CHAPITRE VI De Varennes au Dix août
I. — La scission des patriotes : ils se divisent sur la question de l'inviolabilité ou de la déchéance du Roi. Les Amis de la Constitution de Poitiers se prononcent à la fois contre la République et contre les Feuillants.
IL Les assemblées primaires de 1791. L'assemblée électorale (29 août-
7 septembre). Les députés de la Vienne à la Législative. Renouvellement des corps administratifs.
III. — Montault, évêque et président du Département; sa modération. Lutte des Constitutionnels et des Jacobins. Les gardes du Roi.
IV. — Les bruits de guerre. Les abbés de Moussac et du Tréhan accusés d'enrôlements pour l'émigration. Availles réélit son maire émigré. Réorganisation de la garde nationale. La fête des Trois Drapeaux. Les Jacobins de Poitiers se prononcent pour la guerre.
V. Crise économique et sociale. Les citoyens passifs désarmés. Les
groupements professionnels interdits. Dépréciation des assignats et absence de numéraire. Emeute du 13 mars.
VI. Crise religieuse. Montault achève l'organisation de l'Eglise Constitutionnelle. Les nouveaux vicaires épiscopaux; le séminaire. Les réunions de paroisses restent impossibles; émeute de la Quasimodo à Chauvigny. Les réfractaires et l'état-civil ; enterrements clandestins.
VU. Les Amis de la Constitution et la municipalité réclament la
fermeture des chapelles de couvents; le District et le Département s'y opposent. Capitulation du Département. Les pétitions des catholiques romains.
Vin. — Les réfractaires hors la loi. Premières expulsions par les municipal i lés : Baudrais, curé de Chasseneuil. La situation en Loudunais; troubles de Véniers. Les commissaires de Loudun réclament à Poitiers l'expulsion ou la réel sion des réfractaires. Vœu du District de Poitiers. Le Département fait respecter la loi, mais se prononce en faveur de mesures d'exception. Emeute de Pressac. Les réfractaires chassés des départements voisins refluent à Poitiers.
IX. Le 20 juin poitevin : émeute du 8 juillet . Session extraordinaire
du conseil général de département. Son zèle royaliste. La Patrie en danger. Le second bataillon de volontaires. Origines poitevines du manifeste de Brunswick.
LA RÉVOLUTION A POFTIERS ET DANS l.\ VIENNE 169
X. — La commune de Poitiers réclame la réclusion des insenne] Le Département maintient Leur droit, même après le \<] août, jusqu'à
la loi de déportation. 11 accepte sans enthousiasme les faits accomplis.
En même temps que les conséquences de la fuite du Roi déterminent en Poitou l'émigration, le contre-coup de cet événement y fait apparaître pour la première fois les divisions du parti patriote qui ne fut pas d'accord en face d'une situation nouvelle.
Les modérés restent attachés à Louis XVI et insistent pour montrer dans son départ l'effet d'une suggestion extérieure :
Ah! qu'ils sont coupables les monstres qui ont si étrangement abusé le meilleur des pères et l'ont arraché à l'amour de ses enfants (1),
disent les autorités de Loudun. Thibaudeau écrivait de môme à Piorry :
Le Roi au surplus n'est pas mauvais par caractère ; il n'est que faible et très faible ; mais, comme il en échappe d'une belle, il y a lieu de croire qu'il y réfléchira à l'avenir (2).
Des sentiments plus sévères dominaient parmi les Jacobins. A la société de Ghàtellerault, un orateur ayant demandé si l'on pouvait jurer au nom d'un parjure, la salle avait retenti d'applaudissements (3). A Poitiers, dès le 25 juin, Sabourin avait demandé : « que le Roi soit tenu de déclarer s'il veut rester Roi ou s'il ne le veut pas, et que dans
(1)A. >"., C. 127 : Distr. Mun. Tribunal. Gendarmerie, Garde nat. et Sur. populaire ,[,■ l.nudun à Ass. Nat., -'s juin ÎT'.M. Cf. Etoucet, 7.'!. — (2) Thibaudeau à Piorry, 10 juillet : Corresp., 162. — (3) Doucet, /■
ce dernier cas il soit conduit où il voudra. » La motion fut rejetée. Le 26, la société arrêtait qu'il serait écrit à Monsieur le maître de poste de Sainte-Menehould et aux deux braves citoyens qui ont concouru avec lui à l'arrestation du Roi et que leurs noms « seront inscrits dans la salle en lettres d'or avec une couronne civique au-dessus » . Le 28 elle envoyait des commissaires à la municipalité pour faire ôter de la salle des séances les portraits de Monsieur et de Monsieur d'Artois, mais le même jour elle refusait d'adhérer à une adresse d'Orléans promettant l'obéissance à tout décret indépendamment de la sanction du Roi (1).
Elle était en réalité très divisée sur la question constitutionnelle, les uns étant partisans de l'inviolabilité, les autres de la déchéance, quelques-uns allaient jusqu'à la République. La Société est saisie de la question par une adresse de celle de Montpellier :
Indignée de ce que le premier fonctionnaire de l'empire ait déserté son poste dans un moment où la France devait attendre de lui lès plus grandes preuves de civisme et de dévouement à l'intérêt général, persuadée en outre delà vérité que les rois sont les ennemis nés des peuples, qu'un orgueilleux despotisme est presque toujours leur première pour ne pas dire leur unique vertu, [elle] sollicite notre adhésion pour obtenir de l'Assemblée Nationale que la France soit désormais gouvernée sous le régime républicain (2).
C'est la première fois qu'à notre connaissance il en est question à Poitiers.
La Société ne repousse pas immédiatement l'adresse de Montpellier; elle en inscrit la discussion à l'ordre du jour de la séance suivante. Le 15, « après une très longue et
(1) Amis de la Const., 2J3, 20, 27 juin 1791.— (2) Amis de la Consl., iiiilet 1791.
très savante discussion », la décision est encore ajournée. Le parti républicain balance évidemment dans le sein de la société ceux qui restent attachés à la Constitution.
Mais, à la séance d'instruction du dimanche 17, Béra, revenu de Chàtillon tout exprès pour lire un discours étudié : « L'existence de la Noblesse est-elle utile à une monarchie? » s'exprime en termes très vifs contre les projets de république, qu'il traite de vues criminelles et d'intentions coupables, et trace le programme d'une monarchie révolutionnaire, sans nobles et dure aux prêtres. A la même séance, Chauveau démontre «que l'insurrection était non seulement dangereuse, mais encore contraire aux intérêts du peuple, » et l'e 19, sans reprendre la discussion restée ouverte sur le régime, on passe à l'ordre du jour sur une adresse de la société-mère, qui discute avec force la question de l'inviolabilité, « attendu le décret qui rétablit sur le trône des Français un être qui a perdu son amour, son estime et sa confiance » et qu'il serait oiseux de discuter une matière qui a été jugée.
La garde nationale de Poitiers disait de son coté :
Incompréhensibles républicains, qui, séduits par des images trompeuses, vous figurez pouvoir régir 24 millions d'individus comme une famille, abandonne/ vos systèmes et ralliez-vous aux lois dictées par la volonté générale et incorruptible (1).
Le jour même où elle mettait fin à toute discussion constitutionnelle en adhérant au décret du 15 juillet, la société de Poitiers était avisée de la scission qui s'était
(1) Béra, l'Existence de la Noblesse csl-rlh- utile <t une monarchie? Le discours porte la date du 17 juin, niais l'erreur esl évidente, car il parle de la fuite du Roi, et les procès-verbaux de la Société permettenl de rectifier: 17 juillet. A. N., G. L29 : Garde Nat. à Vss. Vit. Cf. Doucet, 7G.
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opérée dans la société-mère précisément à propos de la déchéance. Thibaudeau écrivait confidentiellement à Piorry : « Il est bien fâcheux que cette société, qui a rendu tant de services au commencement de la Révolution, soit aujourd'hui tombée dans le discrédit, et que la partie, je peux dire la meilleure, fasse scission et s'en éloigne. » Vous croiriez d'après cela qu'il va conseiller l'adhésion aux Feuillants; c'est mal connaître la timidité de son esprit et de son caractère : « La Société de Poitiers va, je crois, recevoir des adresses ou lettres de l'ancienne et de la nouvelle société ;... j'opinerais pour ne faire réponse ni à l'une ni à l'autre de quelque temps (1). » Avec des modérés de cette trempe, les violents avaient beau jeu.
Le premier jour, frappée de voir aux Feuillants la plupart de nos « augustes représentants », la Société de Poitiers avait décidé de correspondre désormais avec eux, tout en émettant un vœu pour la réconciliation (2) ; mais quinze jours après elle revenait sur sa décision et, le 5 août, elle arrêtait : « que le Club des Jacobins serait seul regardé comme formant la société mère, que l'on correspondrait exclusivement avec elle et que néanmoins le club des Feuillants serait instruit du parti que prend celui de Poitiers (3). »
L'extrême gauche la plus avancée garde seule faveur auprès de la Société, et, quand la Constituante eut fini ses travaux, les Jacobins de Poitiers résolurent de donner un témoignage d'admiration aux députés qui avaient jusqu'au bout soutenu les bons principes. On composa en leur hon-
(1) Thibaudeau à Piorry, 19 juillet : Gorresp., 165. — (2) Le registre des \iuis de la Const. ne présente à la date du 19 juillet qu'uae délibération rendue inintelligible par des grattages, mais ils avaieat fait part de leur décision le j.our même à la municipalité. J>él. mun . , 19 juillet. —(3) Amis de la Const., :; août.
rieur un placard, une sorte de diplôme avec ce distique en épigraphe :
L'univers voit en eux Les ennemis du crime Et l'exemple imposant d'uni' vertu sublime
et le bureau écrivit aux municipalités de leurs domiciles pour qu'elles voulussent bien leur faire passer « copie de l'acte ou plutôt du monument que nous avons élevé a la gloire de nos bienfaiteurs». Les députés honoris de cet bommage étaient : Robertspierre (sic), Pélliion. Buzoi, Biauzat, Boucbe, Grégoire, Camus, Rœderer, Barrère, Royer, Talleyrand, Dilon (sic), Gouttes, Gombert. Vadier, Prieur, Antoine, Salle et Lavie (1).
Ces discussions retentirent dans le Directoire de département et aboutirent à une violente querelle entre Piorry et Butaud, dont les dénonciations contre Roi-Cavalerie lurent, paraît-il, l'occasion. Le 16 août, Piorry offrait sa démission : « Troublé dans mes fonctions, outragé et calomnié publiquement, il est de la dignité du directoire de me justifier, ou je suis indigne de participer à l'avenir à aucune de délibérations. » Le 18, Brault invitait Piorry à oublier le passé et à reprendre sa place (2).
(1) Imprimé in-f° s. I. n. d. n. imp. i i oct. 1791). Papiers Guillemot. — Il est curieux de noter parmi les causes d'e défaveur «les Feuillants l'attitude que Barnavé et Lametb avaienl prise dans la (fuestion des hommes de couleur libres . « Ils ont perdu dans cette action te fruïl de deux ans de nobles travaux... Ils ont, dit-on, des propriétés d. iules Iles. » (Thibaudeau, Corresp., 130.) L'opinion poitevine s'étail passionnée pour cette application coloniale des idées égalitadres. I auleon et Glatigny composèrent, sous l'anagramme <]>■ leurs noms, un véhément placard : Noclauf et Ingitalg : Au Coq qui chante : sur les mes de couloir libres, 6 sept. 1791, Paris, I..-M. Cellot, in-f° piano. !!. P. in-4,:X. — (2) Papiers Piorry j Thibaudeau, Corresp., 186.
t68 LA RÉVOLUTION A POITIERS
Les Assemblées primaires étaient convoquées avant la fuite du Roi en vertu du décret du 29 mai, et c'était en vue de les préparer que Creuzé-Latouche avait écrit sa Lettre aux municipalités et aux habitants des campagnes, et Ingrand ses Mélanges et observations d'un électeur de 1790 sur les élections à faire en 1791 (1).
Les Amis de la Constitution s'étaient donné beaucoup de mouvement pour assurer le choix d'électeurs dans leurs principes et pour faire voter aux Assemblées primaires des remerciements à l'Assemblée Nationale (2).
Ils avaient adopté une adresse de la Société de Blois et l'avaient fait parvenir à tous les présidents (3) ; ils avaient même décidé d'envoyer des commissaires dans les municipalités pour les éclairer sur l'importance de cette opération (4), mais l'émotion causée par la fuite du Roi ne leur en laissa pas le loisir.
C'est en effet le dimanche 25 juin, trois jours après le jeudi de la Fête-Dieu où la nouvelle était arrivée à Poitiers, que les Assemblées primaires se tinrent. Nous avons peu de détails sur elles. Nous savons seulement par une lettre de Brault qu'elles se passèrent sans incident à Poi-
(l)La lettre de Creuzé-Latouche paraît au début de juin, car les Amis de la Constitution en donnent lecture à leurs séances d'instruction du H et du 12. La publication des Mélanges et observations d'Ingrand fut retardée, car il y fait une allusion à « l'erreur momentanée du premier fonctiouuaire public » (p. 2). — (2) Amis de la Const., 3, 17 juin. Thibaudeau les avait beaucoup engagés à cette intervention (Corresp., 134). — (3) Amis de la Const., 17 juin.— (4) Amis delà Const., 21 juin.
\\T DANS LA VIENNE m
tiers, où les nouvelles paroisses servirent de circonscriptions de vote il).
Le procès-verbal de Couhé, un des rares qui nous soient parvenus, témoigne du même calme. Le curé Guérineau est élu président, l'adresse de Blois est lue les deux jours comme une instruction officielle; mais l'assemblée ne se livre à aucune manifestation politique. Sur 669 citoyens actifs, le scrutin le plus nombreux ne réunit que 154 votants, alors qu'il y en avait eu 512 à l'assemblée primaire de l'année précédente (2).
Lepeultre, curé de Saint-Benoît et président de l'assemblée primaire de la Villedieu, prévient les Amis de la Constitution qu'il a" donné lecture de l'adresse de Blois et que tous les électeurs sont d'excellents patriotes, mais l'assemblée n'a fait aucune manifestation (3). La fuite du Roi, qui met dans les villes les partis exaltés en effervescence, paraît inspirer le silence et la réserve aux citoyens, surtout dans les campagnes.
Les royalistes, après avoir hésité, s'étaient presque unanimement décidés à s'abstenir. L'obligation du serment civique leur répugnait (4).
Des électeurs de 1791, choisis dans ces circonstances, plus du tiers (142) étaient des électeurs de 1790 continués. Tous les gentilshommes ont disparu de la liste ; mais les ecclésiastiques sont plus nombreux que jamais, 43 au lieu de 32 (5). On n'imaginait pas de manifestation patriotique
— (1) A. X., F'c m, Vienne, Urault à Lessart, 26 juin 1791. — (2) A. V., L. 386. Procès- verbaux des assemblées primaires de Couhé. Cf. I.
445. Iîeg. des assemblées primaires du canl le Vivonue : 313 votants
au scrutin le plus nombreux sur 8Q5 citoyens actifs. — (.'!> Amis de la Const., 25 juin. — (i) Filleau à Irland, 19 juin. — (5 Liste des électeurs. Imprimé. Cf. Almanach de ll'.)2, qui donne quelques noms d'une façon plus exacte.
plus accentuée que la nomination d'un curé constitutionnel.
Ces nominations sont antérieures à la scission du parti patriote. Aussi la division nouvelle retentit peu dans le corps électoral déjà formé.
Les électeurs se réunirent le 29 août (1), à 10 heures du matin, dans la chapelle du collège. Ils avaient à nommer huit députés à l'assemblée législative, trois suppléants — l'évêque, — le président, l'accusateur public et le greffier du tribunal criminel, — deux jurés de la Haute-Cour — dix-neuf membres du Conseil général du département.
Le bureau fut composé de Montault des Isles président, Piorry secrétaire, Martineau, Savin et Préveil scrutateurs. On. commença par l'élection des députés. Pour le premier siège il fallut trois tours de scrutin. Allard l'emporta par 163 voix contre 134 à Piorry; Martineau (a) obtint le second mandat par 172 voix sur 256 ; Montault des Isles (b) obtint la troisième nomination à la presque unanimité sur 382 votants et Guilhaud-Létanche (c) la quatrième à la très
(et) Martineau (Louis), né à Châtellerault, 26 septembre 1734, mort à Châtellerault, 23 mai 1835. Conseiller à la sénéchaussée, 13 juillet 1783; membre du Conseil général de la Vienne, 1790; député à la Législative et à la Convention, vota la mort du Roi; membre du Conseil des Cinq- Cents ; juge au tribunal de Châtellerault; procureur impérial; exilé comme régicide en 1816.
(6) Montault-des-Isles (Pierre), né à Loudun, 9 mai 1751. Secrétaire du Roi, 1783; receveur de l'élection de Loudun pour l'exercice pair, 1788; député à la Législative; au Conseil des Anciens, an V, au Corps Législatif, an VHI-an XIV; préfel de Maine-et-Loire, an VIII ; receveur particulier à Loudun, an X.
(c) Guilhaud-Létanche (Jean-François), né à Saint-Laurent (Charente), 13 avril 1760, mort à Poitiers, 10 mars 1845. Secrétaire du District de Montmorillon; député à la Législative; suppléant au tribunal de Montmorillon, 1702; suspendu par Ingrand, 5 frimaire an II ; juge au tribu" nal de la Vienne, ilbrumaire an IV : juge au tribunal de Ghâtelle" rault, 24 floréal an VIII; avocat à la cour de Poitiers, bâtonnier 1818, 1819, 1826. In frère de Guilhaud-Létanche, dit Guilhaud de Lavergne, fut le père de Léonce de Lavergne.
(1) Procès-verbal de l'assemblée électorale. A.V., L.10; A. N , C.138.
ET dans LA \ [ENNE ,:i
grande majorité sur 279 volants. Tour le cinquième député, trois tours de scrutin furent nécessaires : Bellero che (tf)futélu contre Guillory, curé de Celles-Levescaull. par 188 voix sur 301; Pressac des PlancheE (b) passa au premier tour par 193 voix sur 285 pour la sixième nomination; Piorry par 147 voix sur 186 pour la septième. Le huitième et dernier siège fut disputé entre ïngrand et Butaud. Au troisième tour, ïngrand l'emporta par 219 contre 95 sur 317.
Les suppléants furent : Canuel (c), Guillory (d) et ïexier (e) ; aucun ne siégea. Antoine-Claire Thibaudeau avait été successivement en ballottage contre les deux premiers et battu par eux chaque fois à 20 voix.
Des huit députés de la Vienne, quatre siégèrent à la droite de la Législative : Montault, Guilhaud-Létanche, Pressac, Allard; trois à la gauche; Piorry, Ingrand, Martineau ; Belleroche flotta, sans que d'ailleurs personne y prît garde (1). Allard fut même censuré le 19 août 1792
(a) Bellerochb (Pierre-Thomas), Notaire à Sainfc-Sauvant, 1778; maire de Saint-Sauvant, 1790; administrateur du département; député àla Législative, après la session reprit la direct] le son étude.
(/;) Tressai dès Planches (Jean-Jacques-Louis), né à Civray, -'* dé cambre 1753. Avocat; officier municipal, 1790; présidenl du tribunal, d 71.) 1 ; commissaire du pouvoir exécutif près l'administration centrale de la Vienne ; commissaire du pouvoir exécutif près le tribunal de Givray, an V-an VII; sous-préfet de Civray. is germinal an VIII.
(c) Canuel (Simon). Notaire aux Trois-Moutiersj fermier général du chancelier Maupeou, père du général Canuel.
((/) Guillory (Paul-François). Curé de Celles-l'EVesCault; administrateur du District de Lusignan, IT'.m : marié.
(c) Texier (Jean).Avocal àLoudun; suppléànl an Conseil de district; juge au Tribunal; suppléant àla Législative et à la Convention ; dénoncé comme fédéraliste, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire et guillotiné le !> juillet 1794.
(1) Cf. Tableau comparatif de sept appels nominaux qui ont eu lieu
sur différentes questions importantes depuis le coi èncemenl de la
session jusqu'au 10 août 1702. Paris, Çhaudrier (Papiers Piorry .
pour avoir dit en parlant de la suspension du Roi : « Le décret que les circonstances nous ont forcés de rendre (1). » Sous la Terreur, le souvenir de son rôle a l'Assemblée Législative lui fit refuser un certificat de civisme. Incarcéré, il eut le courage de ne pas se désavouer et d'invoquer seulement son inviolabilité de représentant du peuple:
On n'a pas craint de me dénoncer pour mes opinions dans l'Assemblée Législative. Je suis loin de vouloir défendre ces opinions; mais ma conscience mêles dictait, et j'aurais été coupable si j'en eusse présenté de meilleures qui n'auraient pas eu son aveu (2).
Pressac fut également inquiété. Le 27 mars 1793, le District de Civray le fit arrêter. Le 11 avril, le tribunal criminel de la Vienne déclara contraires à la loi toutes recherches sur les opinions dans la dernière législature et le fit rendre à la liberté (3).
Mais, au moment de l'élection, il ne faudrait pas croire que les électeurs se soient rendu compte de la position que ces hommes, tous patriotes, prendraient dans les conflits nouveaux. Piorry et Butaud seuls, par l'éclat de leur querelle, incarnaient vraiment deux attitudes différentes. Butaud est battu, et, de tous les élus, c'est Piorry qui obtient le moins grand nombre de voix. Les électeurs de 1791 regrettent la scission du parti patriote plus qu'ils ne prennent fait et cause pour l'un des deux côtés.
Le dimanche 4 septembre eut lieu h la cathédrale l'élection de l'évêque. Déjà, la veille, Piorry «ivait fait sur ce sujet à l'Assemblée un discours : on l'avait trouvé si beau qu'on l'avait prié de le prononcer une seconde fois après à
(1) Arch. Pari., xi.vm, 392. — (2) Allard, Exposition, 9. —(3) Trib. Crim., 11 avril 1793; Pressac, A mes concitoyens.
la messe; ce projet fut abandonne. Briquet, qui devait officier, ayant lui-même à placer un discours « analogue à la circonstance » .
Montault des Isles exposa en quelques mots que la constitution civile du clergé était immédiatement liée à la Constitution Française par son influence sur les mœurs, qu'un des plus précieux avantages d'un peuple libre était la nomination des évoques, et qu'il était du devoir de chercher à maintenir ces avantages par un bon choix.
Son frère, l'abbé Charles Montault, vicaire de Loudun et administrateur du département, fut élu sans concurrent par 244 voix sur 321. Ce choix était arrêté de longue main :
Il est dans les bons principes, grand travailleur et de bonnes mœurs ; tout cela est bien difficile à réunir (I).
Immédiatement prévenu, il accepta de suite et fut proclamé très solennellement dès le lendemain. Nouvelle messe en musique, nouveaux discours de Montault des Isles, de Guilleminet, de Creuzé, maire, et de Grillaud, président des Amis de la Constitution.
Tous les corps officiels assistaient à la cérémonie, sauf le tribunal de district : le président Rogues était parti à la campagne si opportunément que l'invitation adressée au tribunal en sa personne et déposée chez lui ne l'avait pas touché.
Le même jour fut élu le tribunal criminel : Thibaudeau président; Dutrou de Bornier accusateur public. La place de greffier fut plus disputée : « Ce sera la meilleure place parce qu'elle est à vie (2). » Elle échut au 3e tour au libraire Bobin. C'était le premier poste de judicature attribué pour
(1) Thibaudeau à Piorry, mai 1791 : Corresp., L27. — (2) I hikuuleuu à Piorry, 1er juin 1791 : Corresp., 134.
des raisons politiques à quelqu'un qui n'était pas du métier : il est vrai que la boutique de libraire de Bobin était dans le palais môme (4).
Furent élus hauts jurés : Préveil, de Civray, et Michaut, de Chàtellerault.
La dernière opération électorale fut la nomination des administrateurs : la moitié, soit 19, sortaient par le roulement ; Ingrand, qui ne sortait pas, était élu député : cela faisait vingt places à pourvoir. Dix-huit furent remplies au premier tour : l'évêque Montault avait 198 voix sur 208 votants. 11 fallut trois tours pour pourvoir aux deux autres (2), et l'Assemblée électorale ne fut close que le 7 septembre.
Les électeurs des différents districts se réunirent ensuite dans leurs chefs-lieux respectifs pour remplacer les administrateurs sortant et nommer les curés constitutionnels (3).
(1) La Liborlière, 124. — (2) Les administrateurs sortants ou élus à des fonctions incompatibles étaient Martineau, Durand, Hérault, Barbier, Belleroche, Piorry, Ingrand, La Messelière, Ayrault, Bellot, Thorin, Venault de Lardinière, Machet de La Martinière, de Marconnay, Bonn eau du Chesne et de Lagaudrre. Furent élus au i™ tour sur 208 votants : Montault 198 voix ; de la Tremblaye (Nazaire-Louis), du canton de I tancé, cultivateur, 188; de Lagaudrie (François), juge de paix du canton de Monthoiron, 184 ; Vézien-Maisonneuve (Ch.j, canton de Vouneuil, 68; Chevalier Coutance, de Chàtellerault, 179; Desbois (J.-B.), de Vivonne, 174; Chevrier (Pierre), notaire à . Sanxay, 177; De Marconnay, juge à Civray, 168; Avril (Jean), de Loudun, 168; Vaugelade Jacques-Prosper-Joseph), de Lusignan, 168; Dardillac (André-Pierre), d'Usson, 163; des Essarts (Louis), deLussac, 159; Juesre (L.-Alex.-Jos), not. de Vivonne, 153; Jouteau, d'Availles, 140; Dardillac (Guy-André fils), 131; Gueny de la Braudière (Jean), homme de loi à Civray, 121; Guillemain (Sylvain), notaire du canton d'Angles, 116. Au troisième
:ir: Moreau, avoué, 65: Fradin, oh", mun., 58. Ce dernier élu à l;i placé dTngrand pour les 2 ans qui restaient à ce dernier. — (3) Composition des districts après les élections de 1791 (A. V, L. 71, complété par l'Almanach pour 1792).
Poitiers
Président.- H. -A. Barbault de la Mothe. Directoire: Lehlond, Jahan