CHAPITRE IV La Constitution civile
I. — Lois contre les congrégations. Fidélité générale des religieuses. Les Amis de la Constitution contre l'observance des vœux. Quatre couvents de femmes fermés faute du nombre léideinontaiie. I>»'s ordres d'hommes, les Capucins seuls peuvent atteindre ce nombre; les autres couvents supprimés sans opposition.
II. — La Constitution civile : son économie ; le contre-projet de Surade. Espoirs de transaction. Election de l'Evêque des Deux-Sèvres Modération de l'attitude de Saint- Aulaire. Il confirme la première élection de curé faite conformément à la Constitution, mais il refuse de donner les dispenses réservées au Pape.
III. — Dispersion des chapitres. Impopularité de celle mesure. Retard de son exécution. Les Actes de l'Eglise de Poitiers.
IV. — Le Serment. Refus de Saint-Aulaire à la tribune de I' assemblée. Refus du principal et des professeurs du collège. L'Université nomme un personnel laïque. Les corps administratifs installent des jureurs. Les Lazaristes licencient le séminaire.
V. — Le clergé paroissial. Ses longues hésitations. Les serments restrictifs. Statistique des insermentés et des jureurs.Les rétractations, leur retentissement. Tentative d'assassinat sur Picard, curé de Genouillé.
VI. — L'Eglise constitutionnelle. Election de Lecesve, sa correspondance, son installation, sa mort subite. Le conseil épiscopal. Maintien de la discipline et de la liturgie traditionnelles.
VIL — Remplacement des curés réfractaires. Les assemblées électorales ne trouvent pas assez d'intrus. Les réunions de paroisses. Les « desservants non conformistes », curés réfractaires restant en fonctions jusqu'au décret de déportation.
VIII. — Saint-Aulaire ne revient pas dans son diocèse; ses délégués. Il adopte V Instruction de Langres, qui maintient les pouvoirs des curés légitimes jureurs. Le Pape prononce contre ceux-ci la suspense, et Saint-Aulaire promulgue le bref. Les messes des couvents. Incidents des Incurables; réclamations diplomatiques de l'Ordre de Malte. La procession des rogations el le siège des Filles-Saint-François. La fuite du roi est connue le jour de la Fête-Dieu.
L'Assemblée Nationale avait, par le décret des 28 octobre- 3 novembre 1789, ordonné de suspendre la prestation des vœux monastiques (1). Par le décret du 13 février 1790 elles les interdit. Les congrégations à vœux solennels étaient supprimées, mais leurs membres avaient le choix de rentrer dans le monde ou de continuer leur vie durant à suivre leurs règles. Les congrégations à vœux simples, les enseignantes, les hospitalières restaient autorisées.
Avec ces tempéraments, la loi semblait moins fermer les couvents que les ouvrir, et la condamnation de la vie religieuse suscita en Poitou beaucoup moins d'émotion que le décret du 13 avril. Il n'y eut guère que des plaintes locales, comme celle des habitants de Saint-Savin sur « la perte « sensible qu'ils vont éprouver par la destruction de la « congrégation de Saint-Maur (2) ».
L'opinion moyenne ne fut aucunement agitée:
La poste a aujourd'hui apporté la déconfiture des moines, à l'exception des hospitaliers, écrivait Pallu du Parc; ils seront cependant libres de conserver leur état en se retirant dans les maisons de leur ordre qui leur seront indiquées. A l'égard des religieuses, toutes celles qui voudront sortir sortiront de leurs monastères et celles qui voudront demeurer demeureront jusqu'à extinction de chaleur naturelle. Mais j'ai bien peine à croire que celles chez qui cette chaleur n'est pas tout à fait dissipée ne profitent pas du bénéfice de la loi (3).
Le public s'attendait à voir les couvents se vider sitôt que la loi en aurait ouvert les grilles. Il fut étrangement
(1) Sur la législation, cf. Aulard, la Révolution Française et les Conn'illons.— (2^ A. N., I). xix, 14. Pétition à l'Ass. nat. de ;i0 habitants de Saint-Savin, 4 mars 1790. — (3) A. V., Eje 800. Pallu à sa femme.
ET DANS LA VIENNE r.'.i
trompé: les femmes montrèrent un attachement qu'on peut dire unanime à leurs vœux et les hommes ne taanifestèrèftt pas d'empressement à s'y soustraire .
Conformément à un décret du 20 murs, les officiers municipaux se présentèrent dans chaque communauté pour y faire l'inventaire et prendre les déclarations de ceux qui voulaient rester ou sortir. A Ghâtellerault, le 13 avril, une des Filles Notre-Dame, Rose Lauray, demanda à rentrer dans le monde (1). Le parti patriote fit grand bruit de ce départ: Creuzé-Latouche le célébra dans une brochure spéciale (2). Le 12 septembre deux Fontevristes de Lencloitn;, Catherine Guillet et Valérie Couturon, tirent savoir à la municipalité qu'elles désiraient se retirer dans leurs familles. Mais le 30 novembre M"e Guillet était rentrée au couvent, et le 24 décembre elle souscrivait avec ses sœurs la protestation de vouloir continuer la vie commune (3).
Comme il eût été essentiel pour l'affermissement de la constitution que Catherine Guillet défroquàt, les Amis de la Constitution se saisirent de l'affaire et apprirent avec horreur qu'un de leurs fondateurs, le propre vicaire de Lecesve, Cuirblanc, avait conseillé à Catherine de rentrer dans son couvent. 11 rejeta tout sur le vicaire général de Bruneval et s'excusa si platement que la société lui pardonna; puis elle nomma une commission d'ecclésiastiques pour rédiger une consultation qui prouvât à celte religieuse qu'elle pouvait en conscience profiter des décrets (4). Ce fut en pure perte : Mlle Guillet resta religieuse.
A côté de ces appels publics mille sollicitations fami-
(1) Godard, II, 319. — (2) Lettre de M. treuïè de la Touche, membre de l'Assemblée Nationale à Madame'" ci-devant religieuse, sorti'- dr la Communauté de'" en vertu des décret* de l'Assemblée Nationale. — (3) A.V.. !.. :V28. — (4) A. delà Const., 4, 7. li.U, IK.jnnv. !7'.»l.
lières de parents ou d'amis invitaient les religieuses à sortir du cloître. Le 12 juillet 1790, M,u0 de la Taillée, supérieure de l'Union Chrétienne de Poitiers, écrivait à son correspondant ordinaire, Butré :
J'ai... en ce moment bien de l'ennui de la manière dont le nouveau régime traite les maisons religieuses. Je vous ferai même l'aveu que, si dans l'Allemagne il y avait une maison de notre institut, je serais fort tentée d'y aller vivre et mourir en paix (1).
Butré répondit par une homélie contre les vœux :
... Mais vous aimez vos liens de tout votre cœur. Eh bien, chère sœur, restez-y et dans des ténèbres qui ne sont pas cependant faits pour le cœur d'une vierge qui a une âme. Je ne connais aucun couvent de votre ordre dans ce pays., mais quand il y en aurait, que feriez-vous parmi des sœurs qui ne parlent qu'allemand et dont vous n'entendriez pas un mot? Si vous Avouiez profiter du bienfait de la Constitution, je vous offre mon hermitage de Strasbourg, où vous pourrez vivre avec notre petite fille (2) et plus paisiblement et solitairement que dans un cloître et où j'irais quelquefois vous interrompre et vous ouvrir les yeux si possible.
Mme de la Taillée lui répondit :
Rompre les engagements que j'ai librement et par choix contractés avec Dieu, c'est ce que je ne ferai jamais. Je lui ai donné ma parole pour la vie, mon cher solitaire. Je me trouverais bien coupable et méprisable si j'y manquais.
C'était la réponse de toutes ses sœurs à des sollicitations semblables que M'ne de la Taillée faisait entendre. Il n'y eut pas d'autres désertions que Rose Lauray et Valérie Couturon jusqu'au décret des 8-14 octobre 1790. Ce texte étendit aux couvents de filles la règle posée par les décrets de février pour les monastères d'hommes. Ceux qui ne
(1) R. Reuss, Butré, 121-122. — (2) La nièce dont il payait la pension, ce qui avait donné lieu à la correspondance.
comptaient pas 20 membres devaient être supprimés, et leurs sujets étaient obligés pour continuer la vie commune d'aller se réunir à d'autres, au besoin de congrégations différentes, de manière à compléter ce chiffre.
Un nouvel interrogatoire des religieuses devait être pris pour connaître leur option.
Dans la Vienne le décret fut appliqué avec bienveillance ; les couvents qui approchaient du chiffre légal furent conservés comme s'ils l'avaient atteint.
Cinq cent vingt religieuses, en comptant les hospitalières, dont les congrégations n'étaient pas dissoutes, continuent ainsi la vie commune dans 26 maisons jusqu'au décret de dispersion du 24 août 1792, appliqué dans le courant de septembre.
Leurs biens sont sous séquestre ou vendus, mais laNation leur sert une pension convenable. Elles doivent élire leurs dignitaires en présence des officiers municipaux : elles renomment les anciennes supérieures (1). Mais l'incertitude du lendemain rend la vie pénible à ces pauvres femmes : « Notre nombre est diminué de deux cette année, et nous craignons beaucoup que le chagrin de notre situation en enlève d'autres dans peu, écrivent les Fontevristes de la Puye. Elle est bien faite pour affliger toute âme pensante (2) » ; et la Prieure de la Visitation de Loudun : « Eh ! veut-on nous disperser? Que deviendrons-nous? Que feront trente-deux malheureuses qui tiennent aux vœux qu'elles ont faits à Dieu plus qu'elles ne tiennent à la vie (3) ? » Peu de sorties pendant cette période : trois aux Filles
(1) A. V., L. 328. — (2) A. V.,:L. 328 : Les Religieuses de la Puye au Distr. de Châtellerault, 16 nov. 1790. — (3) A. N., F19, 481 : Sumit Crémière au ministre de l'Intérieur, 15 juin 1792.
Notre-Dame de Châtellerault, deux aux Fontevristes de Monts-sur-Guesnes, deux à la Visitation de Loudun, six aux Franciscaines de Montmorillon, — là c'est la moitié du couvent, mais c'est qu'il était dans le cas d'être supprimé, et d'une façon générale, en septembre 1792, on retrouve dans les couvents presque toutes les religieuses, sauf celles qui sont mortes (4). .
Dans les maisons supprimées comme trop peu nombreuses, les religieuses déclarent en général, comme c'était leur droit en conscience, vouloir sortir pour n'être pas assujetties aux exigences des réunions et toucher leur pension où bon leur semblera, mais cela ne veut pas dire qu'elles rentrent dans le monde.
Quatre couvents sont fermés dans la Vienne au début de 1791 : les Fontevristes de Villesalem et de Montazais, les Filles Saint-François de Posay-le-Vieil, les Bénédictines de Civray.
Les Franciscaines de Posay continuent à y vivre ensemble en dehors de leur couvent, et leur prieure, Marthe de Monfriand, qui avait d'abord jugé plus régulier de se retirer dans la maison conservée de Poitiers, les y rejoint bientôt.
Cinq des bénédictines de Civray, dont deux ont répondu simplement à la municipalité vouloir sortir, se réfugient à Sainte-Croix (2). Il serait ridicule d'essayer une statistique des dispositions intimes des religieuses ainsi dispersées : il suffit d'avertir que leurs déclarations de sortie n'impliquent pas d'infidélité à leurs vœux.
(1) Ces chiffres sont établis d'après les états de paiement des pensions. A.V.,L»2âO,22i, 22:;, 328,343. — (2) Dél. mun. Civray, 21 janv.- 2 levr. 1791. A. V., L. 225. Etats de paiement de Sainte-Croix.
C'est ce qu'on oublie trop quand on dit que l'histoire de la fin des monastères d'hommes est celle d'une désertion générale .
Les municipaux qui se présentèrent en exécution des décrets de février 1790 dans les cloîtres, pour y faire l'inventaire, les trouvèrent plus qu'à demi déserts, et. à cet égard, leurs constatations établissent l'absolue déchéance des ordres monastiques : à l'Etoile, où un demi-siècle plus tôt on comptait encore 11 bernardins, il n'y en avait plus qu'un ; deux génovéfains à la Reau. L'Eglise en avait si bien conscience que, par un bref du 31 mars, le Pape donna plein pouvoir aux Evoques de prononcer toutes les sécularisations qu'ils jugeraient opportunes (1).
Mais les réguliers, interrogés sur leurs intentions, ne montrèrent aucun empressement à profiter de la liberté que leur donnaient les décrets.
Les Bénédictins de Nouaillé déclarent que nulle puissance humaine ne peut les relever de leurs vœux, qu'ils profitent de l'occasion pour renouveler. La municipalité s'associe à leur demande que la conventualité soit maintenue dans l'abbaye (2).
Ceux qu'anime moins la ferveur de leur vocation sont retenus par la force de l'habitude et par la prudence : François Jonque, prieur de Bonnevault, et Masson, l'autre religieux de l'abbaye — ils ne sont plus que deux — « interpellés s'ils veulent rester ou sortir, répondent qu'ils s'expliqueront quand l'Assemblée aura fixé le sort des religieux (3) ». C'est l'attitude générale. Les réguliers restent dans leurs couvents toute l'année 1790 : on les y retrouve
(1)R. P. Irénée d'Aulon, 167. — (2) A. V., L.4U.Dél. mua. Nouaillé, 14 mai 1790. — (3) A. Y., L. 2M. P. V. du 29 avril 1790.
tous lors de la seconde interpellation qui leur est adressée conformément au décret du 14 octobre qui réglemente les maisons de réunion. Le mélange imposé des religieux de congrégations différentes, si la même n'a pas 20 sujets, provoque un exode général (1).
Méry, ancien provincial des Minimes et supérieur de l'établissement de Châtellerault déclare :
vouloir vivre et mourir dans l'état religieux qu'il a librement et volontairement embrassé, mais... aimait mieux vivre en son particulier que d'être réuni à une autre communauté (2).
Le gardien des Cordeliers fait la même déclaration. Pareillement les Carmes de Loudun.
Les Lazaristes et les Frères de la Charité, congrégations séculières, n'étaient pas compris dans le décret. Des réguliers, les Capucins seuls gardent assez de sujets pour pouvoir continuer la vie commune, et leur couvent de Poitiers est choisi comme lieu de réunion de leur ordre. Tous les autres couvents d'hommes se vident, et, joyeux ou navrés de leur émancipation, fidèles ou infidèles à leurs vœux dans le secret de leur conscience, tous leurs sujets se dispersent. • Les Capucins connurent eux aussi les défections : les deux pères de la maison de Civray ; trois sur quatre de la maison de Châtellerault, après réflexion, reprirent leur liberté ; mais des religieux des départements voisins vinrent compléter le nombre exigé par les décrets (3), et la vie commune continua chez eux jusqu'au jour où leur rôle actif dans
(1) A. V., L. 241-242. — (2) Déclaration du 6 décembre 1790; Godard, II, 540. — (3) Le 28 novembre 1790, la requête pour continuer la vie commune est présentée par G religieux, dont le P. Edouard Jean-Jacques Lecesve, frère du député, et 2 frères lais. La maison reçoit 1 religieux de Châtellerault, 6 de Tours, 2 de Saint-Maixent, 1 de Niort,! de Beaugency, 2 d'Issoudun.
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la résistance à la constitution civile leur valut d'être délogés par l'émeute, 14 juillet 1791.
La constitution civile amena la résistance que n'avaient déterminée ni les décrets sur les congrégations ni l'aliénation des biens ecclésiastiques. A la hiérarchie de l'Eglise elle appliquait les idées maîtresses de la Révolution. La souveraineté du peuple, la suprématie du pouvoir civil, l'uniformité des circonscriptions territoriales, la suppression des corps et instituts particuliers se retrouvaient dans la nomination de l'Evêque par les électeurs du département, des curés par les électeurs des districts, dans l'établissement d'un évèché par département, dans la destruction des chapitres. Le Gallicanisme avait cause gagnée: l'institution canonique n'était plus donnée aux évêquesparle Pape, mais par le métropolitain de chaque province, qui lui-même la recevait de ses pairs. Si le métropolitain refusait d'instituer un évèque ou l'évêque un curé comme indigne, c'était le tribunal de district qui était juge de leur décision !
Il est curieux de comparer à ce texte célèbre le contreprojet publié par Surade, d'autant que c'est le développement des idées que Jallet et ses amis auraient voulu faire insérer dans le cahier du clergé de Poitou : « La France ecclésiastique telle qu'elle peut être avant quinze ans.»
Il admettait le droit de l'Assemblée de refondre les diocèses pour les faire coïncider avec les départements ; il ne semblait se souvenir du Pape que pour lui donner un rival dans l'Archevêque de Paris promu patriarche ; il mettait en
question le célibat ecclésiastique et disait pour justifier les traitements élevés qu'il proposait d'allouer au clergé : 2400 livres aux curés de campagne, 3.000 aux curés de ville, 30.000 aux évêques :
Soit qu'on . continue à les assujettir au célibat, soit qu'on estime plus convenable de les faire participer aux douceurs et aux charmes de la paternité : dans le premier cas on leur doit un dédommagement, dans le second un surcroit de moyens.
Mais, au fond, Surade n'était révolutionnaire que par impatience de son célibat. A défaut d'esprit de foi, son projet fortifiait singulièrement l'esprit de corps dans le clergé, qu'il rendait maître de son recrutement par un système ingénieux de présentations. Les cures vacantes devaient être attribuées par l'Evêque à l'un des deux candidats présentés parles autres curés de l'archiprêtré. Les canonicats (Surade conservait les chapitres de cathédrales) étaient dévolus aux curés à l'ancienneté. Quand un siège épiscopal venait à vaquer, les curés du diocèse présentaient deux noms, les chanoines un troisième, et le Roi choisissait sur cette liste.
Aussi gallican et schismatique que la constitution civile, le projet poitevin assurait au clergé vis-à-vis de l'Etat l'indépendance et une cohésion qui était peut-être la chose du monde la moins acceptable par les Constituants, plus individu h 1 i s t e s qu'irréligieux.
Décrétée le 12 juillet, sanctionnée le 24 août, la constitution civile fut reçue au Département le 20 septembre (i).
Le diocèse de Poitiers, transformé en évêché de la Vienne, était réduit de près de moitié ; il tombait de 734 à 378 paroisses. L'évèché des Deux-Sèvres était constitué surtout à ses dépens. L'évèché de la Charente lui prenait Ruffee et
(1) Dél. Dir. dép., 20 septembre 1790.
Confolens; le Maine-et-Loire, Fontevrault et Montreuil- Bellay; l'Indre, Château-Guillaume ; la Charente-Inférieure même Aulnay et une douzaine de paroisses. 11 ne a' arrondissait en échange que de Saint-Romain, enlevé à l*archidio-
cèsede Tours, et Brigueil-le-Chantre, démembré du diocèse de Limoges. L'ancien diocèse de Poitiers relevait de la métropole de Bordeaux ; la constitution civile rattachait l'évèché de la Vienne à Bourges, métropole du Centre.
Ce changement de circonscriptions, auquel l'Assemblée avait procédé toute seule, était, pour les catholiques, vicié d'une radicale nullité d'incompétence ; mais c'était de beaucoup la partie de la constitution, la plus facile à ratifier par l'Eglise. On sait que l'Episcopat, tout l'automne de 1790, se flatta de trouver une transaction qui rendrait la Constitution civile orthodoxe et acceptable (1). Saint- Aulaire, un des prélats les plus intransigeants et les plus lésés par la répartition nouvelle, semble avoir pris à tâche de ne pas décourager les espoirs de conciliation. Le 30 octobre, il avait souscrit, le premier après les archevêques en sa qualité de doyen de l'Episcopat, \ Exposé des principes des évêques députés. Le 24 novembre, il adoptait Y Instruction pastorale de l'évêque de Boulogne sur l'autorité spirituelle de l'Eglise et en ordonnait la publication dans son diocèse :
Particulièrement dans les cantons de Niort, Parthenay, Thouars et Saint-Maixent, qui ne cesseront d'être 1 objel <1'' n-lte sollicitude jusqu'à ce qu'il ait plu à la divine Providence de leur donner un premier pasteur dans les formes canoniques approuvées par l'Eglise.
La réserve était expresse, mais bien modérée, et impli- (1) Cf. P. de la Gorce et Mathiez.
quait l'acquiescement anticipé à l'érection canonique d'un nouvel évêché (1). Elle n'était accompagnée d'aucune exhortation pour détourner les électeurs de participer à l'élection de l'Evoque des Deux-Sèvres. Ils étaient convoqués à Niort le 28 novembre, et du reste le mandement n'arriva en Poitou qu'après l'élection ; 205 électeurs y prirent part, et le pieux archiprêtre de Notre-Dame, l'abbé Goizet, leur dit la messe du Saint-Esprit (2). Un rapprochement permet de mesurer le nombre d'orthodoxes qui avaient participé à cette opération. Jallet refusa le siège des Deux-Sèvres faute de pouvoir constituer un conseil épiscopal respectable et éclairé (3). Le 13 mars 1791, il n'y avait plus que 123 votants pour l'élection de son remplaçant, et Goizet leur refusa son ministère. Prieur, élu le 13 mars, refusa comme Jallet, et le 8 mai 116 votants firent l'élection de Mestadier (4). 11 y avait donc dans les Deux-Sèvres une centaine d'électeurs attachés à l'unité de l'Eglise, qui au mois de novembre ne répugnaient pas à prendre part à une élection épiscopale et qui dans l'intervalle de cinq mois avaient été détrompés.
Quelques jours après l'élection de Jallet à Niort, la constitution civile dut être appliquée à Poitiers. Le curé de Vouzailles, Frère Dargentine, dont le presbytère avait été pillé par des voleurs, était mort de la frayeur qu'il avait ressentie (5).
Les électeurs du district furent convoqués pour le 5 décembre afin de procéder à son remplacement ; ils étaient
(1) A. V., L. 251 : Mandement du 24 novembre. Imprimé. — (2) Lastic Saint-Jal, l'Eglise et la Résolution à Niort, 17 et 20. Cf. J. Richard, Election de VEvêque constitutionnel des Deux-Sèvres. — (3) D'après J. Richard, parce qu'il n'avait plus la foi. — (4) Lastic, 52. — (5) Tradition recueillie par M. Delhumeau.
réunis en même temps pour nommer les juges suppléants au tribunal civil, et le président de l'Assemblée électorale écrivait aux officiers municipaux pour requérir mainforte en prévision de troubles (1).
Messieurs, Le corps électoral du district de Poitiers, rassemblé en ce moment pour la nomination de trois suppléants au tribunal, doit s'occuper demain matin de la nomination à la cure de Vouzailles, et, pour y procéder, il lui est enjoint de se rendre à la Cathédrale, d'y entendre la messe et d'y compléter l'opération. Lanouvcauté de ce spectacle peut attirer beaucoup de monde, et il serait possible que le corps électoral ne pût voter librement. Dans cette circonstance, je crois de la prudence de vous prier, Messieurs, de requérir de Monsieur le Commandant de la Garde Nationale un piquet de douze fusiliers pouf être placés à l'entrée de la Chapelle des évêques dans la Cathédrale, atin de faciliter l'entrée au Corps électoral et de l'interdire à tous autres. Nous espérons que vous voudrez accueillir notre demande et l'assurance du respect avec lequel nous sommes, Messieurs, vos très humbles et bien obéissants serviteurs.
Les électeurs du district de Poitiers, Vincent, président; Moreau.
Il faut que la garde soit rendue au plus tard à neuf heures du
matin.
4 décembre 1790.
Non seulement il n'y eut pas de troubles, mais le choix de l'assemblée qui s'était porté sur l'abbé de Nassau («), principal du collège de Châtellerault, fut ratifié par Beaupoil de Saint-Aulaire.
Un état du clergé, dressé vers 1802, porte en effet à
(a) Nassau Charles-Frédérjc-Louis de), dit dans sa jeunesse l'abbé de Lorme (1760-1815), fils d'un aventurier qui prétendait appartenir à la famille princière de ce nom; principal 25 mai 1785; prêta le serment à ce titre. Au concordat curé de Mirebeau, mort cure de Saint-Jean de Châtellerault.
(1) Bibl. de Niort, MS. 171 : Papiers La Fontenelle.
iv 2 i
l'article Vouzailles : « Nassau, curé légitime », et un autre de 1800 cette mention encore plus explicite : « Vouzailles, « curé, de Nassau, élu par le peuple, confirmé par l'autorité « légitime (1). » L'abbé de Nassau préféra d'ailleurs rester principal du collège de Châtellerault.
Ainsi, Saint-Aulaire se borne à une protestation modérée et conditionnelle contre l'élection de l'évêque des Deux- Sèvres. Dans la Vienne, le premier choix des électeurs étant tombé sur un sujet recommandable, Saint-Aulaire n'hésita pas plus à l'investir de la cure de Vouzailles que s'il avait été nommé par l'ancien présentateur, l'abbé de Bourgueil. On n'imagine pas une attitude plus conciliante. Elle était ferme toutefois, et la chancellerie épiscopale refusait de donner les dispenses de mariage qui, d'après la discipline de l'Eglise, étaient réservées au Souverain Pontife et que la constitution civile attribuait aux évêques (2).
Le Département éprouvait de son côté une vive répugnance à appliquer une des dispositions importantes de la constitution civile, celle qui supprimait les chapitres. Aucune mesure n'était plus fatale à la ville de Poitiers : ses cinq chapitres étaient, avecses tribunaux désormais perdus, à la fois son orgueil et sa ressource. En vain la municipalité avait appuyé par un mémoire l'adresse du chapitre de Saint-Hilaire (3). Ln destruction ordonnée, les administrateurs en retardèrent autant que possible le moment.
(1) Archives Evêché. — (2) A. V., L. 251. Le Comité ecclésiastique au Département, 26 novembre 1790. — (3) Adresse du chap. de Saint- Hilaire, 30 mars 1790. Imprimé. Dél. mun., 10 avril 1790.
RT DANS LA VIENNE :i7l
Quand le décret du 26 décembre 1790 déclara que les membres des corps supprimés qui continueraient leurs fonctions devraient être poursuivis comme perturbateurs de Tordre public, la constitution civile n'était pas encore exécutée sur ce point. Par les détails que nous avons pour deux des chapitres de Poitiers on peut prendre une idée de la fin des autres collégiales. Le 29 décembre, le procureur général syndic Brault écrivait au premier dignitaire de chaque chapitre :
Il y a déjà fort longtemps, Monsieur, que cette loi est publiée dans cette ville et que j'aurais pu en requérir la pleine et entière exécution... J'ose espérer, Monsieur, de votre patriotisme et de celui de tous Messieurs vos confrères que, dociles à la voix de cette même loi, quelque dure qu'elle puisse vous paraître, vous voudrez bien vous concerter avec moi pour que son exécution ne donne lieu à aucun éclat et pour ceux qui sont obligés de la provoquer et pour ceux qui en sont l'objet.
Tous les chapitres assurèrent le procureur général « qu'ils n'apporteraient aucune résistance active à l'exécution de la loi » , mais ils rejetèrent bien loin l'idée d'en concerter avec lui l'exécution (1).
Le 31 décembre, le chapitre de Sainte-Radegonde s'engagea à continuer, quoique dispersé, la récitation de l'office canonial et à acquitter, sans rétribution désormais, toutes les fondations de messes faites au chapitre (2). Le chapitre de Saint-Pierre avait adhéré, le 29 décembre, à Y Exposition des Principes des évêques députés. Il employa ses dernières heures à donner un nouveau témoignage de son attachement aux lois de l'Eglise.
Le 12 janvier, l'office de prime chanté comme à l'ordi-
(i)Dél. Dir. Dép1, 5 janv. 1791. — (2) A. V., G. 1682. Registre capitulaire de Sainte-Radegonde, 31 décembre.
naire, la grand'messe dite, le célébrant consomma toutes les hosties consacrées, le tabernacle fut laissé vide et ouvert. Le chapitre se retira dans la salle capitulaire où, en attendant l'arrivée des commissaires qui opéraient à Sainte- Radegonde et
profitant de ces derniers moments, un de Messieurs a donné lecture à la Compagnie de la déclaration qui venait d'être faite par Monsieur le Révérendissime Evèque à l'Assemblée Nationale; sur quoi la Compagnie, pénétrée des sentiments d'admiration, de respect et de reconnaissance qu'une déclaration aussi généreuse et aussi édifiante lui inspirait pour son auteur, a arrêté qu'il lui en serait écrit sur-le-champ (1).
Ce qui rendait plus touchant et plus grave cet hommage du chapitre cathédral à Saint-Aulaire, c'étaient les longs dissentiments qui les avaient mis aux prises. Tous souscrivirent L'adresse, même les plus ardents naguère contre le vieil Evêque : Irland, l'exilé de la Reau ; Bouin de Beaupré, l'auteur des Lettres de quelques ecclésiastiques .
Gomme ils achevaient de signer, les commissaires de la municipalité arrivèrent en écharpe. Le doyen leur lut une protestation dont les termes avaient été arrêtés avec ses confrères. Les commissaires, avant de mettre les scellés, offrirent de laisser aux chanoines les ornements utiles pour dire leur messe particulière dans l'église. Le doyen répondit qu'aucun n'y reparaîtrait que le jour où ils y pourraient reprendre l'exercice de toutes leurs fonctions, « et à l'instant tous Messieurs se sont retirés en silence et pénétrés de la plus profonde douleur » . Les commissaires avaient refusé d'insérer leur protestation au procès-verbal. Le chapitre dispersé fit imprimera ses frais le détail de ses dernières
(1) Actes de VEglise de Poitiers.
assemblées, et ce sont ces Actes de l'Eglise de Poitiers que nous venons d'analyser.
Le culte vaqua dans la cathédrale. Le supérieur du grand séminaire refusa au Département d'y officier le jour de Saint Hilaire(l). Quant aux registres capitulaires ils avaient été mis en lieu sûr, et ne furent pas livrés, bien que le Département eût suspendu jusqu'à leur versement aux archives le traitement des ci-devant chanoines (2).
L'obligation du serment mettait au même moment tous les prêtres titulaires de fonctions publiques dans l'obligation d'opter entre la constitution civile et la discipline de l'Eglise. Les curés députés du Poitou se montrèrent fort empressés à jurer (29 décembre). Pourtant Joyeux, de Châtellerault, qui, en juin 1789 s'était étroitement associé à la politique de Lecesve et de Jallet, se sépare d'eux et refuse le serment. Les deux évêques, Mercy'et Saint-Aulaire, n'étaient pas de ceux de qui on pouvait l'attendre. Saint- Aulaire fut même un de ceux qui donnèrent à leur refus l'expression la plus saisissante.
Dans la dramatique séance du 4 janvier, où finissait le délai accordé aux députés ecclésiastiques pour prêter le serment, il déclara, quand vint son tour :
Messieurs, j'ai soixante-dix ans révolus; j'en ai passé trenlotrois dans l'épiscopat, où j'ai fait mon possible pour remplir tous mes devoirs. Accablé d'années et d'inlirmités, je ne déshonorerai
(l)Dél. Dir. Dép1. 6,12 janvier. — (2) Dél. Dir.DépS 18 octobre L791.
— Les Archives de la Vienne ne possèdent, pour la fin du xvma siècle, les registres capitulaires que de Saint-Hilaire et de Sainte-Radegonde.
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pas ma vieillesse. Je ne puis prêtef un serment qui n'est pas dans ma conscience. J'aime mieux vivre dans la pauvreté; je prendrai mon sort en esprit de pénitence (1).
Saint-Aulaire ne paraît avoir répandu son mandement du 24 novembre qu'après que le décret du serment eut enlevé tout espoir de transaction. Le 5 janvier, Bion en dénonçait à lAssemblée Nationale la diffusion en Poitou. Le 21 janvier le Département défendait aux curés de le lire en chaire, aux libraires, imprimeurs et colporteurs de l'imprimer et de le vendre. La municipalité de Poitiers rendait une ordonnance semblable (2). Le 22, deux ballots adressés au curé Goizet étaient saisis à Niort (3).
Les curés n'en donnèrent pas moins lecture. Dans une
(1 ) Nous suivons le texte donné par Thibaudeau, Souvenirs, 140, qui est le plus complet et le plus correct. M*1' de Bouille aurait, paraît-il» raconté qu'il assistait à la séance du 4 janvier et que Saint-Aulaire n'avait pas prononcé les paroles qu'on lui prête (Collon, Actes). Il suffit de remarquer que tous les journaux, dès le lendemain, rapportaient avec de légères variantes la protestation de l'évêque de Poitiers, et il n'est pas possible qu'on lui ait attribué par confusion les paroles d'un autre : seul il pouvait parler de ses 70 ans d'âge et 33 d'épiscopat (exactement 32). Voici le texte du Moniteur du 6 janvier : «J'ai 70 ans; j'en ai passé 33 dans l'épiscopat où j'ai fait tout le bien que je pouvais faire. Accablé d'années et d'études, je ne veux pas déshonorer ma vieillesse; je né veux pas prêter un serment (il s'élève beaucoup de murmures) je prendrai mon sort en esprit de pénitence (la partie droite applaudit). » Le chapitré de la Cathédrale, dans son adresse du 11 janvier, relate ainsi, d'après « les derniers papiers publics », la déclaration dont il félicite l'évêque : « J'ai 70 ans; j'en ai passé 33 dans les fonctions épiseopales. Ma vieillesse ne sera point déshonorée. Accablé d'années et d'infirmités, je reçois en esprit de pénitence la situation où Dieu permet que je me trouve. J'espère qu'elle me servira d'expiation pour mes fautes et je refuse Le serment que vous nie demandez.» Enfin l'abbé d'Auribeau rapporte un texte sensiblement plus court, en prévenant que l'authenticité de l'article Poitiers est garanti de la propre main de son pasteur, M. Beaupoil de Saint- Aulaire: « Messieurs, j'ai soixante et dix ans, trente-trois d'épiscopat; ûè souillerai pas mes cheveux blancs par le serment de vos décrets. Non, je ne jurerai pas. » — (1) Del. Dlr. Dép1, 21 janvier 1791. Dél, mua., 21 janvier. — (3) Lastic Saint-Jal, 48.
seule séance les Jacobins en dénonçaient trois; ceux d'Ayron, de Clinmpigny et de Seuilly ( 1 ).
Le 12 janvier Saint-Aulaire avait fait une nouvelle affirmation de principes dans sa réponse aux administrateurs de districts qui l'avaient invité à coopérer au remaniement des paroisses. Il s'en déclarait partisan, mais il protestait contre l'incompétence des autorités laïques pour celte opération et refusait d'appliquer aucun des articles de la constitution nouvelle «jusqu'à ce que l'Eglise ait parlé soit dans un concile national comme nous l'avons demandé, soit par le Souverain Pontife que nous avons consulté et dont nous attendons la réponse (2) » .
Le clergé serait-il docile à la voix de son évéque ? Tout le monde attendait avec anxiété le résultat de l'épreuve à laquelle il allait être soumis à son tour.
Un grand fait s'était produit : la réconciliation et l'entente des deux fractions longtemps divisées du clergé poitevin. La signature des actes du chapitre cathédral par Bouin de Beaupré avait une grave portée. Tandis que, dans la plupart des diocèses, tout ce qui se rattachait au jansénisme se montrait partisan décidé de la constitution civile, dont les jansénistes de la Constituante avaient été les principaux rédacteurs, les jansénistes poitevins ne furent pas constitutionnaires. Saint-Aulaire avait tout fait pour obtenir ce résultat. Il avait sollicité le mémoire du 15 mars 1700 de Jabineau, Maultrot, Mauclerc, canonistes en renom du parti janséniste, dont la consultation avait détaché une partie de leurs amis (3).
(1) A. de la Consl., i Février 1791. — (2) Collection êCûlésitetique de Barruel,ÎI,525. Abbé Collon, Actes, 22 etss. — (3) Barruel, Coll. I I, 253, 276.
L'Université de Poitiers, qui depuis un siècle faisait campagne avec le chapitre de Saint-Pierre contre les principes ultramontains défendus par l'évêché, prit la même attitude que le chapitre. Les professeurs du collège étaient soumis comme le clergé paroissial à l'obligation du serment. Deux seulement : Ricque, professeur de cinquième, et Briquet, professeur de seconde, voulaient s'y soumettre ; tous les autres étaient décidés à le refuser, suivant l'exemple du principal, l'abbé Bernard (1).
On se souvient que, d'après les arrêts du Parlement, le tribunal de l'Université nommait les professeurs du collège (2) et que Laurendeau y était substitut du procureur général. On reconnaît son génie de procédure dans l'expédient qui fut imaginé (3). La veille du jour où ils étaient en demeure de prêter le serment (22 janvier), les professeurs prêtres donnèrent leur démission, et le tribunal de l'Université nomma un nouveau personnel, entièrement composé de laïques, à qui le serment n'était pas encore imposé. On évitait ainsi l'installation d'un personnel de prêtres jureurs. La combinaison reposait sur le sacrifice de Labady (a) « une créature du ci-devant parlement de Paris et principalement du président Rolland » , comme le rappellera Thibaudeau. Devenu doyen de la faculté de droit, il se dévouait pour reprendre les fonctions plus modestes de principal qu'il avait exercées jadis, notamment au moment de
(a) Labady (François-Marie). Principal du collège de Blois; principal du collège Sainte-Marthe, déc. 1767 ; professeur à la Faculté de Droit, 1778; doyen, 30 avril 1788. Planier le protégea pendant la Terreur.
(1) Dél. Dir. Dép1, 12 janvier 1791. — (2) Cf. suprà, 59. — (3) A. N., T). IV, 67, 2026. Les Commisssaires de l'Université à I'Ass. Nat. On trouve dans les papiers Guillemot des mémoires plus complets sur le même objet.
l'affaire Planier, où les ennemis du collège n'auraient pas été fâchés de le compromettre.
Cette solution élégante ne satisfaisait pas les patriotes. Les trois corps administratifs: Département, District, xMunicipalité, s'étaient concertés et avaient nommé principal Moreau, procureur au présidial, avec un personnel mi-parti ecclésiastique et laïque.
L'Université prit les devants et Labady, du consentement de l'abbé Bernard, prit possession des appartements du principal. Le 24 janvier, à 7 heures du matin, les délégués des trois corps se présentèrent au collège avec les professeurs de leur choix « escortés de détachements de cavalerie et d'infanterie de toute espèce, comme s'il eût été question de prendre une ville d'assaut (1) » . Ils trouvèrent dans la salle dite de la préfecture les délégués du tribunal de l'Université, Laurendeau en tête, qui leur déclarèrent que Labady était déjà installé. « L'Université n'ayant que de bonnes raisons à opposer aux baïonnettes, et les corps administratifs n'ayant que des baïonnettes à opposer à ces raisons (2) », la discussion ne pouvait pas se prolonger; le tribunal de l'Université se retira. Mais dans la cour du collège les administrateurs se heurtèrent « à une espèce d'insurrection à laquelle ils ne s'attendaient pas :
Les écoliers assemblés nous ont manifesté par des clameurs l'effet défavorable qu'on leur avait donné sur notre opération. Après avoir commis des désordres dans le collège, ils se sont répandus dans la ville, où ils ont excité la même insubordination (3).
Les corps administratifs lancèrent une proclamation en règle contre les jeunes grévistes; les cours furent suspendus
(1) Mémoires. Papiers Guillemot. — (2) Mémoires. Papiers Guillemot. — (3) Dél. Dir. Dép., 24 janv. 1791. Dél. Dir. Mun., 2+ janv.
en fait et l'affaire portée devant l'Assemblée Constituante, qui, vu l'urgence, délibéra le 3 février.
La question de droit était de savoir s'il fallait appliquer le décret du 19 février 1790, d'après lequel aucun changement n'était apporté au régime des collèges jusqu'à la loi générale, sur la matière ou celui du 5 novembre, qui les soumettait aux corps administratifs, mais qui ne semblait s'appliquer qu'à ceux dont l'administration n'avait pas précédemment de forme régulière. Ce n'était pas la question de droit qui intéressait l'Assemblée, L'affaire du collège n'était qu'un épisode de la lutte engagée dans toute la France entre assermentés et réfractaires. L'abbé Maury défendit la décision de l'Université et, n'ayant pas grand espoir, demanda le renvoi au comité des rapports pour communiquer de nouvelles pièces. Saint-Aulaire amusa l'Assemblée en traçant avec une impertinence polie le portrait des nouveaux professeurs.
Le père Rochex (a) : « Je ne parle pas de son mérite ; mais, en fait de théologie, il en savait très peu; on l'a reconnu dans l'Université pour avoir des talents en politique; » Moreau (6), « cet homme est un très bon praticien, mais je ne le crois pas capable de conduire un collège» (rires); Pontois, « on a nommé pour professeur de seconde un feudiste, qui est un parfait honnête homme; mais aujourd'hui comme vous avez supprimé toute espèce de féodalité » (Applaudissements.)
Thibaudeau rappela en réponse le caractère tout politique de l'affaire et, sur le rapport de Vieillard, l'Assemblée con-
(a) Rochex (Jean-Louis-Guillaume-Marie), cordelier, lança à Poitiers les premiers ballons. Supérieur du Séminaire Constitutionnel; mort en
(6) Moread (Jacques-Gilbert), procureur au Présidial ; principal du collège; accusateur public ; procureur syndic du District (1791); mort avant 1808 procureur impérial.
firma les nominations faites par les corps administratifs (1). Aux séminaires, tous les lazaristes, sauf un (2), étaient décidés à refuser le serment. Ils soutinrent qu'ils n'y étaient pas légalement astreints et, ce moyen ne leur étant pas laissé, ils licencièrent le 21 janvier le séminaire Saint- Charles. L'esprit révolutionnaire l'avait déjà presque vidé. L'année précédente, le supérieur avait arrêté au dernier moment deux élèves à qui il avait laissé espérer l'ordination ; tous les autres avaient pris parti pour eux, et quarante séminaristes étaient sortis (3). Les Lazaristes essayèrent de rester dans la maison, soutenant qu'elle avait été donnée à leur congrégation, qui n'était pas dissoute, puisque séculière. Le Département répondit qu'elle appartenait au séminaire, dont les Lazaristes étaient chargés, et que dès lors qu'ils ne remplissaient plus cette charge ils ne pouvaient garder l'immeuble. Les Lazaristes durent quitter le séminaire Saint-Charles le 28 juillet, le grand séminaire le 11 août : ils se retirèrent à leur maison de campagne de Chaumont (4).
(1) Le compte rendu le plus complet est celui du Journal logograpkiqUë, reproduit Arch. Pari., XXII, 7:5:; ss. Le procès-Verbal mentionné de plus une proposition repoussée de suppression immédiate du tribu*nal de l'Université, et le Mercure de France du 12 février,seul, indique une intervention de Dumouchel, recteur de l'Université de Paris, favorable à ses confrères poitevins. — (2) Le Marois fut nommé professeur de physique au collège. Sa congrégation l'envoya à la Dèlivrunde, en Normandie, Il refusa d'y aller et prétendit continuer à compter dans sa congrégation pour avoir droit à la pension de religieux le jour prévu où elle serait supprimée. TbibaUdeau, Corresp., 116, 117. Il dut en sortir et devint vicairô iuirus à Saint-Porchaire.
— (3) Vie du père Coudrin, par un Père de la même congrégation, 19.
— (4) A. N., L. 258. Dêl. Dir. Dèp., 28 juillet, 4 août 1791. A. X. I" 481 : Dép. à Lessart, 29 nov. 1791.
L'Evêque, les chapitres, l'Université, les professeurs du collège et des séminaires, d'accord pour condamner la constitution et refuser le serment, le clergé paroissial était partagé et hésitant. Quelques-uns étaient décidés d'avance à la résistance ou à la soumission ; mais la masse restait perplexe.
Bien peu avaient le cœur aussi léger que le curé de Chasseigne, Jean-Louis de Brou, qui,partantle 4 novembre 1790 pour le Cap Français, avait compris dans sa procuration générale le pouvoir « notamment de prêter tous serments qui seraient ordonnés (1) ». Une active propagande travaillait les hésitants. Le 12 janvier (2), le Département faisait tirer à 1.000 exemplaires le Discours d'un curé à ses paroissiens (n° 15 de la Feuille Villageoise). Le 23 janvier, on lit aux Jacobins, en l'approuvant fort, la brochure d'un jeune étudiant en droit, Armand Sabourin, qui se croyait autorisé à donner son avis au clergé (3). Cette approbation est caractéristique, car Sabourin pour obtenir des serments en réduisait autant que possible la portée et soutenait qu'ils n'impliquaient que la promesse d'obéir à la loi en laissant libre de la désapprouver.
Si le jeune étudiant n'était pas parfaitement qualifié pour résoudre la question, il devait au moins l'avoir entendu débattre : de ses deux oncles, l'un, curé de Saint-Cybard, était enthousiaste de la constitution civile; l'autre, curé de
(1) A. V., L. 239. Procuration de J. L. de Brou à Desvaux. — (2) Dél. Dir. dép., 12 janvier 1791. — (3) A. de la Const., 23, 28 janv. : Opinion de M. Sabourin, étudiant en droit à Poitiers, sur le Serment solennel promissoire. Impr.
Montierneuf et qui avait fait partie avec son frère du comité électoral des curés de Poitiers, avait rompu avec les novateurs et se montrait un réfractaire décidé. Leur vieux père disait : « Que j'aille au ciel ou en enfer, je suis toujours sûr d'y trouver un de mes fils (1). » Armand Sabourin habitait juste chez celui de ses oncles dont il ne partageait pas l'opinion, et c'était dans l'orthodoxe presbytère de Montierneuf que le jeune patriote vendait moyennant 12 sous son petit opuscule en faveur du serment. François Sabourin aimait trop son neveu pour le chasser, et trop sa foi pour ne pas craindre de passer pour l'éditeur de l'hérétique production. Ayant appris qu'on était venu l'acheter de la part de M. Fleurant", curé de Quinçay, il lui écrivit pour réfuter les raisonnements de son neveu (2).
Quelques-uns croyaient tout perdu si le clergé refusait le serment et conseillaient de le prêter tout en condamnant doctrinalement la constitution (3) :
Si le clergé refuse de l'accepter, voici un schisme en France, la religion catholique dans le plus grand péril et peut-être même totalement perdue en France. Si ce malheur esta craindre, comme je n'en doute pas, ne vaut-il pas mieux accepter ce décret, quoiqu'il soit contraire aux saints canons et à la doctrine de l'Eglise?
Une marque frappante des hésitations de beaucoup, c'est le temps relativement long sur lequel s'échelonnent les prestations de serment. Les premières furent demandées le dimanche 16 janvier. Très peu de curés avaient devancé la date. Roy, curé de Lathus, que le 6 janvier le Département félicitait d'avoir déjà juré, fut l'un des premiers rétractés (4). Jusqu'à la fin de février, chaque dimanche, un plus ou
(1) Lebrun, 210. — (2) Lebrun, 83. — (3) A. N., W. 134, a-974. Robert, curé de Brux, à Guyot du Rijoux, 23 décembre 1790. — (4) Dél. Dir. dép., 6 janv. 1791. A. V., L. 243.
moins grand nombre d'ecclésiastiques firent connaître leur décision. Beaucoup hésitèrent jusqu'au dernier moment.
Chollois, curé de la Chandelière, était fort patriote; il avait adhéré au décret du 13 avril et figuré parmi les fondateurs des Amis de la Constitution. Il balança jusqu'au 19 février. Ce jour il fit à la municipalité sa soumission de jurer le lendemain. Une jura pas : « De nouvelles réflexions, écrivait-il, m'ont ramené aux, principes qui m'avaient empêché jusqu'ici de prêter le serment (1). »
Tout le clergé de Loudun avait pris jour avec la municipalité pour prêter le serment; un seul vicaire le fit; tous les autres s'étaient ressaisis dans l'intervalle (2).
A Civray, le curé Augry (a) laissa ses vicaires prêter seuls le serment à la grand' messe (23 janvier) : « Sa conscience lui avait fait naître des doutes sur l'engagement qu'il allait contracter. » Il ne se décida qu'aux vêpres. et le maire lui observa : « qu'il eût été plus satisfait de le recevoir à l'issue de la messe en même temps que celui des vicaires (3) ».
Tel autre jure, se rétracte, refait son serment, comme Hesnin, curé deTargé,qui ajoute: « J'espère que vous voudrez bien excuser l'inconstance que j'ai montrée en cette matière, qui est des plus embarrassantes (4). »
Un grand nombre de curés pensèrent qu'ils pourraient concilier la foi et la loi en jurant sous réserve du spirituel. Ce moyen était condamné à l'avance, car l'assemblée avait refusé les serments offerts sous cette forme par les ecclé-
(a) Augry (Jean), incarcéré sous la Terreur, rétracté, mort curé de Civray, 1807. <• Homme Instruit, exact, mœurs sévères.» Avch. Evêch.
I) Dél. mun. Poit., ±2 février. — (2) A. V ., L. 239. Dél. mun., Loudun, :il janv. lit février. — (3) Dél. mun., Civray, 23 janvier 1791. — (4) A. Y., !.. 235.
siastiques députés, et le curé de Véniers, Dutertre, qui ne se payait pas d'illusions, répondait, le 13 février 1791, aux municipaux :
Messieurs, vous vous présentez pour recueillir mon serment : je ne le puis faire ; si l'Assemblée Nationale eût voulu le recevoir avec restriction, je le ferais.
Beaucoup prêtèrent cependant le serment restrictif dans l'espoir chimérique de trouver une formule à la fois licite et légale ou pour affirmer leur attachement très réel à la Constitution en tout ce qui ne toucl'ait pas la conscience. Quelques-uns avaient si bien cherché que leurs additions au texte du serment ne lui laissaient aucun sens et qu'il était impossible de savoir s'ils avaient juré ou non. Quand les serments restrictifs eurent été refusés, presque tous leurs auteurs se rangèrent parmi les insermentés. Quelques-uns pourtant effacèrent la restriction et furent comptés comme ayant satisfait à la loi.
Il ne fut pas possible de savoir tout de suite la proportion des uns et des autres. Les municipalités altéraient à plaisir les termes employés et, au besoin, supprimaient les restrictions pour garder leurs curés. Le maire de Curzay attend jusqu'au 20 mars pour faire passer au District le procèsverbal du serment restrictif prêté le 28 janvier par Galletyer(a).
Je contais toujour que Monsieur notre curé reviendret de son « ereur (1).
Gaujoux, curé de Sommières; de Ligny, curé de Nalliers ; Marquet, curé de Chenevelles, ne peuvent obtenir de leurs
(a) Galletyer fut guillotiné a Saint-Maixent en avril 1793. I.a municipalité l'ait à cette date l'inventaire de son mobilier acquis à la Nation. (I) A. Y. L. 349, et Dél. mun., Curzay, 28 janvier.
municipalités qu'elles mentionnent leur restriction et s'en font donner acte devant notaire (1). Le cas le plus singulier est celui de Jarissac des Gosses, curé de Coulonges-les- Hérolles. Il avait prêté le serment avec restriction du spirituel le 6 février 1791.11 était très aimé, maire de sa commune. Les officiers municipaux n'avaient pas fait mention de la restriction. Le 31 octobre, il s'expliqua en termes qui ne souffraient pas d'équivoque :
J'adhère de cœur et d'affection aux décisions de Notre Saint- Père le Pape et des Evêques de France et déclare hautement que je ne veux communiquer en quelque matière que ce soit avec les nouveaux évêques, ni même avec les anciens qui ont reconnu les nouveaux.
Le District, prévenu assez tard, ne suspendit son traitement que le 31 janvier 1792 et déféra sa déclaration au procureur général syndic. Celui-ci, confondant avec une autre espèce, répondit que Jarissac des Gosses avait satisfait à la loi ! Le District dut lui dépêcher un exprès pour le convaincre de son erreur (2).
En définitive, quelle fut la proportion des réfractaires et des assermentés dans le clergé paroissial ?
Dans le district de Poitiers, il se partagea à peu près également : 55 curés et 12 vicaires prêtèrent le serment ; 45 curés et 21 vicaires le refusèrent. Des vingt-quatre curés de Poitiers, treize avaient juré, onze refusé ; la rétractation immédiate de Demarconnay, curé de Saint-Porchaire, rétablit l'égalité.
Mais la proportion des jureurs fut beaucoup plus forte dans les autres districts. Elle fut des trois quarts à Civray,
ET DANS LA VIENNE 38b
30 curés contre 9, 13 vicaires contre 3. A Lusignan, il y eut 18 curés jureurs contre 9 réfractaires, 6 vicaires contre 3 à Montmorillon, 50 curés contre 17, 20 vicaires contre 7 à Chàteîlerault, 50 curés contre 19, 22 vicaires contre 3 à Loudun, 54 curés contre 19, 11 vicaires contre G (1).
Au total dans le département, 258 curés assermentés contre 118 réfractaires ; 84 vicaires contre 43. Dix curés, deux vicaires se rétractèrent immédiatement avant d'avoir à consommer le schisme en reconnaissant révoque constitutionnel.
En chiffres ronds, le tiers seulement du clergé paroissial resta fidèle ; deux contre un ahandonnèrentla hiérarchie de l'Eglise.
Cette proportion ne fut pas sensiblement altérée par les rétractations de la fin de l'année 1791 et de 1792 : 13 curés et 6 vicaires avaient repris place dans le clergé orthodoxe avant la loi de déportation du 26 août 1792. Ces rétractations furent donc beaucoup plus rares que la tradition ne le rapporte, les confondant avec celles, très nombreuses, qui, suivirent la fermeture des églises et la Terreur (2). Elles n'en eurent pas une moins grande importance; les déclarations de repentir faites par les rétractés étaient la plus dure condamnation qu'on pût imaginer de ceux qui avaient prêté le serment : « Depuis cette époque, disait Serph, de ^aint- Màcoux, qui avait juré le 31 janvier et se rétractait le 18 février, je n'ai pu calmer ni les cris ni les reproches de ma conscience (3).» « Le serment que je prêtai contre ma cons-
(1) Cf. les tableaux du clergé, à la fin du chapitre. — (2) Les états conservés à l'Evêché ne distinguent pas entre les dates de rétractation: elles sont établies d'une façon irréfutable par les états de paiement; la loi privant de toute pension les rétractés. — (4) A. \., L. 238.
in 25
cience », disait aussi Guillegaut, de Vendœuvre, le 9 juillet 1792 (1).
Ils avouaient non pas une erreur, mais une faute. On devine la fureur que ces confessions humblement accusatrices soulevaient chez les patriotes. Les rétractés furent privés de la pension que conservaient les insermentés rieur vie même était en danger. A Poitiers, après sa rétractation. Demarconnay s'absenta quelque temps (2). Picard, curé de Genouillé, n'avait prêté serment que vaincu par les supplications de sa mère (3) :1a pauvre femme, dont le presbytère était le seul toit, craignait de se trouver sans asile. Elle était souffrante. Quand elle fut près de mourir, elle se repentit d'avoir pesé sur la détermination de son fils et lui dit de suivre sa conscience. Il écrivit aussitôt au District pour se rétracter. Le 4 septembre, le soir même de l'enterrement de sa mère, les patriotes de Genouillé tentèrent de le tuer à coups de fusil. Il dut s'enfuir. On connaissait les auteurs de l'exploit, on nommait la maison, le cabaret Pichereau, où ils avaient formé leur complot. La municipalité de Genouillé refusa d'agir. Picard rendit plainte à l'accusateur public de Civray, et le 5 octobre le Tribunal déclara l'action éteinte par l'amnistie du 15 septembre (4), l'assassinat d'un curé rétracté étant évidemment un crime politique.
L'organisation de l'Eglise constitutionnelle devait com-
(i) A.V.,L.233.— (2)A.N.,W.434.W.434. 974. Lettre du 21 février 1791 saisie chez. André de Beauregard. —(3) Il avait juré avec restriction le 16 janvier; purement el simplement le 10 avril : sa rétractation est du 4 août : A. V., L. 340. — (4) A. V., I!>-%212. Greff. crim.
mencerpar le nomination d'un évêque à la place de Saint- Aulaire : le rôle de Lecesve le désignait sans concurrence possible aux suffrages.
L'assemblée électorale fut convoquée pour le 27 février. Le 15, Saint-Aulaire protesta par une lettre aux électeurs. Brault, qui présidait l'assemblée, leur en donna lecture, et ils la dénoncèrent à l'Assemblée Nationale. La moitié à peine des électeurs étaient présents, encore trouva-t-on dans l'urne des bulletins au nom de Saint-Aulaire. Lecesve fut élu par 130 voix sur 212 votants et 422 électeurs (28 février). Le Ier mars, la proclamation du nouvel évoque fut faite à la cathédrale dans une messe solennelle d'actions de grâces avec quatre discours de Brault, Piorry, Creuzé et Allard ; pendant l'office l'orgue joua le Ça ira (1).
Lecesve ne balança pas à accepter. Aux félicitations de la municipalité, il répondait dévotement :
Je ne dis qu'en tremblant quej'accepte l'honorable fardeau que Ton m'impose. Il eût été sans doute à souhaiter que, plus soumis aux lois de sa patrie, notre ancien prélat eût continué à s'en charger ; mais les desseins de Dieu sont impénétrables.
Sa réponse aux Amis de la Constitution était d'un autre ton. Il s'avouait l'apôtre d'un culte tout politique, d'un christianisme indiscernable d'avec la Révolution (2) :
... Ce choix m'honore infiniment; mais il m'a bien moins enorgueilli qu'il ne m'a profondément humilié. Quoi qu'en puissent dire mes ennemis, oh ! pourquoi en ai-je ? la médiocrité a toujours fait les délices de mon cœur... Dans toute autre conjoncture j'eusse refusé ; mais la Liberté, la Patrie, la Constitution se sont présentées devant moi dans toute leurnoblesse et avec tous leurs
(1)A. N., Fxxin, 481 : Procès-verbal de l'assemblée électorale. La même assemblée élut Creuzé-Latouche juge an tribunal de Cassation et Bornier suppléant, Actes des Apôtres, xvm. 48; Journal du Département de la Vienne, 1791, 139. — (2) A. de la Const., 15 mars.
altraits,telles qu'elles me parurent le 13 juin 1789. Alors je n'ai plus balancé. Le même courage patriotique qui, malgré les suites que pouvait avoir cette démarche, me fit passer delà chambre du clergé à la salle nationale, m'a fait franchir l'intervalle immense et périlleux qui se trouve entre.la cure presque ignorée deSainte- Triaize et le siège épiscopal du département.
Je serai le plus tôt possible parmi vous, F.-, et amis. J'en sens la nécessité; je compte sur votre zèle comme sur celui de MM. mes vicaires et autres coopérateurs dans le Saint-Ministère. Tout est uni et confondu dans la nouvelle Révolution: mœurs, religion, patrie ne font plus qu'un. Vous ne pouvez, frères et amis,exhorter à l'amour de Tune sans prêcher l'attachement aux deux autres. Qu'ai-je à dire de plus dans mon ministère ? 0 mes frères, mes amis ! qu'il sera beau ce concert dans lequel toutes les voix publieront la même doctrine, tous les esprits croiront les mêmes dogmes et tous les cœurs suivront les mêmes règles de morale et de
conduite !
Ce doit être votre vœu, F.-, et amis ; et c'est en effet parce que vous ne pouvez en avoir d'autre, c'est dans cette unité parfaite
que je suis, frères et amis, etc..
Lecesve
Curé de Saint-Triaize, député.
Le copiste a orné plusieurs fois cette pièce des trois points maçonniques ; on ne serait pas surpris de les trouver sur l'original.
Lecesve promettait de venir au plus tôt ; on trouva qu'il se faisait attendre. Institué le 15 mars par Laurent, éveque de l'Allier, faisant fonction de métropolitain du Centre, il ne fut sacré que le 27 par Gobel. Ce 2 avril il annonçait son arrivée pour le 6 (1). Ce jour, la garde nationale alla au-devant de lui jusqu'à Grand-Pont, où il descendit de sa voiture pour allumer un feu de joie. A la porte de Paris, il fut complimenté parles corps administratifs pendant que le canon et les cloches annonçaient son entrée. Sur le passage
(1) Dél. mun., 5, 10 avril.
du cortège, quelques patriotes lapidèrent le couvent des Carmélites, qui avaient refusé de sonner leurs cloches, et Lecesve alla descendre à son ancien presbytère.
Les acclamations les plus vives marquèrent une joie brillante. Il y répondit avec l'effusion d'un cœur vraiment touché... Redire combien était grande et sincère la joie manifestée, c'est faire le désespoir de ses ennemis, mais en même temps rendre hommage à la vérité (1).
Ses ennemis ne convenaient point d'un tel enthousiasme: les Actes des Apôtres publiaient une relation burlesque de son entrée (2), et le supérieur des Lazaristes, Chaudey, écrivait (3) :
Il n'a été accueilli que par la plus vile populace. Tout le reste de la ville le méprise souverainement et ne le regarde qu'avec horreur.
Le même jour, pour rappeler que toutes les consciences ne prisaient pas également les mitres constitutionnelles, arrivaient à Poitiers les députés des Amis de la Constitution de Niort. Ils étaient à la recherche de Prieur, élu évêque de leur département, qui s'était enfui pour se soustraire à cet honneur. Ils le cherchèrent chez l'abbé Bernard et chez le ci-devant doyen de Saint-Hilaire, Leboux. Celui-ci répondit qu'il connaissait la retraite de Prieur, mais qu'il ne la trahirait pas. Les Niortais repartirent sans évêque (4).
Le soir, Lecesve fut nommé président des Amis de la Constitution de Poitiers. Il déclara, en prenant possession du fauteuil: « Qu'il était envoyé par l'Assemblée Nationale
(I) Journal de la Vienne, 229. — (2) Actes des Apôtres, 25 avril. — (3) Lettre saisie ap. Dél. mun. Poit., 30 avril. — (4) J. Richard, Election de l'Evèque Constitutionnel, 153.
pour rétablir l'ordre dans cette ville, arrêter les excès des fanatiques et tranquilliser la conscience du peuple troublée par quelques prêtres réfractaires (1). »
Le 10 eut lieu son installation. Les aristocrates prétendirent que l'estrade qui servit à la fête était formée des bois de l'échafaud sur lequel on avait rompu la veille un assassin (2).
La mort presque immédiate de l'intrus allait leur fournir matière à des rapprochements plus obvies. Lecesve, avant même d'avoir organisé l'Eglise constitutionnelle, s'était empressé d'engager la lutte contre les réfractaires. Le 12 avril, il vint demander au Département de remplacer les aumôniers insermentés des hôpitaux ; le Département le chargea d'y pourvoir (3). Le culte orthodoxe se réorganisait dans les chapelles des couvents de femmes. Le 19 avril, Lecesve réunit le conseil épiscopal et lui fit voter une adresse à la municipalité pour réclamer la fermeture. Une indisposition subite l'obligea de sortir sans avoir le temps de signer la délibération déjà rédigée (4). On ne le vit pas revenir ; on dut enfoncer la porte du lieu secret; on le trouva agonisant, frappé d'une attaque d'apoplexie. Trois jours après, le 22 avril, à 5 heures du matin, il expira sans avoir repris connaissance. C'était le Vendredi Saint, et il n'avait occupé le siège d'Hilaire que onze jours.
Les circonstances de cette mort frappèrent les esprits. On dit : c'est la mort d'Arius (5).
Ses funérailles furent célébrées le Samedi Saint à 7 heures du soir. Ses vicaires épiscopaux, en faisant son éloge,
(1) A. de la Const., 6, 9 avril. — (2) Actes des Apôtres. Loc. cit. — (3) Dél. Dir. Dép., 13 avril. — (4) Extrait du registre du Conseil de l'évèché du dép. de la Vienne, 19 avril, ap. Dél. mun. Poit., 21 avril. — [5) Actes des Apôtres.
demandèrent des services pour le repos de son ùme (1). Beaucoup de curés jureurs s'abstinrent d'en célébrer. « La majeure parlie des ecclésiastiques, fonctionnaires publics du département de la Vienne, paraissent mépriser la pieuse invitation qu'ils ont reçue (2). » Ce fut un jeune laïque, voué aune célébrité fâcheuse, Bernazais, qui prononça l'oraison funèbre à la cathédrale, au service organisé le li mai par les Amis de la Constitution et la garde nationale (3). Le curé Piorry rédigea l'épitaphe :
Dum comitioruni /iroceres
Populum in diversa concilia deducebant
Ut eum magis ac magis in dcdecore mergerent
Jienalus Lecesve conitibus illorum
Vehementer primas obstitit
Eosque ad gloriosum civis titulum
Fralerne revocavit.
Diem obiit supremum
Anno secundo Gallicse Huer luth
Aprilis AMI, aetatis LVIU.
Mais un inconnu en fit une autre, cruelle et grossière, que tout le monde répéta. On trouva charbonné sur l'entrée du caveau des Evoques (4) :
Ci-gît Lecesve, évêque in I rus, Le diable s'en chauffe le...
La vacance du siège épiscopal se prolongea jusqu'au mois de septembre, le Département ayant demandé qu'il n'y eût pas de nouvelle assemblée électorale avant celle qui devait renouveler la législature (5).
(1) Circulaire, 6 mai. — (2) Brindeau. Lettre circulaire. — (3) Bernazais, Oraison funèbre. — (4) La Liborlière, 21. — [5) A. X.. D,v 67; Brault à l'Ass. Nat., 28 avril 1791; F" 481, Dép. à Lessart, 18 mai; Lessart à Dép., 28 mai.
L'Eglise constitutionnelle de la Vienne resta pendant ce temps sous la juridiction des vicaires épiscopaux. Lecesve n'avait même pas eu le temps de compléter son conseil épiscopal. Les curés des paroisses supprimées de la ville en faisaient partie de droit. A ce titre y figuraient Guilleminet, Delaunay(#),Gazil (#), Piché (c), Joseph Sabourin((/), Henri (e) et René de Belhoir (/). Il y avait appelé en outre Cuirblanc (#),son ancien vicaire de Sainte-Triaise (1) ; Montault (fi) (2), administrateur du département ; H. -A. Briquet (3j et Bamard(i), abbé du chapitre de Notre-Dame (4).
(a) Delaunay, curé de la Résurrection ; abdicataire 21 frimaire an II; marié à la citoyenne Dédé. Arch. Evéché.
(b) Gazil (Benoit-René), curé de Saint-Simplicien.
(c) Piché (Louis-André), curé de Saint-Michel ; sous le Directoire, exerça le culte constitutionnel à Vivonne,Vouillé,Cissé,Saint-Georgesles-Baillargeaux. Après le Concordat, prêtre habitué à Saint-Porchaire. « Homme vain, peu instruit, mœurs assez réglées. » Arch. Evéché.
(d) Sabourin (Joseph), curé de Saint-Cybard. Après la Terreur réorganisa l'église constitutionnelle et célébra le culte à Saint-Pierre; au Concordat curé de Verrières, y mourut 30 juillet 1804. « Presque sans moyens, homme entier. » Arch. Evéché.
(e) Belhoir (René de), curé de Saint-Etienne; abdicataire, 7 frimaire an II; au Concordat « rétracté, hors de service ». Arch. Ev.
(f) Belhoir (Henri de), curé de Saint-Didier, « mort dans les bras de Montault ». Arch. Evéché.
(g) Cuirblanc (Philippe-François), vicaire de Sainte-Triaise et chapelain delà Conception en l'église de Saint-Loup; abdicataire, 19 frimaire an II ; marié, veuf, mort avant le Concordat.
(h) Montault (Charles), né à Loudun, 30 avril 1751, mort à Angers, 29 juillet 1839. Evèque constitutionnel de la Vienne; incarcéré sous la Terreur, passe pour s'être rétracté en prison; se tint à l'écart de ses fonctions une fois en liberté ; au Concordat, évêque d'Angers ; baron de l'Empire, 5 oct. 1808. Cf. les Vies du Dr Dupont et de l'abbé Maupoirit.
(i) Bamard (Bertrand-François), «joueur de profession ; presque imbécile ». Arch. Evéché.
(1) Minutes Conjour, 13 avril 1791. — Le registre du conseil épiscocopal ne nous est pas parvenu. On peut en partie suppléer à cette lacune grâce à l'habitude d'Ancien Régime de faire toutes les nominations par acte notarié. Les minutes de Conjour, déposées aux Archives de la Vienne, représentent ainsi les archives de î'évêché constitutionnel. — (2-3) Min. Conjour, 14 avril. — (4) Ibid., 13 avril.
Guilleminet, qui avait rang de premier vicaire, était ce curé de Notre-Dame l'ancienne, vénérable de la Parfaite Union, puis premier surveillant de la Sincérité, que ses l'.\ de la Vraie Lumière avaient en vain dénoncé au G.\ O.-. comme un ravisseur de filles et un tricheur au jeu qui déshonorait le titre de maçon. Reproduisant dans ses Souvenirs la liste de ce conseil, Thibaudeau avoue : « Il faut avouer que cet évêque était assez mal entouré, sauf deux ou trois; mais c'était, l'empire des circonstances (1). »
Le conseil ne semontra du moins pas novateur. L'Eglise constitutionnelle ne changea rien à la discipline et à la liturgie catholiques. La fureur de nouveautés qui possédait les hommes de l'époque céda à l'intérêt de montrer au peuple que c'était bien le même culte. Mestadier, qui avait, dans son évêché des Deux-Sèvres, des paroisses de plusieurs anciens diocèses, prescrivait à ses curés de garder chacun chez eux leur liturgie propre (2). A Poitiers, les solennités particulières de la cathédrale furent môme conservées, les vicaires épiscopaux remplaçant le chapitre pour les célébrer. Le 15 août 1791, les Amis de la Constitution assistèrent en corps à la procession du vœu de Louis XIII sur invitation spéciale de Guilleminet (3).
Pas un jeûne ne fut adouci, pas une des trente fêtes chômées ne fut supprimée. Il ne fut jamais question locament du mariage des prêtres, dont Jallet et Surade s'étaient déclarés partisans (4).
De l'unité rituelle et disciplinaire que conservèrent les
(1) Thibaudeau, Souvenirs, 06. — (2) Mestadier, Lettre pastorale du 11 août 1791, 19. — (3) A. de la Const., 14 aoûti791. — f4) Le Journal de la Vienne en 1792 commence à signaler avec faveur les mariages de prêtres des autres départements, 1,134, 140.
deux Eglises, VOrdo Divini Officii pour 1792 est un témoignage curieux (1).
Il y eut pour cette année deux Ordo. Il suffit de les rapprocher pour voir que la même composition typographique a servi, et ils seraient indiscernables si des cartons n'avaient fait disparaître de l'édition orthodoxe les mentions relatives au personnel de l'évêché. Aucun nom n'appelle l'accusation d'immixtion dans les fonctions publiques. «M.l'EvêqueetMM. du Conseil permettent l'usage des œufs pendant le Carême ->, dit VOrdo constitutionnel. « L'usage des œufs pendant le carême de cette année est permis », dit VOrdo orthodoxe.
Le conseil épiscopal ne crut pas pouvoir reconstituer un séminaire. Ce ne fut qu'après l'élection de Montault que celui-ci entreprit cette tâche.
Le plus pressé était de trouver des curés constitutionnels pour remplacer les 130 qui avaient refusé ou déjà rétracté le serment. Ce n'était pas d'ailleurs à l'Evêque et à son conseil qu'incombait ce soin, puisque les cures étaient pourvues par voie d'élection. Les électeurs des districts de Poitiers et de Lusignan s'étaient rassemblés avant même
(I) Brève, seu Ordo Divini Officii recitandi missseque celebranda- Juxta ritum breviarii etmissalis pictaviensis pro annoiinccxcn.Paschà Occurrente 8 aprilis. || Decreto I) I) Eplscopi et Vicariorium ecclesiœ cathedralis partitœ regïonis a Vigennâ. j| Typis Francisci Barbier, typographi Concilii Episcopalis et administration is ejusdem partitœ regïonis a Vigen na (in-12,;')G pages). Dans l'édition orthodoxe le titre se termine à a Aprilis »; il n'y a pas de nom d'imprimeur et, sous le titre, la vignette, qui était autrefois les armes de Saint-Aiilaire, est le monogramme du Christ dans un nuage Bibl. Antiq. Ouesl.
l'arrivée de Lecesve, le 3 avril ; Chàtellerault, Loudun et Civray se réunirent le jour même de son installation
(10 avril) ; à Montmorillon, les électeurs ne furent convoqués que le 8 mai, après la mort de l'Evêque : le procureur syndic, Augier de Moussac, frère du grand vicaire, avait refusé de participer à l'application de la constitution civile et s'était retiré le 30 avril (1).
Ces assemblées se heurtèrent à des refus multipliés. Tel avait bien voulu jurer qui ne voulait point être un intrus, par scrupule, déférence pour celui qu'il aurait remplacé ou crainte d'être mal accueilli. L'opinion met une différence immense entre le simple jureur et l'intrus. L'Eglise constitutionnelle, qui comptait les deux tiers du clergé paroissial, ne trouva pas assez de sujets disposés à remplacer le troisième tiers. Vicaires pressés de devenir curés, réguliers en rupture de cloître, ci-devant chanoines désormais sans prébende, ci-devant bénéficiers désormais sans bénéfice ne fournirent pas assez d'acceptations pour combler les vides.
Les réunions de paroisses qui étaient dans la lettre ou l'esprit de la Constitution eussent réduit la difliculté en diminuant le nombre des postes à pourvoir ; mais le patriotisme de clocher ne les laissa pas s'effectuer. Le District de Poitiers avait adressé aux municipalités une circulaire imprimée avec un questionnaire sur les dimensions de leur église, sa distance des clochers voisins, la possibilité de sa
(1)A. V., L. 238: Assemblée électorale de Civray; I.. 239, de Loudun.— Les opérations des électeurs de Chàtellerault nous sonl connues par le compte rendu au District, L. 332. Pour Poitiers, sauf un article incomplet du Journal de la Vienne, 7 avril, Montmorillon el Lusiguan, nous ne connaissons les résultats que par les actes d'institution i nique reçus Conjour et 1rs procès-verbaux d'installation joints aux états de paiement.
suppression ; il ne reçut que des demandes de maintien. Les réunions de paroisses ne furent possibles que dans les villes, où d'ailleurs la Constitution les imposait. Le 4 février 1 791 , l'Assemblée Nationale avait décrété la circonscription des six nouvelles paroisses de Poitiers sur le rapport de Lanjuinais (1) ; mais dans aucun des districts il ne fut possible de toucher aux paroisses de la campagne (2).
A Châtellerault,on ne peut même pas réduire les paroisses urbaines conformément aux dispositions les plus précises de la loi. Le District avait préparé un grand remaniement : de la ville il faisait une seule paroisse desservie par un curé et 11 vicaires, et dont le siège aurait été Notre-Dame, avec trois succursales : Saint-Jean-Baptiste, Saint-Jean-l'Evangélisteet Saint-Jacques; à la campagne il supprimait 12 paroisses et en réduisait 12 autres au rôle de chapelles de secours. Ce projet souleva la plus vive opposition ; les électeurs réunis le 10 avril passèrent outre et, malgré le District, nommèrent à toutes les paroisses (3). De même, quand, Tannée suivante, le District de Loudun supprima la paroisse de Nueil-sur-Dive, celle-ci réclama un curé à l'assemblée des électeurs qui lui en nomma un, et les administrateurs cédèrent (4).
Il fallut donc pourvoir à toutes les cures. L'Evêque aurait pu pressentir les candidats ; l'assemblée était obligée de procéder à une nomination sans savoir si elle serait accep-
(i) Sanctionnée parle Roi le H février, cette circonscription a été conservée par le Concordat, sauf que Saint-Saturnin, annexe de Sainte- Radegonde, a été supprimé. Les autres suppressions furent Saint- Pierre-de-Pranzay et Notre-Dame-d'Enjambes, à Lusignan, N.-D. de Saix de Vivonne, Saint-Pierre de Mirebeau, Notre-Dame des Trois- Moutiers, N.-D. de Moncontour. — (2) Le District de Civray prit un arrêté pour défendre « à tous nos paroissiens d'ajouter foi aux menaces de suppression ». A. V., L.238, Distr. à Dép. — (3) Dél. Dist. Chat., 3, 10, avril 1791. — (4) A. V., L. 239.
tée. La cure de Pressac fut ainsi offerte les 10, 11 et 12 avril à quatre prêtres en vain. Les électeurs de Givray avaient à nommer à 12 cures; après troisjours de travail ils crurent y avoir pourvu : ils avaient fait des emprunts au clergé de la Charente et des Deux-Sèvres et nommé illégalement des prêtres qui n'avaient pas cinq ans d'ordination. Ceux qui avaient refusé tout de suite avaient pu être remplacés ; mais les absents n'avaient pas tous donné leurs réponses. Bien mieux, Girault, vicaire de Savigné, qui avait accepté « avec reconnaissance » la cure d'Usson, préféra un autre poste auquel il avait été nommé sans le savoir par un autre district. Les élus pour Champagné-Saint-Hilaire et Saint-Màcoux se dérobèrent après avoir demandé l'institution canonique. Finalement, de douze élections laborieuses que l'assemblée avait crues définitives, six seulement produisirent effet (1).
A Cbâtellerault, sur 19 nominations, 4 demeurèrent inutiles et 4 sur 9 à Lusignan. A Loudun, l'assemblée avait consenti à ne pas remplacer les réfractaires de 6 paroisses qu'il était question de supprimer, et sur 13 élections ne compta que 3 échecs. La moitié des réfractaires n'en restait pas moins en fonctions. De même dans le district de Poitiers,où 17 curés sur 38 furent seulement nommés utilement.
On avait du moins trouvé des titulaires à toutes les cures de la ville. La cathédrale devait être desservie par les vicaires épiscopaux ; Monrousseau demeurait curé de Notre-Dame agrandie ; Malteste, curé de Saint-Germain, et Thibault, curé de Saint-Pierre-l'Hospitalier, furent confirmés dans le droit qu'ils avaient aux cures de Montierneuf et de Saint-Hilaire, qui absorbaient leurs anciennes parois-
(i)A. V., L. 238. P.-V. del'ass. électorale de Givray et actes Conjour.
ses ; Halle, président de l'assemblée électorale et vicaire de Saint-Porchaire, fut nommé à cette cure ; Sainte-Radegonde échut àPiorry, ci-devant chanoine de Notre-Dame.
Au total 53 curés réfractaires étaient remplacés, quand Lecesve mourut ; il avait donné l'institution canonique à 44 de leurs remplaçants ; les vicaires épiscopaux instituèrent les autres.
La plupart des premiers furent installés le dimanche des Rameaux et le jour de Pâques, sans trouble matériel; à Lou dun seulement la prise de possession de Cassius, ancien vicaire de Saint-Louis en l'Ile, au Marché, et du constituant Demarsay au Martray souleva la population . Depuis plusieurs jours on signalait des assemblées nocturnes dans les églises et au cimetière. Le 15 avril, la municipalité avait interdit tout rassemblement de nuit. Le 24, jour de Pâques, les deux intrus furent installés. Leur messe se passa sans incident; mais, comme Demarsay finissait de dire vêpres, il fut hué par les orthodoxes qui sortaient de la bénédiction dans la chapelle des Carmes. Le Martray était au bout de la ville, précédé d'un vaste cimetière. Demarsay craignit d'être assailli s'il était appelé la nuit dans l'église, pour l'administration des sacrements; la Municipalité et le District décidèrent le transfert immédiat de la paroisse à Sainte-Croix; le soir même les vases sacrés y furent portés processionnellement (1).
Avant même que les électeurs de Montmorillon se réunissent pour la première fois (8 mai), le District de Lusignan convoquait à nouveau les électeurs pour le 1er mai ; Civray les appela le 19 juin à nommer aux cures vacantes ; les autres Districts reculèrent devant une nouvelle convo-
(1)A. V., L. 239,Dél. mun., Loudun, 15, 18, 24 avril.
cation ; Poitiers attendit jusqu'après l'élection de Montaull, au 11 septembre. Cette assemblée ne nomma qu'à 10 paroisses, sous prétexte qu'on projetait la suppression, toujours ajournée, des autres. On ne pouvait pourtant pas réunir constamment les électeurs pour les obliger à recommencer ces élections de Pénélope. Déjà, pendant les cinq mois qui séparent les élections d'avril et de septembre, quand une paroisse se trouvait sans curé, l'autorité la plus vigilante, Municipalité, District ou Conseil Episcopal, y avait appelé un prêtre qui, moyennant une rétribution convenue, y assurait le service avec le titre de desservant. Montault généralisa cette pratique. A mesure qu'il avait un sujet sous la main, il l'envoyait remplacer un mort ou suppléer un réfractaire. D'octobre 1791 à la fermeture des églises, les élections ecclésiastiques furent, dans la Vienne, une pure formalité confirmant la désignation de l'Evoque et faisant curé celui qu'il avait nommé desservant Ainsi le manque de sujets supprima le fonctionnement de l'élection, et, en fait, Montault disposa des cures vacantes avec plus de liberté que Saint-Aulaire, obligé de compter avec les droits de patronage et de présentation. Mais, s'il avait la disposition des places, il n'avait pas le choix des titulaires. 11 employa jusqu'à des fous. Gourdeau, installé le 1er avril 1792 à Ayron, vivait à Pouillé d'une pension de 400 1. comme dément. Il prêta bien le serment, mais ne put officier; les vicaires épiscopaux allèrent à tour de rôle dire la messe (1). Malgré tout, les sujets manquaient, et la conséquence était le maintien en fonctions des réfractaires, car, d'après la loi, les anciens curés gardaient leur titre jusqu'à leur remplacement.
N'en soyons pas surpris. Les patriotes craignaient pardessus tout, en 1791-1792, l'accusation de vouloir supprimer le culte. A Loudun le curé Triffault des Treilles avait voulu cesser ses fonctions sitôt son refus de serment ; la municipalité s'était montrée très alarmée de cette grève et avait réussi, non sans peine, à le faire revenir sur sa décision (1). L'Eglise constitutionnelle dut ainsi laisser dans la Vienne une quinzaine de paroisses au clergé orthodoxe jusqu'au décret du 26 août 1792, qui prononça la déportation contre tous les réfractaires. Les desservants non conformistes, comme on appelait les anciens curés légitimes reconnus et payés à ce titre par la Nation, passèrent sans transition de leur cure à l'exil.
Autour de Poitiers, c'est le cas de Barret à Buxerolles, de Pain à Croutelle, de Gaultron de la Bâte à Fontaine-le- Comte, de Cherbonnier à Mezeaux, de Puisais à Saivre,de Papault à Savigny, de Chartier à Vernon, de Babin à Saint- Léger, de Labbaye à Pouillé, de Mercier à Bapteresse, de Cherprenet à Nieuil. Dans ces paroisses, le culte orthodoxe reste officiel; les fidèles, jaloux de se procurer des sacrements à la fois valables et légaux, l'état-civil n'étant pas encore sécularisé, recouraient au ministère de ces pasteurs légitimes restés en place. Ainsi le chirurgien major de Roi- Cavalerie, Paul Bégon (de la paroisse de Notre-Dame de Poitiers) et Geneviève-Flore Barbier (de la paroisse de Saint-Pierre), fille de Ch.-J. Barbier, inspecteur généralhonoraire des Ponts et Chaussées, vont faire bénir leur union par le curé de Croutelle (2).
L'église de Buxerolles, toute voisine de Poitiers, jouait
(l)Dél. mun., Loudun, 31 janv. 1*91. — (2) Registre paroissial de Croutelle, 9 janvier 1702. Cf. Paulze dTvoy, Château delà Mothe.
i:t dans la vienne mm
notamment un certain rôle. La garde nationale maltraitait les Poitevins qui avouaient y avoir été «à la messe (1), et, le mardi de Pâques 1791, Guilleminet alla y officier avec un appareil militaire qui fit scandale et ferma l'église; mais le Département la fit rouvrir (2).
Saint-Aulaire ne revit pas sa ville épiscopale après son refus de serment. Au mois de mars, le bruit courut qu'il avait l'intention d'y revenir. La municipalité mit une garde à la porte de Paris 'avec consigne de visiter toutes les voitures pour voir si le vieil évêque ne s'y cachait pas et de lui faire rebrousser chemin s'il n'avait pas une autorisation bien en règle de l'Assemblée Nationale. Comme ses meubles étaient encore dans son palais, ordre lui fut donné de déménager sous huit jours (3). En juin, Saint-Aulaire obtint, non sans peine, un congé pour aller prendre les eaux du Mont-Dore (4) : on craignait qu'il ne vint fanatiser le Poitou. 11 se retira ensuite au château de Gorre (5), chez
(1) Th. de Coursac, Montbemage, 46. — (2) « Plein île l*e.sprit et du
feu qui l'animait dans la guérie de Corse, il y a environ ~'\ ans
armé de pied en cap, un sabre au côté, deux pistolets à la ceinture, une canne à épée dans sa botte, il s'avance comme un général à la tète d'une petite troupe nationale d'environ 5(5 hommes... Après cette pieuse préparation, M. (iuilleminel monta à l'autel et dit la messe pour qui voulut l'entendre. Il prit ensuite les clefs de l'église et rentra
triomphant dans Poitiers avec sa troupe Le Département, choqué
d'une démarche aussi téméraire et aussi inconstitutionnelle, l'a semonce d'importance et a fait rendre les clefs au curé jusqu'à son remplacement définitif. » Notes sur la lettre pastorale de M. Montault, G3. — (3) Dél. mun., 23 mais. — fc) Séance du 11 juin. Le 6 août, il protestait contre son inscription sur la liste des députés qui n'avaient pas répondu aux appels nominaux sans qu'il fût fait mention de son congé, ce qui aurait pu le faire croire émigré. A. .Y. G. 76. — (5) Cotn-
iv 26
son frère cadet, Henri de Saint-Aulaire ; c'est là qu'il attendit le décret de déportation. Il en partit le 13 septembre et gagna Fribourg (1).
Pour administrer le diocèse en son absence, Saint-Aulaire confia secrètement ses pouvoirs à MM. de Bruneval, de la Faire, Charles Brault, vicaires généraux, d'Argence, doyen du chapitre de la cathédrale, et Chaudey, supérieur du séminaire Saint-Charles (2). Dès le 18 avril, une lettre interceptée de Chaudey à Gorin, vicaire de Verruyes, révéla en partie cette délégation : « Je vous accorde la prolongation de vos pouvoirs jusqu'au temps de la retraite de l'année prochaine. Je vous accorde pour le môme temps le pouvoir d'absoudre tous les cas réservés Tenez ferme et empêchez autant que vous le pourrez qu'on ne donne dans le schisme. » Suivait le tableau peu flatteur de l'isolement de Lecesve. Poursuivi par l'accusateur public, Chaudey soutint qu'il n'avait fait que son devoir. Le tribunal de district le déchargea de toute accusation, mais les menaces des patriotes l'obligèrent à quitter la ville (3).
Saint-Aulaire régla lui-même les questions de principe, nombreuses et délicates, que soulevait la situation faite à l'Eglise de France. Son premier acte pour la réorganisation de l'Eglise non conformiste fut l'adoption qu'il fit de la célèbre Instruction de l'Evêque de Langres du 15 mars par son ordonnance en date, à Paris, du 29 mars 1791 (4). Il
mune du même nom, canton de Saint-Laurent-sur-Gorre, District de Saint-Junien (Haute- Vienne).
(I) A. V., Qi 14 , Dossier de la vente des meubles de Saint-Aulaire. - (2) Maupoint, Vie de Mgr Montai* H, 29. — (3) D'él. mun., 30 avril, 17, 24 mai, 18 juin; A. .V, Fx>* 481 : Dép. à Lessarl, 19 nov. 1791. — (4) instruction donnée par M. VEvéque de Langres aux curés, vicaires et autres ecclésiastiques de son diocèse qui n'ont pas prêté le serment ordonné par l'assemblée nationale avec Vadoption qu'en a faite M. VEvéque de Poitiers pour son diocèse. Paris, Guerbart. Bibl. Poit., Mél. Relig., I.
ET DANS l..\ VIENNE 403
donnait à ses prêtres toutes les permissions et les pouvoirs habituels en temps de persécution : autorisation de dire la messe dans des lieux non consacrés, de se servir de calic de matière commune, de bénir les mariages sans bans, etc. Les patriotes s'indignèrent fort des profanations et des scandales que ces autorisations devaient d'aprèseuxentraîner(l). Il insistait sur l'obligation de ne pas communiquer avec les intrus, mais avec les intrus seulement. Les anciens curés assermentés restent légitimes :
Ils ont perdu le droit à la confiance de leurs paroissiens mais non a leur juridiction sur eux... Pour dépouiller de son titre un pasteur canoniquement institué, il faut une sentence juridique ; ainsi, tant qu'ils ne seront pas destitués, interdits ou suspendus nommément, ils seront toujours réputés faire l'office de véritables pasteurs (2).
On doit assister à leur messe les jours d'obligation, si l'on ne peut aller à une autre ; on peut s'adresser à eux pour les sacrements de baptême et de mariage.
Le bref du Pape, du 13 avril, prononça au contraire la suspense contre tous ceux qui dans quarante jours n'auraient pas rétracté leur serment. Cette peine était d'ores et déjà prononcée contre Talleyrand, Gobel et Miroudol nommément. Saint-Aulaire adhéra au bref et le promulgua pour son diocèse par une ordonnance du 3 juin 1791 (3), avec cette réserve gallicane, d'autant plus remarquable qu'il comptait parmi les ultramontains de son époque :
(1) Adresse des A. de laConst. deCivray, 18 :« Baptêmes clandestins sépultures secrètes, confessions libertines,abus du contrat civil, poinl de publications de bans, mariages au pied des buissons .1., la morale des lettres pastorales des ci-devant îvêques de I de Poitiers. Peut-on concevoir de pareilles horreurs? ... I ai i el enterrer secrètement » — (2) Instruction. 16. —(3) Imprimée à la suite
du Bref. Imprimerie Laurens le Jeune. Mél. Rel. V. Bibl. Poitiers.
A l'égard des censures et peines purement canoniques décernées à Rome dans des circonstances extraordinaires contre les membres du clergé coupables d'intrusion ou de parjure et qui persévéreraient dans leur défection, nous en ordonnons l'exécution en ce qui concerne notre diocèse, sans préjudice du droit ou plutôt du devoir attaché à notre qualité de juge ordinaire et immédiat des personnes ecclésiastiques en matière spirituelle, et, quant au très petit nombre d'anciens et'légitimesévèques dontla chute nous afflige profondément, si les conjonctures où se trouve l'Eglise de France ne permettent pas de les renvoyer devant le concile de la province, leur personne ne doit pas être jugée sans quelque mesure conservatoire des formes établies pour ces sortes de procédures par le droit canonique du royaume.
Les formes que Saint-Aulaire réclamait pour ses collègues, d'autres ne les jugeaient pas moins indispensables pour les curés. Après le bref du Pape comme après Y Instruction de Lemgres, un parti influent continua à soutenir la validité des pouvoirs des curés légitimes jureurs. Bouin de Beaupré et les Jansénistes soutinrent avec passion celte thèse (1). Quant à la masse de la population, elle ne s'aperçut du schisme que là où le curé fut changé, et la guerre religieuse ne sévit que dans les paroisses occupées par des intrus.
Il n'est pas possible de dire dans quelle proportion les âmes se partagèrent entre les deux Eglises. Tout l'appui officiel était acquis au culte constitutionnel. Les traditions gallicanes et la ferveur révolutionnaire durent lui valoir quelques adhésions même parmi les esprits religieux. La plus importante confrérie de Poitiers, les Pèlerins de Saint- Jacques (2), fit adhésion à la constitution civile (3); il est
(1) Lettres cCun ecclésiastique à sa sœur. — (2) La Liborlière, 90. — (!) Ain. de la Const.,23 mai. Les Pèlerins font célébrer un service pour Lecesve dans leur chapelle. Le 17 juin, ils s'affilient en corps aux Jacobin s.
vrai que nous ne sommes pas renseignés sur le degré de foi qui pouvait l'animer encore. A Loudun, où le produit des chaises était affermé, l'adjudicataire fit résilier son bail, les intrus n'ayant aucune clientèle. La plus jolie impertinence fut celle du baron de Vareilles (a). De son château de Sommières dépendait une chapelle de l'église paroissiale. Quand l'intrus fut installé, il la fit murer pour la séparer de l'église profanée (1).
A Poitiers le conflit prit tout de suite une acuité extrême. Saint-Aulaire avait permis, il avait môme conseillé aux prêtres fidèles de continuer à dire leur messe dans les églises occupées par le clergé constitutionnel, comme la loi leur en laissait la faculté (2). Mais l'instinct populaire regardait comme souillée toute église .occupée par un intrus, et la difficulté des rapports entre les deux clergés fit déserter les églises aux non-conformistes (3).
C'est dans les chapelles des couvents que se célèbrent les messes orthodoxes. Lecesve avait voulu en exiger la fermeture. Lui mort, ce projet fut quelque temps abandonné.
Les vicaires épiscopaux tentèrent bien de faire reconnaître leur autorité aux religieuses. Le ornai, Sabourin voulut aller dire sa messe à l'Union Chrétienne. Mma de la Taillée refusa de lui livrer les ornements, et son refus fut constaté par notaire (4). La municipalité arrêta les vicaires épiscopaux en leur observant que la Constitution, qui ne reconnaissait
(a) Vareilles Sommières (Auguste-Jean-François-Antoine de la Brour de), né 1er août 1733, mort, 23 décembre 1800. Commissaire des guerres, 1er sept. 1767; commissaire principal, 1er mai 1786; ordonnateur des guerres à Poitiers, 24 août 1788; commissaire ordonnateur, grand juge militaire, 1er octobre 1791; révoqué, 1792.
(1) A. V.. L. 219 : Fradin à Brault, 13 aoûl 1791. — (2 Instruction de Langres, art. 13. — (3) Bouin de Beaupré, Lettres d'un ecclésiastique à sa sœur, 19; Notes sur la lettre pastorale de M. Vontault, 62, 63. — (4) Min . Conjour.
plus de congrégations, ne laissait pas de place à leur prétendue juridiction et que la municipalité seule, en présence de qui les ci-devant religieuses nommaient leurs supérieures, avait sur elles droit d'inspection (1).
Le décret des 15-17 avril étendit l'obligation du serment à toute personne chargée d'une fonction publique dans le département de l'instruction, et aux chapelains et desservants d'hôpitaux et de prisons. Il ne servit qu'àfaire éclater l'unanimité des ordres enseignants de femmes. Quand les commissaires de la municipalité eurent rapporté le refus unanime des dames de l'Union Chrétienne, des Filles Notre-Dame, des Ursulines, des Filles de la Sagesse, des maîtresses des petites écoles de Saint-Germain et de Saint- Porchaire, des aumôniers de l'Hôpital Général, de l'Hôtel- Dieu, de l'hôpital de la Charité, des Hospitalières, du Dépôt, des Pénitentes, de la Prévôté et de la Conciergerie du Palais, il fallut bien reconnaître qu'il n'y avait pas l'ombre d'un personnel susceptible de prendre leur place. « Leurs fonctions seront continuées jusqu'à ce qu'il soit procédé à leur remplacement (2). »
Ce décret fut l'occasion d'un des rares refus de serment que l'on ait à enregistrer delà part de laïques. Le 30 avril, Jacques Chevalier, Louis Guillemot (a), professeurs à la faculté de droit, et Joseph Regnault de Beauvallon, docteur agrégé, déclarèrent qu'ils ne pouvaient prêter le serment qu'en exceptant ce qui touchait à la religion. Ils suspendi-
(a) Guillemot (Louis), né en 1761, mort 21 mars 1844; docteur agrégé à la Faculté de droit, 1783: avocat, 1786; professeur titulaire, 18 janvier 1790; défenseur officieux; professeur de droit civil, 1806. Cf. Discours funèbre de Fey. Journal de la Vienne, 28 mars 1844.
(1) Dél. mun., 14 mai. — (2) Dél. mun. Poit., 26 mai.
rent leurs cours et ne furent point remplacés, la faculté n'ayant plus d'étudiants (1).
Des aumôniers des hôpitaux, un seul.Touzalin, de l'Hôpital Général, avait été remplacé. Dès le 12 avril, Lecesve avait chargé de la desserte Malteste et ses vicaires. Les Dames de l'Hôpital Général ne le reconnurent point. Ce n'étaient pas des religieuses, mais de pieuses filles au nombre de sept « des aristocrates femelles qui empêchent les personnes confiées à leur surveillance d'assister à la messe de l'aumônier (2) », disaient les Amis de la Constitution, et ils demandaient aux administrateurs de presser « le délogement de ces harpies capables de corrompre tout ce qui serait auprès 4'elles ». Le conseil général de la commune ayant renouvelé, le 22 juin, la moitié des administrateurs de l'hôpital, six des directrices sur sept furent remerciées, mais il fallut mobiliser la garde nationale pour prévenir « toute espèce d'insurrection qui pourrait être occasionnée par la sortie des directrices », et cinq femmes pensionnaires furent expulsées pour s'être mal comportées envers les remplaçantes (3).
Les incidents des Incurables résument à merveille cette lutte autour des couvents et des hôpitaux; ils provoquèrent même un incident diplomatique, car les Incurables, fondés par un Grand Prieur d'Aquitaine, M. d'Echoisy, dépendaient de l'Ordre souverain de Malte, dont l'Assemblée avait jusqu'alors respecté les droits.
L'établissement avait à sa tête une femme supérieure, sœur Ave (a), qui joignait à ses talents d'infirmière des
(1) Papiers Guillemot; Déï. imin., 30 avril. — (2) A. de la Const., 26 avril 1791, — (3) Reg.de délib. des adm. de l'Hôpital Général.
(a) Vexiau (Maiïe-Marthe-Julie), née à Sainte-Hermine, 27 février 1750, morte à Poitiers, 8 mars 1814; attachée aux Incurables, 1776;
relations étendues et un crédit dont elle usait pour attirer des aumônes à son hôpital (1). Elle trouvait ainsi moyen de nourrir avec 4.800 livres de revenu, qui ne rentraient même pas depuis la Révolution, 65 paralytiques, gâteux, épileptiques et cancéreux. Quand, le 4 mai, Piorry, intrus de Sainte-Radegonde, se présenta pour faire reconnaître sa juridiction, ces pauvres gens crurent qu'on menaçait leurs infirmières, et les officiers municipaux de Saint-Saturnin, qui escortaient Piorry, prétendirent que « ces dames avaient dit à leurs hospitalisés de mettre ces cochons dehors (2) » . Piorry rendit aussitôt plainte au Département (3).
Le Grand Prieur d'Aquitaine, bailli des Escotais, et les commandeurs de la Mothe-Baracé et de La Laurencie protestèrent du ton le plus haut contre l'intervention des municipaux de Saint- Saturnin dans une maison qui dépendait de la religion de Malte (4). Le ministre de l'Ordre près de la Cour de France, le bailli de Virieu, s'en plaignit au Roi, et Lessart écrivit au Département de faire droit aux réclamations des chevaliers (5).
Le directoire reconnut l'incompétence de la municipalité de Saint-Saturnin ; mais, l'aumônier Rabin n'ayant pas juré, il fallait le remplacer par un assermenté : c'était au Grand Prieur d'Aquitaine de le choisir ; le directoire l'en pria sérieusement (6). Le commandeur de la Mothe-Baracé répondit en invoquant une sorte d'extra-territorialité et en
supérieure, 1789; refusa en 1801 d'être supérieure générale de sa congrégation. Cf. Journal de la Vienne, 1814, 127, 131.
(1) A. V., L. 2G0 : Mémoire du 12 floréal an VI de Jouyneau des Loges, Creuzé-Pascal et Bourgeois. — (2) A. V., L. 260. Procès-verbal de la municipalité de Saint-Saturnin. — (3) Dél. Dir. dép., 3 mai. — (4) A. V., L. 260 : Mémoire au Dép. (Répondu le 13 mai). — (5) A. V., L. 260 : Lessart ;iu Dép., 24 mai.— (6) A.V.,L. 260 : Le Dép. à MM. les administrateurs et fondateurs de l'hospice des Incurables, 23 mai, 1" juin.
faisant remarquer que l'aumônier n'était rétribué sur aucuns
fonds publics et ne méritait pas ainsi le nom de fonctionnaire.
Lessart répondit qu'en droit tout aumônier d'hôpital était assujetti au serment, mais ajoutait : « Je crois devoir vous engager à ne rien précipiter (1). »
La chapelle des Incurables restait ouverte et l'affluence y était grande : « Les habitants des faubourgs et même des campagnes voisines étaient libres et profitaient parfois de l'heureuse liberté de venir participer au saint sacrifice de la messe. » Le 2 juillet, Lecouvreur, vicaire de Sainte- Radegonde et desservant de Saint-Saturnin, se présente, escorté de gardes nationaux, et demande à dire la messe ; les sœurs lui indiquent où sont les ornements, mais refusent de lui en donner elles-mêmes ; il s'en empare, s'habille à moitié, puis change d'avis, se retire, et, sur sa plainte, la municipalité met des sentinelles à toutes les portes avec défense de laisser entrer personne d'étranger à la maison. Le blocus dura jusqu'au 4 au matin. Nouvelle et très vive protestation du Grand Prieur, qui demande ce que deviendra un hôpital qui ne vit que d'aumônes si, « les armes à la main, on en éloigne la charité (2) ». De leur côté les Jacobins, instruits des « troubles et divisions que sèment dans tout le faubourg et dans chaque ménage ces victimes embéguinées de l'erreur et du fanatisme », réclamaient le renvoi des sœurs (3).
Le 1er juin se déroulait la procession traditionnelle des
Rogations, pendant laquelle le clergé de Sainte-Radegonde
portait la relique de la Vraie Croix. Les religieuses de
(l) A. V., L. 260 : Lessart au Dep., 28 juin iT'.ii. — (2 \. V., L. 200 : Des Escotais au Dép., 4 juillet. — (3) A. de la Const., ::. 5 juillet 1791.
Sainte-Croix furent sommées de livrer l'insigne relique. Le bruit courut qu'elles avaient donné une châsse vide. Il fallut l'ouvrir pour constater que la relique y était bien. Le curé Piorry qui la portait fut insulté à Sainte-Radegonde et à Saint Pierre par les dévotes. Les patriotes le vengèrent sur les filles Saint-François qui avaient refusé d'offrir, suivant l'usage, une couronne à la Vierge, dont la statue figurait dans la procession. Elles s'étaient barricadées et avaient garni leurs fenêtres de volets postiches et de claies. On les assiégea avec des échelles. Heureusement, Creuzé prévenu avait devancé la procession, s'était jeté dans le couvent et obtint qu'une pensionnaire portât une corbeille de fleurs. « Cette déférence calma les esprits. »
En revenant de la procession le peuple voulut sonner les cloches de Sainte-Croix, qui étaient restées obstinément muettes. Creuzé obtint qu'on les laissât sonner au domestique et empêcha, non sans peine, d'enfoncer les portes.
Le peuple s'est rendu coupable d'une double insurrection, disait-il le lendemain. Nous devons l'en blâmer ; mais en poursuivre les auteurs, chercher à les punir, je ne crois pas, Messieurs, que nous devions aller jusque-là. Il me paraît que dans toutes les émeutes populaires on a toujours, jusqu'à un certain point, excusé le peuple lorsqu'il a été en quelque sorte provoqué. Les religieuses n'ont pas fait ce qu'elles avaient coutume de faire ; elles ne l'ont pas fait par mépris pour nos prêtres, pour nos cérémonies, nous ne pouvons nous dissimuler cette triste vérité (1).
Le 7 juin les Jacobins envoyèrent des commissaires au Département demander la clôture des églises de toutes les maisons religieuses (2). Le 44 juin, Desessards proposait
(1) Dél. raun., 2 juin. Cf. 30 mai et o juin. — (2) A. de la Const. Dél. Dir. Dép., 7 juin.
ET DANS LA VIENNE ,ii
de sommer les Capucins d'avoir à prendre part à la procession de la Fête-Dieu (I).
Ce fut ce jour-là, au milieu d'une crise religieuse dont on mesure l'intensité, qu'arriva à Poitiers la nouvelle de la fuite du Roi.
(1) A. de la Const., 14 juin. La Société passa à l'ordre du jour.
Etat du clergé paroissial insermenté et constitutionnel
de la Vienne.
Les liasses relatives au clergé, A. V., L. 219-260, permettent d'établir la statistique rigoureuse du clergé paroissial, notamment d'après les états de paiement. Les derniers états sont ceux du trimestre de juillet 1793. On peut donc suivre le personnel de l'Eglise constitutionnelle jusqu'à la veille de la suppression du budget des cultes par In Gonvention,qui précéda de peu la tentative de suppression du culte lui-même- Quelques dates ont été précisées d'après les actes d'institution, minutes Conjour, et les délibérations municipales. Tous autres documents n'offrant pas la même précision ont été négligés pour L'établissement de ce tableau. Les états conservés à l'évêché concordent en généra] avec les documents officiels, mais il ne faut leur demander aucune précision chronologique.
Les vicaires constitutionnels ne sont indiqués que pour les paroisses importantes; ils ne restaient souvent que quelques mois.
Les paroisses sont rangées suivant les cantons de 1791.
District de Poitiers (Ville).
JUREURS
Saint-Simpiicien, Gazil (Paroisse supprimée). — La Résurrection, Delaunay (Par. sup.). — Notre-Dame-l' Ancienne, Guilleminet (Par. sup.). — Saint-Michel, Pieté (Par. sup.). — Notre-Dame-la-Grande, Monrousseau (Vie. const. : Ricque, Fraigneau, puis Avril et Tallerye). — Saint-Etienne, de Belhoir René (Par. sup.). — Saint-Ci/bard, Sabourin (Joseph), c; Briquet, v. (Par. sup.). — Saint-Didier, de Belhoir (Henri), c. (Par. sup.). — Saint-Germain, Malteste, c. ; Lomdé (André), v. (Par. sup.) — Saint-Porckaire, Halle, v. — Saint-Pierre-l'Hospitaliert Thibaut (Par. sup.; Thibaut élu 3 avril 1791 curé de Saint-Hilaire, paroisse créée, vie. const. : Doyen, prieur du Pin et Mini. — Sainte- Triaise, Lecesve, c. ; Cuirblanc, v. (Par. sup.).
RÉTRACTÉS
Saint-Porchaire, Demarconnay (jure le 13 janvier, se rétracte le 13 février 1791); Halle, vie. élu curé 3 avril 1791. Vie. const. : Le Marois, Joyeux, Desmier, Leclerc. — Saint-Hilaire-de-la-Celle, Vervoort (signe en 1792 la pétition des catholiques romains. Par. sup.).
INSERMENTÉS
Saint-Hilaire-entre-les-ég lises, Boursault (Par. sup.). — Saint- Anstrégésile, Josse (Par. sup.). — Saint-Jean, Drouault (Par. sup.). — baint- Savin, Dupuy, c; Mareix, v. (Par. sup.). — Saint-Paul, Guillemo (François), c. ; Garreau (Par. sup.). — Sainte-Radegonde, Pruel, c; Audios, v. (Piorry (Pierre-Modeste), chanoine de Notre-Dame-la-Grande, élu 3 avril 1791. Vie. const. Lecouvreur, Bernard, puis Bonneau et Berducot). — Saint-Saturnin, Dromain (paroisse conservée comme annexe de Sainte-Radegonde). — Notre-Dame-la-Petite, GaufTreau, c. ; Couanne, v. (Par. sup.). — Sainte-Opportune, Lavigne, c. ; Vinson, v. (Par. sup.). — Montierneuf, Sabourin (François), c. ; Ayrault, v. (Malteste, élu, 3 avril 1791, installé le 12. Vie. const. Rigommier, Lomdé (André), Rivereau, puis Rivière (Jacques) et Chevalier, doyen du chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier). — Notre-Dame-de-la-Chandelière, Chollois (Par. sup.). — Saint-Hilaire-de-la-Celle, Bernardeau, v. — Saint-Michel, Deiineau, v. — Saint-Cybard, Minoret, v. — Saint-Didier, Marchais, Lomdé, v. — Sain t-P or chaire, Sartre de Lisle et Lemit, v.
Poitiers (Campagne).
.TUREURS
Béruges, Dupré. — Biard, Chevalier (élu curé de Vouneuil, Bertaut, desservant). — Vonneiiil-sous-Biard, Gautier (élu curé de Villedieu (Indre). Remplacé par Chevalier, de Biard). — Dissais, Lagrange. — La Chapelle-Moulière, Bersanges. — Montamisé, Fradin, c. ; Guéry, v. — Saint-Cyr, du Fay. — Saint-Georges-les-Baillargeaux, Ccossaxd,c.; Roussel, v. — Jauinay, Herhault. — Neuville, Guillard, c: Laubier, v. (Guillard meurt. Deslauriers, desservant, oct. 1792. Briquet (Charles-Aimé), prieur de Morthemer, desservant 1er nov. 1792, élu curé, 21 nov.). — Avanton, Brochard. — Chabournay, Çhénier du Charpreau.— Charrois, Loulet. — Nouaillé, Maury. — Fleuré, Faugeroux. — Beauvoir, Dubois.
— Mirebeau, Sutre-Dame, Morry, c. ; Guignard, v. — Mirebeau, Saint- Hilaire, Lamy. — Mirebeau, Saint-André, Champion. — Amberre, Gaillard. — Cuhon, Chaveneau. — Massdgnes, Foureau. — Seuilly, Popinet.
— Varennes, Collet. — Anxaumonl, Caillas. — Bonnes, Desmeurs, c. ; Laglaine, v. — Bignoux, Huguet. — Liniers, Ledonné. — La Villedieu, Duclos-Grenet. — A$/omie.s.Baillet, c. ; Derazay,v. — Chiré-les-Bois, Dupré.
— Saint-Benoît, Le Peultre, c; Bobe-Moreau, v. (ils deviennent vie. épiscopaux, octobre 1791. Ricque, élu curé). — Les Roches-Prémaries, Martin (meurt le 2G août, 1791. Delineau, vie. insermenté de Saint-Michel, desservant non conformiste, août 1791-août 1792. Deslauriers, installé curé, 21 nov. 1792.) — Smarvcs, Derazay. — Vouillé, Lelot du Gué, c. ; Martin (Etienne), v. — Latillé, Rougnon. — Quinçay, Fleurant, c. ; Magnon, v.
— Jarzay, Bernier. — Montgauguier, Bersanges.
RÉTRACTÉS
Vendœuvre, Guillegault (jure avec restriction 20 fév. 1791, purement et simplement 20 nov., so rétracte 9 juillet 1792. Rorreau (Louis), desservant, 2G août 1792, élu curé 21 nov.). — Chalandray, Bachellier
(se rétracte20 juin 17'.>2. Maurin, desservant, sept. L792 . — Cramard, Boizot (se rétracte, 6 juillet 1792. Fait le sermenl de liberté-égalité el
reste en fonctions). — Ja/tlna;/, Bonnet (Antoine), v.
INSERMENTÉS
Croutcllc, Pain (Berton, desservant 21 août 1792, puis curé). — Fontaine-le-Comte,GdiXi\trori de la Bâte, c . ; Fradin (Pierre-Joseph), v.(Joyeux installé 18 sept. 1791). — Iteuil, Pâquier (Etienne) (Gourdin, 17 avril 1 7 u 1 ) . — Ligugéf \ rei ■« 1 î ri (Derazay, vie. drAslonnes, installé 9 mai 1791).
— Mezeaux, Cherbonnier (Ghaigneau, chanoine de Mirebeau, desservant 20 sept. 1792, installé curé 9 déc). — Dissais, Picquet, v. — Buxerolles, Barrël (en fonctions jusqu'à son exil, 7 sept. 1792. Projet île suppression de la paroisse. Lépinier, carme, desservant 28 avril 1793). — Chàsseneuil, Baudrais.c. ; Frappier,v.(Laubier, élu3 avril 17'.il).
— Mavigny-Brizay,'Dra.et,Sa.va.toTi (Joseph-Jérôme), installé I7àvril 1791, passe à Thuré.Babinel de Santilly, religieux de Grammont, desservant 22 avril 1792, curé lo juin). Migné, Chemioux, c.;Chemioux, v. (Berger (Jacques), installé 18 sept. 1791). — Saint-Léger la-Pallu, Babin (reste en fonctions jusqu'au 10 août. Lalande, le remplace fin 1792).
— Cissé, Poitevin (Mai lin, vie. de Vouillé, installé 17 avril 1791). — Chenechê. Galletier (Pelletier, installé 17 avril. Galletier reste dans la paroisse comme desservant non conformiste du prieuré de Chéneché1, jusqu'au 20 août 1792). — VendœUvre, Pâquier (Florent), v. (reste en place jusqu'en septembre L792): — Mignaloux,J)é[\izme (François-René- Antoine) (Dehors desservant). — Nieuil f Espoir, CluTprenet (Bernant, vie. de la Mothe, installé 18 sept. 1791, n'officie qu'un jour et opte pour une autre cure. Cherprenet continue ses fonctions. Martin eau, vie. non jureur de Vivonne, intrus, 21 oct. 1792). — Bournezeau, Ménard (Grimaud, vie. de Cissé, installé 18 sept. 1791). — Blaslay, Viguier (Descouteaux, vie. d'Ouzilly, installé 17 avril 1791. Meurt, remplacé par Amiet, vie. de Champigny-le-Sec.) — Champigny-le-Sec, Miel, c ; Pain, v. (Finet, élu 3 avril 1791). — Liaigne, Pinson reste en fonctions jusqu'en juillet 1792, .date de la suppression de la paroisse). — Thurageau, Terrasson (Couturier, élu 3 avril 1791).— Saint- Julien-l' Ars, Auge (Pasquier Etienne), vie. de Saint-Léger de Chauvigny, élu 3 avril 1791). — Jardres, Guitteau (Magnon, vie. de Quinçay,élu 3 avril 1791 .
— Lavoux, Fradin (Laglaine, vie. de Bonnes, élu 3 avril 1791). — Pomllc, Labbaye (reste en fonctions jusqu'au 8 sept. 1792. Frédoc, chanoine hebdomadièr de Saint-Hilaire, desservant 8 se[>t. 1792, puis élu). — Saivres, Puisais (Joslé, chanoine de Motre-Dame-la-Grande, élu 18 nov. 1792). — Savigny-l' Evescault, Papault (est encore en fonctions le 2fi août 1792. Fraigneau, élu 18 sept. 1791, refuse. Giraud, vie. constitua de Bonnes, élu 18 nov. 1792). — Tercc, Dupont (Brunet, curé de Puyravaùlt (Vendée), élu 3 avril 1791). — Andillé, Poncet (Loiseau, carme de Vivonne, élu sept. 1791. Meurt. Bonneau, vie. constitut. de Sainte<-Radegonde, installé 7 juin 1792). -• Dienné,Nepveux Doussaint. élu 3 avril 1791). — Gizay, Martin (Pierre-Marie). (Girault, installé avril 1792). — Vernon, Chartier (Pierre) (Martin de Bodouant,prieur de Saint- Cyprien de Poitiers, desservant il nov. 1792, puis curé). — Chiré-en-
Monlreuil, Guiteau (Brault (Charles-Louis), installé 18 déc 1791). — Latillë, Brault (Adrien-Pierre), v. — Ayron, Bourgnon (Louis Elzéar), c. ; Audios (Pierre-Jean), v. (Lecouvreur, vie. constitut. de Sainte-Radegonde, installé 30 sept. 1791, opte pour la cure de Craon, 25 mars 1792. Gourdeau, desservant 1er avril (V. au texte). Thorelle, élu 3 juin, installé 10 juin 1792. — Chertés, Descout, c.; Limousin (Xavier), v. (Vinée, vie. de Thénezay, installé 25 sept. 1791).