BEZARD
Bezard, marchand de bois carré, ancien du quartier Saint-Antoine, qui demeure au faubourg, a souvent tenu des discours séditieux et parle plus haut que pas un des autres. Il reçoit tous les ans 1200 livres de M'"" de Schomberg pour les dépenses extraordinaires du quartier. Il pourrait être bon de le faire observer (Fr. 7052, f" 375).
Ainsi s'exprimait la police dans une note du 4 janvier i685. Quand la Révocation approcha, les convertisseurs s'empressèrent autour de cet ancien. Le commissaire du quartier écrivait le 16 octobre :
M. Pilon m'a dit ce matin qu'il a eu une conférence avec Bezard; que Bezard lui en a encore demandé une, qui doit avoir lieu jeudi chez M. Pilon, et qu'il entrevoit quelque petite espérance (Fr. 7052, f" 336).
En marge de ce passage, qu'il a biflfé, La Reynie a écrit de sa propre main :
Le sieur Bezard qui a présenté un placet au roi pour avoir la permission de sortir [de France], à cause qu'il est ancien et qu'on le peut par d'autres endroits comparer à un ministre, a déjà eu quelques conférences avec le sieur Pilon docteur. Cette conversion ne parait plus aussi difficile qu'elle avait paru jusqu'ici. Et si elle se faisait, elle attirerait tout d'un coup plus de cinq cents abjurations du seul quartier Saint-Antoine.
Enfin, voici le portrait tracé par un autre agent de La Reynie, le 8 novembre i685 :
Bezard, ci-devant ancien [et natif d'Orléans], est âgé de soixante-cinq ans [lisez: soixante-huit]... Extrêmement zélé pour la religion; connu pour homme de probité, officieux et charitable, parmi les gens de la religion ; ayant beaucoup de crédit sur l'esprit de tous les artisans du faubourg Saint-Antoine qui font profession de la R. P. R. Il a ci-devant supplié Sa Majesté, par un placet,
de lui accorder la permission de sortir du royaume avec sa famille, prétendant qu'il pourrait être à cet égard considéré comme un ministre, à cause qu'il a fait la fonction d'ancien depuis un très long temps (Fr. yoSo, f» 184).
Ayant représenté l'Église de Paris au synode tenu à Vitry en 1649, Noël Bezard exerçait, en effet, cette fonction depuis au moins trente-six ans, et se trouvait être le plus ancien membre du consistoire, bien que ses collègues Bouilly et Beauchamp eussent sept ans de plus que lui. Aussi prêtres, magistrats et gens de police désiraient-ils avec ardeur sa conversion, ne fût-ce que pour l'exemple. Comme il n'allait plus de lui-même chez le convertisseur Pilon, on l'y conduisit de vive force, le 7 novembre; et, comme après une assez longue conférence, il marquait peu de disposition à continuer ces entretiens, le commissaire Labbé lui signifia qu'on l'obligerait de «s'éclaircir jusqu'au bout». Exilé à Château-Gontier (Mayenne) par une lettre de cachet du 10, Bezard se mit en route le 14, et comparut le 28 devant les autorités de la ville, qui lui en donnèrent acte 1.
Il avait épousé en premières noces Marie Cottin, dont il eut : Henriette-Françoise (i65o), mariée en 1681 à Jean Rousseau, chirurgien de l'électrice douairière de Saxe, et Henri. Les Extraits des Registres de Charenton ne fournissent que ces noms; cependant Bezard eut assurément d'autres enfants, soit de sa première femme, soit de la seconde, Susanne Lesobre, veuve d'Israël Gervaise, docteur en médecine, qu'il avait épousée en 1667. Le 4 décembre, Susanne reçut l'ordre de le rejoindre dans l'exil. Le 18 février
' «Aujourd'hui vendredi vingt-troisième bois, de se retirer incessamment en la jour de novembre mil six cent quatre- ville de Château-Gontier, et d'y demeurer vingt-cinq, a comparu devant nous, jusqu'à nouvel ordre, à peine de dés- François Chaillard, sieur de la Crespi- obe'issance. Fait à Fontainebleau, ce nière, conseiller du roi, lieutenant par- dixième jour de novembre i685. Signé, ticuiier en la sénéchaussée d'Anjou et Louis, et plus bas, Colbert. Scellé d'un siège présidial à Château-Gontier, et cachet portant les armes de France. — Matthieu Drouart, sieur du Lestre [?), De laquelle comparution personnelle et conseiller du roi et son avocat audit représentation desdits ordres de Sa Masiège, Noël Bezard, marchand de bois, jesté, qui lui ont été remis en main, il qui nous a dit être de la religion pré- nous a requis acte, que nous lui avons tendue réformée, âgé de soixante-huit donné pour servir et valoir ce que de ans, natif de la ville d'Orléans et demeu- raison, et fait signer ces présentes audit rant avec sa famille en celle de Paris, Bezard et à M« Charles Sourneil, l'un lequel nous a déclaré qu'il est venu en de nos greffiers, pour en être par lui cette ville pour obéir aux ordres de Sa délivré copie sous son seing et le scel de Majesté, qu'il nous a représentés, dont la sénéchaussée. Signé, Chaillard, Droula teneur s'ensuit: De par le roi, il est art, Bezard et Sourneil, avec paraphe», ordonné au sieur Bezard, marchand de (Fr. 7030, f» 173).
44 Révocation de l'Edil de Nantes à Paris.
1686, on la mit au For-l'Évêque, d'où elle fut transférée au Petit- Châtelet le 18 juin (Fr. yoSi f""' 298, 3o5). Le malheureux vieillard abjura sans doute entre les mains des dragons ; car il obtint, le 26 mars 1686, la permission de revenir à Paris (O' 3o). M""' Bezard mourut l'année suivante dans la rue aux Ours, sans avoir reçu aucun sacrement. Une demoiselle Bezard, très probablement non mariée et autre qu'Henriette-Françoise, figure sur la liste du 16 février 1687 parmi les «absents» du quartier Saint- Antoine (Fr. 7o5o f" 822). Son père, que l'âge avait rendu incapable de tenter le passage toujours aventureux de la frontière, resta en France, où nous le voyons encore noté comme mauvais catholique en 1690 (O' 34); mais il est permis de penser qu'il encouragea la fugitive à l'abandonner et à tout sacrifier pour le repos de leurs consciences. Le fils aîné de Bezard, nommé comme lui Noël et comme lui marchand de bois, était rangé le 24 décembre i685 parmi les chefs de famille qui refusaient d'abjurer et auxquels le commissaire Labbé venait d'ordonner de se rendre, le lendemain à dix heures du matin, chez M. de La Reynie (F'r. 7o5i f 188). Sans doute l'éloquence menaçante du lieutenant de police soutenue par la dragonnade, qui se pratiquait à Paris depuis deux jours, produisit son effet habituel ; car le même commissaire écrivait le i3 janvier suivant :
Le sieur Bezard fils a fait abjuration [le 8 *] et Aimée Cressé, sa femme, la fera demain à Sainte-Marguerite (Fr. 7o5i, f» 71).
Nous ne savons comment rattacher à cette famille Marie Bezard, femme séparée de biens de Pierre Poupaillard, docteur en médecine; Marie Bezard, femme de Denis Cottin, mise, le 17 juin 1686, au For-l'Évêque, où elle était encore le 14 décembre ; Marie Bezard, femme d'Isaac Courtiou, marchand de vins, laquelle après avoir demandé, le 12 janvier 1686, cinq ou six jours pour se faire instruire, fut mise, le 18 juin, à la prison de l'abbaye Saint-Germaindes-Prés; ni Madelaine Bezard, veuve de Josué Prévost, marchand de bois, laquelle fit abjuration le 3o décembre i685. Quant à Susanne Bezard de Gien-sur-Loire, qui reçut de la Bourse française de Genève un viatique de trois écus pour l'Allemagne, elle n'était point la fille de l'ancien de Charenton, comme l'a cru notre savant ami Bonïi&r [France prot., 2" édit., II, 5o3); mais celle d'un marchand de bois de Gien, fort attaché à sa religion et probable-
' Fr. 1742 1, f" 6.
Pasteurs et Anciens. 45
ment parent de Noël. Relégué à Pont-le-Roi (Aube) après la Révocation, ce Bezard n'en sortit, et nullement converti, que par ordre du 28 mars 1688. Le i5 août 1690, Seignelay écrivait à M. de Creil, intendant de la province: « Si le nommé Bezard, marchand de la ville de Gien, qui se mêle de donner de mauvais conseils aux autres nouveaux catholiques, tient une mauvaise conduite. Sa Majesté veut que vous le fassiez mettre en prison » (O* 84).
En 1787, la veuve Bezard présentait une requête pour obtenir le don des biens de Marie et de Marguerite Bezard, décédées en Angleterre, et prouvait, par un certificat du P. Lefèvre, que son mari était mort catholique l'année précédente. Les employés de la régie, au contraire, établissaient que le défunt était mort protestant (TT. 104).
En 1758, une demoiselle Bezard de Paris passait à l'étranger avec Jacques et Jacqueline Margas.