BERINGHEN
Des deux branches de la famille de Béringhen, l'une se convertit sous Louis XIII et fut comblée de faveurs^, tandis que l'autre,
■ Synode prov. de La Fertc; [Ms. de la martyr Louis de MaroUes. Paris, i883,
ISibl. du prot.). Les noms de Turpin et in-12, p. 24.
Pellisson paraissent aussi dans cette " Cependant Henri île Bcringhen, père
afTairc. de M. le premier, fut reçu à In rcpi'ntance
* Hist. des souffrances du bienheureux et à la communion par le pasteur du Dé-
Pasteurs et Anciens. 35
restée protestante, subit toutes les persécutions imaginables et donna l'exemple d'un invincible attachement à sa foi. A celle-ci, c'est-à-dire celle de Bretagne, appartenait Jean de Béringhen', sieur de Flehedel, Langarzeau et Menoux ou Menour, né en i6i2et secrétaire du roi. Il avait épousé à Charenton, en 1642, Marie de Menour, femme d'un mérite et d'une vertu extraordinaire, dit M"^ du Noyer, qui fut en Hollande l'objet de sa protection et de celle de M"^= de La Guerche et de Dangeau-. Ils eurent quinze enfants, dont sept seulement vécurent âge d'homme : Théodore (1644), Marie (1648), femme de François Le Coq, sieur de Germain; Susanne (i65o), femme de Jacques-Nompar de Caumont, duc de La Force; Françoise (i656), expulsée de France en même temps que son père, sa mère et son frère Théodore ; Elisabeth (1661), femme de Pascal Le Coq, sieur de Germain, et frère de François; Frédéric (i663) et Adolphe^ (1666), qui abjurèrent en 1686. Le dernier mourut avant 1704. Sur la recommandation de Ruvigny, Bayle fut admis comme précepteur dans cette famille, qui habitait l'Hôtel du grand Henri sur la Place royale (aujourd'hui place des Vosges).
Une fille de service nommée Marie Chabin, qui était restée pendant quatre ans chez M. de Béringhen, ayant tenté de passer à l'étranger, fut arrêtée à Péronne avec une dame Lemaistre^, vers le 20 mai i685, dans le carrosse de Valenciennes. On ramena les fugitives à la Bastille où La Reynie les interrogea. Il leur fît rendre la liberté au bout de trois semaines (16 juin), en les confiant à la garde des anciens Béringhen et Tassin. Marie Chabin se fit coutu-
sert Malzac, en i68g, et mourut trois ans son fils le brevet d'affaires dont il jouis-
après sans confession ni sacrements (voir sait depuis de longues années, et qui ne
Biillet. III, 593, et IX, 84). C'est de lui lui servait plus de rien, parce qu'il ne
que les Mém. de Sourches, Paris i83G, venait voir le roi que deux ou trois fois
in-8°, I, I, parlent en ces termes: «Le tous les ans, au lieu que c'était un grand
premier jour de Tannée i685, le bon- avantage pour son fils, qui était toujours
homme Béringhen, chevalier de l'ordre auprès du roi, et qui, selon toutes les
et premier écuyer de la petite écurie du apparences, étant jeune, en devait jouir
roi, lequel s'était retiré de la cour depuis longtemps».
quelques années pour songer à son salut ' Fils de Théodore de Béringhen et de
(c'était presque le premier homme qui Susanne Grislet.
eût donné aux courtisans l'exemple de - VoirF;■J^!ce/Jro^, art.COURClLLON.
faire dans sa vieillesse une sage retraite, 3 Mis en pension chez le ministre
car on ne veut jamais quitter la cour, Trouillart, puis chez le ministre Misson
quelque âge que l'on ait, et l'on ne se de Sainte-Mère-Église, Adolphe ne mon-
fait point de justice; mais le bonhomme trait aucune disposition pour l'étude.
Béringhen était le plus sage homme de Voir des lettres qui le concernent dans le
son temps et passa en repos le reste de Biillet., 3« série, VI, 646.
ses jours), obtint du roi de transférer à * Voir ce nom.
36 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.
rière; mais les deux anciens ne restèrent pas moins chargés de sa surveillance. Au moment de partir pour la campagne, M. et M'"'= de Béringhen demandèrent qu'on les déchargeât de cette responsabilité.
Dans un mémoire adressé à Seignelay le 8 novembre i685, la police s'exprimait sur le compte du mari de la manière suivante :
Le sieur de Béringhen, ci-devant secrétaire du roi, père de M™" la duchesse de La Force et de M"" Le Coq, conseiller au Parlement, âgé de plus de soixante ans [environ soixante-treize], honnête homme dont l'esprit est assez doux, fort zélé dans sa religion. Il passe pour assez riche. Ami très particulier de M. de Massanes. Il est présentement à sa terre de La Rivière, proche de Fontainebleau.
Chargé de lui porter la lettre de cachet du lo novembre, qui le reléguait à Limoges, le commissaire Labbé écrivait le 12 :
Aussitôt le paquet mis entre mes mains, j'ai été chez M. de Béringhen pour lui remettre les ordres du roi. Il est encore avec son fils le conseiller, en sa terre de La Rivière près Fontainebleau, et ne reviendra qu'après le retour du roi à Versailles. J'ai été pareillement chez le sieur Bezard, qui n'était pas chez lui, et j'ai appris qu'il ne reviendrait de la ville qu'à une heure et demie. On m'a fort pressé, dans l'une et l'autre maison, de dire ce que je voulois; mais je n'ai fait aucune réponse, sinon que j'avois envie de leur parler. Je retournerai à l'heure marquée chez le sieur Bezard (Fr. yoSi, f° i5i).
Le 14, le même commissaire écrivait encore à La Reynie :
J'ai envoyé ce matin secrètement savoir si M. de Béringhen reviendroit bientôt de la terre de La Rivière; j'ai appris qu'il seroit ce soir à Paris. Cependant M. son fils, le conseiller, est venu au logis, fort contrit de la retraite de quelques anciens, qui m'est venu demander si je n'avois rien à dire à M. son père, et ne m'étant point expliqué avec lui, il m'a dit qu'il ne seroit de retour que samedi prochain [i5 ou 22]... J'ai connu par l'entretien que j'ai eu avec lui, qu'il persévère dans la religion (Fr. 7o5i, f" i33).
Sans doute M. de Béringhen s'excusant sur son âge et ses infirmités, s'efforça de gagner du temps et d'obtenir qu'on le reléguât dans un lieu moins éloigné ; car, le 22 novembre, une nouvelle lettre de cachet l'envoyait à Montargis avec sa femme et sa fille Françoise. On le traita doucement aussi longtemps qu'on espéra sa conversion; mais l'illusion s'évanouit et la modération avec elle, témoin ces lignes adressées à l'intendant De Bezons, le 20 janvier 1686 :
Les sieur et dame de Béringhen, qui sont relégués à Montargis, ont avec eux leur fille qui empêche leur conversion, ce qui a oblige Sa Majesté de
Pasteurs et Anciens. 3j
prendre la résolution de la faire mettre dans le couvent des Ursulincs de la ville, et je vous envoie les ordres nécessaires (O > 3o).
L'éloignement de Françoise n'ayant pas modifié les sentiments de M. et de M'"'^ de Béringhen, on leur envoya seize dragons, qui les gardaient à vue jour et nuit, et firent tout ce qui était possible pour arracher aux deux vieillards un mot ou un geste d'abjuration*. Louvois écrivait au même intendant, le 4 février:
J'ai rendu compte au roi de la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, par laquelle Sa Majesté a été informée de l'opiniâtreté de M. et de M'"" de Béringhen; l'intention du roi est que la garde qui est dans leur maison continue à y vivre à leurs dépens, et que, s'ils ne fournissent pas à sa subsistance, la garnison commence toujours à manger la première.
Dans la pensée que la dragonnade pouvait le faire subitement passer de vie à trépas , et craignant qu'on ne le soupçonnât « d'avoir défailli et succombé sous le poids de cette tentation, par la grande débilité où son corps était réduit», M. de Béringhen, écrivit, le 20 février, sa confession de foi et la fit remettre à son fils. Théodore lui répondit, le 25 :
Que ne puis-je, mon très cher père, vous exprimer combien je me trouve assuré et fortifié par votre exemple, et quelle abondance de consolation je reçois de la grâce que Dieu vous fait!... Fortifiez-vous donc au Seigneur, et soyez persuadé... qu'en quelque état d'infirmité et de maladie que vous soyez au milieu de cette soldatesque infernale, la paix de Dieu, qui surmonte tout entendement, y gardera votre cœur et vos sens en Jésus-Christ, avec autant de facilité que si vous si étiez dans le sein de votre famille.. . Il vous a donné, par manière de dire, comme à saint Paul, les âmes de ceux qui voguent avec vous sur cette mer orageuse. Tous tant que nous sommes, vos fils et vos filles, et ceux qui vous touchent de plus près, nous persistons avec vous en un même esprit depuis plusieurs mois. Je n'ai rien souffert jusques ici pour ma personne : il est vrai que je suis menacé des dragons comme les autres exilés ^.
S'imaginant que M. de Béringhen faiblirait dès qu'il serait privé de sa femme et entièrement livré à des mains catholiques, les convertisseurs firent emprisonner M™'= de Béringhen dans le couvent de la Visitation de Montargis. Et non contents d'avoir séparé les époux, ils firent arrêter leurs trois fils. Par ordre du 2 mars 1686, « les sieurs de Béringhen, frères du ci-devant conseiller de Paris »,
' Théodore de Béringhen a dû se trom- furent dragonnes. {Cinquante lettres d'exper en écrivant que sa sœur était encore liortation, p. i). près de leurs parents lorsque ceux-ci - Cinquante lettres, p. 2.
38 Révocation de l'Èdit de Nantes a Paris.
dont l'un, Frédéric, sieur de Langarzeau était cornette de cavalerie '. furent mis à la Bastille (O' 3o). Dès le lo mars, l'un promit tout ce qu'on voulut-, et recouvra la liberté le lendemain; l'autre était encore à la Bastille à la fin d'avril, et Seignelay lui écrivait le 29:
Le roi vous envoyant le sieur Varet [vicaire de Saint-Eustache] pour conférer avec vous et vous instruire des vérités de la religion catholique, Sa Majesté m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous l'écoutiez et que vous lui donniez tout le temps nécessaire pour cela. Elle ne doute point que vous n'exécutiez ponctuellement ce qu'elle désire de vous en cotte occasion, et que vous ne preniez le parti qui est seul convenable à votre salut et à votre repos (O ' 3o).
D'après La France protestante, celui-ci plia aussi au bout de quelque temps. La lettre suivante, adressée à La Reynie le 22 août 1686, nous apprend que l'un de ces deux nouveaux catholiques, très probablement Frédéric, qui plus tard essaya de faire passer pour morte sa sœur Françoise, afin de s'emparer de ses biens, se plaignait aigrement de son père :
Je vous envoie un placet présenté au roi par le sieur de Béringhen fils, afin que vous examiniez s'il est vrai qu'en liaine de sa conversion, son père lui fasse le mauvais traitement dont il se plaint, et que vous me mandiez ce qu'il y aurait à faire à cet égard pour obliger son père à lui procurer son établissement (O ' 3o).
Le 3i août, Seignelay revenait à la charge :
Le roi veut que M. de Béringhen donne à son fils jusqu'à 2000 livres; s'il ne le fait pas, il faudra voir quel expédient il y aura à prendre pour l'obliger.
Quant à Théodore, rélégué à Vézelay, puis à Beaune, et mené à la Bastille par ordre du 12 mai, il suivit courageusement l'exemple paternel.
Tant de coups répétés et de nature si diverse .semblent avoir plongé le vieillard dans un état d'abattement et de torpeur qui lui ôtait toute énergie. Le 26 mai 1686, Seignelay le croyait « en de bonnes dispositions», et lui ordonnait de quitter Montargis pour venir à Paris, dans la maison des Pères de la Doctrine chrétienne.
' En 1722 Krcdéric assistait comme té- Guichard, marquis de Peray, et de Ca-
moin à l'inhumation de Guillaume Le therine de Dangeau, qui fut visite par
Coq de Germain, hollandais, enterré dans Dangeau et relâché par ordre du 21 mars
le cimetière des étrangers, au Port-au- (Fr. >'ro^, art. COURCILLON et Fr. 7o53,
Plâtre. f" 4^6).
2 Ainsi qu'un ex-capitaine, fils de Jean
Pasteurs et Anciens. 3g
M. de Béringhen rejoignit donc son gendre, le duc de La Force, au séminaire de Saint-Magloire '. Un ordre du 26 juin, adressé au supérieur de cette communauté, autorisait le duc de La Force à voir, quand il le désirerait, M. de Béringhen, et celui-ci à conférer avec son procureur en présence de deux religieux de ladite maison. En vertu d'un autre ordre du même jour, M"^ de Béringhen fut transférée du couvent de Montargis à l'abbaye de Gercy près Paris, où elle eut la permission de recevoir cachetées les lettres du duc de La Force, et de parler aux gens envoyés de sa part, mais seulement en présence d'une religieuse désignée par la supérieure (2 juillet 1686. Bîdlet. II, 71).
Dragonne durant cinquante jours ^, séparé de sa fille et de sa femme à un âge et malgré des infirmités qui réclamaient tous leurs soins ; frappé dans ses biens et dans les membres de sa famille, incarcérés pour la plupart ; désolé par l'abjuration de deux de ses fils et par l'odieuse ingratitude de l'un d'eux, Jean de Béringhen supporta tout avec une pieuse constance que rien ne put ébranler, pas même les soins intéressés que lui prodiguèrent d'abord les Pères de l'Oratoire. Aussi fut-il, par ordre du 19 août 1686, transféré comme opiniâtre de Saint-Magloire au château d'Angoulême, où le rejoignirent, un an plus tard, ses collègues au consistoire Gervaise et Masclari, ainsi que MM. de Virazel et Morisset. Sauf le dernier, qui ne possédait rien et pour lequel Sa Majesté payait quinze sols par jour; tous payaient à leur geôlier douze cents livres par an prélevées sur leurs biens saisis par ordre du roi (O^ 3r, 28 octobre)^. On permit à M. de Béringhen de se promener dans le château et de recevoir les meubles et l'argent que lui envoyait le duc de La Force (Btillet. II, 72). Mais il supplia vainement La Reynie de le faire ramener à Paris afin de pouvoir remédier au mal dont il souffrait et sur lequel il avait consulté le célèbre médecin De La Closure, d'Aubeterre. Vainement le duc de La Force joignit-il ses prières à celles de son beau-père, le roi fut impitoyable. Il fallait une bien grande sécheresse de cœur pour n'être pas touché de la lettre suivante :
' Aujourd'hui établissement des Sourds- appartenant à Jean de Béringhen furent
Muets au faubourg Saint-Jacques. Le duc confisqués à la demande et en faveur des
de La Force y était entré le i8 avril 1686. locataires : l'une était louée au marquis
' Cinquante lettres, etc., p. 25o. du Terrai!; l'autre, au cardinal nonce du
^ En 1687, les loyers de deux maisons pape, qui ne se fit aucun scrupule de
de la rue Saint-Dominique-Saint-Germain dépouiller un hérétique (Fr. 705i, f» 824).
40 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
A M. de La Reynie, lieutenant-général de police. Monsieur,
Vous aurez appris par les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer de M. de Bcringhen, et par celle qu'il vous a écrite, l'état pitoyable où il est dans des souffrances continuelles par des maux très violents, sous lesquels il ne pourrait subsister, et comme il vous supplie, connaissant votre bonté et générosité, de vouloir tâcher d'obtenir qu'on l'amène à Paris ou autour, pour qu'il se fasse faire les opérations et les remèdes qui peuvent lui sauver la vie, agréez, Monsieur, que je me joigne à lui, et que je vous supplie de tout mon cœur de vouloir tâcher d'obtenir cette grâce. J'espère en la bonté de Sa Majesté, que, si elle l'apprend par une personne comme vous, ne doutant pas de la vérité de la chose, elle n'ait compassion de ce pauvre malade, âgé de soixante-quinze ans ou environ. Pardonnez-moi si je vous donne tant de peine; mais vous jugerez. Monsieur, de l'importance de la chose que je vous serais allé demander, sans que, ma santé aussi* n'étant pas bonne, je fais des remèdes pour prendre des eaux. Je n'oublierai jamais toutes vos bontés et serai toute ma vie,
Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
La Boulaye, 7 août 1687. Le duc de La Force.
(Fr. 7o53, f" 493.)
Louis XIV n'était pas homme à s'apitoyer sur les souffrances d'un liérétique obstiné dont la constance blessait son orgueil; il ne lui accorda d'autre grâce que celle de le chasser du royaume en gardant ses biens. Le 7 mars 1688, M. de Béringhen fut autorisé à passer en Hollande, « à la charge que, étant à Orléans, il prendrait la route de Melun, Meaux et Soissons, sans pouvoir approcher plus près de Paris, à peine de désobéissance ». M'"'= de Béringhen, envoyée de Gercy au couvent de Notre-Dame de Sens par ordre du 20 avril 1687, fut, ainsi que Françoise, comprise dans la même mesure d'expulsion. Seignelay écrivait à La Reynie, le i3 mars 1688 :
Le roi trouve bon que M"'° de Béringhen qui est à Sens, s'en aille à Montargis pour y prendre sa fille, et de là sortir du royaume. Sa Majesté veut bien aussi que ladite dame de Béringhen mène avec elle une fille appelée Certon, que l'on dit être au couvent des Ursulines de Sens et qui n'a point fait sa réunion.
En partant pour l'exil où il mourut avant 1696, Jean de Béringhen rencontra son fils Théodore qu'on menait à La Rochelle
Pasteurs et Anciens. 41
pour l'expulser aussi de France, et qui nous a laissé le récit de cette scène touchante': «Mon père, ayant été transféré du château d'Angoulème à La Rochelle, y avait trouvé en arrivant une permission de la cour pour se retirer par terre en Hollande. Par une bénédiction de Dieu toute particulière, il passait ce jour-là par Poitiers... Il vint descendre dans la même hôtellerie oii nous étions, et du plus loin que je l'aperçus au travers de tous ces prêtres, de quantité de N. Convertis et d'anciens Papistes, je courus me jeter à son col, et, un genou à terre, je lui demandai devant tous les assistants sa bénédiction paternelle au nom du Seigneur qui nous avait garantis si miraculeusement, lui et moi, de cette terrible persécution. Mon fils, répondit-il d'un ton ferme et chrétien, oui mon cher fils, je le bénis de toutes les ardeurs de mon âme, de ce qu'il nous a été Dieu sauveur, et de ce que je vous vois ici par sa grâce du nombre de ceux qui ont confessé son nom. Achevez, mon fils, le reste de cette course qui s'en va finir; nous touchons au but de la délivrance... Tenez ferme ce que vous avez, afin qu'on ne vous ravisse point cette couronne de consolation et de gloire... Les N. Convertis- en répandirent des larmes de joie; les prêtres en grinçaient les dents de dépit et de colère, et on en entendit un s'écrier par dessus les autres: Voyez comment ces huguenots se prêchent, et avec qu'elle hardiesse ils avancent qu'on les a persécutés».
A la Révocation, Elisabeth de Béringhen, femme de Pascal Le Coq, s'enfuit à l'étranger avec son mari et leur fille. Leur fils, né. en i685, qu'ils ne purent enlever, resta en France et obtint leurs biens. Marie, femme de François Le Coq, triompha comme lui des couvents et des prisons, si bien qu'il fallut les expulser de France, le i3 mai 1688. Suzanne, femme du duc de la Force, après de plus longues épreuves supportées non moins victorieusement fut aussi expulsée le 18 mai 1699. M^" de Béringhen, leur mère, vivait encore au mois de juin 1696.
Le 26 mars 1706, Françoise écrivait de La Haye, à l'un de ses neveux (probablement Armand-Nompar de Caumont La Force) pour le remercier de ce qu'il prenait la défense de ses intérêts contre Frédéric, et en lui envoyant les noms de quelques personnes :
' Cinquante lettres, p. 249. peut signifier aussi bien les Non Con-
2 Evidemment Th. de Béringhen joue vertis que les Nouveaux Convertis. ici sur l'équivoque de N. Convertis, qui
42 Révocation de tÉdit de Nantes à Paris.
Je souhaite, Monsieur, que ces adresses servent à vous épargner la peine de chercher d'autres preuves, et que mon cruel frère de Langarzeau ne chicane plus, et ne s'obstine pas à vouloir que je sois morte, pendant que Dieu me laisse encore en vie. Mais si on me tue ainsi à Paris, je m'en consolerai dans l'espérance que si on ne me fournit pas de quoi vivre ici, cela me mettra d'autant plus tôt dans la possession de la vie éternelle et bien heureuse dont Dieu me donne des à présent, par sa grâce, des avant-goûts qui me font passer tranquillement et avec joie ce temps d'exil où je possède mon âme pour butin {Bitllct.,Zo série, VI, 655).