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LES SAINTE-HERMINE

On sait l'ardeur fébrile et nullement désintéressée que, bien avant la Révocation, M™* de Maintenon déploya pour attirer à sa nouvelle religion les membres de sa famille, et la résistance momentanée mais « infiniment glorieuse au calvinisme», suivant l'expression de M™" de Caylus*, que lui opposèrent M"^ de Caumon d'Adde et deux jeunes Sainte-Hermine de la branche aînée, le frère et la sœur. On sait comment la toute puissante dame réussit à enlever les enfants de son cousin Philippe Le Vallois, marquis de Villette-Murçay, et à les faire catholiques pendant qu'il voguait vers les Indes-Occidentales, où elle l'avait envoyé à dessein. Au retour, le marquis laissa éclater sa légitime indignation. Mais quelques années plus tard, il s'apaisa si bien que, l'ambition étouffant la voix de la conscience, il abjura le 20 décembre i685. Douze jours après, il obtenait l'épaulette de chef d'escadre. Le tentateur avait été l'abbé de Fénelon^ inaugurant sa mission de Saintonge par ce coup d'éclat, qui le mit bien en cour, surtout auprès de M"'= de Maintenon. Peut-être le controversiste peu scrupuleux crut-il un instant à la sincérité de son prosélyte; dans ce cas, l'illusion ne dura guère ; car il écrivait, le 16 janvier 1686, à M""" de Beauvilliers^: «Il faut vous dire en grand secret que j'ai découvert par les écrits de M. de Villette, qu'il m'a confiés, qu'il est très mal converti; il ne croit point ce que l'Eglise croit. Ne me nommez pas ; mais vous ferez une bonne oeuvre de faire qu'on l'empêche doucement de communier, et qu'il s'instruise». — M™'= de Caumon d'Adde, sœur du marquis, abjura deux jours après lui. II n'en fut pas de même de leur sœur Madelaine, mariée à Élie de Sainte-Hermine de la branche cadette.

M"^ de Sainte-Hermine, de La Laigne en Aunis, veuve depuis 1677, sut se démêler des artifices et des séductions de Fénelon, et vint à Paris, peut-être dans le dessein de s'échapper, avec son

' Souvenirs de M"" de Caylus, p. i6. '' Verlaque, Lettres inédites de Fénelon,

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gendre et ses deux filles, Madelaine-Sylvie, femme d'Alexandre Desmier, sieur d'Olbreuse, et Anne-Marie-Françoise. Si M""" de Maintenon comblait de faveurs ses parents nouveaux convertis, elle agissait d'une autre façon à l'égard de ceux d'entre eux qui ne poussaient pas la complaisance jusqu'à lui sacrifier leur religion. Un billet de Seignelay à La Re3'nie, du 20 avril 1686, révèle le traitement qu'elle leur réservait^ et le nom de deux des protestants très peu nombreux qui obtinrent la permission de passer à l'étranger : «Le roi m'ordonne de vous écrire que M""= de Sainte-Hermine, M. et M"^ d'Olbreuse, et M"<= de Sainte-Hermine sont à Paris, et que Sa Majesté a permis à M. et M"'' d'Olbreuse de sortir du royaume, à la recommandation de M. le duc de Zell ' ; mais à l'égard de M"'' de Sainte-Hermine et de sa fille non mariée. Sa Majesté veut que vous les fassiez arrêter et conduire, la mère, dans la maison de M""" de Miramion ^, et la fille, dans un couvent tel que vous voudrez choisir, et il faut que vous preniez garde, s'il vous plait, que celui que vous chargerez de l'exécution de l'ordre^ ne prenne pas ]y[me d'Olbreuse pour sa sœur» (O' 3o). — Desgrez, chargé de l'arrestation, rapporte qu'avant de le suivre, M™'= de Sainte-Hermine entra dans une chambre voisine de la sienne, où elle embrassa M"^ de Sircé [Ciré?], âgée de plus de quatre-vingts ans (Fr. 7o53 f 218).

Les convertisseurs commençaient à savoir qu'il est des caractères dont on n'obtient rien par force; après les rigueurs ils essayèrent de la douceur. Le 21 juillet, Seignelay écrivait à M™^ de Miramion : « Le roi veut bien que M""^ de Sainte-Hermine aille demeurer pendant deux mois chez M"^ de Caumon, sa sœur, qui demeure à Paris, et vous pouvez lui donner la liberté de sortir de votre maison quand elle voudra» (O' 3o). — M""' de Caumon ne manqua point d'exhorter sa sœur, de lui représenter que leur cousine ne céderait point, et qu'à lutter contre elle on se briserait infailliblement. La marquise de Sainte-Hermine repoussa ces conseils pusillanimes. Aussi fut-elle arrêtée de nouveau le 7 décembre 1686, et conduite aux Nouvelles-Catholiques, où se trouvaient sa fille, déjà sur le

' Éléonore d'Olbreuse, sœur d'Alexandre, de guerre cliez M. d'Olbreuse, frère de

avait épousé le duc de Brunswick-Zell- 'a duchesse de I.al» (lisez: Zell»). Lunebourg. C'est de leur fille Sophie- ' H semble que les Miramiones étaient

Dorothée que descendent la reine d'An- plus dures encore que les Nii°'-Catho-

gleterre et l'empereur d'Allemagne. — On liques; car on leur envoyait fréquemment

lit dans les Mém. de Foucault: «Le roi des protestantes dont celles-ci n'avaient

n'a pas voulu que l'on envoyât des gens pu venir à bout.

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point d'abjurer, et sa petite-fille, M"^ de Saint-Laurent-Sainte- Hermine, douée de plus de résolution.

M"^ de Sainte-Hermine était entrée dans la maison de la rue Sainte-Anne le 25 avril. Le 2 mai, Seignelay écrivait à la mère Garnier: «J'ai parlé à M'"^ de Maintenon sur ce que vous m'écrivez au sujet de M"® de Sainte-Hermine, et elle m'a témoigné que, à la réserve de M™"^ de Vizé et de La Marzelière, qui la pourront voir une fois, vous ne lui permettiez pas de parler ni d'écrire à personne» (O' 3o). Un document du 17 octobre porte qu'elle a pour la servir M"® Jacob, nouvelle convertie, et que M""" de Maintenon a payé iio livres pour sa pension (Fr. 7052 f° 25). Un autre, du 14 décembre, la cite comme étant «de bon exemple» (Fr. 7o5i f" 248). La liste du i*'' février 1687 la range parmi les converties, et sa mère, ainsi que M"° de Saint-Laurent, parmi les détenues qui n'ont pas encore abjuré (Fr. 7052 f 3o). M"^ de Sainte-Hermine ne tarda point à être relâchée, et sa mère finit par se lasser de l'accomplissement d'un devoir pénible.

Longtemps hésitante entre une captivité peut-être perpétuelle et les grâces que lui offrait sa cousine, la marquise finit par faiblir et fut mise en liberté le 25 avril. Le 6 mai, elle reçut une pension de 2000 livres, et sa fille, une de i5oo. C'était une fortune pour des gens dont la pauvreté était presque proverbiale. En même temps on les autorisait à voir aux Pères de l'Oratoire M. de Sainte- Hermine, fils de l'une et frère de l'autre, dans le vain espoir qu'elles parviendraient à le faire dévier du droit chemin. M"" de Sainte-Hermine, convertie et dotée, épousa la même année le comte de Mailly, et devint dame d'atour de la duchesse de Bourgogne.

Vers le i5 ou le 16 septembre i685, raconte M"* Anne de Chauffepié, ses tantes De La Forest, chassées par les dragons, se réfugièrent à La Laigne, tandis qu'elle, sa sœur De La Croix et M"° de Saumaise, trouvaient un asile à Olbreuse. « Dès le mois de novembre, poursuit-elle, M. et M™ d'Olbreuse furent avertis que M"'° de Maintenon ne trouvait pas bon qu'ils nous gardassent chez eux, et M'"^ d'Olbreuse écrivit là-dessus une lettre pleine de bonté pour nous à cette dame, pour la supplier de nous laisser auprès d'elle, sachant qu'elle le pouvait facilement faire si elle voulait; mais sa dureté ne put être amollie là-dessus, et, sans écrire ellemême, elle fit mander à M"" d'Olbreuse, par un de ses frères, qu'elle nous [rjenvoyât, si elle ne voulait avoir bientôt sa maison pleine de dragons, dont elle avait été exempte jusque à ce temps par les

sollicitations de M""= la duchesse de Zell, sœur de M"'" d'Olbreuse'. De sorte qu'il nous fallut quitter cette demeure et nous cacher... dès la fin de décembre; et, après bien des inquiétudes, des alarmes et des embarras, le 8 d'avril 1686, M"" de Saumaise^ et moi allâmes du côté de La Rochelle, pour tâcher de nous embarquer... Mes tantes et M"" ^ de Saint-Laurent, que nous avions vue en passant à La Laigne, prirent le même parti que nous, et se vinrent cacher dans un village à demi-lieue de La Rochelle, oii M"" de Boisragon les vint chercher» {Bidlet., VI, 58). — S'étant rassemblées nuitamment, le 23 avril, sur une place de La Rochelle, ces six dames montèrent, entre dix et onze heures du soir, dans une barque qui devait les conduire à bord d'un vaisseau anglais. A peine étaient-elles sur ce vaisseau, qu'une patache s'en rendit maître, s'empara des fugitives et les emmena dans la citadelle de l'île de Rhé.

On envoya ensuite M"" de Saint-Laurent et M"" de Boisragon au couvent des filles de la Providence de La Rochelle. Le I''' juillet. M"" de Boisragon fut reconduite à Rhé, jetée dans un cachot oîi ses jupes et ses bas ne séchaient jamais ; enfin au bout de quinze jours de ce supplice, on la mit dans une chambre avec une fille pour la servir. A la fin de septembre, sans doute sur la demande de M'"" de Maintenon, les deux captives furent dirigées vers Paris sous la conduite de Poirel, subdélégué de l'odieux intendant Arnoul. Elles entrèrent le 17 octobre dans la maison des

' Seignclay écrivait le n décembre i685 Meaux sous deux conditions: l'une,

à l'intendant de marine Arnoul: u A qu'elle voulût entrer dans un couvent de

l'égard des sieurs de La Laigne et d'Ol- religieuses pour y être avec plus de bien-

breuse, Sa Majesté veut que vous leur séance que chez lui, et l'autre, qu'elle

parliez fortement de sa part et que vous sourtrit qu'on lui parlât quelquefois, mais

leur déclariez, à l'un et à l'autre, que sans violence, de la mauvaise religion

s'ils donnent retraite à des gentils- qu'elle professait». Il lui faisait la même

hommes, ou s'ils se mêlent d'empêcher offre pour M"° de Chauftepié, son amie

les conversions en aucune manière. Sa intime: M"° de Saumaise repoussa ces

Majesté enverra des troupes chez eux» propositions avec vivacité, le gouverneur

(P. Clément, Relation d'un voyage du s'emporta, donna l'ordre «qu'on ôtât des

marquis de Seignclay, Paris, 1867, in-12, soldats d'un cachot bas et infâme, et

p. 320). qu'on l'y mît seule. Elle sortit en lui

' C'était la liUe de l'illustre savant : née disant: Oui, Monsieur, j'irai, et voilà un

en Hollande, elle était revenue en France bel effet des recommandations de .M. de

avec sa mère. FvUe fut arrêtée avec ses Meaux». (Biillet., VI, 06). On finit par

compagnes et enfermée dans la citadelle l'expulser du royaume après de longues

de Rhé. Bossuet, son parent, la recom- persécutions (Benoit, V, 899).

manda au gouverneur, et lui écrivit à ^ Le B»//f/i)! dit: Mesdemoiselles; mais,

elle-même. uM. de Meaux lui parlait fort comme il n'est plus ensuite question que

honnêtement sur son état et lui ollrait de d'une seule demoiselle de Saint-Laurent,

la tirer de prison pour la faire aller à nous préférons le singulier.

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Nouvelles-Catholiques, où elles étaient notées, le 17 décembre, de la manière suivante: «On en espère, elles sont dociles ». La Reynie ajouta de sa main: «On travaille à les instruire, et il y a lieu de bien espérer à leur égard. Elles ont été extrêmement maltraitées en province, et ce sont des esprits effarouchés qui ont besoin d'être adoucis» (Fr. yoSi f° 246). Par une faveur exceptionnelle, M"" de Saint-Laurent sortit des Nouvelles-Catholiques sans avoir abjuré. Quand M""' de Sainte-Hermine parla de retourner dans sa province, il fut convenu qu'on lui confierait sa petite-fille. « Le roi, écrivait Seignelay à la mère Garnier (25 août 1687), trouve bon que vous remettiez M"' de Saint-Laurent entre les mains de M'"° de Sainte-Hermine pour la mener avec elle en Poitou ; mais il faut que vous lui expliquiez que Sa Majesté ne lui donne que le mois pour la disposer à faire sa réunion» (O* 3i). — De son côté, M'"" de Maintenon écrivait, le 4 septembre, au marquis de Villette, devenu convertisseur: «Prenez garde à toutes les affaires dont vous vous chargez; car il serait très désagréable qu'elles ne se trouvassent pas comme vous les avez proposées. M. de Seignelay a persuadé au roi que M"" de Saint-Laurent était sur le point de faire sa réunion, et si elle part sans que cela soit fait, on en sera assurément mécontent. Ne vaudrait-il pas mieux la remettre aux Nouvelles-Catholiques, et qu'elle s'en démêlât comme il lui plairait ? Je vous avoue que je n'aime pas à me charger devant Dieu ni devant le roi, de tous ces retardements de conversion, et que j'aurais aussi un chagrin de vous voir déplaire quand vos intentions sont bonnes. On prétend aussi que cette demoiselle de Boisragon n'écoute point, et qu'elle ne sera de longtemps convertie; cela sera encore sur votre compte ». M"* de Saint-Laurent persévéra-t-elle dans sa ferme attitude, ou finit-elle par succomber comme la plupart des membres de sa famille?

Nous sommes heureusement mieux instruit sur le compte du chevalier Philippe de Sainte-Hermine, officier de marine, en qui revivait l'indomptable foi de son aïeul, l'illustre capitaine et écrivain huguenot Agrippa d'Aubigné. Philippe se plaignait, dès le mois de mai 1682, « d'un mal fort extraordinaire et assez considérable, rapporté de la dernière campagne. » Ce mal ayant persisté, le chevalier écrivait en i685: «J'ai une espèce d'hydropisie qui me mettrait à la fin hors d'état de servir, si je n'y remédiais présentement ». A la fin de l'année, il adressait à Seignelay la lettre suivante : « Monseigneur, La confiance que j'ai en vos bontés, desquelles j'ai ressenti fort souvent des effets depuis quinze ans, me fait

4IO Revocation de l'Édit de Nantes à Paris.

prendre la liberté, dans le triste état où je suis, de vous supplier de demander pour moi un congé au roi pour sortir du royaume. J'ai une maladie depuis longtemps qui me paraît incurable, la mer me l'ayant augmentée. C'est ce qui m'oblige. Monseigneur, de me retirer en quelque lieu oîi je puisse mourir tranquillement dans la crainte de ma religion. C'est une charité fort grande que vous exercerez envers moi, qui ne demande que cela pour récompense de quinze années de service» {Ballet., 3*= série, I, 184). — Ce langage noble et digne parut scandaleux à Versailles. On essaya de faire revenir le chevalier sur sa résolution d'aller mourir à l'étranger dans sa religion; Fénelon fit pour le tenter tout ce qui était possible, sans oublier de lui rappeler l'exemple de son oncle, le marquis de Villette '. Le chevalier, dont la conscience n'était pas à vendre, déclina ces honteuses propositions ; en conséquence, on le mit à la Bastille, le i5 mars 1686: telle fut la récompense de ses services et le soulagement que M"^ de Maintenon fit apporter à ses maux. Il faut reconnaître que Seignelay recommanda le chevalier à M. de Besmaus, comme parent de la favorite et fort infirme, et qu'il octroya au captif la liberté de la cour, celle de la terrasse, et celle de parler à ceux qui iraient le demander. Le 1 7 mars, M. de Besmaus, répondit au secrétaire d'Etat: «Le sieur Desgrez a conduit à la Bastille ce matin M. le chevalier de Sainte-Hermine; il est infirme et a besoin de secours.» Un mois après, M. de Besmaus, adressait un nouveau billet à Seignelay: «Monseigneur, M. le chevalier de Sainte-Hermine vous supplie très-humblement de lui vouloir permettre de voir M'"'= sa mère [peut-être déjà enfermée aux Miramiones] et M"^ sa sœur mariée avec M. d'Olbreuse, qui a permission du roi de s'en aller à Zell ; je vous supplie de ne pas trouver mauvais que je le fasse; vous m'avez ordonné de lui faire tout le plaisir que je pourrai et d'en avoir soin. Il guérira de son hydropisie et frère Marc le tirera d'affaires, son remède opérant beaucoup» {Ibid.).

' Fcnelon écrivait à Seignelay le S mars que je leur donnasse. Celles de M. de

1686: «J'ai eu sept ou huit longues con- I.angeron lui paraissaient décisives; et

versalions avec M. de Sainte-Hermine, à quelquefois il répondait de lui-même ce

Rochefort, où j'ai été le chercher; il en- qu'il fallait contre moi; mais rien ne

tend bien ce qu'on lui dit; il n'a rien à s'est remué en lui, au moins au dehors,

y répondre, mais il ne prend aucun parti. Je ne sais s'il ne tient point à sa religion

M. l'abbé de I.angeron et moi. nous par quelque raison secrcte de famille. Je

avons fait devant lui des conférences serais retourné à Rochefort, pour lui

assez fortes l'un contre l'autre. Je faisais parler encore selon vos ordres, si M. l'in-

le protestant et je disais tout ce que les tendant ne m'avait mandé qu'il est allé

ministres peuvent dire de plus spécieux. en Poitou» (Voir aussi l'abbé Verlaque,

M. de Sainte-Hermine sentait fort bien I.cUrcs inédiles de Fénelon, 1874, in-8",

la faiblesse de mes raisons, quelque tour p. iî>).

La Bastille n'ébranla point le marin qui puisait dans sa piété la force de supporter victorieusement toutes les épreuves; aussi lui retira-t-on, dès le 28 mars, la permission de recevoir les visites de son frère aîné, Henri-Louis, marquis de Sainte-Hermine, nouveau converti, et, le 20 avril, celles de sa mère et des autres membres de sa famille. Profitant des petites libertés qui lui restaient, le chevalier correspondait secrètement avec un autre prisonnier d'une foi non moins ardente, Théodore de Béringhen, conseiller au Parlement de Paris, et copiait, pour une dame enfermée dans un couvent (peut-être sa mère?), toutes les Lettres d'exhortation qu'écrivait son ami. Voici quelques fragments de celles que le conseiller adressait au chevalier : « i5 juillet 1686. Je suis. Monsieur, si édifié de la fermeté que Dieu vous donne ici depuis tant de mois, que j'embrasse avec joie l'occasion qui se présente de m'en consoler avec vous... O que bienheureux est l'homme qui ne marche point suivant le conseil des méchants ! . . . Jouissons, Monsieur, de notre félicité, et de la grâce que Dieu nous fait de nous cacher ici pendant l'orage. Profitons d'une si douce retraite, et persévérons tous d'un commun accord dans la doctrine des prophètes et des apôtres ... Je vous écris ceci pour vous faire voir que je m'essaie à profiter de votre exemple, et pour effacer les impressions de ma prétendue folie, s'il est vrai que le bruit en soit venu jusqu'à vous » (p. 24). — « 18 septembre 1686. Il ne se peut rien de plus judicieux ni de plus touchant que votre dernière lettre, sur ce que vous y dites en général des jugements de Dieu sur les méchants, de la protection qu'il donne à ses fidèles dans le temps convenable, et de sa Providence à conduire son Église dans tous les âges du monde. . . Mais pardonnez-moi, je vous supplie,. .. si je ne puis approuver la difficulté que vous faites d'appliquer les anciennes prophéties aux événements singuliers de la persécution que nous endurons». — «8 juin 1687. Vous jouissez de ces consolations ineffables, vous. Monsieur, qui, bien loin de vous laisser emporter avec tant de milliers d'autres par la séduction de ces abominables convertisseurs, n'avez pas même voulu qu'on vous tirât de ce lieu sous la caution de vos amis, ni par aucun autre engagement; vous qui préférez le grand intérêt de la piété et de l'opprobre de Jésus-Christ à l'intérêt de votre fortune et de tous ces différents établissements qu'on vous propose, et par lesquels on essaie de vous ébranler chaque jour » (p. 206).

Les sollicitations, en effet, ne manquaient pas au chevalier. Le marquis de Villette, entre autres, ne comprenait pas qu'on s'obs-

tinât à rester à la Bastille, quand d'un mot on pouvait s'en ouvrir les portes et se créer un brillant avenir. De la rade de Cadix, il écrivit à son neveu deux grandes lettres de controverse, que M. de Béringhen réfuta éloquemment ; non sans remarquer avec malice combien il était singulier qu'un homme qui avait passé sa vie à la guerre, fût devenu tout d'un coup si savant dogmatiseur. Son étonnement eût été plus grand encore, s'il avait su ce que Fénelon pensait de la conversion du marquis. Non seulement M. de Sainte- Hermine ne donnait aucune espérance de conversion; mais son courage, sa résignation, ses maux mêmes touchaient les apostats qui l'approchaient; venus pour le séduire, ils éprouvaient des remords et s'en allaient plus mauvais catholiques encore qu'ils n'étaient en entrant. C'est pourquoi on lui interdit, à partir du i8 septembre 1686, tout commerce avec les nouveaux convertis, à l'exception d'un de ses frères beaucoup plus aguerri, sans doute Jean-Pharamond, qui se fît abbé. Dans l'espoir qu'un changement de milieu et des rapports constants avec des catholiques instruits, tels que les P. de Sainte-Marthe, Malebranche, Le Long, Fleury, Bordes, Richard Simon, amèneraient une détente et feraient fléchir sa résolution, le prisonnier fut transféré, par ordre du 17 avril 1687, dans le couvent des Pères de l'Oratoire, où sa mère et sa sœur, récemment sorties des Nouvelles-Catholiques, coururent le supplier d'abjurer. Nous le retrouvons encore dans ce couvent à la fin de juillet (Fr. 7o53 f" 164). On le réintégra ensuite à la Bastille, mais toujours sans succès; il fallut l'expulser du royaume, en compagnie des marquis de Thors et de Langey, détenus à l'abbaye de Saint-Victor, du comte d'Aunay, détenu chez les P. de l'Oratoire, et de M. de Saint-Martin, conseiller au Parlement. Le capitaine De La Pommeraye, exempt de la prévôté de l'hôtel, les conduisit jusqu'à Mons en Hainaut, par ordre du 27 février 1688 (O' 82). C'est le chevalier de Sainte-Hermine, et non le marquis, comme le dit La France protestante, qui suivit Guillaume d'Orange en Angleterre et devint major du régiment de Schomberg (Agnew, III, 175).

Contre ce cousin qui lui avait résisté et allait combattre le protégé de Louis XIV, M"" de Maintenon put avoir du dépit et de la colère; mais il lui inspirait le respect, tandis qu'elle éprouva bientôt à l'égard de ceux qui réclamaient sans cesse le prix de leur conversion, ce sentiment de lassitude, voisin du mépris, qui éclate dans une de ses lettres à M""" de Caylus: «J'ai cru être quitte en vous mettant tous en état d'achever ce que j'avais commencé pour

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votre fortune. Mais je vois M'"*" de ... bien persuadée que je dois marier ses filles; ses garçons viendront après; le vôtre suivra; les petits De Murçay croissent; le père prétend à tout ce qui vaque ; M™^ de Sainte-Hermine me présente tristement une grande fille que j'ai grand tort de ne pas établir, et qui sera suivie de cinq autres; M. de Sainte-Hermine veut un gouvernement ; le petit Villette va venir aussi » (Noailles, Hist. de M'"" de Maintenon, IV, 52).

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