le nom de «la veuve Charles», d'où il résulte que son mari, réfugié en Allemagne en i683, n'existait plus alors (O* 32). Le roi fut heureux de se débarrasser de la malheureuse, tout en refusant de lui donner quelqu'un «pour la conduire hors du royaume. De manière qu'on ne sait ce qu'elle serait devenue, dit l'auteur de Y Impiété, si M. et M"'' de Boisragon, célèbres confesseurs, n'avaient pas eu la charité de l'amener avec eux à Amsterdam, oij ils sont arrivés depuis quelques mois ». Dès le mois de juin 1688, Catherine Berthon reçut de la ville une modique pension, continuée jusqu'à sa mort (1696). Les registres consultés par M. Gagnebin mentionnent son « trouble d'esprit ».

Parmi trois personnes que la police signalait en janvier 1687 comme n'a\'ant pas encore abjuré, se trouvait Madelaine Charles, veuve de Jacques Rousseau, qui fut mise à la Bastille par ordre du 9 (O ' 3i). Elle n'avait rien de commun avec le célèbre peintre Jacques Rousseau, encore vivant à l'étranger.

Charpentier, détenu à la Bastille, mis en liberté par ordre du I" avril 1689 ( O • 33).

Chartier (La d"'=) de Paris, peut-être fille de Pierre, avocat au Parlement, qui épousa en 1640, Marie Hérault, arrêtée avec sa servante, pendant qu'elle se dirigeait vers la frontière, fut ramenée à Paris par la maréchaussée d'Amiens et écrouée au Chàtelet le 23 janvier 1686. Toutes deux furent condamnées pour tentative de sortir du royaume (Reg. d'écrou du Palais de justice).

Charton (M""=^). Charton, marchand de vin, nouveau converti, ayant été arrêté pour s'être laissé aller à quelque propos un peu vif ou même à quelque voie de fait au sujet de la religion, le roi ordonna, le 20 juin 1696, qu'il fût « poursuivi pour sa violence par les voies ordinaires de la justice ». Ses deux filles furent envoyées

' Seignelay écrivait au lieutenant de La Force et pour le remboursement de ce

police, le 4 janvier 1687: «Je vous en- qui a été payé à la femme du ministre

verrai au premier jour les ordonnances Charles».

pour la pension et entretien de M"'' de - Voir Du Vignau.

58 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

le même jour aux Nouvelles-Catholiques (O^ 40), où elles restèrent quatre ans. Sa Majesté voulut contribuer au mariage de l'une d'elles, qu'on jugeait très bien convertie le 22 décembre 1700 (O' 44). Pontchartrain écrivait à D'Argenson le 22 mars 1701 : «Je vous enverrai au premier jour 100 livres pour la nommée Charton, nouvelle catholique, en considération de son mariage».

Il y avait à Paris d'autres protestants du même nom : Claude Charton, âgé de vingt-et-un ans, compagnon boutonnier de la rue de Lappe, au faubourg Saint-Antoine, signataire de la profession de foi le 27 décembre i685; Catherine Charton, veuve Le Royer, écrouée au Petit-Châtelet le i'"' août 1686 «pour l'affaire d'un chirurgien» (Fr. 7o5i f°=239et285), sans parler d'Abraham Charton, plâtrier de Noisy-le-Sec, mis à Vincennes le 26 février 1698 (sorti le 10 août) comme huguenot opiniâtre (O' 42), et confondu par La France protestante avec le père des deux demoiselles enfermées aux Nouvelles-Catholiques. Mentionnons encore Guinette Charton, mariée à Siméon Chastelain, de Villiers-Ie-Bel en 1641 (Reg. de Char.), et Abraham Le Royer, naturalisé anglais en 1682 (Agnew).

Chastelain (Siméon)*, grand ami du ministre de Charenton Mestrezat, fît une fortune considérable en introduisant en France la fabrication des dentelles d'or et d'argent. Lorsqu'il mourut en 1675, ses enfants et petits-enfants, au nombre de plus de quatre-vingts, assistèrent à ses funérailles en dépit de la déclaration du 19 septembre 1664, et furent condamnés à une forte amende. Nous rattachons au nom de ce ferme huguenot tout ce que nous avons pu apprendre sur la localité dans laquelle il s'était établi.

Non loin de la station de Gonesse (ligne du Nord), s'élève sur un mamelon couvert de verdure un village que le commissaire Delamare appelait «une petite Genève à trois lieues de Paris» (Fr. 7o52 f" 344). C'est VilIiers-le-Bel, dont le tiers des habitants professaient le protestantisme au XVIP siècle. Trop éloignés de Charenton pour s'y rendre quand le temps était mauvais, ils se réunissaient dans la maison de l'un d'eux pour y célébrer le culte. Dès i636, un arrêté interdit ces réunions (Benoit, II, 56i). Ils n'en tinrent compte ; un arrêt du Conseil rendu le 18 janvier lôSg, renouvela l'interdiction, en y ajoutant celle de travailler les jours de fête chômés par l'Eglise, et celle d'empêcher qu'on tendît leurs maisons pour les processions. Toutefois les assemblées continuèrent.

' C'est ainsi qu'il est désigne, ainsi que son fils atné, dans les extraits des

Reg. de Charenton.

Emprisonnés a Paris. 59

Quelques membres des principales familles émigrèrent plusieurs années avant la Révocation : Jean Tavernier, Jacques et Madelaine Bonne!, Charles, Josias et Louis Hauduroy, furent naturalisés anglais, le 8 mars 1682 (Agnew, III, 29).

Le 25 septembre i685, le convertisseur Léger de la Yerbissonne ^ se rendit à Villiers dans l'espoir de ramener les protestants au catholicisme: «J'espère, écrivait le commissaire Delamare, qu'il fera du fruit dans cette mission. Avant de partir il a achevé la conversion de la femme de Colombet, épicier du faubourg Saint- Antoine» (Fr. 7o52 f" 842). Impatient de connaître le résultat, La Reynie écrivait au commissaire le i^'^ octobre : «Je ne sais si vous avez des nouvelles de Yilliers-Ie-Bel; mais il me semble qu'on est fort longtemps à vous en faire savoir. Mandez-moi si vous avez ouï dire quelque chose de la part de cet homme, que vous aviez trouvé propre à travailler parmi les artisans de la R.» (Fr. 21740 f" 117"). Delamare répondait le 5 :

Pour vous rendre compte, Monsieur, de ce qui s'est passé à Villiers-le- Bel dans le vo3'age de M. Léger, il m'a rapporté que, pendant les cinq jours qu'il a demeuré dans ce bourg, il a appris qu'il y a soixante-deux familles de la R. P. R. qui composent environ 400 personnes; que tous ces gens de la R. P. R. sont beaucoup plus à leur aise que les catholiques; que néanmoins il n'y en a que trois familles de riches, celles des nommés Tavernier, des Chastelain et des Hauduro}-, et que ces trois familles, qui consistent en cinq ou six maisons, entretiennent tous les autres et les font subsister. Leur commerce consiste en dentelles d'or et d'argent. Ces principales familles fournissent les matières et font le grand commerce, et les autres travaillent sous leurs ordres et pour eus. Il apprit encore que Nicolas Tavernier faisait la charge d'ancien, et que Zacharie Chastelain faisait presque la fonction de ministre, parce que, passant entre eux pour le plus savant, il les instruisait et parlait dans leurs assemblées. Cela lui fit juger qu'il fallait d'abord s'attacher à ces deux hommes... Il a eu quatre ou cinq entrevues avec eux; mais il a trouvé des gens opiniâtres et résolus à demeurer dans une réticence perpétuelle, disant toujours qu'ils n'osaient parler de religion... Il a remarqué qu'ils sont fort ignorants dans leur religion (!). Pour le menu peuple, il a parlé à plusieurs et n'y a trouvé que de l'opiniâtreté et de l'ignorance, et une confiance aveugle à la conduite de ces premières familles, avouant franchement que si ces premiers se convertissaient, ils en feraient tous autant. Il les a pressentis du côté des récompenses et du secours qu'ils pourraient espérer en se convertissant. Peut-être que cela aurait pu faire quelque effet, mais aucun ne l'a voulu croire. (On lui a objecté l'exemple de l'un d'eux, Ouzel, converti il y a trois ans, qui, après avoir fait soixante voj'ages à Paris reçut de Pellisson 36 livres, en ayant dépensé quatre de plus pour obtenir ce beau secours, et qui, revenu de Hollande, est encore aujourd'hui dans la plus grande nécessité).

' \"oir ci-dessus II, 260.

6o Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

M. Léger a vu ce Ouzel, qui lui a dit que les faits sont véritables, et que cela peut avoir détourné beaucoup d'autres de suivre son exemple. N'ayant pu réussir de ce côté des récompenses, et ayant remarqué qu'ils appréhendaient fort d'avoir des garnisons cet hiver, il leur a laissé voir que cela pourrait arriver, et s'est encore servi de cette crainte pour leur parler de conversion; mais pas un n'a voulu écouter; ils lui ont seulement dit que, quand on les forcera d'aller à la messe, il faudra bien s'y résoudre; de sorte qu'ils attendent cette occasion (!), et que lorsqu'elle arrivera, si le roi juge à propos d'employer ce mo3'en, ils ne se laisseront pas beaucoup fatiguer par la garnison. A l'égard de leur conduite pour leur exercice ils viennent à Charenton, mais comme ils en sont éloignés de six lieues, ils n'y sont pas fort assidus et s'assemblent chez Tavernier ou chez Zacharie Chastelain, et ce dernier, qu'ils appellent le petit ministre, les catéchise et les prêche... Ces assemblées se font secrètement et même la nuit; il s'en fit une dans le temps que M. Léger fut dans ce lieu; ce serait au juge du lieu de les empêcher. On dit même qu'ils y chantent des psaumes (Fr. 7052, f° 814).

L'insuccès des tentatives de corruption et des menaces de garnison n'arrêta point Seignelay: croyant sans doute que le convertisseur s'y était mal pris, il écrivit le 25 octobre à La Reynie : «Vous devez continuer vos diligences du côté de Villiers le-Bel » ; et le 29 : «Sa Majesté a vu ce que vous m'avez écrit sur le sujet de Villiers-le-Bel, et elle désire que vous cherchiez les moyens de rappeler à là R. C. les sept ou huit familles dont vous m'avez envoyé les noms, puisque vous estimez que cela ferait déterminer le reste de ceux de la même religion qui sont habitants de ce bourg» (O' 29).

La Reynie, on se le rappelle, était persuadé qu'on pourrait gagner les familles les plus considérables, et que leur conversion entraînerait celle des autres. Il se trompait. A Villiers-le-Bel comme à Paris, il fallut recourir à la dragonnade pour triompher des consciences. A la date de novembre, on lit dans les Mémoires de Sourches (I, 346): «Le roi envoya Artagnan, major de son régiment des gardes, avec 200 soldats à Villiers-le-Bel,... pour obliger les huguenots qui y étaient en grand nombre à se convertir ; mais il n'y trouva plus que quelques restes de familles, tout le reste s'était enfui par l'appréhension qu'ils avaient eue qu'on ne leur envoyât des troupes». «Les dragons, dit Benoit, fort exactement renseigné (V, 902), avaient ordre de démolir les maisons des prétendus opiniâtres; celle de Chastelain... fut jetée par terre... On assure que de ce seul village il fut emporté par les soldats ou d'autres voleurs qui prenaient le nom de dragons, plus de 200 charretées de bons meubles, sans ceux qu'on brûlait ou qu'on brisait comme trop difficiles à enlever».

Emprisonnes à Paris. 6i

Le 20 novembre, Louvois félicitait D'Artagnan du résultat obtenu: «Le roi, lui écrivait-il, a été bien aise de voir par le contenu de vos lettres des 18 et 19 de ce mois, qu'il y ait présentement la moitié des religionnaires de Villiers-le-Bel de convertis. Sa Majesté s'attend que vous continuerez, et que le commencement du rasement de quelques maisons, même le rasement entier s'il est nécessaire, obligera les absents à revenir. Sa Majesté approuve que vous vous informiez des familles huguenotes qui sont à deux ou trois lieues à la ronde, et que vous les menaciez de logements si elles ne se convertissent, et même que vous leur en envoyiez s'il est nécessaire» (Arch. Guerre. Minutes de Louvois). A Villiers comme partout, une fois les soldats partis, les prétendus nouveaux convertis désertèrent en masse l'église; de sorte qu'il fallut de nouveau recourir à D'Artagnan, auquel Louvois écrivait le 5 janvier 1686: « Le roi a été bien aise d'apprendre que les conversions se font sans désordre (!), en sorte qu'il n'en coûte pas considérablement aux religionnaires... Le roi aura bien agréable que, lorsque vous passerez à portée de Villiers-le-Bel, vous y alliez faire un tour, parce que Sa Majesté a été avertie que les nouveaux convertis ne vont point à la messe, et ne font aucun exercice de la religion qu'ils ont embrassée, et son intention est que vous leur fassiez beaucoup plus de peur que de mal en les menaçant» (Arch. Guerre. Ibid.).

De guerre lasse quelques habitants de Villiers finirent par plier, notamment le nommé Descouy, qui, au mois d'octobre 1686, demandait à être gratuitement reçu maître plumassier (O * 3o).

Un grand nombre d'autres étaient passés à l'étranger; on verra tout à l'heure que l'émigration durait encore en 1688. Parmi les fugitifs se trouvaient trois fils de Siméon Chastelain : Siméon l'aîné, Etienne et Zacharie. Zacharie, « le petit ministre», marié à Rebecca, fille de Claude Bonnel et de Paquette Hauduroy, est la souche de la famille à laquelle appartiennent le pasteur Chastelain, célèbre au Refuge, et le libraire hollandais non moins célèbre au XVIIP siècle. On ne se contenta pas, dit La France protestante, de raser sa maison jusqu'aux fondements, on le pendit en effigie. D'après le même ouvrage, il aurait été l'intime ami de Claude, et ancien de Charenton. Cette dernière qualification semble d'une exactitude douteuse: le nom de Zacharie ne se trouve point en i685 parmi les vingt-quatre de Charenton, et nous ne l'avons pas non plus rencontré dans les années précédentes. «Ayant appris, dit Haag, que l'ordre avait été donné de l'arrêter, il se réfugia en Hollande sous un déguisement, peu de mois avant la Révocation». Assertion non

62 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.

fondée, puisque, comme on vient de le voir, le convertisseur Léger s'entretint plusieurs fois avec Zacharie à la fin de septembre. Nos documents ne nous fournissent aucun renseignement sur la fuite de celui-ci; nous y voyons seulement que, au mois de septembre 1686, sa fille Denise demandait par un placet les biens de ses père et mère fugitifs, et que, le 6 de ce mois, Seignelay invitait De IVIénars à s'informer si elle était leur seul enfant resté en France, et si elle et son mari faisaient leur devoir de catholique (O ' 3o).

La lettre suivante, adressée par S. {sic) Chastelain l'aîné « à son voisin et fidèle ami» et contenant des salutations pour Nicolas Miche, Morar et le lieutenant Ledoux, a été interceptée par la police. Elle fournit la date précise de la fuite des deux autres frères.

Le premier jour du pillage, 17 de novembre passé, je partis le matin pour me retirer avec mes enfants, par suite de la fureur du feu que je prévoyais qui s'en allait tomber sur les Réformés de notre paroisse ; et comme j'en avais à trois endroits, j'ai été quelques jours à leur rendre visite aux uns et aux autres... Mais comme j'ai vu que l'ardeur avec laquelle on était poussé était encore plus grande que je ne m'étais imaginé, et qu'on me cherchait pour m'arrêter et me faire faire une chose contre ma conscience, comme on avait fait faire à tous les autres, je pris résolution, et mon frère Estienne Chastelain avec moi, de nous tirer, sous la faveur de Dieu, des terres de France, et ainsi nous partîmes de Paris le treize [décembre] et prîmes résolution de tirer du côté d'Allemagne, à cause que le nombre de ceux qu'on avait arrêtés du côté de Flandre était venu à notre connaissance; mais on ne veillait pas moins du côté que nous avions choisi. Néanmoins la Providence divine nous a menés au travers des grandes villes, et particulièrement au travers de Langres et de Besançon..., et nous sommes heureusement arrivés sur les terres de Neuchâtel... le dernier de l'année, et le i" de la présente année à Neuchâtel, où j'ai demeuré environ trois semaines, attendant nouvelles de nos enfants, là où mon frère a pris résolution de demeurer à cause du bon marché des terres (Fr. yoSS, f" 220).

Siméon, au contraire, traversa l'Allemagne à pied jusqu'à Francfort, d'où il gagna La Haye en bateau, espérant y trouver pour truchement le mari de sa fille aînée. Celui-ci étant parti pour Bruxelles, Chastelain s'y rendit aussi, ne songeant qu'à découvrir quelque moyen de se faire rejoindre par ses enfants, et fut à diverses reprises jusqu'à la frontière de France. Enfin sa fille cadette et celle de son frère réussirent à s'évader. Il s'établit à une lieue de Middelbourg, dans une petite ville où l'on fabriquait de la dentelle blanche (Fr. 7o55 ï" 220).

A la fin de juillet, Etienne ex-marchand de dentelles du quartier

Emprisonnés à Paris. 63

Saint-Antoine, adressait de Neuchàtel à son fils, resté à Paris, une lettre qui fut également saisie et par laquelle il l'invitait à quitter la France. Il lui indiquait la route de Besançon et de Lyon comme assez sûre, et lui donnait quelques indications topographiques et des conseils de prudence. Il lui conseillait de ne marcher que la nuit, de se déguiser en mendiant avec sa femme et son fils, et de demander l'aumône sur la route, ce moyen ayant réussi à plusieurs fugitifs. Même en ne faisant que deux lieues par jour, ajoutait-il, il ne leur faudrait que six semaines pour arriver en Suisse (Fr. 7o5i f° 261). C'est très probablement Etienne qui est mentionné en ces termes dans l'état des fugitifs dressé le 16 février 1687: «Quartier Saint-Antoine. Chastelain le père, marchand de dentelles et ses quatre filles ». Biens laissés : « Néant » (Fr. 7o5i f" 822).

Par zèle religieux et pour ne manquer aucune assemblée, la veuve Marie Bonnel avait quitté Villiers, vers 1680, et était allée habiter Charenton. Elle y resta jusqu'à ce qu'on la mit à la taille, circonstance qui l'obligea de se retirer au faubourg Saint-Antoine avec un de ses parents nommé Chastelain. Comme elle s'enfuyait à l'étranger, Auzillon la fit prisonnière à Senlis, au mois de septembre 1686, et la conduisit au Grand-Chàtelet, d'oii elle sortit ruinée. Le 2 janvier 1687, elle demandait de quoi subsister, assurant qu'elle faisait son devoir de catholique. C'était pour mieux cacher son dessein ; car dès le 16 février elle est inscrite parmi les fugitifs qui n'ont laissé aucun bien. Elle rejoignit ses cousins germains les Chastelain et les Bonnel, sortis de France «tous ensemble» avec leurs femmes et leurs enfants (Fr. 7o5i f""* 264, 323 et 7o53 f'^^ 180 et 337). On la trouve à Berlin en 1700 avec deux enfants*. A la même date, Pierre Bonnel, sa femme et trois enfants, habitaient Prentzlow, ainsi que Zacharie Bonnel, sa femme et trois enfants (Ms. Dieterici). Abraham Bonnel, Marie, sa femme, Samuel, Abraham, Pierre, Paul et Henri, leurs fils, avaient été naturalisés anglais en 1688 (Agnew, III, 5i).

Il s'agit très-probablement des Chastelain et des Bonnel,

' l'ne autre Marie Bonnelle, femme de procès fut fait par Desforges, lieutenant- Nicolas Moreau, vigneron, ci-devant de- criminel au bailliage de Vermandois, meurant au bourg de Villers-le-Sec proche séant à Ribemont. Elle avait logé à Guise Paris, laquelle avait abjuré deux ans au- chez Charles Savary Hostelain, qui avait paravant avec toute sa famille, fut arrêtée été de la Religion, et qui ne fut relâché par des paysans, vers le 20 septembre que le 3 janvier 1688 (Arch. de Laon). 1687, à deux lieues par delà Guise, proche Au mois de mars de la même année, l'un Boue (Coi du Nouvion) avec ses trois de ses enfants, prisonnier, demandait par enfants qu'elle emmenait à l'étranger, où un placet d'être renvoyé à Villiers-le-Bel elle voulait rejoindre son mari. Son (O' "iz).

64 Révocation de V Edit de Nantes à Paris.

cousins de Marie, dans ces lignes qu'un espion traçait en Hollande le 23 mars 1686 :

Les personnes de Villiers-le-Bel..., proche Montmorency..., sont arrivées ici, je leur parlai mardi; ils ont passé six à cheval, savoir les trois beauxfrères et chacun leur femme en croupe, et trois guides aussi à cheval. Ces mêmes guides sont retournés samedi dernier avec trois chevaux, pour aller quérir trois enfants que ces marchands ont laissés à Paris. Ils m'ont dit la route qu'ils ont prise, qui est la même que je vous ai envoyée; mais ils ont passé la nuit proche d'Amiens sans entrer dedans. Ces guides doivent aller et revenir par la même route, ce sont trois gardes-sel; d'autres gens de Villiersle-Bel sont à Paris qui les attendent aussi avec des chevaux. Je tâcherai de savoir le nom de ces gardes (Fr. 7o5o, f" 264).

D'après La France protestante, Zacharie Chastelain, fils de Zacharie, aurait été mis à la Bastille en 1686 avant de passer à l'étranger. Il nous semble qu'il y a là une confusion de prénoms. Le Chastelain embastillé était Etienne, dit Després, qui n'avait pas abjuré et semble s'être fait guide. Arrêté sur la frontière avec les demoiselles Lemaistre au mois de juillet (Fr. 7062 f 182), il fut ramené à Paris. Desgrez, dans le « four » duquel il était détenu, écrivait le 28 que le prisonnier était dans une grande agitation et désirait voir le convertisseur Varet (Fr. 7o53 f° 3o5). Le 5 août, il écrivait encore: «Suivant Chastelain, le curé de Villiers-le-Bel est cause que les protestants s'en sont allés, et que ce qui reste s'en ira avec le temps. Ils l'appellent entre eux un paillard et ne peuvent souffrir ses manières de hauteur» (Fr. 7o53 f" 3i3). A son tour, Seignelay écrit à La Reynie le 3i : «Le nommé Chastelain que vous avez fait arrêter est celui dont il est le plus parlé dans les avis qui viennent de Hollande. Je vous envoie l'ordre pour le mettre à la Bastille » (O' 3o). Voulant sortir à tout prix, Chastelain ne sut pas se taire. Il dit tout ce qu'on voulut savoir, trahit le secret des évasions, et fut cause de plusieurs arrestations. On lit dans le billet que Seignelay adressait le 5 août à Chauvelin, intendant de Picardie: «Le roi m'ordonne de vous envoyer le mémoire ci-joint contenant la déclaration du nommé Chastelain, au sujet de ceux qui contribuent à l'évasion des sujets de Sa Majesté hors du royaume, et de vous dire que son intention est que vous fassiez arrêter le charron [de WartyJ, marqué dans ce mémoire, les nommés Landrieux et le Petitpère et les autres qui se trouveront leurs complices» (O' 3o). Chastelain fut relâché après abjuration par ordre du 3i, et La Reynie continua de surveiller sa conduite.

Le 7 septembre, ne perdant pas de vue la déclaration de

Emprisonnés a Paris. 65

Chastelain relative au curé, Seignelay adressait à l'archevêque de Paris un billet ainsi conçu :

» Monsieur,

Le roi ayant été informé que le prieur de Viiliers-Ie-Bel est haï do tous ses paroissiens, particulièrement des nouveaux convertis, ce qui empêche que plusieurs qui sont dans les pays étrangers, ne reviennent comme ils feraient s'ils avaient un autre curé, Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire de prendre la peine de parler à l'abbé de Sainte-Geneviève pour l'obliger à le retirer de ce lieu,... et d'ailleurs on peut lui donner un établissement plus considérable et ménager les choses en sorte qu'il ne paraisse point qu'on le retire pour ces raisons ' (O ' 3o).

Bien que trop peu nombreux, les documents relatifs à la famille Tavernier permettent cependant de rectifier une erreur commise par La France protestante. Ce n'est pas le voyageur J.-B. Tavernier (voir II, 426) qui fut mis à la Bastille en 1686; mais bien un de ses homonymes, que La Pommeraye, exempt de la prévôté, fut arrêter à Villiers-le-Bel par ordre du i3 janvier, et qu'on relâcha, évidemment après abjuration, en vertu d'un ordre du 29 (O' 3o). Nous ignorons le prénom de ce prisonnier. Benoit range au nombre des persécutés Tavernier et le fils de Nicolas Tavernier (tome V), et l'on sait par Léger de la Verbissonne que Nicolas « faisait la charge d'ancien ». C'est ce dernier, sans doute, dont la Bastille put seule vaincre la constance, et qui ne tarda probablement guère à passer à l'étranger. Il semble probable que c'est son fils qui fut arrêté et conduit au For-l'Évêque, le 26 juin 1688, pour n'avoir pas communié à la Pentecôte (O' 82).

Le 26 juillet, Seignelay informait l'archevêque de Paris que le prisonnier avait fait présenter à Sa Majesté plusieurs placets, dans lesquels il prétendait avoir «bien fait son devoir de catholique, excepté le jour de la Pentecôte où il était malade». Il est collecteur de tailles et chargé de dix enfants, ajoutait le secrétaire d'État, et affirme que sa détention le ruinera entièrement. « Sur quoi Sa Majesté m'ordonne de savoir de vous si vous croyez qu'il puisse être à présent mis en hberté » (O» 82). Tavernier sortit de la Bastille en vertu d'un ordre du 10 août {Ibid). N'étant pas dans une situation qui lui permît de s'enfuir, le pauvre père de famille

• Nous ne savons s'il était le même qui se faisaient tous les dimanches chez

personnage que Ph. Goureau, prieur à un nommé Raguin, serrurier de la rue

Villiers-le-Bel , lequel avertissait La Sainte-Marguerite au faubourg Saint-

Reynie, le 14 fe'vrier 1687, des assemblées Antoine (.Fr. 7o53, f» 21).

s'efforça de rentrer en possession des biens de son père qu'on avait confisqués. Seignelay écrivait le lo novembre à M. de Ménars: « Je vous envoie le placet du nommé Tavernier de Villiers-le-Bel, qui demande le bien de son père qui s'est absenté, le roi voulant, avant que de prendre aucune résolution sur ce sujet, savoir si ledit Tavernier fait bien son devoir de catholique » (O^ 32).

Esther et Marthe Hauduroy, fugitives arrêtées à Amiens, furent ramenées à Paris et enfermées au For-l'Evêque le 19 février 1686 (Fr. 7o5i f° 3o5). L'une d'elles est sans doute la demoiselle Hauduroy qui, récemment arrivée à Londres, écrivait, au mois de novembre 1687, à sa mère habitant Paris, qu'elle était passée par Dieppe, etc., et dont la lettre, confisquée par la police, provoqua l'arrestation de Bucquet et de Durand, du village d'Ouville-la- Rivère, qui favorisaient les évasions (O' 3i).

Un nommé Moreau, arrêté à Guise voulant sortir du royaume, demandait en mars 1688 d'être renvoyé à Villiers-le-Bel. Le 17, Seignelay transmettait le placet à l'intendant de Soissons, Bossuet, en lui demandant son avis. Au mois de décembre de la même année, un autre habitant de Villiers-le-Bel, Bonnel, réclamait les biens de sa mère passée à l'étranger (O* 32).'

En 1691 il y avait à Villiers-le-Bel un relai de guides, ainsi que nous l'apprend une lettre du 23 novembre adressée à La Reynie: « J'ai reçu une lettre de M. Clairambault, par laquelle il me mande qu'il vous a donné avis d'un homme qui vient à Villiers-le-Bel pour faire sortir du royaume les femmes nouvelles catholiques ; il est très important de tâcher de l'arrêter » (O' 35).

On trouve à Berlin en 1698 Jean Tavernier, de Paris, sa femme et trois enfants, et à Magdebourg, la même année, Pierre Tavernier, estaminier (tisseur d'étamine), sa femme et un enfant (Ms. Dieterici). Appartenaient-ils à la famille de Villiers-le-Bel, ou à celle des artistes de Paris?

Le 12 février 1699, Pontchartrain recommandait à Phelypeaux, successeur de l'intendant De Ménars, le village de Villiers, où l'on disait que l'instruction religieuse des enfants était fort négligée (O^ 43). Phelypeaux s'y transporta, fit entendre de sévères menaces aux nouveaux catholiques qui n'allaient pas à la messe, n'en obtint rien, et sollicita l'autorisation d'arrêter quelques-uns des plus rebelles. Le 29 juillet, Pontchartrain lui envoyait les ordres d'emprisonnement demandes. On mit à l'Hôpital-Général Jeanne Guibillon, Madelaine Legros, femme de Roland Troussart, Marie-Anne Hubert, femme d'Isaac Chastelain, et leurs quinze enfants, et à

Emprisonnes a Paris. 67

Bicétre, Jacques Tavernier, Louis Hauduroy, Job Pelle, Collets et Poupart (Le dernier était de Claye et peut-être aussi Collets). On a vu plus haut (II, 266 et 267) avec quelle inhumanité ils furent traités. Le 5 novembre les hommes furent relâchés, et le 25, les femmes, à l'exception de M™" Chastelain «très ignorante »(!) qu'on garda pour continuer à l'instruire (O^ 43).

Ces violences accrurent le nombre des émigrés. En 1702, Madelaine, veuve de François Hauduroy, âgée de 78 ans, était assistée à Londres; on la retrouve sur les mêmes listes en 1708 et 1705. Charlotte Hauduroy, âgée de 55 ans, et Marie, figurent sur les mêmes listes d'assistés de 1708 à 1721 (Agnew).

Le guide Jean Bonnel, de Villiers-le-Bel, condamné aux galères en 1700, fut libéré en 1713.

Ouzel (Esaïe), marchand de la rue Saint-Denis, au sujet duquel un secrétaire d'État écrivait à D'Avaux le 22 août 1686 (O' 3o), et qui fut admis à la cène à La Haye en 1687, est peut-être le même personnage qu'Esaïe, facturier de bas de Villiers-le-Bel, que nous trouvons réfugié à Berlin en 1700, avec sa femme et trois enfants (Ms. Dieterici). Jean, réfugié à Cassel. Nicolas, de Villiers-le-Bel, passementier, et sa femme, réfugiés à Berlin, 1698, 1700. Noël, de Paris, âgé de cinquante ans, assisté en Angleterre avec sa femme et deux enfants, 1708, 1705.

Chastenay (M"'' ou M"'= de) mise aux Nouvelles-Catholiques avec une servante, par ordre du 10 janvier 1693 (O * 87).

Chaussé (M™'= veuve), expulsée de France en 1688, appartenait à une famille dont un membre avait signé le 14 décembre i685, chez Seignelay. Un rapport de police de février 1687, la représente comme n'ayant point fait sa réunion, non plus que ses deux filles les plus âgées (Fr. 7o5i f° 18). Elle fut nécessairement enfermée dans une prison ou un couvent avant son expulsion. En 170c, «la demoiselle Chaussé», nouvelle convertie revenue d'Angleterre et prétendant vouloir se retirer chez les Nouvelles-Catholiques de Pons, demandait une part des biens de son parent Formont, mort relaps (TT 248).

Chauvelin (Louis), arrêté et conduit à Saint-Lazare par ordre du 14 août 1688 (O 1 82).

Chauvet (M""^) fut mise chez les religieuses de Saint-Gervais; le i^"" octobre 1686, Seignelay mandait à la supérieure de ne lui laisser voir personne, « si ce n'est pas des ordres exprès, ou du

68 Révocation de l'Êdit de Nantes à Paris.

consentement de M. Pellisson » (O ' 3o). On la rendit à son mari le 3o septembre 1687.

Chauvet et sa femme, relégués à Dijon le i3 janvier 1686 (O » 3o).

Jacques Chauvet, naturalisé anglais le 28 juin 1682, appartenait sans doute à la même famille.

Cheron. Pierre Cheron, Pasquier Gilbert et Jean Desmarais, rôtisseurs, mis au Petit-Châtelet le 19 mars 1687, pour avoir vendu de la viande en carême (Fr. 7o5i P 239). — Pierre Cheron était sans doute parent des peintres Louis et Sophie Cheron, qui abjurèrent à Paris avant la Révocation. Louis, âgé de trente ans, fit acte de repentance à Londres dans l'église de la Savoie, le i^"" octobre 1693 (Ms. de la B. du pr.). La nommée Claude Cheron, enfermée à Sainte- Agnès «pour y être instruite et apprendre à travailler», ne se laissa point séduire par les convertisseurs; en conséquence, et sur l'avis de la supérieure, elle fut envoyée à l'Hôpital-Général par ordre du 17 octobre 1698 (0*42). — Une femme Pasquier fut expulsée du royaume par Mons en 1688.

Chervet (Esther), mise au Grand-Châtelet pour la R. le 21 janvier 1686 (Fr. 7o5i f° 295).

Chesne (Françoise), mise au Petit-Chàtelet pour la R. le 21 février 1686 (Fr. yoSi f° 293).

Chesnel (La nommée), dite Beaucorps, fut transférée, par ordre du 12 février 1686, de l'abbaye de Saint-Mandé aux Hospitalières du faubourg Saint-Marcel (O' 3o), d'où elle retourna à Saint- Mandé, dont elle ne sortit que par ordre du 5 juillet 1687 (O ' 3i). Avait-elle quelque parenté avec . les Chesnel de La Rochelle (Fr. pr., 2« édit., II, 384)?

Cheusses (M™^ de). Le 16 janvier 1686, le commissaire Fleuri conduisait M"" de Cheuse, M""= de Combel et M"'= Du Ry dans trois monastères; elles ont obéi sans murmurer, écrivait-il, mais en déclarant qu'elles ne changeraient pas de religion (Fr. 17421 f° 20). Le 22, la supérieure des Hospitalières de Saint-Gervais reçut l'ordre de permettre à M™" de Cheuse de voir sa sœur, M'"^ de Louvrie ou de Lourye, à laquelle elle fut remise, par ordre du 24 août, en sortant du couvent de Notre-Dame-de-Bon-Secours au faubourg Saint-Antoine (O' 3o). On l'expulsa du royaume en 1688.

Nous pensons qu'au lieu de M""" de Cheuse il faut lire M""" de

Emprisonnés à Parts. 69

Cheusses, qui serait alors la femme de Jacques Henri, sieur de Cheusses, dont la fille Louise-Madelaine épousait en 1679 Nicolas de Rambouillet, à Charenton, ou la femme du frère aîné de Louise- Madelaine (Rcg. de Char.). Les De Cheusses étaient de La Rochelle et alliés aux Marconnay, d'après La France proL, ■2" édit., IV, 3o8 et III, 317. Ils se réfugièrent dans les Etats de Hanovre à la Révocation, et l'un d'eux était, en 1692, officier dans les troupes danoises au service de la Hollande.

Chevalier. Nos documents mentionnent plusieurs personnages de ce nom.

Au mois de décembre i685, Jean Chevalier, maître rubannier, et sa femme, âgée de quatre-vingts ans, reçoivent après abjuration un secours de 27 livres; Samuel Chevalier, compagnon, et Marthe Gaudon, sa femme, reçoivent 36 livres aussi après abjuration (Fr. 7o5o f i36).

Le 14 janvier 1686, le commissaire Dumesgnil notait comme ayant promis d'abjurer Gabrielle Chevalier, de la rue Saint-Méderic, Marie et Catherine Chevalier. La dernière était femme de Charles Colard, suisse, qui s'était enfui après avoir été contraint d'abjurer (Fr. 7o5i f° 54).

Un Chevalier fut arrêté pour la R., par ordre du 5 mai 1692 (O ' 36).

Chevreau. Le 24 mai 1698, Pontchartrain approuvait D'Argenson d'avoir laissé Chevreau un mois en prison pour la R.

Chifflard (Léa), mise au Grand-Chàtelet pour la R. le 18 juin 1686 (Fr. 7o5i f'' 299).

Chitton (M"'=) ou de Chitton, mise aux Nouvelles-Catholiques en 1695 {Fr.pr., 2'= édit., IV, 384).

Choreau, « mauvais catholique», arrêté et conduit à la Bastille par ordre du 27 février 1688 (O ' 82).

Chrestien (Jacques), voir Festu.

Chrestien (M"'=). Le 3o septembre 1688, Seignelay mandait à La Reynie de mettre aux Nouvelles-Catholiques une vieille fille nommée Chrestien, qui était près de M"" Fabrice et n'avait pas encore fait sa réunion (O ' 82. — Voir Fabrice). — C'était vraisemblablement une descendante du poète Florent Chrestien, qui^ au siècle précédent, avait défendu la Réforme contre les violentes

70 Révocation de l'Edit de Nantes à Pai-is.

attaques de Pierre de Ronsard, et dont le fils, Claude Chrestien, avocat au Parlement de Paris, épousa Marie Gobelin, dont il eut, en 1614, une fille nommée Claire, laquelle aurait pu, sans dépasser les limites de la vie humaine, vivre encore en 1688 [Reg. de Char.). Pierre Chrestien, mis au For-l'Évêque pour la R. le 4 juin 1686 (Fr. 7o5i f° 290). Jacques fut naturalisé anglais en 1696; deux David et un autre Jacques le furent également en 1700.

CiBOT (M™^). Seignelay écrivait à La Reynie le 3 novembre 1689 : «Mandez-moi si vous croyez qu'on doive envoyer hors du royaume la nommée Cibot, qui est aux Nouvelles-Catholiques. Vous savez bien que son mari, marchand de Poitiers, est converti » (O ' 33). La Reynie fut d'avis qu'il fallait d'abord recourir au moyen de conversion le plus énergique, c'est-à-dire l'incarcération dans une forteresse. En conséquence M™^ Cibot fut envoyée, le 16 novembre, au château de Guise, où par ordre du 21 mai 1691 elle eut la liberté de se promener « pour le bien de sa santé » (O '35), et dont elle ne sortit qu'au bout de huit longues années de souffrances pieusement endurées. Par ordre du 4 décembre 1697, elle fut conduite à Valenciennes et à Mons avec M"* La Sauvagère de La Taillée pour être bannie du royaume (O^ 41).

En 171 1, un nommé Cibot, évidemment parent de l'expulsée, était signalé à Poitiers comme opiniâtre et chef de parti, empêchant « les nouveaux convertis» de faire «leur devoir»; le 14 mars, le roi lui faisait ordonner, ainsi qu'à plusieurs autres, d'aller se faire instruire par l'évêque, faute de quoi Sa Majesté y pourvoirait d'une manière qui leur serait « très désagréable » {Fr. pr., 2* édit., IV, 753).

Claye ou DE Claye (M""). Marie et Elisabeth Claye, âgées l'une, de six, et l'autre, de sept ans, sont portées sur la liste des Nouvelles-Catholiques dressée le i" février 1687, comme ne pouvant «sans danger être remises à leurs parents » (Fr. 7052 f° 3i). Elles étaient sans doute filles de l'un des deux orfèvres, Jean et Jacques de Claye, qui obtinrent, grâce à leur abjuration, l'autorisation d'ouvrir boutique à Paris (A. N., K 1271). La conduite de l'un d'eux semble avoir paru suspecte; car le 26 avril 1688 Seignelay chargeait La Reynie de s'informer si le nommé Claye, orfèvre, nouveau catholique, faisait bien son devoir de catholique. L'une des demoiselles obtint une pension de 200 livres sur la caisse des conversions (O ' 34); Seignelay ordonnait de la lui payer, le i5 août 1690. Le 25 novembre 1691, Pontchartrain réitérait le même ordre à Pellisson. La pensionnaire du célèbre apostat était la nièce de la

Emprisonnés à Paris. 71

sœur Ancelin des Nouvelles-Catholiques (O * 35). C'est elle apparemment que concerne cette lettre de Pontchartrain au Prévôt des marchands: «3i mars 1701. La sœur Ancelin, de la maison des Nouvelles-Catholiques, a une nièce qui est demandée en mariage par le sieur Cordier, qu'on assure être un homme de mérite. Comme la conclusion de cette affaire dépend d'un emploi, elle a supplié le roi de vouloir lui faire donner un bureau de recette de la capitation; si personne ne vous plaisait plus que le sieur Cordier, veuillez vous servir de lui » (O 248).

Clermont (M™^ de), obligée, par ordre du 3 février 1686, de quitter Paris et de retourner près de son mari (O ' 3o).

Clermont d'Amboise (M"^ de). Charles-Léonor de Clermont d'Amboise, marquis de Loudon, avait épousé, le 4 avril 1681, dans le temple de Charenton, en présence de Louis de Saint-Del3rs, marquis d'Heucourt, et de Claude-Antoine de Saint-Simon, marquis de Courtomer, ses cousins, Madelaine de Mormès, fille de Saint- Hilaire dont le bras fut emporté par le boulet qui tua le maréchal de Turenne {Reg. de Cliar.). Il en eut au moins une fille; car, le 25 mars 1698, D'Argenson reçut l'ordre d'arrêter et de mettre aux Nouvelles-Catholiques la demoiselle de Clermont, qui était à l'Arsenal chez M"'^ de Saint-Hilaire, sa grand'mère. L'enlèvement eut lieu dans les premiers jours de mai, par le ministère de l'exempt Desgrez (O ' 42 et Biillct., Z" série, II, 559\

Clinchant. Pontchartrain écrivait le 12 juin T695 à l'abbesse de Port-Royal : « Le roi désirant être informé de l'état auquel était la demoiselle Clinchant lorsqu'elle s'est évadée de votre maison^ de quelle manière elle y était entrée, et s'il est vrai qu'elle eût l'esprit aliéné par des vapeurs » (O ' 39).

Closroger. Le 26 avril 1688, Seignelay informe La Reynie qu'il va faire conduire hors du royaume les nommées Gardouleau, Le Maistre, Closroger, Anne Janots, auxquelles il avait été donné quelque temps pour se préparer à partir (O • 32).

Clouet (Hubert), loueur de carrosses, mis au For-l'Evêque par ordre du 11 juillet 1686, en sortit en vertu d'un ordre du 23 (O * 3o).

CocHARD (M™^), voir II, 284.

CocHARD (Matthieu), voir II, 588.

Cochet (Les), voir II, 56i.

72 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

CocQUERET. Le i3 août 1691, Pontchartrain demandait à La Reynie son avis sur le placet envoyé par Cocqueret, prisonnier à la citadelle d'Amiens (Bidlet. IV, 209).

CoiGNARD (Jean), marchand de Rouen, parent de Henri Coignard, sieur du Petitchamp, conseiller au Parlement de Normandie, ayant tenté de rejoindre à l'étranger sa femme et ses enfants, fut arrêté le 9 septembre 1686 près du Bourget par Auzillon, en compagnie du guide Vertot, chambellan de Monsieur, et du proposant Jean Chabrol, de Thouars. On le mit au For-l'Évêque, et Sa Majesté ordonna qu'on fît le procès des fugitifs et celui du guide. Par ordre du 26 octobre, Coignard fut transféré au Vieux- Palais de Rouen (O * 3o et Fr. 7o5i f 264).

Vertot avoua dans son interrogatoire qu'Emmanuel Peraire, agent de change, rue Herbière à Rouen, lui procurait des fugitifs à conduire; qu'ils étaient convenus de partager les 5oo pistolés qu'un nommé Tranchepain promettait pour son évasion; sur quoi Seignelay ordonna, le 22 septembre, d'arrêter aussi Peraire. Vertot, d'abord mis au For-l'Évêque, fut transféré à la Bastille par ordre du 26 octobre, puis, le 4 août 1687, envoyé au château de Ham, o\x l'on s'empressa de le mettre au cachot. Sur sa plainte^ Seignelay l'en fit tirer le 28 septembre. Envoyé ensuite au château de Dieppe, Vertot fut relâché par ordre des 10 et 21 juin 1688, mais avec défense de venir à Paris.

CoLLAVET (Françoise Chappuy, femme de Benoist), dit La Marche, trompette du roi, fut mise dans le couvent des Bénédictines de la rue des Postes, aux frais de son mari, par ordre du 12 mars 1687, et en sortit le 9 juin (O ' 3i).

CoLLESsoN DE Beronne (Henri-Antoinc de), gentilhomme originaire de Ménévillers (Oise), dépendance de l'abbaye de Saint- Martin-au-Bois en Picardie, était ancien capitaine, et fut arrêté, par ordre du i3 juin 1692, sous l'accusation d'avoir fait passer des protestants à l'étranger. On le mit à la Bastille, où il était encore détenu le 17 novembre, bien que l'ordre de sa libération eût été signé le 10 août. Ce n'est que le 21 avril 1698 qu'on le trouve chez un de ses parents en Picardie, et libre d'aller désormais où il voudra (O 1 36 et 37).

Il y avait à Paris des protestants du nom de CoUesson : Jeanne Collesson, femme du sieur Cardet, marcliand, abjura le 11 janvier 1686 (Fr. 7o5i fii6). Susanne Collesson, fille de Paul, docteur

Emprisonnes à Paris. ■yS

en médecine à Vitry-le-François, se maria deux fois à Charenton, la première, en 1668, avec Abraham du Pleix, sieur du Fay; la seconde, en 1677, avec Jacques Grostête, sieur de La Buffière, fils de l'ancien de Charenton.

Collets, de Villiers-le-Bel (?), mis à l'Hôpital-Général, en sort avec Tavernier, Hauduroy, Tavernier et Poupart, par ordre du 4 novembre 1699 (O ' 43)-

CoLLEviLLE, voir II, 575.

CoLOMBET, voir Pardieu.

CoLONiA. Le commissaire Gazon écrivait à la Reynie le 19 novembre 1686 :

Le sieur Colonia, hollandais de nation, que je connais il y a plus de vingt ans, lequel est naturalisé français, s'était retiré chez l'ambassadeur de Hollande; il est maintenant rue Saint-Benoit avec sa nièce catholique à laquelle il a fait une donation d'une maison sise rue Mazarine. Cette nièce... m'est venue dire ce matin qu'elle voyait son oncle dans une disposition de changer de religion, et que, si on lui faisait quelques menaces de l'arrêter, elle croit que cela avancerait sa réunion. J'appréhende que les menaces que l'on lui pourrait faire ne l'obligeassent à se retirer chez ledit sieur ambassadeur, et je crois que vous trouverez plus à propos de s'assurer de sa personne, auquel cas il faudrait, s'il vous plaît, en donner l'ordre (Fr. 7052, f" 286).

CoMBEL (Anne Bellettes, veuve de Pierre), sieur de Massanes, dont la fille avait épousé à Charenton Charles Pineton de Chambrun, sieur de Larcis, en 1676, refusa d'abjurer à la Révocation et fut enfermée le 21 janvier 1686, » par ordre du 14, au couvent du Cherche-Midi. Le 29, la supérieure recevait l'ordre de laisser pénétrer près de sa belle-mère le sieur de Chambrun, qui avait abjuré le i3 décembre précédent. M-"^ de Combel fit peu de résistance; dès le 20 février elle avait signé la profession de foi, et le lendemain elle fut remise entre les mains de Cormier, avocat au conseil, et son ami particulier, pour achever de s'instruire et faire promptement abjuration. Sur sa demande, elle fut rétablie le i""" mai dans les privilèges de veuve de conseiller-secrétaire du roi (A. N., E 1884). Elle n'avait pourtant abjuré que des lèvres; car le 29 juillet de la même année, elle était dénoncée comme recevant, dans son appartement de la rue Neuve Saint-Eustache, de petites assemblées (O' 3o et Fr. 17421 f° 47). Elle était encore notée comme mauvaise catholique en 1688.

' Voir M"« de Cheusses.

74 Révocation de PÉdit de Nantes à Parts.

Les Combel étaient alliés aux Bédé et aux Du Cerceau.

Combes. Le i8 octobre 1686, Desgrez arrêtait à Luzarches, dans la carrosse d'Amiens, une dame de Combes, du Languedoc, en même temps que Pierrette Martine, sa servante, la fille du sieur Breton, et les deux guides flamandes Hélène Crampon et Marie de Courcelle (Fr. 7061 f°'' 266 et 269). La dernière, qui était catholique et qu'on mit au Petit-Chàtelet le 24 octobre, n'en était pas encore sortie le 14 décembre (f" 285).

En 1692, une nommée Marthe Crampon, de Bruxelles, fut arrêtée avec la demoiselle Ferdinand Vost et Van Bommel, par ordre du 29 février. Tous trois étaient suspects de faire passer en fraude des dentelles (O' 36) et des religionnaires.

Combles (M"'= de). Susanne, fille d'Isaac de Combles de Nayves, pasteur à Lyon, puis à Metz, où il resta jusqu'à la Révocation, fut mise aux Nouvelles-Catholiques en 1686. Elle est portée sur la liste du 14 décembre comme encore protestante, et servant M™" de Sainte-Hermine, M"'= de Lescours, etc. (Fr. 7o5i f° 248). Les lignes suivantes, que Seignelay adressait à Pellisson, nous révèlent qu'elle finit par se laisser gagner: «i5 août 1690. Le roi m'a ordonné de vous dire de payer le plus tôt possible la pension de 3oo livres cidevant accordée à Susanne de Combles, fille du ministre, qui est dans la communauté de la dame des Bordes au faubourg Saint- Germain» (O' 34). — Sa sœur Marthe, femme de Vincent de la Huterie de Montoy, se laissa également séduire par la caisse des conversions et reçut en 1702 une pension de 800 livres (Fr. pr., 2." édit., IV, 557).

CoMPAN (M™^) fut mise dans une communauté et ses deux filles, aux Nouvelles-Catholiques, par ordre du 28 octobre 1698 (O' 42). Nous ignorons ce que devinrent les filles; quant à la mère, au bout d'un an de séjour chez les violentes Miramiones, on la jugeait bonne catholique. Pontchartrain écrivait à D'Argenson le 17 novembre 1699: «Vous pouvez faire rendre la femme de Compan à sa famille, puisque vous êtes content des marques qu'elle a données d'une conversion sincère; vous trouverez avec cette lettre l'ordre pour la faire sortir de la maison de l'Union Chrétienne. » (O' 48).

CoNiN. Le 22 juillet 1686, Seignelay ordonnait à La Reynie de rendre à Madelaine Conin les cinquante écus pris sur elle lorsque Gazon l'avait arrêtée au Temple (O^ 3o).

CoNRART (Les), voir Anciens, II, 47.

Emprisonnes à Paris. 76

CoNSTANS. On lit dans un rapport de police du 12 janvier 1686: «Pour le sieur Constans, l'on ne peut savoir sa qualité, ce qu'il fait ni ce qu'il est» (Fr. 7081 f" 89). Mieux renseignée plus tard, la police découvrit que c'était un avocat du Languedoc, qui faisait à Paris les fonctions de ministre, allant de maison en maison raffermir et consoler les gens de la R. (f" 252). Le 2 mars, La Reynie reçut l'ordre de le faire arrêter partout où on le trouverait, fût-ce même chez l'envoyé de l'Électeur palatin, qui n'avait que le titre de secrétaire (O' 3o). Par ordre du 28 janvier 1687, Constans fut transféré de la Bastille au château de Saumur (O' 3i).

Corbeau (Antoine), condamné aux galères perpétuelles en 1687, pour avoir fait évader du royaume plusieurs nouveaux convertis, interjeta appel, le 25 octobre, et obtint des lettres de rémission le 12 juillet 1688, sans doute grâce à l'abjuration (Voir Toffin).

CoRDEREY, arrêté par ordre du 27 février 1688, fut transféré de la Bastille au Châtelet par ordre du i3 octobre suivant (O* 82). Seignelay écrivait le 12 septembre 1689 à Harlay : «Je ferai expédier des lettres de commutation de peine pour les condamnés aux galères dont vous m'avez envoyé les noms ; mais à l'égard de Coderey {sic), le roi veut qu'il aille aux galères quoique invalide» (O' 33). — Ce nom ne se trouve cependant pas dans la liste des galériens de La France protestante 2* édit., IV).

CossART (M"^), née Marguerite Gaudon, mise au Grand-Chàtelet pour la R. le 28 février 1686 (Fr. 7o5i f° 288), était sans doute parente de Samuel Cossard, de Villiers-le-Bel, perruquier, né en 1671, et assisté en Angleterre en 1705 avec sa femme et trois enfants (Ms. B. du pr.) La femme de Noël Cossard, de près Paris, assistée à Genève en 1694 {Ibid.).

CossoN DE Chayssac (Barthélcm)') , ancien prêtre catholique, embrassa le protestantisme et servit de guide aux protestants qui cherchaient un refuge à l'étranger. Pour ce double crime il fut condamné aux galères, et passa d'abord cinq années dans les prisons et les cachots [Biillct., 2'' sér., I, 487) ; après quoi on le mit à la Tournelle, d'où il partit avec la chaîne au printemps de 1690. Un de ses comgagnons de chaîne, M. de Lensonnière, qui l'appelait Desséchât, écrivait: « L'illustre M. Dess.... nous ravit par sa profonde érudition et par sa piété» (p. 490); et M. de Laubonière', autre

' Induit en erreur par les documents, nous l'avons appelé plus haut (II, 58o)

Laubouinière.

■yô Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.

galérien : « Notre ami vous envoie l'Exposition qu'a faite notre trèscher frère M. de Cheissac, qui est un homme admirable » (p. 493). Cette Exposition n'était sans doute autre chose que la pièce imprimée en 1882 par M. De Félice, dans le format in-i8, sous ce titre : Réponse que fit M. Chayssac, ci-devant ecclésiastique romain, à un missionnaire de Marseille, touchant sa foi et sa religion, condamné aux galères pour avoir changé de sentiment et avoir passé des gens de la religion. Ce galérien fut, dit la France protestante (2.^ édit., VI, 244) «mis au cachot du Fort Saint-Nicolas ' par suite de ses disputes avec les missionnaires catholiques; il s'échappa, mais fut repris et transporté au château d'If, où il mourut « l'esprit tourné » en août 1697».

CosTARD (Roger), banquier, fut arrêté et mis à la Bastille par ordre du i5 avril 1686. Le 25, M. de Besmaus était invité à ne le laisser sortir qu'après abjuration (O* 3o).

CoTTEREAU [Jean], né en 1641'^ à Nîmes, réfugié en Angleterre. Les connaissances que Cottereau possédait en horticulture lui avaient procuré une place dans la maison du roi Guillaume. Comme il faisait, de temps à temps, des voyages en France afin de surveiller une fabrique de pipes qu'il avait établie à Rouen, on se persuada qu'il profitait de son séjour dans cette ville pour affermir ses coreligionnaires dans leur foi. Il était déjà fortement suspect lorsqu'il eut l'imprudence d'écrire un libelle contre M"= de Maintenon. C'était plus qu'il n'en fallait pour se perdre. Il fut jeté à la Bastille le 6 mai 1698. Au bout de quelques années de détention, «il fut pris de temps en temps de vertiges, qui approchaient fort de la folie ». Les convertisseurs, et notamment le jésuite Riquelet, lui ayant promis de lui faire ouvrir les portes de l'horrible prison, s'il abjurait, il céda; néanmoins «on crut aussi juste que nécessaire de le laisser à la Bastille et même de l'y oublier. Il y passa dix-huit ans » {France prot., IV, 77), n'en étant sorti que le 12 décembre 1715 (Arsen. F. Bast., io5i2). On l'accusait de ne s'être pas agenouillé devant le saint-sacrement passant dans les rues, et de «Tavoir regardé avec mépris ».

Nous lisons dans un rapport rédigé par D'Argenson en I7i5:

Cottereau est né de la R. P. R. et il en est plus entêté que jamais... Il est du nombre de ceux que M. de Pontchartrain m'a fait l'honneur de me

' En 1692 ; il y était encore après le Cottereau était âgé de soixante-deux ans mois de mai 1694. en lyiS.

- D'après le rapport de D'Argenson,

Emprisonnés a Paris. 77

marquer devoir rester toujours à la Bastille. Il y avait du temps qu'il était malade d'une descente, et il se plaignait fort du mal de poitrine. Telle était sa situation en 1712. En lyiS, ses infirmités étaient plutôt augmentées que diminuées, ce qui me fit présumer qu'il ne vivrait pas longtemps. L'année dernière, ses infirmités étaient augmentées à un tel point qu'il ne pouvait plus marcher; mais il avait toujours le même entêtement pour sa religion. Il est toujours au même état et dans les mêmes dispositions {Arc/t. Basl., X, 161).

Il s'éteignit en 1716 sans avoir été relâché.

Le Parisien Samuel Cottereau, sieur du Clos, médecin de Louis XIV et membre de l'académie des sciences, abjura au mois d'août i685 et entra dans un couvent de capucins, oii il mourut en

CoTTiN (Marie Bezard, femme de Denis), mise au For-l'Evèque pour la R. le 17 juin 1686 (Fr. 7o5i f°29o).

CouLLEZ (Alexandre), voir I, 558.

CouLON (Gabriel), voir Toutin.

CouLON (M"^). Coulon, orfèvre parisien très pauvre, qui avait perdu sa femme en 1684, se vit enlever sa fille Esther, âgée de dixneuf ans, que le commissaire Delamare conduisit le 19 décembre i685 aux Nouvelles-Catholiques. Le père passait pour bon catholique au mois de juin 1686. Sur une liste du 3o, Esther était notée comme fort infirme de la vue et bonne à mettre en apprentissage (Fr. 7o5i f° 168). La France protestante (2^ édit., IV, 782) mentionne une Esther Coulon transférée des Nouvelles-Catholiques à l'Hôpital- Général en 1713.

S'il n'y eut qu'une personne de ce nom, elle serait donc restée vingt-huit ans dans la maison de la rue Sainte-Anne. Il semble bien peu probable, à moins de circonstance particulière, que les religieuses aient gardé si longtemps une «non payante». D'ailleurs l'Église de Paris comptait dans son sein d'autres Coulon, notamment Daniel, orfèvre de la rue Mazarine, qui abjura presque en même temps que Sara Varnier, sa femme (Fr. 7o5i f'^ 189 et 270).

CouPiGNY (M"^ de), âgée de quarante-huit ans, mise aux Nouvelles-Catholiques en 1699, fut, par ordre du 17 mai 1708, transférée comme «très-indocile et très-obstinée» aux Filles delà Providence d'Auxerre (O 25o), et conduite la même année aux Nouvelles-Catholiques de Chartres.

-yS Révocation de CEdit de Nantes à Pans.

CouRCELLE (Marie de), voir Combes.

CouRCERAC (M"'' de), mise aux Nouvelles-Catholiques le 22 juin 1686, n'en était pas encore sortie le i" février 1687; mais dès le mois de décembre précédent, le P. La Chaise lui avait «fait espérer une place pour être religieuse », et le roi avait promis 200 livres pour sa pension (Fr. 7081 f" 248), d'oij il appert qu'elle avait abjuré.

Son père, gentilhomme saintongeois, pauvre et chargé d'une nombreuse famille, était aussi enfermé au mois de février 1686, et l'un de ses fils avait abjuré au mois de septembre i685 {Fr. pr., 2^ édit. IV, 797).

CouRTiou (Marie Bezard, femme d'Isaac), marchand de vin, rue de la Parcheminerie, demandait, le 12 janvier 1686, cinq à six jours pour se faire «instruire». A force de temporiser, elle resta en liberté jusqu'au 18 juin, probablement sans avoir abjuré; mais le 18 on l'arrêta ainsi que son mari. L'une fut mise à la prison de l'Abbaye; l'autre, au Grand-Chàtelet (Fr. 7o5i f°^ 294 et 299).

Philippe Courtiou fut mis au For-l'Evêque le 19 avril 1686 (fo 290).

Marie Courtiou et s«n mari, Jean Gédouin, marchand de vin, abjuraient en janvier 1686, et promettaient, le 17, à M. de Blampignon, curé de Saint-Méderic, de faire instruire leurs quatre enfants, dont les aînés étaient âgés, l'un, de huit, l'autre, de dix ans (f° 85).

Cristophe Courtiou, marchand de vin, rue Montmartre, près FÉgout (P 345), appartenait à la même famille.

Courtois. Le 6 mars 1691, le lieutenant-général de Compiègne recevait ordre de l'arrêter et de l'envoyer à la Bastille (O' 35). Le 6 décembre 1697, Pontchartrain ordonnait à D'Argenson de mettre aux Nouveaux et aux Nouvelles-Catholiques le fils et la fille du nommé Courtois, et de l'obliger à payer leur pension (O' 41).

Courtomer. Jeanne de Caumont, fille de Jacques-Nompar de Caumont, duc de La Force, et de Marie de Saint-Simon, épousait, en 1682, au château de Laboulaye, son cousin Claude-Antoine de Saint-Simon, marquis de Courtomer, fils de Léonorde Saint-Simon, et de Marie de La Noue. A la Révocation on la mit au Port-Royal. Le 22 février 1686, Seignelay la disait en « de bonnes dispositions », et invitait l'évêque de Toulon à l'aller voir pour achever l'œuvre que l'archevêque de Sens avait commencée. Elle en sortit après

Emprisonnés à Paris. 79

avoir abjuré, par ordre du 7 septembre (,0' 3o). Le marquis avait moins tardé à embrasser la religion du roi. Dès le 16 octobre 1686, le P. Ch. Bordes écrivait de Saint-Magloire : Le marquis de Courtomer demande à être payé de ce que lui doit Béringhen père; il travaille en Normandie avec toute son illustre famille à réparer les scandales. — La marquise l'aidait à catholiciser leur entourage; car elle reçut, en 1688, une pension de 2000 livres (O' 82) et, deux ans plus tard, le don d'une rente de 1200 livres: «Aujourd'hui 3 juillet 1690, le roi étant à Versailles, bien informé que le feu sieur marquis de Courtomer et sa femme, avaient constitué au profit du consistoire de Charenton une rente de 1200 livres, sous les noms de Gaillard et Grostète [deux anciens], laquelle rente appartient à Sa Majesté, aux moyens de la révocation de l'Edit de Nantes et de la suppression du consistoire et du temple de Gharenton qui s'en est ensuivie, et voulant Sa Majesté traiter favorablement dame Jeanne de Gaumont La Force, femme de Glaude- Antoine de Saint-Simon, marquis de Gourtomer, Sa Majesté a accordé et fait don et remise à la dite dame de Gourtomer de la rente de 1200 livres, tant principal et arrérages d'icelle, qui peuvent en être dus, etc » (O^ 84). — Ainsi récompensée de son prosélytisme, la marquise s'efforçait en 1691 de triompher de la constance de son père enfermé à la Bastille pour la R., bien qu'il eût abjuré en 1686 ; elle l'y alla voir et lui fit envoyer l'archevêque de Sens. Lorsque le duc de La Force fut sur le point de céder, on lui permit (24 mai) d'aller demeurer chez sa fille, qui le conduisit à la messe. L'année suivante, elle se plaignait que l'Hôtel-Dieu l'empêchait de jouir du don de la rente de 1200 livres (Fr. 17,425 f° 22}. Gelui-ci ne faisait que demander l'application des édits du 21 août 1684 et de décembre 1689, attribuant aux hôpitaux les biens des consistoires. En 1694, on obligea la marquise de donner à l'Hôpital-Général une indemnité de 6000 livres, dont son père voulut bien payer une partie {Bullet., III, 70J.

Cousin (Les), famille de banquiers parisiens, originaires de Meaux, dont plusieurs membres passèrent à l'étranger, et dont un, Jean, fut condamné aux galères à Montélimart en i685, sans doute pour tentative d'évasion. Abraham et sa fille Susanne, femme de Jean Robethon, furent arrêtés comme ils approchaient de la frontière, et enfermés dans les prisons de Saint-Quentin à la fin d'octobre i585. Susanne abjura pour obtenir la liberté, et réussit bientôt après à s'enfuir avec son mari (Fr. 7o53 f" 154). Moïse, son frère et l'associé

8o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

de son mari, habitait la rue des Lavandières; il figure avec sa femme Marie Crommelin, leur fille et leur fils Moïse, âgé de deux ans et demi, comme fugitif sur la liste du i6 février 1687 (Fr. 7o5if°3i9). Isaac et sa femme Anne Crommelin se réfugièrent en Irlande.

CousTiL, dit Beaulieu, guide, figure sur la liste des prisonniers du Petit-Châtelet dressée le 12 mars 1687 (Fr. 7o5i f" 289).

Couvreur ou Le Couvreur (Marguerite), non payante, mise aux Nouvelles-Catholiques le 3o août 1686, était encore protestante et servait les autres détenues au mois de décembre (Fr. 705 1 f° 248). La liste des non-payantes la mentionne comme pouvant demeurer aux Nouvelles-Cathohques (Fr. 7052 f" 24).

Antoine Couvreur, laquais du sieur Lagaise, avait abjuré avec ses maîtres après le 9 janvier (Fr. yoSi f" 63). Parmi les religionnaires non convertis au 12 février», on trouve Madelaine Le Couvreur, femme de Louis Gigoust, soUiciteur d'affaires, du faubourg Saint-Germain [Ibid., î° 84). Enfin il y avait, en avril i685, au faubourg Saint-Antoine, proche les Enfants trouvés, une dame Le Couvreur, qui, sous l'inspection de Bezard, ancien du quartier, tenait en pension des enfants orphelins entrenus par le consistoire (Fr. 7o5o).

Crampon, voir Combes.

Craner, voir Buisset.

Créquy (M"" de). La mère Garnier, supérieure des Nouvelles- Catholiques, écrivait au mois de janvier 1687: «Nous avons mis M"= Bernon dans la chambre de M""= la maréchale de Créquy»; d'où nous concluoiis que la maréchale était alors aux Nouvelles- Catholiques, ou venait d'en sortir. Le maréchal, François de Bonne, duc de Lesdiguières était catholique, et avait, semble-t-il, épousé une protestante.

Creseline (Daniel), mis au Grand-Châtelet pour la R. le 22 novembre 1686, y fit abjuration (Fr. 7o5i f° 288).

Crespin. Seignelay signait le 14 janvier 1686 des ordres pour conduire dans des couvents la dame de Cheusses, la dame de Combel, la demoiselle du Ry, la demoiselle du Vidal et la demoiselle Crespin, qui refusaient d'abjurer. La dernière, dont le mari avait signé entre les mains du commissaire Gorillon, était destinée

Emprisonnes a Paris. 8i

aux Ursulines de la rue Sainte-Avoye; mais elle n'y alla point; car La Reynie écrivait à De Harlay, le 17: «La demoiselle Crespin, femme du sieur Crespin qui demeure au quartier du Marais, ne put hier soutenir l'effort des larmes et des prières de toute sa famille, et elle prit le parti de promettre [à l'homme de police qui voulait l'emmener] de faire profession de la R. C. entre ci et mercredi prochain» (Fr. 17421 f" 19 et 7o5i f'' 61). — Charles Crespin, naturalisé anglais en 1682, avec Jeanne, Marie, Claire et Marie (Agnevv, sic), était peut-être Charles, sieur de Limbertière, qui avait épousé Anne de La Fons à Charenton en 1681.

Crommelin (Les). Vers le milieu du XVP siècle, vivait à Courtray un négociant en toiles, nommé Armand Crommelin, dont la postérité presque phénoménale dépassait, en 1712, le chiffre de trois cent trente personnes. Les membres de cette famille, considérable à tous égards, se répandirent en Hollande, en Angleterre, en Irlande, en Amérique, en Suisse et en France, notamment à Paris, Lyon, Rouen, et surtout à Saint-Quentin, où Jean Crommelin, dernier fils d'Armand, établit l'industrie linière à laquelle il fit faire de grands progrès.

En iSgS, Jean épousait, au château royal de Folembray, Marie de Semer}-, fille de Jacques *, de laquelle il eut quinze enfants, entre autres, 1° Pierre, 2" Jean et 3° Adrien, qui ne quittèrent point Saint- Quentin, mais dont une partie des descendants appartient à l'Eglise réformée de Paris.

1° Pierre, né en lôgô et filleul de Catherine, sœur d'Henri IV, épousa Marie Desormeaux, et lui laissa en mourant, âgé de quatrevingts et quelques années, sept enfants, entre autres, Marie et Jeanne. Marie, née en i632, épousait à Charenton, en i653, Jean Rondeau, sieur de Monville, banquier à Paris, mort avant 1669, dont elle eut six fils et deux filles : Marie, mariée à Charenton, en 1676, à Jacques Du Vidal, et veuve sans enfants en 1712; Jeanne, mariée à Delas, dont il restait un fils en 1712; Henriette, mariée à De Belmont, receveur des traites à Saint-Quentin; Anne, mariée à Gline, receveur des traites à Argenteuil, près Paris, tous deux morts sans enfants avant 1712; Madelaine, mariée à Samuel Vauquet, d'Amiens, et réfugiée à Amsterdam avec son mari et plusieurs enfants; Marianne, mariée à De Golancourt, seigneur dudit lieu, receveur des traites à Saint-Quentin avant De Belmont, et retiré

■ La famille De Sémery, demeurée pro- testante, existe encore: l'un de ses

membres est pharmacien à Paris.

82 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.

dans sa terre, sans enfants; Jean, né en i663, marié à Susanne Crommelin, sa cousine issue de germain, fille d'Abraham Crommelin et de IVlarie Boileau; il s'établit à Saint-Quentin et eut plusieurs enfants; Pierre, né en 1664, mort garçon. La veuve de Rondeau, remariée à Pierre Catelan, conseiller-secrétaire du roi et des finances, en eut une fille nommée Catherine, et mourut en i68r, âgée de quarante-neuf ans.

Jeanne Crommelin épousait à Charenton, en lôSy, Jacques Le Maistre, sieur de La Trésorerie et de La Thibaudière, âgé de vingt-neuf ans. Préférant la fortune à sa religion, il mérita le triste honneur d'être mis en tête de la liste des négociants de première catégorie qui avaient donné parole d'abjurer avant d'être mandés chez Seignelay. Son fils, qui venait le second, n'eut garde d'obéir à l'invitation. Grâce à l'abjuration, le père devint fermier-général; il mourut en 1706, quelques années après sa femme, laissant plus de i,5oo,ooo livres à ses enfants. Il en avait eu dix : Pierre (i658), inhumé en 1675; Jacques (1660), Catherine- Jeanne (1661), inhumée en i663, (Louis (1662), inhumé en i663, Jean (1664), Marie-Jeanne (1666), mariée à son cousin André Crommelin, qu'on retrouvera tout à l'heure; Jeanne, mariée au marquis d'Ezenet; Isaac, marié à Judith Le Maistre, sa cousine germaine, dont il eut deux fils ; il mourut peu de jours après son père; Susanne-Madelaine, mariée à De Guillereau, seigneur de Bléré; Pierre-Henri, marié à la fille d'Etienne Demeuves, fameux banquier de Paris (Selon La France protestante, VI, 535 b, il abjura et laissa deux filles, mariées dans la famille de Ségur).

2° Jean, né le 9 mars i6o3, épousa, en 1628, Rachel Taquelet, du Càtelet, âgée de quatorze ans, dont il eut quinze enfants, entre autres: Louis (1625), Abraham (1629), Catherine (i632), Jacob (1642) et Daniel (1647). Il mourut en 1659, et sa femme, qui habitait Paris, en 1686. — Louis épousa, en 1648 ou 1649, Marie Mettayer, fille du pasteur de Saint-Quentin, et mourut en 1669. Il laissa huit enfants, entre autres: Anne, qui épousa, en 1674, à Charenton, Isaac Cousin (à la Révocation, ils passèrent en Hollande, puis à Lisburn, en Irlande, où le frère d'Anne avait établi une manufacture de toiles) ; Catherine, mariée, à Charenton en 1672, à Jérémie Burgeat, marchand, qui signa le T4 décembre chez Seignelay. (Ils firent une grande fortune à Paris et y demeurèrent après la Révocation, malgré l'exemple que leur donna leur mère et belle-mère, Marie Mettayer.) Venue à Paris, à la fin de i685, pour trouver les moyens d'évasion qui lui manquaient à Saint-Quentin, elle fut contrainte de

Euiprisonncs a Paris. 83

feindre d'abjurer au commencement de 1686 ; mais deux mois plus tard, elle réussit à sortir du royaume, et rejoignit sans doute son père et son frère, tous deux réfugiés en Angleterre. En 1688, Catherine demandait les biens abandonnés par sa mère (TT 25i). Elle mourut à Paris, laissant deux garçons, dont l'aîné épousa la plus âgée des filles d'André Crommelin, son parent, et deux filles, dont l'aînée n'eut point d'enfants de Du Candal, son mari); Louis, fondateur de la grande manufacture de Lisburn, où il attira une partie de sa famille et un grand nombre d'ouvriers réfugiés ; Samuel-Louis, domicilié dans la maison paternelle à Saint-Quentin, mari de Judith Truffet, de Laon, qui, à la Révocation, emmena ses quatre garçons en Hollande, oii elle mourut. Bientôt parti pour les rejoindre, le mari fut arrêté le 14 novembre i685, avant d'être sorti du Vermandois, et amené au Grand-Châtelet de Paris, d'où il sortit le 17 décembre, évidemment au prix d'une abjuration {Bullet., VII, 486 et Fr. 7o5i f'^ 295). L'année suivante il était signalé comme relaps réfugié en Angleterre, et conformément à un mémoire du P. Bayes de l'Oratoire, le roi ordonna, le i'='' juin 1686, la saisie des effets laissés par le fugitif (0'3o). Après avoir rejoint son frère à Lisburn, il épousa en secondes noces la sœur du lieutenant-général Belcastel, tué en Espagne, à la bataille de Villaviciosa.

Abraham épousait, en i658, à Saponay, Marie Boileau, veuve de Paul Guenault, apothicaire et parent de feu Pierre Guenault, médecin du roi. Au bout de quatre ou cinq ans de séjour à Paris, Abraham regagna Saint-Quentin, où il mourut en 1678, laissant entre autres enfants : Marie, mariée à Moïse Cousin, banquier à Paris et associé à Daniel Robethon. Moïse, sans doute parent d'Isaac, et domicilié rue des Lavandières, signa chez Seignelay, et s'enfuit après la Révocation, avec sa femme, son fils Moïse, âgé de deux ans, et sa fille Marie, âgée de quinze mois, il laissait à Meaux quelques maisons et héritages (Fr. 7o5i f° 819).

Catherine, femme de François de Coninck, d'Anvers, qui lui laissa en mourant à Rouen (1662) quatre enfants, épousa en secondes noces Robert Oursel, du Havre, dont elle eut encore trois enfants. Elle se trouvait à Paris, près de son frère Jacob, lorsque Marie Taquelet, leur mère, mourut, en 1686, âgée de soixante-dix-sept ans. Sans doute celle-ci avait reçu les sacrements, ou du moins n'avait pas fait acte de protestantisme à ses derniers moments ; car elle fut inhumée dans le cimetière de Saint-Sulpice.

Jacob, né en 1642 et destiné au saint ministère, suivit sa mère à Rouen, en i653. Il resta deux ans au collège de Quevilly, et en

84 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.

sortit par le conseil de son beau-frère François de Coninck, qui voulait l'établir en Hollande ; mais ce projet avorta par suite du peu de soumission que Jacob témoignait à ses maîtres. La mort de son père ramena le jeune homme en France, au commencement de l'année 1660. Il demeura chez son frère Louis environ deux ans et demi, puis chez sa mère, qui lui céda son négoce en i663, au moment où il épousait Elisabeth Testart, de Saint-Quentin. Il leur naquit huit enfants dans cette ville: Camille (1664), Cyprien (1666), sorti de France en 1680; Jacob (1667), passé à l'étranger en i685, puis rentré en France, d'où la persécution le chassa de nouveau; Elisabeth (1668), morte presque en naissant; Elisabeth-Catherine (1670), Daniel (1671), fugitif en 1698, après la mort de son grandpère Testart; Marianne (1672) et Madelaine (1674). En 1674, Jacob vint ouvrir une maison de banque à Paris (rue de la Chanverrerie), où il lui naquit encore quatre enfants : François (1675), mort à cinq ans; Catherine (1677), Susanne-Marie (1680) et Jean-Baptiste (i685), mort en 1686. Mandé chez Seignelay avec les principaux négociants, notamment Burgeat, Cousin, André Crommelin, Demeuves, Foissin, Le Maistre, Rondeau, Seignoret, Testart, ses parents ou alliés, Jacob signa la promesse d'abjuration le 14 décembre i685. Sa femme ne put se résoudre à l'imiter ; elle s'enfuit emmenant cinq de ses filles, et gagna La Rochelle d'où elle se sauva comme par miracle. Après être demeurée quelques mois en Angleterre, elle y laissa, chez des parents, ses quatre plus jeunes filles, et passa en Hollande avec Elisabeth-Catherine. L'aînée, Camille, restée près de son père (Fr. 7o5i f° 3i8), épousa Daniel Jannot, de Saint-Quentin, en 1688, et mourut en 1691. Le 29 avril 1686, le commissaire Delamare accusait le banquier Crommelin d'avoir fait plusieurs recouvrements pour Thort, négociant en eaux-de-vie, réfugié à La Haye, qui lui avait confié des billets avant son départ {Arch. Bast., VIII, 366). Loin de prospérer durant les douze années de son séjour à Paris, Jacob avait perdu environ 5o,oooécus; aussi résolut-il, en 1686', de retourner à Saint-Quentin et d'y reprendre le commerce des toiles ; heureuse résolution qui lui permit de doter cinq filles et un fils, et d'emporter de quoi vivre à son aise à l'étranger. Dès que ses enfants avaient été en âge de se passer d'elle, M"'= Crommelin était revenue près de son mari, puisqu'en 1700 l'évêque de Noyon les dénonçait tous deux au roi

• Se trompant sur ses intentions, la police le dénonçait le 25 avril comme se

disposant à passer à l'étranger.

Emprisonnés a Paris. 85

comme mauvais catholiques, sans oublier leur belle-sœur, Marie Boileau, veuve d'Abraham Crommelin, qu'il jugeait plus opiniâtre encore dans son hérésie. Enfin Jacob, accompagné de sa femme, se retira en Hollande, «oij, dit-il, la Providence les conduisit comme parla main en l'année 1708» {Bullet., VII, 491).

Daniel épousait à Charenton, en 1674, une sœur de la femme de Jacob, Anne Testart, dont il eut, en 1675, un fils nommé Charles {Rcg. de Char.). Il s'établit à Paris et, selon le mémoire rédigé en 1712 par son frère Jacob, sut y attirer celui-ci «sous la flatteuse espérance que cette double fraternité rendrait leur société avantageuse de toute manière; mais la discorde la fit rompre avant huit mois, et ledit Daniel ayant resté à Paris jusqu'en l'année 1680, Nicolas Van Horn lui persuada de s'intéresser avec lui dans la livraison d'un nombre de nègres aux Espagnols de l'Amérique, où se voj'ant trompé et en risque de la vie par la mauvaise foi dudit Van Horn, il se trouva fort heureux d'être mis à terre à Cadix, d'où il repassa en Angleterre, où il prit quelques terres à ferme pendant dix ou douze années, jusqu'à ce que finalement il s'embarqua à Londres avec son fils aîné et ses deux neveux Delachambre et Oursel, pour aller négocier à la Jamaïque où ses dits neveux moururent d'une maladie contagieuse, peu de jours après leur arrivée. Lui et son fils en échappèrent et se retirèrent à la Nouvelle York, où sa femme les suivit avec son fils cadet nommé Isaac, qui y mourut avec sa mère, en 1702 ou 1708. Il y a marié avantageusement son fils Charles à une fille unique dont il y a des enfants » [Bullet., VII, 492).

3° Adrien épousait à Charenton, en 1641, Susanne Doublet, dont il eut neuf enfants, entre autres: Marie, Jeanne, André (1657) et Jean, dit de Bercy, le dernier de tous. Marie, femme de Jean Pigou, d'Amiens, réfugiée en Angleterre avec toute sa famille avant la Révocation, était marraine à Londres en i683. Jeanne, épousa François Amonnet, réfugié à Londres avec toute sa famille en 1681 (voir Amonnet). Jean épousa (1687 ou 1688) Marie- Esther Foissin, de Paris, qui, après lui avoir donné cinq enfants, quitta Saint-Quentin pour se retirer en Angleterre, près de ses belles-sœurs Marie et Jeanne. Il obtint en 1699 un certificat de catholicité constatant qu'il avait rempli son devoir pascal •.

' Certificat de catholicité pour le sieur prochain, dans les pays étrangers, pour

Crommelin de Bercy, marchand de la son négoce et affaires,

ville de Saint-Quentin, pour obtenir un Je, soussigné, prestre, curé de la pa-

passeport, pour aller au mois d'octobre roisse de Sainte-Catherine, en la ville de

86 Révocation de FEdit de Nantes à Paris,

D'abord employé à Paris chez son beau-frère Araonnet, marchand de dentelles, André reprit le commerce de celui-ci et s'}' enrichit en peu d'années. Le 4 février i685, il épousait au temple de Charenton sa cousine Marie-Jeanne Le Maistre, qu'il perdit avant 1712. Il fut compris, ainsi que son beau-père, son associé Leroy (Roye, Heroy), et son cousin-germain Jacob Crommelin, dans la première catégorie des négociants que le procureur-général et le lieutenant-général de police préparaient à faire une abjuration commune chez le secrétaire d'Etat Seignelay. Mais tandis que son beau-père et son cousin n'osèrent résister à de si puissants convertisseurs, André Crommelin se montra résolu à n'obéir qu'à sa conscience. Aussi dès le soir du 5 décembre, cinq jours avant la réunion des soixante-trois signataires, fut-il mis à la Bastille, dans la chambre du sieur de La Noue, lieutenant du roi, et sévèrement interrogé sur «ses mauvaises intentions», ainsi que sur celles de deux hommes qui venaient de quitter la France, et que Seignelay parlait d'y faire revenir «pour les arrêter».

Cependant la Bastille effraya le prisonnier; il mollit bientôt sous les verrous, à en juger par les faveurs qui lui furent accordées: le 17 décembre, autorisation de donner procuration à sa femme pour continuer ses affaires ; le 29 janvier 1686, permission de s'entretenir avec elle. Bien qu'elle paraisse lui avoir conseillé la résistance, il abjura le 5 février entre les mains du sieur Gobillon, curé de Saint-Laurent (Fr. 7o55 f° 487). Le lendemain, Seignelay adressait ce billet à La Reynie: «Le sieur Crommelin, qui est à la Bastille, ayant consenti à se faire catholique, je vous prie de me faire savoir si vous croyez qu'on puisse le faire sortir». De son côté, M. de Besmaus écrivait le même jour à La Reynie, en lui envoyant l'abjuration d'André: «Vous ferez pour sa liberté ce qu'il vous plaira ; il en a grand besoin et m'a promis que sa femme ferait ce qu'il faut». On se borna toutefois à lui accorder, le i5 mars, la liberté de la cour de la Bastille et l'autorisation de voir sa famille. Le 25 avril. M""" Crommelin demandait instamment qu'on lui rendit son mari, et le P. Gerbais, comprenant qu'une détention prolongée si fort au-delà du moment de l'abjuration, ôtait tout crédit aux promesses d'élargissement que ses collègues et lui prodiguaient

Saint-Quentin, certifie que le sieur Jean d'envoyer ses enfants à la messe. Fait Crommelin de Bercy, marchand, colonel ce 5 septembre 169g. HUKT. de la bourgeoisie de ladite ville, a fait Signature légalise'e par le greffier de la

son devoir paschal, et prend le soin ville, Jean Watier (TT 233, apud Bullet.

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