‹ La révolte de Toulon en prairial an IIIChapitre 11 sur 25 · I. V, Pièce justificative III · texte numérisé non relu

I. V, Pièce justificative III

sance; qu'enfin ils avaient tué le représentant du peuple et qu'ils faisaient courir le bruit qu'il s'était brûlé la cervelle ».

Au Beausset même la situation n'était pas meilleure. Entre la troupe et les émeu tiers de Toulon il y avait eu rencontre ; des coups de fusil avaient été tirés. Voici une lettre du commandant Perrin qui donne le récit complet des faits :

Au Beausset, le i«r prairial an m républicain.

Perrin*, commandant temporaire au Beausset,

au général divisionnaire Collaud, commandant la place de

Toulon en état de siège et arrondissement,

La troupe que je commande a bivouaqué cette nuit. J'avais ordonné des patrouilles à cheval sur les différentes routes qui aboutissent au Beausset, afin de reconnaître et de venir me rendre compte si elles avaient vu quelque force armée. Elles devaient aller un peu loin, de manière que , revenant au galop m'annoncer leurs découvertes , l'eusse le temps de rassembler mon monde et aviser au meilleur parti à prendre. Une de ces patrouilles s'étant avancée, sur les dix heures et demie, onze heures du soir, à environ deux portées de fusil d'Ollioules, et ayant entendu et aperçu une patrouille à pied, lui cria : « Qui vive! » La patrouille à pied lui riposta aussitôt par un autre « Qui vive l » à quoi il fut répondu : « Chasseurs à cheval. Avancez à Tordre. C'est nous qui avons crié les premiers. » Le chef de cette patrouille à pied, qui n'avait

I. Je crois, sans pouvoir l'affirmer, que ce Perrin avait ^té, en Tan m, traduit et acquitté par le Tribunal révolutionnaire.

point d'uniforme, s^avança et donna pour ralliement ; Révolution. Le brigadier de chasseurs lui ayant répondu que ce n'était pas le mot, Tautre, en s' éloignant de cinq à six pas, lui répliqua : « Ah 1 ce n'est pas celui-là. Voyons si ce serait celui-ci. d Et il arma son fusil, tenant en joue le brigadier qui, pour lors, lui lâcha son coup de carabine qu'il avait eu la précaution d'armer en criant : « Qui vive I » Alors décharge de part et d'autre, dont il est résulté que le chef de la patrouille à pied a été tué et un autre blessé. Par aperçu, la patrouille bourgeoise devait être de quinze hommes; celle achevai était composée de quatre chasseurs et un brigadier et n'a nullement été blessée.

J'ai dû te rendre compte de cet événement, que je regarde comme très-malheureux, mais sans pouvoir en attribuer la faute à ma troupe. J'ignore sous quelles couleurs on te l'aura déjà peut-être présenté, mais l'unanime déposition des chasseurs et du brigadier, que j'ai interrogés séparément, ne me laisse aucun doute que la chose soit arrivée comme je viens de te le dire.

Donne-moi, je t'en supplie, tes ordres sur la conduite que je dois tenir. Donne -moi-les, j'en ai besoin, et compte sur mon exactitude à les remplir.

Salut et fraternité.

Perrin.

Le général Collaud répondit à Perrin en donnant raison aux émeutiers ; il lui ordonna de quitter le Beausset et de s'en aller à Marseille avec les hussards et les chasseurs. « Il n'est pas prudent, écrivait-il, de te laisser au Beausset. » Les émeutiers, de leur côté, avaient envoyé au Beausset une députation de volontaires et d'officiers de la garde nationale, dans le but d'éclairer les troupes sur les calomnies qu'qn avait répandues au sujet des troubles de Tou-

ion. « Les bruits publics, disent ces délégués dans leur procès-verbal, étaient que Brunel avait été assassiné, la garnison désarmée, le fort Lamalgue pris par la garde nationale; qu'on avait biffé sur la voiture du représentant Chiappe le bonnet de la Liberté qui y était peint; que le représentant Niou et Tétatmajor de la place étaient en état d'arrestation; que la garde nationale de Toulon allait marcher sur Marseille; qu'enfin les Toulonnais avaient arrêté et intercepté les courriers de la Convention. » On avouera que si c'étaient là des calomnies, elles avaient au moins quelques fondements. Néanmoins les délégués parvinrent, à ce qu'ils assurent, à dissiper tous les doutes que pouvait conserver la garnison du Beausset. « Ils trouvèrent de bons frères qui pensaient comme eux, et leur cri unanime fut : « Vive la République, une, indivisible et démocratique, et périssent les émigrés ' ! »

La calomnie relative à l'arrestation de Niou était une vérité. Sa signature n'avait pas plus de valeur que celle des généraux. Les sentinelles de la garde nationale refusaient la sortie aux officiers de l'étatmajor et aux capitaines de vaisseau qui se trouvaient chez lui. Les généraux firent part de la situatiçn aux chefs de l'émeute, qui ne tardèrent point à arriver

I. Cette pièce a un aspect bizarre. Un des délégués, adjudant -major au i^' bataillon de la garde nationale, fait sa croix, ne sachant pas signer. — Un autre signe, mais ayec quelle peine !

suivis d'une grande foule de peuple. Ils protestèrent à Niou qu'ils n'avaient jamais voulu que lui prouver leur respect et le laissèrent partir. Niou retourna à bord de VAlceste^ et envoya à bord des dififérents vaisseaux des membres de la municipalité pour engager les équipages à ne descendre à terre que « suivant les usages établis » . Les équipages promirent, ce qui ne les empêcha point d'envoyer à chaque instant des députations à Toulon, afin de protester qu'ils débarqueraient au premier coup de fusil pour secourir leurs frères.

Dans la ville, malgré cela, le calme était plus grand. Le général CoUaud avait parlé haut des nécessités de la défense et ordonné que tous les postes fussent triplés. Cette mesure fit, paraît-il, réfléchir les citoyens, car au fort Lamalgue le commandant écrivait qu'au lieu de cent gardes nationaux, on ne lui en avait envoyé que trente.

Le 3 prairial', à onze heures du matin, un oflScier supérieur, accompagné de quelques cavaliers, se pré-

I . C'est seulement le 7 prairial que, par une lettre des représentants Cadroy et Boysset, en date de Lyon, le 3 prairial, la Convention est informée des troubles de Toulon. Au reste^ cette nouvelle, à ce

senta à l'Hôtel de ville. Les représentants Poultier et Guérin, prévenus par Chiappe, étaient venus jusqu'à OUioules et attendaient qu'on les éclaircît sur les bruits qui couraient. Ils se décidèrent à entrer à Toulon, et à cinq heures se rendirent au temple de la Raison pour haranguer le peuple. Ils promirent qu'on rechercherait les émigrés; on cria : « Vive la République ! » et la soirée fut à peu près calme.

Mais le 4 le bruit se répandit que les prisonniers jacobins détenus à Marseille, au fort Saint-Jean, avaient été égorgés et que la garde nationale de Marseille marchait sur Toulon. Les bataillons toulonnais s'armèrent aussitôt. Ils envoyèrent des députations à la municipalité d'abord, puis aux représentants, pour demander l'ordre de marcher sur Marseille. Les représentants refusèrent, disant que se serait organiser la guerre civile, et qu'ils ne souffriraient jamais une pareille démarche, qui ferait couler le sang républicain. Jusqu'à trois ou quatre heures du soir, les représentants reçurent des députations et essayèrent de leur montrer les dangers auxquels les Toulonnais s'exposeraient s'ils refusaient de se soumettre aux ordres de la Convention. Les représentants se croyaient maîtres de la situa-

qu'écrivait Cadroy, ayait provoqué dans la ville une vive surexcitation. Les Lyonnais avaient juré guerre à mort aux ennemis de la liberté et voulaient tous accompagner Cadroy qui partait pour Toulon.

— Sinon, lorsque, vers cinq heures, plusieurs bataillons reprirent les armes. La foule se porta au magasin Ursule, força la garde, enfonça une porte de derrière et s'empara de caissons et de pièces d'artillerie. Aussitôt les représentants rendent un arrêté ordonnant aux insurgés de remettre à l'arsenal les armes qu'ils y ont prises. Ils rédigent et font publier en leur présence, par deux officiers municipaux, une proclamation :

ce Citoyens, disent-ils, l'armée dltalie est perdue si vous tardez à obéir... Vous occasionnerez la famine dans toute la République. Nous attendons que vous veniez vous soumettre à la loi, c'est-à-dire vous sauver vous-mêmes. »

Armés de cette proclamation, les généraux CoUaud et Bizannet, accompagnés de trois membres de la commission municipale, se rendent à la porte du magasin, qu'ils trouvent gardé par deux bataillons de la garde nationale sous les ordres du nommé Lautîer. 0)llaud lit aux insurgés l'arrêté des représentants, les somme au nom de la loi de se retirer et de rendre les armes qu'ils ont prises. La foule passe outre, enfonce une seconde fois les portes que CoUaud avait fait fermer et s'arme «c pour marcher contre les émigrés rassemblés à Marseille!, qui, chaque jour, massacrent les patriotes » . CoUaud, désespéré, s'adresse alors directement aux chefs de l'insurrection; il écrit à Portai, commandant de la garde nationale :

Toulon, le 4 prairial, l'an m de la République.

Le général Collaud au citoyen Portai, commandant

de la garde nationale.

J'ai lu, à la tête de plusieurs bataillons, l'arrêté des représentants du peuple Poultier et Guérin, qui ordonne, au nom de la loi, à tous les citoyens de déposer dans Tarsenal de la République les caissons, munitions ou canons. Ils ont été sourds à ma voix et à celle des magistrats. Je t'ordonne, au nom de la loi, de faire une seconde lecture de leur arrêté et de me rendre compte de son effet.

Le général de division, Collaud.

Plus bas, de récriture de Portai :

Reçu Tordre du général Collaud et l'arrêté des représentants du peuple, du 5 prairial.

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