‹ La révolteChapitre 9 sur 25 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

tendaient en bâtisses. (Reprenant son idée.) Par exemple, quand nous irons au théâtre, tâchons d'éviter ces pièces de mauvais goût, tu sais?... Il y a au théâtre, à ce que dit le journal, une tourbe, une clique de novateurs qui cherchent toujours à compliquer, à se battre les flancs, à vouloir faire mieux que les autres... et qui, en définitive, n'arrivent à rien, à rien et à rien!... qu'à rendre inquiets les gens honorables, en leur procurant on ne sait quelles émotions... presque dangereuses. C'est absurde. On devrait défendre cela, positivement. Moi, je vais au théâtre pour rire, comme on doit aller dans ces endroits-là... J'aime les choses simples, simples comme la nature. Est-ce que la nature n'est pas simple? Est-ce que la vie n'est pas simple? Est-ce que tout n'est pas simple? Je n'aime pas les montagnes trop hautes, ni dans les personnes ni dans la nature. Je préfère, en toute chose, une modération honnête. Si l'on veut être... sublime... qu'on le soit, du moins, avec discrétion!... La peste soit des novateurs! J'aime les vieilles pièces. Elles sont bonnes, et quand une chose est bonne, il faut ¥i-mi-ter et s'en tenir là. (Tisonnant.) Ce n'est pas à dire, cependant, que... parfois... et dans... de certaines circonstances, il ne puisse être de bon goût de glisser... d'introduire...

ELISABETH, prêtant l'oreille.

Pardon ! (Bruit «Tune voiture qui s'arrête devant le portail. A part.)

a8 LA REVOLTE.

La VOitUre, bien. (Elle va près de la fenêtre et regarde a travers les

vitres.)

FELIX, se détournant.

Tiens!... As-tu entendu?... Quelle visite peut nous venir à cette heure-ci?... Et ce Baptistin! Et ce... (il se lève.) Je les chasse!... Comment!... personne pour annoncer! Et il faut que j'aille moi-même... (il prend un

flambeau.)

ELISABETH, se détournant, brusque, le visage livide et fier, le regard calme, le sourire glacé, la voix stridente.

Ce serait inutile, monsieur. Il n'y a personne dans la voiture qui vient de s'arrêter devant le portail, et il serait d'autant moins à propos de vous déranger, que j'ai, moi-même, une... petite confidence... à vous faire. Je crois de votre intérêt de m'accorder quelques instants... Toutefois je ne vous y contrains pas.

FELIX, un peu troublé, et s'arrêtant court, le candélabre a la main.

Hein?... comment?... Tu veux badiner?

ELISABETH, s'asseyant.

Vous en jugerez vous-même tout à l'heure.

FELIX, la regardant, à son tour, entre les deux yeux.

Ah ça, mais tu es pâle! tu es malade! Pourquoi m'appelles-tu monsieur?

ELISABETH

Je ne vous prendrais pas votre temps aussi tard, s'il ne s'agissait que de moi seule.

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