‹ La révolte de Toulon en prairial an IIIChapitre 14 sur 25 · Voir Pièces justificatiTes, n · texte numérisé non relu

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Guérin était de nature à jeter le trouble dans Tesprit de Tarmée. Le 5 prairial, en effet, ils avaient rendu un arrêté portant que de part et d'autre on suspendrait les hostilités. Mais lorsque, dans la matinée du 6, la nouvelle de l'affaire du Beausset leur parvint, ils se hâtèrent de sortir de Toulon, sous prétexte de porter des paroles de paix aux troupes venant de Toulon et de faire rentrer dans la ville les habitants qui en étaient sortis armés , en réalité pour se disculper auprès de leurs collègues de toute complicité avec les insurgés.

Ils laissaient à la municipalité une proclamation ambiguë, dont l'ambiguïté même devait faire réfléchir les révoltés.

« Citoyens Toulonnais, disaient-ils, les hostilités ont cessé au Beausset et dans les environs. Nos frères d'armes se sont embrassés; il n'y a plus de combat. Vos citoyens sortis d'ici reconnaissent qu'ils devaient se rendre à nos ordres, qui leur défendaient de quitter nos murs. Soyez calmes et croyez à la parole des représentants du peuple; elle est sacrée. »

Ils ajoutaient qu'ils voulaient arrêter la guerre civile dans le Midi, et que, pour y parvenir, ils allaient se transporter au Beausset. Leur absence ne durerait que quelques moments ; elle n'avait pour but que la réunion des patriotes. En partant, ils mettaient les propriétés de la République sous la sauvegarde des citoyens. Ils étaient certains de trouver en rentrant chaque fonctionnaire à son poste, chaque citoyen à

ses travaux d'obligation. En terminant, ils ajoutaient les menaces usuelles contre les émigrés.

Le départ de ces représentants, qui s'étaient au moins montrés faibles s'ils n'avaient point réellement pactisé avec les insurgés, jeta la terreur parmi les plus ardents.

Les émeutiers ne tardèrent pas à rentrer à la débandade; ils avaient abandonné leurs canons sur la route. Les portes de Toulon furent fermées par ordre de Portai.

Quoique l'émeute continuât, au fort Marguerite particulièrement, l'inquiétude n'en avait pas moins saisi une partie des meneurs. L'agent maritime écrivait à CoUaud que la moitié des ouvriers du port étaient revenus à leurs chantiers.

La municipalité s'agitait, cherchait à se ménager une justification, recevait des déclarations dans le genre de celle du citoyen Jean : « Jeauvart, dit Durand, natif de Bonne, département du Var, qui était à la chasse, fut dans une campagne où il y avait plusieurs individus rassemblés qui complotaient , et il se cacha pour entendre ce qu'ils disaient. Il entendit qu'ils disaient qu'ils allaient à Marseille; que l'on enverrait bien des frégates pour croiser devant Marseille, mais que les Anglais étaient là pour les prendre; que dans Toulon il n'y avait des vivres que pour trois mois, en comptant les vivres des vaisseaux, et que Toulon serait bientôt au pouvoir des Mar-

sdllais, et qu'un grand nombre d'émigrés s'étaient embarqués pour Toulon, où était le point de ralliement. 9

A quatre heures du soir, lorsque le général Collaud reçut du représentant Poultier la lettre suivante, la municipalité se sentit pour ainsi dire délivrée :

a Général, écrivait Poultier, j*ai fait l'ouverture de la pacification ; mais avant tout les troupes exigent que les chasseurs et hussards soient rendus à l'armée ; vous ferez cela pour moi et pour vous, et le reste s'arrangera*. » (6 prairial an m.)

1. Lcf chasseurs et hussards étaient des porteurs de dépêches ou des isolés rejoignant l'armée d'Italie que les Toulonnais ayaient faits prisonniers. Nous trouTons sur trois de ces cavaliers une mention spéciale d'arrestation pour cause de toI ; mais cette mention, qui n'est accompagnée d'aucun procès-verbal, nous semble pour le moins hasardée.

Voici au surplus les pièces dont nous parlons :

a Poste de gendarmes à pied t à Bonrencontre.

«Sltoyen commendant, )aiyous prévient que plusieurs houzart ce permets de venir à notre poste ec de nous uerdier ( ? ^ en nous dizant que nous somme pas dans le bon principe et de plus de parcourir les bastides, et même des volontaires ce plegne qu'on leur za voler leur portefeuille. En conséquence^ sitoyen commandant, il est inpossible que dans la nuit nous puissions gardé le poste et faire des patrouilles avec •ix hommes et arrêter leurs patrouille.

a Salut et fraternité.

« Chevallin, commandant le poste, n

fi Au Palais, -^It déclare avoir reçu du détachement de grenadiers de la 117* demi-brigade trois usards pour cause de vol.

tt A Toulon, 3* année républicaine et démocratique, le 6 prairial.

« François Oudou. »

Le même soir, CoUaud rendait compte à la fois à Niou à bord de VAlceste^ à Poultier et à Guérin à OUioules, et à Kellermann à Nice, que la tranquillité régnait à Toulon.

Le 7 prairial au matin, la municipalité, qui redoutait les conséquences de sa faiblesse vis-à-vis des factieux, et qui craignait que Tarmée conventionnelle ne voulût entrer de vive force dans Toulon, envoya aux représentants deux délégués pour leur garantir la tranquillité de la ville. Les représentants refusèrent de les recevoir. Ce n'était plus à Poultier ou à Guérin qu'on avait affaire. Cadroy et Isnard venaient d'arriver, et, d'accord avec Chambon , avaient Jugé comme il fallait la conduite de leurs collègues.

« La fermeté seule, ainsi que récrivait Chambon, pouvait déconcerter les chefs et ramener la foule égarée. » Aussi, bien que le décret de la Convention qui relevait de leur mission Poultier et Guérin, et qui leur ordonnait de se rendre sur-le-champ dans le sein de la Convention, n'ait été rendu que le lo, de fait ils n'avaient plus aucun pouvoir. Les délégués de la municipalité rentrèrent à Toulon, rapportant seulement au général CoUaud les pièces suivantes :

A OUioules, le 7 prairial an m de la République, une et indivisible.

Nous vous adressons, citoyen général, une proclamation que nous vous ordonnons de faire imprimer, publier et afficher solennellement, et de la communiquer sur-lechamp à tous les fonctionnaires civils, maritimes et mili-

taires, et à tous les chefs de corps reconnus par la loi. Nous vous enjoignons de nous en accuser réception. Salut et fraternité.

POULTIER. — ChAMBON. — GuÉRIN.

Les représentants, par une autre voie, écrivaient encore à Collaud :

OUioules, 7 prairial an m.

Au général divisionnaire Collaud.

Nous avons reçu tes lettres d'hier et d*aujourd'huy. Il est inutile de nous envoyer les chasseurs, parce qu'ils peuvent être utiles pour l'exécution de la proclamation indispensable que nous t'envoyons.

Tes ordonnances seront reçues avec exactitude, et vous nous répondez sur votre tête que nous n'éprouverons aucune difficulté.

Les représentants du peuple,

PoULTIER. — P. GuÉRIN. — ChAMBON.

Voici enfin la proclamation des représentants' :

ÉGALITÂ LIBERTÉ

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