‹ La révolte de Toulon en prairial an IIIChapitre 1 sur 25 · EN L'AN IIII · texte numérisé non relu

EN L'AN IIII

dévoraient les Girondins, et les Girondins c'étaient ceux qui avaient été les auteurs, les instruments et les complices du lo août. Pourquoi s'insurgea-t-on pour eux, alors qu'on ne s'était point insurgé pour le roi et pour cette constitution de 1791, reçue, acclamée et jurée par la France tout entière? C'est qu'il est des degrés dans le crime, et que la nation qui, séduite par Thypocrite honnêteté des Girondins, par leur soi-disant patriotisme et leur prétendue bonne foi, avait accepté le renversement du trône comme un fait acconipli, reculait d'horreur devant les Montagnards, devant les massacreurs de septembre, dont elle ignorait les vrais noms, devant les assassins du roi, qu'elle croyait tous de la Montagne. Puis, les administrations départementales formées par les Girondins au temps de leur ministère étaient encore en exercice. Enfin, cette dictature non consentie de Paris sur la France, dictature qui s'était affirmée au 14 juillet, au 6 octobre, au 20 juin et au 10 août, finissait par peser. On était las des crimes, las surtout d'en endosser la responsabilité sans en avoir les bénéfices.

Au reste, cette insurrection, fédéraliste et girondine à son origine, ne tarda pas à devenir royaliste. Du 3i mai, le peuple remonta au 10 août; des effets, il remonta à la cause. C'était là un fait inévitable, car dans Taffaire du 3 1 mai il n'était possible de trouver ni la raison ni Tinstrument d'une insurrection. Aussi,

dès après les protestations des administrations départementales , faits d'avocats , la résistance armée, si elle s'organise, est organisée par les royalistes.

Les Girondins, en Normandie particulièrement, prêchent la guerre. Qui d'entre eux se bat ? Dans cette croisade contre les brigands, croisade dont ils sont les chefs et les instigateurs, qui d'eux marche ? A Vernon, quel est le général qui commande ?

Puisaye, un royaliste. Et eux? Ils se sauvent!

Ce qu'il leur faut, à eux, ce sont les combats de tribune, les batailles de la langue, et les guerres de journaux; ils y sont braves, dit-on^ mais qu'on ne leur demande pas d'autre bravoure.

Partout où l'on tente la résistance, ce sont des royalistes qui combattent. Il faut des soldats, où en trouver? L'armée, terrorisée ou fanatisée, est aux frontières; les représentants en mission la surveillent, les volontaires parisiens la républicanisent. Ce n'est pas là que les Girondins trouveront des soldats. D'ailleurs, n'y ont-ils pas déjà échoué? Les généraux girondins qui, comme La Fayette et Dumouriez, ont tenté d'enlever leurs hommes et de les mener sur Paris n'ont-ils pas dû s'évader de leurs camps et se réfugier chez l'ennemi? Espionnés, dénoncés, suspects, les officiers de leur parti qui se trouvent encore à l'armée sont placés sans cesse entre le feu de l'ennemi et la bascule de la guillotine ; ceux que les

coalisés ne tuent pas, Samson les tue, et, s'ils n'ont pas peur des coalisés, ils ont peur de Samson. Pas une recrue de l'armée ne vient aux Girondins.

Où trouveront-ils donc des officiers pour les foules qu'ils soulèveront? Parmi les royalistes, et là seulement. Puisaye et Précy sortent des rangs et ils se trouvent les chefs parce qu'eux seuls sont capables de commander. Et peu à peu, la foule même, cette foule qui à la première heure a suivi les Girondins, en arrive à se donner aux royalistes et à les acclamer. Car au peuple il faut avant tout des faits précis, des idées compréhensibles. Le peuple n'entendait rien au 3 1 mai, aux discours de Vergniaud et aux circulaires de M°*® Roland. Il voyait deux faits en présence : la royauté, celle de 91^ avec sa constitution et le roi^ ou la République, celle de gS, avec Fanarchie et l'échafaud. Il se soumit parce qu'il eut peur,. — et ce fut l'histoire de la Normandie, — ou il se battit peut-être encore parce qu'il eut peur, — et ce fut l'histoire de Lyon et de Toulon.

Bientôt, dans cette France qu'il avait appelée aux armes et qui avait répondu à son appel, le parti girondin n'eut plus un seul défenseur: ce fut justice, car ils ne méritaient pas qu'on se fit tuer pour eux, ces hommes qui, pouvant fonder en France la monarchie constitutionnelle,, l'avaient renversée; qui,, pouvant sauver le roi, avaient aidé à l'assassiner ; ^, pouvant peut-être encore arrêter au 3 1 mai le

char de la Révolution en se faisant écraser sous les roues, n'avaient eu qu'une idée : sauver leurpew et s'évader de Paris !

La nouvelle du 3 1 mai avait trouvé Toulon exsfâpéré par la tyrannie jacobine, excédé des motions d'un club rouge, terrorisé par de continuels supplices et de perpétuelles arrestations. La £k>tte, que les Jacobins considéraient comme leur propriété, était^ par ordre du club, arrêtée dans le port; les officiers de marine que le ministère envoyait étaient détenus? par ordre du club^ Le dub confisquait à son profit l'arsenal, la poudre, les vaisseaux et les forts. La Terreur régnait dans Toulon qu'épouvantaient chaque jour de nouvelles exécuti(Mis.

A la nouvelle des événements de Paris, les assem-blées de sections se constituent ; les conservateur»^ rassurés par l'imminence même du péril, osent se compter; le club est dissous, la religion catholique est rétablie, on ose traduire en jugement les assassins auxquels leur républicanisme semblait garantir l'impunité, on ose les condamner et les exécuter. Toulon affranchi respire. Mais bientôt Lyon est as-

siégé, Tarmée fédéraliste marseillaise est vaincue; Toulon, isolé, ayant dans son port la flotte encore conventionnelle , ne pouvait résister , et Tarmée républicaine de Carteaux avançait. Tout à coup, la flotte se décide à se soumettre aux ordres de son commandant, l'amiral Trogoff; la royauté de Louis XVII est proclamée; le drapeau blanc est arboré sur la ville et sur les vaisseaux. Les Anglais et les Espagnols, alliés du roi de France^ entrent dans Toulon pour le défendre.

Qu'il y ait eu une arrière-pensée de la part des Anglais, c*est possible, mais il n'y en eut pas de la part desToulonnais. Pour eux, se livrer aux Anglais, alliés du roi, ce n'était que livrer au roi, qu'ils venaient de proclamer, une des places de son royaume. D'ailleurs, comme Ta dit Isnard'^ <c il fallait fléchir devant la Montagne ou l'escadre anglaise, se livrer à la merci de Robespierre pt Fréron ou de l'amiral Hood. Ceux-là apportaient des échafauds, celui-ci promettait de les briser; les uns donnaient la famine, l'autre s'engageait à fournir des grains ; Fréron apportait cette constitution de gS, écrite avec le plus pur sang des représentants , Hood proposait de reconnaître l'ancien ouvrage de l'Assemblée. Alors... une portion des habitants eut la faiblesse de préférer le pain à la mort ; la constitution de g i au code

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