‹ La Revolution à Poitiers et dans la VienneChapitre 19 sur 86 · M. III · texte numérisé non relu

M. III

bord où nous puisons avec la main les claires eaux de cette Cal

lirhoé. »

Pour briller, certains avocats allaient jusqu'au tour de force. Voici ce qu'on raconte de M6 Marot, u un des plus beaux génies que le Poitou ait produits » :

<( 11 devait présenter feu M. Deluzines qui a été aussi un avocat bien recomrnandable par ses lumières et par ses vertus. Celui-ci se rendit chez M. Marot le jour même où devait se faire cette cérémonie, une heure avant le moment de monter à l'audience. La harangue que M. Marot devait prononcer n'était pas faite. M. Deluzines parut désolé. « C'est le bon quart d'heure, mon ami, lui dit M. Marot. Prenez une plume et écrivez. »

« 11 lui dicta en effet une harangue qui étonnait et enchantait à la fois le jeune candidat. Quand il eut fini, tout en prenant sa robe et son rabat;il ajouta : « Allons, prenez ce papier, vous me souillerez si je manque.»

« Ils se rendirent ensuite au Palais (1). Le moment venu, M. Marot commença sa harangue, mais à peine eût-il dit les premiers mots que, semblant oublier ce qu'il avait dicté, ou entraîné par son imagination vive et son éloquence naturelle, il changea tout à coup de plan et dit des choses encore plus agréables et plus intéressantes que celles que contenait le papier qui était dans les mains de M. Deluzines, dont la surprise était extrême... »

« Ce sont de pareils traits qui montrent legénie fécond etl'espril brillant. M. Marot possédait supérieurement ces avantages (2). »

La dernière harangue de présentation fut celle que prononça M0 Arnault de la iMénardière pour l'installation de M. Jean Babinet, conseiller au Présidial, le 3 mars 1789.

Cette tradition, si vivante à la veille de la Révolution, est de celles qui n'ont pas revécu.

L'ordre reconstitué en 1810, après les vingt années les

(1) Les avocats revêtaient leur robe chez eux et se rendaienl tout habillés au Palais.— (2) A/f. Poit., 1777, 03.

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