VIII, 46S
Emprisonnes a Paris. 87
pour opérer des conversions, joignait ses instances à celle de la malheureuse femme. «M. Crommelin, qui a fait sa réunion il y a longtemps, dit-il dans sa lettre du 27 avril, demande la liberté avec bien de l'insistance; il prétend que ses affaires périront sans ressource, si on le retient plus longtemps prisonnier». En juin, M™<= Crommelin présentait un placet au roi; à la fin d'août, André lui en adressait un autre; rien n'y fit: le 26 décembre 1686, Crommelin était encore à la Bastille, d'où il ne devait sortir que pour être relégué hors de Paris. La Reynie avait même proposé de l'expulser du royaume; mais Seignelay se contenta du bannissement (O* 3o). Enfin, le 12* janvier 1687, environ un an après l'abjuration, le roi donna l'ordre de le tirer du donjon, en lui faisant commandement de se rendre à Saint-Quentin et de n'en point sortir sans permission.
Pendant que son associé gémissait à la Bastille, Leroy était passé à l'étranger, sans qu'on pût découvrir s'il avait ou non laissé des biens en France (Fr. 7o5i f" Sig). Son absence expliquait et justifiait tout à la fois les plaintes réitérées de Crommelin et de sa femme sur le déplorable état de leurs affaires.
La libération accompagnée de bannissement n'était donc pour celui-ci qu'un palliatif. A- force d'instances, il obtint, le 11 avril 1687, la permission de se rendre à Aurillac, en Auvergne, et dans d'autres villes où il avait des manufactures, à l'exclusion de Paris, et à charge de retourner à Saint-Quentin après son voyage (0*3i). Il revint toutefois plus tard à Paris, où il paraît avoir été arrêté de nouveau. Seignelay adressait, le 27 septembre 1689, le billet suivant au lieutenant général de police :
«Un homme qui était envoyé par le ministre Du Bourdieu, qui est à présent à Londres, de concert avec le comte de Schrewsbur}^ secrétaire d'Etat d'Angleterre, pour venir observer ici ce qui se passait à l'égard des flottes du roi, me fit avertir de la commission qu'il avait; je le renvoyai en Angleterre et étant encore revenu envoyé par les mêmes gens pour prendre de nouveaux éclaircissements, il reçut d'eux de l'argent à Paris par les mains d'André Crommelin, contre lequel par conséquent il y a preuve qu'il entretient correspondance avec les ennemis de Sa Majesté, et qu'il paie les sommes qui lui sont ordonnées par les espions que les Anglais peuvent avoir en France; le roi m'a ordonné de vous donner cet avis, et j'estime qu'il sera bon d'arrêter ce Crommelin sous
' l.e 7 d'après les Archives de la Bastille, VIII, 342).
quelque prétexte, pour l'interroger sur ce sujet et tâcher de découvrir s'il y a quelque autre marchand à Paris chargé des mêmes correspondances» {Reg. du Secr., O' 33).
Il résulte de ce billet qu'André, en rapport d'affaires avec l'étranger, avait payé une lettre de change à quelque chevalier d'industrie qui, s'efforçant de tirer de l'argent du ministre français aussi bien que du ministre anglais, avait compromis l'honnête négociant. Il en résulte sans doute aussi que la correspondance d'André avec les Crommelin d'Irlande, d'Angleterre et de Hollande, n'avait pas été étrangère à la prolongation exceptionnelle de sa captivité et à son bannissement. Toutefois il semble qu'on n'aurait eu nul besoin de prétexte pour l'arrêter de nouveau, si Seignelay avait ajouté une foi entière à l'accusation qu'il formule ici.
André survécut à sa femme, qui lui laissa «plusieurs enfants, fils et filles». La puinée épousa Jacques Du Candal, banquier à Paris, et l'aînée fut mariée au fils aîné de Jérémie Burgeat. Il existait en 1712 des enfants issus de ce dernier mariage {Bullct., VII, 495.)
«En 1708, dit La France protestante {IV , I23 b), le roi confirma André Crommelin dans sa noblesse. Cette 'faveur semble prouver qu'on le regardait comme sincèrement réuni ; mais on n'était pas aussi certain des bonnes dispositions des enfants qui étaient restés auprès de lui, puisqu'en 1713 nous trouvons encore deux domoiselles Crommelin enfermées aux Nouvelles-Catholiques avec quatre filles d'un autre marchand de Paris appelé Paul Foissin.» — Est-ce bien à l'ancien prisonnier qu'on accorda cette faveur? Nous ne savons. Quant aux deux demoiselles mises aux Nouvelles-Catholiques, elles peuvent avoir appartenu à quelque autre branche de l'innombrable famille, sur laquelle les frères Haag n'avaient en i853 que des documents tout à fait insuffisants. En effet, le 4 novembre 1699, Pontchartrain, invitait M. Bignon, intendant de Picardie, à donner à Crommelin, marchand de Saint-Quentin, l'ordre de rappeler sa fille qui était à Paris dans l'intention de s'évader {,Rcg, du Secr., O* 43).
Nous ne savons pas non plus quel était le triste personnage au sujet duquel Seignelay écrivait^ le 2 décembre i683, au procureurgénéral De Harlay: «Le nommé Crommelin de la R. P. R. a fait présenter au roi un placet, par lequel il se plaint de ce que, étant venu de Saint-Quentin à Paris à l'insu de ses parents pour faire abjuration, quelques gens de la R. P. R. lui ont calomnieusement suscité une accusation de crime d'adultère, pour raison de quoi il a été mis prisonnier au Petit-Châtelet où il est depuis trois mois, sans qu'on fasse aucunes poursuites contre lui, ce qui retarde sa con-
Emprisonnés à Paris. 89
version, sur quoi Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire de tenir la main à ce que le procès intenté contre lui soit incessamment jugé» {Reg. du Secr., O* 27).
Nous regrettons davantage de ne pas mieux connaître la nommée Crommelin de^la R. P. R., qui s'était mise en marche pour sortir du royaume, et que Lieven, maître de l'hôtellerie du Saumon à Courtray, devait aller prendre au logis de la Belle Image à Arras, pour lui faire franchir la frontière. Arrêtée à Chauny, au mois de mars 1686, elle fut mise dans les prisons de Saint-Quentin, et l'intendant Chauvelin reçut l'ordre de ne la relâcher qu'après qu'elle aurait fait abjuration [Reg. du Sccr., O' 3o, 14 mars).
Crosnier (appelé aussi La Crosnière), accusé d'avortements et soupçonné de conduire les protestants hors du royaume, fut envoyé de Paris le 24 mai 1687 au château d'Angers, pour y être détenu toute sa vie. Il s'enfuit en 1695, fut repris à Bourg-la-Reine, et enfermé au château de Vincennes, dont il blessa le commandant, dans un accès de fureur. Il y mourut en 1709, muni des sacrements (Ravaisson IX, 2 etc.).
Crux (M"^ de), marquise de Courboyer, née Louise de Machecoul, eut un fils qui épousa, en 1684, Françoise de Saint- Martin, fille du conseiller au Parlement de Paris, et plusieurs filles avec lesquelles elle essaya de passer à l'étranger. Averti de leur arrestation par Fautrier, intendant de Lille^ Louvois l'invita, le 4 mars 1686, à envoyer la mère aux Nouvelles-Catholiques de Paris, et les filles à Port-Royal (Arch. Guerre).
CuiSY (M"^ de), habitant avec sa mère le village de Dammard près La Ferté-Milon et parente du sieur de Grimpré, fut arrêtée à Laon comme fugitive vers le milieu de l'année 1686, et remise en liberté sous la caution de sa mère. Au mois d'août, Grimpré leur rendit visite en se dirigeant vers la frontière. La mère et la fille s'étant peu après décidées à le suivre, furent arrêtées à Sedan le i5 octobre, sur les avis du commissaire Delamare, et sans doute ramenées prisonnières à Paris (Fr. 7o5i f" 266 et 7052 f° 275).
CuNiNGHAM (M"^), anglaise, endoctrinée par le curé de Saint- Séverin, et mise à Port-Royal dans les premiers jours de février 1687, fut, parait-il, une proie facile pour les convertisseurs ; car dès le i3 juin, il était question qu'elle se fit religieuse, et Seignelay offrait de payer une pension de 3oo livres au couvent qui consentirait à la recevoir à ce prix (O' Si).
90 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
CuTiN. On lit dans un rapport du commissaire Gazon du i6 juin 1688: Demoiselles Renée et Jeanne Cutin, qui tenaient maison garnie au petit Saint-Paid, rue du Colombier, faubourg Saint- Germain, ne paraissent plus depuis plus d'un an [elles figurent déjà sur un État des fugitifs du 16 février 1687]. L'on dit qu'elles se sont cachées et qu'on les trouve tous les soirs à mendier leur vie dans les rues, les coiffes baissées (Fr. yoSi f"'' 4 et 3i5).
Des demoiselles du même nom obtinrent, le ig novembre 1686, la permission de voir leur sœur détenue au couvent des religieuses anglaises au faubourg Saint-Victor (O' 3i). Elle y était encore enfermée le 3o octobre 1691, et demandait à en sortir pour épouser un ancien catholique de Picardie. Seignelay demandait à ce sujet l'avis de La Reynie (O' 35).
CuviLLE (Olivier de), marchand mercier, rue du Petit-Lion, arrêté par ordre du 3i décembre i685, et mis à la Bastille, fut envoyé le 5 janvier 1686 à l'Hôpital-Général, d'où on le tira, en vertu d'un ordre du 14, pour être conduit à l'archevêché et mis en liberté après qu'il y aurait fait abjuration. Sinon, il devait être reconduit à la Bastille, oii il retourna, en effet le 20 (O' 29, 3o ; Fr. 17420 f° 2i5; 17421 i° 24 et Ms. Bast. 10471).
CuviLLiER (Alexandre), arrêté dans sa fuite au commencement de 1687, fut condamné aux galères; mais le roi consentit à commuer sa peine, sans doute grâce à l'abjuration (Fr. 17421 f" 171).
D'Abère (Le béarnais) étant venu à Paris en i685 «pour se plaindre de ce qu'on logeait des soldats chez la noblesse, contre ses justes et anciens privilèges, n'y reçut point d'autre satisfaction que d'être envoyé à la Bastille, et d'apprendre qu'on avait exilé son frère, qui s'était piqué de persévérance» (Benoit, V, 887).
Daii.i.on (Benjamin de), pasteur à La Rochefoucauld, condamné à 3ooo livres d'amende en 1684, sous le prétexte habituel d'avoir toléré des relaps dans son temple, en appela au Parlement de Paris, qui le fit tirer de la Conciergerie au mois d'avril i685. Le temple resta condamné ; c'était tout ce qu'on voulait pour le moment.
Dalais, parisien, relégué à Dinan le 11 décembre i685 (Fr. 7o5o f" 149).
Dalconnat, dit le marquis Desportes, et sa femme, emprisonnés le 5 mai 1692 (O* 36), deux jours après Lardeau, et sans doute
Emprisonnes à Paris. 91
pour assemblées religieuses. La marquise fut transférée du donjon de Vincennes aux Filles Saint-Chaumont le i5 octobre 1701. Le marquis mourut dans le donjon le 17 février 1710 (Fr. 14061).
D'Aliès de Caussade (Jean), septième enfant d'Antoine, enfermé en 1691 dans le collège Louis-le-Grand. Après avoir obtenu à la fin de i685 la permission de rester à Paris, sous prétexte de suivre un procès, son père s'était enfui en Suisse, l'année suivante, et y avait appelé successivement six de ses enfants (voir II, 485). jyjme £)'Aliès, qui n'avait pu le rejoindre, fut privée de la tutelle de son fils et de l'administration des biens de son mari, confiée à l'apostat convertisseur Samuel D'Aliès, sieur de La Tour {Fr. pr., 2*= édit, I, i38). — Plusieurs membres de la même famille, Bernard et Zacharie, étaient avocats à Paris; en 1682, Zacharie faisait baptiser son fils Daniel, dont Bernard, suppléant Daniel, bourgeois de Saint-Antonin, était parrain. C'est sans doute au sujet d'Antoine et de Bernard ou de Zacharie, que Seignelay écrivait le 8 novembre i685 à La Reynie: «J'ai rendu compte à Sa Majesté de ce que vous m'écrivez au sujet du frère du sieur Dalliez, qui est venu dans sa maison avec plusieurs personnes de la R. P. R., et elle veut que vous le fassiez avertir qu'il ait à les en faire sortir, et qu'au cas qu'il y reste quelqu'un après l'échéance du temps ordonné, vous ne lui donniez que 24 heures pour s'en aller, au bout duquel temps il faudra procéder contre ceux qui resteront par des condamnations d'amende, ainsi qu'il est porté par les ordonnances de Sa Majesté » (O ' 29).
Dangeau (M"'= de), voir Peray, II, 35o etc.
Danglebernes (M"'=), transférée de la Bastille au château d'Angoulême, avec le nommé Pinet, par ordre du 27 mars 1689. Pinet, écrivait Seignelay, est une espèce de fol, et la demoiselle n'est guère plus sage. C'est la Bastille qui les avait mis dans cet état.
Danville, fort mauvais catholique de Villefagnan, en Angoumois, arrêté à Paris par ordre du 12 avril 1687 (O* 3i).
Dardignave. Le 2 février 1694, le roi ne se souvenant plus des motifs de la détention de Cardel, Dardignave et Mercat, prisonniers à la Bastille, fit écrire à ce sujet à M. de Croissy, par l'ordre duquel ils avaient été arrêtés. Pour Cardel, le motif était la fondation de manufactures de soie en Allemagne, où il s'était établi en
92 Révocation de l'Édit de Nantes à Pans.
1674. Quant à Mercat, c'était un proposant qui faisait en 1689 les fonctions de ministre à Paris. Il ne paraît pas douteux que Dardignave était aussi prisonnier pour la R. Entré à la Bastille, en vertu d'un ordre du 12 octobre 1689, il en sortit le 2.5 novembre 1697 ', par ordre du 12 octobre [Arch. Basi., IX, 182, 188).
Dargent. Parmi les quatre-vingt-neuf protestants marchands de vin que comptait Paris en i685, se trouvaient quatre Dargent : Pierre, domicilié rue Montorgueil ; Isaac, rue Jacob ; Etienne l'aîné, rue Guisarde (à la Croix-Rouge en i7o3); Etienne le jeune, rue Férou, Trois au moins firent preuve d'attachement à leur religion.
La maison de Pierre, ayant plusieurs issues, avait servi à maintes reprises de lieu d'assemblée, lorsque Seignelay ordonna, le 21 avril 1688, de la surveiller avec soin, parce qu'il pouvait s'y en tenir encore.
Isaac, fils de Jacques, marchand à Sancerre, et de Marie Garnier, avait épousé à Charenton en 1681 Marie Roumieu, fille d'Adam, orfèvre à Rouen, laquelle lui avait donné deux enfants : Nicolas en i683 et Jacques en 1684. Le 7 juillet 1700, Isaac, que La France protestante nomme à tort Claude, fut mis à la Bastille et sa fille, aux Nouvelles-Catholiques. C'est à son sujet que Pontchartrain écrivait, le 12 août, au lieutenant de police D'Argenson :
Le nommé Dargent... dont vous m'avez fait l'honneur de me renvoyer le placet, témoigne un grand désir de connaître les vérités de la religion catholique et de s'y soumettre. Sa femme est fort instruite de son côté, et ses enfants vont assidûment au catéchisme. Ainsi je ne doute plus de la conversion extérieure de toute cette famille, et j'espère qu'avant la fin du mois on pourra rendre le mari aux affaires de son commerce qui souffre beaucoup de son absence (Notes de René (TArgenson, p. 27).
Isaac recouvra, en effet, la liberté le 2 septembre'^.
Par ordre du 14 juin 1708^ Etienne l'aîné fut arrêté avec l'horloger Dubois, de la rue Mazarine, comme coupable d'assistance au culte chez l'envoyé de Danemark (O 25o). — Nous ne savons rien d'Etienne le jeune.
Un troisième Etienne, fils de Jean, apothicaire à Sancerre, et de Jeanne Jacquet ou Saguier, était né en 1648 et avait épousé à Charenton, en 1678, Louise Foubert, de Gien, qui lui donna un fils en 1676. Il était horloger comme Dubois et habitait la même
• M. Ravaisson dit à tort 1694, le ms. ^ Voir à la B. n. les papiers Delaniare,
de la Bastille 10,484 porte bien : ï5 no- 21,623, f" 3ôo. vembre 1697.
Emprisonnés à Paris. g3
maison, près de la porte de Bucy, à l'enseigne des Castors du Canada. Des assemblées furent tenues chez eux en 1688 par le pasteur du Désert Cottin, et en 1689 par le comte de Vivans. — Le 24 avril 1686, en récompense de sa conversion, le nommé Isaac Dargent était autorisé à continuer de faire des boîtes de montre, et l'on défendait aux horlogeurs de l'inquiéter (A. N., E. 1884).
Plusieurs membres de cette famille passèrent à l'étranger ; on en cite deux enrôlés dans les gardes du roi Guillaume. Un Jacques fut naturalisé anglais en 1700. Jacques et Jean figurent en lySô et 1762 au nombre des directeurs de l'hôpital français de Londres. D'autres restèrent à Paris: Marie-Anne épousait en 1728 Pierre Van Robais à la chapelle de l'ambassade de Hollande, et Louise-Renée épousait François Tronchin en 1726. Le i^"" décembre 1775, Marie-Anne, veuve de Jean-Baptiste-François de Saint-Eustache, obtenait la permission de vendre une maison de la rue Villedo, à condition d'en employer le prix à l'acquit de la dot de sa fille M"*= de Blâgny, soit 80,000 livres, et le reste à payer les dettes de son mari (O 120).
Daspic, emprisonné en 1697 comme complice de la célébration de mariages frauduleux, voir II, 5o2.
D'AuERSAY ou DES Clergeries (M'°= Rebondy), femme d'un gentilhomme poitevin réfugié à Londres, fut enfermée quelque temps au monastère du Colombier, près de Rennes, d'où son mari, revenu en France, essaya vainement de l'enlever. Venue ensuite à Paris, sous prétexte de se convertir et en réalité pour chercher à s'évader, elle fut arrêtée par ordre du 19 février 1686 ; elle tomba malade en prison, et le roi, touché de son état, la fit mettre, au mois d'avril 1688, dans une maison particulière pour y être traitée le mieux possible. Comme elle assura le contrôleur-général qu'elle avait assisté à un prêche à Paris, on lui dépêcha La Reynie pour lui demander des détails sur cette assemblée. Le 14 juin, Seignelay émettait un doute sur la sincérité de la nouvelle convertie, et invitait l'ambassadeur de France en Angleterre à faire observer le mari. Le 28 août on envoya M™'= Rebondy au couvent des Pénitentes d'Angers, en la dispensant (2 octobre) de porter l'habit de pénitente (O ' 3o et 82).
D'AuzY (M""). En 1688, une demoiselle d'Auzy, vendéenne, prisonnière aux Ursulines d'Abbeville en 1687, fut expulsée du royaume (TT 285). Par ordre du i" avril 1690, une autre fut conduite aux Nouvelles-Catholiques de Paris (O' 84). Toutes deux
g^ Révocation de l'Eciit de Nantes à Paris.
appartenaient sans doute à la famille poitevine, de Louis d'Auzy, sieur de Saint-Romans {Fr. pr., 2," édit., I, Sgô).
Davezay (M"= de), expulsée du royaume en 1697.
David. Seignelay écrivait le 28 avril 1686 à M. de Nointel, intendant de la généralité de Tours :
On a arrêté à Paris le nommé David, fils du sieur David, médecin de la R. P. R. demeurant à Gien (Fr. 7o53, f" 166). Le roi veut que vous avertissiez son père de le faire revenir en son pays, moyennant quoi il sera mis en liberté après qu'il aura fait abjuration (O ' 3o).
Les choses ne se passèrent pas comme l'entendait le roi; aussi le jeune homme fut-il enfermé dans le couvent des Augustins par ordre du 3i mai.
En 17 18, René David, de Paris, demandait la permission de vendre son bien, c'était donc un nouveau converti. En 1728, sa fille était enfermée aux Nouvelles-Catholiques de Lyon (Fr. pr., 2= édit., V, 171).
Deburge (Jacob), mis au Grand-Châtelet pour la R. le i" mars 1686 (Fr. 7o5i f' 298), était sans doute l'horloger dont la sœur avait épousé en 1648 Charles Du Ry, architecte du roi {Reg. de Char.).
Delaborde (Le capitaine), arrêté avec Amonnet et conduit dans les prisons de Tournay, fut ramené à Paris le 6 mai 1686.
Delfosse (La nommée), mise à THôpital-Général par ordre du 8 février 1688 pour s'être fait baptiser plusieurs fois après avoir fait abjuration (O' 32).
Delorme (La nommée), détenue à Vincennes et relâchée par ordre du 10 juillet 1689 (O' 33), appartenait sans doute à la famille des architectes parisiens.
Une dame Delorme arrêtée le i5 mars 1686 et menée au couvent de la Visitation Sainte-Marie, au faubourg Saint-Germain (Kr. 7o53 f" 168), est probablement celle qui fut expulsée du royaume en 1688 (TT 25i).
Delorme (Nicolas), de Paris, prosélyte, assisté en 1691, 1693 1701 et 1702 à Genève, où il cherchait à donner des leçons (Ms B. du prot.).
Voir Du Candal.
Emprisonnes a Paris. g5
Démarque. Seignelay écrivait à La Reynie le 8 février 1688 : » Sa Majesté veut bien que la nommée Démarque (Marie), que vous avez ci-devant eu ordre de faire mettre à l'Hôpital-Général, soit mise en liberté et qu'il lui soit fait commandement de sortir incessamment du royaume ; il sera bon aussi que vous receviez la caution qu'on veut donner pour sa retraite» (O' 82).
Denis (M"'=), «non payante», arrivée aux Nouvelles-Catholiques le 14 août 1686 (Fr. 7052 f" 24), figure comme encore protestante et attachée au service de M"'' de Pera}^ sur la liste du 14 décembre (Fr. 7o5i f° 248).
Dernier (Guillaume), voir II, Syi.
Dersigny. Les extraits des Registres de Charenton mentionnent plusieurs membres de cette famille: i" Jacques Dersigny, peintre, fils de Guillaume, horloger, et de Madelaine Voilant, marié en 1644 à Elisabeth Du Coudray', qui lui donna Jean-Paul (1649) et Madelaine ; 2° Valentin, marchand, qui eut de Marie Le Gendre, sa femme, une fille présentée au baptême en 1670 par le peintre Jacques Dersigny ; 3" Jean, fils de Jean, et de Susanne Faure (aliàs Favereau), né en i65i, et 4° son frère Etienne, né en 1654. Jacques habitait la rue de Seine; il abjura le 4 janvier 1686, à l'âge de soixante-dix-huit ans; sa fille ne suivit son exemple que le 28, et sa femme, que le 25 (Fi". 7o55 f°^ 870 et 429). Ajoutons trois homonymes: Isaac, ouvrier en soie de la rue de Seine, âgé de trente-trois ans, natif de la paroisse Saint-Sulpice; Jean, ouvrier en soie, âgé de soixante-dix ans, natif de Guise, et Jean, son fils, âgé de quarante ans, de même profession, qui tous abjurèrent le 18 novembre i685"^ (Fr. 7o5i f' 847 et 7o55 f°" 296 et 298).
C'est dans doute Jean-Paul, âgé de trente-six ans, ou plutôt Jean, âgé de trente-quatre ans, lors de la Révocation, que les papiers de La Reynie désignent sous le nom de Dersigny neveu, beau-frère d'un procureur nouveau converti nommé Trahan. Ce Dersigny, mari de Susanne Abreval et domicilié aussi rue de Seine, avait deux filles, l'une âgée de douze ans, l'autre de sept. Il songeait à fuir, et le commissaire Gazon l'accusait d'avoir fait disparaître « ses meilleurs effets ». Le 7 janvier 1686, un oncle qui logeait chez lui le quitta pour être plus libre d'abjurer, et se retira chez Trahan, où se trouvaient déjà Susanne, sans doute nouvelle catholique, et ses deux filles qui ne voulaient point le devenir. Mandé le lendemain
' Voir Thuyard. - Voir Ouatbout.
g6 Révocation de l'Edit de Nantes h Par/s.
chez La Reynie, qui lui signifia l'ordre de rappeler sa famille (Fr. 7o5i f° 47), le courageux huguenot ne se laissa nullement effrayer, si bien que, dans un billet du 8 informant le procureur-général que la dragonnade produit à Paris son effet habituel, La Reynie disait : «Je n'ai trouvé que le sieur Dersigny du faubourg Saint-Germain qui ait été déraisonnable» (Fr. 17421 f" 6). La garnison envoyée chez lui n'ayant pas plus de succès que les menaces du lieutenant de police, Desgrez l'arrêta le 16 janvier 1686, par ordre du i5, et le conduisit à la Bastille en même temps que La Combe (Fr. 17421 f"^ 18 et 20). Là il faiblit bientôt; le 7 février M. de Besmaus écrivait au procureur-général que, grâce à trois ou quatre visites de l'abbé De Lamon, Dersigny et sa servante avaient pris la résolution de se réunir (Fr. yoSS f" 460). Les deux filles, qui étaient aussi à la Bastille, furent transférées le 10 au couvent delà rue Sainte- Avoye, «pour y être instruites pendant un an», moyennant 3oo livres de pension que le père paierait pour chacune (O^ 3o). Il sortit de la Bastille le 17 février, et obtint le 18 septembre, l'autorisation de reprendre ses filles. Mais la supérieure des Ursulines protesta que cet ordre avait été surpris par des parents mal convertis, et supplia La Reynie d'y pourvoir.
Nous vous conjurons, écrivait-elle le 20, par le zèle que vous avez pour le salut des âmes, d'empêcher que ces pauvres filles ne sortent avant le temps prescrit. Que si le prix de 3oo livres paraît trop fort, nous le diminuerons ce qu'il vous plaira, quoique le père ait plus de 3oo,ooo livres de bien, à ce qu'on dit (Fr. 7053, f» 69).
De Salve, pasteur du Désert.
Des Bergeries. Pierre Girard, sieur des Bergeries, des Grœtz et autres lieux, était ancien militaire et avait épousé en 1672 Elisabeth, fille de Charles Regnard, sieur de Limoges, célèbre avocat de Boulogne-sur-Mer, et sœur de François, qui fut pasteur dans sa ville natale, et y revint avant la fin du siècle en qualité de pasteur du Désert. Dans le moment d'épouvante qui suivit la Révocation, M. et M""" des Bergeries feignirent d'abjurer, et firent passer en Hollande, par l'entremise de Beck, leur fille, recherchée en mariage par son cousin Philippe-Alexandre de Chalandos, sieur du Breuil, qui la suivit bientôt. Puis ils tentèrent à leur tour d'échapper à l'hypocrisie par la fuite, et de gagner le landgraviat de Hesse, avec l'aide des guides Foucault dit Lespine, et Lefèvre, cabaretier de Boué-sur-Noirieu, près du Nouvion-en-Thiérache (Aisne). Convaincus du «crime d'évasion», auquel M""" des
Emprisonnes a Paris. 97
Bergeries avait ajouté le «crime de blasphème et de lèse-majesté divine», en refusant de s'agenouiller «devant l'idole» et d'assister « à la messe, crainte de commettre idolâtrie », ils furent condamnés par sentence du 6 juillet 1686, le mari, aux galères perpétuelles, la femme, à faire amende honorable en chemise devant le portail de la cathédrale de Boulogne, puis à être enfermée à perpétuité, après avoir été rasée par la main du bourreau sur la place du Marché. En outre, leurs biens étaient confisqués au profit du roi. Le jugement portait qu'une aumône de 1000 livres serait prélevée sur ces biens en faveur de l'hôpital de la ville, et que pareille somme serait consacrée chaque année à «faire instruire en la R. C. et R. » leurs deux fils Charles et Louis. Il ordonnait, en outre, l'arrestation de Lefèvre' et de Lespine, et une information contre Veaux et autres complices {Bitllet., Il, 448).
Les condamnés interjetèrent appel devant le Parlement de Paris, plutôt pour gagner du temps que dans l'espoir d'un adoucissement de la sentence. Tentés par les convertisseurs qui leur offraient la liberté, ils succombèrent et promirent par écrit à l'évêque de Boulogne «de faire tous les actes de catholicité», à condition d'être relâchés. Le 17 juillet, celui-ci demandait leur grâce par l'entremise de l'intendant de Picardie. Cependant les appelants furent amenés à Paris et mis à la Conciergerie; le 3q août Seignelay priait le procureur-général d'activer la révision de leur procès (O' 3o). On les gracia le 3o avril 1687 (Fr. 17,421 f° 174); mais d'après La France protestante (V, 275 a), leurs biens demeurèrent confisqués.
Cette confiscation ne fut probablement que temporaire; car le i3 février 1690, M"^ des Bergeries et sa sœur Madelaine, veuve du sieur de La Charmoie, obtinrent l'autorisation de partager les biens de la fugitive Jacqueline Regnard, fille unique de feu David Regnard, sieur de Bertingen, avocat, et ceux de Louis-Philippe et de Marie Girard des Bergeries, aussi fugitifs. M. et M""= des Bergeries passaient donc pour bons catholiques; mais au fond ils étaient restés protestants. Quand François Regnard rentra en France au péril de ses jours (1697) et dressa la liste des protestants du Boulonnais, en tête de laquelle il se plaça, il mit en seconde ligne le sieur des Moulins, mari d'une de ses soeurs, et en troisième ligne le sieur des Bergeries et ses trois enfants {Ms. de la Bibliotli. du prot.). Cependant trois années plus tard, M"" des Bergeries
' Lefèvre était déjà depuis plusieurs mois en prison. Voir Dufour.
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98 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
était considérée comme assez catholique pour qu'on put lui confier ses trois nièces, filles de Conrart, ancien de Charenton, marié à Susanne Regnard. Toutefois on ne les lui laissa guère; elles furent envoyées à l'Union Chrétienne par ordre du 28 juillet 1700 (O' 44)-
Des Champs (Elisabeth), parisienne âgée de treize ans et orpheline de père et de mère (celle-ci avait abjuré deux mois avant sa mort), fut menée aux Nouvelles-Catholiques le 20 décembre i685 par le commissaire Delamare. Elle était notée pour apprendre un métier sur la liste du 3o juin 1686.
Des Champs de Marsilly (Marie-Claire), nouvelle catholique élevée chez M"" de Miramion, épousa en i685 Philippe Le Vallois, marquis de Villette, veuf de sa première femme [France protestante, VII, 54 b).
Deschènes (Françoise), voir Pigeon.
Des Fontaines (M"') abjura aux Nouvelles-Catholiques. Elle était notée au mois de mai 1686 comme servant les autres, et au mois d'octobre comme femme de chambre de M"" de Peray (Fr. 7o52 f" 25).
Desfourneaux (M""=) transférée de l'Union Chrétienne aux Filles bleues de Saint-Denis, par ordre du 3 mars i685 (O' 29^
Deshayes (Marie), mise au Grand Châtelet pour la R. le 18 octobre 1686 (F 7o5i f° 288).
Désimberts (Nicodème), capitaine au régiment de Picardie, qui s'était signalé au siège de Namur, ayant été cassé de sa charge en qualité de protestant, résolut de se venger, et alla proposer à Guillaume III d'assassiner Louis XIV. Loin d'imiter la conduite de celui-ci, qui, en 1691, avait envoyé contre lui l'assassin Grandval*, Guillaume adressa une exposition détaillée des projets de Désimberts au roi de France, qui le fit arrêter comme il débarquait à Calais (Arsen. F. Bast. io5o5). Le capitaine en perdit la raison, et n'en fut pas moins enfermé à la Bastille le 29 décembre 1696. Il guérit et abjura au bout de quelques années, sous la promesse mensongère d'être relâché. On l'envoya (24 mars 1689) dans un château fort des Pyrénées, où il mourut dans le délire et le désespoir {Fr. pr., ■2" édit., V, 400 et Ravaisson, X, 140).
' Michelet, L. XIV et le duc de Bourgogne, p. 66.
Emprisonnés à Pans. 99
Des Loires. Josué Adam, sieur des Loires, capitaine de cavalerie, appartenait à une famille des environs de Champdeniers en Poitou, et refusa d'abjurer à la Révocation. En conséquence, le II décembre i685, Seignelay ordonnait à l'intendant Arnoul de l'arrêter, après avoir fait une dernière tentative pour l'amener au catholicisme'. Des Loires ne l'attendit pas, et s'enfuit à l'étranger. On le retrouve comme capitaine dans l'armée du prince d'Orange-. Sa femme, Susanne des Villattes, partie pour le suivre, fut arrêtée près de Luzarches le 7 avril 1686. Elle était fille de Pierre des Villattes, sieur de La Boule, et parente de M'"^ de Villarnoul et de M. de Verdelle, qu'on mit aussi à la Bastille. M""-" Des Loires fut transférée à Poitiers le 17 juin, puis remise à son beau-frère, nouveau converti, après qu'il eut signé l'engagement suivant :
Par devant les notaires garde-notes du roi à Poitiers, soussignés, fut présent Hercule Adam *, seigneur de Saint-Denis, demeurant ordinairement en sa maison noble de Puyraveau, paroisse de Saint-Denis, étant de présent en cette ville de Poitiers, lequel a volontairement promis et s'est obligé de représenter pendant six mois prochains venants, pardevant M?"' Foucault, conseiller du roi en ses conseils,... commissaire départi pour l'exécution des ordres de Sa Majesté en la généralité de Poitiers, la personne de damoiselle Susanne Des Villattes, femme épouse de Josué Adam, écuyer, sieur des Louères, nouvellement convertie à la R. C. A. et R., de présent reléguée dans le couvent des religieuses des Serrisiers en Bas-Poitou, faute de laquelle représentation se soumet de payer la somme de 20,000 livres,... au cas que ladite damoiselle s'absente du roj'aume, à l'entretien de quoi ledit sieur de Saint-Denis, comparant, a obligé tous ses biens présents et futurs quelconques... Poitiers l'an 1686, le 14 août *.
Après l'expiration du délai de six mois, M""^ Des Loires, abandonnant un revenu de la valeur de 2000 livres, reprit la fuite et réussit à rejoindre son mari. « Hercule Adam, mis en possession des biens de M. et de M""' Des Loires, en faisait tenir secrètement le revenu à son frère, après avoir prélevé la pension d'un fils et d'une fille, que ce dernier avait laissés en France et qui étaient retenus dans des couvents par les soins de l'évêque de Luçon. La délicatesse du sieur de Saint- Denis fut connue et on lui demanda compte des revenus des biens des fugitifs, et, comme ni lui ni sa femme ne paraissaient à l'église, l'intendant fit mettre M'"^ de Saint- Denis à l'Union Chrétienne de Poitiers, au mois de septembre 1701 »
> p. Clément, Relation d'un voyage en Villattes en Fr. et aux Pays-Bas par
Italie, p. 320. MM.lecomtede LaBoutelièreetEnschedé,
« Mém. de Bostaquet, p. 281. Harlem, 1881, in-8», p. 10.)
3 Hercule, frère de Josué, avait épousé « Ibid., Pièces justif., p. 85. .■\nne de Villattes, sœur de Susanne. {Des
loo Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
(Lièvre, III, 12. et Fr. 7o52 f"" 162, 288; 7o55 f"^ 20, 26 et O' 3o). Bien qu'elle allât tous les jours à la messe, M"° des Loires voulut revoir une dernière fois ses vieux parents, et leur rendit visite en ij23iBidlet., 3= sér., IX, 149).
Des Loires chargé avec Regnon, De Chaligny (Lièvre, III, 846) et De La Brandonière, de porter à la cour les plaintes des Eglises du Poitou à l'approche de la Révocation, était évidemment un membre de la même famille. Ces trois députés de la noblesse furent mis à la Bastille le 7 novembre i685, sans avoir pu voir le roi (Bid/et., 3= sér. IV, 594), Louvois écrivait à M. de Besmaus le 28 du même mois :
Le roi trouve bon que vous donniez la liberté de la cour de la Bastille à M. de La Brandonière, pour lui donner lieu de se faire instruire, et que vous lui disiez qu'après qu'il aura fait son abjuration et qu'il l'aura rendue publique, il peut espérer que Sa Majesté oubliera sa faute et lui fera rendre sa liberté.
La Brandonière ne tarda pas à plier et à être élargi, et son exemple entraîna ses deux amis, qui sortirent de la Bastille en vertu d'un ordre du 23 décembre, sous la caution de Pardaillan ou de quelque autre personne connue, à condition de revenir dans la forteresse si, dans un mois, ils n'avaient abjuré avec tous les membres de leurs familles. Le même jour, Louvois donnait à l'intendant Foucault l'ordre de retirer les garnisons qui étaient dans leurs maisons (Arc/i. Bast,, VIII, 855, 860).
Les consciences ne se crurent nullement engagées par un acte auquel elles n'avaient pris aucune part, et contre lequel elles n'avaient cessé de protester intérieurement ; aussi quatre ans plus tard, retrouvons-nous Chaligny à la Bastille, en compagnie de trois autres gentilshommes poitevins, La Primaudaye (entré le 12 février 1689 et sorti le i3 novembre 1690), Antoine Prévost, sieur de La Javelière* et Majou^ de Lousigny, au sujet desquels Louvois écrivait à M. de Besmaus le 25 avril 1690 :
' Nous trouvons La Javelière à la Bas- Samuel Majou, fermier de M. Le Tontille avant le 10 octobre i68g; il n'en sortit nellier, conseiller au Grand-Conseil, mis avec Grimaudet et Majou que le 29 no- à la Bastille en juin 16811 et mort en 1700, vembre 1690. Suivant Du Junca, aucun s'exprime ainsi dans son testament, date d'eux n'e'tait converti. du 12 janvier 1696 et publié en i85+ par
" D'après M. Lièvre (111, 96), les Majou M. Paul Marchegay :
avaient hérité de tous les biens d'une «Notre roi envoya des régiments de
branche fugitive de la famille, et, suivant dragons exercer des cruautés incroyables
une coutume fort répandue, en faisaient sur ceux qui ne voulurent pas donner
sans doute parvenir le revenu aux véri- des actes devant les curés, portant qu'ils
tables propriétaires dans l'exil. renonçaient à l'hérésie cterreursde Calvin,
Emprisonnés à Paris. loi
Je vous ai ci-devant mandé que le roi trouvait bon que vous laissassiez visiter par M. Des Mahis, chanoine d'Orléans [ministre apostat], les quatre prisonniers du diocèse de Luçon qui sont à la Bastille pour le fait de la R.
Visités ensuite par le P. Bordes de l'Oratoire, ils plièrent de nouveau et furent relâchés par ordre du i3 novembre (VIII, 367). Chaligny passa en Angleterre.
Quant à La Brandonière, s'il ne retourna pas à la Bastille, c'est parce que La Reynie qui avait reçu, le 21 juillet 1689, l'ordre de l'arrêter comme un homme dont l'esprit était dangereux, ne réussit pas à le saisir (IX, 171, 176). La Javelière, et son beau-frère La Tillière étaient encore signalés en 1696 comme suspects de protestantisme {Fr. pr., VIII, 8243).
Desmahis (Paul), natif d'Aubigny en Berr}', mis à la prison de l'Abbaye pour la R., le 12 avril 1686, eût été rendu à ses parents s'il avait consenti à faire abjuration (O ' 3o, 28 avril). Il n'y consentit pas, et ce refus lui coûta sans doute la vie. «Il est mort dans sa religion, dit un rapport de police, la nuit du lundi au mardi 9Juillet, et a été enterré par Hullin, fossoyeur de Saint-Sulpice» (Fr. 7o5i f" 294). — Il ne semble pas avoir été parent de la famille parisienne des Grostête, dont un membre, pasteur apostat, avait le titre de sieur des Mahis.
Desmarais, voir Cheron.
Des Marchais, ancien, voir Pasteurs et anciens, II, io3.
Desmaretz. Seignelay écrivait à La Reynie, le 18 avril i685 : «Je vous envoie l'ordre pour faire mettre au Refuge la nommée Susanne Desmaretz ; si vous trouvez qu'elle ne doit pas être mise dans cette maison, prenez la peine de me renvo3'er l'ordre et de me marquer quelque autre maison où elle puisse être mise» (O' 29).
Des Minières. Régnier, sieur des Minières, chargé par la noblesse du Poitou de porter plainte à la cour contre les dragonnades, fut emprisonné à Angoulême peu après la Révocation. Arrêté une seconde fois au mois de mai 1687, il fut envoyé au château de Saumur, puis relâché par ordre du 4 septembre et confié à M""^ de Peray (O* 3i). En 1690, on le retrouve à la Bastille
et qu'ils embrassaient les cere'monies de à Dieu. Nous n'avons point assisté au
l'Eglise romaine. La violence du dragon service», c'est-à-dire à la messe. Voir Fr.
nous fit tomber en cette lâcheté comme jur., VII, i8i. les autres, dont nous demandons pardon
I02 Révocation de l'Edii de Nantes a Paris.
entre les mains du P. de l'Oratoire, Samuel d'Aliès, sieur de La Tour, nouveau converti, qui ne sut le détourner de sa foi. En conséquence, le prisonnier fut transféré par ordre du 29 septembre 1692 au château de Loches, et en 1694 à l'abbaye de Lareau dans le Haut-Poitou, oii il dut mourir quelques années après.
M""= des Minières, retirée à Paris, possédait le château de La Débuttrie, où des ministres furent reçus en 1698. La dame de La Mothe à qui M™*^ des Minières en avait confié la garde, ayant été condamnée à être rasée et détenue à perpétuité pour avoir donné asile aux pasteurs du Désert, M"*^ des Minières s'enfuit en Angleterre [Bitllet., IX, 225), l'année suivante avec un de ses enfants.
Ruben Régnier, sieur des Minières, qui épousait en 1672 Madelaine Falaiseau, fille aînée de l'ancien de Charenton, et qui passa à l'étranger en 1686 avec sa famille composée de sept filles et deux fils, était sans doute le fils du fidèle confesseur poitevin.
Desportes, voir Dalconnat.
Desrosiers. Le chirurgien Pasquier Desrosiers fut mis au Grand-Chàtelet le 14 décembre 1686 (Fr. yoSi î" 288). — Susanne Pasquier et Jeanne Grippon, ses nièces, avaient abjuré au mois de janvier de la même année (f° 63).
Desvallons. La liste des protestants de ■ la paroisse Saint- Sulpice mandés chez le lieutenant de police après le 28 octobre i685, contient le nom de Desvallons, logé à l'hôtel d'Ecosse, quai Malaquais (Fr. 7o5i f° 44). Le procureur-général daigna travailler en personne à la conversion de cet avocat huguenot, «aussi vertueux que son fils était vicieux» {Bnllet., IV, 206), et La Reynie crut un moment que l'entreprise réussirait. Il écrivait à Harlay le 28 décembre :
J'exécuterai l'ordre que vous me faites l'honneur de me donner touchant le sieur Desvallons, et je suis persuadé qu'après la peine qu'il vous a donnée de lui faire voir des livres après vous avoir entendu, il voudra bien à la fin que vous le persuadiez {Corresp. adm., IV, 338).
Desvallons n'eut garde de le vouloir et fut sans doute livré aux dragons ; après quoi on le mit à la Bastille, le 26 janvier 1686, sous prétexte de «discours fort insolents sur la personne de Sa Majesté». Il n'en sortit, par ordre du 4 janvier 1691, que pour être envoyé au château de Guise, en compagnie de Bernier, Mallet et Paradez, comme lui «mauvais catholiques». La résolution du prisonnier qui
Emprisonnés à Paris. io3
avait victorieusement subi un séjour de cinq ans à la Bastille, faiblit dès qu'on l'eut transporté au plus fort de l'hiver sous un climat plus rude. Aj^ant abjuré, Desvallons fit remettre à Pontchartrain plusieurs mémoires et placets, si bien qu'on lui rendit la liberté après le 20 mai 1691. Cependant, cinq années plus tard, nous le voyons rangé parmi les inconvertissables que le roi songeait à faire conduire à la frontière. Son abjuration fit obstacle à cette expulsion, ainsi qu'il résulte des billets suivants adressés par Pontchartrain à La Reynie :
12 décembre 1696.
Sa Majesté veut bien que le sieur Desvallons soit conduit hors du roj'aume, ainsi que vous le proposez, supposé qu'il n'ait pas ci-devant fait abjuration; car, s'il l'a faite. Sa Majesté veut qu'il soit enfermé dans un château.
3o décembre 1696.
Le roi ne veut point que Desvallons soit envoyé hors du royaume, et j'ai expédié un ordre pour l'envoyer au château de Pont-de-1'Arche (O ' 40).
Il y mourut en 1698, âgé de soixante-seize ans {Mercure hist. de juin 1698, p. 687).
Pour ce qui concerne son fils, faux dénonciateur de Cardel, voir Renneville, L Inquisition française; les Premiers pasteurs du Désert, I, 197; et Ravaisson, Arch. de la Bast.
Devienne (Elisabeth), allemande, mise aux Feuillantines par M. et M™^ Roger Costard, pour y être instruite dans la foi catholique, leur fut rendue âgée de 14 ans, par ordre du 6 novembre 1686, après qu'elle eut fait sa première communion (Fr. 7o55 f° 87).
D'H.A.ussY, voir Aubert.
DiBON, voir Buisset.
DiCQ, voir chap. II, 576.
DioT (Les enfants). Seignelay écrivait à La Reynie le 3 novembre 1689 : «Vous pouvez faire enlever les enfants de la nommée Diot et leur faire apprendre un métier. Sa Majesté paiera ce qu'il faudra pour cela » (O • 33). Les Extraits des registres de Charenton ne mentionnent qu'Antoine Diot, fils du conseiller Guillaume, baptisé en 1680.
DiRACQ. A côté d'un L'Islot-Touchimbert, transformé à tort en Bernon de l'Islot, La France protestante (2^ édit., II, 868) mentionne parmi les Rochellois, qui, en i685, faisaient encore profession
I04 Révocation de l' Èdit de Nantes a Paris.
ouverte de protestantisme, « Diracq, gentilhomme des environs de La Rochelle». Ce gentilhomme était Hector de Saint- Georges, sieur de Diracq, né en 1641, qui avait fait en i663 la campagne de Portugal comme cornette du régiment de Briquemault. Au printemps de l'année 1686, comme il se dirigeait vers la frontière avec son domestique Jérôme Bidelle, en compagnie de son cousin Philippe de Saint-Georges, sieur de Sceaux, et de Jacques de Genest, il fut arrêté et enfermé dans les prisons de Ham. Après avoir été condamnée aux galères, toute la troupe abjura et fut graciée au mois de juillet. Le commissaire Dyeure, dressant l'Etat des nouveaux convertis récemment arrivés dans le quartier de la Harpe, écrivait le 20 novembre :
En la maison de la Tête noire, tenue par Marie Lefebvre, femme de Jean Maréchal, sont logés : le sieur de Diracq, gentilhomme de près de La Rochelle, qui a été prisonnier à la Conciergerie et a eu sa grâce du roi, etc. (Fr. 7o5i, f" 16).
Découragé par ce premier insuccès Hector de Saint-Georges, n'essaya plus de sortir de France (Lièvre III, 249 tiFr.pr., IX, 83 a).
DiVRi, voir Heck.
DoLON DE La Goupillière (M""^). Le comte de Dolon de la Goupillière, arrêté et mis à la Bastille par ordre du 11 décembre i685, transféré le 18 septembre 1686 à Saint-Magloire chez les Pères de l'Oratoire qui, même avec l'aide de l'évêque d'Autun, ne purent entamer sa fidélité, retourna bientôt à la Bastille, où la comtesse lui rendit visite, par autorisation du 9 mai 1687. Leurs biens étaient saisis, et, malgré son abjuration, M"^ de Dolon n'en pouvait toucher les revenus; elle obtint, le 24, l'entière jouissance des siens. Le mari, au contraire, tint bon jusqu'au bout, et se fit expulser du royaume en 1688. C'est sans doute son fils et lui que nous voyons en Angleterre sous les ordres de Schomberg, dans les dragons rouges de Louvigny, l'un, cornette, et l'autre, capitaine (Agnew, 111, i5o).
Ses filles firent preuve de la même constance. Dans le courant de l'année 1686, l'une d'elles, réfugiée en Hollande, remit au guide Leduc une lettre pour ses deux sœurs, logées à l'hôtel d'Ecosse, rue Guénégaud. Elles n'attendaient pour partir que la visite de leur frère, qui devait les voir en rejoignant son régiment. (Fr. 7o53f° 144). On se hâta de les enfermer '. L'une, momentanément sortie des
» Les dc-moiselles d'Aliis de Caussade l'enlèvement de nos amies M"" d'Olon écrivaient le 8 octobre 1G89 : «Vous savez et l'emprisonnement de notre cher oncle les premières alarmes que nous donnèrent .M. de Vivansi- (Bullet., 4° sér., I, 29).
Emprisonnés à Pans. io5
Nouvelles-Catholiques, en vertu d'une permission du 28 juillet 1689 (O' 33), croyait pouvoir se dispenser d'y retourner. Elle fut déçue dans son attente: Pontchartrain écrivait à l'intendant Miroménil le 21 décembre 1690 : «La demoiselle de Dolon, qui était à Paris dans la maison des Nouvelles-Catholiques il y a un an, demanda permission d'aller au Mans, ce qui lui fut accordé pour six semaines, et au lieu de revenir elle y est restée depuis ce temps. Le roi ne voulant pas souffrir dans la province cette fille, qu'on n'a encore pu obliger de faire sa réunion, Sa Majesté m'ordonne de vous écrire de lui faire dire de partir du lieu où elle sera aussitôt qu'on lui aura parlé^ pour se rendre auprès de ses sœurs dans la maison des Nouvelles-Catholiques, à faute de quoi Sa Majesté prendra d'autres résolutions à son égard» (O^ 34). — Le même jour, ses soeurs étaient autorisées à se rendre des Nouvelles-Catholiques chez la dame Chardon, nouvelle convertie devenue convertisseuse, « pour s'instruire s'il était possible». Les menées de la dame à laquelle on av^ait déjà confié notamment M™'= de Bessé-Bataillère, qui refusait d'abjurer, demeurèrent sans résultat. Pontchartrain écrivait à La Rej'nie le 3i janvier 1691 : «Les demoiselles de Dolon étant dans une aussi mauvaise disposition qu'elles sont, le roi veut qu'elles sortent du roj'aume. Je vous envoie un ordre pour les faire sortir par Valenciennes. Il faut garder l'aînée» (O' 35). — Pendant ce temps, M"^ de Dolon se fit donner les biens de sa famille et ceux d'Elisabeth Voisin de Bretignj', fugitive.
Une demoiselle de La Goupillière, mariée à M. de La Garanterie, avait abjuré en 1641. La France protestante {o,^ édit.. Il, 662) signale une correspondance échangée à ce propos entre elle et le savant pasteur Samuel Bochart de Caen. — Dès i683, une dame ou demoiselle de La Goupillière entrait avec M"^ de Venours dans la maison des dames françaises de Harlem qu'elle quitta en i685 {Bnllet., 1" sér., XIII, 320, 519; 3^ sér., IV, 452). — En 1686 ou 1687, une dame Dolon, peut-être la comtesse, était en rapport avec le guide Lombard, dit Brion, comme si elle eût voulu s'enfuir.
DoMPiERRE (Madelaine de). Une fille de Marie Conrart* et de Jean de Dompierre {Rcg. de Char.), seigneur de Jonquières près Noyon, Madelaine de Dompierre, née vers 1643, avait épousé Philippe de Parenteau, sieur de Sainte-Maison, seigneur de Grand- Rozoy près Soissons, et capitaine au régiment de Piémont, âgé de quarante-sept ans au moment de la Révocation. Elle fut mise au
' Voir Anciens.
io6 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
couvent des Ursulines de Clermont en Beauvoisis, par ordre du i5 juin 1686 (O' 3o), tandis que son mari était enfermé dans la prison de Laon, puis transféré en 1687 à l'abbaye Saint-Vincent de la même ville. Remis tous deux en liberté, sans doute au prix de l'abjuration ou d'une promesse d'abjuration, ils élurent domicile à Paris, ne songeant désormais qu'à passer à l'étranger. Arrêté à Tourville près Dieppe, en compagnie de trois de ses filles, âgées de treize, seize et vingt ans, M. de Sainte-Maison prétendit qu'il ne voulait que leur montrer la mer. On n'eut garde de le croire, d'autant plus que peu après, c'est-à-dire le 7 septembre 1688, M""' de Sainte-Maison fut arrêtée dans les mêmes parages, avec une de ses filles âgée de onze ans, une nièce âgée de vingt-huit ans, et Esther Lefèvre de Parfondru (quarante-deux ans), veuve de David Laumonnier. Toute la famille se retrouva dans les prisons de Dieppe (TT 3i4).
M"* de Sainte-Maison considéra certainement cet insuccès comme un châtiment de sa duplicité, et résolut de réparer sa faute par une confession sincère de sa foi. On la remit dans le même couvent, où son zèle, son ardeur, la vivacité de sa repentance, devinrent bientôt un danger pour les religieuses chargées de la convertir. C'est Seignelay lui-même qui nous l'apprend dans son billet du 4 janvier 1689, adressé à l'intendant De Ménars: «M. l'évêque de Beauvais m'a écrit que la demoiselle de Dompierre, qui est au couvent des UrsuHnes de Clermont, ne fait aucun progrès dans cette maison pour son instruction, et qu'au contraire il est dangereux pour les religieuses qu'elle y demeure plus longtemps. Sur cela le roi m'a ordonné d'expédier un ordre pour la faire transférer dans la maison des Nouvelles-Catholiques, et je vous l'envoie, afin que vous preniez la peine, s'il vous plaît, de le faire exécuter» (O* 33). — M™= de Sainte-Maison persévéra même entre les mains de Fénelon, qui, non-seulement dut s'avouer impuissant, mais demander qu'on débarassât les Nouvelles-Catholiques de l'intrépide huguenote. Le 12 septembre 1689, Seignelay écrivait à La Reynie : «Pour la demoiselle de Dompierre, étant en l'état auquel vous dites, il n'y a qu'à la mettre hors de la maison des Nouvelles-Catholiques et la faire sortir du royaume». On lui permit, le 20, de s'embarquer à Calais (O' 33). — Ainsi sa résolution lui épargna, comme inutile, l'épreuve la plus terrible, c'est-à-dire l'envoi dans une prison d'État. Madelaine de Dompierre est du petit nombre des personnes qui eurent l'honneur d'être expulsées sans avoir, au préalable, fait un séjour dans un château fort tel que ceux d'Amiens,
Emprisonnés h Paris. 107
Abbeville, Montreuil, Montdidier, Péronne, Guise, Ham, Pont-del'Arche, Angers, Saumur, Nantes, Angoulême, etc., où quelques-uns des plus énergiques avaient faibli. Elle se retira à La Ha3^e, près de son frère Jacques, qui y avait conduit sa femme Catherine Muisson et leurs cinq enfants. Deux des fils de Madelaine servirent en Hollande, l'un comme capitaine d'infanterie, l'autre comme major de cavalerie.
Isaac de Dompierre de Jonquières fut admis à la cène à la Haye en 1686, après rétractation de son abjuration. Anne fit aussi acte de repentance le i*'' janvier 1690, à Londres, dans l'église de la Savoye. Le 19 novembre 1687, les créanciers du sieur de Jonquières, fugitif, opéraient la saisie de ses biens (Fr. 7o5i f*" 324).
DoNÉ ou d'Aunay (M"" ou M™^) Jeanne-Marguerite Doné ou d'Aunay, enfermée aux Nouvelles- Catholiques en 1700, y contracta une maladie de langueur, qui l'obligea d'adresser un placet au roi dans les premiers mois de l'année 1701. Elle fut autorisée, le 14 avril, à en sortir pour quinze jours, à condition d'être mise chez quelque ancienne catholique qui voulût bien répondre d'elle (O 248).
Peut-être était-elle fille du comte d'Aulnay, expulsé du royaume en 1688. Voir II, 403.
DoNON (Le sieur de), enfermé à la Bastille au mois d'octobre 1686, comme étant réputé « le moins traitable des protestants »
{Fr. pr.).
DoRAiN (Bernard), tailleur mis au For-l'Évêque par ordre du 14 février 1686, pour avoir «fait le ministre» (O' 3o).
DoRTEViLLE. Deux eufauts enlevés de chez lui avant le 8 mai i685, furent mis aux Nouveaux-Catholiques par ordre du i3, aux frais du roi (O* 29).
Drelin'COURT-Duclos, arrêté et emprisonné avec Mel et Georget, par ordre du 5 août 1689, appartenait évidemment à la nombreuse famille parisienne du pasteur de ce nom. Voir Mel.
Drevon (M'"'= de). Marie de Vesc, fille du sieur d'Epeluche et femme de M. de Drevon, gentilhomme d'Orange, avait pris le nom de Marie Regnault pour sortir plus facilement du royaume. Elle fut arrêtée sous ce nom à Paris au mois de décembre i685, et mise au For-l'Evêque le i3 janvier 1686. Le vicaire de Saint-Sulpice la trouvait «dans un grand endurcissement sur le fait de la R. », et demandait qu'elle fût transférée au couvent des Filles du Saint- Sacrement, rue Cassette, ou au couvent du Précieux-Sang, de
io8 Révocation de t Édit de Nantes à Paris.
Vaugirard, où l'on paierait sa pension (O' 3o, Fr. yoSS f°^ ii et 12).
Drouin (Elisabeth de Belher, veuve de), fugitive arrêtée à Guise, en 1686, avec Gabriel Le Brun, son cocher, Elisabeth de La Monnière, Elisabeth Dupré et Jeanne Dubois.
Druet, voir Festu.
Dubois. Il y avait à Paris plusieurs familles de ce nom, sur lesquelles les extraits des registres de Charenton et les papiers de La Reynie ne donnent que des renseignements insuffisants. Benjamin, étudiant à Genève en 1680 (Bordier, Fr.pr. V, 53o); Jacques, sieur de Saint-Mandé, dont la femme, Diane de Poligny, fut inhumée en i685; André, marchand de vins delà rue Sainte-Anne (Fr. yoSi f° 841); Dubois, potier d'étain du quartier de Bucy, rue Dauphine (Fr. 7o52 fo 222); Isaac, maître menuisier du quartier des Halles. Nous ignorons lequel des quatre fut mis à la Bastille le 22 septembre i685 et en sortit le 6 novembre (Ravaisson). Peut-être était-ce Isaac, noté comme fugitif, au commencement de 1687, avec sa femme, Françoise Langlois. La vente de leurs meubles, saisis, produisit 898 livres (Fr. yoSr f"^ 3o8 et 819). Une demoiselle Dubois, sœur du beau-frère de la dame Francome, était accusée, le 29 octobre 1686, de se préparer à s'enfuir avec deux enfants (Fr. 7o52 f" 148); c'est elle évidemment qui fut arrêtée le même jour dans le carrosse de Lille avec les demoiselles Bernon. Jeanne fut aussi arrêtée la même année à Guise avec la veuve Drouin. Pierre, natif d'Alençon, et arrêté près de Paris (voir Pitel), et Philippe, qui épousait à Londres en 1688 Marie Jamet, ouvrière en linge de la Grande rue du faubourg Saint-Antoine (Fr. 7o5i f° 2i5), semblent, aussi bien que celle-ci, avoir appartenu au troupeau de Charenton (Agnew, in-f° II, 100). La police signalait en 1688 des assemblées rue Glacière près Saint-Sulpice, dans une maison appartenant à M""= Dubois, dont le mari, réfugié en Angleterre, avait autrefois été lecteur à Charenton (O' 82).
Seignelay ordonnait, le 27 février 1695, de mettre en liberté Dubois, garde de feu IM. le maréchal d'Humières, arrêté pour avoir favorisé l'évasion de quelques religionnaires (O' 89).
Dubois (Louis), voir Buisset.
Du Bois DE Nemetz (M""^ et M"^). Arrêtée le 28 mars 1686 avec M"" d'Orignac et de Saint-Seurin, venues à Paris pour s'évader du royaume. M"' du Bois de Nemetz fut mise dans un
Emprisonnés à Parts. 109
couvent par ordre du 3i (O' 3o). Sa mère eut à souffrir la dragonnade en attendant qu'on pût aussi l'enfermer. Le 16 juin 1687, Seignelay ordonnait d'arrêter au Bois de Nemetz la demoiselle de Panilleuse, femme du sieur du Bois de Nemetz et de la conduire aux Nouvelles-Catholiques de Charenton'. Comme elle était malade, on ne put l'emmener sur-le-champ. Aussi en signant, le 25 juin, l'ordre d'arrêter le sieur du Bois de Nemetz et de le conduire au château de Saint-Malo, Seignelay ajoutait qu'il fallait laisser auprès de M"" du Bois de Nemetz quelques gardes qui l'amèneraient à Paris, lorsqu'elle serait en état d'y être transférée (O' 3i). M. du Bois de Nemetz sortit du château de Saint-Malo le 12 juin 1689 (O' 33).
Du BoRDAGE (René de Montbourcher, marquis), brigadier des armées du roi, avait épousé en 1669 Elisabeth Goyon de La Moussaye, qui lui donna: Henriette (1672) et René-Maury (1673) (Reg. de Char.). Un peu avant le 20 janvier 1686, il tenta de sortir de France avec sa femme, ses enfants et sa belle-sœur Marie de La Moussaye, laissant 5o,ooo livres de rente qui allaient être confisquées. On arrêta toute la famille près de Mons, et la marquise reçut un coup de mousquet dans la bagarre. Le marquis fut enfermé dans la citadelle de Lille, la marquise, dans celle de Cambrai, et les enfants furent ramenés à Paris pour être élevés dans le catholicisme. On écrivait de Paris à la Gazette de Harlem, le 5 février : « On croit que si le marquis du Bordage veut abjurer, il sera promptement remis en liberté » {Bullet., 2" sér., XIV, 4o3). Comme il s'y refusait énergiquement, malgré les sollicitations de l'abbé de Grancey, Louvois écrivit le 4 mai à l'intendant De Bagnols :
Sa Majesté veut que le procès de M. du Bordage... soit jugé promptement et sévèrement. Vous devez, dans les conversations que vous aurez avec les juges, leur faire entendre l'intérêt qu'ils ont de se conformer dans leurs jugements à l'édit du mois d'octobre dernier (Arch. de la Guerre 774).
Le fugitif fut condamné aux galères, peine bientôt commuée en celle de la détention perpétuelle. 11 abjura vers le 20 septembre à Lille et recouvra aussitôt la liberté, mais à condition de ne pas voir la marquise, qui «était demeurée dans une extrême opiniâtreté». En récompense il obtint le brevet de maréchal-de-camp le 24 août 1688. A ce moment la marquise avait aussi abjuré.
» Par ordre du 23 novembre 168Ô, M"' de Sainte-Pe'rine, de la Villette, au couvent La Panilleuse fut transférée de l'abbaye de des Hospitalières de Saint-Gervais (O » 3o).
iio Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.
DuBOURG (Jacques), âgé de vingt-cinq ans, maître orfèvre dans la cour neuve du Palais, n'abjura le 27 décembre i685 que pour être débarrassé de la garnison qui le ruinait. En envoyant la déclaration du malheureux à La Reynie, le commissaire Delamare priait celui-ci de faire ôter cette garnison (Fr. ycSi f°^ 190, 192 et 7o55 f" 353). C'est lui sans doute que le guide Pigeon conduisit plus tard à l'étranger.
Une nommée Dubourg fut arrêtée et mise aux Madelonnettes par ordre du 28 janvier 1687 (O* 3i).
Le 14 octobre 1699 entrait à la Bastille Etienne-Simon Du Bourg, natif de Saint-Malo, ci-devant lieutenant au régiment de Tulle et domicilié rue Vieille-du-TempIe, chez M. Godart des PetitsiVIarais, accusé d'avoir favorisé l'évasion des religionnaires notamment de La TrémoUière, en fabricant de faux passeports. Il fut relâché par ordre du i3 janvier 1700 (O' 44; Fr. 81 19 f" ii5 et Arsen. F. Bast, io,5io) avec ordre de quitter Paris et de n'en pas approcher à plus de trente lieues.
Du Breuil (Matthieu Gangnot, sieur), gentilhomme âgé de soixante-dix ans qui avait passé sa vie à Paris, ayant fait un voyage dans le Midi quand éclata (i683) le mouvement de résistance organisé par Brousson, fut arrêté à Toulouse comme complice du soulèvement, puis relâché faute de preuves. Le 12 janvier 1686, M.""" Gangnot, sa belle-sœur, le conduisit chez un commissaire de police, qui, ne pouvant le décider à abjurer, écrivit à La Reynie qu'un mot de lui ferait assurément plus d'effet (Fr. 7081 f° 89). Du Breuil n'en tint compte, aussi le mit-on à la Bastille le 14 février. Dès le 4 mars, M. de Besmaus annonçait que le prisonnier prenait plaisir à raisonner avec l'abbé De Lamon, et, le 6 avril, que son opiniâtreté allait prendre fin (Fr. 7o53 {°^ 448 et 45i). Il fut relâché par ordre du 12 mai. — Son frère, qui tenait une académie dans la rue de Seine, fut arrêté le 8 décembre 1686, pour crime d'assemblée tenue dans sa maison.
Un autre sieur du Breuil, L'Huilier de Chalandos (la terre de Chalandos était près de Crécy-en-Brie) et sa femme, passèrent en Hollande avec le concours de Beck, résident de Brandebourg à Paris (Fr. 7062 f°= 290-296). Au mois de juin 1686, un membre de la même famille, la demoiselle du Breuil, qui logeait rue de Lamoignon, se retirait chez l'envoyé de Danemark pour y attendre une occasion de fuite (Fr. 7o5i f° 25).
Mentionnons encore M™" du Breuil, belle-sœur de M"" de Villar-
Emprisonnés à Paris. m
noul; puis Dubreuil, chevalier du guet, rangé parmi les Parisiens qui devaient être mandés chez Seignelay le 14 décembre i685; Dubreuil, notaire de Paris, déporté en Amérique et mort sur mer en 1688 {Fr.pr., 2." édit., V, 600); enfin Dubreuil, banquier, arrêté comme «mauvais catholique», par ordre du 14 avril 1698, pour ce qui s'était passé à l'enterrement de sa femme, et mis au For-l'Évêque (O* 42). C'est sans doute l'une de ses filles qui, en 1712, plaidait en revendication d'héritage contre son frère et sa sœur, qu'elle accusait de l'avoir dépouillée durant sa minorité (TT 425).
Jean Dubreuil, qui recevait assistance en Suisse le 27 septembre 1698, mérite aussi d'être cité. Né à Rouen et délaissé en bas âge par ses parents, sans doute passés à l'étranger, il fut conduit à Paris par un oncle jésuite, qui le fit élever dans la religion romaine. Mais Dieu lui ayant fait la grâce de reconnaître, par la lecture de l'Ecriture sainte, la vérité de la religion dans laquelle il était né et avait été baptisé, il s'enfuit à Lausanne et demanda d'être admis dans l'Eglise réformée. Comme on ne recevait de prosélytes qu'à Berne, on l'y envoya (Ms. Bordier, Vaud).
Du Buisson (M"''''). Les deux filles de Du Buisson, mises aux Nouvelles-Catholiques par ordre du 16 novembre 1684 (O* 28), recouvrèrent la liberté en avril i685 (O ^ 29).
Marie Dubuisson, originaire de Dieppe et âgée de 59 ans, fut mise à la Salpétrière le 24 juin 1699, comme confirmant dans l'erreur les enfants des nouveaux catholiques (voir II, p. 6i5). On l'enferma ensuite aux Nouvelles-Catholiques; car le 3 août 1701, Pontchartrain invitait l'intendant D'Herbigny à faire payer par les débiteurs de la nommée Dubuisson ce qu'elle devait à l'établissement, pour le temps qu'elle y était restée (O 248). Reconduite à l'Hôpital-Général comme inconvertissable, elle y faiblit peut-être. D'Argenson écrivait, en effet, le 22 octobre 1702: Elle parait moins indocile depuis six mois, et demande à retourner chez les Nouvelles- Catholiques pour s'instruire. Il semble même qu'il n'y a pas moins de charité que de justice à lui accorder cette grâce (Ms. Clairambault 984 f° m)'.
Du Candal. Tous les protestants qui appartenaient à la magistrature, n'imitèrent point l'inviolable fidélité des Béringhen et des Le Coq; quelques-uns adorèrent le veau d'or, ou firent passer les ordres de la cour avant ceux de leur conscience. De ce nombre
» Note communiquée par M. N. Weiss.
Révocation de V Edit de Nantes à Paris.
fut Jacques Du Candal, conseiller-secrétaire du roi, audiencier à la chancellerie. Il était fils d'Isaac, trésorier des Églises Réformées, mort en i635, et avait épousé, en 1648, Susanne de Béringhen, sœur de Jean, ancien de Charenton, laquelle lui donna : Marie (1649), femme du fameux apostat Jean Du Vigier; Isaac (lôSo), Pierre (1657), Armand (1660), mort jeune, et Catherine.
Il remplit les fonctions de commissaire royal dans les synodes provinciaux de l'Ile-de-France en 1648, 1649, 1677, 1679 et 1681. En décembre i685, son nom figurait sur un Mémoire de ceux qui n'avaient pas abjuré et pouvaient être mandés devant les hauts magistrats convertisseurs (Fr. 7o5i f° 44). Plus courtisan que huguenot, il ne résistait déjà plus que mollement le 8 janvier 1686, lorsque La Reynie, passant en revue les non convertis du quartier Saint- Antoine, écrivit au procureur-général: «Du Candal, ci-devant grand audiencier, est bien disposé ; il a passé par les mains de l'évèque d'Orléans, et il a encore huit jours du terme que le roi lui a accordé» (Fr. 17421 f° 6). Quatre jours après, Seignelay autorisait La Reynie à lui laisser ses enfants, s'il était bien assuré de sa conversion (O* 3o). Non-seulement Du Candal abjura, ainsi que ses enfants demeurés près de lui, mais il contribua à l'abjuration de sa fille Marie.
Seignelay écrivait, le 12 février, à La Reynie : «Je vous envoie un mémoire qui a été donné au roi, par lequel on remarque que la dame de Lorme, la dame du Vigier et la dame de Théobon, demeurent opiniâtres dans la R. P. R., parce qu'on ne les presse point. Sa Majesté m'ordonne de vous dire de vous appliquer à la conversion de ces femmes et que, s'il est nécessaire, vous les fassiez mettre dans des couvents » (O ' 3o). La dame du Vigier était Marie Du Candal; elle avait épousé, en 1673, Jean Du Vigier, sieur de Saint-Laurent, conseiller au parlement de Bordeaux, qui vendit sa conscience pour rétablir sa fortune ruinée par le jeu, désola la Guyenne et la Saintonge, dont il fit fermer tous les temples avant la Révocation, et reçut en récompense, outre une forte somme d'argent bientôt dissipée, une pension de 3ooo livres et une charge de président (Benoit, V, 674 et 706). La France protestante (IV, 529) cite un exemple frappant de sa cupidité. C'est de la femme de ce triste personnage que La Reynie fut chargé de presser la conversion. N'obtenant rien, il demanda, pour mettre la rebelle au couvent, un ordre que Seignelay lui expédia le 14 mars. La vue de la lettre de cachet, les exhortations de son père et de ses frères, les larmes de ses deux filles (dont l'aînée avait dix ans) aussi menacées du
Emprisonnes à Paris. ii3
couvent, obligèrent la pauvre femme à plier. Par une lettre datée du 21 mars, Du Candal annonçait à La Reynie que M"'= du Vigier et ses deux filles * avaient abjuré la veille (Fr. yoSS f" 98). En somme, la femme de l'apostat ne fut jamais catholique ; sa conversion et celle de ses filles étaient encore suspectes en 1697.
La dame de Lorme mentionnée dans le billet du 12 février était Marie de Béringhen, sœur de M"'' du Candal et de Jean de Béringhen; elle avait épousé Jacques Amproux, sieur de Lorme, intendant des finances, qui mourut en 1679 et fut inhumé en présence de son frère Benjamin, conseiller au Parlement, et de son neveu Armand de Saint-Martin. M"'' de Lorme, n'ayant pas pour céder en apparence les mêmes raisons que sa nièce, résista. En conséquence le roi ordonna au maréchal de Bellefont de la mettre hors de chez lui. Elle fut arrêtée le i5 mars, et conduite chez les Visitandines du faubourg Saint-Germain, rue du Bac, oij nous la retrouvons encore le 17 décembre 1686 (Fr. 7o5i f° 236). On l'expulsa du royaume comme inconvertissable, en 1688 (,TT 25i), et ses biens furent partagés la même année entre ses neveux Du Vigier, Isaac, Pierre et Catherine du Candal, Frédéric de Béringhen, fils de Jean. M"'' de Béringhen, petite-fille mineure de Jean, et Aymar Le Coq des Forges, sieur de Germain, âgé de trois ans, fils de Pascal Le Coq et d'Elisabeth de Béringhen, fille de Jean (O' 82).
Avant son arrestation M""^ de Lorme avait confié au duc de La Force deux cassettes, dont le roi fit «forcer les serrures», le i3 juin 1691, pour voir si les papiers qui s'y trouvaient ne contenaient «rien de contraire au bien du royaume » {Biillet., II, 567). Il ordonnait en même temps qu'on les rendit au duc après examen, nonobstant l'opposition des créanciers de M'"'' de Lorme, Sa Majesté ne voulant point que son autorité servît à trahir la foi du dépôt ». Seignelay écrivait le 27 août à M. de La Massaye, colonel du régiment de l'Ile-de-France: «Le roi n'a point voulu permettre qu'on ait violé la foi du dépôt... Je suis fâché de n'avoir pas eu occasion de vous faire plaisir». On ne découvrit absolument rien dans ces papiers, qui furent rendus à M. de La Force par ordre du 25 mars 1692. M"" de Lorme devait être parente des Amproux de Lorme et La Massaye, dont l'un marchait sur les traces de Du Vigier (voir La Massaye).
Du Cerceau de Tilly, voir Boisroger.
• Corriger la Fr. pr., V, 357 a.
114 Révocation de l'Èdit de Nantes à Paris.
Du Chateaunet, transféré, comme «opiniâtre», d'une prison de Paris au château de Saumur, par ordre du 23 janvier 1687.
Du Chemin. On enleva, en mars i685, les quatre petits garçons de ce libraire, pour les mettre aux Nouveaux-Catholiques.
DucHESNE, médecin, mis à la Bastille le 27 novembre 1688, n'en sortit que le i3 septembre 1689. Son père, mort en 1645 âgé de quatre-vingts ans, avait été médecin du roi.
Il y avait d'autres Duchesne à Paris: Gédéon, sculpteur, marié en 167 1 à Charlotte Pierret, fille d'Abraham, peintre-architecte, qui lui donna Jean (1678), Anne-Charlotte (1674), François (1675), Marie (1676), Camille (1678). — Françoise, âgée de vingt-deux ans, fugitive, désavoua publiquement son abjuration à Londres dans l'église de la Savoye, le i3 novembre 1698; Susanne, âgée de vingt-trois ans, fit également acte de repentance le 28 avril 1699 ; Pierre, âgé de vingt-deux ans, qui s'était borné à ôter son chapeau lorsqu'il rencontrait des processions ou des prêtres portant l'extrême onction, fit aussi reconnaissance publique au même lieu, le 3o juin 1700. Il laissait en France une rente de 186 livres, qui fut confisquée (TT i63). — Deux filles de l'horlogeur Duchesne furent mises aux Nouvelles-Cathohques en mars 1701, et leur frère aîné, aux Nouveaux-Catholiques. Le 3i du même mois, Pontchartrain ordonnait à D'Argenson de surveiller la conduite du père (O 248).
DucLOS (Jean), voir II, 576.
Du Clusel, voir Vivans, II, 845.
Du Faur (M""). Comme tous les protestants demeurés en France, Anne de Guéribalde^, veuve de Jean Du Faur, sieur de Courcelles-le-Roi, et dame de Bondarroy (arrond. de Pithiviers), avait abjuré des lèvres après la Révocation. Elle habitait la rue des Marais-Saint-Germain, oîi elle élevait les filles de son fils Jean-Louis Du Faur. Seignelay jugeant « dangereux de les lui laisser plus longtemps, à cause de la mauvaise disposition oij elle était sur le fait de la R.», on lui en enleva deux le 19 juillet 1688, pour les conduire aux Nouvelles-Catholiques. La troisième les y rejoignit le 5 septembre. Par ordre du même jour, la dame de Bondarroy fut mise elle-même à l'Union Chrétienne, d'où elle sortit le i3 octobre
' Du mariage de sa belle-sœur Made- marquis de Saint-Hilaire, dont la fille laine Du Faur et de Pierre de Jaucourt, fut enlevée à sa grand'mcrc M"'" de Saintbaron d'Espeuilles, naquit Madelaine de Hilaire le ii mai 1698 (voir Saint-Hilaire). Jaucourt, femme d'Armand De Mormès,
Emprisonnés à Parts. ii5
(O' 82). Elle y fut remplacée le même jour par une de ses petitesfilles, qui retourna près de ses sœurs a.ux Nouvelles-Catholiques le 19 avril 1689, Deux d'entre elles «bien instruites» furent rendues à leur grand'mère le 3o juin. Le 4 juillet, La Reynie reçut l'ordre de les renvoyer dans la maison de leur père, en mettant près d'elles une fille catholique en qui l'on pût avoir confiance (O' 33).
DuFOUR et DuvAL, voir II, 467.
DuGARNiER, voir Du Vigneau, II, 3o8.
Du Gast (Marie), voir Villarnoul, II, 36o.
Du Hamel. Il y avait à Paris plusieurs protestants de ce nom : Guillaume, sieur de Roquefort; puis Du Hamel, le jeune, horloger de la place Dauphine, chez le sieur Neveu, qui signait la déclaration d'abjuration le 26 octobre; Marie, âgée de vingt-sept ans et femme d'un orfèvre, mise au Grand-Chàtelet le 21 février 1687 (Fr. 7031 î" 236). Elle quitta ensuite la France avec ses cinq enfants, et se réfugia en Angleterre, où elle reçut assistance en 1703 et lyoS. Nous n'avons pas la preuve qu'Isaac, naturalisé anglais en 1682, Pierre, naturalisé dans le même pays en 1687, Jacques du Hamel Saint- Pierre et sa femme, ainsi que Madelaine Du Hamel, assistés en Angleterre en 1703, fussent de la même famille. Pour Jacques, sieur du Parc, enfermé à la Bastille en 1700, voir Meyer.
Du Laurent (Isaac), mis au Grand-Chàtelet le 19 août 1686. Du Mesnil, voir II, 587.
Du Moulin (M"^). Il résulte d'une lettre signée Claire Du Moulin et datée de Châtillon-en-Brie, près Rozoy, le 11 janvier 1686, qu'une dame Du Moulin, sa parente, passée à l'étranger par les soins de Jean Beck, résident de Brandebourg à Paris, avait gagné Ursel (Fr. 7062 f*' 287). Le 9 juillet de la même année, Seignelay écrivait à M. De Ménars, intendant de la généralité de Paris : « J'ai rendu compte au roi de ce que vous m'avez écrit au sujet des sieurs de La Charmoie et de Fleix et de la demoiselle du Moulin. Sa Majesté veut que vous les fassiez mettre en prison... A l'égard de la Cène qu'on prétend qu'ils l'ont faite, il est important de suivre cela et de tâcher d'en avoir des preuves pour faire le procès aux coupables » (O^ 3o).
Le 12 janvier 1687, Seignelay ordonnait au geôlier des prisons de Coulommiers de remettre au porteur la demoiselle du Moulin pour être conduite aux Nouvelles-Catholiques. Elle n'avait pas
Ii6 Révocation de l'Édtt de Nantes à Parts.
encore communié le i'^'" février, et sortit des Nouvelles-Catholiques en vertu d'un ordre du i3 avril (O^ 3i).
Elle n'avait sans doute rien de commun avec Marie du Moulin, fille du célèbre controversiste et pasteur de Paris, laquelle était en relation épistolaire avec Conrart et M"= de Scudéri {Bullet., X, 388), et qui, selon M™ du Noyer, devint directrice du pensionnat fondé par la princesse d'Orange en faveur des demoiselles réfugiées sans fortune {Fr.prot.,W, 430 «). Nous pensons, au contraire qu'elle s'appelait, en réalilté, Claire Raquet de Mollien (Bidlet., II, 412), et appartenait à la famille briarde dont Bossuet demandait, plus tard, l'incarcération de deux demoiselles (voir ci-dessus, II, 610).
Le sieur de La Charmoye fut transféré en septembre 1686 des prisons de Provins au château de Guise, et relâché par ordre du 17 avril 1687 (O' 3o et 3i).
Du MousTiER (Jean), pasteur de Bellesme en Anjou, banni de France à la Révocation, obtint, le 7 octobre i685, la permission d'emmener avec lui sa femme, l'enfant qu'elle allaitait, et deux autres qu'elle avait eus d'un premier mariage. Comme il traversait Charleville, il fut arrêté avec ses collègues, Cottin, de Houdan, Augier, de Châlons, et Superville, de Loudun. On les relâcha bientôt, mais en prétendant garder leurs familles. M"" du Moustier put cependant suivre son mari avec son dernier enfant ; mais les deux autres, dont l'un n'avait que deux ans, furent retenus et envoyés à Paris. On les mit au For-l'Évêque en compagnie de la dame Vignault, le 4 février 1686 {France protest., IV, 485 et Fr. 7o5i f°3o5).
Duparc-Hamel, gentilhomme normand, arrêté à Paris vers la fin de juillet 1700, et transféré, le 8 août, de chez l'exempt Savery à la Bastille, en sortit le 4 octobre. En 1708, nous retrouvons à la Bastille un Duparc qui venait d'abjurer entre les mains de l'abbé Gilbert, l'un des grands vicaires de Paris {Arch. Bast., X, 256, 262, 266).
Du Passage (Philippe-Benjamin de Mazières, écuyer, sieur), domicilié à l'hôtel De Thou, rue Saint-André, était suspect depuis le commencement de l'année 1689, pour s'être trouvé inscrit sur les tablettes du pasteur du Désert Paul Cardel. On l'arrêta, le II février 1692, dans une assemblée pré.sidée par le ministre Malzac, dans la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois. L'interrogatoire le désigne comme « le gentilhomme écarlate » qui avait mandé
Emprisonnés a Paris. iiy
et fait venir le pasteur. Il fut transféré du For-FÉvêque à la Bastille, le 26 février, et obtint le 2 septembre la permission de se promener dans la cour du château. On l'envoya le 20 janvier 1693 au couvent de l'Oratoire (O' Sy). Il était sans doute parent d'André de Mazières, sieur de Voudron en Aunis, décédé à Paris en 1662 {Reg. de Char.).
DuPiN, libraire, voir II, 140.
DupiN, marchand de dentelles, voir II, 196. — Une autre demoiselle de ce nom fut enfermée à Saint-Chaumont, où l'on décidait, le 27 avril 1705, de la laisser encore quelque temps avant de lui faire apprendre le métier de lingère (O 252).
Du P1NE.A.U (Geneviève), arrêtée à Paris, en vertu d'un ordre du 12 février 1686, et conduite chez les Pénitentes d'Angers (O* 3o).
Du Plessis (^1°"=). Tandis que le ministre Abraham Boulay, sieur du Plessis, natif d'Alençon, sortait de France à la Révocation et allait fonder (1686) l'Église française de Kœnigsberg, sa femme, retenue à Paris, était mise au Grand- Châtelet avec ses trois jeunes enfants, le 3 janvier 1686, et en sortait le 6 {France prof., 2," édit., II, 585 et Fr. 7o5i f" 295). Elle est sans doute la même personne qu'une dame Du Plessis qui, dans le même temps, fut mise au couvent de la rue Bellechasse (Fr. 7o53 f" 178).
Il y avait à Paris d'autres Duplessis assez nombreux, notamment François, qui étudiait à Leide en i685 et fut naturalisé anglais en 1696 ; Marie, lingère, arrêtée dans sa fuite avec Pitel, Madelaine et Jeanne Guesdin, et Pierre Dubois (M 665); Duplessis, emprisonné au château de Caen avec Dicq en 1696 ; et peut-être aussi Philippe, dont la femme était assistée à Londres avec deux enfants en 1703.
DuPRÉ (Elisabeth), voir Drouin.
DuPRET, sa femme, ses filles et ses domestiques, de la R. P. R., mis à la Bastille en 1686, pour avoir voulu sortir du royaume {Mon. de Linguct et de Dusaulx, p. 462).
DupuY, transféré de Vincennes à la Bastille le 11 août 1690, fut relâché le 4 octobre avec ordre de sortir de Paris (O' 34). C'est sans doute lui qui fut naturalisé anglais en 1700, sous le nom de Philippe. Judith, femme de Thomas Bazin, quincaillier, abjure en décembre i685 (Fr. 7o5i f° 358).
Dupuis (Anne), de Paris, âgée de soixante-trois ans, assistée en Angleterre en 1705. Dupuis ingénieur, fugitif en 1686, avait
ii8 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.
laissé à Saint-Quentin entre les mains d'un autre ingénieur deux ciievaux de carrosse et de l'argenterie, qu'on ordonna de saisir (O' 3o). Veuve de Pierre, âgée de soixante-onze ans, assistée en Angleterre en lyoS.
Du QuERCY (Veuve), voir Nezero.
Durand. Anne Potineau, veuve d'Isaac Durand, mise au Châtelet pour la R. le 28 janvier 1686 (Fr. 7o5i f 3o3). Marianne Durand, fugitive, arrêtée à Louvre en Parisis, 1686.
Durand (Pierre), bordelais, banquier à Paris rue du Grenier- Saint-Lazare, et gendre du banquier Etienne Margas, figure avec Lafargue et Henri Lasseur, autres bordelais, gendres du même Margas, dans la seconde catégorie des négociants mandés chez Seignelay, le 14 décembre i685. La police s'était imaginé qu'il suivrait, ainsi que ses deux beaux-frères, l'exemple de son beaupère; comme il n'obtempéra point à l'invitation qu'il avait reçue, il fut arrêté le 19 et mis au Grand-Châtelet, dont il sortit le 17 janvier 1686. Sa fille écrouée dans la même prison le 28janvier, en sortit le 3 février (Fr. 7o5i f° 295; 7062 f 228 et O' 29).
Madelaine Durand, fille, du quartier de l'Ile, reçut un don de 3o livres après avoir fait abjuration (Fr. 7o5o f" i38). Voir Morand.
Durand (Tifaine), voir Nezero.
Du Ry (La famille des), architectes du roi, alliée aux Ponchart, aux Mounier, aux Hatton (aliàs Hauton), aux Wolf, aux De Lamberville, aux De Burges, à la famille du paysagiste Rousseau et à celles des architectes Petit et De La Fonds, jouit d'une grande notoriété au XVIP siècle.
Marié en premières noces (i63i) à Corneille des Martins, sans doute parente des peintres de ce nom, Mathurin Du Ry, fils de Charles, et de Camille Métivier, épousait, en i635, Marguerite Aubert *, fille de feu Samuel, lapidaire, ancien de Charenton, et de feu Marie Girom. Il mourut en 1674, âgé de soixante-douze ans, et fut inhumé dans le cimetière des Saints-Pères, en présence des cinq
> Marie Aubert, mariée à Charenton, degré de parenté qui unissait cette vail-
en i665, à Gaspard Hatton, fils de Pierre, lante protestante, que le grand roi n'avait
docteur en médecine, et d'Elisabeth Du pu réduire, à la femme de Mathurin Du
Ky, fut conduite de la Bastille à Mons et Ry. — Nous ne connaissons pas davan-
expulsL-e du royaume, par ordre du tage Anne Aubert, de Paris, veuve âgée
2 mars 1688. Klle était veuve alors (.Ref;. de soixante-quatre ans, naturalisée an-
du Secr., O' 32). Nous ignorons le glaise en 1682.
Emprisonnés à Paris. 119
fils qui lui survécurent, Paul, Jacques, Samuel, Alexandre et Théodore. Il avait eu de sa seconde femme seize enfants : Camille (1637), mort à l'âge de six mois, Camille (i638), Marie (1640), Marguerite (1642), Charles (1643), décédé avant son père, Paul (1644), Jacques (1646), Florence (1647), Théodore (1648), inhumé en i652 ainsi que Susanne, Samuel (i652), Susanne (i653), Madelaine (i655), Alexandre (1657), Elisabeth (lôSg) et Théodore (1661). Le 16 janvier 1686, le commissaire Fleuri annonçait au procureur-général qu'il venait de conduire dans trois monastères W°^ Combel, M""" de Cheuse et M™'= du Ry. Elles ont obéi sans murmurer, disait-il, mais en promettant bien de ne pas changer de religion (Fr. 17421 f° 20). Le 29, il écrivait à La Reynie : «Sa Majesté a été informée que la veuve Du Ry, de la rue Neuve Saint- Eustache, qui a été mise dans un couvent, a laissé des enfants dans sa maison qui sont fort opiniâtres, et Sa Majesté désire que vous fassiez mettre les filles où vous jugerez à propos» (O* 3o). Aucune des six filles de Marguerite Aubert n'était-elle mariée? — Quoi qu'il en soit, l'ordre d'emprisonnement ne tarda pas à être partiellement exécuté. Dès le 2 février, une demoiselle du Ry fut mise aux Nouvelles-Catholiques (0'3o), et, le 19, le couvent des Ursulines recevait l'ordre d'en mettre une en liberté, soit celle des Nouvelles- Catholiques transférée aux Ursulines, soit plus probablement M™ du Ry elle-même ou une autre de ses deux filles aînées emprisonnée quelques jours après la première. Les renseignements relatifs aux quatre autres sont plus précis ; elles furent enlevées et placées dans des couvents séparés par ordre du 26 mars, et l'une d'elles fut, par ordre du 11 avril, transférée de la Visitation Sainte- Marie de Saint-Denis dans un autre couvent. Florence abjura le 17 avril chez les Ursulines de Saint-Denis (Fr. 7o55 f° 488, et 7o53 f° 218) et en sortit par ordre du 6 mai (O^ 3o). Dans sa lettre du i" mai Desgrez disait en parlant de Susanne: «J'ai appris que celle qui est à Sainte-Avoye est fort entière et ne se fléchit point ; je hirai {sic) pour être plus certain ». Elle abjura le 22 août et sortit du couvent par ordre du 24 (Fr. 7o5i f" 446 et O* 3o). Madelaine, âgée de trente ans, abjura le 25 avril dans le couvent des Feuillantines de la rue Saint-Jacques (Fr. 7o55 f° 441) et en sortit par ordre du 29 (O' 3o). Dans sa lettre du i^"" mai, Desgrez disait au sujet d'EUsabeth : «Quand j'irai à Vincennes, je verrai aux chanoinesses de Saint-Augustin à Picpus la cadette qui est aussi fort résolue à ne pas changer». Elle finit cependant par abjurer aussi et fut remise en liberté par ordre du 19 juin.
I20 Revocation de l'Edit de Nantes h Paris.
La première bataille était perdue ; M'"= du Ry avait dû plier aussi bien que ses filles; mais aucune d'elles ne resta dans le pays où la violence imposait aux consciences un joug insupportable. En 1688, Marie et Susanne, probablement réfugiées près d'un de leurs frères, étaient naturalisées en Angleterre (Agnew, III, 49 b). Nous ignorons si elles rejoignirent plus tard leurs sœurs et leur mère, établies en Hollande, à Montfort, où M"'^ du Ry mourut au mois de janvier 1697, âgée de soixante-seize ans.
Probablement plusieurs des cinq frères n'avaient pas attendu la Révocation pour quitter la France; tous passèrent à l'étranger, s'y marièrent et y fondèrent des familles : l'un en Angleterre ; un second, officier dans le régiment de La Melonnière, en Irlande, et les trois autres en Hollande. Paul, ingénieur militaire de mérite, fut chargé de réparer les fortifications de Maëstricht, et appelé, en 1687, à Cassel, par l'électeur de Hesse, qui le nomma architecte de la ville, conservateur des bâtiments et professeur de l'académie. Il épousa, en 1681, une fille de Philémon Cadet de Moriambert. Son fils Charles marcha dignement sur ses traces ; mais tous deux furent éclipsés par le fils de celui-ci, Simon-Louis, le plus grand architecte de l'Allemagne au XVIIP siècle (voir La France prot.).
Le 24 mars 1686, Desgrez arrêtait et conduisait aux Nouvelles- Catholiques deux demoiselles du Ry, qui ne laissaient voir encore «aucune apparence de changement» au mois de décembre, ni le I'"' février 1687, et ne voulaient payer que 200 livres chacune. Elles furent transférées par ordre du 4 août 1687, la cadette, au château de Nantes, véritable enfer où elle contracta une surdité qui dura plusieurs années, — l'aînée, à la citadelle de Montreuil, dont elle sortit par ordre du 5 octobre, après avoir abjuré sous l'influence de la duchesse d'Elbeuf, que Seignelay félicita au nom du roi d'avoir opéré cette conversion. Haag les a crues filles de Mathurin ; c'était une erreur. Ces victimes du fanatisme impitoyable étaient deux sœurs nommées Marie et Judith, or aucune des filles de Mathurin ne s'appelait Judith. Elles étaient donc filles de quelqu'un de ses parents, soit de son frère Charles, architecte, soit de Jean, aussi architecte, soit de Jacques, chirurgien, etc. Les extraits des registres de Charenton ne permettent pas d'élucider à fond la question. — Les papiers de La Reynie mentionnent trois sœurs Dury, deux ouvrières à la journée, et la troisième, maîtresse, qui demeuraient en janvier 1688 chez les dames Hugas, marchandes de dentelles, rue Thibaut-aux-Dez, et dans la même maison deux sœurs Bouras. A la date du 28 octobre 1687, les registres du Secrétariat mentionnent
Emprisonnés à Paris. 121
l'ordre du saisir chez la veuve Du Ry, du quartier Montmartre, les biens appartenant à sa fille qui peuvent être entre ses mains (O' 3i).
Du Saussoy. Seignelay écrivait à La Reynie le 7 mars 1688 :
Lorsque l'officier qui est chargé de conduire plusieurs religionnaires hors du roj'aume, a été aux prisons de Saint-Éloi pour prendre la nommée Du Saussoy, que vous m'aviez mandé avoir l'esprit faible, il l'a trouvée, à ce qu'il dit, entièrement foUe; sur quoi le roi a donné ordre qu'elle soit reçue aux Petites-Maisons, supposé qu'elle ait l'esprit assez aliéné pour cela, ou bien à l'Hôpital-Général (O ' 32).
Y avait-il quelque rapport entre cette malheureuse et le nommé Dussauzay, marchand de bois, mort relaps en 1708, de la femme duquel Pontchartrain ordonnait de surveiller la conduite ?
DusQUERQUE (M"^), apparemment des environs de Mantes, fut mise aux Nouvelles-Catholiques par ordre du 28 novembre i685 (O* 29), en même temps que ses deux frères étaient conduits aux Nouveaux-Catholiques, d'où ils s'évadèrent deux fois (voir Nouveaux-Catholiques).
Du Tens et Lombard. Le commissaire Delamare écrivait le 20 mars i685 :
Deux ministres d'Angers viennent d'être mis à la Conciergerie et condamnés à l'amende honorable et au bannissement, pour avoir reçu des relaps dans le temple.
De son côté, Claude écrivait à son fils, le 25 mai :
MM. les ministres de La Rochelle sont sortis [de la Bastille], mais ils ne sont pas encore entièrement hors d'affaire. Ceux d'Angers sont ici dans la Conciergerie et on y attend ceux de Tours.
Les ministres d'Angers, Du Tens et Lombard (consacré en 1673 au synode de Bellesme), avaient été conduits à Paris enchaînés comme des brigands. «Du Tens... de qui presque personne n'avait espéré tant de constance, parut être tout différent de lui-même au milieu de ces tourments : heureux si, après des marques si éclatantes de son courage, il n'avait pas en mourant renoncé au fruit de sa fermeté, par une ouverte profession de l'irréligion socinienne» (Benoit, V, 757). Du Tens et Lombard refusèrent avec Le Cène, De Lortie, Souverain, Colomiès, Majou, etc., de condamner le pajonisme, et de signer la confession de foi que les synodes hollandais imposaient à quiconque voulait entrer dans leur Église. Ils entrèrent
122 Révocation de tEdit de Nantes à Pans.
sans doute tous deux dans l'Eglise anglicane, la seule qui fût assez large, pour les recevoir, mais seulement après réordination.
Les ministres de Tours qui les remplacèrent à la Conciergerie, étaient Du Vidal et Sequeville, poursuivis sous le même prétexte. Le temple de Tours resta condamné comme celui d'Angers. Du Vidal en fut quitte pour une amende de quatre livres et son collègue fut acquitté ; celui-ci se retira en Angleterre et Du Vidal en Hollande.
Du Thry, guide hollandais, arrêté conduisant à l'étranger deux filles du sieur de La Sablière de Rambouillet, fut mis au Forl'Évêque, le i8 août 1686 (Fr. 7082 f° 288).
Du Toit. Envoyé de Hollande, par l'un des fils de Du Quesne, qui sollicitait sa mère de le rejoindre, ce guide, sur lequel on saisit des lettres adressées à la veuve de l'amiral, fut arrêté à Paris, par ordre du 3o avril 1692 (O' 36).
Du Trige, banquier, mis au For-l'Évêque le 24 avril 1686, n'en était pas encore sorti au mois de décembre suivant (Fr. yoSa f" 236).
DuvAL (Jacob Regnault, dit), voir Dufour. On lit dans les Registres du Secrétariat, à la date du i3 avril i685 : ordre de transférer la nommée Duval de la maison du Refuge au couvent de.... (sic) (O' 29).
Du Ventre (Jacob). Seignelay écrivait le 26 novembre 1689 à Chamillart, intendant de Normandie :
On a arrêté à Paris un homme appelé Jacob Du Ventre, natif de Dieppe, et par ses papiers on a reconnu qu'il a grande correspondance avec les protestants français qui sont ès-pays étrangers, et s'emploie à faciliter la sortie de leurs effets. Je vous prie de vous faire rendre compte de la conduite de cet homme. Il a sa belle-sœur à Dieppe, nommée Anne Cappe, que l'on dit être mauvaise catholique (O ' 33).
Du Ventre fut transféré au château de Ham, par ordre du 14 mai 1690. Les placets qu'il rédigeait pour obtenir la liberté, ne lui valurent (21 mai 1691) qu'une permission de se promener dans le château pour sa santé. Le 9 mai 1692, on rendit à sa nièce plusieurs papiers concernant ses affaires particulières. Il ne fut relâché par ordre du 17 mai 1699 que pour être banni et conduit de Ham à la frontière (O' 48).
Du Vidal, voir Du Tens.
Du Vidal (IVI"'=). Jacques Du Vidal, conseiller du roi, contrôleurgénéral des gabelles en Languedoc, et ancien de Charenton lorsqu'il
Emprisonnés à Paris. i23
mourut en 1644, avait épousé, en 1627, Jeanne, fille de Jacques des Champs, ancien de Charenton, et d'Anne Stample, dont il eut treize enfants: Jeanne (1628), qui épousa en 1645 Jean Belettes: Anne (1629,) qui épousa en i655 Philippe Allix, banquier de Paris, dont le père était marchand à Rouen; Jacques (i63o), marié en 1676 à Marie Rondeau, fille de Jean Rondeau et de Marie Crommelin; Gaspard (i63i), François (1682^ ministre à Tours; Nicolas (i633), Marc (i635), Jean (1637), Elisabeth (i638), Samuel (1639), qui épousa en 1677 Esther de Baubos ; Marguerite (1640), qui épousa en i665 Jean de La Tranchée, baron de Broyé; Antoine (1642), Madelaine (1643), morte en 1644 (Reg. de Char.).
C'est sans doute Elisabeth que concernait ce mot de Seignelay à La Reynie, du 12 janvier 1686: «Sa Majesté approuve que vous mettiez la demoiselle Vidal aux Nouvelles-Catholiques.» Elle y fut conduite par ordre du 14, et l'on eut bientôt hâte de s'en débarrasser, témoin le nouveau billet de Seignelay du 6 avril: «La mèreGarnier m'ayant écrit que M""= Le Coq et M"^ du Vidal ne donnent aucune espérance de leur conversion, qu'au contraire elles retardent par leur mauvais exemple la conversion des autres femmes qui sont dans la maison. Sa Majesté a résolu de les en tirer et de les faire mettre dans des couvents, et je vous envoie les ordres à cet effet». — En présence d'une nouvelle lettre de cachet attestant la résolution arrêtée de ne lui laisser aucun repos, qu'elle n'eût abjuré, M"*^ du Vidal sentit son courage faiblir et se résigna presque subitement à pronocer des lèvres la formule que sa conscience détestait. La cour ne sut pas comprendre que des conversions forcées manquaient nécessairement de sincérité, et s'en réjouit comme si elles avaient été libres et volontaires. «Le roi, écrivait Seignelay le 11 avril, a été bien aise d'apprendre la conversion de IVF'^ du Vidal» (O' 3o).
Du Vicier, voir Du Candal.
Du Vigneau, voir II, 3o8.
EuRON (M""). Le 22 août 1686, Seignelay ordonnait à La Reynie de mettre les demoiselles Jacquinot et Euron aux Nouvelles-Catholiques (O' 3o). M"'^ Euron y alla-t-elle? Car il n'y avait plus de place en ce moment (Voir Jacquinot).
Fabre, mis à la Bastille par ordre du 12 janvier 1686 (O* 3o). Fabrice de Gressenich (M""=). Marthe de Menoar, fille de feu
124 Révocation de i'Edtf de Nantes à Paris.
Jacques, intendant des jardins du roi, et de Marie Le Coq, avait épousé à Charenton, i653, Frédéric-Otto Fabrice de Gressenich ', sieur de Sacy-le-Grand et de Fontaine-le-Comte, maître d'hôtel du roi, dont elle eut au moins huit enfants : Marthe et Marie-Elisabeth (1654 ?), mariées, la première, à Jacques-Martel Goulard, sieur de Vervant, en 1680, la seconde, à Jean de Strada, sieur de Sarlièves, en 1671 ; Frédéric-Otto (i655), mort jeune; Françoise (i656), Jacques (1657), Godefroy (i658), Théodore (1660) et Frédéric-Otto (i665), né peu après la mort de son père.
Pour avoir fait marier sa fille Marthe dans son château, où elle exerçait cependant les droits de haute, moyenne et basse justice, la dame de Sacy-le-Grand (arrond. de Clermont, cant. de Liancourt) se vit intenter un procès encore pendant en 1681. Bien qu'elle résidât dans sa terre, on n'y célébrait point le culte '^, sans doute pour ne pas surexciter l'animosité de la magistrature et du clergé. En vertu d'un ordre du 20 janvier 1686, demandé par M. Robert, procureur du roi, une dame Fabrice fut enfermée aux Nouvelles-Catholiques de Paris, et non aux Nouvelles-Catholiques de Beauvais, comme dit à tort la seconde édition de La France protestante, VI, 358. Cette dame ne pouvait être que Marthe de Menour ou la femme d'un de ses fils. Or les extraits des registres de Charenton ne mentionnent le mariage d'aucun de ses fils. En outre, comme la prisonnière était parente de M""= Le Coq, désignation qui s'applique plus naturellement à Marthe qu'à une de ses brus, si elle en avait, nous n'hésitons pas à penser que c'est bien Marthe qui fut mise aux Nouvelles- Catholiques, et que le commissaire Gazon a commis une erreur dans son rapport du 3 mars 1687, où il dit que M™"^ Gendrault (Anne de Menour) était tante de M™^ Fabrice (Fr. 7o5i f°32i); c'est : sœur, qu'il aurait dû écrire *. Afin de mettre un terme aux conversations de M"^ Fabrice et de sa nièce M'^" Le Coq, Marie de Béringhen, femme de François, conseiller au Parlement, on transféra la première des Nouvelles-Catholiques aux UrsuHnes du Cherche-
1 Sa mî;re, Anne Hœufft, était la fille date), il faut lire: ii janvier 1680, Tordu grand dessicateur de marais. Frédéric- donnance relative à ces sortes de bancs Otto était neveu de Van Gangelt. étant de 1679.
'^ Essai histor. sur les Égl. de r Aisne, " M. le comte de Dienne, dans l'incom-
p. (il. — La copie de la lettre (Bihl. de plète généalogie des Fabrice placée à la
I-eide) dans laquelle Claude conseille à fin de son intéressante Histoire du des-
son fils de faire ôter du temple de Cler- sèchement des marais de France, omet
mont le banc honorifique de M'"" Fabrice, Anne de Menour, femme du baron de
sans attendre l'ordre du magistrat, est Gendrault, auquel il fait, à tort, épouser
mal datée. Au lieu du 11 janvier lûS^ Elisabeth de Menour. Les registres de
(Clauile fils n'était plus en France, à cette Charenton sont formels sur ce point.
Emprisomiés h Paris. laS
Midi, le 27 janvier*. Fâchée de perdre une pensionnaire qui payait largement, la mère Garnier s'empressa de redemander M"'= Fabrice, assurant que son retour produirait « un bon effet pour sa conversion », et qu'on trouverait aisément le moyen d'empêcher l'opiniâtre de voir M""= Le Coq. M"" Fabrice retourna donc aux Nouvelles- Catholiques, par ordre du 3 février 1686 (O' 3o). Nous ignorons combien de temps elle y demeura; mais il semble qu'elle était en liberté dans l'automne de 1688. En effet, une lettre de cachet du 3o septembre adressée à La Re3mie, contient l'ordre de mettre aux Nouvelles-Catholiques une vieille fille nommée Chrestien «qui est près de M""= Fabrice et n'a pas encore fait sa réunion » (O* 32).
Théodore de Fabrice figure de 1692 à 1697 dans les rôles de l'armée de Hollande, et son père, Godefroi, sieur de Sacy fut officier dans le régiment des gardes du prince d'Orange (Ch. Weiss, I, 296). Un troisième frère était réfugié à Genève, ses biens furent saisis en vertu d'un ordre du 2 janvier 1686 adressé à l'intendant Bossuet (Arch. Guerre).
Falaiseau (M™^), voir Anciens, II, 5i.
Fallou (Thomas), tailleur d'habits, mis au Grand-Châtelet le i3 février 1687, à la requête de la commission des maîtres tailleurs (Fr. 7o5i f° 236).
Fargot. Le 20 juin 1686, Seignelay donnait l'ordre d'aller arrêter à Saint-Pierre-le-Moustier le sieur de Fargot et sa femme, de conduire le mari à la Bastille, et la femme, à l'abbaye de Port- Royal de Paris. Le 5 juillet il ordonnait à l'abbesse de la recevoir (O' 3o). A peine M. de Fargot avait-il abjuré à la Bastille (il en sortit le 9 août), qu'il fut saisi d'un remords dont la pieuse manifestation ne cessa qu'avec son dernier soupir (voir ce qu'en dit Th. de Béringhen, ci-dessus II, 388). — Peut-être est-ce le même personnage, que, dès le 11 décembre i685, Seignelay avait ordonné à l'intendant Arnoul d'arrêter, en même temps que Des Loires, De Chaboissières et De Périgny, après avoir fait une dernière tentative pour les amener à l'abjuration (P. Clément, Relation d'un voyage en Italie, p. 820).
Farie de Garlin, voir II, S-jS.
Fauquet, guide arrêté, 1688, avec Lebel du Poitou (Fr. 7044).
• Seignelay écrivait le même jour à la toutes sortes de gens, ordonne qu'elle ne supérieure des N"<ïs-Catholiques : Le roi soit vue de personne (O ' 3o). étant informé que la dame Le Coq reçoit
Faure (M"'=), <•< non payante », mise aux Nouvelles-Catholiques en 1686, y abjura évidemment, puisqu'elle est l'une des trois externes que l'établissement nourrissait «par charité» (Fr. 7061 f" 24).
Jean Faure ou Favre, mis au Petit-Chàtelet le 18 mars 1686 (Fr. 7o5i P 2g3).
Le 14 avril 1701, le roi donnait cent livres à Catherine Faure, femme de Nicolas Picard.
Fauri. Louis de Marolles écrivait à sa femme le 14 mai 1686 : «Je t'avertis que mon jugement a été confirmé ce matin par arrêt de la cour, et que je suis présentement à la Tournelle auprès de M. Fauri, ce qui ne m'est pas une petite consolation ». La liste des galériens insérée dans La France protestante (2"= édit., VI) ne contient pas ce nom peut-être estropié, qui est bien certainement celui d'un autre galérien de la Tournelle. Ce ne peut être Pierre Mauru, qui ne vint pas à Paris, ni Fauret : les dates ne concordent pas.
Féux. Le commissaire Delamare écrivait, le 5 mai 1686, que Félix, soldat suisse, dénoncé par Bacq comme faisant le métier de guide, était retourné en garnison à Dunkerque (Fr. 7o52 f° 147). Le même commissaire écrivait encore, le 3i août, que Félix, revenant de Hollande pour la seconde fois, venait d'arriver à l'auberge du Renard, rue Montorgueil, et négociait le passage de quelques personnes (f" 276). Ce guide ne tarda pas à être arrêté à Lille et fut conduit à Tournay (f° 8). Il dit dans son interrogatoire qu'un de ses amis^ français marié en Hollande, faisait passer beaucoup de gens à l'aide d'un passeport qu'il s'était fait donner pour lui et pour la femme de l'ambassadeur dont il était censé l'homme d'affaires. Un rapport de La Reynie, daté du mois de décembre 1686, porte que Félix avait pris son passeport sous le nom de Gaspard Luschot, et que, étant occupé ailleurs, il avait refusé d'emmener M""= Amyraut qui lui offrait mille livres pour la passer avec ses enfants (f° 242).
Fenou (La demoiselle), «mauvaise catholique», arrêtée par ordre du 10 décembre 1692 et envoyée, le 10 janvier 1693, au château de Pont-de-l' Arche, était sans doute fille d'Oudin Fenou, procureur au Parlement, peut-être Marie, qui avait épousé en 1657 Daniel Carton, sieur de La Boulaye, receveur du grenier (,Reg. de Char.).
Un nommé Fenou, «bon protestant» et probablement père de la prisonnière, mis à la Bastille le 2 septembre 1703, en fut tiré
Emprisonnés à Paris. 127
pour trois mois le 26, afin de se faire « instruire » par le sieur Pollet, vicaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et à condition de retourner en prison s'il ne profitait pas de cette instruction (Ravaisson, XI, 90).
Fenouillet et sa femme, du quartier Saint-Germain-I'Auxerrois, au Châtelet en décembre i685 (Fr. 7o5i f» 328).
Ferdinand. L'Église de Charenton compta parmi ses membres trois générations de peintres célèbres du nom de Ferdinand, dont La France protestante énumère les œuvres.
Ferdinand Elle, originaire de Malines et peintre de la chambre du roi, mourut en 1687; il avait épousé Marie Ferdinand 1, morte en 1649 âgée de soixante-quatre ans, dont il eut : Salomon (1609), Louis (1612), Susanne (1616), mariée en 1641 à Paul Pineau, sieur de Champfort; Pierre (1617), X... (1618), et peut-être aussi Marie, qui épousa en i63o Pierre Barbot, sieur du Jard;Xatherine, mariée à Michel Cassiopin (fils de Jean, peintre du roi), et Louise, femme de Jacques Barbot, banquier natif de La Rochelle, dont le fils épousa en 1682 Constance-Émihe Beck, fille de Jean, résident de Brandebourg à Paris.
Louis Elle, peintre du roi, épousa en 1687 Elisabeth, fille de l'orfèvre Raymond d'Allemagne, qui lui donna : Louis (1689), mort âgé de quatre mois; Jean (1642), Paul (1646), mort âgé de trois semaines; Louis (1649), mort en i658; Henri (i652), Louis, Pierre (1662), mort-né; Judith (1664), Marie, qui épousa en i685 Simon Le Juge, peintre en miniature âgé de trente ans, fils de feu Simon, aussi peintre en miniature '^, et eut pour témoin Samuel Bernard, professeur à l'académie de peinture.
Pierre Elle, peintre du roi, mort en i655, épousa Anne Cattier dont il eut: Marie (1644), Anne (1647), Paul (1648), Louise (i65i), mariée en 1669 à Jean Rou, avocat (témoins : Louis EUe-Ferdinand et Jean Beck). Sa seconde femme, Philiberte de Lespine, lui donna encore Louise, mariée en 1679 à Jean Laurent, peintre, fils de Nicolas Laurent.
Louis, fils de Louis, aussi peintre, eut de sa femme Jacqueline David: H... inhumé en 1681; Louis et Susanne (1682), morts en i683 et 1684; Samuel (i685).
' De là le nom de Ferdinand sous lequel nom, Georges Le Juge, marié à Marie
ses descendants et lui sont connus. Son Gobille. Leur fille Catherine e'pousa en
fils Louis signait dans les registres de i66g Samuel Loyseau, orfèvre, et abjura
Charenton: Louis Elle-Ferdinand. le 8 janvier 1686 (Fr. 7o55, f" SgS).
^ Il existait un autre peintre du même
128 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
Louis, fils de Marie-Ferdinand, eut le premier à souffrir pour sa foi. En 1681 il fut exclu, avec ses collègues Testelin, Sébastien Bourdon, Du Garnier et Samuel Bernard, de l'académie de peinture où il professait et dont il était l'un des fondateurs. Agé de soixante-quinze ans lors de la Révocation, le vieillard dut céder à la force : il abjura le 3o décembre (Fr. 7o55 f" 362). Marie, sa sœur, veuve de Pierre Barbot, avait signé la formule d'abjuration le 17 novembre (Fr. 7981 f° 35o), et Jacqueline David, sa bru, abjura peu après {Ibid., f 44), tandis que Louis Elle junior, mari de celle-ci, se montrait inébranlable. Le fils, le père et le gendre Le Juge, habitaient ensemble, dans la rue Mazarine, presque à l'angle de la rue Dauphine, une maison remplie de protestants, dont Beck, logé au premier étage, avait fait une officine d'émigration.
Le 16 janvier 1686, le commissaire Gazon écrivait à La Reynie:
Le sieur Le Juge, gendre de M. Ferdinand, vient de me venir trouver présentement, parce que je lui ai écrit deux ou trois billets pour l'inviter à se rendre chez vous; il m'a dit que ce serait inutilement, ne désirant point changer de religion et se réunir à l'Église. Le sieur Ferdinand fils, qui n'a point été aussi vous trouver suivant les billets que je lui ai envoyés, m'a dit hier au soir qu'il avait des ouvrages pour M. le Dauphin qui l'en avaient empêché, et qu'il ne finirait pas ces ouvrages de plus de dix jours, qu'ensuite il ferait sa réponse Fr. 7081, f" 47).
Durant ce même mois de janvier, dix-huit à vingt personnes se réunissaient presque tous les soirs, de cinq à sept ou huit heures, au cabaret du Riche Laboureur, à l'entrée de la rue des Fossés-M.le-Prince. Parmi elles se trouvaient Ferdinand, son fils Louis et son gendre Simon Le Juge. La réunion continuait encore au mois de mars, mais ne comptait plus qu'une dizaine d'assistants, entre autres Ferdinand père. Le Juge, Blondel, ci-devant procureur, l'horloger Sarrabat et un véritable nouveau converti, Bruneau, «avocat catholique mais impie», dit la note de police. Ils avaient arrêté entre eux de n'aller pas même aux sermons et d'en détourner toutes les personnes de leur connaissance. De Rozemont le père, de la rue des Marais-Saint-Germain, ci-devant ancien de Charenton, qui n'avait abjuré que quand on lui eut donné une garnison, présidait la réunion, «dogmatisant et fortifiant les autres » (Fr. 7o5i f" 41 et 7052 f" 124).
Ferdinand fils avait été arrêté le 2 mars et conduit à la Bastille (O* 3o), où nous perdons sa trace. L'ordre d'incarcérer M™= Le Juge, sa sœur, signé le 27 février et non exécuté, nous ne savons
Emprisonnés à Paris. 129
pourquoi, fut réitéré le 27 mars, et comprit cette fois le mari et la femme. Mais ils changèrent de quartier et se cachèrent si bien que, durant huit mois, la police ne parvint pas à les dépister. Desgrez, ne les découvrit que le 28 novembre et les conduisit sur-le-champ au For-l'Évèque; le 25, il tranféra M""= Le Juge chez les Cordelières du faubourg Saint-Marcel (Fr. 7o53 f°= iio et 168), d'où elle fut envoyée, le 4 août 1687, au château de Nantes, et confiée à De Miane, dont la férocité passait pour dompter les plus inconvertissables. Dès le 17 décembre 1686, M. de La Fontaine, prêtre de Saint- Gervais, chargé de l'instruction de Le Juge, le croyait beaucoup mieux disposé que Tallemant et Veroux, et manifestait l'espoir qu'il serait bientôt catholique (Fr. 7o5r f" 248). Il paraît cependant probable que Le Juge était encore en prison le 25 novembre 1687, lorsque Seignelay écrivait à La Reynie :
Ferdinand, peintre du roi, ayant demandé à se charger de sa fille affligée d'un cancer, laquelle a été conduite au château de Nantes à cause de son opiniâtreté dans la R. P. R., je vous envoie l'ordre du roi pour la lui faire remettre, après qu'il vous aura donné sur cela les sûretés que vous estimerez nécessaire de prendre {O ' 3i).
Où la jeune femme, âgée de vingt et quelques années avait-elle contracté cette incurable maladie? La devait-elle aux brutalités des Cordelières ou à celles de De Miane? Sans doute le malheureux père, qui voulait consacrer ses derniers jours à la pauvre mourante, dut la conduire au sépulcre avant d'y descendre lui-même. — Le Juge fut expulsé du royaume en 1688; deux de ses enfants le rejoignirent, ainsi qu'il résulte de la mention suivante extraite des registres de l'assistance des réfugiés à Londres: «1703, Simon Le Juge, confesseur, et deux enfants». Il figure encore sur la liste de 1705, comme ne pouvant plus travailler. — Thomas Le Juge, de Paris, marchand de vins et joaillier, réfugié à Kœnigsberg, avec sa femme, sept enfants et deux servantes, 1698 (Ms. Dieterici).
Martin Elle, naturalisé anglais en 1696, appartenait sans doute à la même famille.
Fergeau, voir Amian.
Feron (Louis), mis au Petit-Châtelet le 8 février 1687, y mourut bientôt (Fr. 7o5i f" 289). François Feron, de Paris, étudiant à Leide en 1697 (Ms. B. du pr.).
Ferrand (M"''), fille de M. de Bellinzoni, fut promenée de couvent en couvent lors de la Révocation, nous n'avons pas la preuve
i3o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
que ce fût pour la religion ; cependant il y avait à Paris une famille protestante du nom de Ferrand (en 1666, Marie Ferrand épousait à Charenton le docteur en médecine Jean Porrée). Le 11 avril 1686, Seignelay ordonnait à l'abbesse de Port-Royal de retenir M"" Ferrand dans son couvent, et l'autorisait le 2 juillet et le 24 septembre à la laisser sortir. Le 4 octobre, il invitait la recluse à quitter sur-lechamp Port-Royal, en l'assurant que le roi lui faciliterait les moyens de se retirer dans un autre couvent, si elle en prenait, « ainsi qu'il convenait», la résolution (0'3o). On la conduisit, par ordre du 16 janvier 1687, à l'abbaye de l'Eau, près de Chartres, avec une fille pour la servir (O* 3i). En vertu d'un ordre du 21 mars 1688, elle fut conduite par sa mère à l'abbaye de Chelles, d'où on la transféra, le 6 mai, à Notre-Dame-de-Liesse, au faubourg Saint-Germain.
Ferry (M"'=). Le 7 décembre i685, le commissaire Delamare conduisait aux Nouvelles-Catholiques Susanne Ferry, parisienne âgée de douze ans, fille d'un luthier et orpheline de père et de mère. Il écrivait à La Reynie le 25 mai suivant : « J'ai eu l'honneur de vous donner un mémoire de deux pauvres petites filles orphelines qui sont aux Nouvelles-Catholiques, Françoise Lanoix et Susanne Ferry, qui ne sont propres qu'à mettre à la Pitié. La mère Garnier voudrait bien en être déchargée, parce qu'elles occupent les places qui pourraient servir plus utilement à d'autres. Si M. Desgrez était occupé à d'autres affaires, il me suffirait, Monsieur, de savoir en quelle prison vous voulez que j'envoie ces femmes ou filles de la R. P. R.». Le 3o juin, Susanne Ferry était notée pour être conduite à la Pitié, afin d'y apprendre un métier (Fr. 7052 P^ 149 et i56).
Festu. Le 3o juin 1687, Jean Festu, condamné aux galères pour la religion et détenu à la tour Saint-Bernard, où il attendait le passage de la chaîne, fut gracié par le roi (Fr. 17421 f° 202). Le 18 juillet, ce fut le tour de Paul Druet, fugitif arrêté à Péronne, qui paraissait sincèrement converti (f' 206). Le 3i, Michel Martin, Claude Baudemont et Claude Barrois, aussi condamnés aux galères pour la religion, virent commuer leur peine (f" 211); le 28 octobre, Nicolas Vincent, François Vacheriat, François Mésange, Jacques Chrestien, Christophe Laumont et Nicolas Lemaire, invalides, reçurent la même faveur (f" 2i5). Seignelay écrivait à Harlay le 3i mars 1688: Dans le nombre de ceux qui n'ont pu suivre la chaîne parce qu'ils étaient malades, se trouve Druet, qui n'est pas encore converti, et dont on a demandé au roi la liberté ou l'entrée
Emprisonnés a Paris. i3i
dans un couvent pour y être instruit; on le dit un peu aliéné (Fr. 17422 f° 28).
Fischer (Benoit), de Solter, canton de Berne, arrêté à Bapaume, conduisant plusieurs religionnaires, fut transféré à Paris, par ordre du 4 avril 1686, «pour y être interrogé sur son mauvais commerce» (O ' 3o). Dès qu'on l'eut relâché, il recommença, et se fit condamner aux galères en 1689 par le tribunal d'Alsace. On le trouve à Marseille en 1690, et sur Y Ambitieuse ou l'Émeraude à Bordeaux vers 1696.
Flamand. Marie Chevalier, femme de Guillaume Flamand, et ses trois filles, arrêtées dans leur fuite avec douze autres femmes de La Rochelle, furent mises à l'Hôpital-Général, et transférées le i3 avril 1700 aux Nouvelles-Catholiques. Le 26 décembre, la mère et la fille aînée paraissaient assez bonnes cathoHques; mais il avait fallu éloigner d'elles les deux autres filles, qui persévéraient avec ardeur dans leur religion (O ' 44).
François Flamand, ouvrier en soie de la rue de Seine, assisté par le consistoire, noté pour être mandé à la police (Fr. 7o5i f" 44), prit la fuite avec sa femme Marie Dersigny, leur fille Susanne, leur fils Jacques et un troisième enfant aussi tout jeune. Ils furent arrêtés à Vervins, dépouillés de leurs hardes, et renvoyés au Grand- Chàtelet de Paris oi\ ils entrèrent le 14 novembre i685. Ils abjurèrent pour sortir de prison et reçurent 40 livres après l'abjuration {Ibid., f°^ 295 et 337).
Flandrine (Susanne), mise au For-I'Évêque le 4 juillet 1686, n'en était pas encore sortie au mois de janvier suivant.
Flers (De). Les biens d'Antoine de Pellevé, comte de Fiers, gentilhomme normand et ancien capitaine du régiment des cuirassiers du roi, ayant été mis en décret pour cause de religion, le comte se livra, paraît-il, à quelques voies de fait contre l'adjudicataire du bail judiciaire de sa terre, et fut pour ce fait envoyé à la Bastille par ordre du 11 décembre 1689, tandis que son fils Louis, qui mourut en 1722, était mis par ordre du même jour au château de Caen {ArcJi. Bast, IX, 174).
Fleury (François), de Touraine, guide qui parlait bon anglais, fut arrêté à Lille (fin janvier 1686) avec Amonnet, et relâché après voir signé un acte d'abjuration. Le 10 août, jour de la Saint- Laurent, il repartait pour la frontière avec quatre femmes, dont l'une était M"'^ Caron (Fr. 7o53 f 181).
i32 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Flinc (De), voir II, 281.
FocART, mis au couvent de la Culture-Sainte-Catherine, y était encore le 28 juillet 1687 (Fr. 7058^ 164).
FoissiN (Les). Seignelay écrivait le 25 août 1681 à M. Robert, procureur du roi:
J'ai rendu compte au roi de ce que vous m'avez écrit au sujet du nomme Foissin [marchand banquier de la rue Saint-Denis, devant Saint-Leu (Fr. 7052, £"247)], Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire que son intention est que vous fassiez vos poursuites contre lui conformément à la déclaration du 17 juin i68i (O 1 25).
Cette déclaration étant celle qui autorisait les enfants de sept ans à embrasser le catholicisme, il s'agissait donc d'obliger Foissin à rappeler en France ses enfants qu'il faisait élever à l'étranger, ou à payer pension à des enfants qu'on lui avait enlevés pour les faire catholiques.
Pierre Foissin, conseiller du roi et fameux banquier originaire de Meaux, auquel le procureur-général lui-même s'était chargé de faire entendre raison sur le chapitre de la religion, est le second sur la liste des négociants de première catégorie mandés chez Seignelay le 14 décembre i685 (Fr. 7o52 f" 216). Il signa, ainsi que son gendre! l^ TrémoUière, receveur des tailles de Mantes, tandis que son fils, noté comme disposé à le suivre, se dispensa d'assister à la réunion. Ce fils est sans doute le Foissin qui fut détenu à la Bastille du 18 juin au i3 juillet 1699, et le Pierre Foissin, qui, vers la fin de la même année, se réfugiait avec sa femme, trois enfants et quatre autres personnes, à Magdebourg, où il fut nommé conseiller de son Altesse Electorale '•^.
Le 10 juin de la même année, M. de La Bourdonnaye recevait l'ordre de faire arrêter «la veuve de feu TrémoUière, absentée de Paris depuis quinze jours» avec toute sa famille (O' 48). Pendant qu'on la cherchait sur la route d'Angleterre, M""^ de La TrémoUière se dirigeait vers la frontière de l'Est, emportant «200,000 livres de bons effets» {Arch. Bast., X, 2i5). Le 28, D'Argenson informait Pontchartrain qu'elle était arrivée en Suisse, accompagnée du nommé Seudre qui devait l'épouser. La malheureuse femme n'avait pu emmener que son fils aîné; ses quatre autres enfants (un garçon de dix ans, une fille de douze, une de quatorze et une encore en
' Mercure hist., août 1699, p. 196. ignorons qui était Élie Foissin, naturalise
" France prot., 2° édit., VI, 5;o. Nous anglais en 1698 (Agnew, III, 58).
Emprisonnés a Paris. i33
nourrice) qu'elle avait confiés au guide Lambrini de Genève, avaient été arrêtés à Seissel près du fort de l'Écluse. Le i5 juillet, Pontchartrain chargeait le résident français de la voir, de l'apitoyer sur le sort de ses enfants ramenés à Paris, et de lui « remontrer le tort qu'elle se ferait d'épouser un homme sans naissance, sans mérite et sans bien», qui d'ailleurs «était le principal auteur de sa retraite»
La fugitive demeurant insensible à la sollicitude ministérielle, celle-ci se manifesta bientôt d'une façon différente, si ce n'est plus sincère. Sous prétexte de l'évasion de l'une de ses filles, Foissin père fut mis à la Bastille, le 3o juin, pour avoir assisté à une assemblée et fait passer en Hollande des fonds appartenant à des fugitifs (voir II, 6o5). Le 9 juillet, on mit sa plus jeune fille aux Nouvelles-Catholiques; le i5, on le relâcha après qu'il eut pris l'engagement que sa femme, ses deux garçons et ses deux filles ne quitteraient pas la France. D'Argenson écrivait le 18: «L'aîné des fils*, qui était en pension chez un maître d'école, s'en est absenté cette nuit, et le père, en ayant été informé ce matin sur les dix heures, m'en est venu sur-le-champ donner avis, accompagné du maître de pension^». D'Argenson menaça le maître de le faire arrêter s'il ne retrouvait son élève. Celui-ci s'était réfugié au Palais-Royal où la police n'osa le reprendre, par respect pour le prince qui l'habitait; mais D'Argenson pénétra près du fugitif, et s'assura qu'au lieu de vouloir embrasser l'état militaire par dégoût de l'étude, il ne songeait qu'à passer à l'étranger pour la Religion, Le père, nullement héroïque, alla trouver son Altesse Ro3'ale à Saint-Cloud, et obtint d'elle que l'enfant fût remis à D'Argenson le 19. Il poussa le zèle jusqu'à vouloir que le fugitif fût conduit à Saint-Lazare, oii l'on faisait bonne garde (O' 43). Le jeune homme y entra le 20 et n'en sortit que le 3 février 1700. On le mit au collège des jésuites le 21 avril (O' 44).
Fatigué de l'exil, et peut-être racolé par les agents du résident français de Genève, La Tremollière fils revint en France et demanda du service dans les troupes, par un placet que Pontchartrain envoyait, le 21 septembre 1701, au nouveau ministre de laguerre, Chamillard. «Il n'est pas indifférent de le bien traiter», écrivait-il à son collègue (O 248). — En définitive, on le mit au
■ D'Argenson entendait sans doute par ' Xotes de R. d'Argenson, p. 9.
là l'aîné de ceux qui demeuraient avec le père.
i34 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
collège des jésuites, d'où il s'évada vers le lo octobre 1702 dans le dessein de retourner à l'étranger (O 249).
Six années après sa sortie de la Bastille, Foissin continuait à être aussi mal noté que possible, témoin ce billet de Pontchartrain au lieutenant de police D'Argenson :
12 mai 1706. Le roi est toujours dans les mêmes sentiments à l'égard du sieur Foissin et de ses filles, et le père et la mère n'ont pas jusqu'à présent assez marqué leur retour à la R. C. pour se fier à eux; ainsi il faut insister à ce qu'ils donnent à leurs filles pour leur établissement d'autres eftets que les rentes sur la ville dont ils ont déposé les contrats pour sûreté de leur stabilité dans le royaume (O 253).
En 1718, il y avait encore aux Nouvelles-Catholiques quatre demoiselles Foissin, parentes des demoiselles Crommelin*; leur mère, la veuve Marie Foissin était à la Bastille.
Follet (Philippe), mis au Petit-Châtelet pour la R. le 7 ou le 17 novembre i685, n'en était pas encore sorti le 19 février 1686 (Fr. 7o5i f°* 293 et 3o3). Nous ignorons s'il est le même personnage que Folliet, marchand horlogeur de Paris, mais Genevois d'origine, que, le 26 août 1701, D'Argenson recevait l'ordre de traiter comme Français en ce qui concernait la religion (O 248).
FoNTAN (Veuve Matthieu), voir Lecointe.
FoNTENiLLES (La dame de), mise dans un couvent par La Reynie, avec une fille pour la servir, en vertu d'un ordre du 25 octobre 1688 (O » 32).
Forant (M""=). Marguerite Richier de La Rochelongchamps, veuve de Forant, l'illustre marin huguenot, nommé chef d'escadre après avoir abjuré à Paris en décembre i685, fut enfermée aux Nouvelles-Catholiques, peu après la mort de son mari, décédé à Brest le 20 août 1692, et ses enfants remis à leur tante qu'on croyait mieux convertie. Finalement déclarée «bonne catholique» par la mère Garnier, elle reçut, le 3o octobre 1698, l'autorisation de retourner «en son pays», et, le même jour, Pontchartrain lui adressa le billet que voici : «Le roi se fera un plaisir de vous donner des marques de sa protection, et du souvenir qu'il a des services de M. Forant; à l'égard de vos enfants. Sa Majesté n'a encore rien décidé sur leur sujet» (O* 87). Pontchartrain écrit, en 1694, que M"'° Forant est dans de bonnes dispositions, mais que M""-' Richier,
' Essai sur rtiisl. des Ég!. de l'Aisne, p. I25.
Emprisonnés h Paris. t35
sa mère, fait beaucoup de mal. Elle plia devant la menace d'être envoyée dans un couvent {Bullet., 2" sér., XVI, 32i).
Foret (David), mis au Grand-Châtelet le 26 septembre 1686 (Fr. yoSi f" 275), appartenait peut-être à la famille des peintres de ce nom. Anne Goffin, sa femme, mise à la prison de l'Abbaye, donnait au mois de décembre «quelque espérance de conversion» (f" 236). Renée Courbard, femme d'Etienne Forest, de Paris, âgée de trente-six ans, faisait acte de repentance à Londres le 17 novembre 1687, et son mari, âgé de quarante ans, le 26 février 1688 (Ms. Égl. de la Savoye).
FoucART, de Montpellier, transféré en 1687 de Saint-Martindes-Champs aux Blancs-Manteaux (Fr. 7o55 f" 166), paraît différent de Focart, puisqu'il figure sur la même liste.
Foucault (Pierre), voir Lespine.
Foucault (M""') et sa femme de chambre, mises aux Nouvelles- Catholiques, figurent sur la liste du i-' février 1687 (Fr. 7062 f° 3i).
FoucHER, expulsé du royaume en 1688.
Fouchereau (Judith), mise au For-l'Evêque pour la R. le 4 avril 1686 (Fr. 7o5i f° 290).
FouGiÈRES (Jeanne de), voir Louvigny.
Foulon, enfermé dans un couvent 1699.
FouQUE (Philippe), tailleur de Paris, condamné aux galères par le Parlement de Metz en 1686.
Fouquet (La nommée), voir II, SBg.
Fourneret, détenu à la Bastille, obtint le 14 août 1688 la permission de s'y promener et de voir ses parents. Il en sortit par ordre du 4 octobre 1690 (O ' 32 et 34).
FouRNiER (femme), voir Pitan.
Fradin (M""), voir de Thors, II, 4o3.
Francion (Henri), de Saint-Marcellin. Le 14 octobre 1697, D'Argenson recevait l'ordre de presser le procès de Francion, détenu à Vincennes, que son «opiniâtreté dans la R. » rendait «indigne d'aucun égard» (O * 41). Le prisonnier fut transféré à la Bastille pour y être « instruit», par ordre du 29 juin 1699 (O ■ 48).
i36 Révocation de F Edit de Nantes a Paris.
François (René), de Ropie, près Saumur, condamné aux galères par le Parlement de Paris, en i685 {France prot., 2" édit., VI, 273).
Fromentin, tiré du For-1'Evêque le 3o août 1688, et mis en liberté pourvu d'un sauf-conduit pour six mois (O * 82).
Furet (Madelaine), mise au Grand-Châtelet le 3i janvier 1686.
Gagemont (Louis Prévost, sieur de), gentilhomme poitevin des environs de Melle, ruiné par les dragons, vint à Paris avec sa parente M'"'' d'Olbreuse, qui partait pour l'étranger (voir Sainte-Hermine aux Prisons), fut arrêté le 18 avril 1686 et mis à la Bastille '. Il prétendit qu'il ne songeait pas à fuir, mais à retourner chez lui au bout de sept à huit jours (Fr. 7o53 f° 273). On le relâcha le 11 août; mais le II mai 1687 Louvois ordonnait à l'intendant Foucault de le faire arrêter de nouveau, et de l'envoyer à Pierre-Encise. En attendant qu'on pût l'envoyer à Lyon, on le jeta dans les affreux cachots du château de Bougouin, près Niort, où son courage succomba d'après M. Lièvre (III, 2o5) et La France protestante (VII, 90 a). Le 3o avril 1695, il fut transféré de Pierre-Encise au château de Saumur, pour y rester jusqu'à ce qu'il donnât «des marques d'une meilleure disposition sur le fait de la religion». Au mois d'août 1700, on était résolu à l'envoyer au château de Nantes; atroce châtiment qui lui fut épargné, grâce à une indisposition qui ne permettait pas de le faire voyager. Le 18 août 1701, Pontchartrain écrivait au comte de Roucy ^ :
J'ai obtenu du roi que M. de Gagemont sortira du château de Saumur pour aller passer trois mois à Poitiers, où sa fille espère de le convertir; mais s'il ne profite pas de ce temps pour sa réunion, il sera renvoyé en prison. Ainsi c'est à ceux qui s'intéressent pour lui de lui faire entendre raison, afin qu'on ne soit pas obligé d'en venir à cette extrémité.
Daniel Janvre de La Bouchetière et Charles Vernon de Bonneuil, s'étaient aussi portés caution du prisonnier, sans grand succès comme on va voir. En effet, Pontchartrain écrivait à l'intendant Pinon, le i^'' mai 1708:
' Il semble donc probable que l'ordre, comte de Roucy et de Roye, n'attendit
donné à Foucault en février, de l'envoyer pas la Révocation pour abjurer. Claude
au château de Pierre-Encise, n'avait point écrivait le 2 février 1684: « Le comte de
reçu d'exécution, peut-être grâce à la pro- Roucy va changer de religion» (Bibl. de
tcction de M'"' d'Olbreuse. Leide). En récompense de son apostasie,
« Protestant moins zélé que son père, le roi lui accorda une pension de 12000
qui obtint en i683 la permission d'aller livres vers le 12 février Ib83 (Méin. de
servir le roi de Danemark, le fils aîné de Sourches). Frédéric-Charles de La Rochefoucauld,
Emprisonnés à Paris. iSy
Vous avez près de Poitiers le sieur de Gagemont, gentilhomme nouveau catholique très opiniâtre, qui n'était sorti de prison que sur les assurances qu'il avait données à feu M. l'évéque de Poitiers de se faire instruire. Mais comme Sa Majesté est informée qu'il n'a point changé de sentiment, ce qui est d'un très mauvais exemple, elle m'ordonne de vous écrire que si, après le mois que M. le maréchal de Chamilly lui a donné, il ne se met pas à son devoir, elle veut qu'il soit arrêté et envoyé au château de Saumur, suivant l'ordre que je vous adresse à ce sujet.
Le 23 janvier 1704, Pontchartrain félicite Chamilly d'avoir réussi à persuader M. de Gagemont et M""' Duquesne ^ {Arch. Bas/., VIII, 382, 445, 460, 461). Enfin, dit M. Lièvre, «la mort mit fin, en 1708, à cette longue lutte d'une conscience convaincue contre la force brutale». M. de Gagemont n'avait que soixante-sept ans et en avait passé près de vingt en prison.
Sa femme, Marie L'Huilier de Chalandos, fit preuve d'une grande constance au milieu des persécutions. Elle lui donna, suivant La France protestante, trois fils (Louis, Charles-Constantin et Alexandre) et trois filles (Louise, Marie, Charlotte), et seulement un fils et quatre filles d'après M. Lièvre.
Galdi (Laurent), voir Bosc.
Gallerand, ci-devant secrétaire de l'abbé de Polignac, ambassadeur en Pologne, arrêté pour cause de religion, fut mis à la Bastille du 24 février au 10 juillet 1699 (Arsen. F. Bast., loSig).
Gallet (M""^^). Une demoiselle Gallet, de Blois, mise aux Nouvelles-Catholiques de cette ville, en fut, au dire de Seignelay, «violemment» tirée par sa mère et ses deux sœurs, et toutes quatre s'enfuirent à Paris dans le dessein de passer à l'étranger. Le i3 septembre 1687, La Rej^nie recevait l'ordre de les arrêter, en s'abouchant avec l'horloger Gribelin, de la porte Dauphine, qui connaissait leur domicile, puis de mettre la mère au For-l'Evêque, et les filles, aux Nouvelles-Catholiques.» (0*3i). L'opération réussitelle?
L'Église de Charenton comptait parmi ses membres une famille du même nom. Le 23 août 1686, l'exempt Auzillon arrêtait à Senlis Marie Gallet^, Sanson, une dame Anne Sanson (peut-être M"= Fumichon), la veuve Marie, leur domestique, et le guide anglais Philippe Pers qui les conduisait; toute la troupe, d'abord enfermée
' Non la femme de l'amiral , morte en en 1640, un enfant de Loride des Gali-
ifiqy. nières. Une Geneviève Gallet avait épousé
5 Une Marie Gallet, femme de l'avocat à Charenton Abraham d'Agar, dont elle
Philippe Bazanier, présentait au baptême, eut un enfant en 1673.
i38 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
chez lui, fut ensuite mise au Grand-Châtelet, et le 3o Seignelay ordonnait de relâcher toutes ces personnes dès qu'elles auraient abjuré. Le 6 septembre, un sieur Devarenne écrivait à La Reynie :
Après beaucoup de contestations, nous avons enfin résolu M'"° de Fumichon, M. Sanson et M"" Gallet à faire leur réunion. M. de La Fontaine l'a reçue, et ce qui vous surprendra, mon père a contribué plus que personne à les déterminer; il a signé comme témoin. Nos dames espèrent que vous voudrez bien leur épargner le couvent (Fr. 7o53, P 77).
En 1705, nous trouvons à l'Union Chrétienne une demoiselle Gallet, qu'on envoya, le 22 avril, passer quelques mois aux Nouvelles-Catholiques, parce qu'elle n'était pas assez instruite en la religion, pour qu'on pût la mettre en apprentissage de couturière
Gamonnet, voir Baron.
Ganneron (M"^), mise aux Nouvelles-Catholiques, fut envoyée par la mère Garnier dans une communauté d'Auxerre ; le 2 août 1688, Seignelay invitait La Reynie à payer pour sa nourriture cent livres par an.
Gardouleau, voir Closroger.
Gargouilleau (Josué), sieur des Loges, marié en 1666 à Marguerite, fille de Pierre Barbot et de Marie Elle, fut envoyé au château de Ham par ordre du 27 septembre 1689, et mis en liberté par ordre du 14 mai 1690, avec ordre de se retirer à Rennes (O» 33 et 34).
Garin, voir Andry.
Garnier. Il y avait à Paris lors de la Révocation au moins cinq familles de ce nom : la veuve Garnier, marchande de bois du faubourg Saint-Antoine, que l'on disait, le 14 janvier 1686, disposée à l'abjuration (Fr. 7o5i f" 67) ; Jacques Garnier, sieur de Mehary, qui abjura le 11 janvier 1686 avec ses deux filles, âgées. de vingt et vingt et un ans {Ibid., f° ii5); c'est peut-être l'une d'elles qui fut mise aux Nouvelles-Catholiques par ordre du 5 juillet 1699 (O' 48); Garnier, marchand en magasin du quartier Sainte-Opportune, passé à l'étranger en i685 avec sa femme et deux de ses neveux ; Esprit Garnier, marchand de vins du faubourg Saint-Antoine, aussi passé à l'étranger (Fr. 7061 f""* 819, 342); André Garnier, du quartier de la Halle, inscrit avec sa femme et ses deux filles sur l'état des fugitifs de mars 1687. Après avoir apposé le scellé sur les quatre
Emprisonnés h Paris. iSg
coffres qu'André avait fait venir de Caen, le sergent Durault vendit 1291 livres les effets qu'ils contenaient {Ibid., f° Sig). Mentionnons encore Tobie-Noël Garnier et Jacques Garnier, parisien fugitif, arrêtés à Guise en 1686 avec Pierre Morin.
Garsault (De), poitevin, ancien catholique ', et ci-devant commissaire de la marine, avait épousé une protestante qui refusa d'abjurer à la Révocation. Aussi Seignelay écrivait-il au mari le 3o janvier 1686 :
Madame votre femme doit aller trouver M. de Ménars puisqu'il la demande, et se mettre en état d'exécuter le plus tôt qu'il se pourra les intentions du roi; car il ne faut pas qu'elle s'attende d'être la seule distinguée de ceux qui sont encore dans la R. P. R. A l'égard de M"" votre fille, faites promptement ce que je vous ai dit à ce sujet (O ' 3o).
Le 24 octobre, la conversion de M""" de Garsault- était si loin d'être achevée, que Seignelay écrivait encore au père :
J'ai reçu votre lettre et le meilleur conseil que je puis vous donner, c'est de mettre votre fille aux Nouvelles-Catholiques; vous ferez voir par là au roi que vous faites ce qui dépend de vous pour sa conversion sincère (O ' 3o).
On ne peut guère douter que M. de Garsault ait suivi ce conseil. Mais avec le temps les choses changèrent. M. de Garsault, gagné par sa femme, qu'il perdit peu après, embrassa la religion proscrite et fut, pour ce crime, mis à la Bastille le 27 juin 1700 par ordre du 10, et le P. Bordes autorisé à 1'}^ voir par ordre du 23. Il fut relâché le 4 septembre, à condition de vivre en bon catholique {Arch. Bast., X, 254 et Arsen. F. Bast. io523).
Gasse (Jacques), de Paris, expulsé du roj^aume, le 27 avril 1688, par Dieppe, avec quatre-vingt-treize protestants de Normandie. Tous se réfugièrent en Angleterre {Procecdings of thc huguenot Society of London, janvier 1887, p. 40).
Gautier, parisien, exilé en Berry, par ordre du 16 décembre i685 (O» 29).
Gaudé (M"^), mise dans un couvent en 1688, était sans doute sœur de Catherine, femme d'Isaac Raveau, procureur au Parlement, dont la fille s'était mariée à Charenton en 1672.
Gendrat (Anne), voir Bareire.
' Il avait un frère gentilhomme ordi- La Ferté-Civile, avait épousé René de naire du roi. Garsault.
' Pierre de Civile, oncle du sieur de
Gendrault, voir Menour.
Genest (Jacques de). Voir III, 104.
Genuit, voir Lafuitte.
Georget et Peceur, condamnés avec les ministres d'Angers et enfermés au Petit-Châtelet, se plaignaient, au mois de mars i685, de coucher sur la paille. Le Tellier donna l'ordre d'adoucir la peine qu'on leur faisait dans la prison (Fr. 17420 f° 221).
Ce Georget est sans doute différent de celui qui fut arrêté et enfermé avec Mal et Drelincourt-Duclos par ordre du 5 août 1689 (O I 33).
Germain. Le roi signait le 9 mars 1686 l'ordre de mettre dans des couvents la dame Germain, la marquise de Théobon et la demoiselle de La Rochegiffart (O'So). La France protestante (2^édit. IV, 823) mentionne Cliarles de Germain, sieur de la Tour de Mory, dont la fille, Madelaine, épousait en 1647 Jean de Courtils, sieur de Choqueuse. Nous trouvons à Paris Martine Germain, femme de François Huglas, marchand de la rue des Bourdonnais, laquelle promettait, le 11 janvier 1686, de se réunir (Fr. 7o5i f° gS).
Gervaise, voir Anciens, II, 57.
Gilles (Sara), voir Cochet.
Girard, voir Anciens, II, 61.
GiRARDOT, voir Anciens, II, 63.
GiRAUD (Élie), pasteur du Désert, arrêté le 3 mai 1692 (voir II, 578).
GiRAUT. Seignelay écrivait à M. de La Briffe le 16 novembre 1689:
On m'a donné avis que, sous prétexte de charité, des gens de la R. s'entremettent pour faire mettre en liberté le nomme Giraut, condamné aux galères, qui est à la Tournelle, afin de le faire passer en Angleterre. Le roi m'a ordonné de vous écrire d'avoir attention à cet homme pour éviter les surprises qu'on pourrait faire à son égard en le disant invalide au autrement (O ' 33).
Manque à la liste des forçats pour la foi publiée dans La France protestante.
GiVRY (Gardien), voir II, 578.
GoBARD. Seignelay écrivait le 3o août 1686 au procureurgénéral :
Emprisonnés à Paris. 141
A l'égard de Marie Gobard, Sa Majesté estime que vous pourrez la faire mettre en liberté aussitôt qu'elle aura fait sa réunion (O ' 3o).
Le 28 novembre 1689, Gobard, sieur des Graviers, détenu à la Bastille, obtint la permission de se promener dans la cour; il fut mis en liberté par ordre du 4 octobre 1690.
GoBELiN. Un membre de l'illustre famille des teinturiers parisiens fut enfermé à la Bastille, comme protestant opiniâtre, par ordre du 19 décembre i685 (Fr. 17420 f° 193). Le 25, Seignelay écrivait à M. de Ménars, intendant de la généralité de Paris :
Un nommé le sieur Gobelin de Paris, qui a une terre proche Étampes appelée Gillevoisin, a refusé avec opiniâtreté d'entendre ceux qui ont voulu lui faire connaître les erreurs de sa religion, sur quoi Sa Majesté l'a fait arrêter et conduire à la Bastille, et elle m'ordonne de vous écrire qu'il sera bien nécessaire, quand vous serez de ce côté et que vous aurez des troupes, que vous chargiez beaucoup cette maison pour obliger cet homme à être plus docile (O 1 29).
Le 27, M. de Besmaus reçut l'ordre de laisser pénétrer près de Gobelin M. de Brissac, major des gardes, et le sieur Acéré, banquier nouveau converti (O^ 29).
Le prisonnier dragonne ne sortit de la Bastille que le 18 septembre 1686 {Arch. BasL, YIII, 842).
GoDART (Rachel), d'Asnières près Bourges, retirée de Bourges à Paris «à cause des dragons», fut arrêtée par Desgrez le 4 septembre 1686, mise le lendemain au Grand-Chàtelet, et relâchée par ordre du 28 janvier 1687 après avoir fait abjuration (O* 3i ; Fr. 7o5i f°^ 286, 269, 2881. Au commencement de l'année 1700, Godart, marchand de bois, était emprisonné; sa femme en profita pour s'enfuir à l'étranger, après avoir détourné tout le bois qui se trouvait dans son chantier (O * 44).
GoDEAU (M™=). Au mois d'avril 1686, La Reynie écrivait à M"'= Le Coq des Moulins, nouvelle convertie et parente de l'ancien de Charenton : «M. le commissaire Gazon m'a dit ce matin qu'il avait eu l'honneur de vous parler en faveur de la dame Godeau, qui est sortie des Nouvelles-Catholiques, où elle a été de son bon gré et y a fait son abjuration et sa première communion ; elle est maintenant sur le pavé, sans aucun argent pour s'en retourner en son pays qui est au-delà de Poitiers» (Fr. 7o53 f" 80). — Pourquoi la police a-t-elle recours à la charité d'une nouvelle convertie, plutôt qu'à celle du clergé ou du roi, pour payer le voyage de la dame Godeau ?
142 Rcvocaiioii de l'Edit de Nantes à Paris.
Évidemment parce qu'elle sait que le clergé n'a consenti à ouvrir sa bourse qu'afin de décider le roi à signer la Révocation, et que le roi se soucie bien plus de déterminer, c'est-à-dire d'acheter des abjurations, que de venir en aide à ceux qui ont abjuré.
GoDiN, marchand parisien, Desmousseaux, graveur, demeurant dans une académie du faubourg Saint-Germain, et la femme de celui-ci, s'enfuirent au mois de mars 1686, en compagnie de la fille du libraire Périer, de la rue de la Calandre, et d'Anne-Marie Vincent *, jeune fille de dix-huit à vingt ans, qui habitait chez son parent Périer. Arrivés à Maubeuge à force d'argent, ils trouvèrent le passeur très perplexe et mal disposé, parce que les passages étaient trop bien gardés. Cet homme, que le commissaire Delamare nomme François Marchipon, reçut cependant dix pistoles, pour les avoir logés une nuit; mais il refusa de les conduire. Desmousseaux, sa femme et M"'= Périer revinrent à Paris, tandis que le reste de la troupe, continuant le voyage, fut arrêté et conduit à Lille (Fr. 7062 f-84).
Anne Godin avait épousé en 1680 Antoine Ecmann, marchand, fils d'Edouard, graveur en bois {Reg. de Char.).
Jeanne Godin, boutonnière âgée de quarante ans, demeurant rue Transnonnain, qui recevait du Consistoire quarante sous par semaine, implorait, le 14 janvier, la charité du roi en faisant valoir l'abjuration qu'elle avait faite le i5 novembre à Saint-NicoIas-des- Champs (Fr. yoSi f° 99).
GoiLARï (M""" et M""). Au nombre des seize personnes de La Rochelle arrêtées comme elles passaient à l'étranger, se trouvaient M""' Goilart et sa fille, que l'on mit à l'Hôpital-Général, d'où elles furent, par ordre du i3 avril 1700, transférées aux Nouvelles- Catholiques, qui les confièrent à M""" de La Rousselière, en vertu d'un ordre du i3 juillet (O' 44).
Goupil, marchand d'Alençon caché à Paris, fut arrêté, le 27 juin 1686, par le commissaire Poiret, aux mains duquel il trouva moyen d'échapper. Repris sur-le-champ, il prétendit avoir abjuré à Alençon (Fr. 7o5i f" 28).
Gousset ou Gosset (Charlotte), de Blois, âgée de trente-cinq ans, arrêtée à Paris avec Madeiaine Pitan, veuve du procureur Ch. Péraux, fut mise le 28 janvier 1686 aux prisons royales de
' Nièce de Marie Vincent, de Rouen, servante de De Laet, i uo Geoffroy-l'Asnier.
Emprisonnés à Paris. 148
l'Abbaye, et Seignelay fit ordonner, le 23 avril, à ses parents de la retirer lorsqu'elle aurait fait abjuration (Fr. 7o5i f"^ 280, 294 et 0'3o). Mais elle n'abjura point et fut expulsée du royaume en 1688.
Anne Gousset, réfugiée (1686).
GouzoN, voir D'Aubaïs.
Gralin. Le i'"' août 1686, Seignelay ordonnait à La Reynie d'arrêter Gralin, charron de Warti, Landrieux, Petitpère fils et autres qui, d'après l'interrogatoire de Chastelain, contribuaient à l'évasion des protestants {Arch. Bast., VIII, 420). Voir Émigration II, 454.
Grandchamp, parisien, exilé en Bourgogne, par ordre du 16 décembre i685 (O' 29). Dans l'espoir qu'il se convertirait, Seignelay avait ordonné le 22 novembre de n'envoyer point de gens de guerre dans sa maison de Petitval; mais cet espoir fut déçu (O' 29).
Grandon, mis à la Bastille en 1690 [Fr. pr., X, 486)
Granger, apothicaire d'Alençon, et sa femme, sans doute accusés d'avoir favorisé les évasions, étaient enfermés en 1688 dans les prisons de Paris ; après avoir écrit, le 26 avril, à la Reynie de les relâcher, s'il ne les trouvait point coupables, Seignelay lui ordonnait, le 10 juin, de les laisser en prison, aussi bien que les guides Lespine, Northal et De Serre (O' 82).
Grave (De). Établi en France, bien qu'il fût né en Angleterre, sans doute de parents réfugiés, Jean de Grave repassa le détroit, avec sa femme Catherine Lefebvre, lorsque l'Édit de Nantes eut été révoqué. Ne pouvant emmener ses deux enfants, il les confia, ainsi que leur gouvernante nommée Richer, à sa compatriote M"^ Vion, aubergiste et guide à Paris, qui s'engageait à les lui conduire ; mais ayant été arrêtée elle ne put tenir sa promesse. Le 6 mars 1686, les enfants et la demoiselle Richer furent enfermés chez deux sergents au Châtelet, Claude de La Haye et Pierre Brémon. Plus tard, ceux-ci demandaient qu'on leur payât la pension des trois prisonniers sur le prix des meubles et d'un vaisseau de De Grave, dont la vente avait, disaient-ils, produit une somme considérable (Fr. 7o58 f°= 861 - 368).
Gravet (Charles), de la rue Saint-Martin, était natif d'Orléans; il avait épousé une demoiselle Le Maistre, originaire de la même
144 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
ville et sœur des dames Alexandre et François Mariette. Il n'abjura point à la Révocation, mais sa femme montra moins de courage. Toutefois on les arrêta tous deux le i8 mai 1686. Le mari fut mis au For-l'Evêque et refusa d'indiquer son emploi (Fr. 7o5i f" 82). Au mois de janvier 1687, il était noté comme n'ayant aucune disposition à faire abjuration; il fut transféré par ordre du 28 à l'abbaye de Marmoutier (O' 3i).
L'avocat Jean Gravet avait épousé Marie Le Maistre {Fr. pr., VI, 535).
Un nommé Bourdon Gravet fut mis au Petit-Chàtelet pour la R. le 5 février 1686 (Fr. yoSi f" 3o3).
Nous ignorons lequel des trois fut arrêté au mois de juillet 1690 et relâché par ordre du 3i janvier 1691 (O' 35)
Un Gravet s'enfuit à l'étranger avec sa femme nommée Lemaire (Le Maistre?), quand on détruisit le temple de Charenton (Fr. 7o5i f° 3o8).
Grignon ou De Graignon, voir Petitot.
Grigou, protestant de Tours, arrêté à Paris, sur le juste soupçon qu'il cherchait à sortir du royaume, fut relâché en vertu d'un ordre du 10 août 1699 (O' 43).
Grillart (Anne), expulsée du royaume avec Marthe Amonnet, le i3 avril 1698 (O» 87).
Grimaudet. En 1674, Pierre Grimaudet, médecin de Paris, originaire de Blois ainsi que sa femme Elisabeth Falaiseau, assistait comme témoin au mariage de Jacques Falaiseau, frère de l'ancien de Charenton. Il abjura forcément comme tout le monde à la Révocation, puis se repentit de sa faiblesse et se fit mettre à la Bastille le 12 février 1689. Il fut envoyé le 2 mars au château d'Angoulême, puis relégué à Mauriac en Auvergne le 21 août de la même année, et à Clermont-Ferrand le 16 janvier 1690. Enfin, le 6 décembre, il obtint la permission de se retirer à Blois. Le 16 mai 1691, nous le retrouvons à la Bastille conférant avec le P. Bordes, auquel Seignelay écrivait le 21 juin :
A l'égard de Grimaudet, il a demande avec instance d'aller à Blois, son pays, et il a obtenu cette grâce; mais il faut qu'il s'en contente et qu'il s'abstienne d'aller ailleurs (O ' 35).
De Blois il retourna encore à la Bastille, dont il ne sortit que le 28 janvier 1692. Seignelay écrivait le même jour à l'évêque de Blois:
Emprisonnés à Pans. 143
Le sieur Grimaudet, nouveau catholique, est depuis trois ans à la Bastille, et ayant promis au P. Bordes de tenir dorénavant une conduite dont on aura lieu d'être content et qu'il vous donnera pour cela des sûretés, Sa Majesté a bien voulu le faire mettre en liberté, et je vous en donne avis afin que vous puissiez prendre parole de lui qu'il suivra vos conseils sur sa religion, et que dans la suite vous ayez attention sur sa conduite (O ' 36).
On lui permit, le 21 avril lôgS, de revenir à Paris quand il voudrait
Après six années de contrainte et de demi-hypocrisie, la conscience du malheureux protesta de nouveau. En conséquence, l'évêque le fit enfermer au mois d'octobre 1699 dans un des couvents de Blois, l'abbaye de Bourgmoyen, où il resta jusqu'au 26 mai 1700, c'est-à-dire jusqu'à ce que son surveillant fût content de lui. Cet évêque devait être le collègue de Fénelon dans la mission de Saintonge, Bertier, qui aurait dû se mieux souvenir de ce que son ami avait écrit sur les communions forcées: «Si peu qu'on les presse, on leur fera faire des sacrilèges innombrables ; les voyant communier, on croira avoir fini l'ouvrage; mais on ne fera que les pousser par les remords de leur conscience jusqu'au désespoir ».
M™*" Grimaudet, transférée en 1687 du monastère de Ro3-allieu dans celui de Notre-Dame de Soissons, et l'année suivante dans celui de Longpré, était très probablement la femme du médecin.
Un homonyme de celui-ci, le chirurgien-barbierPierre Grimaudet, de Montélimar, qui avait épousé à Charenton Susanne Truffault, fille de feu Jean, procureur fiscal en Normandie, et habitait la rue des Cinq-Diamants, figure avec sa femme et ses deux enfants sur l'État des fugitifs dressé le 16 février 1687. On ne lui connaissait aucun bien (Fr. 7o5i f" 326). Ils passèrent en Angleterre, où sa veuve et ses deux enfants étaient assistés en 1705 (Ms. B. du pr.).
Jean de Grimaudet et sa femme, née Danger, réfugiés en Prusse (Bordier, Fr. pr., V, i5i). François et Susanne Grimaudet, fugitifs, dont les biens furent accordés à leur beau-frère Charles- Isaac Drouin, sieur de La Borde, mari de leur sœur Marguerite {Ibid., V, 5o5).
Grimault, voir II, 5o6.
Une veuve Elisabeth Grimault, du quartier Saint-Martin, était notée, le 14 janvier 1686, comme assez bien disposée sur le point de la religion (Fr. 7o5i f" 54).
Plusieurs Grimault (Paul, Simon et sa femme, Marie, leur fille) furent naturalisés anglais en 1682, et Abraham en 1700 (Agnew, III, 32, 37 et 63) ; Isaac, en i685. Cinq membres de la famille parisienne
I46 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
firent acte de repentance à Londres : Elisabeth, âgée de seize ans, le 26 décembre 1687; Augustin, âgé de vingt-huit ans, le 3 avril 1698; Enoch, âgé de soixante-sept ans, Esther, sa femme, âgée de soixante ans, et leur fils Jacques, âgé de vingt-cinq ans, le 2 octobre 1698 (Ms. Égl. de la Savoye). Enoch et sa femme figurent sur les listes des assistés en 1708 et 1705.
Grimpré, voir Emigration, II, 465.
Grinfils, voir Simon.
Grozilliers (M"" des). Le 28 septembre 1699, Pontchartrain donnait l'ordre de mettre à l'Hôpital-Général la demoiselle des Grozilliers, à cause de ses emportements dans la maison des Nouvelles-CathoHques (O ' 48). — Nous ne connaissons de cette famille parisienne que Marie Grousillier, qui avait épousé en 1644 le peintre Jacques de Riberolles (Reg. de Char.)
GuEDiN (Jeanne), fugitive arrêtée en 1686 avec Pitel, etc.
Guenon de Saint-Hilaire. Matthieu Cliaigneau, originaire de Marennes, fut naturalisé anglais en 1687 avec sa femme Marie et trois de ses enfants: Matthieu, Pierre* et Susanne (Agnew, III, 42). Son fils. Guenon de Saint-Hilaire, se disposait à le rejoindre lorsqu'il fut arrêté à Paris par ordre du 3 mars 1700, et mis à la Bastille d'oi^i il sortit le 17 avril 1701, par ordre du 14, avec ordre de se retirer à Bordeaux, et à condition que Guenon, son oncle, échevin de Saintes, répondrait de sa stabihté dans le royaume [Arch. Bast., X 258 et BulUi. II, 178).
Josias Chaigneau, qui avait quitté le château de Labellonière à Saint-Savinien, près Saint-Jean d'Angely^ pour se réfugier en Angleterre, était sans doute de la même famille {Fr. pr., 2." édit., III, 1000).
GuÉRiN (Marguerite), mise aux Nouvelles Catholiques le 17 septembre 1686, figure comme « non payante » sur la liste du 14 décembre, et comme fille d'une « fort méchante catholique » (Fr. 705 1 f" 248 et 7o52 f" 24).
Voir Le Riche.
GuERiNEAU. La Reynie écrivait au procureur-général, le 5 décembre i685, en pleine fièvre de conversion :
' Un autre Pierre Chaigneau reçut aussi des lettres de naturalisation en i6s8
(Afjncw, III, 49).
j'ai parlé à Guerincau; mais je ne sais, Monsieur, si ce que je lui ai dit sera de quelque utilité. J'ai fait cependant tout ce que j'ai pu pour bien exécuter vos ordres et pour suivi'e le plan qu'il vous a plu de me donner (Fr. 17,420, f" 178).
Guerineau, domicilié rue de la Chanverrerie, était l'un des principaux négociants qu'on s'efforçait d'intimider pour les amener à signer le 14 un acte d'abjuration cliez Seignelay (Fr. 7082 f" 222). II résista comme La Rejmie l'avait prévu, et un mandat d'arrêt fut lancé contre lui. « Je ne sais, écrivait encore, le 12, La Reynie, si M. le procureur du roi aura fait exécuter le décret contre Guerineau » (Fr. 17420 f'=' 186). L'emprisonnement est à peu près certain ; car Guerineau n'assista point à l'assemblée du 14. C'est lui, sans doute, qui fut naturalisé anglais en 1696, sous le nom de Théophile Guerineau.
Glibillon Jeanne, Madelaine Legros, femme de Roland Troussart, Marie-Anne Hubert, femme d'Isaac Chastelain, toutes de Villiers-le-Bel, enfermées à l'Hôpital-Général, en 1699, avec quinze enfants.
Guichet (M"'^). Le 22 avril 1691, Pontchartrain signait l'ordre de transférer des Miramiones aux Nouvelles-Catholiques la fille Guichet, mauvaise catholique qui avait ci-devant fait abjuration, et que M"'' de La Moussaye avait voulu emmener hors du royaume. Il écrivait à la mère Garnier, le 8 avril 1692 : «Le roi ne veut pas que la nommée Guichet sorte encore de votre maison ; il faut la garder quelque temps et la bien affermir dans la R. » (O ' 35 et 36.)
Guidon (Marthe), parisienne, expulsée du royaume en 1688.
GuiGNARD (M™^). On lit dans une note de police : « La femme de Guignard, secrétaire de M. Le Coq, demeurant chez son maître au faubourg Saint-Germain, est opiniâtre, quoique son mari soit converti, il serait à propos de la faire enfermer en quelque monastère» (Fr. 7082 f" 124).
La Reynie répondit à cette note, le 2 avril 1686 : « Vous direz au sieur Guignard qu'y ayant ordre de ne laisser pas une seule femme de la R. sans l'enfermer, la sienne ne peut pas demeurer en cet état, et qu'il faut nécessairement qu'elle ait fait sa réunion dans vingt-quatre heures au plus tard» (Fr. 7o53 f" 110).
Le commissaire ajoute en marge : « M"'^ Guignard m'a dit que vingt-quatre heures ne lui suffisaient pas et qu'elle n'avait nul dessein de se réunir à l'Eglise ». Sur quoi La Reynie donna
148 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.
l'ordre d'emprisonner la courageuse femme. Nous ignorons où on l'enferma d'abord, mais elle fut mise aux Filles de la Croix le 5 août (Fr. yoSi f" 264); elle obtint, le 2 octobre, la permission d'en sortir momentanément, et fut transférée par ordre du 4 août 1687 à la citadelle de Nantes, où on n'envoj'ait que les plus inconvertissables (O' 3o et 3i). Le 2 décembre de la même année, le P. Bordes recommandait de nouveau à La Reynie «le pauvre Guignard » fortement disposé à « bien user de la grâce et de la justice qu'on lui ferait» (Fr. 7o53 f° 122).
GuiLLARD (Jacques), mis au For-l'Evêque pour la R. le 18 février 1686 (Fr. 7o5i f° 3o5), fut envoyé le 6 mai à la Bastille, en même temps que la personne arrêtée avec lui (O' 3o).
Pierre Guillard, natif de Cozes (Charente-Inférieure) et cordonnier dans la rue de Seine, fut arrêté avec Attainville et Caillot, pour l'affaire de l'assemblée du faubourg Saint-Germain. On le mit au For-l'Évêque le 8 décembre 1686. Françoise Mahiou, sa femme, saisie par la police dans la maison où se tenait l'assemblée, fut enfermée dans la prison de l'Abbaye. Elle avait, paraît-il, abjuré à Saint-Eustache (Fr. 7o5i f° 280). Dans la supjiilique qu'il fit écrire le 29 mars 1687, Guillard prétend s'être justifié du soupçon d'assemblée, dans l'interrogatoire qu'on lui a fait subir il y a trois mois, et se déclare prêt à abjurer entre les mains de la duchesse de Luynes, qui l'est venue voir deux jours auparavant. Il abjura le jour même au For-l'Evêque. L'acte d'abjuration porte la mention suivante : Ne sait signer (Fr. 7o5i f"'' 236, 244, 280, 286, 3o5; 7o53 f^Sôg; 7o55 f° 447).
Nous ignorons si Jacques et Pierre Guillard étaient parents de leur homonyme du faubourg Saint-IMarcel, lequel reçut, étant malade en 1682, la visite de deux moines qui rouèrent sa femme de coups (Fr. 7o5o f" 61). — Etienne et Paul Guillard, fugitifs dont les rentes furent confisquées (TT 429 et 433).
Guillemot et sa femme, de Paris, relégués à Menestrou-sur- Cher en Berry, le 19 décembre i685 (O' 29).
GuiLOMEAU, dit de Vormes, gendarme écossais, arrêté et mis à la Bastille par ordre du i3 juin 1692, sur le soupçon de favoriser l'évasion des protestants. Il fut relâché le 24 juillet, à condition de quitter Paris et de rejoindre sa cornette (O' 36 et Arc/i. Bast., IX, 488, 489). 11 entrait de nouveau à la Bastille le i3 juin 1696 (Arsenal, F. Bast. io,5o5).
Emprisonnés à Paris. 149
GuiNEAU (Gédéon), l'un des trois protestants de Paris qui n'avaient pas encore abjuré, mis à la Bastille le 9 janvier 1687 (O' 3i).
GuiRAN, voir Alizon.
Guy, voir Dicq.
GuYBERT. Les quatre pasteurs de La Rochelle, Guybert, Le Blanc, Tandebaratz et De Laisement, condamnés, le 12 septembre 1684, au bannissement perpétuel et à la confiscation de leurs biens, sous le prétexte mensonger d'avoir souffert une relapse dans leur temple, en appelèrent au Parlement de Paris et se constituèrent prisonniers le 9 octobre à la Conciergerie, d'où ils furent transférés à la Bastille le 2 janvier 1685'. On leur rendit la liberté, le 17 mai, en cassant le jugement; mais le temple de La Rochelle était démoli: c'était tout ce qu'on voulait (Benoit, V, 753, Bullet., XI, 267^ Fr. pr. V, 241, VI, 455 b, et -2," édit., II, 597; Ravaisson, Arch. de la Bast, VIII, 809). Le i3 avril, Courcier, théologal de Notre-Dame, avait été autorisé à se rendre à la Bastille pour essayer de convertir le ministre Le Blanc.
Tandebaratz revint en France et y abjura vers 1700.
GuYON (M™*^), nouvelle catholique, enfermée dans le couvent Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine, en sortit par ordre du 7 septembre 1688 (O» 32).
Hamon, originaire de Caen et ci-devant greffier du bureau des trésoriers de France, venu d'Alençon à Paris avec sa femme et sa belle-sœur après avoir vendu sa charge, fut arrêté chez la dame de La Fontaine, rue Neuve-Saint-Eustache, le 9 janvier 1688, sur le soupçon qu'il voulait passer à l'étranger. Le 19, La Reynie était autorisé à le relâcher sous caution (O' 82). — Louis Hamon, condamné aux galères perpétuelles, en 1687, pour avoir fait évader de France plusieurs de ses coreligionnaires, interjeta appel le
' «Paris 10 janvier i685. Je ne sais si je depuis peu de semaines, en furent trans-
vous ai mandé que le lendemain du jour fére's dans la Bastille, où tout le monde
de l'an, les quatre ministres de La Ro- les put aller voir librement» {Bullet.,
chelle, dont trois avaient été environ trois 2» sér., XII, 71). mois dans la Conciergerie et le quatrième
i5o Révocation de l'Edif de Nantes à Parts.
2.5 septembre, et obtint des lettres de rémission, le 12 juillet 1688, sans doute grâce à l'abjuration (voir Toffin).
Haran, banquier de la rue de la Chpnverrerie, figure dans la seconde catégorie des négociants mandés chez Seignelay le 14 décembre i685; comme il ne paraissait pas disposé à s'y rendre, La Reynie s'efforça de l'effrayer le 26 novembre, et le lendemain des poursuites étaient commencées par le procureur du roi contre cet «opiniâtre». Rien n'y fit, aussi Haran fut-il exilé le 19 décembre à Azay-le-Ferron en Touraine(0' 29). En 1700, le ministre Leclerc tenait des assemblées chez ce prétendu nouveau converti, qui habitait alors la rue Bertin-Poirée.
Hatton, veuve, expulsée du royaume en 1688, voir II, 290.
Harques (Elisabeth), enfermée dans un couvent de La Villette, dont la supérieure reçut, le 27 mai i685, l'ordre de la retenir jusqu'à nouvel avis.
Hauduroy, voir Chastelain.
Hauteville. Pontchartrain écrivait à D'Argenson, le 29 juin 1699; «Si vous pouvez découvrir oîi se retire le nommé Hauteville, marchand de Dieppe, il faudra le faire arrêter» (O^ 43).
Hébert (Samuel), compagnon orfèvre, mis au Grand-Chàtelet pour la R. le 3 janvier 1686 (Fr. 7o5i f° SgS), est probablement le personnage au sujet duquel Chàteauneuf écrivait à La Reynie, le 6 décembre de la même année : Hébert, qui travaille depuis huit ans chez Lebel, orfèvre, fait-il son devoir et mérite-t-il sa part des biens de sa mère sortie du royaume ? (Fr. 7o53 f" 468).
Heck, voir II, 472.
Hélot, fugitif, arrêté au commencement de septembre 1699, et envoyé à l'Hôpital-Général, prétendit avoir été incité à la fuite par Louis Brulefer, de Lizy-sur-Ourcq, qui voulait faire passer à l'étranger sa nièce âgée de douze ans.
Hérost (Anne), voir II, 443.
Herpin. Desmarais-Herpin, nommé enseigne de vaisseau le 28 février 1670, lieutenant de port le i<='' janvier 1682, capitaine du port de Belle-Isle le 3 décembre 1691, fut destitué le 5 février 1698 et arrêté à Versailles en vertu d'un ordre du i5 avril, parce qu'on craignait qu'il n'allât servir à l'étranger. Mis à la Bastille le 18, il en sortit le 9 juillet, par ordre du 7, à la sollicitation de son frère.
Emprisonnés à Paris. i5i
Il fut rétabli lieutenant de vaisseau le 24 novembre 1701, lieutenant de port le i3 août 1707, et mourut le i" février 1709 {Arch. Bast., X, i).
Hersant (M"*"), enfermée à Penthemont le 7 février i683 aux frais de ses parents (O ' 27), était sans doute fille d'Henri Hersant, joaillier, âgé de cinquante-huit ans, qui demeurait sur le quai de l'Horloge, au Saphir, avec sa femme Charlotte Guy et quatre enfants. Son fils Henri, âgé de trente-deux ans, tenait aussi boutique de joaillerie, proche le Saphir. Toute la famille abjura le 25 novembre i685, et l'un des deux joailliers signa le 14 décembre chez Seignela}^ (Fr. 7052 f° 214 et 7o55 f°= 3i4 et 3 16).
Henriette Hersant, femme de l'avocat Coquelard, de la rue Bertin-Poirée, et sa fille Henriette, n'abjurèrent qu'après le i5 janvier 1686, c'est-à-dire grâce à la dragonnade (Fr. 7o5i f° 116).
Les Extraits des Registres de Charenton mentionnent Elisabeth Hersant, qui fut en 1670 marraine d'un fils du peintre Abraham Pierret, et Suzanne Hersant, femme de Bonaventure Champion, marchand, dont le fils Bonaventure Champion, peintre, épousait en 1673 Marie Bauche, veuve du peintre Charles Michelin.
y[me (J^ Plessis-Rambouillet fut confiée en 1687 à une dame Hersant, qui se flattait d'être plus habile convertisseuse que la duchesse d'Aumont.
Adam Hersant, de Paris, ouvrier en soie, Marie Olivier, sa femme, et Pierre Jourdain, gantier, aussi de Paris, furent arrêtés à Rouen, voulant passer en Hollande sous la conduite de Pié-Noël (Tourlet, invent. TT).
Un Hersant était réfugié à La Haye dès le 23 février i685 (Lettres de Claude). Catherine, veuve Hersant, âgée de 76 ans, Charlotte, âgée de 32 ans, Jean, âgé de 61 ans et un de ses enfants, tous de Paris, étaient assistés en Angleterre, la première en 1703, les autres en 1705 (Ms. B. du pr.).
Le 26 mai 1700, Pontchartrain ordonnait d'arrêter Hersan, conseiller au Chàtelet et de le conduire à la Charité de Charenton (O ^ 44).
Heucourt. Elisabeth Le Comte-de-Nonant, fille unique de Josias, sieur d'Apremont, avait apporté en dot à Louis de Saint- Delys, marquis d'Heucourt (Somme), le fief de Wargnies, où l'évêque d'Amiens fit interdire Texercice dès 1680. En 1682, le marquis ayant abandonné la Picardie, remplissait les fonctions de commissaire royal au synode de Quevilly. On lit dans les Mémoires
i52 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
de Bostaquet: «Les marquis d'Heucourt et d'Orbec paraissaient inébranlables lorsqu'on apprit que les cuirassiers marchaient sur Rouen; mais ils succombèrent» (p. 97). Le premier obtint, le 16 janvier 1686, la permission de séjourner à Paris (O ' 3o). Le 26, ]y[me d'Heucourt ayant fait abjuration, les troupes qui saccageaient sa maison et sa terre de Bondoufles dans le Hurepoix, à six lieues de Paris, reçurent l'ordre de se retirer. On devine ce que pouvait valoir une conversion arrachée par de semblables moyens. Bientôt la marquise se repentit de sa faiblesse, et manifesta ses véritables sentiments d'une manière qui blessa l'ambitieuse favorite. Louvois écrivait à l'archevêque de Paris le i5 avril : «Monsieur, ce billet est pour vous donner avis que j'envoie à M. de La Reynie les ordres du roi pour faire arrêter M™'' d'Heucourt, et la conduire à l'abbaye de Port-Royal. C'est M"'° de Maintenon qui l'a demandé au roi» {Bidlet., 2," sér., VII, 3i2). Par ordre du 28 mai, la marquise sortit de Port- Royal et retourna près de son mari (O * 3o), qui laissait moins paraître son antipathie pour les cérémonies du culte catholique. L'usage qu'elle fit de sa liberté nous est révélé par un billet fort curieux, que Seignelay adressait à son oncle Colbert de Croissy, le 8 septembre 1687 : « Le roi ayant été informé que le ministre de l'ambassadeur de Hollande va souvent chez M""'' d'Heucourt, qu'il s'y fait quelque sorte d'assemblée de nouveaux convertis, et qu'étant ensemble ils prennent des assignations pour se trouver en d'autres lieux à la campagne, où, sous prétexte de promenade, il se rencontre un nombre considérable de personnes qui confèrent avec ce ministre sur des matières de religion, Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire de prendre ses ordres pour parler à l'ambassadeur, afin qu'il empêche la mauvaise conduite de son ministre à cet égard» (O' Si), a ce billet était jointe une lettre de cachet pour arrêter la marquise et l'envoyer au château de Guise. M. et M"'' d'Heucourt, accompagnés de leurs filles Marie-ÉIisabeth, âgée de vingt et un ans, et Madelaine, âgée de dix-sept ans, sortirent du royaume en 1688; ils firent reconnaissance publique de leur faute à Londres, le i^'' juillet, dans l'église de la Savoye. Leurs biens furent confisqués, et ceux du marquis^ donnés à l'abbé de Feuquières, neveu de sa mère (TT338). La terre de Sancourt appartenant à la marquise, fut donnée par moitié à ses neveux François et Pierre de Civile-Villerets, frères, et à ses quatre nièces, Susanne Morin du Loudon, marquise de Clermont, Françoise Morin du Loudon, veuve d'Arthur Lohier de Convains, la comtesse d'Estival, et Elisabeth Morin du Loudon, veuve de Christophe Prévost, sieur de la Boutière (TT 225 et 226).
Emprisonnés à Paris. i53
C'est sans doute le frère du marquis, Henri-Robert de Saint- Delys, qui fut dénoncé comme fort mal converti. Celui-ci avait épousé en 1670 Marie Justel, que nous voyons détenue au château de Lafère sous le nom de M""= de Saint-Delys, et qui en sortit par ordre du 25 septembre 1687, pour être remise au marquis d'Heucourt son beau-frère.
HiBON (Esther), veuve de Matthieu Frontin, mise au Forl'Evêque pour la R., le 18 février 1686 (Fr. 7o5i f'^ 3o5).
HiLAiRE (Deux demoiselles) et leur femme de chambre, figurent comme payant leur pension sur la liste des Nouvelles-Catholiques, dressée le i^"' février 1687 (Fr. 7002 f" 3i).
HiLFLED, expulsé du royaume en 1689, voir II, 290.
HouDRY. Deux fugitives de ce nom furent arrêtées à Lafère le 22 octobre i685. F. Houdr}^ signa le 14 décembre chez Seignelay (Fr. 7o53 f 154).
Hubert (M"^). Le sS novembre 1699, Pontchartrain ordonnait à Phelypeaux de laisser à l'Hôpital-Général «pour y être instruite» Marie-Anne Hubert «très ignorante» (0*43). Cinq années plus tard (26 novembre 1704^, le roi la fit mettre aux Nouvelles-Catholiques, parce que sa conversion paraissait suspecte (O 25i).
HuDEL, proposant poitevin, mis à la Bastille en 1690, en sortit par ordre du 29 septembre 1692, avec ses compatriotes Des Minières et La Gaillarderie. Tous trois furent envoyés au château de Loches. Hudel passa un quart de siècle dans diverses forteresses, et aussitôt relâché, reprit ses courses missionnaires (O ^ 35 et Lièvre).
HuET (M""), enfermée dans un couvent en 1687, pouvait être la fille ou la sœur de Jean Huet, imprimeur-libraire, qui avait épousé, en 1674, à Charenton Susanne Rondeau, fille d'Isaac, ouvrier en drap d'or et de soie.
HuiBRECHTS, voir Plat.
HuLAiN (Antoine), de Landouzy-la-Ville, condamné à Laon aux galères, sans doute en qualité de guide, interjeta appel et fut écroué au Châtelet de Paris le 3o octobre 1686. Le Parlement de Paris confirma la sentence, le 18 décembre i685. Hulain mourut à la peine (Reg. d'écrou, du Palais de justice).
HuMFREY, guide, qui avait conduit Massanes à l'étranger, arrêté le 5 juillet 1687, par ordre du 24 juin (O' 3i). Voir II, 43i.
HuvÉ, voir Bernard.
i54 Révocation de l'Êdit de Nantes a Paris.
Ibussy (M"'' d'), enfermée dans quelque couvent de Paris, fut remise à son oncle, M. d'Ibussy, en vertu d'un ordre du 2 février 1686 (O' 3o).
Imbert, dit Petitval, voir II, 579.
Isabelle ou Isabeau, femme de chambre de la demoiselle Gachon, mise à l'Hôpital-Général le 14 octobre 1699, mérita par sa constance d'être envoyée le 9 décembre aux Nouvelles-Catholiques (0'43).
Jacob (Pierre), bourgeois de Paris, marchand de soie, rue du Plat-d'Étain près le cloître Sainte-Opportune, et sa sœur Marie, fugitifs, furent arrêtés à Lafère le 22 octobre i685 et ramenés à Paris. On mit Marie aux Nouvelles-Catholiques; elle figure sur la liste du 14 décembre 1686 comme encore protestante et servant M'"'^ de Sainte-Hermine et d'autres recluses (Fr. 7o5i f° 248). Quant à Pierre, il fut conduit le 18 novembre au For-l'Evêque, où il se trouvait encore le 19 février 1686. Il n'en sortit qu'après avoir abjuré ; mais dans l'intervalle ses marchandises avaient été mises sous scellé, ses meubles vendus, et il était en outre condamné à payer 400 livres au sergent Roger, envoyé en garnison chez lui. Il demanda que la somme fût diminuée. Sa femme, Susanne Daniel, lui avait donné au moins une fille, Susanne, mariée en 1662 à Charles Drelincourt, docteur en médecine (Fr. 7o53 f"^ i54, 407 et 7o5i f°= 290, 3o5).
En 1686 des assemblées étaient signalées chez la dame Jacob, brasseuse, dans une grande maison de la petite rue Taranne, ayant deux entrées, l'une, rue Taranne, et l'autre, rue du Sabot (Fr. 7082 f° 118).
Jacques, voir Heck.
Jacquinet, détenu à Vincennes, mis en liberté par ordre du 10 juillet 1689(0' 33).
Jacquinot (M"'=). Le marquis de Seignelay, qui présidait avec un calme imperturbable à l'enlèvement des enfants et à l'emprisonnement des parents, paraît cependant avoir eu comme une velléité d'attendrissement à l'égard de M"= Françoise Jacquinot « extraordinairement prévenue de sa religion » (Fr. 7o5i f" 236), et mise au For-l'Évèque, pour refus d'abjuration, le 4 juillet 1686 (Fr. 7o53 f" 168). Il écrivait à La Keynie le 26 décembre: «La demoiselle
Emprisonnés à Paris. i55
Jacquinot, opiniâtre, est petite-fille du [premier] valet de chambre de Henri IV et fort délicate, et semble mériter quelque considération; il vaudrait peut-être mieux la mettre dans un couvent ^ue dans un château » (O' 3o). Dès le 22 août, le roi avait ordonné qu'on la conduisît aux Nouvelles-Catholiques; mais la place manquait: il fallut longtemps attendre. Au mois de janvier 1687, La Reynie reçut de la mère Garnier le billet suivant: «Nous avons préparé une chambre à M"'= Jacquinot, qui n'est pas celle de M'"'' de La Massaye, parce qu'elle n'a pas eu agréable de changer de demeure; mais nous avons mis M"° Bernon dans la chambre de M"" la maréchale de Créquy... Nous n'avons pas un pauvre coin où nous puissions mettre personne à présent» (Fr. 7o53 f°35). Enfin Desgrez conduisit la prisonnière à son nouveau domicile le 3i janvier 1687, par ordre du 12 (O* 32). Quand Fénelon et les Nouvelles-Catholiques eurent acquis la conviction qu'ils ne triompheraient pas de la constance de la pieuse demoiselle, Seignelay ne recula nullement devant le traitement qui lui avait d'abord paru excessif. Par ordre du 4 août, la courageuse huguenote fut envoyée, avec M""^ Guignard, Monyer aînée et cadette, de Saint-Seurin, du Ry cadette. Le Juge et de Larroque, au château de Nantes, où on la nourrit sur le pied de quinze sols par jour, aux dépens du roi. On l'autorisa, le 28 octobre, à dépenser une somme de 400 livres qu'elle avait sur la banque de Lyon. Nous la retrouvons encore dans le même château le 6 février 1688, inscrite à raison de 5oo livres par an. Elle fut peu après expulsée du royaume et ses biens, donnés à sa nièce Marie-Anne (O' 82).
Jandun. Philippe Duhan, seigneur de Jandun en Champagne, conseiller d'Etat et privé, était venu à Paris, dans le dessein de passer à l'étranger, avec sa femme Marie Danger, fille du gouverneur de Mézières et de Charleville. Tous deux furent arrêtés par ordre du 8 décembre 1686 et conduits à la Bastille, d'où M™'= de Jandun fut transférée au couvent des Filles Sainte-Marie de Reims. Philippe quitta la France en 1687 et se retira à Berlin, où le rejoignirent sa femme et son fils Charles-Egide, né à Jandun le 14 mars i685 (O < 3o; Fr. 7052 f° 285, 7o53 f° 166 et Fr. pr. IV, 38i).
Philippe appartenait sans doute à la famille parisienne de Jean Duhan, seigneur de Jandun, avocat au Parlement, secrétaire de Turenne, puis conseiller du roi, marié en 1654 à Judith Carton, fille de Florent Carton, receveur-général des gabelles à Saint-Quentin, et l'année suivante à Marthe Croyé, qui lui donna Henri-Charles (i656), Jean (1657), Charles (1666) Daniel (1669).
i56 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
Jean pouvait être frère d'Eusèbe, mercier, mort en 1677 âgé de soixante-dix-sept ans, à qui sa femme Abigaïl Coulomb avait donné au moins six enfants.
Janots (Anne), voir Closroger.
Jaucourt (M"<== de), voir II, 356.
JoiGNY (M™" de). Le 29 janvier 1686, Seignelay ordonnait de mettre dans un couvent la dame de Joigny, qui s'appelait autrefois M"'= de Marans et qui était toujours près de M"'= de Chabot. On la mit aux Nouvelles-Catholiques. Le i" février 1686, La Reynie recommandait à la supérieure d'avoir « grand soin » de la marquise de Joigny, et de faire tout ce qu'elle pourrait «pour l'obliger à se convertir». La marquise sortit du couvent, par ordre du 25, sans doute après abjuration (O' 3o). — Aurait-elle quelque chose de commun avec Philippe Leclerc de Juigné, sieur de Vrigny-Joigny, qui avait épousé la veuve de Louis de Refuge, laquelle mourut protestante en 1687? {France prot., VI, 472 b).
JoLLivET (Elisabeth), mise au Grand-Chàtelet pour la R,, le 2 août 1686 (Fr. 7o5i f°= 288, 275, 288).
JoLY (Pierre), avocat au Parlement, né en i638, fils de Jacob, procureur au Parlement, et de Marie d'Asnières, avait épousé en 1668 Anne Damain, fille de Nicolas, sieur de Beauvoir, et d'Elisabeth Tassin. Il fut l'un des derniers à abjurer, n'ayant donné parole au procureur-général que le i5 janvier 1686, ainsi que Da vin (Damain?) qui demeurait avec lui, c'est-à-dire pendant que la dragonnade fonctionnait à Paris (Fr. 7o5i i" 85). Il sut pourtant inspirer assez de confiance pour qu'on l'acceptât le 2 mars, ainsi que son oncle Tassin, ancien de Charenton, comme caution de sa belle-sœur Elisabeth Damain, veuve de Charles Brunier, enfermée à la Bastille, puis au Châtelet. M"'' Joly, refusant de suivre l'exemple de son mari et celui de sa soeur, qui avait plié pour sortir de prison, fut enfermée dans un couvent par ordre du 27 mars (O' 3o). — Nous ignorons si Louise Joly, attachée au service de M""= de Médan et dont l'abjuration eut lieu le 5 janvier, appartenait à la même famille, (Fr. 7o55 f" 877). — Madelaine et Louise Jolly, condamnées à Laon, comme fugitives, à être rasées et enfermées à perpétuité dans des couvents de Chartres, et leurs biens confisqués, interjetèrent appel et furent écrouées au Châtelet de Paris le 3o octobre 1686. Le Parlement confirma la sentence (Reg. d'écrou du Palais de justice).
Emprisonnés à Paris. i57
JossE, relégué à Clamecy, rappelé par ordre du 21 juillet 1686 (O' 3o).
JouHAULT, mis à la Bastille pour la R., le i"^ février 1686 (Arsenal, Ms. Bast. 10472).
Jourdain (Pierre), voir Hersant. ,
Joyeux (Jean), soldat au régiment des gardes suisses, guide, mis au For-l'Evèque pour la R. le 18 février 1686, s'empressa d'abjurer, et demanda le 24 la liberté qui lui fut accordée le 2.5. Mais sur les observations de La Reynie on le garda, et il fut transféré le 23 janvier 1687 au château de Saumur^ d'où il ne sortit que par ordre du i^"" octobre 1688 (Fr. 7o5i f 3o5, 7o53 f 398 et O* 3i, 32). — Etienne et sa femme, Marie, naturalisés anglais en 1700 (Agnew).
Julien (Geneviève), mise aux Nouvelles- Catholiques le 17 mai 1686, figure comme «non payante» encore protestante et servant les autres, sur la liste dressée le 14 décembre. Peut-être était-elle parente d'Etienne Julien, de la rue Sol}^, qui avait abjuré ou signé le 16 janvier (Fr. 7o5i f'"' 170, 248 et 7062 f" 24), ou de l'avocat Julien enfermé à la Bastille en 1699 {Fr. pr., X, 486).
JuMET (Jean), marchand de Paris, condamné aux galères par le Parlement de Bretagne, le i3 octobre 1686. Libéré en 1698 (Fr. pr., 2<= édit., VI, 289).
La Baritaudière, voir Le Maistre.
La Barre (De), gentilhomme des environs de Chevreuse (arrond. de Rambouillet), fut mis à la Bastille, le 10 décembre 1690, pour la R. et pour des discours insolents qu'il n'avait pas tenus. En effet, Pontchartrain écrivait le 19 au bailli de Chevreuse :
Par l'interrogatoire qui a été fait à M. de La Barre à la Bastille, il a paru qu'il peut y avoir eu de la chaleur contre ce gentilhomme de Ja part de ceux qui l'ont accusé, et le roi l'a fait mettre en liberté {Arc/i. Basf., IX, 284, 235).
M™^ de La Barre, veuve d'un audiencier de la chancellerie, habitant le quartier Saint-Antoine, fut arrêtée et mise dans un couvent par ordre du 14 février 1686 (O ' 3o).
L'Église réformée de Paris comptait dans son sein plusieurs autres familles du même nom, descendant de Josias de La Barre, joaillier du duc d'Orléans, et de François de La Barre, orfèvre
i58 Révocation de l' Edit de Nantes à Pans.
demeurant aux galeries du Louvre. Le premier eut de Renée du Chesne, sa femme : Josias (1621), Paul (1629), Isaac (12 janvier i63i), Henri (8 décembre i63i), Jacques (i633), Marguerite (i635), Jean (i636~>, Benjamin (i638), Anne, mariée en 1668 à Louis Le Vasseur, docteur en médecine. — Du mariage de François et de Marguerite Carré naquirent François (1628), qui eut pour parrain Josias, et pour marraine Marie Bahuche, femme de Boulle, menuisier en ébène; François (i63o).
Les extraits des Registres de Charenton mentionnent encore : Joseph (1648) et Josias (i65o), fils de Pierre de La Barre, orfèvre.
Joseph, aussi orfèvre, abjura, ainsi que sa femme Marie et Marie Villot, leur servante, le 16 janvier 1686 (Fr. 17420 f° 193). Nous ignorons quel était l'orfèvre du même nom qui avait donné, dès le 18 octobre i685, promesse d'abjurer.
Citons encore Judith de La Barre, veuve de François Roussel et âgée de soixante-six ans, qui abjura le 22 novembre i685 (Fr. 705 1 f° 358).
La marquise de La Barre (Anne Vallée, femme d'Anne de Chivré) et ses filles Françoise et Elisabeth, âgées de vingt-neuf et trente ans, rétractèrent leur abjuration à Londres, le 29 mai 1687, dans l'église de la Savoye. En 1698, une autre marquise de La Barre, bru de la précédente, Marguerite Bodin, femme d'Henri de Chivré, réussit à sortir du royaume avec ses deux filles (Bullet., 3"= série, II, 559). — M""= de Médan et M"^ de Chivré établies à Rotterdam en 1702 (B. Fr. pr., IV, 335, Bullet., IX, 309).
La Berlière, voir Le Maistre.
La Bizardière (Savigny de), de Chàtellerault, mis au Forl'Évêque comme relaps le 18 octobre i685, n'en sortit que par ordre du 3 mars 1686 (O ' 3o et Fr. 705 1 f° 3o5).
La Boulaye (M"= de). Le 14 août 1686, Seignelay écrivait à La Reynie : « Le roi m'ordonne de vous envoyer l'ordre ci-joint pour faire mettre dans un couvent la demoiselle de La Boulaye, qui loge chez la dame Crespé, à l'hôtel de Clamart, rue des Quatre- Vents, au faubourg Saint-Germain » (O * 3o). M"= de La Boulaye fut arrêtée le 16 et menée à l'Abbaye-au-Bois (Fr. 7o53 f" 168), d'oii elle sortit par ordre du 9 février 1687 (O ' 3i). Elle était, suivant La France protestante, IV, 542 b, fille de Philippe Eschallard, seigneur de La Boulaye en Poitou, baron de Châteaumur, gouverneur de Fontenay-le-Comte, mort en 1616, et par conséquent âgée de plus de soixante-dix ans.
Emprisonnés à Paris. iSg
Claude fit passer en Hollande par l'entremise de son fils 6000 livres appartenant à M'"'= de La Bou [laye] qu'il appelait « notre bonne et ancienne amie ».
La Boulonnière (Marie de) était enfermée aux Nouvelles- Catholiques à la fin de l'année 1698. Le i5 décembre, Pontchartrain ordonnait à l'intendant D'Ableiges de faire payer sa pension par ses parents, et, en cas de refus, de saisir les biens qu'ils avaient près de Niort (O' 42). Elle sortit de la maison de la rue Sainte-Anne, par permission du 22 août 1699, pour être confiée à son oncle et à sa tante Derval, demeurant à Tonnerre (O ' 43). Le sieur de la Maisonfort, habitant du Havre la réclamait au mois de septembre 1701 (O 248).
Un La Boulonnière-Domanchin abjurait à Paris le 29 décembre i685 (Fr. 7o55 f° 359).
Il y avait une famille Derval à Paris (Reg. de Char.)
La Brandonière (De), voir Des Loires.
La Capelle, voir II, 471.
La Chapelle, mis à Vincennes par ordre du 3i août 1686, et transféré de la prison Saint-Martin à la Bastille avant la fin de l'année, est évidemment un personnage différent de La Capelle (O • 3o et Fr. 7o5i f" 264).
La Chasteaudière (Pierre Vaslet de), avocat de Niort, arrêté par l'intendant du Poitou, fut envoyé à la Bastille où il entra le 19 décembre 1690, en même temps que M. de La Maisonneuve. Le 16 mai suivant, le roi invitait M. de Besmaus à permettre au P. Bordes de l'Oratoire de conférer avec les sieurs de Chàteaudière, Hudel et Grimaudet. La Chàteaudière sortit de la Bastille sous caution le 28 novembre 1691 par ordre du 20, à la sollicitation de M™^ Chardon et de l'évêque de Valence, et en prenant l'engagement de travailler au plus tôt à sa conversion [Arch. BasL, X, 236, 241). Selon M. Lièvre (III, 847), on le retrouve en 1698 dans la prison de Niort et en 1699 dans celle d'Angoulème.
La Chaumerlière (M""= de), emprisonnée 1689, voir II, 563.
La Chesnaye (M"'= de), envoj^ée chez les Hospitalières de Blois, par ordre du i3 septembre 1699 (O' 84).
La Combe. Le i5 janvier 1686, le commissaire Poiret écrivait qu'il attendait pour le lendemain ou surlendemain un grand effet
i6o Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.
des édits relatifs à la conversion des domestiques, et qu'il n'avait dans son quartier qu'une famille obstinée, celle du sieur La Combe, ancien commis aux aides (Fr. yoSi i° 91 et 17,421 f" 18). Le même jour Seignelay signait l'ordre d'arrêter et de conduire à la Bastille ce protestant indocile, sans doute Jean de La Combe, qui, avec Frégeville, avait assisté en qualité de témoin, à l'inhumation du proposant Bayle en 1684 (Reg. de Char.), et dont la femme s'appelait Elisabeth Beauchamp. Le 18 janvier, M. de Besmaus annonçait à la Reynie que M. et M™'= de La Combe étaient disposés à abjurer avec leur famille, ainsi que leur parent Meusnier, banquier, sa femme et une parente de M. de Gillevoisin, entre les mains du curé de Saint-Michel, «leur bon ami». «L'amitié que ce curé a pour eux de longue main, écrivait-il, leur fait souhaiter de faire cette action entre ses mains» {Arch. de la Bast., VIII, 386). Sans doute M""' de La Combe n'abjura point ; car elle fut mise dans un couvent par ordre du 27 mars, et nous ignorons ce qu'elle devint ensuite. Quant au mari, après avoir plié pour sortir de la Bastille, il fit passer ses deux filles à l'étranger, méfait pour lequel il faillit être arrêté de nouveau en 1699; mais D'Argenson fut d'avis de le ménager à cause de son grand âge et parce qu'il promettait de prendre des mesures pour le retour des fugitives (X, 228 et 01 48, 28 octobre). L'année suivante, feignant de vouloir les ramener en France, il obtint la permission de les aller chercher en Hollande et ne revint pas (O 248, lettre du 19 mars 1701). Nous ignorons si c'est lui qui fut naturalisé anglais en 1700. Il possédait dans la rue du Colombier (aujourd'hui rue Jacob) vis-à-vis de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, une maison de la valeur locative de 1400 livres qui fut saisie, et n'était plus louée que 56o livres en 1722 (TT 14, 409 et 488).
Un Jean Lacombe, parisien figurait au nombre des étudiants de Leide le 14 décembre 1689; deux ans plus tard on trouve sur la même liste un Philippe-Jacob de Lacombe, également parisien. La veuve Marthe Lacombe, 61 ans, était assistée en Angleterre en 1708 et Jean-Louis de Lacombe en 1705.
La Contaudière (M™^ de), voir II, 578.
La Coste (Françoise Denis, femme de Pierre), mise au Grand- Châtelet pour la R., le 18 octobre 1686 (Fr. 7o5i f°^275, 288).
La Coudrière (De). Le 5 décembre t686, Louvois ordonnait à La Reynie de faire arrêter à Paris, Jean Babault, sieur de La Coudrière, gentilhomme du Poitou, accusé de faire passer des
Emprisonnes à Paris. i6i
religionnaires hors du royaume (Arch. Bast., VIII, 440). Il demeurait rue Neuve-Saint-Eustache et avait épousé Madelaine Jodouin. Tous deux s'enfuirent sans pouvoir emmener leur fille. Bulteau, l'un de leurs locataires, auquel ils l'avaient confiée, réclamait plus tard 200 livres pour l'entretien de l'enfant. Leur maison fut confisquée (TT 14).
La Croix (De\ Trois femmes ou filles de la province, signalées le 25 mai 1686 comme venant d'arriver chez Divri, aubergiste fort suspect de travailler aux évasions, furent arrêtées le lendemain; mais l'une d'elles était trop malade pour qu'on la conduisît en prison. On la laissa chez Divri en donnant des ordres pour la faire «instruire», parce qu'elle était «encore de la R. P. R. ». Cette fugitive, nommée Catherine, était fille de Pierre de La Croix, marchand à Caen. Seignelay ordonna le 3i mai à M- de Gourgues d'avertir les parents de cette demoiselle de la retirer près d'eux lorsqu'elle aurait fait abjuration (O' 3o et Fr. yoSa f"' 160, 161).
La tempête ayant forcé un vaisseau hollandais de relâcher à Dunkerque, on arrêta l'un des passagers nommé Jacques de La Croix, natif de Montpellier. En sa qualité de Français réfugié en Hollande et faisant route pour l'Angleterre, il fut condamné aux galères perpétuelles, et amené à Paris dans la tour Saint-Bernard, pour y attendre le passage de la chaîne. Sur le conseil de l'exempt Auzillon, son parent, il fit abjuration et recouvra la liberté par ordre du 3o juin 1689 (O' 33 et Fr. 17,423 f" 25).
Outre le peintre Jean-Baptiste de La Croix, mort avant 1639, les Extraits des Registres de Charenton mentionnent plusieurs personnages de ce nom : Marthe de La Croix, mariée en 1668 à Jean-André du Clédat, sieur de Castillon; Christophe de La Croix, sœur de Merval, inhumé en 1674, David de La Croix, sieur de Merval, conseiller-secrétaire du roi, marié à Marguerite Hœuft, laquelle lui donna Marie, qui épousa en 1667 Alexandre du Vesc, sieur de Lalo, conseiller au Parlement de Grenoble. David épousa en secondes noces (i656) Marie Muisson dont il eut un fils nommé Louis-Henri (i653). A son tour, Marie Muisson se remaria en 1669 à François Morin, sieur de Sendat, guidon des gendarmes du roi. Le 3 mars 1687, le commissaire Gazon annonçait que Louis-Henri de La Croix, capitaine au régiment de Conty, beau-fils de Morin et neveu du conseiller Muisson, était passé, lui sixième, à l'étranger, laissant probablement des biens considérables (Fr. 7o5i f" 281). En effet, on saisit dans la rue Saint-Martin une maison qui
102 Révocation de l'Édît de Nantes a Paris.
lui appartenait (TT 14). Il servit en Angleterre sous Schomberg avec Masclari {Méui. de Bostaquet, p. 182).
Un La Croix, fruitier à Paris, abjura lors de la Révocation, moyennant la somme de quarante-cinq livres (Fr. yoSo f" i35).
Enfin Louvois écrivait à M. de Besmaus le 3 juin 1686, au sujet d'un prisonnier mis à la Bastille le i5 mars:
Le roi ayant vu par une lettre de M. de La Croix, capitaine au régiment d'Enghien, la disposition où il est de se convertir, Sa Majesté m'a recommandé d'expédier l'ordre ci-joint pour le faire mettre en liberté, que vous n'exécuterez qu'après qu'il aura fait abjuration {Arch. Bast., VIII, 33i, 415).
Ce capitaine s'appelait Henri-David, il fut admis la même année à la Cène à La Haye, après avoir fait acte public de repentance ; en 1692, il épousait en Angleterre Madelaine, fille de Théodore Le Coq, écuyer, seigneur de Saint-Léger et des Moulins, et de Madelaine Muisson.
Mentionnons encore Isaac de La Croix, fils de Jacques, Judith, sa femme, Isaac, Jean et Jacques, leurs fils, naturalisés anglais en i685; Moïse La Croix, naturalisé anglais en 1687; David de La Croix, âgé de 60 ans, et sa fille, assistés à Cantorbéryen 1708.
La Crosnière, voir Crosnier.
Lades (Marquis et Pierre), fugitifs arrêtés en Vermandois, mis au Grand-Châtelet pour la R. le 14 novembre i685. Tous deux y abjurèrent; Marquis en sortit le 4 décembre, et Pierre, le i5 (Fr. 7o5i f" 295).
La Perrière (M""' de) fut mise aux Nouvelles-Catholiques le 7 août i685. Pellisson payait pour elle i5o livres de pension, par ordre du roi. La liste du 14 décembre 1686 la mentionne de la manière suivante: «Serait un sujet pour la maison de Saint-C^'r, étant bien demoiselle et pauvre»; et celle du i" février 1687 nous apprend qu'elle était âgée de onze ans, n'avait pas encore communié et ne pouvait être sans danger remise à ses parents (Fr. 7o5i f° 248, 7o52 f""^ 25 et 3o). — Elle n'était sans doute point parente de Gédéon de La Perrière, sieur du Tertre, qui, en 1641, assistait comme ancien au synode de Mer.
La Ferté-Civile, voir Caron, II, 297.
La Fie le Comte (Le sieur de), relégué à Alençon, en fut rappelé par ordre du 3 mars 1686 (O' 3o}.
Emprisonnes à Paris. i63
La Fontaine (Les De). Jacques Le Maçon, sieur de La Fontaine, petit-fils du célèbre pasteur de Londres', était conseiller du roi, intendant et contrôleur-général des gabelles, et ancien député pour agir aux affaires de l'Église; il habitait la rue des Marais Saint-Germain, et n'avait pas encore abjuré au mois de janvier 1686, non plus que ses voisins Pressigny, Le Coq de Saint-Léger, Morin et Rozemont. Il fut mis au Grand-Chàtelet «pour la R.» le 3i du mois, et en sortit le 19 mars après abjuration (Fr. yoSi f° 295).
Il avait épousé en 1664 Madelaine d'Angennes, dont il eut douze enfants. M""" de La Fontaine fut conduite à la Bastille le i3 février avec ses deux filles aînées : Anne-Marie (i665) et Louise-Catherine (1667}. Pour en avoir plus facilement raison, le convertisseur Gerbais fit séparer la mère de ses filles, que l'on transféra le 20 aux Nouvelles- Catholiques (O' 3o). Le 27 avril, il écrivait à La Rej^nie: «La mère Garnier me vient de mander que l'aînée des demoiselles de La Fontaine paraissait être en de bonnes dispositions ; il serait de la générosité du roi de faire quelque chose pour ces deux demoiselles, supposé qu'elles se réunissent. Elles sont toutes deux jeunes, ont du mérite et de la qualité, et se trouvent dans un dénuement entier par le désordre des affaires de leur père et par des engagements où s'est jetée leur mère». Quant à celle-ci, ajoute le convertisseur, « elle n'a pas encore voulu prêter l'oreille depuis plus de deux mois et demi qu'elle est à la Bastille, et je ne sais quelles mesures on peut prendre pour l'obliger d'entendre; c'est une opiniâtreté sans pareille » (Fr. 7o53 f° i36).
Cependant M. de Besmaus, gouverneur de la Bastille travaillait aux conversions, même en dehors de la Bastille et aux Nouvelles-Catholiques, avec autant d'ardeur qu'un prêtre, ainsi qu'il résulte des lignes suivantes, non datées mais évidemment des premiers mois de 1686: «Je vous supplie, écrivait-il à La Reynie, de m'envoj-er un billet pour voir M"'' de Lespina}-, qui m'en prie instamment. M. de Lamon avait commencé à la toucher et M"°^ de La Fontaine. Elles sont bien fâchées de m'avoir quitté. Je ne gâterai rien si vous me permettez de les voir toutes trois, et je vous en rendrai compte» (Fr. 7o53 f"'454). Les deux demoiselles de La Fontaine abjurèrent peu après, ainsi que les D'Angennes leurs cousinesgermaines, afin de recouvrer la liberté ; Anne-Marie sortit des Nouvelles-Catholiques le 26 juin 1686, et sa sœur, un peu avant ou après. Le 12 août, on les conduisit à leur mère toujours à la
1 Voir De Schickler, Kgl. du Refuge.
164 Révocation de l'Édit de Nantes a Paris.
Bastille; mais ni leurs larmes, ni les exhortations du P. De La Tour d'Aliès* ne purent la faire faiblir. Avant la fin de l'année Anne- Marie et Catherine, accompagnées de leurs cousines D'Angennes, étaient réfugiées à La Haye ; elles firent reconnaissance publique de leur faute en 1687. Elles passèrent ensuite dans le Brandebourg avec leurs cousines ; Anne-Marie y épousa Frédéric de Wulcknitz, seigneur de Cuchern, chevalier de l'ordre de Saint-Jean (Erman et Reclam, IX, 118).
Dans l'espoir d'amollir M""" de La Fontaine, on permit aussi à son mari de lui rendre visite, le 3i octobre 1686. Enfin l'entrevue n'ayant point produit le résultat désiré, la prisonnière fut envoyée, le 4 août 1687, à la citadelle d'Amiens (O ' 3i), d'oîi elle sortit, par ordre du i3 mai 1688, pour aller passer trois mois près de son mari (O* 82). Il est probable qu'elle avait abjuré, sans quoi elle eût été expulsée du royaume ; mais elle courut aux assemblées dès qu'elle fut rentrée à Paris. Au mois de novembre 1690, le roi eut avis sans l'intermédiaire du heutenant de police, qu'il se faisait des assemblées d'une quarantaine de nouveaux catholiques chez le sieur et la dame de La Fontaine, rue des Marais, le long du jardin de l'hôtel de Liancourt; qu'un nommé Pressigny en était le personnage principal, et qu'une femme étant venue à mourir, on avait répandu le bruit pour éviter d'appeler un prêtre, qu'elle était morte subitement (O' 34).
Le 5 septembre, nous retrouvons M. et M™^ de La Fontaine à la Bastille, où on les avait conduits pour les obliger à représenter leur fils fugitif, réfugié en Suisse (un autre avait été mis dans le collège des Jésuites) (O' 87). «Ils assurèrent, disent les Mémoires de la Bastille, qu'ils n'avaient point eu de part à son évasion. . . et montrèrent qu'ils se résoudraient plutôt à mourir dans leur prison qu'à rappeler leur fils. Ils faisaient l'un et l'autre profession ouverte de la R. P. R. Ils avaient déjà passé une fois par la Bastille à cause de la religion, et cette seconde épreuve à laquelle ils résistèrent encore dut les rendre célèbres parmi les autres protestants de Paris». Ils n'en sortirent que le 3o septembre 1694 en vertu d'un ordre de la veille {Arch. Bast., X, 3).
La Force, voir II, 826.
La Fortune de Tilladet, voir Roger.
» 11 demandait le 7 avril 1686 la per- cousine germaine, je prends grand part à mission de voir à la Bastille M- de La sa conversion et j'espère y pouvoir contri- Fontaine. «Comme elle est, disait-il, ma buer » [RuUet., 4» st'rie, 1.28'!.
Emprisonnés à Paris. i65
La Fredonnière (M""" de) avait suivi à l'étranger son mari Coutance de La Fredonnière, dont les biens furent donnés à leurs enfants le i6 avril 1686; en outre, un sieur de La Fredonnière obtint, le 29 juillet, un brevet de 600 livres de pension. Etant rentrée en France, M'"'' de La Fredonnière fut arrêtée, et transférée des prisons de Vendôme à l'abbaye de Port-Royal, par ordre du 3 juin. Le 26 août 1687, le P. Bordes informait La Reynie qu'elle avait obtenu la permission de choisir le couvent où elle serait mise, et demandait pour elle une pension de 600 livres, qui, selon La France protestante, 2" édit., IV, 858, lui aurait été accordée en 1686. Il y a évidemment là une confusion.
La Fresnaye (M"' de), voir II, 246.
La Fuitte et Genuit, voir II, 287.
La Gaillarderie, voir II, 377.
La Garrigue (Jean de), béarnais âgé de trente-cinq ans et capitaine de vaisseau, avait épousé à Charenton, en 1684, Marie- Jeanne de Lussan, fille de Henri, apothicaire du roi, laquelle lui donna une fille la même année. Au mois de janvier 1686, M™^ de La Garrigue, habitant la rue des Filles-Dieu, quartier Saint- Eustache, était signalée comme protestante opiniâtre, tandis que sa mère, Jeanne Aubertin, fille du célèbre pasteur et veuve depuis i68r, avait signé (Fr. 7o5i f°'' 119 et 120). M""' de La Garrigue fut mise dans un couvent, par ordre du 20 février.
La Gastevine (Le sieur de), prisonnier pour la R. à la Conciergerie, fut relâché le 4 avril 1686, à la demande de M. de La Case, enseigne aux gardes, après avoir fait abjuration (Fr. 17421 fôo).
Laget (M"^), «non payante», mise aux Nouvelles-Catholiques le 29 juillet 1686. «M. de Saint-Sulpe doit la retirer» (Fr. 7052
fo 24).
La Girardière (De), gentilhomme poitevin, enfermé à la Bastille, est mis en liberté par ordre du 17 novembre 1689 {Arch. Basf., IX, 174).
La Grange (La femme du cordonnier), mise à l'Hôpital- Général et autorisée à en sortir au commencement de mars 1690, était encore prisonnière le 12 (O^ 84).
La Guipière (M"*), expulsée du royaume en 1688.
i66 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.
La Haye (Denise de), peut-être fille de Charles, sieur de La Jurie, lieutenant de l'artillerie, mort en lôSg, fut transférée des Filles repenties chez les Cordelières du faubourg Saint-Marcel, par ordre du 4 juin 1686, et par ordre du i5, chez les Bénédictines de la rue des Postes, d'où elle sortit, par ordre du 16 novembre (O « 3o).
La Haye (Etienne), perruquier âgé de vingt-quatre ans, nouveau converti, absenté de Paris à dessein de passer en Angleterre. Le 8 avril 1699, Pontchartrain ordonnait à M. de Louvigny de l'arrêter à Harfleur ou à Montivilliers, et de l'envo^^er à la Bastille iO « 43).
La Héronnière (Le sieur de), détenu à la Bastille, fut mis en liberté par ordre du 28 avril 1687 (O * 3i).
La Hogue (Marthe de), voir II, 586.
Laisement (De), voir Guybert.
La Javelière, voir Des Loires.
Lalo (Alexandre de Vesc de), de la maison d'Epeluche, exconseiller au Parlement de Grenoble, se trouvant au faubourg Saint-Germain de Paris en i685, fut relégué le 16 décembre avec sa femme Marie de La Croix à Guéret (O ' 29), «où il ne trouvait pas seulement, dit Jurieu, qui le voulût servir pour de l'argent. Après l'y avoir détenu quelques mois, M™" de Lalo étant tombée dans de très fâcheuses incommodités, on l'envoya en Dauphiné; on traduisit M. de Lalo au Château-Trompette, où on l'enferma entre quatre murailles, sans lui laisser autre commerce que celui d'un moine qui l'allait tourmenter en mille manières tous les jours, et qui, ne pouvant rien avancer, le quitta en lui disant de se tenir prêt pour être transporté aux Pyrénées » [Lettres pastor., I, 90). M. de Lalo fut, en effet, expulsé du royaume en 1688.
La Loupe. L'entourage même de Madame subit la persécution comme tout le reste. On écrivait, en effet, de Paris à la Gazette de Harlem, le 12 juillet 1686: «M"'=^ Patie et de La Loupe, qui étaient auprès de Madame, sont'à l'Abbaye-au-Bois {BuUet., -z" s., XV, 403).
La Maisonneuve (De) emprisonné 1690, voir II, 572.
L'Amandé (Charlotte), parisienne, orpheline de père et de mère, âgée de douze ans, menée aux Nouvelles-Catlioliques le
14 janvier 1686, par le procureur du roi, était notée le 3o juin pour, apprendre un métier (Fr. 7052 f° 168).
La liste des réfugiés à Berlin dressée en 1698 et 1700 mentionne: Daniel Lamandé, passementier, sa femme et un enfant; la veuve Lamandé, passementière, et la veuve d'André Lamandé (Ms. Dieterici).
La Mas (Jonas), d'Ancy-le-Franc, mis à la Bastille 1690 [Fr. pr., X, 486).
La Massaye (M"'= de). Henri Amproux, sieur de Lorme de La Massaj'e, seigneur de Mouchamps en Poitou, essaya de préserver ses coreligionnaires de la violence des dragons, et prit la fuite au moment où l'intendant Foucault allait l'incarcérer et raser sa maison par ordre de Louvois. Arrêté quelques mois après (5 janvier 1686), il fut mis à la Bastille '. Là il plia et, voulant tirer parti de son apostasie, il pria Louvois de le conduire à la messe. Il obtint le 3 février 1687 une pension de i5oo livres (O ' 3i). «Au fond, écrit Foucault dans ses Mémoires, il n'était point converti». Cependant il se fît ensuite convertisseur, de sorte qu'on lui confia sa sœur, dont Fénelon et les Nouvelles-Catholiques n'avaient rien pu obtenir, et plus tard deux de ses nièces nouvelles catholiques (Voir aux Anciens Des Marchais, et Lièvre, III, i).
M"*^ de La Massaye fugitive n'était point encore arrivée à Paris, que déjà (5 mars 1686) l'ordre était donné de l'arrêter et de la mettre dans un couvent (O ' 3o). Elle fut conduite le 26 mai par l'exempt Auzillon (Fr. 7o53 î° 159) dans la maison des Filles du Précieux sang de Vaugirard, auxquelles elle devait le 17 juillet sa pension de trois mois, réclamée par la sœur Marie de Saint-François (Fr. 7053 f° 37). Par ordre du 19 juin, elle avait été transférée le 28 aux Nouvelles-Catholiques, où elle était notée en décembre comme ne voulant pas même parler de religion, et disposée à payer à raison de 400 livres par an. Elle y resta au moins un an, témoin la lettre suivante que Seignelay adressait à Foucault le 16 juin 1687: M"^ de La Massaye qui est dans la maison des Nouvelles-Catholiques de Paris, témoigne beaucoup d'envie d'être près de M. de La Massaye, son frère, qui est en Poitou, et on croit que ce gentilhomme, qu'on dit être bon catholique, pourrait mieux que personne contribuer à sa réunion. Je vous prie de me mander s'il fait son devoir de catholique, et si vous croj'ez qu'il n'y ait point d'inconvénient à lui envoyer sa sœur; auquel cas il serait nécessaire que
' Voir Monginot.
i68 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
vous prissiez la peine de lui dire que, s'il veut répondre d'elle et prendre des mesures pour la faire conduire chez lui, Sa Majesté lui en fera donner la liberté » (O • 3i).
Nous ignorons quel membre de la famille concernait le billet suivant adressé le 4 février lôgSà M"'" deLaMassaye: «Sa Majesté veut bien que M. votre fils revienne en France, mais il faut que ce soit en se faisant catholique et non autrement; que s'il prend ce parti, vous pouvez bien lui dire de venir, qu'il sera favorablement traité et qu'il pourra espérer toute sorte de protections de Sa Majesté. Il en sera de même de M. de La Muce*, s'il veut faire sa réunion » (O' 37).
Et le 12 mars :
«Je suis fort réjoui du parti que M. votre fils prend de revenir en France pour y faire sa réunion » Ibid.
Susanne de Lorme, l'une des plus touchantes victimes de l'intolérance du temps, paraît appartenir aussi à la famille poitevine. Pierre de Lorme, passé en Angleterre, avec sa femme Madelaine et leurs enfants (i685), n'avait pu emmener sa fille aînée Susanne, mise à douze ans dans le couvent de Sainte-Anne, près Saumur, non loin du manoir paternel. Le père Anselme se chargea d'activer la conversion de la petite hérétique, et lui fit souffrir mille maux; après quoi il l'envoya dans un couvent de Paris, où elle resta deux mois livrée à tous les mauvais traitements imaginables (a victime ta pitiless tortures). Il la confia ensuite à deux briquetiers des environs de Saumur, hommes grossiers et violents, qu'il chargea de la contraindre d'abjurer. Ils ne réussirent qu'à la torturer. Pendant ce temps, le père ruiné par l'émigration, mendiait en Angleterre des secours qui lui permissent de revenir en France pour y chercher sa fille. Il la retrouva et l'emmena en l'absence des deux brutes qui la gardaient; mais la pauvre enfant, constamment rouée de coups, avait l'épine dorsale déjetée, et resta infirme toute sa vie. Elle vécut avec son frère Paul de Lorme, qui ne se maria point, en souvenir de sa fiancée, Adèle de La Chesnaye, que la mort lui avait ravie (Agnew, III, 2o5).
Lambert (Zacharie), parfumeur âgé de soixante-onze ans, signe un acte d'abjuration du 17 au 19 novembre i685. Marie Lambert, au contraire, fut mise au Grand-Châtelet pour la R., le 27 septembre 1686 (Fr. 7o5i f"^ 275, 847). Jacques Lambert
' Charles Goyon, baron de Marcë, épousa Henriette de I a Muce-Ponthus.
Emprisonnés à Paris. 169
de Paris, admis à la sainte-cène à La Haye en 1641 (Ms. B.
du pr.)-
La Melonnière (Isaac de Monceau, sieur de), lieutenant-colonel du régiment d'Anjou, «homme de mérite et bien fait, disent les Mémoires de Sourches, mais de la R. P. R. et fort opiniâtre», appartenait à l'une des familles les plus considérables et les plus nombreuses de Paris. 11 avait épousé en 1679 Anne Addée, fille de Louis, sieur de Grandchamp, et d'Anne Bothereau. Il avait trois enfants lors de la Révocation : Louis-Isaac (1680), Susanne-Anne (i683) et Marianne (i685). — On lit dans un rapport de police non daté, mais de peu antérieur au 25 décembre i685: «Les sieurs de Grandchamp ', La Melonnière, Ferrière, Frégeville, d'Antin, Marmier et plusieurs autres chefs de famille travaillent avec soin à leur instruction» (Fr. 7044 f" 181), c'est-à-dire, si l'on supprime l'euphémisme, se préparent à subir l'abjuration obligatoire. Les renseignements donnés au pouvoir furent bientôt moins optimistes, Louvois écrivait à La Reynie le 26 janvier 1696 :
Le roi ayant eu avis que M. de La Melonnière... projette de sortir du royaume, l'intention de Sa Majesté est que vous le fassiez arrêter et mener à la Bastille, et je vous adresserai par l'ordinaire de demain les ordres de Sa Majesté pour l'y faire recevoir.
Si ses ordres furent expédiés, il semble qu'ils ne reçurent pas d'exécution, à en juger par cette nouvelle lettre du même au même:
Versailles 6 mars 1686.
J'ai vu aujourd'hui M. de La Melonnière, qui m'a paru avoir l'esprit fort embarrassé quand je lui ai parlé du retour de sa femme; il m'a dit qu'il ne croyait point la pouvoir faire revenir, qu'elle était partie à son insu, qu'elle était à Londres, qu'elle avait caché ses enfants à Paris, et qu'il n'avait pu découvrir où ils étaient que depuis deux ou trois jours; je lui ai demandé en quoi consistait sa famille; il m'a dit qu'il y avait un garçon de sept à huit ans, que sa femme avait mis sous un nom emprunté dans une pension ; je lui ai demandé quel nom, il m'a dit que c'était celui de Doglas qui est un nom fabriqué à plaisir, qu'il allait le retirer avec une de ses filles et qu'il le tiendrait chez lui; qu'à l'égard de l'autre petite fille, il la laisserait en nourrice où elle était; je l'ai congédié en lui disant qu'il était difficile que le roi pût croire qu'il fût converti de bonne foi tant que sa femme demeurerait hors du royaume.
' Probablement Samuel-Maximilien, né dont le père vivait encore en 1684 (iîe^. en «657 ^' fi^^re de M"* de La Melonnière, de Char.).
170 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
Cinq jours après, La Reynie mit le petit garçon chez les Jésuites, en assurant le père qu'on le lui rendrait dès que M™" de La Melonnière serait de retour (Arch. Basf., Vlll, 388, Sgô).
Deux mois plus tard, La Melonnière tenta de sortir du royaume avec plusieurs de ses amis, sous la conduite du guide Jacques Alglave, marchand de la ville de Binche. Les fugitifs, poursuivis par Desgrez, approchaient de la frontière le 27 mai 1686; tout-à-coup, entendant sonner le tocsin qui ameutait contre eux les populations des environs d'Avesnes, ils se jetèrent à l'eau pour passer une rivière où un de leurs valets faillit se noyer. L'exempt s'empara du guide resté prudemment sur le bord, et le fit écrouer le lendemain au For-l'Évêque (Fr. 7o53 f 802). Arrêtés à Mons, La Melonnière et ses compagnons furent emprisonnés à Maubeuge ; le 4 juin Seignelay ordonnait d'y envoyer Alglave pour être confronté avec eux (f" 804). On le remena ensuite à Paris, et malgré les placets dans lesquels il attestait son innocence et sa catholicité de père en fils jusqu'à la quatrième génération (f" 279), il fut transféré, par ordre du 19 aoùt^ au Vieux-Palais de Rouen (O' 80). — Plus heureux dans une seconde tentative, La Melonnière, qui avait fait vendre ses meubles, en juin, à quatre lieues de Paris (Fr. 7o53 i" 286), gagna l'Angleterre. Le 29 mai 1687, il faisait à Londres, dans l'Église de la Savoye, reconnaissance publique de sa faute. Le prince d'Orange le nomma colonel et en fit son aide-de-camp. Ce fut l'un des réfugiés qui se distinguèrent le plus en Irlande. Janiçon et Du Ry furent officiers dans son régiment. De 1708 à 1706, il figura parmi les commissaires chargés d'assister les réfugiés.
La Monnière (Elisabeth de), voir Drouin.
La Mothe, voir La Capelle et Villarnoul.
La Motte, voir Parisiens émigrés.
Lamotte. Pour prendre les guides sur le fait, les gens de la police feignirent parfois d'être protestants et de vouloir s'enfuir à l'étranger. L'exempt Auzillon s'étant abouché avec André Lamotte et Antoine Langrand, apprit d'eux qu'ils avaient reçu comme à compte 5o écus, pour conduire prochainement à la frontière Jeanne Sassery. Il obtint de se joindre à la fugitive, moyennant 20 écus qu'il paya sur le champ. Le départ eut lieu sans encombre le 4 octobre 1686. Près du Bourget, Auzillon se démasqua, arrêta toute la troupe et la conduisit au Petit-Chàtelet. Jeanne Sassery, encore prisonnière au mois de décembre, avait déjà faibli et abjuré.
Emprisonnes à Paris. 17T
— Lamotte et Langrand, catholiques de naissance, furent transférés au château de Saumur, par ordre du 23 janvier 1687. On ne les relâcha que le i'^'' octobre 1688 (Fr. 7o5i f°' 264, 286, O' 3o et 3i). Un autre Lamotte, ex-lieutenant des troupes royales, fut arrêté aussi comme guide le 3 juin 1689 (O* 33).
La Motte (Laumonnier, sieur de'), voir II, 583.
La Motte d'Aunoy (La dame de) fut transférée des Ursulines de Blois aux Hospitalières du faubourg Saint-Marcel, par ordre du i3 juillet 1687 (O' 3i\
La Motte (Baron de). Au mois d'août i685, lorsque les missionnaires bottés furent entrés à Montauban comme dans une ville prise d'assaut, l'évèque, l'intendant La Berchère et le marquis de Boufflers, convinrent de convoquer chez le marquis les quatre principaux personnages de la ville, et de les faire agenouiller par force et par surprise tandis que l'évèque leur donnerait l'absolution ^Benoit, V, 852). Ces quatre personnages étaient les barons de Montbeton, de Mauzac, de Viçose et Élie de Bar, baron de La Motte et de La Garde. Celui-ci «évita le piège en ne se trouvant point au rendez-vous; mais il en fut puni par la ruine de deux belles maisons qu'il avait, et enfin la misère et la prison extorquèrent de lui une signature» {Ibid., 854), mais seulement quelques mois plus tard.
Résolu à quitter Montauban et peut-être la France, il eut soin, avant son départ, de mettre en sûreté les papiers du consistoire ainsi que les registres de baptêmes et de mariages. Il fut enfermé à la Bastille dans les premiers jours de novembre. L'intendant, qui brûlait de s'emparer des biens de l'Église, s'entendit avec Châteauneuf et celui-ci avec M. de Besmaus, pour faire remettre secrètement au prisonnier une lettre de son homme d'affaires relative aux papiers enlevés et qui demandait une réponse. Nous ne savons si le baron donna dans ce nouveau piège; mais, dès le 8 janvier 1686, on lui accordait la liberté de la cour parce qu'il se montrait disposé à faire abjuration, et on l'assurait qu'il sortirait dès qu'il l'aurait faite. Le i3, Louvois invitait La Berchère à ôter les gens de guerre qu'il avait mis chez le baron, et à les y renvoyer le i5 février si d'ici-là il n'avait point de nouvelles de l'abjuration de ce gentilhomme (Arch. Bast, VIII, 358, 362).
Un autre De La Motte, ingénieur, peut-être parent du baron, fut mis à la Bastille le 11 décembre i685, et relâché, non le 7 janvier 1686, comme il est dit dans les Archives de la Bastille, "VllI, 342,
jy2 Révocation de PÉdit de Nantes à Paris.
mais par ordre du 8* ; il abjura le 12. Serait-ce La Motte-Michel, qui épousa, en 1694, Marguerite AUenet {Fr.pr., 2= édit., IV, 1043), et dont l'abjuration fut, selon la France protestante, VIII, 323 a, récompensée par un prompt avancement?
La Moussaye. Les Goyon de La Moussaye étaient l'une des familles les plus considérables de la Bretagne et habitaient Paris. Une dame de ce nom obtint en 1691 une pension de i5oo livres à titre de nouvelle convertie. Une autre, Marie Goyon, dame de La Moussaye, qui avait tenté de s'enfuir avec sa suivante Marie Guichet (voir N"^='-Cath.) et son parent le marquis du Bordage, fut mise en 1687 à la Bastille, où la demoiselle Descartes eut, le 25 avril, la permission de la voir. Sa constance défiant les efforts de tous les convertisseurs, il fallut l'expulser du royaume au mois de février 1691. Le roi ne lui permit pas d'attendre une saison plus favorable, ainsi que Pontchartrain l'en informait le 18 :
J'ai parlé au roi. Mademoiselle, sur ce que vous souhaitez rester encore à Paris pendant quelque temps; Sa Majesté voulait que vous en partissiez dès demain et elle vous a donné avec beaucoup de peine encore huit jours seulement; ainsi il faut que vous vous disposiez à partir sans y manquer lundi 26 de ce mois, auquel jour je vous enverrai un officier qui vous accompagnera jusque sur la frontière.
Elle se retira en Hollande, où elle mourut en 1717, laissant la réputation d'un modèle de piété et de bienfaisance (O' 3i, 35 et Fr. pr., V 347 a).
Un ordre du 3i octobre 1687 enjoignait à M. de La Falluère, premier président de Bretagne, de faire saisir la somme de 28,000 livres que M. de La Moussaye Carcouet devait à Lecoq (O' 3i).
Lamy (Pierre), tisserand, transféré au château de Saumur par ordre du 5 août 1689 (O ' 33). — Sa femme, Marie Le Clerc, âgée de quarante-sept ans, et sa petite-fille, âgée de treize ans, avaient abjuré le 2 janvier 1686 (Fr. 7o5i f° 82).
Landrieux, voir Gralin.
Lange (Marie Jacques, femme de), mise au Grand-Chàtelet le 6 septembre i685 (Fr. 7o5i l" 299).
Langey (René de Cordouan, marquis de), seigneur de Mimbré, Téligny, La Roche etc., et colonel de la cavalerie étrangère, était
' Arch. Guerre.
Emprisonnés à Paris. 178
fils de Jacques de Cordouan, sieur de Mimbré, et d'Anne de La Noue-Téligny, petite-fille de Bras-de-Fer. Il épousa en i653 Marie de Saint-Simon, marquise de Courtomer, qui lui fit au bout de quelques années un procès scandaleux et obtint l'annulation de leur mariage '. Elle devint ensuite femme du duc de La Force. A l'heure de la mort, « elle eut, dit Rou, un véritable remords de tout le mal qu'elle avait fait à son premier mari, elle reconnut son péché et l'avoua hautement avec tous les regrets qu'on saurait imaginer ». Le marquis eut de sa seconde femme, Diane de Montaut, sœur du maréchal de Navailles, sept enfants : Philippe-René (vers 1662I, marquis de Langey, colonel du régiment royal des cuirassiers ; Diane-Judith (i653), Henri levers 1664), comte de Langey, colonel de cavalerie et exempt des gardes-du-corps du roi; Augustin- Benjamin (vers 1666), sieur de La Noue, guidon des gendarmes; Anne-Henriette (vers 1667), Jacqueline (vers i668\ morte au bout de huit jours.
Animé d'une sincère piété, le marquis mérita par sa fermeté d'être rangé parmi les confesseurs de la foi réformée, tandis que ses fils, sacrifiant leur conscience à leur avenir, qui dépendait de la cour, abjurèrent, sauf un seul, sans la moindre difficulté. Le père, la mère, un des fils et la fille aînée, furent arrêtés par ordre du 18 mars 1686. On mit le père et le fils à la Bastille, dans des chambres séparées, sans les laisser communiquer entre eux, le roi ne voulant pas même qu'ils sussent qu'ils étaient tous deux dans la même prison. La mère fut envoyée à l'abbaye de Penthemont, et la fille, chez les Récollettes du faubourg Saint-Germain. Le fils abjura promptement ainsi que la mère, qui sortit de Penthemont par ordre du 17 mai, et y fut remplacée par sa fille. Quant au marquis, les visites de son fils (17 mai), celles du duc de Montausier, nouveau converti, celles des convertisseurs, notamment de l'abbé Deschamps et de l'abbé de Feuquières, celles de la marquise, qu'on évita toutefois de laisser coucher à la Bastille, demeurèrent inutiles (O * 3o). Pour voir si un régime plus doux ne l'amollirait pas, on le transféra, le 24 mars 1687, à rabba3'e de Saint-Victor (O^ 3i). Il fallut se résigner à l'expulser de France. Le 27 février 1688, le capitaine de La Pommeraj'e reçut l'ordre de le conduire à Mons, en compagnie du marquis de Thors, aussi enfermé à Saint- Victor, du chevalier de Saint-Hermine, détenu à la Bastille, du comte
1 Voir les détails très scabreux dans les Historiettes de Tallemant et dans les
Mém. de Jean Rou.
174 Révocation de l'Edit de. Nantes a Paris.
d'Aulnay, prisonnier à l'Oratoire, et de la famille de M. de Saint- Martin, ex-conseiller au Parlement (O' 32).
M"^ Judith de Langey imita la constance de son père. Vainement la marquise la tira de Penthemont (26 juin 1686) pour la garder un moment près d'elle, et la conduire ensuite dans un autre couvent. Seignelay dut ordonner à La Reynie (28 janvier 1687) de la renvoyer aux Récollettes, parce que les religieuses chez qui elle était demandaient d'en être déchargées, n'espérant rien de sa conversion. Le 5 avril, on l'envoya chez les Miramiones dont les efforts furent aussi infructueux. Sans doute M""" de Langey fut expulsée avec son père; car celui-ci priait Jean Rou de lui chercher un logement à La Haye, « tant pour lui que pour sa fille aînée qui ne voulait pas l'abandonner, le tout en attendant que M""" la marquise, après quelque ordre mis a leurs affaires, pût » le suivre, comme elle fit bientôt'. Les fils s'empressèrent de réclamer les biens des fugitifs, et l'aîné, de demander qu'on lui conservât son droit d'aînesse (TT. 25i).
Arrivé à La Haye le 19 mars 1688, le marquis de Langey s'empressa de rendre ses devoirs au prince d'Orange, descendant comme lui des Châteaubriant, et son allié par Louise de Coligny, femme du Taciturne. Le prince lui fit accorder une pension par les Etats-Généraux. Quittant la France en fugitive, la marquise rejoignit son mari et sa fille. Le 3o septembre, elle fut réintégrée dans l'Église et admise à la communion, après avoir fait reconnaissance publique de sa faute et rétracté son abjuration. Selon La Finance protestante, elle serait rentrée dans le royaume après la mort de son mari, et aurait reçu une pension de 4000 livres en récompense de son apostasie; et sa fille Judith, revenue avec elle, aurait été gratifiée d'une pension de 2000 livres.
Langle (M'""" de). Marie Amesincq, femme de Samuel Baux, sieur de Langle, pasteur à Charenton, fut mise à la Bastille par ordre du 5 juillet 1682. Le 8, un de ses coreligionnaires en transmettait la nouvelle au secrétaire d'Etat Williamson :
M"" de Langle, femme d'un de nos pasteurs, qui devait s'en aller en Angleterre^, fut arrêtée lundi par ordre du roi et menée à la Bastille; on l'accuse d'avoir invité une femme de la R. dont le mari a changé [Baron, sieur du Pont], de la suivre en Angleterre avec quatre petits enfants, de quoi elle se justifie fort; on l'interrogea hier. Tout le monde est consterné de cet emprisonnement (S/afc paper office).
' Mém. de Rou, II, 192. son mari, Jean-Maximilicn de l.angle,
* Elle allait rendre visite au frère de chanoine de Canterbury depuis Hi-ij.
Emprisonnés à Paris. lyS
Le 9 on permit à M""= de Langle de voir son mari, et on la mit en liberté le 24 [Arc/i. Bast., VIII, 233).
Cet emprisonnement hâta sans doute l'éloignement de Samuel de Langle qui se retira en Angleterre bien avant la Révocation, puisque dès le 29 septembre i683, Claude déplorait son absence ainsi que celle de Tessereau, son autre meilleur ami (Bibl. de Leide).
Langrand, voir La Motte.
Lanoix (Françoise), parisienne âgée de douze ans, orpheline de père et de mère, fut conduite le 20 janvier 1686 aux Nouvelles- Catholiques par le commissaire Delamare. Son père était rubanier. Le mieux pour elle, dit la liste du 3o juin, est d'être mise à la Pitié pour apprendre un métier (Fr. 7052 f" 168}.
Marguerite Lanoix, âgée de trente ans, servante de Jean Clauzier de la rue Saint-Denis, ne fit abjuration qu'après le 9 janvier 1686 (Fr. 7o5i f° 60).
La Panilleuse, voir Du Bois de Nemetz.
La Pemssière (De). Salomon Juliot de La Pénissière, gentilhomme poitevin, écuyer du prince de Condé et, en cette qualité, domicilié à Paris, avait épousé, le 6 août 1681, Gabrielle, fille de Gilbert, ministre de Charenton. Malgré le procès scandaleux qu'ils avaient fait à leur père et beau-père en i685 (voir ci-dessus I, 558), M. et M™° Juliot de La Pénissière songeaient à quitter la France et à emmener un petit garçon de Le Coq de Germain '. Mais à peine Juliot s'était-il abouché avec le Suisse qui devait les conduire à l'étranger, qu'il tomba entre les mains de la police. Le 29 avril 1686, Seignela}' écrivait à la princesse de Carignan : « Le roi ayant été informé que la femme et deux enfants du sieur Juliot de La Pénissière de la R. P. R. se sont retirés à l'hôtel de Soissons [rue des Vieilles-Etuves], dans la chambre du nommé Cal votre tapissier, Sa Majesté m'a ordonné de vous en donner avis et de vous dire que le meilleur moj'en de procurer la conversion de cette femme et de ses enfants étant de la faire mettre dans la maison des Nouvelles-Catholiques, Sa Majesté ne doute point que vous ne vouliez bien donner ordre à quelqu'un de vos gens de les y conduire» (O' 3o). La princesse s'empressa de faire disparaître M™^ de La Pénissière et ses enfants, et de répondre qu'ils ne se trouvaient point dans l'hôtel.
' Cet enfant était cache chez M"" Gappe, rue du Cherche-Midi.
176 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.
De son côté, le capitaine Desgrez demandait, le 3o avril, qu'on lui ôtât trois prisonniers qu'il venait d'enfermer dans «son four», notamment M. de La Pénissière, qui pleurait comme une femme (Fr. 7o53 f" 222). «Je vous supplie, Monsieur, écrivait-il encore à La Reynie, le i^"^ mai, que je sois débarrassé du sieur de La Pénissière; depuis hier matin il n'a pas mangé et je ne puis en venir à bout, n'ayant autre chose à me dire que, si sa femme savait où il est et qu'il n'est pas moi-t, il serait content. Ce sont des pleurs sans cesse, et d'où vient [dit-il], qu'il est plus maltraité que les autres, puisqu'il se soumet d'obéir aux volontés du roi et qu'on ne le veut pas entendre? Si l'on ne se presse à la cour, sa femme pourrait bien échapper ; car je sais qu'elle cherche à se tirer d'affaire » {Ibid. f" 220). En effet, passée de l'hôtel de Soissons dans une maison située en face, avec son cousin Dupuy qui n'avait pas abjuré (Fr. 7o5i f° 82), M"" de La Pénissière songeait toujours à quitter la France. Le 4 mai, Desgrez revient à la charge : Je crains, écritil, que M. de La Pénissière ne soit emporté par la fièvre et ne meure chez moi, s'il y reste encore deux jours {Ibid., f° 254). La Reynie ne se laissant pas émouvoir, M. de La Pénissière demeura au moins un mois chez Desgrez, bien que^ dès le quatrième jour, il se fût déclaré prêt à se soumettre aux ordres du roi, et que Seignelay eût ordonné, le i3 mai, de le mettre à la Bastille. Le 3o, le prisonnier demanda qu'on fît venir l'enfant qu'il avait laissé à La Jonquière, sur quoi Seignelay ordonna, le 4 juin, au curé du lieu, de remettre l'enfant au porteur de sa lettre. M. de La Pénissière ne fut relâché, par ordre du 8 juin, qu'après avoir révélé la retraite de sa femme et à condition d'abjurer. On' prit en outre des précautions pour l'empêcher de s'absenter.
Douze ans plus tard, au mois d'avril 1698, M"^ Marie-Gabrielle Juliot de La Pénissière, alors jeune fille de quinze ans et fille unique {Mercure hist., mai 1698, p. 53o), fut arrêtée avec une femme de chambre, à vingt pas derrière sa mère qui se dirigeait vers l'Angleterre. On la mit aux Nouvelles-Catholiques {Bullct., 3° sér., II, 559). Elle était réclamée au mois d'octobre par la demoiselle Laurenceau, et Pontchartrain écrivait, le 21 de ce mois, à la sœur Ancelin, supérieure de la communauté : « Sa Majesté est satisfaite d'apprendre que M"" M.-G. Juliot de La Pénissière est bien convertie, et veut qu'elle reste aux Nouvelles-Catholiques, afin que son père ne puisse la voir et qu'on achève de l'instruire». D'Argenson fut autorisé, le 9 novembre, à la confier à la dame Laurenceau «en ayant soin qu'elle ne la rendît pas à ses parents» (O* 42),
Emprisonnés a Paris. 1.77
mauvais catholiques. Salomon alla mourir à Londres, selon M. Lièvre, Hist. des prot. du Poitou, III, 96.
La Perle, voir Vion, II, 448.
La Perrine (M"'= de), voir Peray, II, 35o.
La Pierre (Marc-Conrad Sarrasin, marquis de) neveu d'Herwarth et conseiller au parlement de Grenoble, mandé à Paris par lettre de cachet avant l'arrivée des dragons. Il s'y rendit en août i685 avec un de ses enfants. « Au bout de six mois, on lui proposa de changer de religion, il refusa; on lui ôta son fils: ce coup lui fut plus terrible que tous les autres. Il prit la résolution de se tirer de Paris; il en partit avec M. de Vicques et quelques autres gentilshommes. On les arrêta à Landrecy. Les autres prirent peur et changèrent. M. de La Pierre ne le voulut point faire. Il y eut ordre du roi de le traduire dans la citadelle de Cambray, on l'y traduisit» (Jurieu, Lettres pasf., J, gi). Selon La France protestante, il fut expulsé du royaume en 1688.
La Planche, voir Maupin.
La Plan'che. Trois sœurs, couturières non mariées, qui devaient avoir abjuré à Maubeuge, Marie, Charlotte et Marguerite de La Planche, arrêtées avec huit autres personnes, le 8 décembre 1686, pour l'affaire de l'assemblée du faubourg Saint-Germain, furent enfermées à l'Abbaye pendant qu'on leur faisait leur procès. A leur sortie de prison, l'année suivante, elles allèrent demeurer, rue Mazarine, dans la maison de la demoiselle Colonia, tout près de l'agence d'émigration de Beck, et ne tardèrent pas à passer à l'étranger (Fr. 7o5i f°= 12, 280). Charlotte fit acte de repentance à Londres dans l'église de la Savoie en 1699; elle avait alors trente et un ans.
Laporte (Claude), mis au Chàtelet pour la R., le 14 novembre 1686 (Fr. 7o5i f^ 2833.
La Primaudaye, voir Des Loires.
Lardeau, voir Anciens, II, 98.
Largentier (Jacques), sieur de Chesnoy et de La Gaudine, capitaine au régiment de Montdejeu, et ancien de l'Église de Sézanne, qui le délégua au sj'node provincial de Clermont en Beauvoisis (1667), appartenait à une famille noble de la Champagne. Il
178 Révocation de rÈdit de Nantes à Pans.
avait épousé en i65oSusanne du Fay, fille de Daniel, sieur de Bugnot et d'Elisabeth de Loynes, qui lui donna six fils. Il les fit sortir de France avant la Révocation. Sa veuve et sa fille Charlotte furent mises au Grand-Châtelet pour la R., le 16 janvier 1686, et en sortirent le 18, après avoir promis d'abjurer (Fr. yo'Si f" 295).
La Roche (Jean de), peintre en miniature, avait épousé en 1682 Marguerite, fille de Jacques Coulonges, chapelier de Lyon, et en avait deux enfants: Marguerite (i683) et Jean (1684). Il gagna la Hollande à la Révocation, tandis que sa femme, restée à Paris en attendant qu'elle put le rejoindre, abjurait. Au mois de novembre 1686, la police intercepta une lettre du mari, qui invitait sa femme à se rendre à Guise et à s'adresser au chirurgien Gabet ou Gaberet, lequel se chargeait de lui faire franchir la frontière. En conséquence, M""= de La Roche fut arrêtée à Louvre en Parisis le i3 novembre, et mise au Petit-Châtelet avec son dernier enfant (Fr. 7o5i f"' 269, 285 et O' 3o). — Daniel de La Roche, marchand de vin rue de La Mortellerie, fit des difficultés pour abjurer (Fr. 7o5i P 206).
La Rochegiffart (M"° Marguerite de), dont la famille possédait la terre de Montaigu en Bas-Poitou, n'était pas encore arrivée à Paris, où elle se rendait avec M"° de La Massaye, pour chercher le moyen de s'évader du royaume, que Seignelay avait déjà signé, le 5 mars 1686, l'ordre de l'arrêter et de l'enfermer dans un couvent. Le 26 août 1692, elle était dénoncée à la police comme élevant dans la R. P. R. ses neveux, enfants du comte de Saint- Gilles, gentilhomme de Bretagne, qui, faisant des assemblées et ne s'acquittant d'aucun devoir de catholique, avait reçu, le 19 juin 1686, l'ordre de quitter Paris et de se retirer dans ses terres (O* 36). Le fils fut mis chez les Jésuites par ordre du 3o octobre. M"® de La Rochegiffart n'existait plus le 29 décembre 1693 (O* 37). — Le sieur de Saint-Gilles, mousquetaire, arrêté par ordre du 17 juillet 1686, nous ne savons pour quel motif
La Roche-Logerie (M"" de). Trois demoiselles Moysan de La Roche-Logerie, poitevines, dont le père venait de mourir en Hollande', étaient détenues en 1698 dans le couvent de Saint- Chaumont ou de l'Union Chrétienne, après avoir passé par les Nouvelles-Cathohques; en 1700 une quatrième fut mise aux
' «Il disait, lit-on clans les Mém. de Foucault, qu'il aurait souhaiti; endurer
le martyre pour sa religion ».
Emprisonnés à Paris 179
Nouvelles-Catholiques {Fr. prot. VII, 482). Celles-ci, la trouvant trop attachée à sa religion, voulaient s'en débarrasser comme d'une opiniâtre, et reçurent, le 17 novembre, l'ordre de la garder (O^ 44). Leur mère, domiciliée dans la paroisse de Saint-Eustache, les redemanda en 1702; le 28 octobre, Pontchartrain s'enquérait auprès de D'Argenson si toutes les quatre étaient assez bonnes catholiques pour pouvoir être remises en liberté (O 249). Le 10 janvier 1708, Pontchartrain autorisait les trois de Saint-Chaumont à retourner près de leur mère, si elles trouvaient quelqu'un qui répondît qu'elles resteraient en France. Elles ne furent relâchées que par ordre du 27 juin (O 25o).
En 1701, le médecin Mo3'san, peut-être frère des deux pasteurs de ce nom, était prisonnier au château de Nantes.
En 1705, nous trouvons sur la liste des assistés d'Angleterre Jacques Moysan, de Paris, âgé de 48 ans, atteint de consomption, Rachel, sa femme et un enfant de onze ans.
La Ronde (Esther de), fugitive, arrêtée avec quinze autres personnes de La Rochelle, fut mise à l'Hôpital-Général, d'où on la transféra aux Nouvelles-Catholiques, par ordre du i3 avril 1700 (0'44)-
Larriou (Pierre), mis au Petit-Châtelet le 8 décembre 1686 (Fr. 7o5i f"^ 286, 285) pour crime d'assemblée. Voir II, 624.
Larroque (M^^ de). Charlotte et Jeanne, filles de Matthieu De Larroque, savant pasteur de Rouen mort en 1684, essayèrent à la Révocation de passer à l'étranger avec Jeanne de Gennes, leur mère ; toutes trois furent arrêtées, et Charlotte, mise aux Nouvelles- Catholiques, d'où elle sortit, après avoir abjuré ou promis d'abjurer, par ordre du 28 janvier 1686. Persistant dans le dessein de quitter la France, elle se réfugia dans une officine d'émigration, où les agents de La Reynie la découvrirent et lui donnèrent une garnison, entre les mains de laquelle elle rédigea un placet dont voici l'analyse : « Charlotte De Larroque, fille majeure de Rouen, ayant formé le dessein de demeurer à Paris depuis sa conversion, s'est retirée chez Beck résident de l'électeur de Brandebourg et y a été arrêtée depuis quelques jours. Une garnison est depuis longtemps dans ladite maison, et ne peut en ce qui la concerne y être que par suite du préjugé qu'on a qu'elle aurait voulu sortir du royaume, à quoi elle n'a garde de penser et dont elle offre de donner répondant sûr et bien connu; elle demande qu'on l'y
i8o Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
autorise et qu'on ôte la garnison; elle offre pour caution Louis Chastillon, peintre et dessinateur pensionné du roi dans son académie de physique » (Fr. 7o53 f" 429).
Sans se laisser séduire par ces protestations, la police remit M"'= Charlotte de Larroque aux Nouvelles-Catholiques, d'où on la transféra, par ordre du 4 août 1687, au château de Nantes. Non moins malheureuses dans une nouvelle tentative d'évasion, sa mère et sa sœur furent arrêtées une seconde fois sur la frontière.
Lascaris (La comtesse de) figure sur la liste des recluses aux Nouvelles-Catholiques du 17 octobre 1686, avec cette mention: « venue de Hollande » (Fr. 7052 f° 25).
Lassay (M"^ de), enfermée dans un couvent du Cherche-Midi, fut rendue à son père par ordre du 14 mars 1687 (O' 3i).
La Taillée. Le 2 juin 1687, M"*" de Chauffepié vit arriver dans le couvent de Niort, où elle était enfermée, «la demoiselle La Sauvagère de La Taillée », qui « ayant signé une abjuration forcée, n'en voulait rien tenir» {Biillct., VI, 258). M""= de La Taillée fut ensuite envoyée à Paris, puis au château de Guise avec la nommée Cibot et Jeanne Bernard, par ordre du 16 novembre 1689. Le même jour, Seignelay écrivait au commandant du château :
Le roi envoie au château de Guise trois religionnaires opiniâtres qu'on n'a pu jusqu'à présent convertir ; il faut que vous leur fassiez voir quelque ecclésiastique pour tâcher de les instruire, et au surplus qu'elles n'aient point d'autre commerce; leur dépense sera payée comme celle des femmes qui sont déjà à Guise (O ^ 33).
M™^ de La Taillée fut expulsée du royaume avec M™= Cibot, par ordre du 4 décembre 1697 par Valenciennes, Mons et Bruxelles (O ' 41). Jeanne Bernard l'avait été dès le 8 janvier 1691.
La Touche-Chevrault (M"= de), petite-nièce de Dangeau, mise aux Nouvelles-Catholiques en mars 1698 {Mercure htstorîq. d'avril, p. 418).
Latour (Jeanne), mise aux Nouvelles-Catholiques le 3 août 1686, est portée sur la liste des « non payantes » comme devant être retirée par M"= de Charolais (Fr. 7052 P 24), et sur la liste du 14 décembre, comme n'ayant pas encore communié (Fr. 7o5i f" 248). Nous ignorons si c'est elle que concernait la lettre qu'un secrétaire d'État écrivait à l'évêque de Condom le 26 août 1705 : «Le roi trouve bon que la dame de La Tour sorte de la maison
Emprisonnes a Paris. i8i
des Nouvelles-Catholiques, ainsi que vous le proposez pour être remise dans sa famille, et j'écris à la supérieure de faire sur cela ce que vous désirez. Vous savez que le roi ne souffre en aucun lieu du royaume des religionnaires qui font ouvertement connaître leur opiniâtreté. Ainsi, supposé que cette femme ne se rende pas à la raison dans un certain temps que vous lui marquerez, elle ne doit pas espérer de demeurer paisible dans son opiniâtreté; et il faudra que vous soyez le premier à en avertir, afin qu'on puisse la faire renfermer ».
Un Latour, arrêté avec le pasteur du Désert Cardel, fut mis à la Bastille le 2 mars 1689, et transféré le 10 au couvent des Blancs- Manteaux. Pontchartrain signait, le 3i décembre 1690, l'ordre de le faire sortir de la Bastille et de Paris.
La Trémollière, voir Foissin.
Latroy (Pierre), cordonnier de Paris, fugitif arrêté non loin de la frontière de l'Est, fut emprisonné à Besançon, et y abjura le
19 mars 1886 {Bullct de la Société des travaux historiq., 1890,
L'AuBONiÈRE (Kerveno de). L'ordre d'envoyer dans des couvents de Paris, où l'on espérait les convertir, Kerveno de L'Aubonière, gentilhomme poitevin enchaîné sur les galères de Marseille, et sa femme, prisonnière à Rouen, fut donné en 1692, à la sollicitation du pasteur apostat Grostête des Mahis, devenu convertisseur, et à celle d'une nouvelle catholique zélée, Susanne Chabot, sœur de M™^ de L'Aubonière, et femme d'Alexandre de Goyon, seigneur des Coulandres. Le supérieur de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés ayant refusé de répondre de M. de L'Aubonière, la famille trouva un autre couvent qui consentait à s'en charger; en conséquence l'ordre d'envoi fut maintenu le 28 octobre, mais il ne paraît pas avoir été mis à exécution, sans doute parce que l'attitude des deux époux rendit évidente l'inutilité de ce transfert. M. de L'Aubonière mourut à l'hôpital de Marseille le 28 septembre 1693 (Lièvre, III 182; France prot., 2^ édit., VI, 289, et Reg. du Secret., O* 3i).
Laumont, voir Festu.
Launay (De). Sur un état des prisonniers de la Bastille du 17 décembre 1686 figure «à cause de la R. » un M. de Launay sur le compte duquel nous ne possédons aucun renseignement. Nous ne
i82 Révocation de f Edit de Nantes à Paris.
pensons pas qu'il appartint à la famille du peintre Daniel de Launay, parrain en 1661 d'un enfant de son confrère Michelin, mais plus probablement à celle de Louis de Launay, comte d'Entragues, qui épousa en 1677, Marie-Susanne de La Vespière de Liambrune {Reg. de Char.), et qui, après avoir abjuré en 1681, s'enfuit en Hollande à la Révocation et servit dans les gardes du roi Guillaume (Fr. 7o5i f° 252 et Fr. pr., VI, 427). — Jean Launay, autre fugitif dont les rentes furent saisies (TT i56, 433).
Laure (M"'= de), âgée de onze ans, mise aux Nouvelles-Catholiques le 4 octobre 1686, n'avait pas encore communié le i''"' février 1687, et ne pouvait «sans danger être remise à ses parents.» Sa mère payait pour elle une pension de i5o livres. Une demoiselle de Laure figure ensuite parmi les personnes que les Nouvelles-Catholiques nourrissaient par charité comme externes (Fr. 7062 f°^ 25 et3o).
Laurent, voir II, 483.
Laurier, (Julien), mis au Petit-Châtelet le 21 février 1687 (Fr. 7o5i f° 239).
Lautrec (Etienne de), marchand, transféré du Petit au Grand- Châtelet le 21 novembre i685, et à la Bastille le 4 février 1686, par ordre du i""", en sortit le 3 mars. Son parent César de Lautrec, mis à la Bastille par ordre du i^"" février, en sortit le 18 mars, en vertu d'un ordre du 17 (O' 3o, Fr. 7o5i f" 295 et Arcli. Bas/., VIII 38i).
Lauzon (Susanne), arrêtée par ordre du 14 avril 1688 et conduite à l'Union Chrétienne ou dans quelque autre couvent' de Paris.
Lauzun (M™'= de) voir La Force, II, 33i.
La Vaiserie. Seignelay écrivait le 9 juillet i685 à la supérieure des Ursulines de la rue Saint-Jacques: «Le roi voulant prendre soin de M"'' de La Vaiserie de la R. P. R., qui a dessein de se convertir et d'entrer dans votre maison pour y être pensionnaire. Sa Majesté m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous la receviez, et de vous dire que Sa Majesté fera régulièrement payer sa pension pour tout le temps qu'elle y sera» (O* 29). — Le 9 octobre 1687, le même secrétaire d'État ordonnait d'enfermer, dans des couvents hors Paris, deux demoiselles de La Vaiserie qui n'appartenaient pas plus que la précédente à l'Église de Charenton.
Lavigne (Anne Regnauldin, veuve) arrêtée avec Jeanne Roger, Marguerite Gaudon femme Cossart, Kdmée Simon et Marguerite de
Emprisonnés a Paris. x83
Neuchâtel, fut mise au Grand-Châtelet le 28 février 1686 (Fr. 7o5i f 238).
Lebeau (Jacques), catholique d'Etreux, travaillait aux évasions; arrêté en Vermandois et mis au Grand-Châtelet le 14 novembre i685, il en sortit le 26 décembre (Fr. 7o5i f" 295).
Lebei. (Enfants), enfermés dans des couvents en 1686, voir II, 489, n.
Lebert, voir II, 571.
Le Berthon (Jacob), fils d'un médecin de Châtellerault, étudia la théologie à Genève, et rejoignit à La Haye son oncle Orillard, au moment de la Révocation. Ne trouvant point à se placer comme pasteur, il se fit militaire. Ramené prisonnier en France, il prit du service dans l'armée. Puis venu à Paris, il fut jeté à la Bastille comme huguenot en 1700 {Fr. pr.).
Leblanc, voir Guybert.
Leblanc (Charlotte). Au mois de janvier 1678, Seignelay écrivait au procureur du roi: «Charlotte Leblanc, fille d'un orfèvre, voulant abjurer l'hérésie de Calvin, s'adressa, il y a quelque temps à M. Colbert, qui la fit mettre aux Nouvelles-Catholiques, où elle fit abjuration entre les mains de M. l'évêque de Xaintes. Elle fut mise, quelque temps après, entre les mains de Madame la maréchale de Humières pour être affermie dans la religion; mais ayant disparu dix jours après sans qu'on ait pu savoir où elle était allée, le roi m'a ordonné dé vous dire que vous a3rez à vous informer si elle s'est retirée chez ses parents, et en cas qu'ils l'aient fait enlever, que vous leur fassiez faire leur procès comme séducteurs et ravisseurs, et si, au contraire, elle 3^ est retournée de bon gré, que vous fassiez informer contre elle comme relapse » (O ' 22 Depping, Corresp. adiii. IV, 821).
Le Breton (M""). Le 26 octobre 1686, Seignelay informait M. de Nointel, intendant de la généralité de Tours, qu'on venait d'arrêter à Paris un marchand nommé Le Breton et sa femme, venus de Tours depuis quelques mois, accusés d'avoir fait sortir leur fille du royaume et de vouloir la suivre. Les demoiselles Le Breton de Tours, que nous voyons enfermées aux Nouvelles- Catholiques de Paris antérieurement au i5juin 1699, et qu'il fut question d'envoyer aux Nouvelles-Catholiques de Tours, appartenaient probablement à la même famille (O ' 48).
184 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
L'Église de Paris comptait plusieurs familles de ce nom, au moment de la Révocation.
Hercule Le Breton, graveur du roi, né en i65i du mariage de Julien, fourbisseur, et de Marie Marot, avait épousé à Charenton en 1679, Anne Secar ou Escar, de Sancerre; il abjura du 17 au 19 novembre avec sa femme et trois enfants (Fr. 7o5i f° 347). Sa sœur Marie n'abjura qu'après le i5 janvier 1686 {Ibid. f" 116).
Un Le Breton de la rue des Vieux- Augustins abjurait à la fin de i685 {Ibid. f° io5).
Françoise Le Breton, veuve de Pierre Malau, de la rue Sainte- Marguerite au faubourg Saint-Antoine, abjurait le 4 janvier 1686 (Ibid{° 58).
Un guide nommé Le Breton, arrêté avec La Capelle, près de Saint-Denis le 11 mai 1686, conduisant M"'' de Villarnoul, fut mis le lendemain dans les prisons ordinaires (O ' 3o).
Une demoiselle Le Breton fut, par ordre du 27 décembre 1687, transférée des Ursulines de la rue Sainte-Avoye dans un autre couvent (O ' 3i).
Lebrun (François), guide, arrêté et conduit à la Charité de Charenton, par ordre du 22 mai 1686, puis bientôt relâché, était dénoncé de Hollande comme étant sur le point de retourner à Paris (Fr. 7o52 f 8) ; aussi l'ordre de l'arrêter une seconde fois et de le mettre au For-l'Evêque, fut-il donné le 24 août (O' 3o), avant son retour. — Lebrun, lieutenant d'infanterie dans l'armée du prince d'Orange en Angleterre (Agnew, III, i5i). — Gabriel Lebrun, cocher de la veuve Drouin, arrêté avec elle à Guise, en 1686. — Judith Lebrun, de Paris, âgée de trente-deux ans, et sa fille, assistées en Angleterre, 1705.
Leclerc (Salomon), pasteur à Orléans, mis à la Bastille à la Révocation et en 1697. Voir Les premiers pasteurs du Désert, I, 410.
Il y avait à Paris d'autres Leclerc : Abraham, tailleur d'habits, et son frère Edmond, du quartier Saint-Marcel, reçurent à eux deux 36 livres pour prix de leur abjuration (Fr. 7o5o f" 140). Elisabeth, delà rue de l'Égout, non mariée, abjura le 12 janvier 1686 (Fr. 7061 f" 56). Susanne, femme de Jean Brigues, ouvrier en soie de la rue de Charenton, avait abjuré le 10 (f° 74), et Marie Leclerc, femme de Pierre Lamy, tisserand, le 2 (f° 82). Une nommée Leclerc sortit de la Bastille le 19 avril 1689 (Arsenal, ms. Bast. 10471).
Le 20 novembre 1697, Pontchartrain ordonnait à D'Argenson
Emprisonnes a Parts.
de donner à Leclerc et à sa famille « tous les secours possibles pour leur instruction» {Arch. Bast., X, i56).
Leclerc de Juigné, voir II, 898.
Lecointe. Madelaine de Lanave, veuve de Nicolas Lecointe, marchand à Elbeuf, Jacques Le François, apprenti drapier et sa sœur Marguerite, arrêtés en Franche-Comté comme ils essayaient de passer à l'étranger, furent mis au For-l'Evêque le 18 février 1686. Ils abjurèrent avant le 5 mars et demandèrent, ainsi qu'Esther Triboulet, veuve de Matthieu Fontan, les effets qu'on leur avait saisis. Pour sa part, la dame Lecointe réclamait :
Un collier de perles
Deux bagues garnies de diamants Cent-vingt louis d'or Une tasse d'argent Un billet de
Une lettre de change de 800 écus
3ooo livres
livres
(Fr. 7o5i f° 3o5 et 7o53 f" 488).
La veuve de Nicolas Lecointe réussit à passer à l'étranger. Un nommé Coustard s'était chargé de solliciter le paiement des lettres de change qu'elle lui avait remises, formant un total de 9947 livres, sur lesquelles il lui avait avancé i5oo livres pour son voyage (Fr. 7o55 f° 28).
André Lecointe, marchand drapier d'Elbeuf, âgé de cinquante ans, avait abjuré à Paris le 25 décembre i685 entre les mains du curé de SaintGermain-l'Auxerrois, abjuration attestée et signée par ledit curé et par l'exempt Auzillon (Fr. 7o55 f° 35o). Marie Frontin, sa femme, réfugiée en Brandebourg, avec sa fille Marie et son fils Charles, y fonda une manufacture de draps. — La veuve de Jean Lecointe, âgée de soixante-douze ans, assistée en Angleterre,
i86 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Lecomte (La dame), de Nîmes, arrêtée à Paris le 26 octobre 1686, voulant sortir du royaume (O' 3o). Il y avait à Paris une nombreuse famille du même nom. Abraham Lecomte, fugitif, dont les rentes furent confisquées (TT i55, 429). Jean-Baptiste Lecomte, de Paris, reçoit à Genève en 1704 un viatique pour se rendre à Zurich (Ms. B. du prot.). Jean Lecomte, de près Charenton, reçut à Genève en 1709 un viatique pour l'Allemagne [Ibid.].
Le Coq, voir II, loi, 268.
Le Coq (Isaac), de Coulongue, condamné aux galères par le conseil souverain d'Artois, le 23 août 1686.
Seignelay écrivait à Harlay le 16 janvier 1687: «Le nommé Isaac Le Coq, nouveau converti, qui est dans les prisons de la Tournelle depuis le mois de juin dernier, a fait présenter un placet au roi, par lequel il expose qu'il est âgé de soixante-trois ans, et que ses infirmités ont jusqu'à présent empêché qu'il n'ait été attaché à la chaîne. Prenez la peine, s. v. p., de donner les ordres pour le faire visiter» (Fr. 17421 f" 141).
On l'envoya aux galères, où il mourut.
Le Coq de Germain (M""=), voir II, 269.
Le Coq des Forges (M"''). Deux filles de Théodore Le Coq, sieur des Forges, conseiller, maître d'hôtel ordinaire du roi et ancien de Charenton, mort en 1669, toutes deux enfermées dans des couvents par ordre du i^'' février 1686 (O* 3o), eurent dans une égale fidéhté des destinées bien différentes.
Françoise, l'aînée, femme de Paul Du Plessis-Rambouillet, arrêtée le 5 février et conduite au monastère des filles de Bellechasse, fut remise le 27 novembre à la duchesse d'Aumont, puis confiée, le 8 mai 1687, à la dame Hersant (O* 3i). On l'expulsa du royaume, par ordre du 26 avril 1688 (O' 82). Pour l'autre, voir II, 247.
Ledet, voir Segray.
Leduc (Pierre). Un rapport de police du mois de décembre 1686 portait que Leduc devait emmener M""" Joly, demeurant avec sa sœur M'"'' veuve Bruguier au bout de la rue de Savoie (Fr. 7o5o f" 242). Ce guide, mis au Grand-Châtelet le 16 mars 1687, fut transféré au château d'Angers le 24 août et relâché le i""" octobre 1688, avec défense de venir à Paris. Il dit dans son interrogatoire que Marguerite de La Fricaudière venait fréquemment de Hollande
Emprisonnes à Paris. 187
à Paris pour emmener des fugitifs, et logeait habituellement rue de la Monnaie, chez un gantier, proche le Saint-Esprit. Il avoua qu'il avait apporté une lettre à deux demoiselles Dolon, logées à l'hôtel d'Ecosse, rue Guénégaud (Fr. 7o53 f° 144).
Lefèvre. Il résulte d'un placet adressé au duc d'Orléans (TT 154) par Louis Lefèvre, bourgeois de Paris, que son père avait eu quatre enfants d'un premier mariage : Isaac, Jean, Pierre, Marie, et quatre d'un second: Héléodore, Louis, Marguerite et Madelaine. L'aîné, avocat au Parlement de Paris, fut le célèbre confesseur qui mourut aux galères en 1702. Jean et Pierre passèrent à l'étranger lors de la Révocation. Marie fut plusieurs années dans le couvent des Ursulines de Nevers. Louis demanda les biens de toute la famille en déclarant qu'il avait épousé une ancienne catholique (voir Girardot, aux Anciens).
C'est sans doute d'Héléodore que parle La France protestante (VI 496 b) dans le paragraphe suivant qui débute par une inexactitude: «Isaac Lefèvre avait deux (!) frères, dont l'un fut assez heureux pour gagner le Danemarck. L'autre, qui était resté en France, travaillait en 1701 comme compagnon orfèvre chez Jacques Sevu [SeheultJ de Paris, nouveau catholique ainsi que lui. Soupçonné de vouloir passer dans les pays étrangers, il fut arrêté le 3 juin et jeté à la Bastille, une visite domiciliaire ayant amené la découverte de quelques livres protestants et de plusieurs lettres de réfugiés, d'une lettre de son frère Isaac entre autres, portant tous les caractères d'obstination et de révolte qui convenait à un hérétique endurci qui voulait s'ériger en martj^r ou en confesseur de la vérité. Elle l'exhortait à passer au plus tôt dans les pays étrangers, en fuyant de cette terre de malédiction qui était en proie à la violence et toute teinte du sang des saints. II finit par se convertir après plusieurs années de détention, et obtint sa liberté par son apostasie».
Il y avait à Paris d'autres Lefèvre protestants. Celui de la rue de Béthisy, qui demeurait au Soleil d'or, signa chez Seignelay le 14 décembre i685. Antoine, maître ouvrier en soie de la rue de Seine, âgé de soixante ans et natif de Saint-Pierre près Vervins, avait abjuré le 18 novembre après avoir été mandé à la police (Fr. 7o5i f° 44 et 7o55 f° 290). Les fîls de Nicolas, Pierre, âgé de dix-huit ans, et Nicolas, âgé de quinze ans, signèrent avec leur père le II janvier 1686 (Fr. 7o5i f° 76). Denise, femme de Pierre du Corbier, savetier (Fr. 7o5i f° 75), et Marie, femme de Jean Le Pare, âgée de quarante ans, abjurèrent également. Anne, fille de Jacques
i88 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
(Fr. 7o5o f° i38), Marie, femme d'Isaïe Delaulne, compagnon chapelier, et Louise, veuve de Louis Bertault, maître menuisier, âgée de soixante-douze ans (Fr. 7o5o î" i36), touchèrent pour prix de leur abjuration, la première, 20 livres, la seconde, 18, et la troisième, 60. Marie Le Fèvre, aussi parisienne et âgée de 29 ans, rétractait son abjuration à Londres le 3o juin 1698 (Arch. de l'Égl. de la Savoie). Josué Lefèvre, apothicaire et sa femme, Henriette, étaient naturalisés anglais en 1681. Tobie Lefèvre, de Paris, jeune garçon, assisté à Lausanne en 1698. Voir Dufour.
Lefranc, voir Briet.
Lefrançois, voir Lecointe.
Legendre (Jean-François), demeurant rue de Béthisy, à la ville de Beaiivais, député du commerce de Rouen, signa chez Seignelay le 14 décembre i685. — ■ Anne Legendre, femme d'Hector Marmier, de la rue Thibault-aux-Dez, promit, le 11 janvier 1686, d'abjurer, ainsi que Jeanne Naquet, sa servante, et Jacques Courot, son laquais (Fr. yoSi f'^ i5o). — Noëlle Legendre, au contraire, fut mise au Grand-Cliàtelet le 16 février 1687 (f" 288).
Legout, voir Monginot.
Le Goux de Périgny, exilé à Noyers, rappelé le 10 août 1686 après avoir promis d'abjurer (O' 3o).
Legros, de Villiers-le-Bel, enfermé à l'Hôpital-Général, en sort avec Guibillon, par ordre du 25 décembre 1699 (O' 48).
Le Heritter, voir II, 489.
Lejeune. Il y avait à Paris plusieurs familles protestantes de ce nom. Abraham Lejeune (1687), lapidaire, fîls de feu Paul, capitaine d'infanterie, et de Madelaine Carbonnel, épousa Esther de Massouverain, fille de feu Gabriel, médecin du roi, et de Jeanne Le Coulon. — Daniel Lejeune, sieur de Mimbues, avocat, témoin du mariage de sa sœur Madelaine avec Jacob d'Agar en 1675, abjura au mois de novembre i685 (Fr. 7o55 f'^ 277). Robert Lejeune (1628), avocat, fils de feu Nicolas et d'Antoinette Drelincourt, épousa en 1688 Elisabeth Ponsard, et fut témoin en 1676 du mariage du ministre Drelincourt, de Fontainebleau. Il demeurait rue du Cimetière-Saint-André, et signa le 12 janvier 1686 un acte d'abjuration (Fr. 7o5i f" 87). — Susanne Lejeune, veuve de Pitan (voir ce mot) mérita d'être rangée parmi les confesseurs. — Nous
Emprisonnes a Paris. 189
ne savons qui était Marie Lejeune, femme , mise au Grand-
Chàtelet le 7 mai 1686 (Fr. 7o5i f° 299), ni quel était Lejeune qui fut expulsé avec sa femme en 1688. C'était sans doute, non Pierre, ministre d'Espence [Fr. pr., VI, 628 b), mais l'un des deux frères, que l'exempt Desgrez accusait le 18 août 1686 de chercher à s'enfuir (Fr. 7053 f" 201), très probablement celui que l'exempt Auzillon dénonçait le 28 novembre comme tenant une agence d'émigration et faisant de nombreuses copies de l'ouvrage de Claude (Les Plaintes, etc.^ voir Emigration), que le dernier guide arrivé de Hollande lui avait apporté. Il tomba malade de chagrin lorsqu'il vit arrêter l'ancien Gervaise avec lequel il devait partir (Fr. 7o53 f° i85), et fut particulièrement surveillé par la police, ainsi que Pradal, à la suite d'une assemblée tenue chez lui au moment de l'arrestation du baron de Serres, c'est-à-dire au commencement de janvier 1687 (Fr. 7o53 f° 146). — Pontchartrain ordonnait le 23 juin 1699 d'arrêter la mère de Lejeune, laquelle se trouvait à Lyon sous le nom de Latran (O* 48). Voir II, 607.
La veuve du joaillier Abraham Lejeune de Paris, réfugiée à Berlin, 1698 (Ms. Dieterici).
Lejuge (M. et IM""), voir Ferdinand.
Le Maçon (Jacques), sieur de Barville, mis au Grand-Chàtelet pour la R. le 3i janvier 1686 (Fr. 7081 f" 802), peut-être fils de Jacques le Maçon, sieur de La Fontaine, arrêté le même jour, et dont le fils nommé Jacques était né le 12 février 1671.
Lemaire. Après une assez longue résistance, le coutelier Lemaire, de la rue Sainte-Marguerite au faubourg Saint-Antoine, se laissa ébranler par le convertisseur Bruzeau et reçut 100 livres pour prix de son abjuration et de celle de sa famille (Fr. 7060 {° i35 et 7o5i f 67).
Une famille du même nom, composée de Pierre, horloger, de Jean, son fils aussi horloger, de la fille et de son mari, Gavet, et de leur servante, Périnon, figure sur l'État des fugitifs dressé le 16 février 1687 (Fr. 7o5i f" 822). La vente de leurs meubles produisit la somme de 796 livres 7 sols, sur laquelle il fut payé 100 livres 5 sols pour le loyer dû au propriétaire, 420 livres 10 sols au sergent Durot qui était resté deux ans en garnison dans l'appartement, et 143 livres i5 sols pour les frais de l'apposition du scellé. Le reste alla grossir le fonds des confiscations. C'est sans doute le père ou le fils qui fut enfermé, par ordre du 6 mars 1686, dans une abbaye près de Paris.
igo Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Le II janvier 1686, Susanne Lemaire, âgée de quarante ans, femme de Nicolas Bonel, menuisier de la Grande-rue du faubourg Saint-Antoine, feignit d'abjurer (Fr. 7o5i f° yS) en attendant qu'elle put prendre la fuite. Elle figure avec deux jeunes enfants, sur l'Etat des fugitifs dressé le 14 janvier 1688 (Fr. yoSi f" 2i5). Le mari était resté à Paris.
Le 20 janvier 1699, Pontchartrain ordonnait d'arrêter Lemaire, bourgeois de Chàteaudun, qui allait fréquemment au prêche de l'envoyé de Brandebourg, et de l'interroger en faisant diligence pour arrêter celui qu'on soupçonnait d'être ministre (0*43). Voir II, 180.
Lemaire (Nicolas), voir Festu.
Le Maistre (Les). Il y avait à Paris lors de la Révocation plusieurs familles protestantes de ce nom, sur lesquelles on ne possède que des renseignements insuffisants.
Jacques, sieur de La Trésorerie et de La Thibaudière, né en 1628, qui signa chez Seignelay le 14 décembre i685 et devint fermier-général grâce à son abjuration, était fils de Denis Le Maistre, docteur en médecine à Orléans, et de Catherine Monceau. Il épousa en lôSy Jeanne Crommelin qui lui donna dix enfants (Voir Crommelin). — Son frère Daniel, sieur de La Bretonnière, né en 1689, épousa en 1671 Judith Boutinon, fille de Samuel, sieur des Hayes, lieutenant de l'artillerie de France, et de Judith Carton.
Les Extraits des Registres de Charenton mentionnent, en outre, Jean ou Isaac Le Maistre, sieur de La Brangerie, originaire de Gien, marié à Charlotte Mariette en 1654, dont la fille épousait en 1682 Benjamin Chazeray, sieur du Chesnois, d'Orléans; puis Rodolphe Le Maistre, parrain de Godefroy Fabrice en i658; et Samuel Le Maistre, chirurgien de Hambourg, fils de feu Samuel, chirurgien à Gergeau, marié en 1670 à Marie Belhomme, veuve de Jérémie Le Prestre.
Trois filles de Denis Le Maistre, marchand d'Orléans, et d'Andrée Babault, étaient inariées à Paris. Deux avaient épouse Alexandre et François Mariette, et la troisième, Charles Gravet, de la rue Saint-Martin.
Les papiers de Harlay nous apprennent qu'à la fin de novembre ou au commencement de décembre i685, Robert Le Maistre et son fils se faisaient instruire (c'était l'euphémisme officiel), et qu'on pouvait presque les compter pour convertis. Nous ne savons à quelle famille ils appartenaient, non plus qu'une dame dont un
Emprisonnés à Paris. 191
rapport de police du i5 mai i685 parlait en ces termes: «La veuve LeMaistre', parente deTassin, ancien de Charenton [et demeurant chez lui rue du Battoir], est partie ce matin par le carrosse de Valenciennes, avec une fille d'environ dix-huit ans, assez bien faite, et huit jeunes gens dont le plus âgé paraît être de vingt ans ou environ, tous bien faits et assez bien mis. Ce sont néanmoins, à ce qu'on prétend, gens de métier, comme perruquiers, orfèvres, etc. Cette veuve est âgée d'environ quarante-cinq ou quarante-six ans, assez petite, plus maigre que grasse, le visage rond, Elle doit passer par Senlis, Roye et Cambray » (Fr. 7o52 f" 188). Les Ms. de la Bastille nous apprennent qu'elle était partie dans le dessein de rejoindre son fils, perruquier à Brème (Arsen. 10,469).
Le 19 mai, le capitaine Prévost reçut l'ordre de courir après le carrosse de Valenciennes et d'arrêter tous ceux qu'il contenait; le 22, il fut chargé d'aller prendre dans les prisons de Péronne la veuve Le Maistre et Marie Chabin- pour les transférer à la Bastille, en remettant Chardin en liberté. Après avoir subi l'interrogatoire de La Reynie, ces deux femmes furent relâchées par ordre du 16 juin et confiées à la garde de Jean de Béringhen et de Tassin, anciens de Charenton, qui devaient répondre d'elles (O' 29). La veuve Le Maistre, accusée plus tard de connivence avec les guides, auxquels elle aurait adressé nombre de fugitifs, fut bientôt remise en prison. On l'expulsa du royaume par ordre du 26 avril 1688. Ses deux filles, Françoise, âgée de vingt-huit ans, et Jeanne, âgée de dix-huit, furent aussi arrêtées avant d'avoir franchi la frontière.
Françoise, native de Pont-de-Rouy en Bretagne et venue à Paris comme domestique, se trouva pendant sept à huit mois sans condition par suite de la Révocation. Elle était en relation avec une dame Du Plessis^, qui avait chez elle une parente âgée de dix-huit à vingt ans, Valérie de La Baritaudière, fille d'un gentilhomme poitevin de Fontenay-le-Comte. La communauté de foi et l'ardent désir de passer à l'étranger rapprochèrent la demoiselle et la servante. Un Gascon nommé Thibaude, établi en Hollande et mari d'une tante de Françoise, exerçait le lucratif métier de guide. Ses
' Marie de La Combe, veuve d'Etienne - Fille de service, de Mer près Blois,
I.e Maistre {Bullet., 3' sér., IV, 450). — qui était reste'e quatre ans chez Jean de
En 1684, Jean de I.a Combe, âgé de vingt- Béringhen, ancien de Charenton.
quatre ans, assistait comme témoin à ^ Serait-ce la femme d'Abraham Boulay,
l'inhumation du proposant Joseph Bayle, sieur du Plessis, retenue et emprisonnée
frère du célèbre écrivain (Ext. des Reg. à Paris lorsque son mari, pasteur natif
de Char.) ^ d'Alençon, quitta la France r
ig2 Révocation de fEdit de Najifes à Paris.
nièces le virent dans son logis de la rue de la Huchette, y conduisirent M"" de la Baritaudière, et le supplièrent de les emmener toutes trois. L'oncle ne put ou ne voulut se charger que de Valérie. On convint qu'elle se déguiserait en garçon et passerait pour son valet. Ils furent arrêtés à Lille, mais on relâcha Thibaude comme étranger et catholique. M"^ de La Baritaudière ne tarda pas à recouvrer aussi la liberté et à s'enfuir à La Haye, auprès de son oncle La Berlière, ci-devant major du régiment de Bourgogne, qui avait pris du service dans l'armée hollandaise, après avoir passé dix mois à la Bastille. Réfugiée ensuite à Londres, M"" de La Baritaudière se souvint des demoiselles Le Maistre et leur envoya, pour les conduire hors de France, un jeune homme qui lui inspirait une entière confiance. Françoise et Jeanne, n'ayant pas terminé leurs préparatifs de départ, adressèrent ce jeune homme au guide Dumont, de la rue de Béthisy, qui lui donna deu.x femmes à passer (Fr. 7062 f"^ 178). Parties à leur tour en compagnie du guide Etienne Châtelain de Villiers-le-Bel, les sœurs Le Maistre se laissèrent arrêter à Lille en 1686, et trouvèrent dans les prisons de cette ville le guide Boucher, garçon chirurgien, à qui Valérie avait remis une lettre pour elles. Ramenées à Paris, où elles arrivèrent au milieu de la nuit, elles subirent sur le champ l'interrogatoire du commissaire Delamare, après quoi Desgrez conduisit Françoise au Grand-Châtelet, et Jeanne, au For-l'Evêque. Françoise avoua que son amie Esther Nicole, qui avait longtemps habité Paris, devait lui envoyer de Guernesey, oi^i elle était réfugiée depuis six mois, de faux baptistères pour obtenir des passeports par l'entremise du suisse de l'ambassade anglaise. Desgrez écrivait le 28 que les deux sœurs avaient une grande aversion pour l'Eglise romaine, et qu'elles étaient cousines de Mariette, marchand de vin passé en Angleterre. Il affirmait le 18 août que Françoise, toujours au Grand- Châtelet, avait la ferme intention de sortir de France une fois qu'elle serait en liberté (Fr. 7061^201). En conséquence, Seignelay signa, le 29, l'ordre de la transférer au château de Péronne (O' 3o), d'où elle ne sortit le premier octobre 1668 (O' 82) que pour être expulsée du royaume (TT 235). Jeanne ne fut transférée du Forl'Évèque aux Nouvelles-Cathohques que le 27 février 1688 (O' 82), bien que, le 22 janvier 1687, Seignelay eût autorisé La Reynie à l'y envoyer sur la demande de la mère Garnier, qui espérait la convertir (O' 3i). Nous ignorons ce que devint Jeanne; quant à F>ançoise, elle épousait à Londres David Pougct en i6g5 {Fr. pr.).
Emprisonnés à Pans. igS
Les biens de Pierre Lemaistre, fugitif, notamment une maison de la rue des Boucheries, furent donnés à son fils Pierre en 1689.
Laurent Lemaistre, de Paris, reçut à Genève en 1707 un viatique pour la Suisse (Ms. B. du prot.).
Lémery (Nicolas), célèbre chimiste, sur le compte duquel nous n'avons découvert que quelques détails inconnus à /a France protestante, fut l'un de ceux qu'on essaya de convertir par la famine bien avant la Révocation, témoin la lettre adressée à La Reynie le 7 avril i683:
Sa Majesté veut que vous fassiez poursuivre le nommé Nicolas Lhémerj-, apotliicaire, pour avoir tenu sans permission des fourneaux et laboratoires, et que vous lui fassiez, s'il se peut, défendre de faire dorénavant les fonctions d'apothicaire.
En conséquence, Nicolas se fit recevoir médecin avant la fin de l'année. Son frère Louis, venu à Paris au mois d'octobre i685, dans le dessein de s'y cacher ou de s'enfuir, s'y trouvait encore lorsqu'on dressa la liste des personnes mandées chez Seignelay le 14 décembre. On les y inscrivit tous deux :
Lémeri aîné, avocat [procureur] \ au faubourg Saint-Germain Lémeri cadet, médecin-chimique* ) (Fr. 7062 f° 222).
Mais ils n'obéirent ni l'un ni l'autre à l'ordre de comparution. Nicolas n'abjura sans doute, le 8 janvier 1686, que contraint par la dragonnade. Quelques années plus tard, des plaintes s'élevèrent contre lui et le firent exiler de Paris. Seignelay écrivait à La Reynie le 11 avril 1689:
Sa Majesté veut bien éloigner les trois médecins nouveaux catholiques qui tenaient à Paris une conduite suspecte; mandez-moi où vous croyez qu'on puisse envoyer le nommé Esmery.
Et le 19 du même mois :
Vous trouverez ci-joint un ordre pour reléguer le sieur Emcry, médecin,
S'il eût continué à mériter l'animadversion du clergé, il ne serait certainement pas entré, comme il fit, à l'académie des sciences en 1699. Son frère Louis semble avoir été plus zélé protestant, bien qu'il eût été aussi contraint d'abjurer. Arrêté avec sa femme, ses enfants, un valet et une servante, près de Neuilly, dans la maison
• La Reynie le range parmi les nou- veaux convertis du quartier de la place
Maubert (Fr. 17421 f" 6).
194 Révocation de l'Êdit de Nantes à Paris.
de M""-' d'OUonne, un peu avant le 20 mars 1686, il fut relâché, ainsi que toute sa famille, par ordre du 28, grâce à un certificat d'abjuration collective qu'il put exhiber sur-le-champ. En 1689, il fut exilé à Semur, puis emprisonné à Rouen en 1696 « pour sa mauvaise conduite». — Louis devint chirurgien de l'hôpital de Cassel.
Outre un troisième Émery, que nous trouvons enfermé à Vincennes, le 3i août 1688, «pour l'affaire des bois de Bourgogne», il semble qu'il y en ait eu un quatrième, protestant comme les deux premiers, auquel la liberté de la cour de la Bastille et la permission de voir ses parents furent accordées le 14 août 1688, et qui sortit de la Bastille par ordre du 27 décembre 1690. C'est probablement ce dernier qu'un billet de Pontchartrain à La Reynie du 3 février i685 accusait de faire passer des religionnaires hors du royaume. — Agnew cite un Lémery parmi les officiers de cavalerie du roi Guillaume (III i5i), et trois Emery naturalisés anglais, Louis, Paul et Etienne, les deux premiers en 1687 (p. 48), et le dernier en 1691 (p. 53).
Le Monnier (Isaac), secrétaire des finances du duc d'Orléans, était fils de David, sieur du Chesnoy, et de Madelaine des Marets, morte veuve et âgée de soixante-huit ans en i685. Il avait épousé en 1671 Marguerite-Marie Gervaise, fille de Louis, ancien de Charenton, qui lui donna Louis (1672) et Abel-Daniel (1679). On le voit en 1674 présenter au baptême, avec Marie-Judith de Gorris, Isaac-François, fils de Pierre Petit, ci-devant maréchal de la cavalerie légère, et de Susanne Le Monnier. Ayant l'âme vénale, il profita de la Révocation pour dénoncer ses coreligionnaires et chercher, en décembre 1686, à obtenir la prime promise pour l'arrestation d'un ministre (Fr. 7o5o f° 88).
Un Le Monnier, arrêté et mis au For-I'Evêque par ordre du 20 décembre 1687, ne sortit du Chàtelet que par ordre du 3 janvier 1689 (O' 3i et 33); nous ignorons si c'était le gendre de Gervaise ou un homonyme. Nous ne savons pas davantage quel était le personnage du même nom qui fut tiré de l'Hôpital-Général par ordre du 4 novembre 1699 (O' 43).
Antoine Le Monnier, assité à Londres, en 1703, avec sa femme Judique Le Preux; Esther épouse à Londres, en 1692, Lucas Boistoult, dessinateur; Etienne, naturalisé anglais en 1697; Jean, de Norwich, épouse à Londres, en 1708, Françoise Pierre; Marie- Marthe, marraine de Thomas, fils de Benjamin Fourdrinier, à Londres en 1698 (Agnew); Susanne, femme du sieur Petit, fugitive.
Emprisonnés à Paris. igS
dont les biens furent donnés, en 1687, à son fils Du Quesne Mosnier, capitaine de navire (O' 3i).
Leneuf ou Lenud (Abraham), du Havre, condamné aux galères par le Parlement de Paris, en 1689. Libéré 1698 {Fr. pr., 2^ édit., VI, 295).
Le Noble, fugitif arrêté à Philippeville avec Grimpré, le 3 septembre 1686.
Lenoir (Barbe), détenu au château de Vincennes, relâché par ordre du 16 août 1698 [Bullct., IV, 212).
Lenormand (Judith Lebeau, veuve de Jean), pauvre vieille femme de soixante-dix ans, dont la Reynie demandait l'envoi à l'Hôpital-Général, le 17 janvier 1686.
Léonard (Jean), de Bertrée en Luxembourg, condamné aux galères par le Parlement de Paris, en 1687. Envoyé en Amérique {Fr.pr., 2*= édit., XI, 296).
Lepetit, voir Gralin.
Le Plastrier, voir II, 594.
Le Riche (Jeanne), dite Guérin, femme d'un protestant réfugié en Hollande et pourvue d'une pension de 400 livres, sans doute en sa qualité de nouvelle convertie, fut arrêtée à Versailles et enfermée à la Salpétrière le 2 mars 1692. Elle n'en sortit que le 26 janvier 1698 (Ms. Clairambault 984 P^38 ').
Lernoult (Adrien), dont le père, Pierre, fort riche, était réfugié en Angleterre et y avait été naturalisé en 1682 (Agnew), fut enfermé en 1686 chez les Pères de l'Oratoire, tandis que ses soeurs furent mises chez les Hospitalières de Calais (M 675). Le frère et les sœurs avaient sans doute été arrêtés en essayant de rejoindre leur père ; rien n'établit qu'ils fussent parisiens. Deux Adrien furent naturalisés anglais en 1688; l'un, le 5 janvier; l'autre, le 21 mars.
Leroux (Claude), voir II, 533.
Leroux. Seignelay écrivait au procureur-général le 20 janvier 1686 :
Le nommé Leroux, prisonnier de la Conciergerie, ayant demandé d'être mis en liberté à cause de l'abjuration qu'il a faite avec toute sa famille, il a représenté qu'il n'est détenu que pour dettes qu'il pourrait acquitter s'il avait
' Note communiquée par M. N. Weiss.
igô Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
la liberté, sur quoi le roi m'ordonne de vous écrire de prendre la peine d'examiner quel expédient il y aurait à prendre pour soulager cet homme en parlant à ses créanciers, ou par quelque autre moyen que vous trouverez le plus à propos (O^ 3o).
Françoise Leroux, femme de Pierre Deslandes, ancienne femme de chambre de la princesse de La Trémoille, et sa fille Frédérique, âgée de sept ans et demi, abjurèrent le i6 octobre i685. Elles étaient notées comme ayant besoin de secours (Fr. 7o52 f" 33i).
Alexandre Leroux, naturalisé anglais en 1700, appartenait peut-être à la même famille (Agnew).
Leroy (M™''), voir Lespine, II, 457.
Leroy, guide arrêté le 29 octobre 1686. Leroy, guide des demoiselles Amonnet, arrêté au mois d'août 1694 (voir Amonnet). M""^ ou M"'= Leroy de La Rochelle, mise aux Miramiones en 1700 (O' 44). Une dame Leroy, sans doute née Berthault, de la rue Saint-Martin, s'adressait en 1686, au guide Lespine pour passer en Hollande, oii elle avait déjà envoyé sa fille (Fr. 7060 f° 248). François Leroy, de Paris, admis à la cène à La Haye en 1698, après avoir rétracté son abjuration. Leroy, associé d'André Crommelin, aussi admis à la cène au même lieu le 16 février 1687 (Ms. B. du pr.). Anne Leroy, de Paris, âgée de 74 ans, rétracte à Londres son abjuration le 12 juin 1687 (Ms. Egl. de la Savoye). Jacques Leroy, de Paris, âgé de soixante-trois ans, Marie Blondel, sa femme, et un enfant malade, assistés à Londres en 1705 (Ms. B. du pr.). Elisabeth Lefèvre, de la rue de Charenton, veuve de Nicolas Leroy et son fils avaient signé la profession de foi le 27 décembre i685 (Fr. 7o5i f 181),
Le Royer (Veuve), voir III, 58.
Lescaille (François), protestant originaire de Liège, arrêté au mois de juin 1686, pour avoir participé à l'évasion de ses coreligionnaires. Desgrez se plaignait de son « opiniâtreté extraordinaire ». On le transféra du Petit-Châtelet à la citadelle d'Amiens, en vertu d'un ordre du 19 août (Fr. 7o53 f°= 286, 874).
Lescours de Savignac (M"" de). Le 6 octobre i685, Louvois annonçant à De Gourgues, intendant de la générahté de Limoges, l'envoi de la lettre de cachet qu'il avait demandée pour M. de Lescours, ajoutait: « Je ne doute point que Sa Majesté ne lui accorde une pension quand il aura fait abjuration». La mère et la sœur du jeune comte furent également persécutées: le 10 mars 1686,
Emprisonnés à Parts. 197
Louvois ordonnait à De Gourgues* de saisir toutes les propriétés de M"'^ de Lescours, de mettre cette dame dans un couvent et sa fille dans un autre^.'La prison assouplit promptement le fils, qui reçut une pension de 200 livres le 7 mai (O' 3o); nous ignorons si c'est lui qui se réfugia ensuite en Allemagne et devint premier gentilhomme de la chambre du duc de Brunswick {France prot., VII, 3i a). M"*" de Lescours dut aussi s'empresser d'abjurer, dans le dessein de recouvrer sa liberté et de passer à l'étranger; car nous la vo3'ons arrêter à Paris le 24 mai par Desgrez, qui la conduisit le même jour aux Nouvelles-Catholiques (Fr. 7o53 f° 168). Elle payait sa pension à raison de 400 livres. Elle est portée sur la liste du 14 décembre comme « nouvelle réunie, de bon exemple, zélée pour la religion et travaillant à l'instruction des autres» (Fr. 7o5i i" 248).
Lesobre (Susanne), voir Bezard, ancien.
L'Espérance (La veuve), conduite chez les filles de l'Union Chrétienne par ordre du 18 février 1698 (O^ 87).
Lespixay (M"^ de), sans doute angoumoise et fille de François de Lespinay et de Lidie de Chabot de Saint-Aulaye, fut mise à la Bastille avant le 12 février i685, et, par ordre du 20, transférée le 22 aux Nouvelles-Catholiques (O* 3ç), où elle payait sa pension à raison de 400 livres. Elle y reçut la visite de M. de Besmaus, gouverneur de la Bastille qui travaillait aux conversions comme un véritable prêtre^ (Fr. 7o53 f° 454). M"*^ de Lespinay abjura avant la fin de l'année. La liste dressée aux Nouvelles-Catholiques le i"' février 1687, la mentionne comme étant de bon exemple et travaillant à l'instruction des autres (Fr. 7o5i f" 248). Elle obtint une pension de 600 livres le 26 juillet 1688 (O* 82).
Lespine, voir II, 455.
Lesueur (Pierre), sieur de CoUeville, conseiller au Parlement de Normandie et commissaire royal dans plusieurs S3modes de cette province, transféré du Val-Richer à la Bastille, par ordre du 18 mai 1690, y passa plus de deux années et demi. Il fut envoyé à l'abbaye de Saint-Martin-des-Champs au mois de décembre 1692 {Fr. pr., VII, 47 a).
' Il passa de la généralité de Limoges ^ Papiers Bordier, Bibl. du prot.
à celle de Caen entre le i3 mars et le ^ Voir La Fontaine.
i5 juin 168O.
198 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Le Tellier (La nommée), arrêtée par Auzillon après septembre 1686, fut mise au Petit-Châtelet (Fr. 7o5i f" 264). Le Tellier (Charles-François), de Paris, chirurgien et perruquier, prosélyte, assisté à Lausanne en 1696, en vertu d'une attestation de Zurich (Ms. Vaud. B. du prot.).
Levesque de Fouroulte, voir II, 404.
Levier, guide, catholique, arrêté à Lafère, le 22 octobre i685, avec Caussin, deux demoiselles Houdry, Jacob, sa sœur et Louis Aquin (Fr. 7o53 f 154).
LiAMBRUNE (M""^ de), voir II, 563.
Lieven. Dès le 14 mars 1686, le roi avait donné l'ordre d'arrêter Jacob Lieven, maître de l'hôtel du Saumon de Courtray, «accusé de faire un grand commerce pour la sortie des sujets du roi hors du royaume». Le 20 mai, sa présence était signalée à Paris, et l'ordre d'arrestation réitéré. -Plus tard, on le voit noté comme devant venir prendre la nommée Crommelin à la Belle Image à Arras. Il ne fut arrêté qu'en septembre 1689 par ordre du 25, et sortit de la Bastille par ordre du 25 mars 1692 pour être expulsé de France avec la dame Bouay (Fr. 17421 f" 54 et O* 3o et 36, et Arch. Bast., IX, 172, 180). A la paix de Ryswick, les ambassadeurs hollandais demandèrent qu'on terminât «l'affaire de Jacob Lieven cum sociis pour des cautions etc.» {Actes et méin. de la paix, IV, 363).
Lirée (M"'^ de), « non payante », entrée aux Nouvelles-Catholiques le 2 août 1686.
L'IsLE DU Gast (Louis de), fils de Paul, et de Catherine de Jaucourt, propriétaire d'une terre dans les environs de Mayenne, épousa en 1664 sa cousine Marthe de Jaucourt, fille de Jean-Louis, chef de la branche de Vau-Jaucourt. M'"'= de l'Isle du Gast s'enfuit en Angleterre à la Révocation. Son mari se préparait à la suivre ; il commença par lui envoyer ses deux fils, que la police de Paris arrêta au passage, le 2 février 1686, en compagnie de Vion et de M"'' Mallet. Préférer à toutes choses la liberté de la conscience et du culte était alors un crime d'État; aussi quator;^e jours après l'arrestation des fils, Seignelay ordonna-t-il de saisir le père et de l'envoyer au château de Loches (O' 3o). Les enfants furent mis
Emprisonnés à Paris. 199
d'abord au chemin de Vaugirard, chez Le Jeune (Fr. yoSi f" 166), qui leur fit faire abjuration; après quoi on les conduisit, le 27 février, au collège des Jésuites. Le 3 mars, Seignelay consultait l'intendant De Nointel sur la fortune de M. de l'Isle du Gast, afin de fixer le chiffre de la pension que celui-ci devait payer aux Jésuites. Le Sojuin 1689, quand on voulut les envoyer aux Jésuites de La Flèche, ceux de Paris réclamèrent l'entier acquittement de cette pension. — Rien ne put faire fléchir M. de l'Isle du Gast. Expulsé de France, il se réfugia en Hollande, oîi sa femme le rejoignit. II y mourut le 28 décembre 1695, gratifié d'une pension de 5oo livres par la princesse d'Orange.
L'Église de Charenton comptait parmi ses membres Jean de l'Isle du Gast, représentant d'une autre branche de la même famille. Marié vers i65o à Marguerite Trouvé, il en eut au moins' cinq fils et deux filles, Elisabeth et Madelaine (lôSy), dont l'une fut enfermée dans un couvent par ordre du 6 mars 1686. Desgrez, chargé le 26 de la mener abjurer dans quelque église, la reconduisit au couvent après qu'elle eut «fait, dit-il, sa réunion plutôt mal que bien», consentant à peine à se mettre à genoux et refusant absolument de «lire son acte de foi» (Fr. 7052 f° 122). On se contenta de ce simulacre forcé, et M"'' de l'Isle fut relâchée par ordre du même jour (O' 3o). — C'est sans doute la même demoiselle de l'Isle que nous trouvons installée à l'hôtel de La Force en 1689, et que Seignelay fit arrêter par ordre du 25 septembre, comme entretenant une correspondance clandestine avec la duchesse incarcérée au château d'Angers. Envoyée au château de Ham le 16 octobre, M"^ de l'Isle y demeura huit ans. On l'expulsa du royaume en 1697; mais elle ne put dépasser Tournay, parce qu'elle n'était point porteur de l'ordre d'expulsion. On la reconduisit à Ham, d'oij elle sortit de nouveau par ordre du 20 novembre pour être définitivement conduite à la frontière.
Une demoiselle de L'Isle fut enlevée à ses parents en 1698. Voir II, 356.
L'IsLOT-ToucHiMBERT (De), voir Touchimbert.
LoisEAU (La nommée), que Seignelay ordonnait, le 22 août 1686, d'enfermer dans un couvent, était sans doute fille de l'orfèvre parisien, Samuel Loiseau, marié en 1669 à Catherine Lejuge, fille du peintre Georges Lejuge et de Marie Gobille.
' Voir La Fr. pr.
200 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
LojoN (Susanne), voir II, 588.
Lombard (pasteur d'Angers), voir Du Tens.
Lombard (Charles), frère du suivant. Voir II, 489.
Lombard (André), né à Nîmes en i638, admis au saint ministère en Angleterre en 1661, y prêcha cinq années, après quoi il revint en France voir sa mère et reçut vocation de l'Église de sa ville natale. Au bout de deux ou trois ans, il fut à Londres pour y demander son congé, et en rapporter ses meubles et ses livres. A son retour, il apprit qu'on l'avait interdit comme étant sorti sans permission, et parvint cependant à se faire réintégrer dans ses fonctions. Envoyé à Calvisson en décembre 1678, il y passa six mois à opérer des réconciliations, puis six autres mois à Lyon, et trouvant sa place prise quand il revint à Nîmes, fit un voyage à Paris dans la pensée de demander au roi l'autorisation de retourner à Londres; mais des amis l'en dissuadèrent et l'engagèrent à «prêcher à Charenton par provision et en attendant qu'un ministre [Gilbert] qui était en Poitou et sur lequel on avait jeté les yeux fût arrivé à Paris ». C'est à ce moment (mai 1680) qu'il fut arrêté et mis à la Bastille où on l'interrogea le 21. Il en sortit par ordre du 2 janvier 1681 {Arch. Bast., VllI, 208). Suivant M. Gagnebin, il desservit l'Église de Middelbourg pendant les trois premiers mois de i685, puis se rendit à Copenhague, de là à Londres où il fut employé quelque temps par l'Église de La Savoie. Revenu en Hollande, il fut nommé pasteur à Flessingue en août 1687 et déchargé de ses fonctions à cause de ses infirmités en août 1690 {Pasteurs de France réf. en Holl., p. .^2).
Longueval (IM""^ V** de) et ses 2 filles emprisonnées en 1687.
LoQUENEUR (Hubert), condamné au bannissement du présidial de Laon pour neuf ans, comme ayant tenté de s'évader du royaume avec sa femme Louise Venant, Jean Hoquet, son valet, et Marguerite Moreau, sa servante. Tous les quatre furent écroués au Châtelet de Paris le 3o octobre 1686. (Reg. d'écrou du Palais de Justice.)
Loquet (La nommée), vieille femme de Paris, qu'on avait contrainte d'abjurer à la Révocation, tenait si peu de compte de cette abjuration, que Seignelay crut nécessaire de la séparer de sa famille, et de la faire enfermer en quelque endroit par ordre du 9 mai 1688. (O» 32).
Emprisonnes h Paris. 201
LoRCHER (Edmée), femme de chambre des demoiselles Catillon, arrêtée sortant avec elles du royaume et mise au Grand-Chàtelet le 14 novembre i685. Comme elle était catholique, elle fut relâchée par ordre du 20 novembre et sortit le 27 (Fr. 7o5i f° agS).
LoRMiER, voir Baurin.
Lorrain, orfèvre sur le quai des Orfèvres, noté le 17 octobre i685 comme ayant fait emballer tous ses meubles pour s'enfuir, fut emprisonné peu après (Fr. 7052 f" 3oo).
Loubiart, voir Briet.
LousiGNY (Majou, sieur de), voir Des Loires.
LouviGNY (Henri de), conseiller-secrétaire du roi, né en 1606 et marié à Antoinette Bigot de La Honville, fut inhumé à Charenton en 1648, non loin de la petite maison que ses parents y avaient acquise comme pied à terre. Un seul de ses enfants, Nicolas, marié en 1676 à Jeanne de Bennes, et associé de Guiraud et de Leduc dans la direction des manufactures royales de fer du Nivernais, sacrifia sa fortune à sa religion. Il fut arrêté, comme il tentait de sortir de France, en compagnie de sa mère, âgée de soixante-dix ans, de sa femme, de sa belle-sœur, dame de La Guipière, et de Jeanne de Fougières, sa belle-mère. Tous furent enfermés au château de Ham et expulsés du royaume en 1688, témoin le billet que l'intendant Bossuet adressait le 11 avril à Seignelay :
Suivant la lettre qu'il vous a plu de m'écrira du dernier mars, que le sieur de Louvigny [frère du prisonnier] m'a rendue, j'ai fait conduire hors du royaume sa mère et ses autres parents qui étaient dans le château de Ham, et il en a été de même à l'égard des autres religionnaires qui étaient dans cette généralité (O ' 82).
Nicolas, dont les biens avaient été donnés à son frère Louvigny d'Orgemont, intendant de la marine au Havre, fut naturalisé anglais le 10 juillet 1696, et figure de 1708 à 1706 au nombre des distributeurs des aumônes qu'on appelait la royale bonté. Agnew (III, i5o) mentionne deux Louvigny parmi les officiers du prince d'Orange : l'un, colonel des dragons rouges ; l'autre, lieutenant des dragons bleus.
Luc-Brachetière. Nous ne connaissons la famille de Luc- Brachetière que par les deux billets suivants de Pontchartrain à D'Argenson :
202 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
« 12 novembre 1700." Je vous envoie l'ordre pour faire mettre à la Bastille le sieur de Luc-Brachetière; à l'égard de ses fils, vous avez bien fait d'en charger le sieur Drouard, et vous devez faire mettre la fille aux Nouvelles-Catholiques » (O • 44). Suivant M. Lièvre, III, 842, le prisonnier fut relâché avant la fin de l'année.
« 8 juin 1701. Vous pouvez faire sortir des Nouvelles- Catholiques M"^ de Luc-Brachetière, après que vous aurez pris des assurances pour empêcher son évasion » (O 248).
Lucas (Catherine), entrée aux Nouvelles-Catholiques le
19 janvier i683, figure comme « non payante » servant les autres et encore protestante sur la liste du 14 décembre 1686 (Fr. yoSi f° 248).
Par ordre du 8 juin lôgS, une demoiselle Lucas fut conduite aux Nouvelles-Catholiques (O' 89). Était-ce la même? Je les compte pour deux. Le même jour, son père était envoyé aux Nouveaux-Catholiques.
II y avait à Paris plusieurs familles de ce nom : d'abord celle du libraire Etienne Lucas, marié à Claudine de Bracque en 1676 ; puis Jacob Lucas, menuisier de la rue Traversière, qui signait la profession de foi avec Marie My, sa femme, et leur fille âgée de douze ans (Fr. 7o5i f" 182), et un autre Lucas, maître orfèvre du quartier du commissaire Delamare, qui avait signé le 19 (Fr. 17420 f" 195).
Susanne Lucas, envoyée dans les prisons ou dans un couvent d'Amiens fut expulsée du royaume en 1688 (TT 235 )
LucÉ (M""" de), emprisonnée dans un couvent en 1688, abjura, et reçut en 1694 une pension de 200 livres pour entrer dans un couvent.
LuLiER ou LuiLLiER (Marie-Marthe), mise au For-l'Évêque le
20 mai 1686, pour avoir vendu un passeport à une fugitive arrêtée à Vincennes (Fr. 7o5i f° 290 et O ' 3o).
LusTiK ou LisTiK (Jean Wenzell, dit), natif de Limpurg, près Mayence, arrêté par Desgrez, le 16 août 1699, et conduit à la Bastille en qualité de ministre, « qui avait des desseins sur Metz » et travaillait à faire sortir deux femmes du royaume (O' 48). Or, d'après C. de Renneville et les Archives de la Bastille, ce Lustik, âgé de cinquante-huit ans, était un insigne fripon, qui se disait
Emprisonnés à Paris. 2o3
catholique, protestant, prêtre ou ministre, selon qu'il convenait à ses intérêts. En réalité, c'était un Bernardin de l'ordre de Citeaux qui travaillait aux évasions. Il faillit mourir à la Bastille de trentedeux blessures que lui fit son camarade de chambre, le curé de Livry, dans un accès de démence. On ne le relâcha que le 20 novembre 1714. {L Inquisition fr., I, 455 et IV, 400 et Arsen. F. Bast. io52o).
LuTRAT (Nicolas), voir II, p. 23i.
LuYA (Jacques), genevois, mis au Petit-Chàtelet le 8 décembre 1686, avec Attainville, etc., pour l'assemblée du faubourg Saint-Germain. Il n'avait pas abjuré (Fr. 7o5i f° 285).
Mahiou, voir Maupin.
Maillard de Plainchamp (Charles), né à Montdidier, avocat au Parlement de Paris, fut expulsé du roj^aume en 1688, après être resté deux années en prison. Réfugié en Hollande, il étudia la théologie à Groningue et devint pasteur. En 1695, il n'était encore que candidat au saint ministère. Il remplit les fonctions d'aumônier de la garnison de Louvain. Ce poste venant à lui manquer, il se trouva sans subsistance et demanda un secours le 29 juillet i6g8 {Gazette de Harlem). Il épousa le 21 septembre Marthe de Courcelles, native d'Amiens, déjà réfugiée en 1687, et mourut le 8 avril 1727. Son frère Daniel avait été pasteur d'Abbeville.
Malandin. a la requête de Jean Malandin, son mari, et de Marie Matthieu, sa mère, Marie Mory fut écrouée au Petit-Chàtelet pour la R. le 4 janvier 1686; elle n'en était pas encore sortie le 14 décembre (Fr. 7o5i f°= 286, 285, 3o3).
Malchar (M"*') figure sur la liste des Nouvelles-Catholiques du 14 décembre 1686 comme nouvelle convertie et servant M""^ de Saint-Hilaire (Fr. 7o5i i" 248).
Mallet, voir II, 5ô6.
Malnoe (Jean de), sieur de la Pardière, et Elisabeth de Maumusseau, sa femme, eurent trois fils qui passèrent à l'étranger lors de la Révocation : Jean, sieur de la Ménardière, naturalisé anglais en 1688 et inscrit au nombre des étudiants en théologie de Leide
en 1690 ; Benjamin, pasteur de Lassay en 1670 et Daniel, avocat au Parlement de Paris*.
Daniel épousa en 1666 Amélie- Charlotte Drelincourt, fille du célèbre pasteur, laquelle lui donna : Claude-Charlotte (1667), Charles (1669), Benjamin (1670), présenté au baptême par son oncle Benjamin, Daniel (1672), inhumé l'année suivante en présence de son oncle Jean, Susanne-Amélie (1673). Il était chargé de toutes les affaires des protestants de Bretagne et de Normandie, et habitait la rue du Mûrier proche la porte Saint-Marcel. Au mois de juin i685, le commissaire Delamare l'accusait d'envoyer à son beau-frère Pierre Drelincourt, «évêque en Angleterre»'^, des hardes et de la vaisselle d'argent «pour en faciliter le passage en faveur des particuliers» retirés de France (Fr. 7052 f° 365). Le 29 novembre, Seignelay répondant à La Reynie qui lui avait écrit au sujet de Malnoé, l'invitait à faire observer ce personnage suspect, de peur qu'il ne prît la fuite (O' 29), et le même jour il donnait l'ordre de l'arrêter ainsi que sa femme, et de les conduire tous deux à la Bastille. Le 11 décembre, le convertisseur Gerbais était autorisé à voir Malnoé, à qui l'on accordait, le i3, la liberté de la cour. Le i5, Seignelay ordonnait de relâcher le mari et la femme quand ils auraient fait abjuration. Malnoé et son fils aîné, Charles, mis aussi à la Bastille, ne faiblirent qu'un mois plus tard et s'enfuirent peu après qu'on leur eut rendu la liberté. Ils figurent sur l'état des fugitifs dressé le 27 décembre 1687. M"" de Malnoé ne les suivit pas et se plaignait de ce qu'ils avaient emporté quinze mille livres (Fr. 7o5i f° 12). «En considération de la conversion sincère d'elle et de ses enfants à la R. C», elle obtint, le i5 juin 1688, le don des biens des Drelincourt, ses frères et nièces, fugitifs, et le 14 mai 1690, une gratification annuelle de six cents livres (O' 34). On lui permit en 1715 de vendre une partie de ces biens, rarissime faveur accordée à quelques nouveaux convertis qui la méritaient par un zèle au-dessus de tout soupçon. Sans respect pour la mémoire paternelle, la malheureuse avait entraîné dans sa chute sa vénérable mère, veuve du fidèle ministre qui avait combattu l'Eglise persécutrice durant un demi-siècle. Marguerite Bolduc, âgée de soixantedix-huit ans et demeurant rue Princesse, dans la paroisse Saint- Sulpice, abjura le 5 janvier 1686 (Fr. 7o55 f'" 379). Delamare notant que plusieurs ballots étaient préparés dans son appartement, l'avait
' Dont La France protestante (IV, Siy noi;, Mazeneau et Mazoïieau, que le nom et 2» (idit., V, 5oiJ a fait deux personnages, a rc-vi-tues dans les papiers de I.a Reynie. à cause des orthographes diverses: Mal- " Il était doyen d'Armagli.
Emprisonnes à Paris. 2o5
crue partie pour l'Angleterre le i8 octobre (Fr. 7082 i° 299). Peutêtre, en effet, était-elle partie et fut-elle arrêtée comme tant d'autres avant d'avoir pu franchir la frontière.
Malo. Seignelay écrivait à la Reynie, le 27 février 1688 :
Sa Majesté fera incessamment conduire hors du royaume tous ceux qui se trouvent encore de la R. P. R., et comme vous marquez par votre mémoire qu'à l'égard du nomme IVIalo (aliàs Mulot), horlogeur, sourd et âgé de quatrevingts ans, M. le procureur-général veut bien le faire mettre à l'infirmerie des Petites-Maisons, prenez la peine de lui en parler (O ' 32).
Nous ignorons dans quelle prison Malo fut enfermé; mais pour qu'on le gardât en France et qu'on le mît aux Petites-Maisons, il fallait évidemment qu'il eût l'esprit dérangé. 11 sortit des Petites- Maisons, en vertu d'un ordre du 12 juillet, après s'y être converti ! Toutefois le 21 mai 1690, Pontchartrain recommandait à La Reynie de le surveiller comme mauvais catholique (O* 84).
Malzac, pasteur du Désert^ arrêté 1692, voir II, 529.
Mangeot ou Menjot, médecin du roi, à qui sa fermeté valut, le 28 décembre i685, un ordre de relégation à Limoges. La vue de la lettre de cachet changea soudain sa résolution, si bien que, le 3 janvier 1686, La Reynie fut invité à le laisser à Paris, puisqu'il était sûr de lui, c'est-à-dire de sa prochaine abjuration (O' 29).
Marcé (M"'^^ de). Claude-Charles Goyon, baron de Marcé, vicomte de Terchant, qui mourut en 1698, avait épousé en premières noces (1662) Marie d'Appelvoisin, dont il eut Elisabeth-Marie, femme de Théodore de Béringhen, convertie en 1687; Claude- Marguerite, femme de Paul d'Espagne, sieur de Vénevelles, et une autre fille, ces dernières réfugiées en Angleterre (1686). Il épousa en secondes noces (1678) Henriette de La Muce-Ponthus, dont il eut encore, outre un fils nommé César-Benjamin, trois filles (dont l'une s'appelait Ursuline-Marguerite) qui furent mises aux Nouvelles- Catholiques, par ordre du 19 janvier 1690, et n'y restèrent que trois mois. Ponchartrain écrivait le 20 avril au lieutenant de police : «Le roi trouve bon que vous fassiez rendre à M. de Marcé ses trois filles. Il faut que vous lui fassiez entendre que Sa Majesté compte bien qu'il sera instruit en la R. C, et qu'il tiendra à l'avenir une telle conduite sur la religion qu'on aura sujet d'être content de lui et de sa famille» (O* 84).
M. de Marcé avait sans doute abjuré pour la forme (autrement
2o6 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
il eût été enfermé) et n'en tenait compte; la baronne semblait mieux convertie et avait obtenu dès 1687 une pension de 1000 livres. Elle racheta plus tard par sa fidélité un moment de faiblesse et d'apparente soumission à des ordres tyranniques, que la conscience devait tenir pour nuls et impies. En 1699, au moment où elle venait de se faire donner les biens de son frère Olivier, la baronne fut signalée comme mauvaise catholique. Pontchartrain écrivait le i5 juillet à D'Argenson : « Le roi étant informé que le sieur marquis de Trechan, qui est un jeune enfant de douze à treize ans, fils de M""^ de Marcé, a une grande inclination pour la R. C, dont il est détourné par sa mère, qui a mis près de lui un gouverneur luthérien. Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire d'envoyer prendre cet enfant chez sa mère, et de le faire mettre au collège des Jésuites. Il loge avec M™*' de Marcé, sa mère, rue de Grenelle, chez M^^Amproux, veuve du conseiller au Parlement» (Qi 48). L'ordre de mettre aux Jésuites le jeune De Marcé fut réitéréleS mars 1700. Le 14 mai 1701, le roi fit défendre de l'envoyer à l'académ.ie, parce qu'il n'avait pas encore fait sa première communion et qu'on jugeait «dangereux de le mettre en cet état à portée d'être vu et conduit par sa mère» (O 248). Il ne fut autorisé que le 6 juin 1708 à entrer dans l'académie de Rochefort (O 25o).
M""" de Marcé fut mise elle-même aux Nouvelles-Catholiques en 1704, et l'une de ses filles, envoyée dans un couvent de Bretagne en 1709.
Marchand (Jacob) et sa sœur, du quartier Saint-Germainl'Auxerrois, enfermés au Châtelet en décembre i685 (Fr. 708 1 f° 328).
Marchand (Pierre et Girard), voir Du Vigneau.
Marconnay (M"'' de). Au mois d'octobre 1684, Gédéon de Refuge, comte de Couesme et mari de Louise de Chaumont de Lecques, était détenu au Petit-Châtelet. Le jésuite Robinet, envoyé pour le convertir, échoua dans sa tentative. Le mois suivant, le roi envoya M. de Refuge et sa femme à la Bastille. Le mari en sortit bientôt, sans doute au prix d'une abjuration; la comtesse, transférée en 1686 dans un couvent d'Orléans, semble avoir imité son exemple. Mais, dans la crainte qu'ils ne s'enfuissent, on les interna tous deux à Rouen en 1688. Ce fut sans doute, dit La France protestante {VIII, 398), pour donner des gages de sincérité au gouvernement que le comte de Refuge publia La Paix de Dieu pour
Emprisonnés à Paris. 207
êirc aiutonccc à fous les chrétiens, par G.-C. de Refuge réuny à l'È. C, Paris, 1690, in-12. En 1688, nous trouvons deux de leurs filles emprisonnées à la Visitation de Chaillot, et un ordre du i5 juin pour les remettre à la dame de Bourdonné, chanoinesse de Remiremont, leur tante (O ' 32). Sans doute l'ordre ne fut pas exécuté ; car, le 22 mai 1689, Seignelay invitait la supérieure de la Visitation à garder encore les deux demoiselles de Refuge (O' 33). Françoise de Refuge, sœur de Gédéon, épousa en i655 Louis de Marconnay, sieur de Châteauneuf. Ce huguenot poitevin se laissa ruiner par les dragons avant de signer ; mais il faiblit en 1688. M™^ de Marconnay fut enfermée en 1686 dans le couvent Sainte-Marie de Loudun, où elle ne reçut, dit Benoit, que des honnêtetés et des caresses. Mais tout fut inutile : M™^ de Marconnay persista. Nous la trouvons aux Nouvelles-Catholiques de Paris en 1700. Le 22 décembre, le roi trouva bon qu'on la remît à son mari, à condition qu'il répondrait, ainsi que le sieur de La Massaye, qu'elle ne sortirait point du royaume, et qu'elle retournerait aux Nouvelles-Catholiques si elle n'avait abjuré dans deux mois (O ' 44). Elle n'avait point encore abjuré le 3o août 1701 ; car à cette date Pontchartrain écrivait à d'Argenson : « M. de Marconnay ayant demandé au roi la permission de mener sa femme en province, Sa Majesté a bien voulu sur ses instances, et sur ce que M. de La Massaye [l'apostat convertisseur] a bien voulu en répondre, lui permettre de l'y mener pour trois mois, à condition que, si elle ne profite de ce temps pour s'instruire, elle sera ramenée aux Nouvelles-Catholiques de Paris» (O* 46). — Elle finit par céder en 1702, selon La France protestante. D'après M. Lièvre (III, i56), elle passa en Hollande où s'étaient retirés deux de ses enfants, Samuel Philémon et Marie, expulsés de France en 1688 comme inconvertissables.
Maréchal (Jean), voir Toutin.
Margas (Etienne), riche banquier, avait épousé Marie Abillan ou Abilly, qui lui donna: Marie, mariée en 1680 à Philippe de Sarazin, sieur de Montaigu; Jeanne, mariée en 1684 à Lasseur, banquier; Charlotte, mariée la même année à Paul Lafargue, bordelais, aussi banquier, et une quatrième fille mariée à Pierre Durand'. Marguerite Margas, qui épousa en 1668 Charlemagne
' Voir ce nom.
2o8 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Grimaudet, marchand de Rouen, était sans doute la sœur du banquier parisien (Rcg. de Char.).
Etienne Margas, de la rue Saint-Julien-des-Ménétriers, figure dans la première catégorie des négociants mandés chez Seignelay le 14 décembre i685, et trois de ses gendres, Lasseur, Lafargue et Durand, dans la seconde catégorie. Comme il ne paraissait nullement disposé à embrasser le catholicisme, on le menaça de faire dévaster sa maison de campagne : « Ce vieillard, disait la police, ne voudra pas voir dégàter la belle maison qu'il a fait construire à Chatou » (Fr. 7052 f" 216). Pour éviter le dégât, il promit, en effet, d'abjurer, ce qui permit à Seignelay d'écrire à La Reynie le 29 novembre :
Vous pouvez assurer Margas, que moyennant la parole qu'il a donnée, on n'envoicra point de troupes à sa maison do Chatou.
Seignelay ne se fiait qu'à demi à cette promesse d'abjuration, aussi adressa-t-il, le 3o, un autre billet au lieutenant de police :
J'envoicrai demain à Chatou dans la maison du nomme Margas, pour lui faire craindre qu'elle ne serve au logement des troupes.
Margas tenant décidément plus à sa religion qu'à sa maison, il fallut passer de la menace à l'action. On se demande coinment Seignelay put écrire sans rougir ce billet du 11 décembre:
J'ai envoyé quatre gardes de la prévôté chez le nommé Margas à Chatou, avec ordre de s'y faire payer une demi-pistole chacun par jour et de se faire nourrir. Il y a lieu de croire qu'une charge aussi forte l'obligera enfin à prendre sa résolution.
Cependant ni Margas ni aucun de ses gendres ne parurent chez le ministre le 14. En conséquence, Margas fut arrêté le 19 et mis à la Bastille; le 21, on arrêta aussi Durand, mais non Lafargue et Lasseur, qui s'étaient cachés en attendant de pouvoir prendre la fuite. Ce que le pillage n'avait pu faire dans l'esprit de Margas, la Bastille le fit avec une rapidité surprenante; le prisonnier prit la résolution d'obéir au roi. Le 25 décembre, l'ordre était donné d'ôter la garnison de la maison de Chatou, et Margas fut relâché le 3i. On lui permit l'année suivante d'aller avec sa femme aux eaux de Bourbonne-les-Bains, pour un asthme (Fr. 7o5i f" 26"); et le roi se montrait disposé à lui accorder une nouvelle faveur, comme l'attestent les lignes suivantes, adressées à La Reynie le 10 juin 1686:
Emprisonnes à Paris. 209
Je vous envoie un placet présenté au roi par le nommé Du Thuilé, qui demande une rente de vingt livres, ci-devant donnée au consistoire de Houdan par Jean Margas, afin que vous preniez la peine de vous informer si ce Margas est celui qui s'est converti, parce qu'en ce cas Sa Majesté serait plus aise de lui donner qu'à un autre (O ' 3o).
Nous trouvons sur un État des fugitifs dressé le 16 février 1687, Lafargue, de la rue du Grenier-Saint-Lazare, et son associé Lasseur. Lafargue avait emmené sa femme et un enfant de six mois (Fr. 7o5i f° 3i3).
Philippe Margas, naturalisé anglais en 1688, était en lyoS l'un des distributenrs des aumônes désignées sous le nom de « royale bonté ». Samuel Margas fut naturalisé anglais en 1698, et Jacques, en 1700.
En 1758, Jacques et Jacqueline Margas passaient à l'étranger avec une demoiselle Bezard.
Paul Lafargue, banquier rue. du Grenier-Saint-Lazare, se réfugia à Kœnigsberg en 1686, avec sa femme et un enfant de six mois. Son associé Lasseur et Moïse Lafargue, originaire de Bordeaux, passèrent aussi à l'étranger. Ils ne laissèrent aucun bien (Muret, Geschichte, etc., p. 228).
Marguerit, voir Heck.
Margueritte (Judic), originaire de Touraine et âgée de 28 ans, venue à Paris dans le dessein de rejoindre son oncle, réfugié en Angleterre, fut enfermée à la Salpétrière le 27 octobre 1700. En 1704, on la jugeait bonne catholique et digne d'approcher des sacrements. Elle fut relâchée peu après (Ms. Clairambault 984
Marie (Veuve).
Mariet, voir Mariette, Parisiens émigrés.
Marmier, frère du banquier parisien, expulsé par ordre du 26 avril 1688 {Corresp. adm. lY, 355).
Marolles. Arrêté dans sa fuite et condamné aux galères perpétuelles, Louis de Marolles en appela au Parlement de Paris, et fut enfermé à la Conciergerie le 14 mars 1686. Après la confirmation de la sentence, il fut transféré à la Tournelle pour y attendre la chaîne. Son zèle et sa piété remplissaient d'admiration et de
' Note communiquée par M. N. Weiss.