‹ La révolte de Toulon en prairial an IIIChapitre 22 sur 25 · I . Dernier état du Midif par Durand-Maillane · texte numérisé non relu

I . Dernier état du Midif par Durand-Maillane

Méchîn, chargés par les anciens comités du Gouvernement d'accompagner le citoyen Fréron dans les départements méridionaux', « l'exagération y règne plus que partout ailleurs. Il faut empêcher que cette ardeur, dirigée au gré des passions et au profit des ennemis de la République, ne finisse par leur livrer nos flottes ou par allumer dans l'intérieur un incendie qu'il serait difficile d'éteindre. C'est ainsi que des placards séditieux, écrits avec les couleurs révolutionnaires, ont plusieurs fois provoqué à la révolte les ouvriers de l'Arsenal, et que, sous prétexte de poursuivre à outrance lés émigrés rentrés sur le territoire français, on a plongé dans les cachots des marins dociles à la voix de la patrie, qui les rappelait à sa défense. »

Fréron, encouragé par la réaction terroriste qui suivit le i3 vendémiaire, osa tout. La terreur fut de nouveau à Tordre du jour. Les populations du Midi, décimées par les emprisonnements, recommencèrent cette vie de bêtes fauves qu'elles avaient menée sous le régime de Robespierre. 'Fréron poussait à la fuite. C'était pour lui, un moyen de s'emparer des biens des absents. « Parle, s'écrie un écrivain du temps 2, réponds-moi : tout cela est-il vrai, immortel Fréron... ? Mais tu sais qu'on arrive à

i. Mémoire sur leMidiy Paris, Dcsennc, an iv. In-8». 2. Batipe au vertueux Fréron. Brochure.

l'immortalité par différentes voies. » Et pourtant, aux yeux des révolutionnaires, Fréron est immortel. N'a-t-il pas inventé cette calomnieuse légende de la terreur blanche, par laquelle, on est parvenu à transformer les victimes en bourreaux! Ne s'est-il pas par là même acquis un titre réel à l'admiration et à la reconnaissance des républicains?

Combien de temps dura cette nouvelle terreur ?

Les émigrés de Toulon ne sont pas compris dans l'amnistie de brumaire an iv, qui s'applique uniquement aux terroristes. En fructidor an iv, c'est en vain que Jourdan des Bouches-du-Rhône propose de les amnistier. Le Conseil des Cinq-Cents ajourne la motion. Ce n'est que le 9 prairial an vque, sur la proposition de Pastoret, la loi du 20 fructidor est abrogée. Trois années s'étaient écoulées depuis la mort de Robespierre I

Dans ces jours de prairial, à Paris comme à Toulon, la Convention avait été sauvée par les muscadins et les royalistes. A Paris, comme à Toulon, c'étaient ses ennemis qui l'avaient délivrée par haine de ce jacobinisme dont la Convention avait été si longtemps la complice et l'esclave. La Conven-

tion sentait que la réaction Tentraînait, et elle avait peur de ses sauveurs plus encore que de ses ennemis. Délivrée du danger présent du jacobinisme, elle voulait garder des armes contre le danger du royalisme qu'elle prévoyait. Politique à double face, qui en prairial opposait les muscadins aux Jacobins, et qui en vendémiaire devait opposer les Jacobins aux muscadins. Politique honteuse, car elle avait pour base unique la peur : peur des Girondins, peur de Robespierre, peur des Jacobins et peur des royalistes. Dans le Midi, cette réaction contre les royalistes devait être exercée par la mission de Fréron, dont les calomnies sur la terreur blanche devaient bientôt provoquer de nouveaux excès des rouges.

En terminant cette étude, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer cette série infinie de contradictions qui arrivent presque à constituer le système gouvernemental de la Convention.

La Convention est née d'une insurrection, n'a vécu que par des insurrections, et nul gouvernement ne se fait plus qu'elle gloire de la répression, bien facile pourtant, d'une insurrection. Elle s'est vantée de ne gouverner que par les armes de la raison, et elle emploie trente mille hommes pour se faire respecter de trois mille insurgés. Elle a presque divinisé les vainqueurs du 14 juillet et du 10 août, et elle déclare que les vainqueurs des insurgés de Toulon ont bien mérité de la patrie.

Elle a affirmé que le peuple avait le droit d'être armé, le droit de garder lui-même ses places de guerre : quels droits n'avait-il pas? et son premier soin, à Toulon comme à Paris, est de désarmer la garde nationale et de remettre tout aux mains de Parmée. Gouvernement d'avocats, fait de phrases et de mots, qui prétend avoir régénéré le monde, et qui ne fait qu'employer Yultima ratio regiim^ le vieux moyen des gouvernements despotiques : le canon. Et qu'on le remarque encore, le courage manque à tous ces conventionnels, aussi bien le courage civil que le courage militaire. En face de la foule, de la populace, ils ne savent que céder, s'incliner, obéir. iS'il s'en trouve un qui ait le courage de mourir, ce n'est pas sur un champ de bataille, en face de l'ennemi, ce n'est pas même au lieu des séances, malgré les serments qu'ils font d'y périr ; c'est dans quelque champ écarté, dans quelque chambre solitaire, qu'ils se tuent eux-mêmes, par crainte de l'échafaud, par honte de leurs lâchetés, ou par remords de leurs crimes.

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