‹ La révolution à Saint-MenouxChapitre 5 sur 38 · ORGANISATION MUNICIPALE 4Ç · texte numérisé non relu

ORGANISATION MUNICIPALE 4Ç

22 avril 1784(1), et cette propriété comprenait alors ce que Ton appelle encore aujourd'hui le grand et le petit Bigut, plus une réserve (2). Le revenu qu'il en tirait ne devait pas dépasser ni même atteindre quatre mille livres : aussi exploitait-il lui-même les terres à l'aide de métayers, pour qu'elles lui rapportassent davantage. Mais il était célibataire, et à cette époque un gentilhomme pouvait, avec une aussi modique rente, vivre dans une abondance relative, — à la condition seulement de ne pas quitter son bien, dont il tirait presque tout, et surtout de ne pas avoir de dettes, ce qui par malheur n'était nullement le cas du seigneur de Bigut (3).

Les dettes étaient en effet le côté difficile de son existence et sa vie dut en être fort troublée. Ce n'était cependant pas, semble-t-il, faute de modération dans ses goûts, mais sa position était celle des propriétaires à qui sont échus des charges trop lourdes avec des biens trop légers, et qui ont commis la faute d'ajouter encore à leurs embarras en achetant plus qu'ils ne peuvent payer (4).

Le maire élu occupait bien le premier rang dans la municipalité, non la première place. Un autre, l'abbé Pallier, y exerçait une prépondérance absolue qui, sous des formes diverses, se continuera jusqu'à la fin de la Révolution. Quelques mots pour le faire connaître dès maintenant ne seront pas inutiles.

François Pallier était né à Moulins, le 21 janvier 1748(5), de Gilbert Pallier, « procureur ès-cours » en cette ville, et de Jeanne Papon. Il avait été vicaire à Souvigny depuis 1773 jusqu'à l'époque où il fut nommé à Saint-Menoux. Installé comme curé en cette dernière paroisse, le 1 1 juin 1781 (6), on trouve pour la première fois sa signature sur les

(i) C'est probablement aussitôt après ce décès qu'il avait quitté l'armée. Dans un parrainage du i*' février 1785 (Reg. paroissiaux de Saint-Menoùx), le chevalier est qualifié de capitaine et non, comme partout ailleurs depuis, d'ancien capitaine.

(2) Un domaine voisin, dit le Villard, revendu peu après la mort d'Anne-Denise, en avait fait partie.

(3) Il ne payait pour tous impôts que 88 livres de vingtièmes.

(4) Bigut était rongé d'hypothèques. (Arch. de l'Allier, série E. 11 58 et série Q: ventes avant l'an iv.)

(ç) Sur le reg. paroissial le nom est écrit FailUer. (6) Hist. de Saint-Menoux^ p. 275.

registres paroissiaux à la date du 22 juillet suivant, avec renonciation de sa qualité. Le fait n'est pas douteux, et cependant le 23 mai 178^, près de deux ans plus tard. M""* de Sainte-Hermine signait devant Aucouturief (i) un acte de présentation à la cure de Meillers « de M* Jean Pallier, prêtre, bachelier en Sorbonne, vicaire de la paroisse de Savignyen-Beaune, en Bourgogne ». Il y est désigné comme nommé en remplacement de son frère « M* François Pallier, dernier pourvu et possesseur d'icelle », démissionnaire « par acte passé devant nous, notaires soussignés, le jour de hier » (2). Il y a là une particularité que nous nous contentons de souligner, ne pouvant en donner l'explication.

Pallier avait aussi deux sœurs (3), dont l'une mariée à Pierre Thibaud, marchand mercier à Moulins, qui spécula sur les biens nationaux, et l'autre à Joseph Juillet, commis du district de Cérilly (4).

Son enthousiasme pour la Révolution se manifesta, dès le début, en mouvements passionnés dont on jugera par ceci qu'à la première page du registre des délibérations il avait, mêlant ses souvenirs de théologien à ses aspirations démocratiques, écrit cette phrase : Populus qui ambulabat in tenebris vidit lucem etsumpsit exordium (5) ; citation curieuse d'un texte sacré, par ce curé de 1790 qui voyait dans la Révolution comme une « rédemption », un « salut » ; l'œuvre libératoire du Messie attendu

(t) Etude de M* Doussoa.

(2) C'est ce qui nous a fait écrire, dans notre article sur les Subsistances {Bull, de la Soc. d'Em.^ 1906), que François Fallier avait été curé de Meillers avant d'être nommé à Saint-Menoux.

(î) La présence à un acte de baptême administré à Saint-Menoux le 16 août 1792 par Laurent, évêque constitutionnel de TAllier, de « Pierre Fallier, notaire à Moulins », ferait supposer que ce dernier était peut-être aussi son frère. En tous cas il n'existe aucun lien de parenté entre lui et le notaire de Souvigny (à la même époque) Claude Fallier. Celui-ci était fils d'un autre François Fallier, notaire à Buxière.

(4) Toutes les deux sont prénommées « Jeanne », la première dans un arrêté du directoire du district (Arch. de l'Ailier, série L. 258), et l'autre dans son acte de mariage, inscrit sur le registre de l'état civil de la commune de Saint-Menoux, à la date du 7 février 1792. (Arch. de l'Allier, série E. suppl., Inv.y i, 7}8,)

(^) « Le peuple, qui marchait dans les ténèbres, vit une grande lumière et commença à concevoir une grande espérance. » La première partie correspond à un passage d'Isaïe, chap. ix, f 2. M. l'abbé Clément a bien voulu nous aider de son érudition pour identifier ce texte.

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