‹ La révolteChapitre 22 sur 25 · SCENE DEUXIEME. $i · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIEME. $i

je Vais... (Bruit d'une voiture qui s'éloigne.) HeUlr... (Se jetant à

la croisée* et l'ouvrant.) Comment!... non, ce n'est pas possible... Elle n'abandonne pas son mari et son enfant, cette femme! Baptistin! attelez! attelez! Bapti (il se

frappe le front et s'arrête). Mon Dieu ! . . . Trop tard ! . . . Ah !

c'est elle qui les a envoyés dans leurs chambres, ce soir ! C'est elle qui a fait venir la voiture! La malheureuse!...

Elle a OSé!... Je... j'étouffe. (Il arrache sa cravate.)

Qu'est-ce que j'ai dans la poitrine! j'ai beau ôter ma cravate, je ne peux pas respirer! j'ai la fièvre! je ne me croyais pas si impressionnable que ça ! Partie ! . . . partie ! . . . Eh bien, mais, je ne ris plus, moi ! (il tombe sur un fauteuil près de la table.) Comment ! on quitte donc sa fille et son mari pour aller « rêver » aujourd'hui!... (Un silence.) — Oh! ces meubles... cette plume qu'elle tenait... voilà sa montre abandonnée... Cet anneau!... Je ne peux pas me mettre ça dans la tête qu'elle me laisse tout seul avec sa fille. — Est-ce donc vrai qu'elle est partie? Mais enfin, c'est infâme, c'est une mauvaise mère! c'est contre nature, c'est impossible!... (il se lève et marche à grands pas.) Non! elle ne reviendra pas, non, jamais; c'est un caractère indomptable... Je commence à la comprendre, maintenant. Je la connais, je suis seul. Elle

a tOUt prévu... je Suis.. (Avec un cri et s'asseyant sur une chaise

dans un coin du salon.) Ah ! ces murs ! Comme c'est nu, ici !

Je ne l'avaiS pas remarqué. (D'un air égaré s'interrompant, à voix

basse.) La petite maison, le vent d'hiver, le silence,

toujours, la solitude. — La solitude!., et moi?... (Se redressant.) Au secours!... je ne peux pas comprendre ce que j'ai... Je n'ai rien, et c'est l'enfer ! Mais il me semble que je me noie, qu'on m'arrache l'existence du

COrpS ! Elisabeth!... £1... (Il fait quelques pas en chancelant, les bras étendus comme un fou, puis il s'affaisse sur un fauteuil auprès de la

porte.) Je ne sais pas... mais je souffre beaucoup... positivement.

(Il s'évanouit.)

SCÈNE MUETTE. — La pendule au-dessus de la porte sonne une heure du matin; musique sombre; puis, entre d'assez longs silences, deux heures, puis deux heures et demie, puis trois heures, puis trois heures et demie et enfin quatre heures. Félix est resté évanoui. Le petit jour vient à travers les vitres, les bougies s'éteignent ; une bobèche se brise d'elle-même, le feu pâlit.

La porte du fond se rouvre violemment ; entre madame Elisabeth tremblante, affreusement pâle; elle tient son mouchoir sur la bouche. Sans voir son mari, elle va lentement vers le grand fauteuil , près de la cheminée. Elle jette son chapeau, et, le front dans ses mains, les yeux fixes, elle tombe assise et se met à rêver à voix basse. — Elle a froid ; ses dents claquent et elle frissonne.

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