CRÉPI N-LEBLOND, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
I), rue Jean-Jacques-Rousseau, 13
7^^^>'Va.-^
Tj y^^ grande partie des renseignements qui ont été utilisés w/ dans le présent travail proviennent des registres de délibérations des municipalités révolutionnaires de l'ancien canton de Saint'Menoux {i). fai aussiy cela va de soi, consulté d'autres documents partout où j'ai pu les rencontrer.
fai pris soin, autant que cela m'a été possible, non seulement d'appuyer les faits de citations de textes, mais encore d'indiquer les références, sauf cependant dans les cas où la répétition en serait devenue fastidieuse, et où la simple énonciation des dates devait suffire à en tenir lieu en se reportant à des registres du dépôt départemental.
Je dois faire observer également que certaines de ces références, celles concernant des documents de la série Q. (biens nationaux) des Archives de l'Allier, ne sont que d'une valeur momentanée. Cette série doit être, en effet, prochainement inventoriée et les numéros du classement définitif ne seront nullement les mêmes
(i) Versés aux Archives de l*AUiery séries E supplément et L.
que ceux du classement actuel. Toutefois, en un certain nombre de cas, des indications particulières sur la nature des dossiers permet-traient aisément de les retrouver.
Mes recherches, je dois le dire, ont été grandement facilitées par deux savants et aimables archivistes, 3f. Ferdinand Claudon^ actuellement à Dijon, et M. Pierre FLiment, son successeur à Moulins. Leur très dévoué collaborateur, M. Pierre TuiUier, s^est également montré envers moi d'une complaisance inépuisable. f éprouve un réel plaisir à leur expritner, ici, ma vive reconnais sance.
Moulins, Z90J,
Emesi DELAIGUE.
LA
Introduction
Etat db la Paroisse en 1789 : Le Bourq et l'ancienne Abbaye ^ La CampaQnb Les Habitants — Sur l'Instruction — Sur les Droits féodaux
Saint-Menoux étant aune faible distance de Moulins relevait naturellement, avant la Révolution, des pouvoirs administratifs et judiciaires — généralité, sénéchaussée, présidial, — ayant leur siège «n cette ville. La paroisse de ce nom était en outre Tune des trentedeux dont Se composait la châtellenie de Bourbon-l'Archambault (i), et au point de vue ecclésiastique elle faisait partie du diocèse de Bourges. Sa population totale ne dépassait- pas i.ooo habitants, dont moitié pour le bourg, ce qui indique un centre rural de moyenne importance.
Ce bourg comprenait des maisons en bordure des deux places publiques actuelles, et à TOuest un petit groupement avec prolongement jusqu'à la « Croix de Saint-Germain », au bas de la côte. Le tout était dominé par Téglise et les hautes constructions d'une abbaye célèbre alors dans la province, et même au delà.
De loin on devait avoir l'illusion d'une petite ville ; de près ce n*étaient, entourant les édifices, que des habitations d'aspect vieillot,
(ij Voir Proch'Verbal de la Généralité de Moulins^ dressé par l'intendant Florent d'Argouges, édition Vayssière, page 8$ ; et la Lihe des corvées de la chàtel- Unie de Bourbon. (Archives de TAIlier, série A. 42.)
pauvre, surtout rustique (i), parmi lesquelles il en apparaissait pourtant un certain nombre d'autres à allures un peu bourgeoises, dont plusieurs subsistent (2).
Comme aujourd'hui, ce qui appelait le plus l'attention, c'était l'église, œuvre des Bénédictines et presque le seul souvenir qu'elles aient laissé. C'est un très beau spécimen de l'architecture religieuse du Moyen Age, datant de diverses époques (3) et qui a été de tout temps l'objet d'unanimes hommages (4).
Voisinant avec l'église, au Sud, se trouvait l'abbaye, qui occupait dans le bourg tout l'espace où, depuis, se sont installés un presbytère et une école de filles. Un grand enclos que l'on qualifiait de parc, quoiqu'il ne fût pas boisé, ou fort peu, et qui longeait la route de Moulins, en dépendait. Cet enclos ou parc, comme l'on voudra, était tout entouré de murs et séparé de l'enceinte, à l'Ouest, par un sentier ou « passage » pierreux dont on a fait plus tard la petite rue en pente raide (du Couvent), qui descend vers la fontaine dite de Saint- Menoux (5).
De l'autre côté de la route de Moulins, il n'y avait que des terrains de culture, bordés de haies là où cette longue rue (Feuillin), en forme de faubourg, que l'on voit maintenant soudée au noyau primitif, s'est créée (6).
(1] En 1840, Saint-Menoux est encore cité par Touchard-Lafosse, dans la Loire historique^ 11, 281, comme « un assez gros bourg tout à fait rural ».
(2) Il existe à Saint-Menoux des traces de constructions bien antérieures, notamment la petite maison où, d'après la tradition, serait mort saint Menoux. On y remarque une fenêtre divisée en deux parties par une colonnette à chapiteau»
(3) La partie du chœur, incomparablement la plus remarquable, est du XII' siècle, le clocher de la première moitié du xiii« et la partie basse, voisine du narthex, du xv». Ce narthex n'est lui-même qu'une ancienne église, — l'église paroissiale, — antérieure au x« siècle.
(4) M. l'abbé Moret en a publié une bibliographie (Histoire de Saint-Menoux, p. 514). — Classement d'origine comme monument historique (1837).
($) Ce « passage » (ainsi désigné dans le cahier des charges dressé pour l'adjudication comme bien national de l'abbaye) aboutissait sur la route de Moulins^ en face de l'ancienne auberge de VEcu^ située à l'entrée même du bourg.
(6) Accroissement dû surtout à la petite industrie toute locale de la chaux. Sous son influence Saint-Menoux parut aspirer à devenir une ruche labo»
Quant à tous les vastes bâtiments d'autrefois, il n'en est rien resté, si ce n*est le petit pavillon — connu sous ce nom — de Taumôiiier, insignifiante bâtisse de la fin du xvii' siècle, devenue un logement d'institutrices (i). Le surplus, dont les loyers n'eussent pas couvert les frais d'entretien, fut rasé presque aussitôt que vendu (1793), pour en transformer les innombrables matériaux en argent comptant, ce que ne pouvait manquer de faire un spéculateur avisé ainsi que furent tous les acquéreurs de biens nationaux ; et comme les documents font également défaut — les archives des Bénédictines ne s'étant pas retrouvées, — on ne peut se faire aujourd'hui qu'une idée très approximative de l'ancien état de choses. C'est dire que nos renseignements à ce sujet sont forcément très restreints (2).
Dans le dossier d'adjudication de l'abbaye (14 janvier 1793), il
rieuse et active, et en 1888 le nombre des habitants de la commune approcha de 1.800, soit 1.200 au moins pour le bourg, près de deux fois et demie plus qu'en 1789. L'établissement d'un chemin de fer, dont on aurait dû attendre des effets tout contraires, vint entraver ce développement, et dès lors succédait une période de déclin qui se continue et laisse prévoir un retour assez prochain au point de départ. Le dernier recensement (1906) n'accusait déjà plus que le chiffre de 1.3Ô2 habitants. Il faut dire que la dépopulation tient aussi à des causes générales, notamment à une natalité moindre. On en jugera par ce fait qu'en 1788 il y avait dans la paroisse 140 feux (Arch. de l'Allier, série C. 72) pour environ 180 ménages — car les domaines en contenaient généralement plusieurs, — soit $,$<; individus par ménage, et qu'en 1906 le recensement en annonçait 390, ou 3,72 seulement pour chacun.
(1) La municipalité vient de faire démolir ce pavillon^ que l'on reconstruit en ce moment pour une affectation différente. Il portait, inscrit sur la muraille, la date de 1694. De dimensions modestes, il pouvait convenir pour loger un particulier aisé, et c'est probablement à cette circonstance qu'est due sa conservation. Un bas-relief en pierre, de valeur artistique médiocre, mais gracieux néanmoins et représentant des figures symboliques (la Force, la Justice, la Vérité, la Douceur), forme tympan au-dessus d'une deuxième porte qui sert d'entrée à une annexe paraissant de construction ultérieure, et non comprise dans la démolition. Au milieu du linteau, deux petites têtes ailées d'amours joufâus composent un motif charmant.
(2) A l'appui des quelques observations qui vont suivre nous avons copié sur le plan cadastral (dressé en 1832), la partie comprenant l'emplacement de l'ancienne abbaye, en y ajoutant des indications topographiques dont la plupart, on le remarquera, ne sont qu'à titre purement hypothétique. C'est la planche que Ton trouvera ci-après, p. 13.
existe bien, de Tingénieur des ponts et chaussées Benoît (expert de Tadministration), un procès-verbal du lo décembre 1792 contenant une désignation des locaux ; mais cette désignation comporte le double inconvénient d'être très vague et très écourtée. Il y est parlé du logement de l'aumônier et de constructions pour pressoirs et greniers, ainsi que d'une galerie « communiquant à l'enclos de quatre-vingt-dix à cent boisselées »» et de « jardins intérieurs de sept à huit boisselées » ( i ). Comme bâtiments principaux, une nouvelle et une ancienne abbatiales, avec la maison conventuelle, y sont seules citées, sans aucune allusion à d'autres tout aussi essentiels, notamment le réfectoire, l'hôtellerie (2), le cloître.
Et cependant ce rapport n'est pas à dédaigner, car il précise certaines circonstances et particularités qui, sans lui, resteraient ignorées, comme l'étendue exacte des jardins intérieurs et l'existence d'une galerie d'accès dans l'enclos, dont il n'est question nulle part ailleurs et qui fut un des agréments du lieu. Puis il donne déjà l'impression d'un ensemble imposant, que vient à son tour affirmer — tout aussi sommairement, il est vrai, — une notice sans nom d'auteur, publiée dans V Annuaire de V Allier de 181 3, sur les châteaux, monastères, etc., du Bourbonnais. « Celte abbaye, y est-il dit, était grande et belle, se composant de six grands corps de bâtiments communiquant les uns aux autres par des cours ou par des galeries ; elle était garnie, dans son intérieur, de jardins spacieux ; près de là se trouvait un parc d'une grande étendue où l'on remarquait une belle fontaine... Elle [l'abbaye] communiquait par un très joli chœur à une église spacieuse qui était en même temps l'église paroissiale (3). »
(i) Soit cinquante ares pour les jardins, et pour l'enclos six hectares environ. La déclaration des biens, faite devant la municipalité par l'abbesse, le 26 février 1790, dont il sera question plus loin, porte inexactement — les contenances cadastrales en font foi, — une superficie totale de quatre-vingts boisselées seulement»
^2) Il y avait dans tout monastère une « hôtellerie » ou « maison des hôtes ». Les étrangers y recevaient accueil et les vagabonds des secours que nécessitait leur indigence. — L'hôtellerie du monastère de Saint-Menoux est mentionnée dans un inventaire des 28-31 juillet 1790. [Arch. de l'Allier, série Q.)
(3) Louis Batissier, dans VAncien Bourbonnais, s'est contenté de copier VAnrMaire, et Touchard-Lafosse, qui visitait Saint-Menoux en 1840, en a usé de même, à son tour, envers Batissier, dans la Loire historique, sauf pourtant de légères variantes.
Les deux textes qui précèdent font comprendre la physionomie générale, mais on désirerait mieux. Pour la disposition et les détails, — du moins quelques-uns, — on a heureusement un point de repère excellent, qui est l'ancien cloître, dont l'emplacement est déterminé parfaitement grâce aux traces qui en sont restées sur le mur de l'église, à laquelle il était adossé. On y voit, en effet, adhérentes dans la partie inférieure, très frustes, très endommagées et à demi-cachées sous les treilles, — excepté aux extrémités où des remaniements ultérieurs les ont fait disparaître, — les consoles où s'arc-boutaient les cintres (i). On y voit aussi les deux portes de communication avec les églises paroissiale et abbatiale dont l'une, celle de l'église paroissiale, murée pendant la Révolution (2), a été rétablie depuis, et dont l'autre est restée obstruée, quoique apparente extérieurement au-dessus du remblai — épais de o'^jo à o^So — formé par les démolitions; et cette porte, dont les pieds-droits comprennent trois séries de colonnettes surmontées de chapiteaux supportant un arc très surbaissé (3), est même fort belle.
Ce cloître « bien voulté, paré et en bon état... », ainsi que 1« rapporte un procès-verbal du 28 juillet 1725, de Dom Jean de Kessel, « prebtre, docteur en Sorbonne, religieux profès de Cluny, visiteur de la province de Lyon et de tous les monastères de religieuses dépea-dantes de l'ordre de Cluny... » {4), occupait tout l'espace où a été construit le presbytère, et le terrain au-dessus jusque vers la sacristie.
(i) Ce cloître avait été construit, ou plutôt reconstruit au xv» siècle pendaat le gouvernement de Tabbesse Madeleine d'Amboise, qui avait également fait édifier une partie de Téglise.
(2j Le registre municipal contient un procès-verbal d'adjudication de travaux, du 2^ décembre 1792, où on lit : « Boucher la porte qui donne de la vieille église dans le cloître... »
(3) La porte donnant dans la vieille église était sans doute semblable» Celle qui lui a été substituée est tout à fait commune.
(4) Hist, de Saint-MenouXy p. 178 et suiv. — La courte appréciation que contient exceptionnellement le rapport de Dom Kessel sur le cloître de Saint-Menoux donnerait à croire qu'il méritait de plus grands éloges. Le mot paré est surtout significatif: il faut entendre par là que les galeries étaient ornées de sculptures, peut-être de tableaux, ce qui se rencontrait fort souvent. Nombre de chefsd'œuvre proviennent de cloîtres et on sait que la fameuse série de la vie de saint Bruno, par Lesueur, se trouvait dans celui des Chartreux de Paris.
La situation des lieux et les usages adoptés dans les établissements monastiques, tous conçus d'après un plan commun ne différant guère que dans les détails, permettent de supposer que l'hôtellerie, où Ton avait forcément accès de l'extérieur, l'encadrait à l'Ouest, et le bâtiment du réfectoire au Sud (i). Le dortoir était peut-être à l'Est, mais à cet égard on est plus indécis (2) ; et quant aux autres bâtiments principaux, notamment l'hôtel abbatial, ils étaient nécessairement placés aussi dans la partie Est, latéralement à l'église, et derrière le chevet; c'est-àdire sur toute l'étendue du jardin actuel (3) de Técole et de la petite place à côté (4).
Dans ce jardin, vers l'angle Nord-Est, se trouvait du reste la grande entrée, vraisemblablement un peu à droite, — peut-être au pan coupé, — ce «qui est incidemment indiqué dans une délibération municipale du 15 pluviôse an ix {4 février 1801) (5).
(i) Procès-verbal de Dom Kessel.
(2} Un inventaire dont il sera question plus tard, du 2( septembre 1792, mentionne « le dortoir de Lorette... » et « le grand dortoir ». (Arch. de TAUier, série Q.)
(?) On y rencontre, à la bêche, les anciennes fondations, jusque vers le pavillon. On en rencontre également dans le jardin du presbytère, sur plusieurs points.
(4) Cet emplacement provient du terrain de Tabbaye, et la transformation en place publique résulte d'un acte de transaction devant Croizier, notaire à Moulins, du 7 octobre 185?, entre le maire de Saint-Mcnoux et l'abbé François- Alphonse Viallier, prêtre lazariste, demeurant à Saint-Germain-en-Laye, lequel avait intenté une action judiciaire en annulation de libéralités faites précédemment à la commune par Alphonse-Claude Richot, dont il était légataire universel. (Arch. de l'Allier, série O ; commune de Saint-Menoux.) — Le dessin de l'église qu'a publié VAncien Bourbonnais^ montre bien l'ancienne limite, de même que le plan cadastral, ainsi qu'on peut le voir sur notre croquis.
(5} Il y est question d'une invitation par le maire Aubery du Goutet à un nommé Desbordes « de faire enlever le bois de corde qu'il a déposé sur la plateforme existant le long du mur de la ci-devant abbaye jusqu'à la grande porte d'icelle, où il y a deux ormeaux plantés sur le bord de la grande route ; laquelle place a servi, de temps immémorial, à l'emplacement des bestiaux les jours de foire ». Les deux ormeaux existaient non loin de l'extrémité Nord-Est, près du caniveau de la route. Le dernier ne fut abattu que vers i8$o. Quant à la plateforme, c'était une bande de terrain longeant le mur et bordant la route en continuation de celle que l'on voit le long de l'église. On y plaçait, en effet, du bétail les jours de foire. Sur le dessin de VAncien Bourbonnais, ce terrain est très apparent.
l6 LA RÉVOLUTION A SAINT-MENOUX
A côté de la sacristie il y avait, suivant Texpression de V Annuaire^ le « très joli » chœur des religieuses, bâti dans le goût ogival. C'était probablement, avec le cloître, ce qui offrait le plus d'intérêt au point de vue de Tart (i), le reste étant « d'architecture très simple », construit « à différents temps » (2) et seulement recommandable, il faut croire, par le développement et l'importance.
Ce chœur était précédé d'un avant-chœur (?), et l'un et l'autre sont figurés sur le plan par terre qu'a publié V Ancien Bourbonnais.
Près du chœur, mais sans qu'on puisse préciser davantage; était une chapelle voûtée consacrée à Notre-Dame de Lorette (4). Sa fondation remontait à 1641 et le titulaire en 1789 était l'abbé Jean Pallier (5), curé de Bagneux, frère de François, curé de Saint-Menoux. Elle était à la présentation des abbesses et à la collation de l'archevêque de Bourges. Interdite (6) en dernier lieu, elle servait de salle du chapitre et les messes à y acquitter se disaient dans l'église abbatiale (7).
(i) Dom Kessel dit avoir trouvé ce chœur « boisé, parqueté et assez orné •. La phrase est modérément admirative.
(2) Annuaire de i8[3.
(5) La sacristie actuelle semble occuper en partie remplacement deTancieime, en même temps que celui de ravant-chœur.
(4) Procès-verbal de Dom Kessel. — L'ancienne salle du chapitre était sans doute désatlectée en 1789, car on verra que la « chapelle de Lorette m en tenait lieu. — Il y avait aussi une « chapelle Sainte-Barbe », citée dans Tinventaire du 21 septembre 1792. (Arch. de TAllier, série Q.)
(^) Et non Claude, comme il a été dit à tort dans notre article : Pillage à l'abbaye de Saint-Menoux, inséré dans le Bulletin de la Société d'Emulation^ mai 1906, Claude était le notaire de Souvigny, nullement parent des deux autres.
(6) La mise en interdit d'une chapelle résultait d'une décision de l'archevêque, ou de visiteurs épiscopaux; elle se motivait d'ordinaire d'un état d'entretien défectueux.
(7) V. un acte de fondation du 9 novembre 1641, devant Panure et Decorsau, notaires à Bourbon-l'Archambault. Mattre Louis Resmond, bourgeois de Bourbon, y constitue deux rentes payables annuellement au titulaire et verse entre les mains de l'abbesse une somme de 702 livres à titre de dotation. — V, également un acte de rachat de ces rentes devant Forgemort, notaire à Bourbon, du 18 juin 1701, par François Resmond, sieur de la Resmonerie. (Arch. de l'Allier, série H. 755.) — L'abbé Jean Fallier fil devant la municipalité, le 7 mars 1790, la déclaration de son bénéfice et on y lit : « ... La vicairie ou chapelle dé Notre*
Les jardins et un petit cimetière « dans TintcTieur du cour ())^ appelé \e cour des morts », où Ton inhumait les religieuses (i), et placé, au dire de Dom Kessel, entre le « jardin de Lorette » et le cloître, complétaient le couvent.
Plusieurs de ces jardins, le « parterre de Tabbesse » (2), par exemple, avaient des destinations particulières. Les autres devaient s'étendre au Sud et se prolonger derrière la maison de l'aumônier jusqu'à l'extrémité en pointe de l'enceinte, pour aller rejoindre le parc au moyen de la galerie traversant le sentier extérieur; ce qui expliquerait que Touchard-Lafosse ait pu écrire qu'il « y avait un parc immense à leur extrémité » [des jardins].
Ce parc est resté, malgré son morcellement au Nord, entier dans sa configuration, exactement celle d'un rectangle. Un seul des murs de clôture, celui du Sud, existe encore ainsi que, à chacune de ses extrémités, deux tourelles ayant servi de chapelles ou d'oratoires (3). Sur les trois autres côtés des maisons ont été construites.
Dame de Lorette, dont je suis titulaire, consiste en un contrat de rente constituée, hypothéquée sur tous les biens de M. Bourdier de Roche, ancien lieutenant général de la châtellenie royale de Bourbon-l'Archambault, de la somme de 27 livres 10 sols annuellement ; plus en un contrat de rente de la somme de i^ livres, payables par M™'' de Saint-Mesmin, dont, depuis que je suis titulaire, elle n'a rien payé, alléguant pour motif de son refus qu'elle veut voir les titres, qui sont des sentences du présidial de Moulins, et moi ne pouvant les exhiber, étant trop loin de sa résidence ; plus en un autre contrat de rente de la somme de ^o livres payables par Tabbesse de Saint-Menoux », à charge de dire « 12 messes basses, à acquitter dans la chapelle de Lorette, qui sert de chapelle au Chapitre, •ou salle de chapitre de ladite abbaye, les premiers lundis de chaque mois ». Il reste à observer, ajoute l'abbé Fallier, « que ladite chapelle est interdite et que les messes s'acquittent dans l'église abbatiale et paroissiale de Saint-Menoux ».
(i) Procès-verbal de Dom Kessel. — Parfois, dans les monastères, l'espace découvert entre les quatre galeries du cloître servait de cimetière.
(2) V. Arrêté de l'administration du département du 25 août 1792.
(3) Celle de l'angle Sud-Ouest contient encore des traces de peintures. Sur les murs, trop détériorés, le sujet ne nous a pas paru compréhensible, mais M. l'abbé Moret, qui a pu l'examiner bien avant nous, a distingué des anges adorateurs autour de l'autel. {Saint Menoux, sa pic et son culte, p. 49.) Au plafond, laissé depuis longtemps sans protection contre l'humidité et dont les panneaux achèvent de moisir, on avait peint, sur un fond de ciel, des petites tètes d'anges, <iont plusieurs ont conservé toute leur fraîcheur. Au centre, une colombe.
l8 LA RÉVOLUTION A SAINT-MENOUX
L'angle Nord-Ouest, à rentrée du village, était occupé par des bâtiments d'exploitation (i) formant la basse-cour; auxquels bâtiments avaient accès les religieuses par une porte de communication dont on voit encore, dans le mur de droite, en descendant la rue du Couvent^ à 15 mètres au-dessous du pavillon, les pilastres et le cintre à clé de voûte en écusson mutilé (2). C'est un peu au delà, immédiatement après la basse-cour, que se trouvait la galerie citée par Benoît.
Cette galerie traversait le sentier sans en interrompre la circulation^ sous une arcade monumentale, abattue longtemps après qu'eurent disparu Bénédictines et abbaye, vers 1855. Elle reliait à l'enclos les jardins intérieurs pour n'en faire qu'une promenade unique et variée ; et cet enclos, où de longues allées bordées d'espaliers circulaient sur les contours, où une charmille et quelques bouquets de grands arbres offraient la fraîcheur de leur ombre, représentait pour les religieuses l'image de la pleine et vivifiante nature, leur procurant en même temps les distractions de la vie et du travail' champêtres; — car ce n'était autre qu'une réserve de culture, avec un vaste potager dans le bas, au-dessus du « Creux Saint- Martin ». Quatre domestiques, en outre de deux jardiniers, y étaient occupés, ainsi qu'aux soins de la bassecour {^),
(i) Disposés autour d'une cour de ferme que Ton désigne sous le nom de « cour du couvent ». On disait jadis la « basse-cour », ce qui était plus exact. (Arch. de TAllier, série Q., dans un registre de procès-verbaux d'adjudication^ 29 avril 1791.; — Cette basse-cour contenait non seulement les bâtiments nécessaires à l'exploitation de Penclos, mais encore la « grange de la dlme », et des bergeries et étables faisant partie du « grand domaine du couvent ».
(2) Malgré ces mutilations on y remarque trois pals. Ce doit être Pécusson de la maison d*Amboise, qui a fourni à Tabbaye les trois abbesses Madeleine, Anne et Antonie. L'aîné de la famille d'Amboise, en Touraine et Auvergne, était titré, en 1569, marquis d'Aubijou; armoiries : paie cTor et de gueules, La description du blason concorde assez bien avec Pécusson de Saint-Menoux, et l'époque des priorals d'Anne ou d'Antonie (xvi« sièclej s'applique également à sa forme. (Note de M. Philippe Tiersonnier.) — Les abbesses de tous les ordres avaient communément l'habitude de placer leurs armoiries sur les constructions qu'elles faisaient édifier pour le compte de leurs communautés.
(3} La déclaration faite le 26 février 1790 des biens de l'abbaye, devant la municipalité, porte : « Basse-cour, quatre bœufs servant au labourage de l'enclos ou parc, au transport des bois et denrées à l'usage de l'abbaye, deux vaches, ud
La campagne était très fertile en la paroisse. Loin de s'y « donner pour rien », comme ailleurs en Bourbonnais, à ce que raconte Arthur Young(i), la terre se vendait réellement, à Saint-Menoux, et à des prix plutôt élevés (2). On n'y rencontrait que très exceptionnellement des landes et friches, et non dans la proportion d'un tiers qui était, dit-on (3), la moyenne pour l'ensemble du royaume ; à plus forte raison dans celle que signale le voyageur anglais, qui exagère certainement, si on en juge par des informations mieux contrôlées que celles qu'il a laissées. D'après ces informations, — provenant de rapports officiels dont l'auteur, Jean Garnier, avait été chargé, en 1793, de visiter sous le titre de commissaire-observateur, la Nièvre, l'Allier et la Creuse, afin de rendre compte à la Convention de la situation économique et politique de ces départements, — on évaluait, en Bourbonnais, aux deux tiers la partie des terres labourables ; et dans ces terres étaient •comprises celles où croissaient les bruyères et les genêts, que l'on culti-
cheval..., deux charrettes, quatre lits ou couchettes de domestiques... » Ledit enclos fut affermé, suivant procès-verbal d'adjudication du 29 novembre 1792, pour trois ans, à Jean Condamine, Félix Pessaut et Antoine Trémont, moyennant 470 livres. Un état de lieux fut dressé, il y est dit « qu'à la charmille les arbres sont à tous vents et totalement en ruine; qu'il y a environ quinze ans qu'elle n'a pas eu de réparations ; que les arbres espaliers sont sans attrait^ n'ont que peu de -vigueur et ont tous besoin d'être taillés, au nombre d'environ deux cents ; qu'il y a encore deux cents arbres fruitiers à tous vents... qui sont au long des allées... De plus, les dits experts nous ont dit qu'il y a d'ensemencés douze boisseaux de froment, mesure de Moulins; plus, ils ont déclaré que dans le jardin potager il y a un carré d'artichauts et d'asperges...» Les murs étaient en mauvais état, avec éboulements partiels, et les cabinets des quatre coins bien entretenus. (V. arrêté du district, du it février 1790.)
(1) Voyage en France^ m, 7 août 1789. — Young dit autre part : « Les trois quarts du Bourbonnais sont des bruyères, du genêt ou des bois. »
(2) Il semble, par quelques actes que nous avons pu consulter, que le prix moyen était, en petite propriété, de soo à 800 livres — soit de i.ooo à 1.600 francs •d'aujourd'hui, — pour une étendue correspondant à un hectare, et davantage aux •abords du bourg. En grande propriété, les prix étaient beaucoup moindres ; cependant, en 1775, les fiefs de Souyset Cluzor réunis, de six cents à sept cents hectares au plus, se vendaient 244.600 livres. Les ventes de biens nationaux, en 1791, •aideront à se faire une opinion sur le taux de la terre dans la paroisse, en 1789.
(3) E. Champion; la France en lySp^ dans V Histoire générale^ de Lavisse et Rambaud, viii, 17.
vait à leur tour et qui servaient de pacages aux bestiaux. Les bois occupaient un sixième, ou moitié de Tautre tiers, et les prés et vignes le dernier sixième (i). Mais ces données, quoique déjà moins défavorables, ne pouvaient encore s'appliquer à Saint-Menoux, pays de fertilité et de progrès agricole, où tous les domaines existant de nos jours étaient alors et depuis longtemps créés (2), et où la quantité de terres cultivées régulièrement n'aurait pas été sensiblement augmentée si quelques bois n'eussent été défrichés (3).
Une remarque à faire, c'est qu'à la culture des céréales s'ajoutait celle de la vigne, totalement abandonnée par la suite, on ne sait pour quelle cause, et qui semble redevenir en faveur. Il s'y trouvait plusieurs vignobles isolés et presque toutes les exploitations contenaient une vigne et un pressoir (4).
Les procédés usités en agriculture laissaient fort à désirer. Dans toute la circonscription dont fut formé le district de Moulins, l'instrument de labour des chambonnages (5) n'était encore que l'araire niiuni d'une bêche horizontale très aiguë. Pour les autres terres, comme celles de Saint-Menoux, fortes et argilo-calcaires (6), on se servait d'araires différents, dont l'un portait un fer de lance et l'autre un simple coin de
(1) Les Rapports de Jean Garnier sont du plus haut intérêt/ On en trouve les originaux aux Archives nationales, F-t* i$6, et des extraits en ont été publiés par Chazaud dans le Bull, de la Soc. d'ém.^ t. 11, 3? 1-348.
(2) Il y avait, dans la paroisse, 39 domaines et 10 locateries, d'après la « liève des corvées de la Hauite justice de la châtellenie de Bourbon », documentdéjà cité.
(3) Les défrichements ont eu lieu surtout aux dépens de ce qu'on appelait le <f Bois de la Garenne de Lépaud » et la « Forêt de Lépaud », que traversait l'ancienne route de Moulins à Bourbon. Les taillis dits de Villard et de Nuzille ont également disparu.
(4) Cela est indiqué par des expertises faites pendant la Révolution pour attribution de secours à la suite de grêle. Dans une délibération municipale du 3 mars 1793, un nommé Gilbert Saulnier est qualifié de « vigneron », et ce mot revient assez souvent dans les registres paroissiaux. Il y avait dans la paroisse le hameau des « Vignes » et le « Clos de Treillebourg ».
(5) Expression servant à désigner les riches terres d'alluvions modernes du vaV de l'Allier et des vallées qui aboutissent à l'Allier, lesquelles conviennent surtout aux prairies et aux cultures maraîchères.
(6) Jouffroy, professeur départemental d'agriculture de l'Allier; dans VAllier,d& I.-A. Rayeur, p. 121 et 122.
forme ronde, pointu à une de ses extrémités. On n'employait la véritable charrue que dans les environs de Gannat et de Cusset.
L'araire était un outil primitif. Avec lui, écrit Jean Garnier, « on sillonne et on ne laboure pas, les deux tiers au moins de la terre échappent à son action ». Et en vain prétendait-on remédier à cet inconvénient en croisant les labours. En employant « des instruments mieux entendus, ajoutait-il, la culture pourrait entièrement changer de face, et cette réforme doit faire le premier objet à traiter par la nouvelle Société d'agriculture de Moulins (0 ».
Les petites fermes étaient généralement mieux cultivées que les grandes, en raison de ce qu'elles produisaient proportionnellement davantage d'engrais naturel (2).
A Saint-Menoux on rencontrait des surfaces considérables en terrains vagues (3), des haies hautes et épaisses débordant, raconte le Moulinois Antoine Diannyère, sur les héritages, sur les chemins, en végétations parasitaires (4), et un peu partout des bouquets de grands
(i) Pour la réorganisation pendant la Révolution de l'ancienne Société d'agriculture, V. H. Faure : Histoire de Moulins^ 11, 587.
(2) Un usage des laboureurs, tout à fait contraire au progrès agricole, était « d'aller au charroi » le plus possible. Jean Garnier, chez qui nous trouvons ces détails, le qualifie d' « immoral », Celui qui s'y adonne, dit-il « ne quitte plus les grands chemins que pour les cabarets o. Le charroi était en effet la mauvaise ressource du laboureur pauvre. Il y trouvait des profits immédiats, mais au détriment de son bétail et de ses récoltes. — Jean Garnier, à propos des cultures nouvelles qu'on pourrait introduire en Bourbonnais, disait encore prophétiquement qu'il « serait surtout intéressant de diriger l'esprit des colons vers les prairies artificielles et de substituer la culture des pommes de terre à celle du sarrazin...» Ces vues d'un esprit sagace disent assez la confiance qu'on doit lui accorder.
(3) Principalement aux abords des fermes. On peut citer comme exemple un terrain appelé la « place de Nuzille », en forme de rectangle, qui occupait tout l'espace compris entre l'ancien chemin de Bigut et celui du Pont-Chartier, sur trois cents mètres de longueur. Cette place séparait les deux fermes de Nuzille et de la Côte; quatre chemins y aboutissaient et son étendue était de douze boisselées ou un arpent et demi. Elle dépendait du « domaine du roi à cause de son fief de Bourbon-l'Archambault ». (Arch. de TMlier, série F., plan n<» ç86.) — Un peu partout les chemins tantôt s'élargissaient en terrains gazonnés, tantôt se rétrécissaient au point de ne laisser qu'un passage insuffisant.
(4) Chazaud, dans la publication des Rapports de Jean Garnier, a ajouté en note des renseignements intéressants émanant d'Antoine Diannyère, sur l'état
arbres ou « bouqueteaux ». Cela donnait au pays* une beauté particulière et répandait le charme d'une nature fraîche et abondante, aussi bien sur les riches coteaux qui encadrent les vallées de la Rose (i) et du Chamaron, que dans ces vallées elles-mêmes.
Malheureusement ces avantages, agréables seulement au chasseur — le gibier foisonnait, — ne se conciliaient guère avec les exigences du travail rural qui, pour être moins inactif qu'en la plupart des autres régions du Bourbonnais, n'avait cependant encore reçu à Saint-Menoux qu'un développement forcément restreint, le progrès n'ayant pu y devancer la science. Le bétail, qui en est le facteur indispensable, était trop peu nombreux, et par suite le rendement des terres très inférieur à ce qu'il est devenu par les pratiques intensives (2).
Cinq foires, où se traitaient activement et abondamment les affaires agricoles, se tenaient au bourg. Elles étaient renommées et qualifiées de « considérables » (3), ce qui ne doit, naturellement, s'interpréter qu'avec les restrictions imposées par la situation économique du moment.
Les échanges avaient lieu principalement avec les paroisses avoisi-
des chemins en Bourbonnais. On y voit que ces chemins étaient obstrués par les haies, « dont l'épaisseur et l'étendue, parce qu'elles ne sont jamais taillées, resserrent les passages... » — Antoine Diannyère, né à Moulins le 26 janvier 1762, mort en 1802, fut membre de l'Institut. Il a publié de nombreux ouvrages de littérature et d'économie politique.
(i) On dit aussi « l'Ours », mais le vrai nom, celui de l'époque gallo-romaine, est la Rose (l.-A. Rayeur : VAllier^ p. 15).
(2; Les Archives départementales possèdent les copies de plusieurs baux de propriétés ayant appartenu à l'abbaye et de quelques autres ; mais ces baux ne peuvent servir de point de comparaison pour établir le revenu des terres, car les contenances n'y sont jamais indiquées. Il semble seulement que les prix de ferme ne devaient guère être inférieurs à la moitié, pour les grandes propriétés, des prix actuels. Ainsi le fermage de Losme, propriété de la paroisse située sur la limite de celle de Bourbon, était, d'après un bail de 1788, le seul qu'il ait été possible de vérifier avec précision, de 1.056 livres pour quatre-vingt-dix septérées (nom de superficie contenant seize boisselées ou deux arpents) de terres, pâturaux et prés, soit un peu moins de quatre-vingt-douze hectares représentant environ 2$ francs d'aujourd'hui par hectare.
(5) Arch. de l'Allier, série L, district de Moulins, affaires diverses ; circonscriptions territoriales.
nant le cours de TAllier, dans la direction de Villeneuve. Une délibération du conseil général de la commune de Saint-Menoux, du 20 ventôse an III (10 mars 1795), dit que le chemin de Montilly facilitait les transports et Timportation de denrées « à provenance du port de Ray » (i) et « des bois de la forêt [Bagnolet], des vins de Montilly et Bagneux et des seigles récoltés dans ces contrées, les seules où le bourg pût s'approvisionner ». Cette rédaction laisse croire qu'il n'eût pas été possible de s'adresser ailleurs : c'est en partie exact, et l'impossibilité résultait, non de ce que d'autres paroisses à proximité de Saint-Menoux ne fussent pas aussi des lieux de production, mais de ce que les communications ne pouvaient être régulières avec elles, faute de bons chemins.
Le mauvais état des chemins — le grand souci des paysans d'alors, l'objet de leurs constantes lamentations, — rendait en effet le plus souvent les voyages difficiles, les travaux coûteux ; et ce mauvais état tenait à diverses causes, entre autres à ce que, dit encore Antoine Diannyère, « dans l'Allier les chemins n'ont jamais été faits... » Ils devaient, d'après lui, leur existence au hasard seul et offraient tant de difficultés que « quatre bœufs y traînent avec peine ce que deux bons chevaux conduiraient » (2).
Telle était la route de Moulins à Bourbon ou « grande route », et celle de Souvigny à Saint-Menoux. Pires encore les chemins reliant Saint- Menoux aux bourgs voisins, Autry, Agonges, etc., où la circulation se trouvait absolument interrompue en hiver (3) ; et quant à ceux qui en
(i) Près du village de Bagneux, en face de Villeneuve.
(2) V. à ce sujet un arrêté du directoire du département, du 8 germinal an m {28 mars 179$). — Avant la Révolution on réparait cependant les chemins à Saint- Menoux, ainsi que nous aurons à le constater.
[}) Les registres municipaux où il en est question contiennent dQs délibérations {2 et 7 février 1791 et celle citée plus haut du 20 ventôse an m). On lit dans la dernière ; « La rue allant de Saint-Menoux à Autry, appelée [significativement] la rue de Maupas, jusqu'à et y compris le gué de Battereau, de la rivière de Rose, de cinq à six cents toises, est impraticable presque en tout temps ; il est indispensable de la réparer, ainsi que légué..., sans quoi il est impossible de communiquer avec les communes d'Autry et de Meillers, à pied, à cheval ou en voiture... » Même observation pour le chemin de Saint-Menoux à Agonges jusqu'au moulin de Roussat, ainsi que pour celui de Saint-Menoux à la forêt par le Goutet
formaient les ramifications nécessaires et les auxiliaires, aboutissant aux fermes, ce n'était, pendant la saison pluvieuse, que bourbiers et ravins où sursautaient et s'enfonçaient les véhicules, mais où, si la circulation y était légère, l'herbe poussait en été à l'ombre des grands arbres des haies, formant en leurs méandres d'excellents pacages à moutons.
Les paysans n'étaient pas davantage favorisés sous le rapport de l'installation intérieure. Les constructions pour bêtes et gens, souvent en parpaing et pisé, couvertes de paille (i), n'offraient pas même de sécurité. Le sol des chambres, où s'accumulait une population dense et grouillante, n'était et ne sera longtemps encore que terre battue, et les cours dans les fermes des cloaques aux fortes émanations. Tout cela constituait des milieux délétères où succombaient les débiles (2).
et les Garandons, « qui communique aux ventes [exploitations] de ladite forêt, aux communes de Bagneux et Montilly, port de Ray, et qui établit avec toutes ces communes un commerce de toutes sortes de denrées et marchandises... » L'ancien chemin de Saint-Menoux à Moulins exige également, disent les officiers municipaux, des réparations « depuis le bout de la vieille levée {}) jusqu'au ruisseau de la Tardivonnerie, sans quoi on ne peut aller à Moulins par le chemin de traverse, plus court d'une lieue que la grande route ». — On ne doit pas oublier, toutefois, que les municipalités avaient l'habitude d'exagérer le plus possible leurs maux. « On peut aller facilement partout, les ruisseaux étant garnis de planches .. » répondait en 1785, avec beaucoup moins de pessimisme à l'archevêque de Bourges — dans un questionnaire dont il sera parlé — le curé de Saint-Menoux, Pallier, l'auteur même de la délibération de l'an m. — Le pont sur la Rose, route de Bourbon, est cité dans le Mémoire de la Généralité de Moulins^ de l'intendant Le Vayer, p. 164, publié par M. P. Flament, archiviste de l'Allier, comme étant « assez grand ».
(1} L'usage de la brique et de la tuile commençait à se généraliser. Il y avait une tuilerie dans la paroisse, aux Garandons, mais ses produits ne devaient pas s'écouler à grande distance, en raison de la difficulté des transports. Les domaines de l'abbaye étaient bien construits ; la remarque en est faite dans le cahier des chargées dressé pour l'adjudication du grand domaine du couvent. (Arch. de l'Allier, série Q. 67 ; 31 mai 179 1.) Parmi les bâtiments de ce même grand domaine, aujourd'hui appartenant à M. le docteur Léon Bruel, une vaste construction pour étables porte la date de 1780, inscrite dans son crépissage.
(2) Pendant les trois années 1787-1789 la proportion des décès fut de 4,5? 7*0 de la population contre 1,86 % en 1904-1906. La mortalité infantile était surtout énorme. Sur une population de i.ooo habitants environ le nombre des décès d'enfants au-dessous de quatre ans avait été de 19 en 1787, de 33 en 1788 et de 26 en 1780, soit une moyenne de 2,^1 "/o» plu> cie la moitié de la totalité, tandis que
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La plupart des terres de la paroisse étaient groupées en domaines dont en certains cas plusieurs, formant les grandes propriétés ou principaux fiefs, se trouvaient réunis.
La plus importante de ces grandes propriétés appartenait à M """ Géline- Françoisede Murard, femme de Jacques-Pierre Serre de Saint-Roman, conseiller au parlement de Paris (i). Elle comprenait les deux châteaux de Souys et de Cluzor, avec une réserve et sept grandes fermes (le Grand-Souys, les Garandons, Joux, Chancoux, Cluzor, les Vernelles et les Govignons) ; plus une tuilerie, un moulin et une locaterie. Une très belle habitation dont l'architecte aurait été, dit-on, Jules Hardouin- Mansart, surintendant des bâtiments du roi (2), avait été édifiée à côté de l'ancien Souys, abandonné aux métayers.
pendant les années 1 904-1 906 on ne compte, sur une population â /^e^ près supérieure de moUiét qu'un seul décès d'enfant de cet âge en 1904, 6 en 1905 et 2 en 1906. La moyenne de la vie humaine, pendant ces trois années, a dépassé 5^ ans, iklors qu'elle n'avait été que de 31 ans en 1789 et inférieure à 30 ans en 1788 et en 1787. (Registres paroissiaux et d'état-civil.) — On lit dans les Rapports de Jean Garnier : « la mauvaise nourriture et l'ignorance dans l'art de se gouverner en santé occasionnent beaucoup de maladies et il périt tous les ans, dans les campagnes, une grande quantité de colons, par incurie... »
(i) M"* de Saint-Roman en avait fait l'acquisition (devant Baron, notaire à Paris, 17 mai 177$), au prix déjà mentionné de 244.600 livres, dont 88.Ç00 pour Cluzor, de Claude- Parfait Amyot. Le grand-père de ce dernier, Nicolas-Pierre Amyot de Montérigny, avait lui-même acheté cette terre en 1720 de Jacques Faverot, seigneur de Saint-Aubin, à qui elle avait été vendue en 1692 par Marc- Antoine Gaudon, capitaine au régiment de Condé. (Sur les anciens possesseurs de Souys et Cluzor, v. : Noms féodaux ; Reg. paroissiaux de Saint-Menoux ; HUt. de Saint-Menoux^ p; 293 et suiv. ; et Extrait des Archives du château de Segange^ par M. du Broc de Segange, p. 141.)
(2) Souys serait alors antérieur de quelques années à 1708, date de la mort de Mansart, et la construction aurait eu lieu probablement en même temps que celle <ie ce pont de Moulins, dont il fut également l'auteur et qui s'écroula en 1710. Toutefois, on ne cite pas de documents à l'appui. — La tradition rapporte encore que c'est M"« de Montespan qui aurait fait édifier le château pour lui servir de halte quand elle allait prendre les eaux à Bourbon, où l'on sait qu'elle mourut en 1707 ; mais est-il vraisemblable qu'elle ait eu ce caprice d'une habitation de «ette importance, écartée de la route, sur le terrain d'autrui et pour des besoins «ussi momentanés ?... Ce qui le serait davantage ce serait que Faverot, s'étant <nis en dépense pour se loger d'une manière plus conforme à son rang qu'il ne rétait dans le trop modeste manoir des Gaudon, ait été admis à faire à la célèbre
Venaient ensuite Lamotte et Lépaud. Lamotte paraît avoir été beaucoup moins considérable que Souys et Cluzor, si on en Juge par des actes ultérieurs à la Révolution (i), qui lui attribuent néanmoins trois domaines (la Vallée, la Breure, Jayère) et quatre locateries, avec le château et la réserve. Le possesseur était un de Vie de Pontgibaud, et antérieurement les Guillouet (2), après les Catriot (3) et les d'Anlezy (4).
Rien ne rappelle à Lamotte les seigneurs de jadis ; à la place où ils ont vécu une demeure toute moderne, d'où la vue plane sur Tagreste vallée du Chamaron, minuscule affluent de la Rose caché sous les ronces et les aulnes, existe maintenant.
Lépaud, dont on aperçoit, à gauche de la route de, Bourbon, le petit château restauré, s'ajoutait aux nombreux biens du chevalier Pierre- Joseph Renaud de Boisrenaud (5). Une réserve et quatre domaines (la Pâquette, Piquet et les deux Losme (?) en dépendaient (6).
L'abbaye possédait aussi dans la paroisse plusieurs fermes. Il en sera question plus loin.
Citons également les petits fiefs : Lavin, le Goutet, Bigut.
voyageuse les honneurs de sa nouveUe demeure, et de là, peut-être, le point de départ de la légende, il est possible aussi que Faverot se soit ruiné à la fois à bâtir et à recevoir la duchesse, car quand il vendit son bien, quelques années après, il Tétait en effet.
(i) HisL de Saint-Menoux, p. 304.
(2) Noms féodaux^ en 1684 et en 17 16.
(?) Reg. paroissiaux de Saint-Pierre des M énestraux ; 6 décembre 1639.
(4) Reg. paroissiaux de Saint-Menoux : 22 avril 1^97 et 21 avril 1600; Noms féodaux.
($) Sa mère, M™« Rose-Josèphe Cardon, veuve de Henri-Pierre-Jacques Renaud de Boisrenaud, mort avant 1769, ancien capitaine au régiment de Lévy- Cavalerie, chevalier de Saint- Louis, lut avait fait l'attribution de la terre de Lépaud dans le contrat de mariage (13 novembre 1769}, à Bar-sur-Ornain [Barle-Duc], de son frère aîné Antoine-Louis-Joseph, chevalier, seigneur des comté de Sagohne et baronnie de Jouy ; et son père l'avait lui-même achetée, en 174Ç, avec les Vesvres et Embourg, paroisses de Bourbon et Souvigny, du comte d'Evry. (Arch. de l'Allier, série E. 1658-1660.) Antérieurement, depuis la fin du xvi« siècle, Lépaud appartient à la famille Feydeau, pour passer, à la fin du xvri«, à celle de Coiffier.
(6) Arch. de l'Allier, série Q. 241.
Lavin est le seul dont il ait été possible de connaître Tétendue «xacte (quatre-vingt-douze hectares) (i). L'ancienne maison est restée intacte, de même que le castel — plus digne d*intérêt, — du Goutet, où vivaient, réfugiés dans ce faible noyau des grands biens de leurs •ancêtres, les deux frères Aubery.
Bigut, situé sur la lisière de la paroisse d'Autry, était habité par le chevalier de Jarsaillon, qui fut le premier maire de Saint-Menoux. Avant la Révolution on qualifiait de château ce rustique logis, — simple rez-de-chaussée flanqué au pignon sud d'une petite tour {2), et qu'entouraient en demi-cercle des granges et étables, — mais depuis longtemps a été abandonnée l'habitude de cette appellation trop flatteuse. C'était le type parfait de la vraie gentilhommière, où certains nobles campagnards peu fortunés, d'autrefois, se résignaient à vivre pour ne pas risquer d'humilier un nom que leur trop modique avoir ne leur eût pas permis de soutenir honorablement à la ville.
Le chevalier de Jarsaillon ne possédait Bigut que depuis 1782. Il en avait fait Tacquisition de Jacques de Dreuille, qui lui-même avait pris la place des Aubouer, que Ton voit pendant tout le xviii* siècle et presque tout le xvii®, généralement en discussion avec leurs voisins pour finir, semble-t-il, par se ruiner en procès (3).
Les petits propriétaires étaient-ils nombreux dans la paroisse ? C'est une question qui a été posée et Test encore pour la France entière sans avoir été complètement élucidée (4). Nous n'avons pas de renseignements positifs à ce sujet sur Saint-Menoux, mais à défaut d'un rôle de
(i) Appartenant à Claude Deschamps de Bisseret, de Lavault-Sainte-Anne, mort 16 20 mai 1789. Ce fief provenait (xvii« siècle et jusque vers la fin du xviii») des comtes de Coiffier.
(î) Cette tour subsiste, mais endommagée par des éboulements. Avant de récentes réparations, Bigut n'avait subi aucun changement dépuis la Révolution. Une petite chapelle extérieure, qui masque un peu la façade, porte en clé de voûte un écusson intraduisible.
(5) V. Arch. de TAllier, série B. 167 et série E. 1139-1141. — Antérieurement à i6n on trouve à Bigut des Teneuille ou Theneuille, et avant eux les Esgrin, seigneurs de Laugère, la Forêt, Joux, etc.
^4) E, Champion, la France ^ 17S9, dans VHist. généralCy de Lavisse et Rambaud, VIII, 18. — V. aussi dans la Réi/olution française^ revue, xxxiv, p. J70, un «rticle de M. Aulard.
collecteur OU autre pièce administrative du temps, signalons un état des revenus de la commune, du 15 prairial an xi (5 décembre 1802), dont les Archives départementales possèdent quatre feuillets sur cinq(i). Sur quatre-vingt-sept contribuables fonciers qui y sont nommés, la plupart sont de petits propriétaires déjà qualifiés tels, ou leurs auteurs, pendant ou au début de la Révolution, dans des actes de vente (2) ou procès-verbaux d'élections.
Un autre document, du 19 mai 1792 (3), qui est un récolement établi par Jacques Boirot, avoué à Moulins, de sa ferme des Epignauds, dont il venait de faire l'acquisition et provenant de l'abbaye, tendrait encore à indiquer que la propriété n'aurait guère moins été morcelée, dans la commune, qu'aujourd'hui, si quelques ventes en détail n'eussent eu lieu ultérieurement à la Révolution. L'étendue de cette ferme était de cinquante et un hectares, et dans la désignation sont nommés treize petits propriétaires voisins. Nous n'en savons pas davantage sur cette question.
La population du bourg, avons-nous dit, était de cinq cents habitants environ. Elle se composait, suivant les expressions qu'employait, en 1786, le curé, répondant à un questionnaire de l'archevêque de Bourges (4), de « 300 communiants et à peu près 200 enfants ». Et d'après lui les gens de campagne auraient été plus nombreux car la paroisse entière, ajoutait-il, comprenait 700 communiants, c'est-àdire 400 pour la partie rurale ou, en y ajoutant les enfants dans la pro-
(i) Arch. de TAHier, série GG.
(2] Dans plusieurs actes de vente coDcernaut de petits propriétaires, nous avons observé que les parcelles sont presque toujours limitées par d'autres petits propriétaires.
(3) Obligeamment communiqué par son possesseur, M. Tabbé Moret.
(4) Copié à la suite d'un cahier contenant la table des actes paroissiaux de I70<> à 1792. (Arch. de l'Allier, série GG. 12.) L'abbé François Pallier, curé de Saint-Menoux, avait dressé cette table lors de sa nomination comme officier public chargé de la tenue des actes de l'état civil, le 9 décembre 1792. Le questionnaire était dç ceux que, sous l'ancien régime et en application de décisions synodales, l'autorité ecclésiastique adressait périodiquement aux curés pour se renseigner sur l'état des paroisses.
portion indiquée pour le bourg, 1.200 âmes au total. Mais l'exagération est* évidente puisqu'on verra, par le recensement de 1790, mentionné en un procès-verbal de la municipalité du 2ç août, que cette population totale ne s'élevait qu*à 1.008 habitants (i).
Dans cette petite communauté, ainsi que Ton disait alors, étaient représentés les trois ordres. Au sommet de Téchelle figurait naturellement Tabbesse, M*"* Andrée de Sainte-Hermine, ayant rang de seigneur. Elle était d'une famille fort ancienne possessionnée en Poitou, Limousin, Saintonge et Angoùmois (2), et abbesse depuis 1759. ^^^® avait vingt-neuf ans quand elle signa son acte de profession, étant née paroisse de Mosnac, diocèse d'Angoulême, le 23 février 1729 {3), de Hélie de Sainte-Hermine la Barrière, chevalier, seigneur de Saint-Laurent de la Barrière, et de Magdelaine de Boisr^gon (4). Elle paraît avoir exercé ses pouvoirs seigneuriaux, — presque une petite royauté (5) avec non seulement un titre et des droits honorifiques, mais aussi des droits utiles et effectifs, — d'une façon plutôt débonnaire et familiale, comme il convenait à. son sexe.
Dans son abbaye elle avait toujours vécu entourée de quelques-uns de ses parents, dont plusieurs y avaient même contracté des habitudes sédentaires. Sa sœur cadette, Louise-Madeleine, née le 25 août 1734 —
(1) Un autre recensement, mais argué de faux et inscrit le 15 décembre 1790 au registre de la municipalité, donne les chilTres suivants : habitants du bourg, 4^2 ; de la campagne, 4^4. Il sera parlé plus loin de ce recensement, qui fut l'occasion d'un curieux incident.
(2) V. Généalogie des maisons Irland et de Sainte-Hermine, Bibliothèque municipale de Moulins. — L'abbesse de Saint-Menoux était d'ailleurs nommée par le roi et « toujours prise parmi les familles de la plus haute noblesse ». {Abrégé de la Géographie du département de VAllier^ par Alary, p. $6 ) — Un comte de Sainte- Hermine, neveu de l'ancienne abbesse, fut préfet de l'Allier (1832), et il y a quelques années un marquis du même nom était député de la Vendée.
(3) Arch. de l'Allier, série Q. [Résumé de la situation active et passive de l'abbaye; pièce contenant la liste des religieuses, avec la date de naissance de chacune.)
(4) Ainsi nommée au registre paroissial de Saint-Menoux. Sur un extrait de celui des naissances de la paroisse de Mosnac (canton de Châteauneuf, Charente], on lit: « Louise-Magdelaine Fé ».
(5) Le, siège où elle prenait place dans le chœur était appelé : le « trône », ou « trône abbatial. » (V. un procès-verbal d'installation de l'abbesse Marie de Soudeilles, en 1748 ; Hist. de Saint-Menoux, p. 198.)
également à Mosnac, — y résidait constamment et s'y maria deux fois : le 29 avril 1777 avec François- Pierre de Lafitte, de Poitiers, ancien capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, âgé de 52 ans, qui mourut presque aussitôt après ; et le 6 septembre 1779 avec Louis- Pierre Irland, aussi de Poitiers, chevalier de Saint- Louis, né à Saint- Benoît de Quinçay, le 13 octobre 172^ (i). Sur le registre paroissial qui constate son premier mariage, Louise- Madeleine est désignée comme « pensionnaire de Tabbaye de Saint-Menoux ».
M*"* de Sainte-Hermine avait auprès d'elle les religieuses de chœur : Marie-Thérèse de Courtais, Marie-Joséphine Maréchal, Antoinette Delaire, Marie Deschamps de Pravier de Belfond, Marie-Anne Dubroc, Anne-Catherine- Françoise de Bosquillon de Frescheville, dite de Saint- André, Marie- Hélène- Adélaïde Maquet de Barbodière de Mariilly, Jeanne- Madeleine-Cécile Duverne et Magdelaine Aucapitaine ; puis deux converses : Marie Allard et Marie- Anne Lebrun, avec une sœur donnée, Marie Vedet. La doyenne, Marie Allard, était âgée de soixante-dix ans et la plus jeune, Magdelaine Aucapitaine, de vingtquatre (2).
(i) V. pour les renseignements ci-dessus, indépendamment des deux mariages de M»"* Irland, mentionnés aux reg. paroissiaux de Saint-Menoux, Arch. de l'Allier, série Q. 6. ISHist. de Saini-Menoux contient également des détails sur La famille de Sainte-Hermine, p. 202 et suiv.
(2) Voici d'après le document des Archives déjà cité en note p. 29, Tâge de chacune d'elles et la date d'entrée au monastère de quelques-unes, suivant les actes de profession produits devant la municipalité, le 19 janvier 179 1, ainsi qu'on le verra.
Religieuses de chœur : la soeur de Courtais, née le 2 février 1724; la sœur Maréchal, née le 18 mars 1753; la sœur Delaire, née le 29 octobre 17^5,61 profession le 14 août 1754 ; la sœur Deschamps, née le 12 juillet 1737, fit profession le 22 octobre 1754 ; la sœur Dubroc, née le 2 février 17)8, fit profession le 26 janvier 1765 ; la sœur de Frescheville, née le 24 octobre 1748, fit profession le 8 novembre 1774 ; la sœur Maquet, née le 18 août 17^6, fit profession le
22 juillet 1776; la sœur Duverne, née le 24 juin 1763, fit profession le 3 juin 1783 ; la sœur Aucapitaine, née le 16 février 176^.
Sœurs converses : la sœur Allard, née le 12 juillet 1719, fit profession le
23 mai I74Î ; la sœur Lebrun, née le 24 janvier 1724.
La sœur Marie Vedet, née le 28 janvier 1726, s'était « donnée à l'abbaye par acte capitulaire du 7 janvier 1760 ».
Les Bénédictines de Saint-Menoux avaient été plus nombreuses aux époques
Un aumônier, le bénédictin dom Pierre-Joseph Bizot (i), assurait le. service du culte au monastère tout en vaquant à Tadministration des biens. Le clergé comptait en outre le curé et un ancien trésorier de la Sainte-Chapelle de Bourbon, en retraite, Maurice Deschamps de Pravier, retiré à Lavin.
De nobles il n'y avait que le chevalier de Jarsaillon, les frères Aubery du Goutet et le chevalier Irland. Les autres personnages titrés, posses-sionnés dans la localité, n'y faisaient que de courtes et lointaines apparitions.
Deux notaires étaient installés au bourg (2) : Guillaume Aucouturier, s'intitulant aussi notaire de Souvigny, où il se transportait à jours fixes pour passer des actes, et qui cumulait avec sa charge la fonction d'officier de la justice seigneuriale, et son collègue Jean-Baptiste Chabrol (3). Un huissier, Jean Blondin ; deux chirurgiens (4), Steuf et Rolland, et quelques rentiers dont Etienne Archambault de la Thuillerie (5) com-
antérieures. Du temps de Nicolas de Nicolay, c'est-à-dire avant 1569, on en comptait vingt-neuf (Générale Description du Bourbonnais, édit. Vayssière, 11, 11^3). — En 1686 il y en avait vingt, d'après le Procls-uerbal de la Généralité de Moulins^ de l'intendant Florent d'Argouges, et seize en 1727 (Hist, de Saint-MenoUx, p. IQ2).
(i) Dom Bizot était aumônier de l'abbaye depuis peu, ayant succédé à dom Coussot, également religieux bénédictin de l'ordre de Cluny.
(2) Le nombre des notaires de campagne était considérable. Il s'en rencontrait jusqu'en de simples hameaux. Ils ajoutaient parfois au produit de leur étude d'autres professions comme celle d'aubergiste. En 1702, Marc Blanzat, prédécesseur médiat d'Aucouturier ou de Chabrol, est notaire royal à Saint-Menoux et < hôte de la Tête-Noire », dont le tenancier sera plus tard l'huissier Jean Blondin. (Arch. de l'Allier, série E. supp.. Inventaire^ i, 75?.)
(}) Chabrol mourut le 26 mars 1791 (Arch. de l'Allier, série E. supp., Ibid, i, 758), et n'eut pas de successeur, ainsi qu'on le voit dans une lettre du 28 février 179) du procureur de la commune au procureur-syndic 011 on lit : « Il n'y a dans notre municipalité qu'un notaire, qui est le citoyen Aucouturier... »
(4) Médecins d'un ordre inférieur, et non des praticiens s'adonnant aux opérations chirurgicales, comme on le pourrait croire. Le médecin des religieuses était Faye, de Bourbon.
(5) Ce dernier habitait Saint-Menoux depuis peu. Dans un acte passé devant les notaires de Bourbon-PArchambault, le 10 mai 1785, il est qualifié de « bourgeois et garde à la monnaie ». Lui et Claudine Cottin, sa femme, « demeurant ensemble en la ville de Moulins, paroisse de Saint- Pierre d'Iseure », font donation du « bien de la Thuillerie », situé paroisse d'Agonges, à « messieurs maîtres
plétaient le groupe de la bourgeoisie, pour la plupart gens d'allures bien modestes avec qui allaient de pair les petits propriétaires, les marchands, les fermiers, les entrepreneurs (i). Quelques fermiers avaient même sur eux la supériorité de la fortune acquise, de tout temps la plus réelle et en tous cas la plus enviée.
Le peuple proprement dit, classe de beaucoup la plus nombreuse, ce qui constituait aussi une supériorité, qui bientôt allait devenir effective, comprenait les métayers et les journaliers, dont il serait intéressant de connaître la situation.
Dans tout le royaume, ainsi qu'en font foi les cahiers de doléances, cette situation était précaire. Les cultivateurs récriminaient beaucoup contre la taille et les droits. Ce qui est certain, c'est que les auteurs du temps, de toute opinion, ont laissé un tableau très sombre des conditions d'existence des habitants des campagnes en 1789. Les hommes et les femmes y étaient mal vêtus (2), ne mangeant que du pain de seigle « dont ils n'enlevaient même pas le son le plus grossier... », rapporte Jean Garnier; et quant au vin, « il ne s'en consommait que dans les cabarets ».
La condition des gens vivant de salaires journaliers devait être plus pénible encore que celle des métayers, à cause des chômages, sans lesquels ils n'eussent pas éprouvé trop de privations, surtout depuis que la liberté du tissage, auquel s'employaient nombre d'individus, avait été accordée. La journée des maçons et couvreurs à paille était payée, en 1790, 18 sous; des tailleurs de pierre, charpentiers et charrons, 2<, ;
Etienne Archambault, avocat en parlement, et Charles Archambaultde la Perrière, notaire et procureur au bailliage, pairie et maîtrise royale des eaux et forêts en la ville de Nevers, tous les deux frères germains, demeurant en ladite ville de Nevers, cousins issus de germains desdits sieur et dame Archambault de la Thuillerie... » (Arch. de l'Allier, série B. 798.)
(1) Sous l'ancien régime on était très attentif à se faire attribuer la qualité à laquelle on avait droit, surtout quand ce droit était contestable. Le bourgeois ambitionnait constamment de passer dans la classe de la noblesse, et l'artisan de devenir bourgeois. Dès que l'on cessait de se livrer à un travail manuel on était apte à se dire bourgeois : ainsi Pierre Tridon, garde des forêts à Saint-Menoux, est qualifié tel dans un procès-verbal d'élections de la municipalité, du 21 novembre 1790.
(3) Arlhvw Young, t, 107.
des menuisiers, 22 ; des aide-maçons et manœuvres, 12. Les peigneurs de chanvre gagnaient 6 liards la livre, de laine 3 sous (i). Ces chiffres sont faibles assurément, mais pour en tirer des conséquences, on ne doit pas perdre de vue la différence de la valeur de Targent, et qu'on vivait alors à meilleur marché. Ce ne sont donc pas là des prix de famine ; seulement il eût fallu travailler tous les jours.
Pour les salaires à Tannée, on peut citer, à titre d'indication, que les gages de deux gardes au service de Tabbaye étaient de 100 livres pour -chacun; que la femme de chambre de Tabbesse recevait la même rsomme (2), et que les dépenses pour gages, nourriture et « frais y relatifs » de quinze domestiques occupés à ladite abbaye sont évaluées à 2.800 livres (3). Ces domestiques, des ouvriers agricoles, un jardinier, des fjeçnmes affectées au service intérieur, des filles de basse-cour, devaient être rétribués très inégalement.
Le nombre des indigents était relativement élevé. D'après le pro- <:ès-verbal du 29 août 1790, sur 3.602 habitants que contenait le canton, •99 ne payaient aucune taxe et un nombre égal n'était imposé qu'à une ou deux journées de travail. Il y avait 35 vieillards hors d'état de travailler, 42 infirmes, 121 enfants de pauvres au-dessous de quatorze ans, ne pouvant gagner leur vie, 88 indigents malades et 3 vagabonds ; en tout j2o8 indigents. La proportion n'est pas établie pour Saint-Menoux, mais il est certain qu'on reste au-dessous de la vérité en lui attribuant les trois quarts de ce total. Il n'y aurait donc pas eu moins de 150 individus recevant la charité à Saint-Menoux, le septième de la population, bourg ^t campagne. Ce fait serait en contradiction avec ce que nous avons dit des conditions économiques de la paroisse, si Ton ne savait que la jnendicité venait de loin solliciter les établissements monastiques, et
^i) Prix indiqués dans un procès-verbal de la municipalité du 2 novembre 1793. Il n'est pas fait mention que la nourriture y fût ou non comprise, et les prix usités pour les femmes n'y sont pas portés. — V. sur les salaires de journaliers de -campagne en d'autres régions, pendant le règne de Louis XVI, E. Levasseur : les Classes ouvrières en France avant lySp^ 11, 887 ; et le vicomte d'Avenel : Hist. éco' jiomique de la propriété et des salaires en France^ iv, 574.
(2) V. arrêtés du département et du district, 27 juillet et 2 août 1792.
(}j Reg. municipal, 26 février 1790.
que celui des Bénédictines de Saint-Menoux était réputé pour être un des plus riches. D*ailleurs Tabbaye eut, ainsi qu*on le voit dans la déclaration du 26 février 1790, jusqu'à sa dissolution un service de secours organisé. Trois fois la semaine, était faite t une aumône consistant en pain à tous les pauvres de Tendroit, qui sont en grand nombre dans le bourg » ; et on y ajoutait pour chacun « aux trois jours de distribution une portion de fèves cuites ou crues pendant le carême ». Les ouvriers eux-mêmes avaient recours, pendant la longue saison d'hiver, aux moments de détresse, à ces largesses. Le procès-verbal du 29 août le donne d'abord à entendre, car il comprend parmi les nécessiteux « un grand nombre de journaliers, de femmes veuves et d'enfants en bas âge » ; puis il le dit clairement quand il ajoute que « le défaut de travail et d'occupations utiles dans le bourg... occasionne la mendicité », à laquelle on obvierait, ajoute-t-il, « par des ateliers de charité dans le canton, un établissement de filature, un hospice pour les malades pauvres, un bureau de secours dans chaque municipalité et la diminution des impôts, dont la surcharge a été jusqu'à présent une cause réelle de misère >».
On se demandera quel était, dans ce milieu, le degré d'instruction,, car il est toujours intéressant d'être fixé sur ce point. La question de l'enseignement était alors subordonnée à des circonstances particulières, puisqu'il n'existait pas encore, on le sait, d'organisation générale à ce sujet ; mais les cahiers des trois ordres réclamaient un plan d'éducation nationale sous la direction de l'Etat (i), et c'était le vœu unanime. Jusque-là Tunique condition, semble-t-il, pour ouvrir une école dans les bourgs avait été d'obtenir l'agrément du pouvoir local.
(i) Les cahiers des trois ordres du Bourbonnais demandaient : celui du tiers, « qu'il soit fait une réforme dans les universités et dans les collèges », sans spécifier à l'égard de l'enseignement populaire ; ce.lui du clergé, « un plan d*éducation commun à tous les collèges » et « qu'il soit aussi établi des maîtres d'école dans chaque paroisse » ; et celui de la noblesse, « qu'il soit pourvu par les Etats généraux aux moyens les plus avantageux d'améliorer l'éducation publique, cette éducation pouvant seule donner l'espoir de voir multiplier les citoyens utiles à la patrie ». (Bull, de la Soc. d'ém. de l'Allier, m, 195-521-340.)
Il y avait une école h Saint-Menoux (i), mais comment au juste elle était organisée et si ejle était très fréquentée, c'est ce que nous ne saurions dire. Nous remarquerons seulement que les procès- verbaux de séances municipales ou d'assemblées primaires, par les signatures qu'ils portent, montrent que le nombre de ceux qui savaient lire et écrire était relativement élevé ; et sous ce rapport il semble que depuis une vingtaine d'années des progrès assez sensibles avaient été réalisés, car dans une « délibération d'habitants » du 10 décembre 1769 (2) quelques-uns è peine peuvent signer avec le notaire. Le syndic et le collecteur <i porte-bourse » se trouvaient parmi les illettrés.
On observe aussi sur les registres municipaux que toutes les. signature sont celles de fermiers, marchands, petits propriétaires, gens de métiers ou bourgeois, presque jamais de métayers. C'est que les métayers ne se souciaient pas de l'école. De bonne heure ils employaient leurs enfants à la garde des troupeaux, et l'idée de se priver des services d'un pâtre ou d'un berger, qui ne leur coûtait rien, pour l'envoyer che2 l'instituteur en rétribuant par surcroît ce dernier, n'avait pas de sens à leurs yeux. De cette manière de voir, qui longtemps subsistera, il résultait que les paroisses absolument rurales ne possédaient pas d'écoles, à moins de fondation ; et dans ces petites paroisses il se rencontrait parfois qu'aucun individu ne savait lire ni écrire. C'est ce que l'on voit mentionné par les membres et procureur-syndic du bureau intermédiaire du département de Moulins, lors de la vérification des
(i) Les registres paroissiaux en fournissent la preuve. Le 3 avril 1677, au bas d'un acte de décès figure la signature d'Antoine Chambe, « maistre d'escholle à Saint-Menoux » ; le 25 janvier 1780, c'est l'acte de mariage d'Etienne-Jacques Desvernes, « maître d'école en cette paroisse », âgé de 40 ans, veuf en premières noces de Françoise Thauveron, avec Anne Lavignot, âgée de 25 ans, originaire de Châtillon, domestique de ferme à Autry, au domaine des Barons. Enfin, le 18 février 1789, était inscrit le décès de François Petit, âgé de 72 ans, également qualifié de « maître d'école à Saint-Menoux ». — A observer aussi que dans un « état de consistance et d'évaluation des biens nationaux restant à aliéner au i*^ prairial an v (20 mai 1797) dans le département de l'Allier (Arch. de l'Allier, série Q.), mention est faite de la.« maison du collège et jardin, situés à Saint- Menoux ». Il est impossible de ne pas faire à ce sujet un rapprochement avec l'instruction.
^2) Acte d'Aucouturier (aux minutes de M« Dousson, notaire à Souvigny),
procès-verbaux des municipalités de 1788 (i). « On ne peut se dissimuler^ y est-il dit, qu'il y a des paroisses où il est impossible d'exécuter strictement le règlement [du 10 août] par la raison qu'il n'y a pas de sujets qui soient assez instruits ou même qui sachent écrire ; d'où suit l'impossibilité de faire le choix d'un syndic qui y soit domicilié. » Pour tourner la difficulté on était obligé de réunir plusieurs collectes.
Quelques détails locaux sur l'application des droits féodaux trouveraient ici leur place, mais nous n'en savons que fort peu de chose, et ces droits n'ont pas laissé de souvenirs parmi les gens de campagne, si ce n'est la dîme, restée vaguement légendaire.
D'après Auroux des Pommiers, la dîme était à l'origine « la portion des fruits de la terre et des troupeaux que les fidèles sont obligés de donner à l'église pour l'entretien des ministres ecclésiastiques » ; d'où, il suit qu'en principe la dîme d'une paroisse appartenait au curé. En fait, le curé était le moindre décimateur, parce que les évoques et les papes avaient donné autrefois des paroisses à des monastères/ ou en fief à des seigneurs, à la charge de se constituer les protecteurs de l'Eglise. La dîme était par suite devenue une propriété divisible et transmissible comme toute autre et se donnant à bail.
II y en avait de plusieurs sortes dont la principale, la grande dîmCy. se percevait sur les gros fruits, blé, vin, orge, seigle, avoine. A Saint- Menoux elle appartenait à l'abbaye, et il sera plus tard question du bail. La « petite dîme » de Bigut, perceptible sur les paroisses de Saint-Menoux et Autry, et celle de a Pouilly » {2), près les Ramées, indivise avec les Bénédictins de Souvigny et perceptible paroisses de Saint-Menoux, Souvigny et Marigny, lui appartenaient également.
Il n'est question nulle part de menues dîmes. Elles étaient sans doute levées directement.
(1) Arch. de TAllier, série C. 72. — Une lettre du maire de Marigny au procureur-syndic mentionne que dans sa paroisse lui seul et le curé savaient lire et écrire. (Arch. de l'Allier, série L. 566.)
(2) On dit aujourd'hui Ripouly. Par « petite dîme » on entendait sans doute en ce cas des dîmes peu importantes et non des » menues dîmes », s'appliquant en droit féodal à des produits secondaires, pois, raves, fèves, etc., qu'on appelait encore « vertes dîmes ».
La dîme ne représentait pas forcément le dixième de la récolte. La quotité variait suivant les localités, et les prix de ferme éprouvaient une dépréciation sérieuse du fait des difficultés dans la perception que savait susciter aux fermiers la ruse des décimés (i).
L'abbaye possédait en outre la laide perceptible dans le bourg de Saint-Menoux (2).
Quant à des droits de banalité, il n'en est nullement question dans la déclaration des biens faite par l'abbesse, et les ventes ultérieures ne comprennent ni moulins ni fours banaux. L'abbaye ■ avait bien été propriétaire de deux moulins situés sur le ruisseau du Goutet, antérieurement à 1764 (3), mais non banaux et que Ton avait démolis depuis. D'après la « coutume » du Bourbonnais il fallait du reste pour acquérir la banalité avoir titre ou une possession trentenaire. Aux xvi* et XVII* siècles il y avait plusieurs autres moulins dans la paroisse appartenant à des laïcs (4) et il paraît certain que ce droit féodal n'y fut jamais en usage.
La présence d'un four banal au bourg n'est pas constatée davantage. Les registres paroissiaux seuls contiennent une indication assez lointaine à cet égard (5).
Ce dont les cultivateurs se plaignaient beaucoup aussi, c'était de l'abus des droits de chasse, mais encore à cet égard, la paroisse était de celles qui pouvaient se dire favorisées. L'abbesse n'en avait souci que pour l'approvisionnement en gibier du couvent, ce dont se char-
(i) V. Auroux des Pommiers, i, art. xxi {De la manière de leuer et payer décimes) ; notamment p. 4^. — La loi du 4 août 1789 abolit les dîmes ecclésiastiques et déclara rachetables les autres, qui furent elles-mêmes supprimées ensuite (14 avril 1790). La loi du 5 novembre suivant excepta les dîmes inféodées^ prix d'une concession de fonds.
(2) Le droit de laide s'exerçait sur toutes marchandises, denrées et bestiaux vendus aux foires et marchés. 11 n'était dû que par les forains et les étrangers. Les « droits de place » établis de nos jours en sont la représentation.
(3) Arch. de l'Allier, série B. 875. — V. aussi série C. 114.
(4} Sur la Rose, à Battereau et à Roussat (le seul qui reste), et sur le Chamaron, aux Megnants. (Arch. de l'Allier, série B. 167.)
($) Le 2$ janvier 1711 est inscrit le décès de Louis Guinchard « fermier du four banal de Saint-Menoux ». {Arch. de l'Allier, série E. suppl., //?;;., 1, 7^4.
geaient aisément les gardes ; et parmi les seigneurs, seuls le chevalier de Jarsaillon et les frères Aubery, peu en situation de se livrer aux grandes chasses, résidaient à Saint-Menoux. Les autres n'y faisaient que de rares apparitions et non pour goûter ce plaisir. Les métayers et petits propriétaires en étaient donc moins incommodés que de nos jours par les porteurs de permis.
Les colombiers existant dans tous les châteaux et dont les volées s'abattaient sur les guérets à Tépoque des ensemencements, donnaient lieu à de plus légitimes récriminations ; mais déjà, de même que pour la chasse, le préjudice offusquait moins que le privilège.
Nous n'avons pas de renseignements se rapportant à la localité sur d'autres droits féodaux, ni sur la répartition et le recensement des impôts ; à cet égard il faut s'en tenir aux faits généraux.