‹ La révocation de l'Édit de Nantes a Paris d'après des documents inéditsChapitre 25 sur 46 · PETITOT · texte numérisé non relu

PETITOT

Le grand peintre de portraits sur émail né à Genève en 1607 et logé au Louvre en 1649, en sa qualité de peintre du roi, Jean Petitot, dédiant à sa famille un livre de prières manuscrites, que conserve aujourd'hui l'un de ses descendants, M. Prouhet-Roqueplane, officier de marine à Brest, écrivait le 12 juillet 1674: «Vous recevrez donc à gré ce présent, qui vous est fait par votre père, qui

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vous aime cordialeinent pour ce que vous êtes ses enfants, mais beaucoup plus pour ce que vous êtes enfants de Dieu. Et comme il est fort avancé en âge et dès longtemps en ce monde, sa principale pensée ne doit plus être qu'à se préparer à en sortir et mourir en la grâce de Dieu. C'est à quoi j'aspire de tout mon cœur, et avant ce délogement, ce m'est une joie de vous pouvoir de nouveau donner ma bénédiction, et faire mes amples et dernières exhortations afin de parler encore à vous après ma mort » {Bullet., XL 432).

Cette piété forte, éclairée, semblait devoir le préserver de défaillance quand vinrent les jours lugubres où l'élite des fidèles fut seule garantie du naufrage ; mais l'illustre artiste comptait soixantedix-huit ans, et son énergie fléchissait sous le poids de l'âge. Il lutta cependant dix mois avec un courage digne d'admiration. Dès qu'il vit qu'on ne pouvait demeurer en France sans renier le protestantisme, le pieux vieillard sollicita vainement à plusieurs reprises la permission de retourner en Suisse. Mandé chez La Reynie, puis chez Seignelay, le 14 décembre i685, il n'eut garde de s'y rendre (Fr. 7o5i f"'* 44 et 222). Après l'avoir inutilement dragonne dans sa maison de la rue de l'Université, on l'enferma, le 27 lévrier 1686, au For-l'Évêque où il sut résister à l'éloquence même de Bossuet. On le mit ensuite dans le couvent des Petits- Augustins, dont la chapelle fait aujourd'hui partie de l'École des Beaux- Arts. Ce fut là qu'il faibht. Dès le 6 mai, sa résolution était assez ébranlée pour qu'on lui permît de voir son fils, qui venait l'exhorter à se soumettre aux ordres du roi (O^ 3o). A peine sorti des Petits- Augustins, il adressa aux magistrats genevois, dans les premiers jours de juin, ses remerciements et l'aveu de sa chute : «La lettre qu'il vous a plu, JVIesseigneurs, d'écrire par une grâce singulière à iVI. de Croissy-Colbert en ma faveur, n'ayant rien pu obtenir près de Sa Majesté, laquelle a témoigné que je voulais être le seul en son royaume qui fût exempté, et dit que les longues années de mon séjour en France ne le pouvaient permettre, j'avoue que cela m'a mis dans une sensible affliction, et porté à la résolution de sortir d'entre les mains des personnes chez lesquelles on m'avait relégué, pour revenir en ma famiUe et avec elle chercher le pardon d'en haut, et les consolations et le moyen d'y vivre éloigné de tout ce qui s'oppose à la pureté du christianisme» {Bullet., X, i83j.

Marguerite Cuper avait fait moins de résistance que son mari; cependant elle s'efforce de pallier la faute de celui-ci auprès des magistrats genevois, auxquels elle écrivait le 3i mai: «Il a signé

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comme les autres pour sortir de l'affreux lieu où il a été un mois sans voir personne de sa famille;... il ne se consolera jamais d'avoir était contraint par les accès de fièvre qu'il a eus dans le couvent (appréhendant d'y demeurer), d'y faire ce qu'il a fait en déclarant que ce n'était que par force». — On a vu plus haut que, le 3 juin, Petitot contresignait l'abjuration de sa nièce, Anne Bordier. Toutefois, au mois de novembre, on ne le jugeait pas assez bien converti pour lui servir de caution. En définitive, ils s'échappèrent tous deux. Petitot ne réussit à s'enfuir qu'au mois de mars 1687 '. On lit dans les registres du consistoire de Genève, à la date du 22 : « A été représenté que M. Petitot, de retour depuis peu de jours en cette ville avec une partie de sa famille, et comme ils ont été obligés par force de la persécution de signer une formule d'abjuration, s'il ne suffisait pas qu'ils en fissent la réparation par-devant JVI. le pasteur du quartier, sans les obliger de venir céans comme citoyens. Avisé de se contenter de la voie particulière à son égard, parce qu'il conste qu'il n'a point été à la messe » (Cramer, Notes etc.).

Petitot mourut en 1691 à Vevey, où il s'était retiré. On conserve au Musée du Louvre une cinquantaine de ses inimitables portraits. Sa femme lui avait donné dix-sept enfants. L'aîné, Jean, peintre remarquable, bien qu'inférieur à son père, épousa en i683 sa cousine Madelaine Bordier, et succéda l'année suivante à son beau-père comme chargé d'afiaires de la répubUque de Genève à Paris. 11 remplissait encore les mêmes fonctions en 1695. Une maison que son père possédait à Blois lui fut accordée par un brevet du 21 août 1688 (O' 82). Sa sœur IVlarguerite, mariée à Nicolas Grignon (alias de Graignon (O' 80), marchand à Paris, était réfugiée à Londres en 1682 avec son mari et trois enfants (Agnew, III, 87). Par ordre du 24 juin 1686, une de leurs filles, «nouvelle convertie âgée de cinq ans», arrêtée peu auparavant à Valenciennes, fut remise au sieur de Zurlauben (O' 80). Le 5 mars 1701, le roi payait 5o écus pour le troisième terme de l'apprentissage de couturière de deux sœurs Grignon, sans doute filles d'un

1 Dans l'hiver de i6S6 — 1687 l'exempt mencement de mars, et qu'il se tiendrait

Auzillon informait La Reynie qu'un prêt à partir (Fr. 7o53, f» 144). Suisse était venu à Paris pour emmener Un autre rapport du 3o juin 1Û86 por-

Petitot, sa femme et ses quatre tîUes, tait que la fille aîne'e de Petitot cherchait '

mais qu'en raison du mauvais temps de tous côtés les moyens de s'enfuir

Petitot avait donné dix pistoles à ce (Fr. 7o53, f» 2i;8;. guide, en lui disant de revenir au com-

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protestant, originaire de Loudun, sorti du Châtelet par ordre du lo juin 1699 (O' 48).

D'après La France protestante, un autre frère, qui peignait aussi sur émail, gagna également l'Angleterre. François, au contraire, suivit son père à Genève. Une des filles n'abjura qu'en prison et fut relâchée moyennant caution par ordre du i3 décembre 1686 (O' 3o). Le 16 juin 1688, le commissaire Gazon informait La Reynie que deux demoiselles Petitot venaient de s'enfuir à Genève', et qu'un de leurs frères, resté à Paris, prétendait que la maison considérable de la rue de l'Université lui appartenait ainsi qu'à sa femme, fille du sieur Bordier (Fr. yoSi f" 12). En 1693, une demoiselle Marie Petitot (sans doute celle qui était née en 1659) épousait à Rotterdam Bazin de Limeville. Une partie de la famille continua d'habiter Paris et resta aussi peu catholique que possible: à la date du i5 janvier 1722, nous trouvons un ordre pour arrêter et conduire à l'Hôpital-Général Antoinette Petitot, et à celle du i5 juin 1728, un autre, pour mettre en liberté Louis Petitot.

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