SOUVENIRS
DE
L'ANCIEN BARREAU DE IM H ï I K It S
DISCOURS PROM.m:!:; a LA SÉANCE PI m lui i DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE l/oUEST, LE 22 JANVIEH [QM
Par le M'* DE ROUX Président de la Société des Antiquaires de l'Ouesl
Mesdames, Messieurs,
On vient de célébrer le centenaire de la restauration de l'Ordre des avocats. L'heure serait propice pour retri l'histoire de l'ancien barreau de la sénéchaussée et du présidial de Poitiers. Mais la rareté des documents ne permet point de tenter un dessein aussi vaste.
On peut relever le nom des hommes remarquables a divers titres qui ont appartenu à ce barreau et rassem pour chacun ce qu'on sait de leurs écrits ou de leur ?ie. Cette tâche a été remplie déjà, et nous n'avons pas a la reprendre (1).
(1) Essai sut le barreau de l'ancien vrésidial de Poil de janvier 1551 jusqu'à Vordonnan S mai 1788. I
â la séance soi, un. 'il, de rentrée delà Ci res le I., janviei 18*7, par Georges Barrilleau
D'ailleurs cette galerie de portraits est un monument d'honneur pour l'ancien Ordre des avocats de Poitiers; elle n'en esl pas l'histoire. Depuis Boisseau de la Borderie, son Commentaire de l'Ordonnance de Moulins, son Monologue de Robin, et les luttes intérieures qui le firent hésiter entre la Réforme et le Catholicisme, jusqu'à Thibaudeau, son Abrégé de l'histoire de Poitou, son rôle à l'Assemblée provinciale et à la Constituante, cette histoire des avocats célèbres risque de les montrer assez peu en fonction d'avocats. On a naturellement gardé plus de souvenirs de leurs livres, de leur rôle politique que de leurs plaidoiries. Aucune n'a été recueillie par écrit. L'embarras n'est donc pas mince pour donner une idée de leur éloquence judi-
ciaire.
Pourtant, nul avocat digne de ce nom ne se contenterait d'une renommée, si flatteuse fût-elle, qui laisserait dans l'ombre l'occupation de sa vie et l'honneur de son état, son concours quotidien à l'œuvre de la justice. Heureusement quelques mémoires judiciaires qui nous ont été conservés suppléent à la disparition des plaidoyers.
Ouant à la vie intérieure de l'Ordre, il nous manque pour la retracer les registres de ses délibérations. Les autres documents ne comblent pas cette lacune : ils permettent toutefois, en les rapprochant, d'arracher à l'oubli quelques souvenirs qui ne sont ni sans intérêt ni sans enseignement et qui mériteront peut-être votre indulgence.
Les premiers avocats dont il soit fait mention à Poitiers au Mve siècle ne faisaient pas de la plaidoirie leur prosion exclusive.
nisr.orns ni présïdi
Wl
En 1344, le roi concède un droit d'usage dans la de Moulicre aux fils de Guillaume Coindé, en récompei de ce que celui-ci avait été gratuitement Bon avocal au siège de Poitiers. On sait qu'à cette date les avocats du roi n'étaient pas des magistrats en titre d'office, qu'ils étaient choisis parmi les avocats du public, et que la clientèle du prince dont ils étaient honorés ne les empêchai! pas de se charger des causes des particuliers. Or, Guillaume Coindé, avocat, et avocat du roi, six fois maire de Poitiers, de 1316 à 1332, était en même temps graveur des monnaies en Poitou (1).
En 1432, à la cérémonie de réception des bulles qui instituaient l'Université de Poitiers, les avocats figurent déjà en corps, mais il ne faut pas oublier qu'à cette date la portion fidèle du Parlement de Paris siège encore dans notre palais.
Quand il fut rentré à Paris, et que Poitiers ne conserva qu'une sénéchaussée royale, l'importance de son barreau s'en trouva réduite. Les grands jours qui se tinrent à plusieurs reprises à Poitiers de 1454 à 1634 furent dans une certaine mesure une compensation. Les affaires y étaient plaidées soit par des avocats poitevins, soit par des avocats du Parlement de Paris, qui venaient à cette occasion, comme Etienne Pasquier.
La barre locale maintenait son honneur dans ces joules. Aux grands jours de 1454, fut agitée une question mémorable. L'assassin d'Hilaire Larcher, maire en 1451, s'était réfugié dans l'église Saint-Didier, et l'évèque, assez mal inspiré, voulait revendiquer le droit d'asile.
(i) Ledain, les Maires de Poitiers. Mém. Anl. Ouest, i p. 257.
kxii SEANCE PUBLIQUE DE 1911
Ce fut Me Jean Barbe, avocat fiscal et maire en 1439, un des témoins au procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc, qui plaida pour la famille de la victime (1).
En 1554 , la sénéchaussée fut érigée en Présidial et, bien que ce ne fût encore qu'une juridiction secondaire, le barreau poitevin jeta un grand éclat.
En 1611, on ne comptait pas moins de 115 avocats inscrits (2). Ce nombre diminua dans la suite au xvmfi, où l'almanach provincial nous a conservé les tableaux annuels; il est d'environ 50.
L'ambition de Poitiers demeurait d'obtenir une Cour
uveraine. Elle invoquait pour l'obtenir l'illustration de
son barreau et les ressources qu'il offrirait aux plaideurs
que ruinait l'obligation d'aller suivre leurs procès à Paris.
Ne valait-il pas mieux que les difficultés de la coutume du
Poitou - les .sombres obscurités de notre droit municipal
fussent débattues et jugées par des Poitevins ! Ne voyait-on
pas la duchesse de Mazarin et la duchesse de Lauraguais se
disputant le duché de la Meilleraie, une terre de 30.000 l.de
revenus, produire toutes deux au Parlement de Paris des
consultations d'avocats de Poitiers, Duplaisset, Chevalier,
Mallet, Babinet, (Voyer pour la première, de Luzines et
Laurendeau pour la seconde?
Ce vœu fut comblé par la création d'un Conseil supérieur en 1 771 , et le nom de Maupeou, maudit dans le reste de la Fronce par toute la robe, fut béni de Poitiers et spécialement du barreau poitevin, dont ce fut la grande époque et qui gémil du rappel des Parlements. Cette opposition d'intérêts qui fit à notre barreau prendre le contre-pied de
Mi l,l.. 103. - (2) Cf. Cette liste : Journal de Poitiers, 44 nivôse .1 La soui ce n'esl pas indiquée.