‹ La révolteChapitre 11 sur 25 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ELISABETH, très-simplement.

Vous remarquerez, monsieur, dans le compte que je viens de placer sous vos yeux, la déduction des appointements de quatre mois et vingt-deux jours durant lesquels il m'a été impossible de travailler, à cause de mon état intéressant, comme vous disiez à vos amis. Si je m'apercevais plus tard d'une omission, de quelque chose que je vous doive encore selon la loi, je m'empresserais de vous en faire parvenir le montant avec l'intérêt commercial, depuis ce jour jusqu'au jour de réception, y compris. En cas de décès de votre part, il serait convenable que cette somme, s'il y a lieu, fut réversible soit sur les maisons de charité, soit sur la tête de votre fille ; veuillez bien aviser en testant.

FE'LIX, à part.

Bonté divine!... Est-ce un accès de folie?

ELISABETH, mettant ses gants.

Bref, les trente-deux mille francs qui constituent ma fortune sont placés de manière à ce que, sans qu'il soie besoin de subir encore différentes choses^ je puisse, au nom de mon travail passé, avoir droit à un peu de pain jusqu'à la mort. En un mot, j'ai payé ma dette sociale.

(Un silence. Elle ôte un papier de son corsage et le pose sur la table près de

la clef et de l'anneau.) Voici la procuration qui me confère la signature de votre Maison. Vous m'avez fait l'honneur de m'en investir; je vous la remets, telle que je l'ai

reçue. (Elle se lève.) Maintenant, monsieur, je pense que toute explication de cette petite scène intime est au

moins inutile : en Conséquence... (Elle prend son chapeau et sa mante sur la chaise près d'elle.)

fe'lix.

Ah çà! veux-tu me dire ce que tu as? ce qui te prend? — Oui ou non? — Est-ce à cause de l'assignation Leliévre?... Bon Dieu! j'abandonne volontiers ces trois mille seize francs et même les frais de la procédure ! Mais, enfin, parle !

ELISABETH

J ai parlé. (Elle se dirige vers la porte du fond, tranquillement. )

Adieu, monsieur, je vous salue... et je vous prie d'oublier jusqu'au son de ma voix.

F ELIX, debout devant la porte, brusque et se croisant les bras.

Est-ce que tu aurais un amant, par hasard?

ELISABETH, s'arrêtant à ce mot et devenue encore plus pâle.

Ah ! — Un outrage ! — Vous voulez donc me forcer à vqus dire ? . . . Au fait, vous y avez droit : j'obéis . (Elle a descendu la scène. Elle s'appuie debout contre le velours de la cheminée ; sa tête est éclairée par le candélabre derrière elle. Elle parle d'un ton froid et trèscalme.) Ce n'est point très-enjoué... mais vous interrogez de manière à mériter d'entendre, en effet. (Elle le regarde en face.) Vous ne me connaissez peut-être pas bien, monsieur?... Oui... je crois que vous avez quelques illusions

SUr ma Véritable nature. (Elle sourit d'une manière bizarre. Félix

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