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Les biens de Pierre-Joseph de Boisrenaud furent vendus, savoir :
Les Vesvres (propriété située en partie seulement sur la commune de Saint-Menoux), le 6 thermidor an iv (24 juillet 1796), à Gilbert Desbordes, fermier, au prix de 14.410 francs, et les Nizons le 28 fructidor suivant, au mûme, pour 6.873 francs.
Lépaud fut adjugé également le 28 fructidor, à Pierre Thibaud et aux deux frères Bichon, tous les trois indivisément, pour 51.103 francs (i).
M""* de Boisrenaud mère dut, comme ascendante d'émigré, procéder
(i) Ces trois ventes eurent lieu d'après un système établi par une loi du 28 ventôse an iv, sans adjudication.
avec la République au partage dont il sera parlé plus loin. D'après cet acte, le domaine de la Meschine, situé sur les communes de Souvigny, Autry et Saint-Menoux, fut attribué à la nation et vendu le 15 nivôse an VII (4 janvier 1799), ^ ^^^^ Rondepierre et François Chenebrard, de Souvigny, au prix de 9.200 livres (i).
En même temps (12 thermidor an iv) que la Garenne, qui lui était contiguë, on avait aussi vendu la « forêt de Lépaud »,* du domaine de la Couronne, également à Joseph Franque (2). Prix : 26.400 francs.
Dans le procès-verbal d'estimation de cette forêt (29 prairial), annexé au procès-verbal de vente, les experts avaient mentionné que « le bois était très mal gardé ». Fallier, commissaire du directoire exécutif, avait ajouté que « si la vente de la Garenne n'était pas simultanée à celle de la forêt, les dilapidations, qui se partageaient, se réuniraient toutes dans la partie à vendre, par la raison que les bois des particuliers sont moins exposés au vol et au pillage que les bois de la nation (3) ». Cette manière de voir avait été adoptée.
Il résulte de la désignation que l'étendue de cette « forêt » était d'environ cent dix-huit arpents (4), se divisant en deux parties, l'une à
(i) Le système des adjudications avait été remis en vigueur.
(2) V. ci-dessus, p. 180, le tableau des ventes provenant de l'abbaye.
(3) Pendant tout le cours de la Révolution, les taillis et forêts furent, en effet, constamment mis en état de dévastation, ainsi qu'en témoignent une infinité de délibérations des administrations de département et de district. Les citoyens, même les gardes chargés d'empêcher les dégâts, se livraient partout aux déprédations les plus audacieuses, dont nous trouvons un exemple caractéristique dans un arrêté du département du 20 mai [792, rendu sur procès-verbal de Jean Loyard et de Jean Montillié, maire et officier municipal. Assistés d'Etienne Aucouturier, caporal de la garde nationale, et de Joseph Guelin, charpentier, ils avaient surpris un garde à cheval des eaux et forêts, accompagné de son métayer et d'un domestique, « en flagrant délit dans la forêt de Lépaud, où il faisait couper pendant la nuit des arbres qui étaient ensuite chargés sur une voiture à bœufs et conduits à son domicile ». Le curieux c'est que ce singulier garde ne fut même pas révoqué. Philibert Blondin demanda sa place et on lui répondit (12 floréal an m) « qu'aucune plainte n'avait été portée contre lui, et qu'on ne pouvait dépouiller l'un pour investir l'autre ».
(4) Lépaud, comme Bagnolet, dépendait de la maîtrise de Moulins. On voit l'une et l'autre figurer dans un Etat des grandes et petites forêts des maîtrises de MoulinSf Montmarault et Cérilly..,^ la première pour 117 arpents 3/4 et la deuxième pour 3.836 arpents. (Arch. de TAllier, série B. ; maîtrise de Montmaraultj.
droite de la grande route de Moulins à Bourbon, et Tautre à gauche. Elle se composait d'un « bois futaie âgé de soixante à quatre-vingts ans, dans lequel il était resté beaucoup de vieux chênes très anciens, qui n'éta?ent plus propres qu'à faire du bois de chauffage » (i). La partie située à droite de la route ne comprenait pas plus de vingt-huit arpents, dont les six-huitièmes étaient des clairières, beaucoup plus rares à gauche. Il n'existe pas, pensons-nous, d'autres biens de la commune ayant été vendus comme nationaux (2), mais plusieurs furent, en application d'un décret du 17 frimaire an 11 (7 décembre 179?), mis sous séquestre. Il n'est peut-être pas sans intérêt d'en dire quelques mots.
Biens d'ascendants séquestrés — Petit- Bourg bt la Meschinb — Souys et
Cluzor — Lavin.
JJ'après un décret de frimaire an m et un autre du 9 floréal (28 avril 1794), les biens des pères et mères ou autres ascendants d'émigrés étaient, sans autre raison que celle de la parenté, d'abord placés sous séquestre, puis liquidés et partagés avec l'Etat qui, se mettant aux lieu •et place des émigrés, faisait son profit de ce qui eût dû leur revenir. Les ascendants étaient en quelque sorte institués héritiers d'eux-mêmes par l'attribution d'une portion d'enfant, plus de 20.000 francs hors part (3).
(i) La forêt de Lépaud s'étendait sur le plateau, au delà de la ferme connue ■actuellement sous le nom significatif de « Bois de Lépaud ». La Garenne inclinait vers Iqi vallée du Chamaron, au-dessous de la forêt.
(2) Un état de consistance et d'évaluation des biens nationaux restant à aliéner au j-**" prairial an V dans le département de l' Allier ^ série Q des Archives, énumère, ^vec réglise et le presbytère, des rentes constituées dont avaient été propriétaires 4es bénédictines, et des rentes foncières dont avait joui le curé, ainsi que « la maison du collège » mentionnée comme lui ayant également appartenu, et un «f ci- ■devant cimetière provenant de la commune ». Nous n'avons pas le moindre renseignement sur les aliénations qui ont pu en être faites.
(3) Quand le montant de la succession ne, dépassait pas 20.000 livres, le directoire du district, chargé du partage, prenait un arrêté aux termes duquel « la République déclarait renoncer à cette succession et en faire l'abandon définitif».
Les Opérations de partage furent un moment suspendues, et, qui le croirait ? au grand regret de ceux qui en étaient les victimes. En proie à l'impérieux besoin de subsister — car tous les revenus étaient supprimés, — chacun avait hâte, on le comprend, de sacrifier une partie de sa fortune pour pouvoir disposer du surplus. Mais ce ne fut que par un nouveau décret, du 20 floréal an iv (9 mars 1796), que les personnes sur les biens desquelles le séquestre avait été apposé se virent « admises à demander la liquidation*.. » On consentait à « recevoir les pères et mères d'émigrés à V avantage d'un arrangement définitif avec la République ».
Pierre-Joseph Renaud de Boisrenaud (i) ayant émigré, les biens de sa mère avaient été placés sous séquestre, et à la suite de cette mesure celle-ci était tombée dans un état d'indigence absolu. Elle avait protesté de toutes ses forces, revendiquant ses droits méconnus et réclamant une amélioration à sa situation. Dans Tune de ses pétitions, datée du 4 floréal an II (23 avril 1794) et adressée au représentant en mission dans TAllier Vernerey (2), elle exhale ses justes plaintes des rigueurs dont elle est Tobjet, sans y avoir donné lieu par aucun acte répréhensible. Elle est, explique-t-elle avec tristesse, « âgée de soixante-quatorze ans -et accablée d'infirmités, toujours inséparables de la vieillesse ». On lui a dit qu'elle avait un fils émigré : or, « ce fils est lui-même âgé de quarante-deux ans ; il est marié depuis quinze ans et a toujours été séparé d'elle... » Elle ne saurait donc être rendue responsable de ses actes. Elle ajoute que « dans les premiers temps de la Révolution, ce fils est allé habiter la Flandre, d'où il est originaire et où il possède des propriétés...», et que « depuis ce moment elle n'en a reçu des nouvelles que très indirectement ». Chaque fois qu'elle en trouvait l'occasion elle lui faisait dire de ne pas quitter la France ; « et la preuve de ce qu'elle avance, elle la trouve dans la conduite de son fils aîné, qui est resté à Moulins, où il est mort dans son lit il y a peu
(i) Dans des titres de 1786 il est qualifié d' « officier au régiment de Royal- Normandie cavalerie », marié à Marie-Adrienne-Angélique Duchambge-Deliessart. (Arch. de l'Allier, série E. i6$8-i66o.)
(a) Arch. de l'Allier, série L. 112.
de temps...» (i). « A cause de cette émigration, continue-t-elle, à laquelle elle n'a contribué ni par ses paroles ni par ses actions, tous ses revenus ont été séquestrés, les meubles de son fils décédé vendus, et cependant ils lui appartenaient. Les terres ont été affermées et sont au moment d'être adjugées. Elle est privée de tout. Elle fait réclamation sur réclamation et on n'en écoute aucune. Elle a présenté ses actes de propriété. Elle a fait des actes judiciaires pour conserver ses droits et on n'y a aucun égard. Enfin on la retient chez elle captive (2); on exige qu'elle paye une taxe révolutionnaire de la somme de 7.000 livres (3) et on lui a tout séquestré, même les meubles qui garnissaient sa maison de campagne...» Enfin elle prie les corps administratifs de vouloir bien « liquider ses droits pour qu'elle puisse s'aider jusqu'à son dernier moment de la jouissance de ses propriétés ; et voulant aussi écarter cette dernière heure, qui est pire à tous ses maux, elle demande qu'il lui soit libre de sortir de chez elle, où elle est détenue en esclave, privée de tout sans raison ni motif... » On ne doit pas craindre que sa liberté fasse courir des dangers à la République, car « à son âge on ne fait ni ne peut aider à faire une contre-révolution ; celle qui s'opère chaque jour dans un corps faible et presque usé est bien suffisante ^).
Ce partage, qu'elle sollicitait en termes si touchants, se fit attendre jusqu'au 12 messidor an vi (30 juin 1798) (4).
M*"* de Boisrenaud avait un petit-fils, né en 1794 à la Haye, fils de Pierre-Joseph. Elle tenta de l'introduire dans le partage à titre
(1) Elle semble vouloir établir qu'elle avait agi de tout son pouvoir pour empêcher rémigration, ce qui, d'après le décret de frimaire, l'eût mise à l'abri du séquestre, et comme conséquence du partage ; mais elle avait déjà présenté ce motif sans pouvoir le faire accepter.
(2) Par décision du comité de surveillance, du 16 octobre 1793, elle avait été consignée chez elle, ainsi que sa bru, M™« de Boisrenaud-Sagoane.
(3j Par une autre décision du comité de surveillance, du Ç octobre 179?.
(4) Après une première mainlevée, une partie des biens de M™« de Boisrenaucl avait été replacée sous séquestre par Pallier, nommé (11 ventôse an v\) commissaire pour vaquer à toutes les opérations de cette nature concernant les propriétés des ascendants d'émigrés situées dans le canton de Souvigny. Il avait procédé^ ainsi que Thuissier Vinatier, les 4-16 pluviôse an vi, à l'inventaire du mobilier du châieau d'Embourg. Le même séquestre fut aussi levé par lui le 2 prairial sui> vant.
d'héritier, mais le directoire du district s'y opposa. « La citoyenne Cardon-Boisrenaud, dit Tarrêté pris à ce sujet, a eu deux enfants...; Antoine-Louis est décédé et a laissé sa succession à son frère germain ; ce dernier a émigré et ses biens appartiennent à la République : d'où il résulte que Jean-Baptiste-Antoine-Frédéric-Joseph, son petitfils, ne peut lui succéder et que la succession ouverte de la citoyenne Cardon doit être divisée en deux parties égales, dont l'une doit lui être attribuée et Vautre à la République^ comtne représentant Pierre-Joseph Renaud-Boisrenaud, émigré. » Ainsi fut fait.
Parmi les biens « expédiés à la citoyenne Cardon » se trouvait le domaine de Petit-Bourg, dont les dépendances s'étendaient sur les communes de Souvigtiy et Saint-Menoux ; et dans ceux attribués à la République était comprise la ferme de la Meschine, vendue ainsi qu'on l'a vu.
Le cas de M"* de Saint-Roman fut plus triste encore que celui de M""* de Boisrenaud. Son mari, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris, avait été exécuté et son fils Alexis-Jacques ayant -émigré, on avait mis le séquestre sur tous ses biens : de sorte que tout lui manquait à la fois et que de ses immenses domaines il ne lui restait plus rien. A ses demandes en mainlevée et envoi en possession, le directoire du district n'avait d'abord répondu que par des contestations d'ordre juridique, subtiles et embarrassantes ; puis, après de longs délais et des formalités nombreuses, il fut, par arrêté de l'administration centrale de la Seine, du 8 ventôse an vu (26 février 1799), procédé au partage réclamé, d'après lequel Souys et Cluzor, entre autres, avaient été attribués à la veuve (i).
Pour la même cause d'émigration le séquestre avait aussi été apposé sur Lavin, appartenant à M"'' Deschamps de Bisseret. Ce n'est que par arrêté de l'administration centrale du 29 fructidor an vu (15 septembre 1799), et après une infinité d'incidents et formalités, qu'eut lieu le partage de la « présuccession de la citoyenne Jeanne-Henriette Saint-Aubin, veuve de Claude Deschamps-Bisseret, entre elle et ses
(i) V. ua arrêté de Tadmimstratioa centrale de PAllier, du 12 veadémiaire an vin.
descendants successibles républicoles et la République^ représentant Jean- Louis-César Deschamps-Bisseret ». Ces descendants « républicoles » étaient Jacques- François, chanoine de Saint-Just de Lyon (i), qui avait été déporté, et Jeanne-Marie, sa sœur. Lavin avait été attribué indivisément à la veuve et à ces derniers (2).
(1} V. le Personnel concordataire, 7$ et 109. — Pour renseignements sur Jacques- François et la situation de cette famille en Tan m, y. Arch. de TAUier, série L. 64.
(2) Lavin s'est toujours, depuis, conservé dans la même famille, et c'est le seul des anciens fiefs de Saint- Menoux dont la transmission ait été constamment héréditaire.