ORGANISATION MUNICIPALE 4J
A partir du dimanche 7 février 1790 furent élues ces municipalités, sur -décret de convocation lu et publié par les curés au prône de la messe paroissiale et affiché à la porte de toutes les églises le dimanche précédent, 31 janvier. Le peuple allait faire directement et légalement son entrée dans la vie politique, et cet événement, dont la portée est immense, Tagite, le transforme (i).
Le scrutin s'ouvrit à Saint-Menoux sous les auspices de la municipalité de 1788, et soixante-treize citoyens actifs y prenaient part (2). A quatre heures du soir on n'était parvenu à élire qu'un président, le chanoine Maurice Deschamps de Pravier, et un secrétaire, Jacques Lôyard. De guerre lasse on renvoyait au lendemain l'élection des trois scrutateurs.
On jugera de la lenteur obligée des opérations par cet extrait du procès-verbal : « ... Et comme les trois quarts au moins des électeurs ne savent ni écrire ni signer, il a été convenu unanimement que les billets de ceux qui n'écrivent pas le seraient par Jean-Louis Auroux, jeune homme non électeur ni éligible, et à cet effet retiré à l'écart : et -ensuite lesdits billets seront vérifiés et relus à chaque votant par Charles •Guelin, séparément... »
On avait sans doute, pendant lés sept heures consécutives passées •dans l'église, éprouvé les rigueurs de la saison ; aussi la réunion du lendemain eut-elle lieu dans un local moins spacieux, « une chambre basse chez Pierre Tridon ». C'est là que fut continué et clos le scrutin, dont le résultat fut l'élection du chevalier de Jarsaillon comme maire, ■et de Jean Loyard comme procureur de la commune (3).
(ij « Un mouvement extraordinaire régnait partout. J'apercevais dans les rues, — disait le comte Louis-Philippe de Ségur {Mémoires^ m, 482) rentrant alors en France après une longue ambassade en Russie, — des groupes d'hommes qui se parlaient avec vivacité. Le bruit du tambour frappait mes oreilles au milieu des -villages, et les bourgs m'étonnaient par le grand nombre d'hommes armés que j'y rencontrais... On ne reconnaissait plus les paysans de France. »
(2) Il pouvait y en avoir en totalité dans la paroisse de 1^0 à 140, ou un huitième de la population. Les abstentions étaient donc nombreuses, comme elles le furent partout. « Dès le commencement de 1790, le relevé des votes montre blutant d'absents que de présents. » (H. Taine, la Révolution, i, 269.}
(3) Les cinq autres membres du corps municipal étaient : François Fallier,
Le dimanche suivant, à Tissue de la messe et les habitants convoqués à son de cloche, les élus prêtèrent le serment de « maintenir de tout leur pouvoir la constitution du royaume, d'être fidèles à la Nation^ à la Loi et au Roi, et de bien remplir leurs fonctions au désir de l'Assemblée nationale ». On avait donné à la cérémonie tout l'éclat des pompes religieuses.
Le 21 on nomma un secrétaire-greffier, qui fut Jacques Loyard.
Jean-Claude de Jarsaillon( i ) était né à Bourbon- Lancy, le 14 avril 175 1 r et sa famille comptait parmi les premières de la noblesse de Saône-et- Loire, où se trouve encore le château de Jarsaillon, près deGilly, dans la commune qui en porte le nom (2). Il possédait Bigut par suite d'acquisitions récentes, sauf une partie héritée de l'une de ses sœurs,. Anne-Denise (3), morte à Saint-Menoux, âgée de vingt-sept' ans, 1^
curé; Jean Blondin, huissier royal et aubergiste; Antoine Guetton, fermier; Guillaume Aucouturier, notaire, et Pierre Tridon, propriétaire. — Notables r Gilbert Veillaud, Pâques Parent, Gilbert Charbonnier, Claude Loyard, Claude ' Auroux, Dominique Charpy, Jean Méteignier, Maurice Deschamps de Pravier,. Félix Pessant, Antoine Prélier, Pierre Bernard et Claude Duret.
(i) Dans le procès-verbal de l'assemblée générale des trois ordres du 16 mars 1789,. le nom est écrit « de Jersaillon de Bigut » (Armoriai du Bourbonnais, t. i, xxi). On écrivait indifféremment Jersaillon ou Jarsaillon. Cette dernière orthographe est maintenant la seule qu'on emploie pour désigner à la fois la commune, le château et la famille.
(2) Le château et la terre de Jarsaillon appartenaient récemment encore à la vicomtesse d'Amfreville, née la Tour, dont la mère était une Jarsaillon. Armes : tiercé en fasce : au premier de gueules, au lion passant d'or ; au deuxième d'or à trois trèfles de sinople rangés en fasce ; au troisième d'argent à trois branches de sinople. — La mère du chevalier, une Ducrest, ainsi que M™«.de Genlis, avait sa famille originaire de Bourgogne, possessionnée en Nivernais.
(5) Le fief avait été acheté par lui le 12 avril 1782 par acte de Pornotte, notaire à Moulins, de Jacques de Dreuille au prix de 34.300 livres, et la portion recueillie dans la succession de sa sœur (les cinq sixièmes du domaine appelé le petit Bigut) lui avait été attribuée par acte devant Montgilberi, notaire à Bourbon^ Lancy, du 22 juin 1784, contenant partage entre sa mère Jacqueline Ducrest, veuve de Pierre-Claude, baron de Jarsaillon, seigneur de Chalmoux, Fontette» etc., et ses enfants survivants qui étaient, outre Jean-Claude : Jacques-Marguerite» de la paroisse de Chalmoux ; Lazare, de la paroisse de Rode, et Françoise- Marguerite, mariée à Jean-Baptiste-Marie Voilant de Berville. — Jarsaillon avait acheté directement la sixième portion du petit Bigut (acte Pornotte, du 9 juillet 1784) et le bien tout entier s'était trouvé lui appartenir.